B60UI8SE
tout à coup un peuple sauvage en peuple ciyilisé, tandis que ce changement ne pouvait s'opérer qu'à la longue, et peut-être même au bout de plusieurs l^nérations; ils se méprenaient complètement sur TefCcacité de leurs travaux , car si Tapparence était favorable, au fond il existait des causes certaines de perturbation, et» à leur insu, ils parcouraient la voie défectueuse où toutes les corporations religieuses ont conduit les peuples confiés à leurs soins. Aboiiuon A côté de cette critique , que nous croyons im-
"^de'môru^ partiale, on doit placer les éloges qui sont dus à certaines dispositions provoquées par les missionnaires , parmi lesquelles il faut remarquer l'abolition de la peine de mort , inscrite pour la première fois dans le coded'Ouahine, et adoptée plus tard par le parlement de Taiti après un long débat. Le chef Itoti combattit cette proposition en Invoquant les lois de l'Angleterre : « Les lois de ce pays , disait-il , dont f nous avons reçu tant de bien , ne doivent-elles pas » être bonnes et ne punissent-elles pas de mort les 9 meurtriers? Eh bien ! ce que fait l'Angleterre, nous » ferons bien de le faire ; voilà mon discours. > Alors le chef Outami prit la parole et déclara que , tout en reconnaissant la valeur des bonnes choses que le peuple de Taiti avait reçues deschrétiens d'Angleterre, ce serait aller trop loin que d'adopter la peine de mort. Le chef Oupaparou parla dans un sens différent , en disant : c Ce ne sont pas les lois d'Angle- » terre qui doivent nous guider, quoiqu'elles soient » bonnes ; la Bible doit être notre seul guide. » Enfin
Tati résuma le débal , et se prononça contre l'application de la peine de mort avec son éloquence habi* tuelle; après quelques autres discours, rassemblée décida à l'unanimité que le bannissement rempla* cerait à l'avenir la peine de mort.
Quatre exécutions capitales eurent seulement lieu Eiécoiions à Taiti» sous l'empire de la législation précédente. La première condamnation à mort fut prononcée peu de mois après la promulgation du premier code , contre deux individus nommés Papahia et Uarapaé^ habitants du district d'Âttahourou , qui avaient tenté de renverser le gouvernement. Ces malheureux ne furent pas tués selon les habitudes an* ciennes de la population , à coups de casse-tète ou de lances ; mais pour suivre les usages anglais jusqu'au bout, on les pendit le 25 octobre 1810, à un cocotier de leur district. Dans l'année 1821, deux autres indigènes nommés Port ùiMariri, instigateurs d'une conspiration ayant pour but d'assassiner le roi, furent condamnés à la peine de mort et pendus i une grossière potence formée par une pièce de bois liée à deux cocotiers. Ces condamnations furent les seules, dit M. Ellis, car plus tard les missionnaires intercédèrent en faveur des coupables et obtinrent une commutation de peine (1).
Vers le milieu du mois de décembre 1826, le ^ . vort
. 'de l*ou>Aré 111.
jeune Pomaré III fut attemt d'une maladie endémique qui ravageait le groupe ; il fut aussilùt conduit
(1) EUûi, Polymtim ruewrdm, tooM U, pago 387.
MiaoTtcrinr
700 ' ËSQOISSE
auprès de sa roére qui résidait i Pari, où il languit jusqu'au il janvier 1827, jour de sa mort. Sa mère et ses parents, lorsqu'ils le virent se débattre dans les douleurs de l'agonie, furent tellement émus qu'ils ne purent pas supporter la vue de ses soufrrances; ils jetèrent un drap sur M. Orsmond qui tenait l'enfant dans ses bras; quelques minutes après, Pomaré III avait cessé d'exister (1). Le jeune
• prince sur lequel reix)sait l'espoir de Pavenir » mourut d'unedyssenterie, dit M. Moerenbout, et » peut-être aussi par suite d'un genre de vie peu » assorti aux besoins locaux, car cet enfant était » élevé au pensionnat d'Eiméo avec ceux des mis- » sionnaires. Quoique extrêmement jeune, il mon- » trait d'assez heureuses dispositions; promettant i un chef plus ou moins instruit, quoique bigot, » qui aurait pu soutenir le christianisme, et, trèsf probablement, faciliter beaucoup la diffusion des » lumières et de la civilisation. C'était le dernier » rejeton mâle de la famille de Pomaré; il fut enterré » à Papaoa , dans le tombeau de son père , pleuré
• par le peuple entier et sincèrement regretté des » missionnaires (2). »
ncmarrhe Nous avous dû rcportcr à la date actuelle une
dC gouvtnrcnent démarchc importante dans l'histoire de cet archipel , à défaut de documents qui nous permettent d apprécier dès le principe la nature de la mission dont
(1) Ellis , Polynesian researehes , tome n , page 538.
(2) MoerenhoQt, Foyage aux iles du grand Océan y tome II, page 499.
HISTORU^UE. 701
M. NoU s'élail chargé auprès du gouvernement anglais. Ce missionnaire, qui a joué un si grand rôle dans les événements de cet archipel depuis Tannée 1797, était parti le A mars i825 pour se rendre en Angleterre, où il arriva le 7 juillet de la même année. Le Miêsionary register ne contient pas de détails sur les circonstances qui accompagnèrent son séjour à Londres ; mais à son retour à Taîti , le 24 août i827y il rapporta une lettre du ministre Ganning au jeune chef de Taîti , dont la mort ne pouvait être connue en Angleterre à Tépoque du départ de M. Nott. Cette lettre est ainsi conçue :
FordgB^Oaee; LondiM» t dm» iht.
MONSIBUR,
« M. H. Nott , missionnaire, m*a remis la lettre qae tous hmn avez adressée , en date du 5 octobre 1825 , au roi mon malUre, wK^l^^^nnint dans laquelle, en sollicitant Tamitiéet la protection de Sa Majesté vous laidenuindezla permission d'adopter le pavillon britannique.
> Je me suis empressé de placer votre lettre soos les yens do roi : Sa Majesté m*ordoonede vous Taire savoir que, bien qu'elle soit disposée à satisfaire à vos vœux selon la mesnrede son pouvoir, elle regrette cependant que les usages en vigueur parai les nations d'Europe , ne lui permettent pas de vous autoriser k adopter, comme vous le lui demandez, le pavillon britannique.
»Sa Majesté, toutefois, me charge de vous dire que, quoique les coutumes de l'Europe s'opposent à ce qu'elle bsse droite votre demande sur ce point, elle s'estimera cependant henrense d'accorder à vous et à vos éUU, la protection
à P»iiur« 111.
s mên 18)7.
qa'elle peut accorder à une puissance amie, placée à tind dûtaoce si éloignée de son royaume.
» Sa Majesté a appris, par plusieurs communications, a?ec beaucoup de satisfaction, le changement avantageux qui s^est opéré dans la condition morale et sociale des tics placées sous votre gouvernement, ainsi que les progrès de vos sujets dans la civilisation , progrès dbs à l'introduction de la religion chrétienne qui leur a été enseignée par des missionnaires venus de la Grande-Bretagne. Sa Majesté espère que vos sujets jouiront longtemps des avantages qu'ils ont retirés de cette religion, par suite des efforts des missionnaires.
» La présente communication vous sera remise par M. Nott qui se prépare à retourner à Taïti. Il vous assurera plus complètement des dispositions amicales du roi mon pialtre , à votre égard.
» Je termine en vous recommandant à la protection dn Tout-Puissant.
D Votre fidde ami, » Signé - Gsorgb Canning. »
A Pomaré , chef de l'Ile de Talti , etc., etc.
Refas Ce document important indique suffisamment
^^"aDgïâis!^''^ que les missionnaires avaient l'intention formelle d'attirer la protection anglaise sur ces îles; dans ce but, ils avaient fait écrire au jeune Pomaré, âgé de cinq ou six ans, une lettre que nous regrettons de ne pas connaître , car son contenu aurait irrévocablement déterminé la nature de l'intervention demandée. La démarche de M. Nott était un aveu de la décadence que l'œuvre des missions subissait^ en
Fabseiioe d'iia poinroir fort M reipeetéi qui pût maintenir la population dans la limite des devoirs qui hii avaient été imposés. Toutes les fois que dans le cours de cette histoire, nous avons eu à mentionner Fexpression d'un désir d'appeler la domination anglaise, on a pu remarquer que les affaires politiques du parti auquel les missionnaires étaient alliés, subissaient des embarras sérieux; comme dernière ressource pour sauver la cause du christianisme, on songeait dans ces moments à appeler Tintervention d'une puissance étrangère. Nous pensons que dans les circonstances actuelles, M. Nott, effrayé de l'éiat de la société à laquelle il avait consacré les labeurs de toute sa vie, avait provoqué une décision qui avait pour but de prévenir les bouleversements qu'on redoutait dans l'avenir. La réponse du ministre Canning doit être considérée comme un refus formel d'accéder aux désirs des missionnaires. Le gouvernement anglais , surchargé déjà du poids des Colonies des Nouvelles-Galles du Sud, qui, à cette époque, absorbaient uniquement son attention , déclinait l'offre de prendre sous sa tutelle un peuple et des terres qui, à cette époque, ne pouvaient lui offrir aucun avantage réel. Pour comprendre toute la portée de cette détermination, il fautfaire la part du progrés survenu dans la navigation , et de l'extension des en trepri* ses commerciales dans l'océan Pacifique depuis cette époque ; cependant , continuant de donner à Tœuvre des missions un appui moral, le gouvernement ne négligea pas, dans cette occasion , de lui accorder un
liourne.
témoignage de bienveillance qui pouvait porter ses fruits dans Tavenir.
Piicheut eut Le fâcheux état de la population de Taïti n'était
Ile la popalalion. * ■ i <■ .
I . *?•- I- P^ seulement avoué par cette démarche des missionnaires ; les journaux anglais contenaient aussi, de temps à autre, des aperçus souvent très-défavorables; en réponse à un article inséré dans un journal de Sidney , à la date du 46 janvier 1827, par un voyageur qui avait séjourné plusieurs mois dans Farchipel Taiti, le missionnaire Bourne écrivit une longue lettre dans laquelle il rejetait le blâme des changements indiqués, « sur les vagabonds venus » d'Europe et d'Amérique , dont la cupidité et la sen- » sualité étaient les instruments dont se servait l'es- » prit du mal , pour empêcher l'œuvre de Dieu de » prospérer. Dans le tableau en général correct , dit » cette lettre , de l'état des tles de l'archipel Taîti , » l'auteur de l'article a omis d'indiquer les causes » qui ont concouru à démoraliser ces insulaires, » dont la renommée a été répandue si loin. Tous les f missionnaires ont la conviction que ce peuple n'est » plus ce qu'il était il y a quatre ou cinq ans, et » qu'il est tombé beaucoup au-dessous du degré de » moralité et de civilisation auquel il était parvenu; » en déplorant ce malheur, on doit aussi ne jamais » oublier les causes qui l'ont produit. Quelques- > unes de ces principales causes sont les suivantes :
V l"" Le grand nombre de bâtiments qui relâchent » dans ces lieux et dont le pasàage a produit un
H1ST0BIQU£. 705
» grand désir d'obtenir des objets îles productions » européennes.
• V Les habitudes des capitaines qui apportent » une grande quantité de spiritueux qu'ils vendent » aux indigènes.
> 31^ L'empêchement que plusieurs Européens ap- » portent à l'observation de la décence publique en B induisant les indigènes, au moyen de boissons » spiritueuses, à accomplir leurs anciennes danses » obscènes et lascives. Ces Européens n'ont que trop » bien réussi ; et en considérant leur position dans le • monde, on aurait dû espérer de meilleures actions » de leur part.
» 4* La résidence d'un grand nombre de marins » déserteurs , surtout à Taîti où ils initient les » habitants à toutes séries de mauvaises pratiques. » Plusieurs de ces individus ouvrent déjà des f débits de spiritueux et encouragent la prostitu- » tion (I). >
C'est ici le lieu d'examiner jusqu'à quel point les ^^^*l^ plaintes des missionnaires contre les marins sont fondées. Il est évident pour tous ceux qui ont visité les mers du sud, que la présence des Européens avait toujours eu pour l'œuvre des missionnaires, T inconvénient d'apporter sur le terrain de leurs travaux , des hommes qui , jugeant la question sous un point de vue diflërent, et n'étant pas pénétrés, d'ailleurs, de principes religieux aussi stricts, ne mei-
(4) MiêHcmwm rêgUlêr far the yaor 182S, ptge m.
taient aucune contrainte à leurs critiques ; ces critiques, souvent acerbes, devaient tiatureliement indisposer les missionnaires contre ceux qui les articulaient; mais au fond, il n'y avait là qu'une différence d'opinion dont l'influence n'avait pas plus de portée sur les lieux où elle s'était inspirée, au milieu de la population qui ne comprenait pas le langage des étrangers qui la manifestaient, qu'en Europe où elle restait à peu près ignorée. À notre avis on a injustement accusé les marins en général, et surtout dans les temps récents, d'avoir démoralisé les troupeaux des pasteurs de l'Océanie. Certainement si les navires n'avaient jamais apparu dans les archipels de l'océan Pacifique, les indigènes auraient eu moins d'occasions de succomber à des tentations proscrites par certaines lois; mais doit-on pour cela accuser les navigateurs d'être composés d'hommes dissolus et sans frein moral? Non sans doute; les marins sont des hommes imbus des défauts et des qualités qui distinguent l'époque de civilisation dans laquelle nous vivons ; s'ils ont donné de mauvais exemples dans les lieux éloignés où leur profession les a conduits, ce n'est que parce qu'ils ont déjà trouvé les débordements qu'on leur attribue, en pleine vigueur dans la population. Ils ont pu partager quelques désordres, mais ils n'ont pas été les instigateurs des débordements qu'on leur reproche. Ils ont été ce que devaient être des hommes de religions différentes , de croyances plus ou moins rigides , mais pénétrés presque toujours, d'ailleurs, du sentiment des con-
venances qu'ils deiraient garder Tis-à«vis des usages des peuples qu'ils visitaient. Les attaques qu'on leur a adressées y s'appliquent avec bien plus de raison i ces bandes de criminels échappées des colonies pénales anglaises; à ces hommes corrompus et dangereux qui, en s'iroplantant au milieu d'un pays, portaient avec eux le germe d'une grande démoralisation; mais encore, si l'instruction, les convictions morales et religieuses du peuple au milieu duquel ils venaient vivre, avaient été aussi avancées qu'on l'a dit, ces hommes isolés auraient-ils pu commettre tout le mal qu'on leur attribue, et n'auraient-ils pas trouvé dans une réprobation générale une barrière à leurs débordements? Il nous semble que les causes de décadence indiquées par le missionnaire Bourne , ne sont que des causes secondaires; nous avons déjà exprimé notre désapprobation de certains actes du gouvernement de Taiti , et nous pensons encore que c'est à ces malheureuses déterminations qu'il faut attribuer en grande partie le résultat dont les missionnaires se sont plaints. Ces actes substituant subitement des règles d'une extrême sévérité à un état de société plein de licence, ne pouvaient manquer de soulever bien des mécontentements. Tant que Pomaré II vécut, il sut comprimer les mouvements répulsifs qui se manifestaient, et ce^ pendant on remarque déjà, à cette époque, deux complots ayant pour but de renverser le gouver«nement; on voit des partis nombreux se former dans diverses lies, pour refuser d obéir aux lois.
Plus tard , sous la minorité du jeune Pomaré III , le gouvernement, dépourvu de sa vigueur primitive, ne pouvant plus protéger aussi eflScacement Texécution des lois, au maintien desquelles il ne portait peutêtre pas lui-même un grand intérêt, les désordres de la population augmentèrent sur-le-champ, et quand même elle eût été séquestrée de tout contact avec les navigateurs européens , nous ne pensons pas qu'on eût évité la décroissance de zèle, de ferveur, de bonne conduite et de régularité dans les mœurs, qui a été signalée comme étant la conséquence du passage des marins, auxquels on n'a pas craint d'appliquer l'épithète d'hommes sans principes et sans lois» unprindpledand lawless. Il était nécessaire de donner à ces accusations leur juste valeur, et c'est ce que nous avons essayé de faire.
MM. Tyermann et Benett ont écrit quelque part que les îles du groupe nord-ouest étaient bien supérieures en civilisation aux lies du groupe sud-est; et depuis eux , oh s'est appuyé sur celte différence pour déduire la conséquence que cet état supérieur était dû uniquement à ce que les navires fréquentaient moins ces lies que Taîti , leur point de relâche habituel. Cette assertion n'est pas exacte: les deux inspecteurs de la Société des missions de Londres disent euxmêmes dans un de leurs rapports : « Que cette diffé- » rence doit être attribuée aux idées arriérées du » gouvernement de Taïti, qui n'a jamais accordé » aux idées de civilisation l'importance et l'intérêt » que les gouvernements des autres lies y attachaient,
Hi8T0HIUU£.
9 et que les chefs de Taili non plus, n'étaient |>as dis* 9 posés à traiter ks missionnaires avec le respect > et la déférence qu'on leur accordait dans les lies » sous lèvent (1).»
Comme on le voit, il n'était pas question en i823 de peindre sous les plus tristes couleurs refTet du passage des navires européens , comme on l'a fait dans les années suivantes, et pour en revenir à la différence signalée entre l'état moral de la population des deux groupes, nous pensons qu'on peut l'attribuer plus particulièrement à la différence qui existait entre leurs gouvernements respectifs. A Taiti, une régence mal organisée laissait péricliter les attributions du pouvoir rojfal et marchait guidée au gré des chefs et des grands propriétaires, tandis qu a Ouahine et à Raiatea, d'autres chefs , décorés aussi du titre pompeux de rois, maintenaient la population sous la puissance de leur volonté. En apparence, leurs sujets s'adonnaient à moins de désordres qu'à Taiti ; mais cette apparence n'était-elle pas trompeuse, et pouvait-on conclure qu'ils conserveraient toujours cette soumission à des régies trop sévères? L*expérience a démontré le contraire, et bientôt la démoralisation s'est étendue d'un bout de l'Archipel à Tautre. On doit remarquer ici , que la divergence d'opinion professée dans l'appréciation de Tétat de la popubtion par les différents auteurs qui ont écrit sur ce sujet, repose en grande partie sur la manière
Difergenee dei opinion»
de différenu
(1) ifinipnary r$ffi$$$r fer tkê yMr 1S26 , pife ISS.
7i0 ESQUISSE
donl leurs renseignements ont été reeueillis. Ceux qui ont critiqué cet état avec le plus d'amertume, ont le plus souvent formulé leurs remarques dans leur contact immédiat avec la population , sans l'intervention des missionnaires; presque tous ont porté Içurs jugements d'après leurs impressions du moment : quelques-uns peut-être sous l'impulsion.de sentiments d'antipathie personnelle; tandis que ceux qui ont loué explicitement et sans réserve , ont eu de fréquents rapports avec les missionnaires et ont puisé leurs convictions à la suite de ces relations; les premiers en général ne considéraient que le tableau qu'ils avaient sous les yeux, sans tenter des comparaisons entre les mœurs de cette époque et les mœurs anciennes; les seconds, au contraire, s'appuyaient sur les vices de la société primitive dans ces îles , pour faire ressortir les avantages de la condition nouvelle du peuple. Les uns comparaient les Taïtiens aux nations civilisées de l'Europe, les autres à ce qu'ils étaient précédemment. De là, cette différence d'opinion qui se manifeste depuis plusieurs années, et qui a revêtu les formes d'une discussion acharnée. Nous croyons avoir mesuré avec impartialité , en dehors de toute considération particulière, la part qui revient aux adversaires engagés dans cette polémique. Il nous reste à faire remarquer qu'au milieu des rapports satisfaisants contenus dans le Missiannary regisier , on rencontre de temps en temps des faits qui prouvent que la population n'était pas tellement réformée
HISTORIQUE. 7ii
qu'elle ne te livrât quelquefois à des attentats qui rappebieot les temps anciens. Ainsi le navire le ByxeOf capitaine Coffin, ayant échoué sur un récif de rileOuahine» quelques indigènes réputés religieux, se livrèrent au pillage; il est vrai que la plupart d'entre eux montrèrent ensuite un repentir sincère (1). Précédemment, en i82i, le naufrage du navire Policy, capitaine Brook, sur la côte orientale de Taîti, donna lieu à des démonstrations analogues de la part des habitants. Mais il est nécessaire d'ajouter, disent les missionnaires, que le Heu où arriva ce malheureux événement se trouvait à 20 milles des stations des missionnaires , dans une partie de l'Ile malheureusement moins policée que les autres, et que les naturels n'ont commencé à s'emparer des objets provenant du naufrage , que lorsqu'ils virent l'équipage les abandonner sans tenter de les sauver. Plus tard plusieurs de ces objets lurent restitués (2). A côté de ces actes condamnables, on doit dire, à la louange de la population, que, depuis l'introduction du christianisme, aucun meurtre n'avait été commis , et que si elle présentait le spectacle d'une communauté avide d'obtenir des objets de fabrication européenne, elle parais* sait incapable de se porter à des violences pour les enlever à leurs propriétaires. Le penchant des Taitiens pour le vol a déjà été constaté dans les rela* tiens des premiers navigateurs ; il leur en est resté
(1) MUiionary regiêier for the year (828, pa^^c f SO. [7) MiêHahory regisUr for the year 182S » pige 167.
Avènement
d'AïruaU
sous le litre de
Poinaré-
Wabine I*«.
unecupidiléqui a été remarquée par tous ceux qui ont visité ces lies. Un des plus grands admirati^urs de Tœuvre des missions, le chapelain Stewart, qui a été missionnaire lui-même, dit à ce sujet : « L'igoo- » rance de ces insulaires de la valeur comparative des • articles qu'ils veuleniéchangeretde ceux qu'ils veu- » lent obtenir, et le désir qu'ils ont de faire le meiU » leur marché possible , donnent lieu à des demandes » exorbilantes de leur part. Leur apparente cupidité » rend, dans beaucoup de cas, le trafic à bord des » navives européens excessivement désagréable (1).» Ce qui précède nous parait indiquer a peu près quelle était la situation du pays lorsque la jeune Aï* mata, âgée d'environ d6ans, remplaça au pouvoir Pomaré III. Cet avènement eut lieu sans bruit et sans consécration solennelle. D'aprèsM. Moerenhout, les missionnaires entièrement occupés de leurs vues sur le jeune roi avaient complètement négligé l'éducation d'Aimata. Elle fut toutefois reconnue souveraine des îles Taili et Eimeo, et sa tante Ariipaia resta régente (2). Le missionnaire Ellis n'a consigné que peu de renseignements sur cet événement, qui eut lieu après son départ. Il dit seulement, qu'Aimata fut considérée, après la mort de son frère, comme reine de Taïli , d'Eiméo, etc. , sous la tutelle du conseil de régence qui avait gouverné ces lies pendant la minorité de Pomaré III, et qui désor-
(1) Stewart , A FisU to the south seas , etc.', page 246.
(2) Moereohont, Foyog^ aux Ueê du gra$id Océan ^ tome II , page 500.
mais devait diriger les affaires au nom d*Â!matn. c Son caractère, écrivait-il encore en 1829, est à » peine formé; les missionnaires parlent très-favora- » blementde ses principes et de sa conduite , et ils es* » pèrent qu'elle sera une source de bénédictions pour V la nation et le soutien du christianisme (1). f Leilfàgîonary register ne mentionne aussi que très-«uccinc* tement l'intronisation de la jeune reine, qui prit le nom de Pomaré-Wahine à son avènement. M. Nott, en arrivant à Taiti, trouva le gouvernement entre ses mains, et c'est à elle, sans doute, qu'il délivra la lettre du ministre anglais Canning , reproduite plus haut.
Bientôt cependant les espérances exprimées par condaiia M. Ellis furent déçues; la famille royale donna '«""i* '•y«<«* des preuves d'une grande dissolution. La veuve de Pomaré , Teremoîmoi , avait convolé en secon* des noces dès l'année 1826 ; le capitaine Beechey la trouva mariée à un chef de Bora-Bora , jeune enfant de bonne mine , âgé d'environ dix ou onze ans (2). La régente ne paraissait pas avoir contracté de mariage, et la conduite des deux sœurs donnait l'exemple du scandale. Au mois de septembre 1829, le chapelain Slewart les visita à Raiatea et dit à ce sujet, « que leur réputation était loin d*étre sans » tach^ , que toutes deux étaient des membres ex- » communies de l'Église, et que d'après les bruits
(1) EIIm , Pol^êiian ruearehes^ tome U , pages S3S et SS9.
(2) Beechey, NartaHf af a vofage to tkê Poeif^^ pege ?04.
7i4 ESQUISSE
f> publics, le caractère de la jeune reine n'était pas » exempt de reproches (i). »
chaDgemeDi La jcunc reioc une fois établie, il arriva ce qu'on daDs^les^môiori redoutait depuis longtemps. Le peuple perdait tout popuuuon. respect pour les lois et pour la religion ; car bien qu'Aîmata fût dans l'enfance, non -seulement on ne lui avait pas donné de guide sur qui l'on pût se reposer I mais encore on laissa. gouverner à ^ place des individus, dont on connaissait les principes équivoques et les mauvaises mœurs; aussi, quoique peut-être personnellement assez bien intentionnée, sa maison ne se composait -elle que de ce qu'il y avait de plus méprisable dans File, de femmes perdues et d'hommes dont la bassesse, la flatterie et les pernicieux conseils ont failli, plus d'une fols, causer les troubles les plus sérieux et la perdre elle-même. Il ne s'était donc encore écoulé que peu de temps depuis son avènement au trône, quand on vil s'opérer un changement rétrograde, presque aussi subit que celui qui avait eu lieu lorsque le peuple avait adopté la religion chrétienne. On commença , de tous côtés, à agir sans la moindre retenue ; des bals étaient annoncés et donnés publiquement, et Ton y choisissait, comme à plaisir, les danses les plus obscènes. Le chant des hymnes dans les maisons fut de nouveau remplacé par les anciens chants, si libres et si voluptueux; on n'entendait plus chaque soir que
(1) Stewart , A oùif io the $outh$eas , page 262.
itas.
iiiSTORiQui::. 715
ces derniers, elles Taitiens rebroussaient à grands pas vers leurs anciennes mœurs (1).
Vers Tannée 4828, un mou vemeni religieux, des Ap^triuondeu manifestations d'une nature particulière , se firent ^ lUnaM. jour à Panavia. Les rapports de la Société de Londres pour Tannée i829| mentionnent que « la pros- » périlé d'une congrégation confiée aux soins de 9 pasteurs indigènes, avait été troublée par la con^ » duite de plusieurs fanatiques, qui s'étaient soudai- • nement déclarés sur ce point de Tlle. La vigilance m des missionnaires, continue ce rapport, ramènera 9 bientôt, on Tespére, Tordre et la tranquillité (2). •
A cette époque, dit M. Moercnhout, parut une secte nouvelle et bizarre qui malgré les efforts des missionnaires et des chefs, devint bientôt si nom» breuse qu'elle semblait devoir, quelque jour, dominer dans toute la Polynésie. Son fondateur se nommait Teaau , diacre de l'église de Panavia; cet homme, toujours zélé et très-dévot, affecta tout à coup des manières qui ne firent d'abord que provoquer Tbilarité, parce qu'on le crut fou; mab dont les suites ont donné depuis bien des inquiétudes aux missionnaires. La première nouvelle qu'on eut de ce sectaire fut due à un enfant de Panavia ; il parait qu'en passant près du jardin d'un missionnaire , Teaou appela un petit garçon et lui dit d'aller chercher de la canne à sucre; celui-ci
(l)llocrenhont» Voyage aux Ues du ffrond Océan , tome II, pages SOO et 501.
(?) MiêiiiniMry r0gi$i0r far tkê yMf IS26, page 124.
s'y refusa; alors l'inspiré, car il se disait tel, lut demanda : Sais-tu qui je suis? Oui, répondit son interlocuteur en riant, vous êtes Teaou. Non, je suis Jésus-Christ. L'enfant se sauva à ces mots. Peu de jours après Teaou donna un démenti à un missionnaire en pleine église; on peut juger de la confusion qui en résulta, plus que jamais on le crut fou ; il fut chargé de liens , mais il parvint à se sauver dans les montagnes. On ne tarda pas à reconnaître qu'on s'était trompé sur son compte. Oa apprit trop tard que cet homme avait un but; qu'il prêchait une nouvelle religion , prétendait au don des miracles, se disait inspiré, et avait, en peu de temps , fait en secret de nombreux prosélytes.
Persécution Lcs missiounaircs, éclairés, donnèrent enfin l'alarme aux chefs qui les secondèrent de tout leur pouvoir. Les Matndiay nom qu'on avait donné dès le commencement à cette secte , furent rudement traités. Plusieurs d'enlre eux furent condamnés à faire le tour de l'Ile sur le récif extérieur, en nageant d'une pointe à l'autre , dans tous les endroits où le travail des coraux était interrompu par des ouvertures, et cela malgré la distance qu'il fallait parcourir et le danger d'être dévorés par les requins. Ces mesures produisirent l'eflet qu'elles eurent toujours en tous pays; la persécution augmenta le nombre des sectaires, et ne sachant plus que faire pour arrêter leurs progrès, on se contenta d'exiler deux ou trois des principaux à I lie de Raîatea , leur pays natal ; ils
firent là ce qu*ils avaient fait à Taïti; ils prêchèrent leur nouvelle religion , et les disciples leur vinrent en foule.
Il serait fort difficile de bien expliquer les bases Btiei deu mcu de cette nouvelle religion. Les Manuna se prétendaient chrétiens, affectaient de croire en Jésus-Ohr ist , lisaient la Bible et priaient plusieurs fois par jour ; mais ils s'en tenaient à ces formes extérieures du culte, et y rattachaient la vie la plus licencieuse et la plus immorale. Aimer Dieu , le prier, chanter ses louanges étaient les seules obligations de leur système; on pouvait ensuite agir au gré de ses désirs, car le reste des actions était indifférent. Ils faisaient cependant un singulier mélange du christianisme et de Tancienne religion; c'est ainsi qu'ils se prétendaient inspirés , mais au lieu de l'être par Oro , ils Tétaient par le Christ, par St-Jean, par St-I^aul; une femme se prétendait inspirée par la Vierge Marie. Cette secte étrange s'appuyait sur l'autorité de l'Écriture et surtout sur l'exemple deSalomon. « Si , » disaient -ils, tout sage qu'il était , ce prince avait » plusieurs femmes , pourquoi ne pourrions-nous pas » aussi en avoir quelques-unes , et surtout en chan- » ger ? Que les hommes prennent des femmes ou en |
> changent au gré de leur caprice, que les femmes en » fassent autant, et que les jeunes iillcs et les jeunes » garçons aient une liberté sans limite. » En outre il n'y avait point de punition dans l'autre vie, tout le |
monde devait aller au ciel , et ce ciel était celui des Areois ou do Mahomet. De nouveaux plaisirs y étaient
réservés avec des femmes divines qui ne vieilliraient jamais; et au milieu des Tètes, des festins, des réjouissances, le bonheur devait être éternel. Cette morale était trop dans les goûts de la population pour ne pas réussir; et quoique Tati et d*autres chefs principaux se fussent déclarés contre les Mamaîa et les poursuivissent avec rigueur, ils n'en devinrent pas moins très«nombreux> surtout après Tavénement de la jeune reine dont ils espéraient la protection. Monopole A mcsurc que le désordre croissait dans toutes les
au com£Srce par Ues, Gontiuue M. Mocrenhout, le commerce v éprou*
Mose-Dane. . J r
vait plus d'entraves. Un grand nombre de bâtiments baleiniers commençaient à visiter Taïti , tant à cause de ses beaux ports , que par sa situation si commode, surtout pour les bâtiments qui se rendent en Europe ou dans F Amérique du Nord, qu'à cause de l'abon* dance des provisions qu'on pouvait s'y procurer à des prix modérés. Mais un lascar nommé Mose Dane, qui habitait Taïti déjà depuis plusieurs années, éta* blit tout à coup une espèce de monopole de com* merce tel, que les indigènes n'avaient plus le droit de vendre leurs provisions , mais devaient les remettre à Mose Dane, qui les vendait ensuite aux navires en demandant des prix exorbitants. Ce monopole s'étendait aussi sur les articles de commerce , tels que l'huile de coco, Tarrow-root, etc., dont il exigeait des prix si élevés que des navires expédiés de Port-Jackson pour s'approvisionner de ces articles, furent obligés de s'en retourner à vide» ou de n'en acheter qu'une tré^-^petile quantité. Le succès
rendit cet homme insolent, surtout envers les missionnaires, dont ilétait l'ennemi déebré. Soutenu par Tappui de la majeure partie de la population qui ap* prouvait ses mesures , il triompha surtout quand , la saison d*après, plusieurs navires, ignorant les restrictions imposées au commerce, reparurent dans les ports de Tlle, quoique les missionnaires eussent déclaré que le prix exigé pour les denrées les empêcheraient de revenir. Dès ce moment, Tautorité.de Mose Dane fut sansbornes) le peuple et les missionnaires le craignaient; M. Pritchard faillit devenir sa victime parce qu'il avait blâmé sa conduite. Aûn de contrarier davantage les missionnaires, il parvint à obtenir un ordre de la reine en vertu duquel per* sonne autre que lui ne pouvait, sous aucun prétexte , se rendre' à bord des navires pour Taire le commerce.
C'est ainsi que le rot notr, comme le nommaient les Anglais, gouvernait Ttle à son gré, et serait proba-* blement parvenu à éloigner les missionnaires, si les plaintes portées cx)ntre ce vagabond, n'avaient décidé le gouvernement anglais à le faire enlever de l'Ile. Cet ordre Tut d'autant plus facile à obtenir que Mose Dane était accusé d'un grand crime, dont on le saNait réellement coupable, quoique, faute do témoins, on ne pût l'en convaincre à Port-Jackson. Il avait été l'instigateur ft Tiokca de la prise et du pillage d'un brick anglais. Au mois d'avril 182U, un navire anglais arriva à Taiti avec la mission d'enlever cet homme ; mais la reine refusa de le livrer ,
RemlM de Mose-Dane
toi maint
des aoiontet
aoglaiset.
Mart 1129.
is mars 1829.
et elle le Gt si bien cacher qu'on ne put le trouver. Cependant le capitaine ayant laissé pour la reine des présents considérables avec l'ordre de ne les remettre qu'après qu'elle aurait livré son protégé, et d'un autre côté la reine et les chefs craignant de déplaire au gouvernement britannique, MoseDane fut sacrifié. Le 15 mars 1829, on le conduisit les mains liées à bord d'un baleinier qui le remit entre les mainsdes autorités anglaises. Cette disparition mit fin au monopole, et les opérations reprirent leur train ordinaire (1).
Arrivée Cc fut vcrs cetlc époquc que M. Moerenhout, Belge
de MJAoerenhout r t ^ » o
A faïti (Je nation, arriva à Taïtî dans le but de fonder un établissement de commerce, et d'y tenter des spéculations. Il trouva sur la rade de Papeïti six grands navires baleiniers en relâche , une goélette de 60 tonneaux , appartenant aux missionnaires, et qui était sur son départ pour les lies Nouka-Hiva, où MM. Pritcbardet Simpson allaient tenter une nouvelle fois d'établir des missionnaires. On voyait aussi quelques autres bâtiments qui appartenaient soit à des indigènes, soit à des Européens fixés dans ces îles. Dès le début de ses opérations , M. Moerenhout se plaignit amèrement de la mauvaise foi des indigènes , avec lesquels il avait passé des marchés pour une certaine quantité d'arrow-root en échange d'une cinquantaine d'habits confectionnés. < Me fiant, dit cet auteur, i
(i) Moerenhout , Foyage aux tles au grahd Océan , tome U , page 501 à 508.
V ce que j'avais entendu dire de la probi .é et de la • justice des Taitiens depuis leur converf ion (car ce » que j'avais vu du débordement de leurs nœurs, me » paraissait n'être que le tort de quelques individus, » dans la seule localité de Papeîti) , je crus pour accé- 9 lérerla fabrication de Tarrow-roetpeuvoir, en toute » sûreté, le payer d'avance. Cependant trois mois s'é- » coulèrent, et aucun de mes débiteurs n'avait tenu » ses engagements ; je me mis à les presser ; alors ils > contestèrent la valeur des mesures stipulées, et vou- » lurent les réduire d'un grand tiers. En résumé, pas 9 un seul , sur plus de cent-vingt , ne me paya ce qu'il 9 devait* Plusieurs poussèrent la déloyauté ju^u'à » livrer de Tarrow-i^oot mal préparé, ou mouillé, 9 OU moisi; et parmi tant de gens, au nombre des- » quels il s'en trouvait plusieurs des plus notables 9 et des mieux famés comme chrétiens zélés , aucun 9 ne tint ses engagements, sauf un individu qui avait 9 fait mes achats, qui avait reçu mes marchandises, 9 et qui, toujours juste et droit, quoique fort mauvais 9 sujet, puisqu'il s'enivrait quelquefois et n'allait que 9 rarement à l'église, me donna les preuves d'une 9 intégrité à toute épreuve. Il reprocha leur roau- » vaise foi à ses compatriotes, et fut, pour ce fait 9 seul, traduit par eux devant le tribunal. Je fus pré- 9 sent ace singulier débat, où des juges voulaient con- 9 damner un individu parce qu'il était juste. M. Prit- » chard , qui y était intéressé , achetant lui-même 9 quelquefois de l'arrow-root, s'y trouvait avec sa » femme; et comme il prit part au débat, il fut cause,
» je crois , que mon individu se tira d'affaire et que > les choses en restèrent là. »
du miwSÎSStife Quand M. Moerenhout exposa son afiaire à M. Notl, ^^^' celui-ci avoua franchement que les indigènes étaient arrivés au point qu*on ne pouvait plus leur confier la moindre chose avec sûreté^ et que lorsqu'il avait besoin de passer un marché avec eux, il promettait bien le payement, montrait même Tobjet qu'il voulait donner en échange, mais ne le remettait jamais avant d'avoir reçu ce qu'on devait lui livrer en retour. Tous les autres Européens tinrent à peu prés le même langage (i).
. Visites et Ce malheureux début dans ses opérations com-
d'AïmnïïL merciales ne devait pas prédisposer M. Moerenhout en faveur des indigènes, dont il fait en général un portrait peu flatteur. Il paraît qu'à cette époque Aîmata était déjà entrée dans l'exercice du pouvoir. Elle venait souvent visiter M. Moerenhout, et quoiqu'elle se montrât toujours personnellement aimable et bonne, sa visite n'était pas toujours des plus agréables, à cause du grand nombre de misérables des deux sexes qui Tenlouraient sans cesse, et pour lesquels elle ne cessait de demander diflërentes choses, mais surtout de l'eau-dc-vie. Il n'y avait pourtant que les faréaras^ suivantes chargées de distraire et d*amuser la reine, qui entrassent avec elle. Il arrivait souvent qu'elle les faisait chan-
(t) Moerenhout, Foyage aux iles du grand Océan , tome 1 , pages?! 3,:^! 5, ??7et2?8.
ter et même danser. Les instruments étaient tout lionnement des guimbardeê » au son desquelles elles exécutaient des danses plus lascives qu'aimables, et il n'y avait d'intéressant, de vraiment original que leurs chants pleins d'harmonie et de charmes» Ce plaisir était compensé par la présence d'une foule de parasites qui s'attachaient aux pas de la reine et assiégeaient la maison où elle entrait. Pour se soustraire à leur imporlunité,.elle faisait souvent fermer portes et fenéires , mais il n'était pas rare qu'ils ouvrissent do force les jalousies et regardassent tout au moins par les ouvertures v ce qui se passait dans l'intérieur. Ce qu'il y avait de plus singulier, c'est que la reine ne se formalisait pas et se plaignait rarement de ce manque d'égards. Le cri sans cesse répété de ses courtisans d'un nouveau genre était : du rbuml toujours du rhum. C'était une contribution à laquelle tous les étrangers étaient soumis dans ce temps, et c'était une re* quête à laquelle il était dilficiÉ de ne pas obtem* pérer.
II. Moerenhout assista i l'assemblée générale do la Atiembifa
^ générale
population qui eut lieu au mois de mai 1829 à Pa« ^^ ^•^^^^ paoa 9 et conçut l'opinion qu'aucune mesure fiscale **^* ne pouvait prendre chez ce peuple. La Société des missionnaires d'-Angle terre, dit-il, faisait encore des dépenses énormes pour ces Iles, quoique le peuple y fôt censé converti et chrtUien. Elle avait pensé plus d'une fois à faire supporter aux indigènes les frais de la mission. Muis plasieurs des calé-
chistes de Taïd connaissaient déjà trop bien le carac* tère de leurs catéchumènes pour entrer dans ces vues, et effectivement j à moins d'adopter les mœurs du pays, et de s* habiller comme lès indigènes, la chose était impraticable ; une demeure sans meubles et la nourriture étaient tout ce qu'on leur aurait accordé^ et encore ce dernier article aurait-il fait quelquefois défaut. Quant aune taxe quelconque , il n'y fallait pas songer, car payer n'est pas le fort des Taitiens ; en cela ils ne font exception pour personne , pas même pour ceux qui se sacrifient à leurs intérêts ou au désir de leur être utiles. Malgré les lettres où la Société des missions le décorait du titre pompeux de secrétaire d'état, Pa&î lui-même ne payeie, ne travaillera que mené par la crainte et la superstition. Les mission-^ naires eurent recours à un autre moyen, et sans demander de salaire pour eux-mêmes , ils cherchèrent à faire contribuer lesindigènesauxdépensesderAngleterre pour propager le christianisme dans toutes les parties du monde, ifti première année, le produit de la collecte fut assez satisfaisant , mais il diminua les années suivantes, et fut bientôt réduit presque à rien. La veille du jour où l'assemblée devait avoir lieu, on vit passer devant le port de Papeîti un grand nombre de pirogues remplies de monde; quelques-unes s'arrêtèrent dans ce port , mais le plus^rand nombre se dirigea droit sur Papaoa. Par une prévoyance toute taitienne, la plupart de ces pirogues étaient remplies de provisions végétales, car pour la viande c'était la reine qui en faisait les frais pendant la durée des as*
Semblées. La famille royale se présenta dans le temple entièrement vêtue à l'européenne ; la reine seule était passable sous cet accoutrement, les autres étaient horribles à voir , la nourrice de la reine surtout : la grosse Water, qui à une figure ronde comme la lune et des formes masculines , joignait un embonpoint démesuré, avait un air si extraordinaire que sur un théâtre, elle eût produit un effet unique; sa présence seule aurait égayé la salle. Aimata ellemême , gentille et même élégante dans ses manières et dans sa démarche, quand elle portait son costume national, avait alors Tair gêné, gauche, marchait mal, et levait les pieds comme si ses souliers, qui étaient pourtant légers, eussent pesé plusieurs livres. Ce n'était plus la même femme ; elle semblait le sentir elle-même, et n'en paraissait pas trop contente. La séance commença et se termina par une prière; le missionnaire Darling fit un discours pour prouver l'utilité des missions; il dépeignit le tableau des tortures que les fakirs de l'Inde s'infligent; ce discours 9 loin d'inspirer la sympathie et la pitié, ne fit qu'égayer les auditeurs. Après lui quelques chefs prirent la parole , mais la séance n'était pas animée ; les auditeurs ciaient revenus de leur enthousiasme et les souscriptions n'allaient plus.
Dans l'après-midi la séance fut reprise, mais l'as- séaiMe p^Hjqae semblée n'avait plus pour objet les souscriptions en faveur des missionnaires : il s'agissait de discussions politiques ayant un rapport direct aux intérêts généraux du pays. Aimata quitta ses vêtements euro-
ût l'âMcmblee.
péens pour assister à cette assemblée, dans laquelle Tali» le chef le plus éloquent de Tile, se montra dans tout son éclat. Il s'agissait de la secte des Mamata. Tati leur reprochait d'avoir fomenté des trou* bles, et puisqu'il y avait, disait-il, des lois qui réglaient le^ formes du culte et les cérémonies religieuses, il élait absurde qu'eux, de leur chef, sans la sanction du plus grand nombre, prétendissent changer ces formes et établir un culte et des cérémonies nouvelles.
*^**To"ire ^*^ '' leur.reprochait aussi leur ignorance, leurs maulesMamaïa. yaiscs mœurs, et, s'animant par degrés, il s'approchait peu à peu de ses adversaires, pendant que sa figure prenait une expression terrifiante, qui fit la plus vive impression à toute l'assemblée; mais, surtout, quand les yeux en feu, les lèvres tremblantes, avec un son de voix qui trahissait une passion ardente et une extrême agitation , il les menaça par un geste» qui n'était que trop expressif, de les faire jeter à la meri on vit non-seulement ces infortunés , mais presque tout l'auditoire reculer et frémir. Il parait que la sortie de Tati contre les Mamua^ n'était pas en cette circonstance tout à fait sans but, et qu'il voulait faire impression sur quelques-uns des grands personnages présents, soupçonnés de favoriser la nouvelle secte. « Je crois, » ajoute M. Moerenhout, qu'il y réussit et que le point » de vue sous lequel il avait envisagé la question les B aura fait réfléchir , en leur montrant les suites qui » pourraient suivre une adhésion trop ouvertement
• prononcéeaux principes de l'hérésie combaUue(l). •
Peu de temps après la fin de cette réunion , toute ^ To^i^f ..
■ ■^ ' de la famille
la famille régnante de Taïii entreprit un voyage sur "Jufniî**^les Iles voisines. Le capitaine Finch, commandant la «•p*«*'^ï'»«^ frégate desÉlats-Unis, le Vmceitn^^, apprit en arri- •■•'••■■"*« ^•••• vant à Ralatea , le 3 septembre 1829 , qu'elle se trouvait à Taha, dans les domaines du mari d'Aîmata. La femme de Tamatoa se trouvait seule sur Ttle; mais au bout de quelques jours, tous les membres de la femille de Pomaré et de Tamatoa, vinrent rendre visite au navire américain. Dans une des premières entrevues, le capitaine Finch se plaignit de la conduite du gouyernement de Taiti à Fégard de quelques déserteurs d'un navire baleinier américain; celte réclamation était évidemment désagréable à Pomaré-Wahine; qui paraissait remplir encore les fonctions de régente. L'adresse qu'elle mit à disculper la conduite d'Aimata et la sienne, amusa beaucoup les officiers américains. Tous les détails de cette entrevue ne sont pas consignés dans le récit du missionnaire Stewart s il mentionne seulement qu'une plainte fondée avait été portée contre les procédés de la reine et de la régente^ au sujet de quelques déserteurs d*un navire baleinier américain \ ces dcscrlours étaient des indigènes des lies Uaouai^ qui avaient été régulièrement admis dans réquipage de ce bâtiment. 11 est probable que les
(1} Moerenhont, Voyage aux ilei du grand Océan , tome U , ptget 243 et ?4ti.
au
diispositions de la loi contre les déserteurs > en vi^ gueur depuis Tannée 1826 , furent la principale cause de ces difficultés, qui s'aplanirent tout à fait sur la promesse que de pareils actes ne se renouvelleraient plus. La conférence se termina par un échange de cadeaux, signe certain d'un retour de bonne harmonie.
ii*5rt«?dtnT*dw ^" moment de retourner sur l'île Taha , la famille Éiau^ni». régnante se rendit à bord du Vincennes pour re-
i6feptenib.i829. ^^^^^^^ ^^ capitaine Finch, une lettre adressée par Aimata au président des États-Unis. Cette lettre , écrite à la date du 16 septembre 1829, est signée la reine Pomaré i*"'; elle est trop longue pour être reproduite ici textuellement; nous ne citerons qu'un paragraphe relatif à l'adoption d'un nouveau pavillon , qui est ainsi conçu :
« Nous avons un nouveau pavillon qui nous a été » donné par le capitaine Lawes , commandant le 1» navire de guerre anglais le Satellite ; voulez -vous » le reconnaître comme notre pavillon, sur les mers B et chez vous , si jamais nous allons vous visiter » dans Tavenir, de même que nous reconnaissons » vos couleurs ? (1) »
NooTeaa pa? iiion Gc nouvcau paviUou cst fort probablement celui wîguiSïiwÏÏ! ^"^ ^ subsisté jusque dans ces derniers temps, et qui était formé par deux bandes rouges horizontales, placées de chaque côté d'une large bande blanche; il remplaçait celui dont M. le capitaine
(1) Stewart, A FiHt io ihe Bouth êeoi , page 267.
UISTORIQUE. 7S0
Duperrey a donné la descriplion dans les termes suivants, dans son rapport au ministère de la marine, à la date du 15 mai i823. « L'tie Taiti s'est • déclarée indépendante il y a environ deux mois. > Le pavillon anglais, qui depuis le voyage de Wallis » y flottait, est remplacé par un pavillon rouge sur » lequel on remarque une étoile blanche placée dans » l'angle supérieur (1). » Un manque absolu de renseignements ne permet pas de décider si la remise de ce pavillon fut le résultat d'une délerroiuation personnelle du commandant du navire de S. M. B. le Satellite t ou bien si le gouvernement anglais^ pour donner suite à son refus de protection , avait voulu changer les couleurs primitives du pavillon taitien, qui se rapprochaient de celles de l'une de ses bannières, ou encore, si en remettant un drapeau à ces insulaires, il avait l'intention de leur donner un gage de bon vouloir, et de protection morale , dont il saurait recueillir les fruits plus tard. Cette dernière supposition est la plus plausible en l'absence de toute preuve qui puisse dissiper les doutes.
Le chef Tamatoa écrivit de son côté une lettre à uun peu près semblable, au président des États-Unis, de prépondérance sorte qu a 1 époque du passage du Vmcenneê , il y Ç^7!"*r[°7^ avait de fait deux gouvernements constitués dans l'Archipel : celui de Taiti et celui de Raiatea. L'alliance des deux familles régnantes rendait la position de Tamaloa supérieure à celle des autres chefs de
(i) Annales mariUmeê, Année 1824,2* partie, tomel,page 205.
toutes les lies. La direction générale des affaires ai^il en quelque sorte changé de côté; Pomaré II avait fait prédominer Taiti , Tamatoa avait agrandi la prépondérance de Raiatea. Cette observation n'est pas sans importance dans l'appréciation des événements de répoque à laquelle nous sommes parvenus , et qui sont consignés en détail dans l'ouvrage de M. Moerenhouty dont nous suivrons le récit, en le dégageant, autant que possible, des faits qui ne nous paraîtront pas suffisamment justifiés.
Relations Nous avous déjà dit dans quelle intention M. Moe-
avec le chef Taa. reubout ctait amve à Taiti. Dès son arrivée, il avait
Avril 1829. ' donné l'ordre à la goélette qu'il avait affrétée » d'aller
faire la pèche des perles dans l'archipel Pomotou ,
pendant qu'il rest^^ait à Taiti pour amasser un char-
^*^ gement d'arrow-root. Vers le milieu du mois d'avril
1829, un mois environ après l'arrivée de M. Moerenhoul,Tati, chef dePapara, vintle voir et lui offrit plusieursprésents en lui demandant s' il voulait les accepter et être son ami. Il l'invita en même temps à venir à Papara, en promettant de lui donner des terres,, de lui construire une maison, etc. « J'ignore de quels f sentiments, dit M. Moerenhout, il était mu dans » cette circonstance, mais personnellement, il s'est » toujours dans la suite bien comporté à mon^égard; » peut-être est-il de lous les indigènes de ces lies » celui dont la conduite est la plus régulière ; c'est » de plus le chef le plus distingué de Taiti. Il a le » goût des entreprises commerciales, et il est doué » d'une grande activité, d'un esprit juste et pré-
QiâTORlQUE. 731
» voyant; tl fit plus que les aalres à la manière ea** » ropéenne ; 61 s'il eût été roi de l'Ile il eût fait faire « des (NTOgrès à son peuple (1). » M. Moerenhout se rendit à Tinvîtation de Tati, qui lui envoya son cheval et une embarcation pouf lui faciliter le voyage. Le missionnaire Pritchard offrit aussi un cheval qui servit au compagnon de M. Moerenhout; à l'arrivée des deux voyageurs, le chef Tati et sa femme vinrent à leur rencontre et les reçurent avec cordialité. La maison de ce chef , bâtie sur une petite élévation, possède la vue la plus magnifique de cette partie de l'Ile; elle plonge au nord sur une riche plaine, bornée par de hautes montagnes qui s'élèvent graduellement, et dont les sommets se perdent dans les nuages qui les couvrent presque toujours, ou disparaissent dans la teinte bleue des lointains, qui contraste si bien avec la brillante verdure plus rapprochée de l'œil de 1 observateur. A Test et à l'ouest on a également une petite plaine coupée par un assez large ruisseau;, plus loin la mer continuellement agitée sur les récifs, et de ce côté différentes pointes de terre qui s'avancent à perte de vue et qui forment la plus belle perspective. Dans l'intérieur de la maison , l'ameublement était disposé à l'européenne et bien mieux qu'on ne devait s'y attendre. Dans la chambre destinée à M. Moerenhout, il trouva, chose rare à Taiti, un bon lit , bien propre, garni de rideaux en étoffe
(1) Moerenhout, Forage aux Uei du grand Océan , tome H , page 2ai.
du pays pour empêcher l'introduction des moustiques, qui sont souvent très-incommodes dans cette partie de l'Ile. Les repas, composés de mets cuits d'après la mode indigène sur des pierres chauffées , étaient servis d'après les usages anglais , en changeant d'assiettes, de couteaux , de couverts, de fourchettes à chaque mets. Ces détails nous ont paru utiles à connaître pour apprécier pleinement la position du chef Tati, destiné à marquer dans les événements de l'histoire contemporaine de TArchipel. C'est de tous les chefs, continue M. Moerenhout, celui qui a le plus fréquenté les étrangers et celui qui a les meilleures manières. Le soir on servit du thé, et, à la manière dont la femme de Tati le servait, on l'aurait, à sa couleur et à sa toilette près, prise pour une Anglaise ; le service était assez joli, très-propre, et le thé de très-bonne qualité. Ces soirées se terminaient par la lecture de quelques passages de la Bible, et on se , séparait après avoir bu modérément du genièvre de Hollande, boisson qui servait aux repas et que le chef Tati aimait, sans, toutefois, en boire beaucoup (1).
Pendant cette visite, M. Moerenhout ébaucha sucre rKiîtfa. ^vcc Tati, uu projct de plantation de cannesà sucre, qui fut mis à exécution peu de temps après. Ce projet avait été probablement inspiré par l'exemple des capitaines Ebrill et Henri, qui avaient établi à
(1) Moerenhont , Foyage aux iles du grand Océan , tome 1 , pag^ 245, 2Ô4 et 258.
PlanUUon
Maîrepehéy non loin de Papara, une exploitation du même genre. Le capitaine Ebrill y avait établi sa demeure, sur la pente d'une montagne d'où Ton avait Yue sur tout le pays, et la situation de la plan* tation placée près du rivage, était très-favorable. Cependant, la profession aventureuse des deux marins ne leur permettait pas d^onner a cette entreprise tous les soins convenables; déplus Tindolence des indigènes était une source de grand découragement, et il était à craindre qu'ilsn'en fussent pour leurs frais. Espérant sans doute être plus heureux, M. Moeren« bout fit une course dans une vallée pour examiner les localités désignées comme propres à placer un moulin à sucre; il ne se décida pourtant pas toutd'a*bord| à accéder aux propositions du chef Taiiffur ces entrefaites M. Moerenhout avait affrété une goélette à M. Wiliiaais, missionnaire de Raiatea, et l'avait expédiée à Valparaiso avec un chargement de nacre et d'arrow-root; pendant Tabsence de cette goélette » Tati renouvela ToiTre de former une plantation , et M. Moerenhout se décida enfin à entreprendre cette exploitation en y intéressant le chef <le Papara, dans la pensée qu'il aurait plus d'influence sur les indigènes et qu'il les Tcrait travailler à meilleur compte. Une pièce de terre de soixante -dix arpents fut destinée à cette entreprise. Une grande partie du peuple de Papara y travailla; elle fut nettoyée et entourt'^c de cidtures en si peu de jours, qu'on aurait pu croire que Topcration s était faite par enchantement.
Résuiiat Dès à présent , nous indiquerons les résultats de
des spéculations * , ■
M Moerenhout ^^^ diverscs spécuIations commerciales , en antici- Nofemb"re 1830. P®^^ *"^ l'ordrc chronologiquo, pour ne pas avoir à y revenir dans le cours du récit. Au retour de Yalparaiso de la goélette du missionnaire Williams, M. Moerenhout avait recula commande d'une partie considérable de bois , don^l avait envoyé les échantillons au Chili. Pour la remplir, il eut recours au chef Tati ^ qui permit de couper dans son district tout ce qu'on y trouverait de convenable. C'était le tomana ( calophyllum monophyllum ), arbre qui prend des dimensions énormes, dont l'abattage , le transport et le sciage constituaient un travail imniense« mais auquel les indigènes sont le plus propres; Migré la faiblesse de leurs moyens, ils parvenaient avec leur patience , à mouvoir des masses considérables et à les transporter à de très*grandes distances. Vers ce temps un bâtiment arriva pour recevoir ce chargement, et M. Moerenhout dut abandonner momentanément la plantation des cannes à sucre, pour s'occuper spécialement de l'embarque* ment du bois. La plantation étant d'ailleurs à ses frais, son intérêt exigeait qu'il attendit la saison favorable pour opérer, c'est-à-dire les mois de mai et de juin 1830; il crut agir politiquement en laissant au chef Tati des étoffes pour payer les planteurs, persuadé que la chose irait mieux que s'il l'avait faite lui-même, mais il se trompa. Aussitôt après son départ, la famille du chef vint lui rendre visite; il fallait bien lui faire des cadeaux , et, à dé-
'Irv.'^
HIStORIQUB.
faut d'autres objets, les étoffes y passèrent Les planteurs n'étant pas payés ne travaillèrent plus avec autant de zèle , et quand , six mois après , au mois de novembre 1830, M. Moerenhout revint sur les lieux , il trouva la plantation peu avancée et ses marchant dises gaspillées ; il en envoya d'autres dont on ne fit pas un meilleur emploi, et bientôt on lui adressa des réclamations exorbitantes ; il se refusa le plus longtemps possible à les satisfaire; mais enfin, malgré l'intervention du missionnaire Davies , qui fut insulté et presque hué, il fut obligé de payer un tiers en sus de la valeur réelle des travaux accomplis dans la plantation.
Cet établissement fut la source de désagréments de tout genre : si on prenait des ouvriers à la semaine, ils ne faisaient rien du tout; des devoirs à remplir à l'église éloignaient plusieurs jours doila semaine, ceux qui observaient la religion etmteie ceux qui ne l'observaient pas, car c'était une excuse pour tous; plusieurs des travailleurs qui auparavant n'allaient pas à l'église une seule fois par mois, y allaient alors plusieurs fois par semaine. La même chose arrivait si on les faisait travailler à la tâche ; car ils allaient si lentement, ou bien ils accomplissaient si mal leur tâche, que les querelles ne finissaient point, et cependant il fallait toujours finir par payer. Une autre difficulté , qui faute de lois et de moyens pour les faire exécuter^ rendait une entreprise un peu considérable impossible à Taiti, c'est que toutes les fois que l'intérêt des in-
IlldOl6ll€6
01 mtttf aîM foi
des ouThert
Indigènes.
digénes était en jeu, ils étaient positivement de mauvaise foi , et que dans les démêlés qui en résultaient, les juges et les chefs étaient rarement favorables aux Européens. M. Moerenhout en donne un exemple : ses ouvriers s'étaient engagés à couper et à passer au moulin toutes les cannes à sucre de la plantation , mais ils ne remplirent pas une ^ule fois leurs engagements. Quelquefois ils s'arrêtaient au tiers ou à la moitié de la besogne et réclamaient le payement pour le tout. Lé travail pressait, il fallait transiger, payer, et malgré cela perdre chaque antaée la moitié de la récolte , ce qui empêchait celle de l'année suivante de réussir. M. Moerenhout ajoute : u De plus, comme on Ta vu , j'avais eu le tort, que je » reconnus plus lard, d'intéresser le chef à l'affaire. » Brave homme et toujours disposé à me rendre tous »^es services qui étaient en son pouvoir, il se il prouve néanmoins aujourd'hui, comme tous les » autres chefs, dans une position telle, qu'il doit, » toujours et dans toutes les circonstances , favoriser » le peuple, dans le besoin qu'il éprouve de s'y mé- » nager des amis, ce qu'il fit souvent, sans scrupule, » à mes dépens, usant libéralement de mes mar- 9 chandises, donnant toujours quelque chose de » plus aux Indiens pour leur travail , lors même 9 qu'il n'était fait qu'à demi; régalant tous ceux I» qui levisitaient,et s'enivrant plus d'une fois noble- » ment dans la compagnie des siens, avec mon > rhum, mon genièvre et mon eau-de-vie; si bien, »■ qu'après des essais coûteux faits sans fruit pen-
H1ST01UQUE. 737
t danl trois années , j'ai dû abandonner rétablisse- » ment a?ec une perte d'an moins huit ou dix mille » francsd). »
Le séjour de la famille régnante de Taïti dans les ••'^•fJSîJS' ^" Iles du groupe nord-ouest, dura plus d*une année; doîïîâPN^o. M. Moerenhout vit Aimata à Raîatea le 26 avril 1830 , Avriria». où elle habilait avec sa mère, ses femmes, quelques chefs, et ce qu'on peut nommer sa cour, dans la maison deTamatoa.Cette maison, construite dans le style européen, divisée en plusieurs chambres et pourvue de fenêtres à carreaux , n'était pas occupée par ce chef, qui préférait loger dans une maison construite d*aprês le mode ancien, fort jolie, mais ouverte de tous les côtés. Pendant ce voyage , le père de Pomar^ Abou-rahi , chef de Tile Taha, mourut; succédant pu pouvoir de son père, le mari d'Aimata quitta la jeune reine et, à la demande des habitants de Taha , prit les rênes du gouvernement. Vers ce temps aussi , la population de ces Iles commença a montrer ouvertement des dispositions au désordre; à Ouahine comme à Taiti , les femmes allaient déjà publiquement à bord des navires; à Bora-Bora , c'était pis encore : le jeune chef de cette Ile , qui avait épousé Tôremoîmoi , non-seulement Tavaitabanclonnée, mais encore avait pris publiquement plusieurs femaios les unes après les autres, donnant rexcMnple d'une conduite que les mœurs anciennes n'auraient
;!) Moereobout, yofage aux iUâéu grand Océan ^ toni«I « pages 2GI , ?75, 275, 27U et 2!I6.
pas expliquée; et si à Haiatea^ grâce aux soins du missionnaire Williams y les apparences étaient plus satisfaisantes, la morale au JTond y était au moins aussi relâchée que partout ailleurs (!)•
(1) Moerenhoat , Foyage aïkx iles du grand Océan , tome n , page 315.
An sujet de M. Williams , on troure dans une autre portion de Touvrage de M. Moerenhout, diverses indications qui complètent le sens des lignes écrites plus haut, et qui nous paraissent utiles à Tap» prëciation de certains faits de cette histoire.
« L^influence du missionnaire Williams, dit la narration , était très-grande à Raïatea : bien avec le roi , c'était en quelque sorte lui qui gouvernait , au moins pour ce qui regardait les ordonnances relatives à la fréquentation des écdles , des églises , k la moralité et aut mœurs. Aussi fit-il tant de mécontents, qu'il faillit en devenir victime ; l'assassinat aurait été la récompense tle son zèle , de son courage , de son activité extraordinaire et du bien qu'il avait fait à la cause chrétienne et a la civilisation dans ces lieux. M. Williams, dans ses voyages, avait montré autant de courage que de persévérance ; il avait propagé la religion dans toutes les îles environnantes , et c'est à lui qu'on doit le succès obtenu aux lies des Navigateurs ; mais on devait lui adresser le reproche d'être peu patient , et que son amour pour le bien le poussait quelquefois à ne pas craindre d'employer Jusqu'à la force pour assurer l'accomplissement de ses vues , si la douceur ne paraissait pas y conduire. L'école était bien suivie, et, le dimanche , l'église était pleine de monde ; mais cela tenait à des mesures un peu tyranniques , qui avaient leurs inconvénients et que bien des personnes pourraient blâmer. On s'était montré trop exigeant pour l'exactitude aux offices ; on en était venu à avoir des gens armés de bâtons, qui forçaient les indigènes à se rendre à l'église. Une autre circonstance avait beaucoup nui a la cause des missionnaires et à H. Williams , quoique ce dernier ne fût coupable que d'un excès de sèle pour le bien de la société et des peuples qu'il voulait convertir. Ce missionnaire avait établi on petit chantier de construction à Raïatea , où plusieurs indigènes, sons sa direotion, étaient devt»
DISTORiQUE. 739
Au commencement du mois de novembre 1830 , ®*^^;Sf flJ?*** Aimata n'éiait pas encore revenue à Taïli; elle se ToubouaïManoa. trouvait sur Toubouai-Manou , où M. Moerenhout ^•'•'^""•**envoya une goélette la chercher, pensant par là lui
uni de bons charpentien et de bons forgerons ; sons ce rapport , et pour tout ce qui regarde le progrès des insulaires en fait d*inda»> trie et de métier, aussi bien que pour la propagation de la religion cbrëtienne , aucun missionnaire n'avait fait autant que M. Wil* liams : il avait construit avec leur aide de petits bâtiments dont le plus considérable était une goélette de soixante-dix tonneaux. C'étaient des travaux étonnants en raison du peu de moyens et de la faiblesse des secours dont il pouvait disposer ; car pour cette goélette (probablement le Messenger of peace)^ qu'il construisit à Rarotonga , il ne fut secondé que par les indigènes , qui n'avaient aucune idée de semblables travaux, et il est vraiment surprenant qu'il ait pu achever une pareille entreprise. Malheureusement ces travaux avaient fait naître l'idée qu il en retirait de grands avantages; les indigènes le croyaient. Je sais , continue M. Moerenhout, qu'il ne vendit pas ce bâtiment ce qu'il lui avait coûté, sans compter son travail personnel et la peine infinie qu'il avait eue à le finir et à le charger ; mais cela fît causer, et puis il y avait un autre inconvénient : ces bâtiments le constituaient toujours en dépense; il fallait des marchandises , de l'argent ; il fallait payer, recevoir les produits qu'on portait aux îles visitées et ceux qu'on en rapportait. Tout cela avait un air de commerce qui excitait la jalousie, et les indigènes le croyaient tellement riche, que les habitants de Bora- Rora et de Taha disaient , dans la d«*nière guerre , que s'ils pouvaient s*emparer de RaTatea , ils jetteraient toutes les étoffes du pays à la mer, pour se vctir des belles étoffes européennes dont la maison de M. Williams était remplie. PJen dans la plupart des îles n'a plus nui à la cause des missionnaires, que cette apparence de négoce, et je crois même que pour se maintenir comme missionnaires, il faudrait qu'ils s'interdissent le commerce,'car on pourrait justement reprocher k quelques-uns d'entre eux de s'y être livrés avec tropd*ardeur.Cependant,il faut convenir que leur position est bien pénible. Sans perspective pour leur famille, dans un pays où ils
être agréable, et en obtenir plus facilement une autorisation de faire pêcher des huîtres perlières dans l'archipel Pomotou. La reine, au lieu de revenir à Taïti , se fit débarquer à Eiméo.
préSwdeia Depuis quclque temps, Aïmata avait renouvelé, au'^^sôjet d'après les conseils d'un Européen , une prétention
pèche de la nacre, manifestée depuis quelques années, et qui avait donné lieu aux réclamations du consul anglais, appuyé alors par la présence du navire de guerre le Bios- «om. Après le départ de ce conàul, les disposi tionsabrogées furent remises en vigueur; la reine prétendit, comme souveraine des iles basses Pomotou jusqu'au delà de l'ileAitoa, que nul ne pourrait entreprendre la pèche de la nacre sans son consentement, et avait adressé des instructions à ce sujet aux chefs de ces îles , ce qui aurait mis fort en danger tout bâtiment qui s'y serait présenté sans son autorisation. Les promesses faites par la régente au capitaine Becchey avaient été complètement oubliées, de
tremblent de voir leurs enfants atteindre lage où l'exemple de la corruption devient dangereux et peut influer sur la conduite pour le;:este de la vie , il e|^ assez naturel quMls cherchent à se ménager quelques ressources , soit pour se retirer tous ensemble , soit pour éloigner leurs enfants du foyer de l'infection. Sous ce rapport ils sont excusables de se livrer au commerce , s'ils ignoraient 1 état des choses avant de venir dans ces îles. M. Williams se montra on ne peut plus aimable pour moi ; gracieux et de bonne société , je n'ai qu'à me louer de ses égards et de sa complaisance , qu'il poussa jusqu'à se charger d'acheter pour moi des marchandises, pendant que j'allais visiter d'autres lieux où m'appelaient mes affaire:}. »
sorte qu'un navire arrivé chez les sauvages habitants de Tarchipel Dangereux, sans un Vea ou envoyé de la reine, ou tout au moins sans une lettre d'elle, aurait presque indubitablement été attaqué et probablement pris par trahison , sans pouvoir dès lors avoir recours auprès du gouvernement de Taiti. Exposé à tant d'autres chances, M. Moerenhout ne crut pas devoir braver encore celte dernière , d'autant plus qu'il regardait la reine comme un peu dans son droit, et tout ce qu'il exigeait, c'est qu'en la payant , elle devait donner des garanties contre les attaques et les trahisons de ses prétendus sujeis. Il écrivit à la reine dans ce sens; la réponse qu'il reçut portaitladate du 1" décembre 1830 ; elle contenait la demande de i,000 piastres fortes d'Espagne pour le prix de l'autorisation demandée. « Cette lettre, con- » tinuc M. Moerenhout , peut donner une idée des
• prétentions presque toujours exagérées de ces peu- » pies, lorsqu on sollicite auprès d'eux quelque fa-
• veur, prétentions dont heureusement ils ne tar- » dent pas à rabattre , et le plus souvent pour tomber » dans rextrème contraire. Ces prétentions absurdes
• ne m'effrayaient pas; je connaissais mon monde et » j^avais du temps (1). »
Le retour d'Aîmata signala le commencement Roneur» d'une période de troubles qui édalèi*ent à Taïti. ^^^^l^^l^*^ Pour la première fois depuis lannée i815, après Dec««kreii».
(\) Noerenhoat, ^offûge aux Ues du grand Océan ^ loin«l, |Mig«S09.
quatorze années de paix , des rumeurs de guerre vinrent alarmer la tranquillité publique ; elles prenaient naissance dans l'attitude hostile des grands chefs de Taîti contre les manifestations des Mcantàa^ qui, sous une couleur religieuse, poursuivaient un but politique. Ici , comme du reste dans tout le cours de cette esquisse historique, les documents précis manquent; maison doit remarquer qu'aussitôt après la mort de Pomaré il, la forme du gou-vernement avait changé ; au pouvoir absolu et des» potique de l'arii-rahi avait succédé le pouvoir du parlement créé en 1824, à l'époque du couronnement de Pomaré III. Les principaux chefs de l'ile participèrent alors aux prérogatives exercées jusque-là par le chef suprême. Ce changement était presque une révolution : les droits féodaux des /toidarii avaient été effacés sous le r^ne du réformateur taitien, tandis que les nouvelles institutions les Élisaient revivre sous une forme nouvelle; et l'on peut admettre que les efforts des grands chefs et des descendants des anciennes familles régnantes, tendaient, sens la régence mal constituée de Teremoîmoî et le règne faible d'Aîmata, à reprendre par des empiétements successifs la prépondérance dont leurs ancêtres avaient joui; cependant, soumis à Tinfluence de la religion chrétienne , c'était sur ses prescriptions, sur les avis de ses ministres, qu'ils se bar saient pour établir leur autorité. Les détails contenus dans les pages précédentes nous dispensent de retracer les indications contenues dans les narra-
lions de difTérenls auteurs. Nous nous bornerons à faire remarquer que l'opposition des chefs des lies du groupe nord-ouest aux volontés de Pomaré II , en i821 , sa répugnance à convoquer les principaux chefs de TUe, pour délibérer sur les lois à donner au peuple, et diverses autres circonstances, sont autant d'indices qui témoignent des tendances ambitieuses des grands chefs de File , dont il avait transformé le caractère en les nommant gouverneurs ^ mais dont il n'avait pas détruit les désirs de domination et d'indépendance.
L'intervention des missionnaires anglais dans la ^ iniervenuon
^ des missionnaires
constitution du gouvernement s'élait exercée de ,^ colfJîfmuon deux manières différentes, dans le laps de temps dugouYernemeni. compris entre la conversion des indigènes au chris-* tianisme et l'époque à laquelle nous sommes parvenus. Cette période comprend deux phases distinctes : dans la première, leurs efforts eurent pour but d'établir la suprématie de Pomaré II sur l'archi pel entier et de consolider sa domination. Ce résultat doit être attribué aux premiers missionnaires venus sur le mont Dutf, parmi lesquels M. Nott se fait remarquer particulièrement. Dans la seconde époque, qui commence vers la lin du règne de Pomaré II y les missionnaîres agirent en faveur des grands chefs dont ils constituèrent et étendirent le pouvoir à l'aide de nouvelles institutions. Ce second résultat est dû aux nouveaux missionnaires arrivés dans rArchîpel vers l'année 1818 « parmi lesquels MM. Ellis et Williams sont en évidence.
Ëuii politique En dernière analyse, toutes ces causes combinées
de Taïli. ** '
eurent pour effet de diminuer Tascendant de Tauton té souveraine, et d'agrandir la puissance des grands chefs descendants des anciens houi-arii; ceux-ci , soutenus par les lois sévères du code promulgué par Pomaré, el par celles qu'ils avaient établies depuis , considéraient leur maintien comme la sauvegarde de leur pouvoir, tandis que les indigènes, compris autrefois dans les classes des Boueraaiira et des manahoune, subissaient avec répugnance les contraintes qu'elles leur imposaient. L'aspect politique de Tile Taîti présentait donc trois partis : celui de la famille régnante, celui des grands chefs et celui du peuple. La famille régnante oubliait dans les plaisirs les empiétements des chefs; les grands chefs unis par le même intérêt, veillaient avec soin sur l'exécution des lois; le peuple mécontent, mais faible, cherchait à se soustraire à leur action et trahissait son aversion par l'abandon de ses devoirs religieux et par des manifestations qui avaient donné naissance à la secte des mamàia.
Tendance L'opposiliou dcs mamaïa aux grands chefs char-
'^^l|n??to"^ gés de l'exécution des lois, leurs principes même, ^ d'^^/maolàui.^' devaient les rapprocher de la famille régnante; le discoursdeTaû dans rassemblée publique de Papaoa, en 1829, était peut-être un avertissement adressé à la jeune Aïmaia, décorée d'un titre royal , titre bien lourd lorsqu'il s'applique au chef d'une peuplade insignifiante, mais que nous avons dû conserver pour
HiSTaRlQUE. 749
(l'un esprit juste, d'une volonté ferme, d'une éloquence mâle f imposant par son air, sa taille , sa Ggure, par son regard et par le son de sa voix, il était né pour Tempire, et peut-être pour rendre son pays heureux et florissant. Son désintéressement personnel et les fausses vues des missionnaires a la mort de Pomaré H , en T empochant de se mettre à la tète des affaires ont occasionné la ruine du pays, l'avilissement de la nation et rendu infructueux les travaux et le dévouement des missionnaires eux-mêmes (i).
Les quatre chefs déjà nommés étaient les plus ^**5JSUÎ-Je*'*''* puissants et les plus considérés de l'ile; ils dispo* ^^ Çbeu^^'"^ saient entre eux des plus grandes forces de Taîti. Comme on l'a déjà vu , Tati gouvernait le district de Papara, et sa juridiction s'étendait depuis la pointe Mara jusqu'à l'isthme. Le district d'Attahourou était gouverné par le chef Otomi (2), et les deux frères Pafai et Itoti (3) avaient leurs domaines situés sur la portion de la côte orientale de l'Ile, qui constituait autrefois le grand district d'Idia et divers autres petits districts. La direction de la presqu'île de Tairabou était fort probablement confiée, à la même époque, au chef Tavarii ; les autres fractions du territoire se trouvaient entre les mains de chef<; moins importants ou subordonnés aux premiers.
(1) Moer«nhont, Foyage aux îles du grand Océan , tome I , pages 231 , ?o5 et 281. Foir le portrait de Tati k la page 2.S8.
(2) Utami , OUmt , Outami.
(5) PaoTat, Pawaï, Paowai', Hiloti, Hîlote.
babiement celles du facHnanm, que nous avons décrites à la page 528. En revenant de Raîatea, dit M. Moérenbout, la reine mal conseillée s'avisa de prétendre à une réception conforme aux anciennes coutumes, cérémonie qui, accompagnée des scènes les plus licencieuses, aurait porté le dernier coup aux mœurs, à la religion et aux institutions nouvelles, car après cela rien n'eûf fait scandale; les cérémonies les plus obscènes reparaissaient, et le christianisme tomtmit infailliblement. La réception de la reine à Eiméo eut lieu pourtant d'après les usages anciens, et elle avait été accompagnée de danses et de représentations indécentes (1).
Quand cette étrange nouvelle parvint à Taîti, elle y fit iin effet unique : les missionnaires effrayés em- Décembre isM. ployèrent toute leut influence pour prévenir cet événement. Heureusement pour eux, la réception exigée par la reine menaçait encore plus l'autorité des chefs que les mœurs et la religion ; il s'agissait d'une profession ouverte d'infériorité, d'une soumission humiliante , auxquelles ils n'étaient plus habitués ,
opposition el Assemblée*, deK chefs.
(1) Moerenhout , Foyage aux Ue$ du grand Océan ^ tome I, pagM 3)3 et 315. 11 ajoute que pendant ceUe cérémonie, on ofl^-ait au souverain une grande quantité d^étofies. Dans une scène , de jeunes femmes se présentaient enveloppées dans ces étoffes , de manière à ce qu'on les vît à peine. Après quelques paroles et quelques gestes accompagnés de musique , des hommes saisissaient le bout de réboffe qui enveloppait chacune de ces femmes et les faisaient tourner comme des toupies jusqu'à ce qu'elles restassent entièrement nues , et dans cet état elles continuaient la représenta-
cl*un esprit juste, d*une volonté ferme, d'une éloquence mâle, imposant par son air, sa taille, sa figure, par son regard et par le son de sa voix, il était né pour Teinpire, et peut-être pour rendre son pays heureux et florissant. Son désintéressement personnel et les fausses vues des missionnaires à la mort de Pomaré 11 , en rempûchant de se mettre à la tète des affaires ont occasionné la ruine du pays, Tavilissement do la nation et rendu infructueux les travaux et le dévouement des missionnaires eux-mêmes (1).
Les quatre chefs déjà nommés étaient les plus '^^^Jj^-Jj./^* puissants et les plus considérés de Ttle; ils dispo- ^^Çb"/^!^''"^ saient entre eux des plus grandes forces de Taîti. Comme on l'a déjà vu, Tati gouvernait le district de Papara,et sa juridiction s'étendait depuis la pointe Mara jusqu'à risthme. Le district d'Attahourou était gouverné par le chef Otomi (2), et les deux frères Pafai et Itoti (3) avaient leurs domaines situés sur la portion de la côte orientale de nie, qui constituait autrefois le grand district d'Idia et divers autres petits districts. La direction de la presqu'île doTaîrabou était fort probablement confiée, à la môme époque, au chef Tavarii; les autres fractions du territoire se trouvaient entre les mains de chefs moins importants ou subordonnés aux premiers.
(1) Mocrenhont , Voyage aux iles du grand Océan , tome I , paj;es 231 , ?55 «t 781. Voir le portrait de Tati k la pa^e l'.'tS. (?) Ctami , OUmi , Outaini.
{X) Paofaî, PawaI, PaowaîS Hitoli, Hitote.
des chefs.
continue M. Mœrenbout, les trois ou quatre déjà nommés restèrent unis, et leur fermeté détourna le coup fatal qui pouvait ruiner la contrée, poriraii de Tati, Le chcf Tati était le promoteur de ce mouvement
promoteur
de l'oppoaiuoii insurrectiouncl ; descendant de la famille d'Amo, avec un peu d'ambition il se serait facilement emparé du pouvoir, dit M. Moerenhout; mais il a eu raison de ne pas le faire après la réinstallation de la famille de Pomaré, et surtout après l'accession au trône de Ja reine actuelle; ami le plus intime de Pomaré II, il est fâcheux qu'il n'ait pas accepte quand le roi mourant lui offrit le gouvernement. Il jouissait de la réputation d'être bon, droit, honnête, favorable aux étrangers et sincèrement attaché à la religion chrétienne. A tant de bonnes qualités morales il joignait l'avantage d'être un des plus beaux hommes du pays, même parmi ceux de la haute aristocratie : une taille de cinq pieds dix pouces, des membres bien faits et bien propor«tionnés, une figure des plus nobles et des plus imposantes qu'on pût rencontrer dans ces lies, un front élevé, des yeux pleins d'expression, un nez quelque peu aquilin, une bouche un peu grande, mais ornée d'une dentition superbe , constituaient en lui un type de beauté indigène ; la contenance ouverte de son visage rond était empreinte d'un air sévère , qui inspirait a la fois la confiance et le respect ; car tous ses traits respiraient non pas la hauteur et l'orgueil, .mais la fierté et l'habitude du commandement; homme distingué pour un indigène, doué
iiiSTaniQUE. 749
(l'un esprit juste, d'une volonté ferme, d'une éloquence mâle, imposant par son air, sa taille, sa figure, par son regard et par le son de sa voix, il était né pour Tcmpire, et peut-être pour rendre son pays heureux et florissant. Son désintéressement personnel et les fausses vues des missionnaires à la mort de Pomaré 11 , en rempôehant de se mettre à la tète des affaires ont occasionné la ruine du pays, l'avilissement de la nation et rendu infructueux les travaux et le dévouement des missionnaires eux-mêmes (1).
Les quatre chefs déjà nommés étaient les plus ^'*?i**"JJJ»^**'" puissants et les plus considérés de l'île; ils dispo- **•• Ç^SÏ*^"^ saient entre eux des plus grandes forces de Taîti. Comme on l'a déjà vu, Tati gouvernait le district de Papara, et sa juridiction s'étendait depuis la pointe Mara jusqu'à l'isthme. Le district d'Attahourou était gouverné par le chef Otomi (2), et les deux frères Pafaî et Itoti (3) avaient leurs domaines situés sur la portion de la côte orientale de l'Ile, qui constituait autrefois le grand district d'Idia et divers autres petits districts. La direction de la presqu'île doTaïrabou était fort probablement confiée, à la même époque, au chef Tavarii; les autres fractions du territoire se trouvaient entre les mains de chefâ moins importants ou subordonnés aux premiers.
(1) Moerenhont, Foyage aux Ue$ du grand Océan , tome I , pages 331 , ?55 et 281. Toir )e portrait de Tati à la pa<;e î.'iS. (?) UUmi , OUmi , OuUmî.
(3) Paofaî, Pawaî, PaowaT\ llitoki, Hitote.
Réponse de la Le mcssager des chefs de Taîlî revint à Papeîti le ,
reine au message , ^ '^ I
des chefs. premier janvier 1831 ; sa démarche n'avait pas été I
i" janTier 1831. très-bicn accueillie; il avait demandé à la reine de
la part des chefs si elle voulait rompre avec les lois et les institutions dont elle avait juré le maintien. Sa réponse parut évasive et laissait planer le doute sur ses intentions. Croyant que ces difficultés provenaient en grande partie des conseillers qui entouraient la reine^ les chefs de Taîti se décidèrent i une démarche des plus hardies: ils résolurent qu'on enverrait des juges à la résidence de la reine, qu'on ôterait à Mahine le titre de chef d'Eiméo qu'il portait toujours , qu'on priverait de leur charge tous les autres moteurs présumés du désordre , et qu'on ferait en même temps dire à la reine que les chefs de Taïti ne croyaient pas qu'elle eût demandé d'ellemême cette cérémonie , ce mode de réception contraire aux lois; mais que, dans tous les cas, elle ne devait pas s'attendre à l'obtenir à Taiti , et qu'ils s'y opposeraient même par la force, si la force devenait nécessaire. Les choses restèrent quelque temps dans cet état; les chefs s'étaient retirés dans leurs districts, mais de toutes parts on se préparait àla guerre, ce qui suspendit un moment les autres dé- "' sordres. On ne buvait plus ; on ne voulait que des /usils , de la poudre et du plomb.
Reioar Vers le milieu du mois de janvier 1831 , la reine
àTaïii.° revint à Taïti ; elle descendit à Papeîti , mais au lieu janrier iBsi. Jg Venir à la maison qu'elle possédait et qui était en quelque sorte un édifice public, où se tenaient aussi
le» afisemblées , elle alla loger chez les mamaia , oe qui montrait bien sa prédilection pour eux et le danger que courait la religion chrétienne. Les membres de cette nouvelle secte étaient les seuls qui eussent offert de la recevoir avec le cérémonial qu'elle exigeait. M. Moerenboutfut lui rendre visite dès son arrivée, mais il arriva en même temps que d'autres indigènes » et , à leur vue , la reine ainsi que tous les individus présents se mirent à pleurer et à sangloter.
Cependant Tétat des choses devenait de jour en râii«wflti«tiM. jour plus inquiétant; on ajvait souvent de fausses alertes; on parlait de troupes d'Eimco qui devaient venir attaquer Papeîti , dont un fils de Tati avait été nommé gouverneur. Une nuit, une de ces alertes fut même assez sérieuse; vers dix heures on vit tout à coup briller des feux dans les montagnes d'Eiméo, d'autres feux s allumèrent presque aussitôt à Taili ; les chefs et la majeure partie de la population furent sur pied pendant plusieurs heures, mais aucun événement ne suivit ce signal.
La question de la réception n'avait pas encore été Assrabiée décidee. Vers la fin du mOis de janvier , une assem- m«»«« â^apao*. blce générale fut convoquée à Papaoa : Tati et Itoti «M»'**'»»»vinrent d abord à Pupeiti , et en partirent le 20 du uième mois; Pafai était reâlé avec le peuple de son • district, qui était venu en masse et en armes jusqu^à * une petite distance de Papaoa, pour prévenir toute surprise de la par t des gens de la reine et des étrangers : car elle avait alors auprès d'elle beaucoup de
monde d'Ouahine , de Raiatea et des autres tl^ , et on savait qu'elle comptait dans son parti en outre une grande partie des habitants de Taîrabou, dont plusieurs avaient passé par Papeîli, armés de piques et de fusils; toutefois Tati avait défendu aux siens d'apporter leurs armes. C'était une journée solennelle et dont tous les habitants attendaient l'issue avec anxiété. Rien n'était plus singulier que la vue de <^tte assemblée où les partis discutaient armés et prêts à en venir aux mains. Il y eut pourtant beaucoup d'ordre. La réunion était grave et même imposante; les discours furent sérieux et modérés. Tati n'éclata que contre ceux qui avaient donné des conseils pernicieux , il ménagea évidemment la reine; toutefois il finit son discours en lui adressant la parole, et en lui demandant quelles étaient ses intentions et si elle voulait la guerre. Pour la première fois , elle osa parler elle-même et parvint à dire , quoique avec l'accent de la plus vive émotion, qu'elle ne voulait point la guerre, ce qu'elle répéta deux fois, mais en fondant en larmes et sans pouvoir prononcer un mot de plus.
Invasion de Çcttcassembléc, qui rappelait les anciennes réur'hfis d(^ T«Tii. nions des chefs, finit heureusement sans accident.
Février is3i. jali partit le même jour, et chacun des cheCs se retira dans son district; mais le lendemain, la nouvelle qu'une partie des habitants de Tairabou , »sous les oràres du chef Tavarii, avait présenté Thommage proscrit par la nouvelle convention, vint renouveler soudain la querelle. Peu de jours après
Tati, Itoti, Olomi ci Pafai, ayant uni leurs forces marchèrent contre Tairabou , afin de destituer ce chef et d'autres qui avaient transgressé la loi. Ceux-ci, se trouvant trop faibles pour résister, se sauvèrent auprès de la reine : on voulut que cette der* nière les livrât , mais elle s'y refusa; alors les chefs qui avaient marché contre Taîrabou se constituèrent en pleine révolte; ils menacèrent de se diriger sur Papeïti pour attaquer la reine. Soutenue par trois ou 4|uatre cents étrangers et par les habitants de Taîrabou , elle se mit sur la défensive et semblait k son tour délier ses adversaires.
Dans cette époque critique , ou une collision parais- SMièvrment sait imminente, le navire^de guerre, Carnet^ capitaine ***"*Arr?vé?'"'- Sandilands, et un transport anglais arrivèrent à ^^ iP^p^m"^'' Taiti ; cette circonstance était heureuse pour la reine m man i83i. et pour tous les résidents européens , qui pouvaient dès lors espérer quelque protection si on en venailaux mains , comme tout le faisait craindre. Les chefsarrivèrent avec leurs troupes, le 20 mars i83i, à Papeïti ; Tavant-garde , commandée par le fils de Tati, gouverneur de Papeïti, s'établit au centre de la baie ; cette troupe n'était pas nombreuse, mais elle était bien armée de fusils; elle marchait en bon ordre sur deux rangs de dix a douze hommes de front. Dès que ces guerriers furent arrivés à leur station, ils s'assirent à terre, mais eu gardant leurs rangs dans le plus profond silence. Otomiet Tati arrivèrent ensuite: leurs troupes beaucoup plus fortes se composaient au moins do mille à douce cents hommes; les deux frères
Pafai et Itod se présentèrent à leur tour, suivis d'environ quatre cents hommes, qui avaient hardiment traversé le district de la reine, pour joindre leurs alliés ; tous ces gens étaient bien armés, et la plupart avaient des fusils. Avant de s'approcher, ces troupes accomplirent un cérémonial militaire analogue à celui qui s'observe en Europe en pareil cas : dès qu'elles furent à demi-'portéede fusil, Tati, qui s'était avancé seul de quelques pas, leur cria de s'arrêter et demanda qui elles étaient, avant de leur permettre d'avancer.
Proposition de b Quclquc tcmps après que les troupes se furent Refos dos chefs, installées dans un ordre parfait près du rivage, au centre de la baie , les chefs se rendirent seuls à quelques pas de là, dans une grande maison où se tenaient toujours les assemblées. Ils y étaient à peine arrivés, quand on vit les troupes de la reine déboucher par la pointe la plus septentrionale de la baie et s'établir à environ un mille de distance du lieu où se trouvaient les chefs; elles comptaient toutaupluscinqcents hommes et n'auraient jamais pu tenir. La reine arriva bientôt ' elle-même ; aussitôt qu'elle parut, elle fut saluée de vingt et un coups de canon par le bâtiment anglais, et le capitaine Sandilands descendit pour lui rendre une visite. M. Moerenhout ne donne pas les détails de cette entrevue , mais il mentionne que la reine refusa toujours de livrer les principaux coupables; elleof** frit cependant sa tante et d'autres personnes qui se trouvaient également au nombre des instigateurs de ce conflit , et consentit à se désister publique-
ment de ses prétentions à Tégard des cérémonies déjà mentionnées, en promettant soumission aux lois. Quelque temps après, elle vint dans Tembarcation du bàliment de guerre, accompagnée du com-^ mandant et de plusieurs officiers; mais avant de débarquer^ elle dut subir la cérémonie observée i l'arrivée des troupes. Tati s'avança sur le bord de la mer, à quelque distance de l'endroit vers lequel la reine se dirigeait, et lui cria après l'avoir reconnue qu'elle pouvait débarquer. Son premier mouvement fut de la saluer, mais se retirant aussitôt , il refusa opiniâtrement de la voir, et les autres chefs rimitèrent. Ils exigeaient avant toute entrevue que les coupables leur fussent livrés. Le commandant anglais, remplissant le rôle de conciliateur, vint visiter les chefs; mais ceux-ci ne cédèrent en aucune façon : ils lui firent entendre qu'ils étaient fâchés de ne pouvoir le satisfaire, mais que les intérêts de leur lie exigeaient qu'ils ne cédassent pointela reine dut se retirer, sans même avoir obtenu une entrevue.
Le soir arriva* sans qu'on eût pris de décision. DéicrmiiiauoD
de la reine.
La reine inquiète envoya à minuit M. Henri, fils du ^^^^^^ missionnaire de ce nom, pour sonder en secret Tati !«»"?'**««««"•• sur ses intentions et sur celles des autres chefs ; il répondit qu'il avait résolu de commencer Tattaque au point du jour. A cette annonce , la reine songea i la fuite et s'embarqua avec tous ses gens; le lendemain, au lever de l'aurore, on vit une quantité de pirogues remplies de monde, autour de la petite Ile
Motou outa, située au centre delà baie. Cette flottille se mettait en route pour se réfugier à Eiméo. Cette décisionde la reineétait importante; elle pouvait être le signal d'une guerre générale entre les autres tles de FArchipel et Taîti. Sans doute les chefs de cette Ile jugèrent cette détermination très-grave, surtout dans un moment où la presqu'île de Taîrabou s'était déclarée contre eux et où la population était travaillée par les menées des mamaîa ; ces considérations les engagèrent à se relâcher de leurs premières exigences. Les chefs , continue M. Moerenhout, la jugeant alors assez humiliée, accédèrent aux dernières propositions qu'elle avait faites, ilsluiabandonèrentses protégés et condamnèrent pour la forme les autres coupables ; toutefois ils quittèrent Papeîti sans la voir, et on dit que la reine ne cessa de pleurer pendant toute la journée.
Discipline des Pendant Ics deux jours passés par les deux aràescSeîê, mées en présence Tune de l'autre, aucun indigène, aucun chef ne toucha à la moindre boisson forte. Les guerriers ne quittaient pas leurs rangs; ils les conservaient même pendant leurs repas; les hommes de corvée s'éloignaient seuls pour aller chercher des provisions et les faire cuire. La nuit, le même ordre régnait; on n'entendait que le bruit des raouti qui avaient pour mission d'engager les guerriers à se montrer confiants, courageux, etprêtsau premier signal. Ces hommes ne cessaient de s'interroger et de se répondre pendant tpute la nuit, en faisant continuellement le tour du camp,
de sorte qu'il eût été impossible à Tenneini d'approcher sans être aperçu. L'observation d'une discipline et d'une subordination aussi sévères était déjà très-remarquable à une époque si éloignée des temps de guerre; mais ce' qui ne l'était pas moins, c'était de voir le lendemain, à la première annonce de la paix , toute cette multitude se débander en confusion, et peu de minutes après, amis et ennemis mêlés et confondus, rire et causer le plus cordialement du monde. Cependant ils ne buvaient point, parce que l'usage des boissons leur était encore interdit par les chefs. Quel ne devait pas être jadis le pouvoir des chefs, s'écrie M. Moerenhout, si aujourd'hui encore, ils sont si rigoureusement obéis en des moments d'urgence?
Pendant l'absence de Tamatoa , un des plus fer* propre»
*■ de» iiMinaia dans
mes soutiens des missionnaires, les mamaia firent „ô"rni!?i\. de grands progrès dans les îles des groupes nord- ï''<>ie*»^e8"«"«ouest, et on doit remarquer que ce chef, un des plus grands appuis du christianisme , avait soutenu |)ar sa présence les prétentions de sa petite tille à son retour surEiniéo. Cette contradiction entre les prin* cipes et la conduite de ce chef est une indication de plus de la nature des débats politiques de cette époque. La nouvelle secte avait pris un développement considérable à Taiti d'où les principaux mamaia furent expulsés et renvoyés ù Raiatea et à Maupiti leur patrie; trois d'entre eux furent transportés sur uti navire de M. Moerenhout : ils portaient de longues barbes et affectaieul de l'austé-
rite et de la dévotion. Pendant la roate, ils furent presque toujours en prières, même pendlanl la nuit ; Us paraissaient furieux contre les missionnaires, qui, disaient-ils , allaient être renvoyés en Angleterre; leur présence dans les lies du groupe nordouest étendit le succès de leur doctrine. Maupiti l'adopta presque à l'unanimité; les deux tiers de la population de Bora-Bora, de Taba et de Raiatea même , suivirent cet exemple. Il n'y eut bientôt plus de retenue, et l'on vit peu de temps après Mai, cbef de Bora-Bora , naguère si zélé chrétien, prendre plusieurs femmes et se livrer publiquement à une vie désordonnée, k Raiatea, pour renverser d'un seul coup le christianisme et les institutions qui existaient sous son égide, les mamaïa excitèrent l'ambition du mari d'Aïmata, qui, en acceptant le gouvernement de Taha, avait pris le nom deTapoa, et qui , en qualité d'héritier de ce guerrier célèbre, renouvela les prétentions de sa famille sur Raiatea et se mit en mesure de les soutenir les armes à la main (1). Gbangemenu Huit mois s'écoulèrcnt cependant après les événe* àRafa^i^'i^^rdant mcuts du mois dc mars 1831, sans que latranquil-
rabsenc€ da
m^sj^nnaire ijté dc Taîti fût troubléc et sans que les habitants des îles occidentales eussent fait de démonstrations hostiles contre les chefs de Taïti , comme M. Williams paraissait le craindre. Ce missionnaire était venu à Taiti pendant le séjour du vieux chef Tamatoa au-
(1) Hoerenhout , roynge aux îles du grand Océan , tome II, pages 616 el 51(>»
UISTOIIIQUK. 750
près de sa petite fille , et avait pris assez vivement le parti de la reine, qui éiait celui de la famille ré* gnante de Raiatea et d'Ouahine; cette conduite avait même un moment excilé le môcontelïilcment des chefs taîtiens et amené des discusssions entre ses confrères et lui, A son retour à Raiatea, il trouva tout changé : non*seulement il y avait apparence de guerre, mais encore il existait une licence inconnue jusqu'alors; plusieurs individus bravaient ouvertement le chef et les missionnaires; un parti considérable s'était même déclaré pour Tapoa, ou plutôt pour la nouvelle secte dont les principaux fauteurs s étaient joints à ce chef. Ces circonstances empêchèrent peut •être, l'intervention armée des habitants des Iles du groupe nord«ouest dans les débats des chefs de'Taiti.
Le missionnaire Williams raconte de la manière ^ ^^*i . suivante des événements survenus i R;iiatea pen- wiiiiaoït. dant Tannée i831. Fenauapeho, chef dç rilc Taha, ayant été perdu à la mer, le gouvernement fut dé* volu à Tapoa , petit-fils du terrible guerrier de ce nom, ennemi invétéré du christianisme. Aussitôt qu'il eut pris les rênes du pouvoir, les exilés de toutes les lies, les mécontents et quelques vieux guerriers turbulents, se rallièrent autour du jeune chef, l'enivrèrent avec des idées de gloire et lui persuadèrent que, par un vigoureux elTort, il pourrait déposséder la famille régnante, se faire le chef de toutes les lies sous lèvent et acquérir la renommée de soo grand*père« Tous les ellbrts pus-
sibles furent tentés pour l'engager , ainsi que ses compagnons, à se départir de cette fatale détermination, mais ils furent sans effet. Une'coiiisioa paraissait inévitable.
Muri du chef L'auxiété et l'agitation occasionnées par ces évé* nements désastreux accélérèrent la mort de Tamatoa déjà affaibli par l'âge. H mourut entre les mois d'avril et de septembre i831. Il était le patriarche de la royauté dans Tarchipel Taîti ; sa fille ainée dirigeait le gouvernement d'Ouabine, et sa petite-fille celui de Taïti. Il avait été autrefois adoré comme un Dieu , et sa grande taille , qui dépassait six pieds et onze pouces anglais de hauteur , la forcedeses membres herculéens , la violence de son caractère , l'avaient rendu la terreur de ses sujets avant sa conversion au christianisme. Depuis lors, il avait complètement changé d'habitudes ; il avait abandonné ses habitudes sauvages et avait surmonté son penchant pour l'ivresse; il ne cessa d'assister à toutes les réunions religieuses , où il prenait place à la droite du missionnaire. Avant de mourir, il exhorta son fils qui devait lui succéder, sa fille et les chefs assemblés autour de lui, à être fermement attachés à TÉvangile, à maintenir les lois et à être bienveillants envers leurs missionnaires; tendant ensuite ses bras vers M. Williams, il s'écria : « Mon cher • ami, nous avons travaillé longtemps dans cette 9 bonne cause; rien ne nous a jamais divisés, » maintenant la mort va nous séparer; mais rien
UISTORlQUi:. 16i
t ne pourra nous séparer de Tamour du Christ (1). ^ ivptrt
M. Williams, dit M, Moerenhout, après avoir xTe"^m«l\ persévéré jusqu'au moment où sa vie se trouva en *" Tâmm.*/ ''*' danger 9 se retira à Rarotonga. Il partit en effet le sepuaibra i»3i. til septembre 1831 , laissant Raîatea au moment où des troubles allaient éclater : car la mort de Tamatoa , au lieu de produire une impression favorable sur Tesprit de ses adversaires, Ips engagea à persister dans leur détermination. On a vu, d'après le récit du missionnaire Williams, que le fils de Tamatoa devait succéder à ce chef; d*après M. Moerenhout, le nouveau chef de Raiatea était le frère de Tamatoa : c'était, ajoute-t-il^ un homme (\e mœurs dissolues. Dés son avènement, les mœurs devinrent aussi relâchées qu*â Taha et Bora-bora , et même les insulaires s*étant mis à distiller une boisson forte avec la plante appelée it, cette ile se trouva bientôt dans un état pire que les autres.
Cependant la querelle politique qui divisait Raîa- Guerre tea,Taha et Bora-bora subsistait toujours. La nouvelle D^f^jj'îj^'fj «a sccie triomphait aussi dans toutes ces lies , surtout oeioi;;, o» à Taha, où les principaux mamaîa exilés de Taîti, ayant embrassé la cause du chef, prophétisaient en sa faveur. Us trouvèrent par cette seule raison de rop|>ositionà Raîatea. Les différends politiques occasionnèrent alors une dissidencereligieuse, et, après de longues menaces, on en vintaux mains. Les hostilités débutèrent par des escarmouches, et se termine-
nt v> ilIÎAuu , yi narraiii e of miêsêonary enterpi uei , luigc 0^4 .
■•vcttibre i»ir
rent par un combat général dans lequel on se battit de part et d'autre avec acharnement : Tapoa et son parti furent défaits. Ce chef se montra digne de ses ancêtres , il fut constamment à la tète de sa troupe et reçut plusieurs blessures. Mais, malgré la valeur qu'il déploya^ ses partisans, de beaucoup inférieurs en nombre à ceux de Raîatea ( car quelque rivalité avait empêché les chefs de Bora-bora de les aider), durent céder, et , ne pouvant se sauver à cause de ses blessures, il fut pris et exilé à Ouahine.
Ainsi finit cette guerre, dont l'issue nuisit beaucoup à la secte desmamaïa.Les principaux sectaires s'étaient d'ailleurs rendus ridicules par leurs prédictions : ils avaient promis la victoire , et même l'un d'eux avait annoncé que s'il succombait dans la lutte, il ressusciterait le môme jour. Il fut tué dans le dernier engagement, et, après trois jours d'attente, ses crédules prosélytes durent se rendre à l'évidence et reconnaître leur erreur. Un autre mamaïa blessé dans le combat se sauva dans les montagnes, où sa femme prétendait l'avoir vu monter au ciel ; mais lorsque , quelques jours après, on retrouva son corps étendu dans les bois , la foi des croyants fut ébranlée , et les progrès de la secte furent momentanément arrêtés.
Désordres À la suitc dc la défaite de Tapoa, la paix régna à
destfesduVoa^ Rdiatca, mais la population continua à distiller des
nord-ouesu . ' i. , ni
liqueurs , et se livra a toutes sortes d excès sous un chef qui les favorisait. A Bora-bora, le chef Mai, toujours sur le pied de guerre avec Raîatea > donnait
M.MocrcDhoul.
iiisTOHiQui:.. 763
l'exemple des désordres les plus scandaleux; les habitants de cette île avaient repris en grande partie leurs anciennes habitudes. Les lois n'existaient plus, chacun vivait à sa guise, et le passe-temps favori était , comme autrefois, Texercice des armes. A Ouahine même, quoique le chef Mahine tint encore les mécontents en respect, tout marchait vers le même état , et si la nouvelle secte y avait fait moins de progrès qu'ailleurs, les mœurs n'en étaient pas pour cela meilleures (1).
Les tristes couleurs employées par M. Moerenhout Aspect
• 1 iw » 1 1 «■ • df la population
pour peindre I état des mœurs dans les lies du <>£ MJ^Unhou'i"^'
groupe nord -ouest sont encore plus sombres
lorsqu'il retrace l'aspect de la population de Taiti à
la même époque^ « Le commerce de Taîti, dit-il,
» s'étendait graduellement. Je lui avais moi-même
» imprimé quelque mouvement par la construction
> d'une goélette, l'armement d'un baleinier, le
m nombre des individus européens ou indigènes ,
» que j'avais employés à une plantation, à faire de
• Tarowroot , de l'huile de coco , à couper et à pré-
• parer une cargaison de bois. Les petits, bâtiments » et les plongeurs que j'avais envoyés aux lies Po- » motou pour pécher de la nacre, ceux que j avais » envoyés pour avoir de Técaillede tortue, ceux que » j'avais expédiés pour le Chili et reçus en retour, » mes affaires avec tous les habitants notables de
(l)tfoereiiboat, ^Offage aux (Us du grand Océan. U>m« H , ptcMâl64S19.
» Taïti , avec les navires qui visitaient THe et qui » devenaient de plus en plus nombreux ; tout cela » avait donné à cette localité une importance qui y
V attirait les étrangers de toutes les classes , surtout » des forgerons, des charpentiers, des tonneliers , • des marins, et malheureusement aussi, plus encore » de vagabonds , de déserteurs , de mauvais sujets » chassés de leurs navires, et qui tous, pourvu qu'il » qu'ils sussent s'occuper, trouvaient facilement à » vivre en ce lieu , où du reste ils faisaient beaut coup de mal; car tous étaient des ivrognes, des
V gens querelleurs, donnant l'exemple d'une corh ruption inouïe et d'une vie horrible même parmi » les indigènes. Ce qui était surtout déplorable à » voir était le penchant général pour un vice qui » jadis avait causé tant de maux aux indigènes, au 9 point de les menacer d'une ruine totale-: je veux » parler de l'ivrognerie et de l'amour des boissons » fortes. Plus les visites des navires se multipliaient, » plus les cabarets se multipliaient aussi , et tous > faisaient de bonnes affaires. ^
Tous les détails contenus dans le récit de M. Moerenhout seraient trop longs à consigner ici; nous en citerons seulement les principaux fragments. « Alors aussi les charpentiers, les forgerons , » les tonneliers, gens qui auraient pu faire du bien, » se mirent tous à tenir des cabarets; ils affectaient » l'indépendance et se livraient tous , sans exception , » à des désordres horribles, et quand il y avait dix » ou douze navires dans le port, ce n'étaient que
UISTORIQUK.
rixes, combats^ cris et tapage, au point qu'une personne décente osait à peine sortir de sa maison , et il n*étaii pas rare d'être insulté presque dans sa demeure. Ces excès des étrangers ne laissaient pas d'avoir une influence très-fâcheuse sur les indigènes, qui n'étaient que trop portés à l'ivrognerie : aussi ne vit-on bientôt plus partout que des ivrognes à toute heure, de tous côtés, de jour et de nuit , femmes et hommes indifféremment. L'argent reçu en échange de provisions fournies, gagné par le travail et même par la prostitution , était également dépensé en liqueurs fortes. — Dans un tel état de choses, on pourra juger de ce que devait être la morale. Toutes les lois étaient tombées dans le mépris , on voyait partout régner une licence efl*rénée : les femmes allaient librement à bord des navires, le jour comme la nuit, et, vers le soir, on les voyait s'embarquer par troupes avec les marins ou conduites à bord en pirogues par leurs pères, leurs frères, leurs maris, devenus eux-mêmes les agents d'un infâme traûc. — Dans la baie de Papeili, il y avait , pendant une grande partie de la nuit et chaque dimanche, un tapage infernal,, et tous les jours, des combats sanglants entre les marins. L'ivrognerie et la débauche se généralisèrent tellement qu'elles menaçaient de replonger l'Ile dans un état moral pareil à celui qui existait dans.les temps les plus l>arbares de l'ancienne religion. Il y avait même des vols et des assassinats. Des indi-
» gènes avaient forcé les magasins de M. Pritchard; » d'autres, ayant attaqué deux jeunes marins^ les » avaient dévalisés et si fort maltraités qu'ils en > laissèrent un pour mort sur la place (i). »
^M"déwrd^ L'aperçu qui précède est en opposition avec ce M^^Mo'erenfôat. ^I^^ ^o^s avous écrit pIus haut y au sujet du contact de3 marins avec la population^ mais il ne saurait altérer notre opinion. En tenant compte de la position de Tauteur, de l'époque et des termes employés, on reconnaît que les désordres desTaitiens ne dépendaient pas uniquement de la cause qu'il leur assi|[ne. En effet, ce n'est ni le contact, ni les licences des marins, qui ont pu détourner subitement les indigènes de la voie où les missionnaires croyaient les avoir placés. Le mal venait d'ailleurs, de plus haut, il dépendait' de causes plus considérables. Que des Européens se soient livrés à des désordres, cela est incontestable, mais on ne doit pas en inférer qu'ils avaient apporté et répandu la corruption dans une société sans tache. Il est plus rationnel d'admettre qu'ils s'étaient au contraire dépravés au contact de la population , bien plus qu'ils ne l'avaient dépravée. Us n'avaient certainement pas fait nattre le penchant des Taitiens pour l'ivresse et leurs habitudes de débauche. Ces deux grands vices dataient de plus loin^ car les indigènes s'enivraient avec la liqueur de l'ara, avant de connaître les boissons spiritueuses, et aucune con-
(1) Ifoerenhont » Foyage aax iles du grand Océan , tome I ,
i pages 310, 313 et 326.
traintc n'était opposée autrefois à la promiscuité des sexes. On ne peut pas non plus imputer aux marinsd'avoir détruit Tordre et la régularité de mœurs produits par le christianisme, car, sans rappeler ici ce que nous avons consigné dans le cours de cette esquisse , il suffit de faire remarquer qu'on ne peut pas les accuser d*avoir donné naissance à la secte des mamaïa et d'avoir provoqué les troubles qui ensanglantèrent les lies du groupe nord - ouest. Nous Tavons déjà dit : si on doit un blâme à la conduite de quelques-uns d'entre eux, on doit cependant les justifier des accusations qu'on leur a intentées et déplorer qu'on les ait souvent confondus dans la réprobation due aux échappés des colonies pénales. Les débordements signalés par M. Moerenhout, etavantlui par le missionnaire Bourne, étaient le résultat de la réaction qui s'opérait dans les esprits contre les lois antipathi(|uesdu code imposé à l'Archipel. Dans toutes ces lies, la môme cause avait eu les mêmes effets. Le gouvernement faible de la f]lledePomaré,pasplusqu6 le gouvernement plus despotique des chefs du groupe des Iles nord-ouest, n'avait pu maîtriser entièrement le mouvement croissant <le cette opposition générale. Au moment où les principaux chefs de Taîti , intéressésaumaintiendeslois, venaientd'éprouver un échec en consacrant l'impunité des habitants de Taîrabou, leur influence avait considérablement diminué; les lois avaient perdu leur force vitale, et il n'était pas étonnantde voir des désordres éclater de toutes fiarts. Une nouvelle preuve que les marins n'étaient pas les
auteurs de ce relâchement des mœurs , se trouve dans une autre portion de l'ouvrage de M. Moerenhout; lorqu'il dit, en parlant du district de Papara :
« Une longue résidence dans cette partie de l'Ile m'a mis à portée de connaître, malgré tout ce que les missionnaires m'avaient toujours dit , que les mœurs n*y étaient nullement meilleures qu'à Papeïti ou autres endroits fréquentés par les navires. La vie des indigènes entre eux est abominable , et cette prétendue différence avec cette partie de Plie déjà citée n'existe absolument qu'en apparence, comme on le découvre dès qu'on vit dans leur société, ou que quelques circonstances les placent dans la même position que les indigènes de Papeïti, ainsi que cela arriva à l'époque de la visite du bâtiment français qui vint charger mes bois, et à celle d'autres bâtiments en relâche à Maïrepehe. — Je ne dirai point tout ce qui s'est passé de scandaleux à Papara, pendant le séjour du navire français; il suffira d'énoncer que, dans leur avidité pour l'argent , les étoffes ou les autres valeurs des»étrangers , un petit nombre d'individus seulement s'abstint d'avoir recours à la prostitution pour s'en procurer. Le chef était peut-être, des habitants du district, le seul qui fût au-dessus de ce vil négoce; il ignorait en grande partie ce qui se passait , ou fermait les yeux sur des désordres qu'il ne pouvait empêcher, et même, à son insu, sa
3 maison fut profanée (1). » Ailleurs^ M. Moerenhout dit encore :c M. Basycoat, missionnaire de Rarolonga » (ile entièrement privée du contact des marins), 0 me dit, en présence de M. Pritchard, que les in- > digènes de cette dernière lie étaient pires que » ceux de Taïti , et il ne paraissait se louer ni de leur i caractère ni de leur conduite (2). » Après avoir mentionné les extraits qui précèdent pour établir rinjustice des attaques acerbes dirigées contre les marins, nous ne pouvons cependant partager Topinion de M. Moerenhout quand il représenle la démoralisation de la population comme sans remède. € Qu'y faire? dit-il, ce furent les mœurs de tout » temps dans ces lies; on n'y remédiera jamais, et » Ion eut un très-grand tort de faire des lois pour B les empêcher. » On ne saurait adopter ce principe. Des lois, des règles, étaient nécessaires; il est à regretter seulement qu'elles n'aient pas été conçues dans un sens mieux âdaplé à reflet qu'elles devaient produire. Les observations du capitaine Becchey, que nous avons consignées, nous dispensent d'entrer dans de nouveaux détails.
Le fait de l'amélioration des mœurs des peuples sauvages parle christianisme est constant. Les succès des missionnaires de Vaïti dans les premiers temps l'ont démontré ; et c'est, à notre sens, une erreur bien
(l)lloerenhoat, Foyage aux iUi du grand Océan j lomel, papes 276 et 277. •
(2) Hoereobout» F'oyage aux ilti du grand Océans tome I, P*g« 281.
grande, de supposer que la race océanienne n'est susceptible d'aucun progrès et qu'elle est vouée fatalement à la destruction , toutes les fois qu'elle se trouvera en contact avec la race européenne , plus avancée en civilisation. Jusqu'à présent, malheureusement, plusieurs faits semblent justifier cette supposition; mais nous avons la ferme conviction qu'il est possible d'obtenir un résultat moins déplorable, et d'amener graduellement, avec le secours du temps, ces peuplades naguère sauvages, au niveau actuel des peuples européens.
Goneiosion ^^^ cxtraîts quî précèdent, il est nécessaire , pour
'Ï.MMfSbouf compléter l'idée qu'on se forme de l'état de la société à Taïti en 1831 , de reproduire le passage suivant du même auteur. « Je ne terminerai pas cet I article sans y joindre une observation propre à » prémunir le lecteur contre les impressions que > pourraient lui avoir laissées quelques-unes des re- » marques précédentes, sur le scandale de la vie des » étrangers , l'ivrognerie et l'inconduite des marins, » le mauvais exemple de leurs querelles , «urtout » le dimanche pendant les offices , le relâchement » des mœurs d'une grande partie des indigènes , et » leurs excès en tous genres. En prenant ces remar- » ques trop à la rigueur, et en les généralisant trop, 9 il en tirerait les inductions les plus graves contre » le véritable état social de ces lies; mais ce serait • une erreur : en elTet, l'ordre et la tranquiUité ne » cessaient pas d'y régner , les afi&ires n'en allaient I» pas moins leur train; les navires n'obtenaient pas
» moins facilement des provisions , et tout ce dont » ils pouvaient avoir besoin ; les propriétés n'en » étaient pas moins assurées, et les excès partiels » restaient rarement impunis; au point qu'un chef, I) d'ailleurs aimé de tous, et orateur delà reine > fut » très-longtemps suspendu de ses fonctions pour » avoir fait un peu de bruit chez moi, un jour qu'il » se trouvait ivre(l). »
La division qui ayait éclaté entre Raiatea et Taha %R^<'"VÎÎ!* avait relâché les liens qui unissaient les deux familles ^•""^-tw*. souveraines. La jeune Aimata , séparée d'un mari ***** qui l'avait quittée, demanda à la fin de l'année 1831 à faire un autre choix. Les chefs, pour prévenir au plus tôt le retour des conséquences inévitables de son isolement , obtempérèrent à ses vues ; c'était là une véritable infraction aux lois, et quelques-uns des missionnaires, dit M. Moerenhout, à qui nous empruntons ce récit , regardaient la chose comme contraire à la religion. Toutefois, les chefs tranchèrent la question : le divorce fut prononcé; la reine fut remariée au fils d'un chef d'Ouahine, qui n'était âgé que de quinze ans et qui prit dès lors le nom de Pomaré'Tané^ nom qui lui avait été donné sans doute pour perpétuer celui de Pomaré et dont la traduction littérale signifie le mari de Pomaré, titre bien choisi, car il n'avait d'autres fonctions que celles dévolues au mari delà reine. Plus tard, cependant, il prit le titre de régent.
(1) Moerf9ihoat, Foyag$ aux ilti iu gran4 Océan , tom« I, page Uy
Opposition Ce mariage occasionna quelques rumeurs parmi
reine. dcs fanatiqucs et des gens qui avaient ete animes par <}es propos indiscrets tenus par des Européens à Eiméo; plusieurs osèrent se déclarer contre ce mariage. Des juges envoyés dans cette île les condamnèrent et les punirent. Mais aussitôt d'autres mécontents se prononcèrent à Taïrabou. Tati s'y transporta pour les juger; alors Tavarii, Tancien protégé de la reine, ne • craignit pas cette fois de se déclarer contre elle; il insulta Tati qui se trouvait là presque seul et poussa Taudace jusqu'à le menacer de le faire lier. A cette nouvelle , en moins de rien , l'tie entière fut émue ; le reine écrivit à Tati pour lui exprimer ses regrets de ce qui venait de lui arriver, mais , par une bizarrerie qui n'était que trop dans son caractère^ elle chercha de nouveau à protéger un homme qui , cependant, dans cette circonstance, l'avait offensée. Romeors Au mois dc janvier 1832 , des bruits de guerre se
Maiiœu?rS*de» répandirent de nouveau. Des préparatifs se firent alors de toutes parts, car les chefs, cette fois, avaient pris la résolution de punir les coupables. On s'aperçut en môme temps que les mamaia avaient une grande part à cette révolte, ainsi que dans la dernière guerre de Taha et de Raïatea. On apprit aussi que plusieurs autres districts s'étaient joints aux insurgés de Taïrabou , et même qu'un des fils du chef Tati venait d'embrasser leur cause.
GonToeation » Une asscmbléc générale fut alors convoquée à Pa-
d'unc asBombléc « - i» • •
générale para , OÙ Ics gcns de Pafai et d Itoti arrivèrent armes. dM tSïîSS Sans vouloir s'arrêter sur laroute, ils marchèrent tout
mamaïa.
Janvier 1832,
droil sur Papara. Ce mouvement donna quelque in- (|uiétudc ; car on ignorait Tintention de ces guerriers marchant en armes sans leur chef. On redoutait surtout qu'ils ne se livrassent à des excès. M. Pritchard accourut à bride abattue à Papeïti , tant pour prévenir les habitants que pour tâcher d'apaiser celte troupe; mais elle était déjà loin et n'avait insulté personne. On apprit bientôt qu'elle avait agi ainsi par ordre supérieur, et cependant on craignait encore qu'elle ne se joignit aux insurgés de Tairabou. Ces craintes n'étaient pas fondées; les chefs et leurs guerriers restèrent toujours sans reproche, et les détachements armés de tous les districts ridéles se réunirent a Papara pour aller attaquerTairabou , si les rebelies ne se soumettaient pas et ne livraient pas les coupables.
Tavari i et les mamata , se voyant trop faibles , eurent recours à la trahison : ils feignirent de se soumettre et de ilTr^ou cpnsentirent a se voir punis , mais des qu'une partie des troupes des chefs se fut retirée, ils attaquèrent le reste. Toutefois les Tractions de l'armée en marche revinrent en toute hâte sur leurs pas et les insurgés furent culbutés. Trente et quelques-uns d'entre eux fUrent tués dans cette affaire, et un plus grand nombre fut blessé. On poursuivit les fuyards pendant quelque temps, mais ensuite les chefs firent suspendre les hostilités. Ariipaîa, qui avait, dans la guerre de 1815, donné des preuves d'un grand courage, se distingua encore dans cet engagement; intrépide amazone, armée d'un sabre et de pistolets, elle
Trahi M>n de Ta%ari'.
mirait tranquille que lorsqu'il aurait allumé le feu de la guerre civile et fait triompher la nouvelle secte. Il tint parole et faillit réussir dans son projet. Il excita Tavarii à recevoir la reine selon les anciennes coutumes , lorsqu'elle revint de Raîaiea. Il rengagea à se déclarer contre le mariage de la reine ; il appela les mamaïa à Taira bou, et, quoique âgé de quatre-vingts ans, il déploya dans cette affaire une adresse et une activité qui montrent que le sentiment de la vengeance est une des plus violentes passions de ces insulaires.
Miseenjugemani Peu dc temos après la conclusion de ces événc-
des rebelles. * ^
23 mari 1832. ^^uts , on provoqua la mise en jugement des coupables. Le 23 mars 4832, les principaux chefs de l'Ile se rendirent àPapara pour prononcer la sentence. On reconnaissait qu'ils attachaient de l'importance à celte réunion. Tous étaient habillés de rouge. Beaucoupde monde assistait à cette séance; la plupart des missionnaires s'y trouvaient, ainsi que la reine, sa mère et sa tante. Mahine, chef de l'Ile Ouahine, présidait le tribunal ; c'était un honneur que les chefs de Taiti lui faisaient dans cette occasion. La séance s'ouvrit par des prières prononcées par un missionnaire sur l'invitation des chefs; l'orateur de la reine se leva ensuite et livra en son nom les coupables aux juges. Un des magistrats fit alors un court rapport de l'affaire et donna lecture de l'acte d'accusation et des noms des prévenus, parmi lesquels figurait un fils de Tati. La discussion commença aussitôt. Les accusés n'ayant pas d'avocat devaient se défendre eux-mêmes. Le
premier orateur qui parla fui Pafai , chargé de remplir les fonctions du ministère public; son discours fut aussi brillant qu'adroit : il traça un tableau éner« gique des maux que les accusés avaient fait naître ; des maux bien plus grands qu'ils pouvaient occasionner encore ; il finit par démontrer que le premier devoir de la souveraine était de respecter les lois, et il rengagea i ne poin,t s'opposer à leur exécution dans cette circonstance : < Emparez- vous des lois; dit-il 9 en fermant le poing avec force, serrez-les bien » dans la main; serrez-les bien, répéta*t-il, pour 9 qu'elles ne vous échappent pas. Elles sont ^otre
• sauvegarde; tant que notre pacte social, tant que
• nos lois existeront, Poroaré sera souveraine et res- 9 pectéo. 9 Ce discours produisit un excellent effet, môme sur la jeune reine. L'orateur chargé d'exprimer sa pensée, reconnut la vérité de ce qui venait d'être dit; il déclara qu'elle n*avaît d'autre désir que de maintenir les lois, le bon ordre et de faire le bonheur de Tlle. Tati brilla moins ce jour-là, et son infériorité relative s'expliquait par la présence deson fils sur le banc des accusés. Néanmoins, dans un discours un peu long, mais énergique, il développa tous les maux que les principaux coupables avaient causés. Il établit la nécessité de faire un exemple et dene pas laisser échapper ceux qui avaient fait tant de victimes. En ce moment , un homme fort suspect , nommé Moio, appartenant à la nouvelle secte, véritable sauvage capable de tout, ne demamlniit que le ilésordro, osa linterroinpre, ceqni amena Je la
ÛO
G»iid«mntUon d«t coupables.
Fondation
d'ane société
de tempéranoe.
pftri de 4'oratear une véhémeMp 9|M>8troi[^ : « Eat-ee » hien toi, toi mamaia, 8'écria»t41, en m louroMit » Ters l'iBler rupteur, qui oses m'înlei^roinpreetéle^ » nierla'voixen ces lieux? Ouies^u^etdequeldroi^ » as^tu pénétré jusqu'à nousf Vieips, approche, )car ^ si tu dois parler , ta place esl ici eur ee Imoc, » parmi les coupables. Nous maaquerioos notre buC » ai nous te laissions échapper ; <)u es un d^ ceux » que la loi doit atteindre. »
Les débats éianl terminés et les prévenus ayant été reconnus coupables , Mahine, après un court préambule, fit lever les accusés, les appela par leur nom et prononça leur jugement : cinq furent condamnés à Texil, les autres aux travaux. La sentence reçut son exécution , malgré les sollicitations de la reine , et les chefs ne se séparèrent qu'après l'accomplissement de l'arrêt. Cette assemblée, continue M. Moerenhout, aurait fait honneur à des peuples plus avancés dans la civilisation , et montre que Taîti, retenue en arrière par des circonstances que je n'ai pu assez développer, est mûre pour un meilleur ordre de choses (1).
Cet événement remarquable présageait le retour d'un exercice plus régulier des lois. Dans le courant de cette année on prît des mesures pour assurer le rétablissement de l'ordre .compromis par les menées de la secte des mamiiîa , désormais abattue.
(1) Voerenhout, Foyagt aux îles du grand Océan, tomel, pa$es 333 à 342.
IIISTORIOUK. 77U
Où proposa de prohil>er Tusage des boissons iortes; M. MoerenbolU raconte de la naaière suiianle , les etrconsiajM^es qui doonèrenl lieu à la proposUion de celle mesure : < Quelque»*UD8 des missionoaires avaient reçu des reproches el éprouvaient des ea« loaniiies, de la pari de gens qui sembiaieni ne pouvoir 66 rendre ooupabies de ce cri^e envers ^eux , après ea avoir été reçus avec hospitalité, et s*ètre vus comblés d'égards et d'attentions par eux et par leurs familles. Cette circonstance inspira aux missionnaires Fldée d'établir dans File une société de tempérance; ils signèrent les premiers l'acte de l'association, le firent signer à un grand nombre de chefe et d'indigènes, et obtinrent, ce qui valait mieux, ce qui était plus positif, la prohibi* lion de la vente du rhum et des esprits en général, soit pour de l'argent, soit en échange de provisions. Je reconnus dès lors les heureux effets de la nou« velle loi; par elle, la paix et la tranquillité renaîtront & Taiti ; les étrangers sobres se porteront i peu d'excès, et les indigènes, si doux par caractère, n' insulteront plus personne. Les mœurs mêmes en tireront avantage, car si Tivrognerie n'était pas la cause de l'immoralité du peuple, elle Tétait au moins du scandale que causaient partout des hommes et des femmes dans un étal d ivrei^c à ne connaître aucune honte (1). »
(t) Moereiihonl, Foyagt aux il$$ 4ii gra^ Océan , loine I ,
préparatiff Au Commencement du mois d'apôt 1832 de grands poar «jrtttwon préparatifs avaient été faits dans le district de PaàPapara. para, OU, Contrairement à 1 usage suivi jusque*là, la Août 1833. réunion du parlement taïtien devait avoir lieu. Cette déviation de l'habitude qui avait consacré à ces réu* nions la chapelle royale des missions] à Papaoa, semble indiquer la prédominence de Tati dans le gouvernement de File. Les apprêts étaient considérables. Une maison avait été élevée pour la reine et pour ses gens; toutes les femmes du district travaillaient avec ardeur à fabriquer les étoffes qu'on devait lui offrir. Elle arriva le 15 août, en même temps que la plupart des chefs, et il y eut ce jour-là un festin considérable. La quantité des provisions pré«parées pour ces jours de gala était prodigieuse. Il y avait des fours immenses où cinq ou six gros cochons cuisaient en entier tous à la fois. Toute celte provende fut portée devant la souveraine, ou devant des personnes chargées par elle de la recevoir et de la distribuer entre les différents convives. Il est à remarquer que l'assemblée convoquée pour discuter des lois relatives à la prohibition des boissons fortes , réclamait sans relâche du rhum à M. Moerenhout. On venait lui en demander, tantôt de la part de la reine, tantôt de la part de Tati. Il ne parvint à se délivrer des importuns qu'en refusant obstinément d'ouvrir sa porte.
Monopole Lc 17 août , l'assemblée avait déjà commencé ses
de la vente ' * •
acmiïlTiiiwinV *^^^^"* î *^ première question fut relative au rhum ; Aoûûias« ^^^^ ^' ^^ s'agissait plus d'en abolir l'usage ; on vou-
lait seulement en faire un monopole en faveur de la reine , qui seule aurait eu le droit d'en opérer la vente. Tout le monde , même les missionnaires , les capitaines et les matelots ne devaient prendre que chez elle les spiritueux dont dont ils pourraient avoir besoin. Cette mesure avait pris son origine dans la jalousie inspirée par quelques Anglais qui, par ce moyen, avaient réalisé d*assez fortes sommes. Au bout de peu de jours, l'assemblée s'était déjà séparée, les chefs étaient partis, mais la reine resta encore quelque temps dans ce district pour se livrer i l'opération du Haapori que nous avons décrite à la page 183 de la description |[éographique, et qui avait pour but de donner de l'embonpoint à la reine et 9iux farearea, ses suivantes (1).
Les prétentions de la reine sur la pèche des perles iièeiaiMUon« dans 1 archipel Pumotou, avaient donné lieu a plu- ^^^^i^^ sieurs attentats sur les bâtiments qui se livraient à cette industrie, surtout pendant les années 1831 et 1832. M. Moercnhout en indique quelques-uns, parmi lesquels il mentionne le navire de H. Doursther, consul de Hollande à Valparaiso, qui fut pillé par les habitants de l'Ile de la Chaîne; cependant le gouvernement de Taiti, malgré Tobligation qu'il imposait à cette industrie de se pourvoir d'une autorisation de pèche , ne dédommagea pas dans celte circonstance les intéressés , victimes de leur confianct* •
(1) Moereahoot, Foyag$ aux iUs du grand Océan ^ IodmI, page 206.
M. Moerenhout ayant invoqué dans cette crrconsiance rintorvention de la reine deTaïlî, en vertu de conventions passées avec elle avant le départ diï bâtirïïent, et en lai rappelant qu'elle avait délivré tine lettre d'aotorisation pour aller à la pêche , elle promit de faire restituer les effets volés et de punir les coupables. Une de ses goélettes partit , en effet , pour l'île Anatty où Tattentat s'était comnris. A soi! fetour elle apporta en triomphe trois vieux habits,dedt malles vides et le diplôme de M. Doursther* Cette restitution fut la seule satisfaction qu'on ob-» tint , quoiqu'on pût voir se promener librement k Talti des gens qui avaient pris part au pillage, ff Dans cette affaire, comme dans d'autres du même » genre, dit M. Moerenhout, je reconnus qu'il n'y f avait aucun fond à faire sur la justice des iitdi-' » gènes , les bâtiments de guerre pouvant seuls le^ » mettre à la raison, cl leur donner des leçons deve- » unes nécessaires pour la sûreté de ces mers et IMn- » térêt du commerce. »
MtMionBdoonéff Lc Capitaine Freeinantle, comhnandant le bâti^ de*i5 mL"ine ment dc guerre anglais le Challenger , reprocha dure* ment cette coliduiie à la reine, et la força de rendre justice dans un autre cas. Sa visite fit d'autant plud de bien, que dans son impartialité, iltrdil!a'6évère* ment des Européens qui étaienten' graûde partie cause de ce^ désordres , et qm séeroyaicnt à l'abri de toute poursuite (1). Mats les réclamations adressées
(f) Iffo^renhout, Fayâge aux {le» du grand Oeédh^ lome I, page 332.
royale anglaise.
HisTom^uc. 783
au gmiternement de Taili perdaient lenr efficacité déa le départ des bfttiments de guerre qui les af aient appuyées; et quoique le passage des navires anglais dettot de plus en plus fréquent, on n'atait encore olrtenn aucun résultat positif de leur intertentien. Le capitaine Fitz-Roy, au retour de sa belle exploration des cdtes méridionales de l'Amérique du Sud, reçut du commodore Mason , comdiandant la station des mers du sud , ki mission .d'exiger du gouverna ment taUien le payement d'une indemnité pour la capture et le pillage dans les ties Pomotou du bricH' te TrvTû. Ce bâtiment appartenait i des Anglais, ei/quoiqu'il naviguât sous pavillon chilien , les auto» rites britanniques nitervinrent activement, et même la reine s'était engagée envers le capitaine Seymour à payer la somme de 2,853 dollars (environ l6,000f.) ou une valeur équivalente , avant le premier septembre 1835 ; mais cette clause n'avait pas été remplie.
Le 98 novembre 1835, Aîmata , qui se trouvait 4 ^J'SSSSm Eiméo , se rendit & Taîti, où sa présence était récla^ ^^^^m}^^ mée pour avoir une entrevue avec le capitaine Pitz« MB«ft^isu* Roy , qui venait de mouiller dans la baie de Matavai. Dès son arrivée elle reçut le capitaine anglais, qui se présenta accompagné du missionnaire Pritcliard# Elle était entourée de quelques jeunes femmes; son beau-père et son mari étaient aussi présents & cette séance. La reiM paraissait très-mal à son aise ; sa physionomie trahissait qu'elle s'attendait à recevoir desreoMKitranees au sujet du Tmro, et laissait voir ses appr éhensioM. La lettre du commodore Maso» fut
784 JSSQUISSB
aussitôt traduite par M. Pritchard et remise ensuite au secréiaire de la reine. Elle proposa de convoquer une assemblée des chefs pour le jour suivant, dans laquelle la question serait débattue; cette proposition fut acceptée , et Ton se sépara en se donnant des poignées de main , usage adopté par la cour taitienne. En rendant compte de cette visite , le capitaine Fitz- Roy témoigne le regret de ce que les missionnaires avaient peu songé à donner quelque pompe, une certaine représentation aux audiences de la reine; et déce qu'ils avaient négligé de s'occuper des honneurs dus à la reine, de la composition de sa s^uite, et même de la demeure du souverain d'un peuple, dont le bonheur et les progrès se seraient accrus en raison du bienêtre et du respect accordés au chef suprême. < Puis- » qu'on donne le titre de reine à Pomaré, dit-il, on » devrait lui accorder en même temps quelques-unes » de ces distinctions d'étiquette, qui, dans tous les » temps et dans toutes les nations» ont été le par- » tage de Tautorité suprême. Si les missionnaires » intervenaient tyranniquement dans ce but , sans » aucun doute ils feraient naître des irritations; » mais en exerçant une influence bienfaisante, pres- » que inaperçue, excepté dans ses effets, ils pour- » raient agir eiBcacement dans ces affaires tempo- » relies, en apparence de peu d'intérêt , amener des » résultats qui seraient d*un grand secours dans » les jours de nécessité. On m'a dit que les jndi- » gènes étaient très -ingrats envers les missionnai- » res ; peut-être n'apprécient-ils pas tous la dette
de reconnaissance qu'ils ont contractée envers eux : sans doute les habitants les plus âgés ei les plus instruits comprennent et reconnaissent la bonté et la valeur des travaux de leurs pasteurs dévoués ; mais je doute que les jeunes gens et ceux dont le caractère est léger, leur portent en général des sentiments d'attachement. La jeune population, qui de jour en jour acquiert davantage les usages et les habitudes des nations civilisées, demande des jouissances plus réelles et des avantages plus sensibles. Certainement, la reine, femme jeune et enjouée, doit comparer ses habitudes, son bien-être , et le degré de considération ou de déférence qu'on lui montre aux honneurs qu'on rend aux étrangers qui habitent ou qui visitent Taîti. En dispensant des avantages matériels et en témoignant un désir évident d'améliorer leur condition de toutes les manières , on excite la gratitude des esprits ignorants, on facilite les moyens de leur inculquer des idées abstraites et d'empêcher l'exécution de certaines choses, qu'ils sont plus disposés à commettre qu'à s'en abstenir. L'appartement de b reine Pomaré est petit et mal meublé, et sa maison, grossièrement construite, n'est ni anglaise ni taîtienne (1). »
Le 34 novembre 1835, le capitaine et les officiers du BeagU^ accompagnés de MM. Wilson, Henry, et du
AiMuMée des
S4Mr«akr«il»i.
(1) Ftti-ltoy» Foyageê ofthê Ji9$ntur$ and B$agU^ S36,
7^16 ESQVtSSC
chef Itoti , se rendirent à Papeiti, ûù \h arf tendirent dans la demeure de M. Prifcbard qu'on tes avertit de Tarrivée de fer reine dans Féglise , lieu désigné pour la réunion de l'assemblée. De l'endroit eàils étaient plaeés, ils purent voir passer le cortège royal , composé d'un assemblage très-inférieur d'individus; il semblait que les chefs et les personnes âgées s'étaient rendus à la chapelle dès l'arrivée des emb»rcations du navire anglais, ne laissant pour accompagner la reine que la jeune portion de la population. Le capitaine Fîtz-Roy , en entrant dans l'église , fut étonné de voir Aîmata reléguée à F une des extrémités de l'édifice dans l'altitude de la tristesse; les indigènes, assis pèle-nTïèle sur les bancs, safcrérent les officiers anglais à mesure qu'ils entraient. Aucune espèce d'ordre ou de forme ne fut observée dans cette circonstance : la seule différence visible qui existât entre Pomaré et ses sujets provenait de ses vêtements qui étaient composés d'une large robe de soie , attachée sous le cou ; sa figure , sa contenance et ses manières n'avaient rien qui pût prévenir en sa fSsrveur, eii qui pût commander le respect des étrangers. Ce*^ pendant, les officiers du Beagle^ disposés d'abord à la critique, revinrent biemût à d'autres sentiments en remarquant l'apparence drgne et les manrfestations de la haute intelligence des chefs , et de plusieurs autres individus des efasses inférieures Leur manière de parler animée, mais tranquille, le bon sens et rhonnétieté apparente qu'ik déployèrent, donnèrent une haute idée de leuts Ift-
lentset de leur désir de bien f^ire. Après avoir donné force poignées de main à rassemblée avant d'arriter à lâf reine y Fétat-m»jor anglais vint prendre place sur des banes placés en face de celai de h reine ; les principaux chefs s'assirent auprès d'elle; parmi eux son bean-père et Tati parurent remplir le rôle de conseillers et d'orateurs chargés de parler en son nom. Le capitaine anglais fut invité à prendre la pa« rôle, pour expliquer les motifs qui avaient amené la convocation de cette assemblée. Il était néces* saire d'avoir un interprète qui eût la confiance des indigènes I et» dans ce but, Mitchell le pilote fat chargé de demander à la reine de choisir quelqu'un poar remplir cette fonction : elle nomma aussitét M. Prilcliard ; mais le capitaine Filz-Roy lui ftt observer que les fonctions sacrées do M. Pritchard l# mettaient tout à fait en dehors des débats désagréables dans lesquels il pourrait être enlrainé comme inter* prèie, les missionnaires étant venus à Taiti dans le seul but de faire /tu bien à leurs semblables, tandis que la position des otB<*iers de la marine était tout à fait diflërente; car, en cette qualité , ils étiient ap« pelés à Aiire le bien ou le mal d 'après les ordres qui leur étaient donnés. Il était donc ncressaire de fairs h distinction entre ceux qui étaient et qui devaient toujours rester les amis des Tailiens, et des hommes qui ponvaient agir eu ennemis , si malheureusement des événements lâcheQx venaient détruire les espé-» mtices de ceux qui s'intéressaient au bien*ôtre ds Taiti • Celte observation parut occasionner une grands
perplexité et donna Heu à des discussions parmi les chefs; cependant le capitaine anglais, avant qu'on lui fltaucûneréponse, ajouta : « SiM. Pritchardveut » se charger d'une fonction qui peut devenir désa- » gréable, pour satisfaire au désir de la reine, afin > d'avancer les délibérations qui ont amené la con- » vocation de cette assemblée, je ne m*y opposerai f point; au contraire j'estimerai son assistance » comme très-importante. » M. Pritchard, s'approchant alors delà reine et des chefs, témoigna qu'il était prêt à s'employer dans tous les débats qui pourraient influer sur la bonne harmonie qui avait existé entre les habitants de Taîti et T Angleterre; il exprima en même temps le désir que les personnes présentes, initiées à la connaissance des deux langues , voudraient bien l'assister et corriger ses traductions aussi souvent qu'elles le jugeraient néces^ saire.
DiBcoMion Alors le capitaine Fitz-Roy demanda à la reine si
des griefs du , , „ •. i» -^ i
couTernemeot la promessc qu elle avait faite de payer une somme de 2,853 dollars, avant le premier septembre 1835, avait été accomplie.
Tati répondit : < Ni l'argent ni une valeur équivalente n'a encore été livrée. » Le capitaine demanda ensuite si quelque accident imprévu avait empêché l'accomplissement de cette promesse, ou bien si la reine avait résolu de ne pas la tenir. Otomi et Itoti adressèrent alors quelques mots à Tati, qui répliqua: « Nous n'avions pas bien compris comment et à qui » le payement devait être effectué; notre intention est
anglais.
HtSTOHlQU£. 789
• (le pa^er, et nous désirons maintenant dissiper » tous les doutes sur la manière dont le payement doit
• être effectué. » Alors le capitaine anglais lui flt observer qu'un accord clair et explicite avait été conclu avec le capitaine Seymour, et que si on avait conçu des doutes sur la manière d'accomplir cet engagement y on aurait d& recourir aux parties intéressées, pour en avoir Texplication, ou demander conseil à des personnes qui n'y avaient aucun intérêt direct; mais qu'aucune démarche n'avait été faite dans ce sens, et même M. Bicknell, désigné pour recevoir l'argent ou une valeur équivalente, s'étant adressé à la reine , n'en avait pas encore reçu de réponse. Il rappela encore à la reine la nature solennelle de l'engagement qu'elle avait contracté , la déconsidération qu'elle et ses chefs subiraient dans l'opinion publique, et des moyens que l'Angleterre pouvait employer, le cas échéant , pour recouvrer la valeur des objets. enlevés si indignement à des sujets anglais, c Je suis, oontinua-t-il , sur mon retour en » Angleterre, où la conduite de la reine sera apprét ciée , et si des mesures rigoureuses venaient à être t employées, elle ne devra s'en prendre qu'à elle-
>i » même* » Ces paroles parurent produire un effet sérieux : aussitôt les membres les plus respectables de l'assemblée discutèrent sur ce sujet pendant que la reine restait silencieuse. Le ton énergique du capitaineanglais, à Tégardde la reine, avait été employé ;t dessein dans celte circonstance : a II n'y avait que trop
• raison, dit«il, de croire qu'elle avait autorisé, si
» «Me n'avait pas provoqué , les actes <le piraterie des B habitants des ties Pomotoa. Le désir de n»onopo- » ll^rleeMfiineroedeslinUres perlières, avait donné • lieu à des mesures que rien ne pouvait jusufier, » mais dont le blâme devait retomber sur les coa- » seiiiers de la reine plutôt que sur eUe-*roéme : car » elle était alors très-jeune, et à l^époqiie oij les at^ » tentats contre les pécheurs eurent lieu , eUe devaû » être guidée beaucoup moins par sa propre volonté » que par le désir de ses parents. » On avait aussi averti le capitaine anglais qu'on lui ijarait des ex^ eusesy mais que s'il ne déployait pas une grande sévérité et s'il n'employait pas la menace, cette assemblée, loin d'avoir un bon résultait, produirak de mauvais effets ; car les indigènes , en voyant que ces réclamations n'étaient pas foites d'une manière sérieuse, et que le capitaine du bâtiment de guerre n'insistait pas, ne se serai^it plus occupés de ses plaintes dès qu'il serait parti, et se seraient mo^ qués de ceuK qui devaient recevoir le payement. Diteoon L' assemblée consentit sur-le-cbamp à payer Tin-
demnilé demandée : trente-six tonnes de nacre appartenant à la reioe, qui se trouvaient à P9peîti , devaient former une partie du payement.^ Le reste devait être recueilli au moyen d'une eollecte parmi les aqiis de la reine. Le chef Tati, iaîsr saM la place qu'il occupait» se rendit au milieu du temple , où il harangua le peuple avec chaleur pour le stimuler à souscrire en faveur de la reine; ^ la fin de i^e discours, le capitaine Fitz-Hoy èpài
ropinioil t (Mir Torgatte de M. Prkcfaard , quit sej-aû iajusle<i«e les uufigèiies dke Taïti Missent à Bouflrir pMir les hafaiitaiils de PoHMtoo ; fHe la nacre iqnî furorenait de Poodiott pouvait bien èlre doottée eo pajneaaent, mais ^ue lef^nTeroiQaieDt devait se frp* evrer le reste de la somme, en établissant une ré* ^mskion ayr les habitants des Iles Pomotou , et non pas sur ses sujets innocents de Taitl ; qu'il aeeep» terait avec plus de satisfaction un engagement signé par la reine et par deux cbefs , de payer le reste df la sonune due dans un temps déterminé, avec Tassurance ifue cette valeur serait prélevée sur les na* 4urels de Pomotou , plutôt qu'un payement immé«diat, s'il devait être effectué par les Taitiens, qui n'avaient aucun blAme à supporterdaas cette affaire. Tati répondit : < L'honn<mr de la reine ^est notre I honneur ; nous partagerons les difficultés qu'elle » éprouve. Ses amis préfèrent venir à son aide pour » éteindre cette dette, plutôt que d'exposer sacon- » duHe à être censurée. Nous sommes déterminés
• A considérer sa cause comme la nôtre, et nous » tAcherons de payer la somme en entier avant le
• départ dn b&timentde guerre. »
Il était cependant facile de voir que les autres AeeonituiHiié principauK cheiSy tout en reconnaissant la j ustice de ^V2?ïi!S?''^ la réclamation, pensaient que la reine et ses parents devaient seuls supporter la conséquence de leur 4»>aduite. Tati agissait beaucoup plus activement que Otomi, Itoti ou tout autre <-hef. Enfln les débats se terminèrent par un accord portant que la nacre déjà
réciamét.
RcprochM •dreitét
mentionnée et Targent qu'on pourrait obtenir de la contribution volontaire des amis de la reine seraient remis au capitaine du Beagte, et que pour le reste, on donnerait un document signé par deux des prin* cipaux chefs , énonçant la somme déjà payée et leur intention de solder le reste de la dette dans un laps de temps fixé. Quelques difficultés s'élevèrent ensuite au sujet de la valeur de la nacre; elles furent aplanies par voie d'arbitrage et elle fut estimée à 50 piastres (environ 253 fr.) le tonneau.
La séance fiit terminée par des reproches adresà'uTrê^e. ses à la reine , sur ce que la punition des meurtriers du capitaine et du second du Truro n'avait pas été mise à exécution. Sur la demande de la reine qui désirait savoir si , à l'arrivée du premier bâtiment de guerre anglais, ces coupables seraient réclamés d'elle, le capitaine anglais répliqua : < Ces » hommes ont été jugés et condamnés par les lois de » Taiti ; votre majesté a exercé un droit souverain » en leur faisant grâce, je pense que le gouverne- » ment anglais respectera vos droits comme reine » de ces lies, et que S. M. britannique n'insistera
• pas pour que ces hommes soient punis ou mis en » jugement de nouveau pour le même délit; mais » quant à votre conduite en pardonnant à des misé- » râbles de cette espèce, c'est une question différente, » car elle ne contribuera pas à atténuer les rapports
• injurieux qui ont déjà circulé sur votre compte. » Après une pause il sijouta : « Je me suis enquis au- » près des sujets anglais des réclamations qu'ils
» pourraient avoir à adresser au gouvernemeul de » Taiti, mais aucune plainte ne m'a été adressée; » c'est pourquoi je félicite S. M. de la régularité et » de la bonne direction de son gouvernemenl, et je 9 la remercie au nom de mes compatriotes de la » bienveillance qui leur a été témoignée. » Il rappela aussi à la reine le profond intérêt qu'on attachait en général aux efforts pleins de zélé et de dévouement des missionnaires qui , au milieu de difficultés sans nombre, avaient élevé les habitants de Taîti à leur nouvelle condition , et pour qui il y avait toute raison de demander la constante coopération de la reine et des chefs. Voyant que l'assemblée écoutait attentivement M. Pritchard qui interprétait ces pa* rôles, M. Fitz-Roy demanda la permission d'ajouter quelques mots encore, au sujet du penchant de la reine à vivre dans la société des jeunes gens sans expérience, à l'exclusion des conseillers plus Agés et plus recommandables qui l'entouraient dans cette assemblée. Pour être respectée dans ses états et au dehors, dit-il, il était indispensable pour elle d'éviter la société des hommes d'un esprit et de dispositions inférieures ; il était nécessaire que la reine mtt beaucoup de circonspection dans sa conduite; elle devait éviter de suivre les avis des étrangers qu'elle ne connaissait point, qui ne présentaient point de garantie de moralité, et elle devait se garder soigneusement d'accorder sa confiance aux apparences spécieuses de certains aventuriers , dont elle ne connaîtrait pas les intentions ou le caractère
Sf
réel , car de paceils homioes pe pouvaient manquer de lui donner de fausses idées, surtout lorsqu'ils étaient intéressés à la tromper, ou qu'ils émettaient des préjugés fréquents dans les classes ignorantes ou mal disposées. Ces paroles furent dites avec bienveillance et données comme le conseil d'un ami. Pomare remercia le capitaine anglais, reconnut la vérité de $es remarques et dit qu'elle ^'eo souviendraitpiainti) D'autres questions furent traitées encore pendant
du gouvernement * .. ,,-,-• i
uuien ^jifejl^ Ic séjour du Capitaine Filz-Rpy a Taiti ; nouis les iq- Miner. diqucrous Sommairement tandis qvie nous noos sommes étendus à dessein sur les réclamations relatives au brick le Truro, afin d'établir un point de comparaison avec les négociations qui sopt survenues dans les années suivantes. Le gouvernement de la reine Pomaré, après avoir admis la validlité de laréclaips^tion du capitaine Fitz-Roy , réclama à son tour une somme de trois cent quatre-vingt-dix dollars , montant d'une amende à laquelle le capitaine Miner, commandant le navire baleinier Yeniliaj avait été condamné pour avoir débarqué treize hommes de son équipage. Ce capitaine n'ayant pas voulu se soumettre aux prescriptions de la loi, une assemblée des chefs fut convoquée à ce sujet au mois de dé* cembre 1831 ; elle résolut de faire reconduire les hommes débarqués à leur bord et de réclamer de nouveau le montant des droits de capture. Le capitaine anglais dit alors : « Non-seulement je ne payerai pas lar- » gent, mais je ne reprendrai point les bomm^ en » aucune façon j et si on tente de (es reconduire à
» bord , je résisterai jusqu'à la mort. » Le gouverneur du district lui répondit : « Nous continuerons 9 à être fermes; si vous ne nous donnez pas Tar- 9 gent d'après les prescriptions de la loi, nous con- » duirons vos hommes à bord du bâtiment , et si » votre résistance est cause de votre mort, votre » mort sera bien méritée. • Cependant lorsque le capitaine s'aperçut que les chefs étaient déterminés à faire exécuter la loi y il consentit à payer la somme qu'on réclamait de lui; mais après quelques tergiversations, il partit sans tenir sa promesse et même sans acquitter les droits d'ancrage que le gouvernement de la reine avait imposés aux navires étrangers. A ces détails le juge Mare ajouta : « N'est-ce » pas une action bien dure de réclamer de notre » pauvre reine une somme aussi considérable que » 2y853 dollars , comparativement à la faiblesse de » ses revenus, tandis qu'une dette de 390 dollars, » une véritable bagatelle pour l'Angleterre, n'a pas • été reconnue?» Le capitaine Filz-Roy dit que sans doute quelque erreur avait eu lieu, et promit de provoquer de son gouvernement une réponse qui , il l'espérait, serait satisfaisante.
Un autre incident du séjour du capitaine Fitz- loeident reiaur
•v t •!» 1 r.,1 - - an iMiron Thierry.
Roy est relatif au baron Thierry qui se trouvait alors à Taiti, au retour des iles Nouka-lliva, où il avait laissé la proclamation que nous avons reproduite dans une précédente publication (1). Le baron
(1) lin Marquim, etc., page 106.
Prohibition (1h l'usage des lii{uciirs Tories.
Opposiiion des résidents
européens.
Thierry s'efforçait à cette époque de recruter une troupe de Taïtiens pour les conduire à la Nouvelle- Zélande. Le gouvernement tailien demanda au capitaine anglais s'il était convenable de permettre à un étranger d'enrôler des indigènes , dans le but d'aller faire la guerre. La réponse textuelle faite à cette demande fut celle-ci : < Si des sujets taïtiens y »• enrôlés sous les veux de la reine, commettaient des » hostilités contre les indigènes d'une autre île, la » peuplade attaquée ne serait- elle pas en droit » d'accuser la reine? Il paraît donc impolitique et » peu convenable de permettre de pareils actes, » A la suite de cette réponse , les chefs défendirent aux Taïtiens de s'engager comme soldats dans une cause étrangère ; et le baron Thierry perdit tous ses adhérents.
On parla aussi au capitaine Fitz-Roy de quelques ditBcuUés survenues entre les résidents européens et le gouvernement taïtien , au sujet d'une loi relative à la prohibition de l'usage des boissons spiritueuses. A la promulgation de cette loi, on fouilla toutes les maisons sans exception pour détruire les boissons alcooliques qu'elles pouvaient contenir, et même, poussant le zèle au delà des limites légales, les chefs, ayant appris qu'un petit bâtiment ancré dans le port avait à bord un petit baril de rhum, que le capitaine avait l'intention de vendre à des résidents étrangers, ils envoyèrent détruire la liqueur prohibée à bord de ce bâtiment; dans la maison de M. Pritchard,
une bouteille d'alcool destinée à des usages médicaux avait échappé à la recherche des agents du gouvernement; après leur départ, M. Pritchard les rappela pour leur montrer cette bouteille , et leur apprit en même temps Tusage auquel elle devait servir. Quelques-uns de ces agents s'écrièrent : c GardQZ'la pour cet emploi ; » d'autres opinèrent pour sa destruction. Le contenu de la bouteille aurait été conservé si M. Pritchard^ pour obéir à l'esprit de la loi , ne l'avait répandu publiquement sur le sol. Cependant la mesure adoptée par le gouvernement taiticn , rencontra des obstacles dans les étrangers, qui lui dénièrent le droit de disi>oser ainsi de leur propriété particulière. Les autorités taîtiennes ne persistèrent pas , dans la crainte que le premier bâtiment de guerre qui passerait à Taiti , ne tirât vengeance des actes dirigés contre la propriété des étrangers. L'opinion du capitaine Fitz-Roy fut encore réclamée sur ce sujet : on lui demanda ce qu'il aurait fait si un sujet anglais, contraint d'exécuter les prescriptions de la loi , lui eût adressé une plainte. Il répondit : c qu il n'aurait eu aucune ob- » jection à faire si les Taitiens avaient fait exécuter > les prescriptions de leur loi; car, en Angleterre, i quand un article de contrebande est saisi , on ne » le considère pas comme une propriété particulière, » puisque la loi en défend l'introduction. > Cette déclaration fut accueillie a\ec uno grande satisfaction. Un vieillard se leva et exprima sa gratitude de ce qu'un bâtiment de guerre du roi d'Angleterre était
venu non pas pour effrayer la population de taïtî otl pour la contraindre, comme on l'avait dit , dans ses opinions et ses inclinations , mais pour faire d'utiles recherches. Car la population, dit-il, craignait les ca-^ nons bruyants des bâtiments; elle s'était souvent attendue à voir l'île prise par eux , et d'être obligée de s'éloigner ou de chercher dans la vieillesse xle ftouveaux moyens d'existence. Sur-le-champ, le capitaine anglais déclara que les navires de la Grande-Bretagne ne molesteraient jamais les Taïtiens, tant qu'ils se conduiraient envers les Anglais comme lU voudraient être traités par eux ; l'Angleterre , ajoula-t-il, ne désire pas la conquête. Les navires armés et pleins d'hommes qui de temps en temps visitent ces lies, ne forment qu'une petite fraction de ceux de sa flotte, qui sont employés à visiter toutes les parties du monde où son commerce s'est étendu. Leur but est de protéger les sujets de la Grande-Bretagne,, et aussi d'avoir soin que leur conduite soit convenable; mais ils n'ont pas pour mission de faire du mal ni de molester en aucune façon , les peuples qui les traiteront comme ils voudraient être traités par eux.
Visite L.6 départ du capitaine Fitz-Roy fut précédé d'une
hoTûdJjieagie, visitc dc Ja reiuc et des chefs à bord du Beagle. M. Pritchard, qui avait été l'agent principal des communications entre le commandant de ce navire et les autorités de l'île, continua de remplir cet office; mais il se trouva fort embarrassé lorsque dans la soirée, après un feu d'artifice qui jeta les indigènes
HISTORIQUE. 70d
dans une profonde admiration , on ût chanter quelques chansons, aux matelots. Il n'avait d'autre terme pour exprimer le mot chanson que celui d'hymne, quoique le rhythme de ces airs ne correspondit en aucune façon à la gravité des cantiques ; pour satisfaire la curiosité des convives, de plus en plus pressante , il fut obligé à la fln, d'employer des circonlocutions oratoires ; car on se rappelle q^ue les amusements analogues étaient défendus à la population. »
Il nous reste & consigner un passage extrait de l'buvrage du capitaine Fitz-Roy auquel nous avond emprunté la plupart des détails qui précèdent:
« Une mission catholique , dit la narration , s'est Mission i établie aux lies Gambier ; elle est amplement pour- •nuU » vue de cadeaux et d'objets recherchés par ces In- •• <i*«wer.
> sulaires; on dit qu'elle obtient du succès. Les
> missionnaires de Taiti craignent que les doctrines « de l'église romaine n'obtiennent une plus grande » extbnsion et ne conviennent mieux au goût des » indigènes, que la stricte discipline dans laquelle k ils ont été tenus jusqu'à présent : à moins que des » mesures préventives ne soient prises en Europe , » des débats religieux et des guerres intestines » peuvent être occasionnés dans ces lies, par ceux-là
> même dont la mission est toute de paix. Déjà il
> existe un sentiment remarquable d'amertume à ce » sujet, qui né diminuera pas probablement si le
(tes mil
» succès de la missioD catholique romaine s*ac- » croît (1). »
PT^et Ce qui précède peut servir d'introduction au
d!"î?éi2blir ^^^^' ^^^ événements qui ont suivi l'apparition à àTiïu. jjjj^j ^ jçg prêtres catholiques de la mission établie aux lies Mangareva ou Gambier, depuis le 7 août 1834. Pour justifier celte invasion sur les domaines de leurs voisins, les missionnaires catholiques s'appuyaient sur le texte d'un décret du souverain pontife , confirmé le 2 juin 1833 par le pape Léon XII9 qui leur conférait le droit d'entreprendre la conversion des naturels de tous les archipels de l'océan Pacifique, divisés en deux évêchés, sous le titre d'Océanie occidentale et orientale.
Au point de vue exclusif sous lequel ils envisageaient la question, les missionnaires de Mangareva ne voyaient dans l'archipel Taiti, que des terres soumises à leur juridiction , sans songer ou sans vouloir reconnaître, que ces îles étaient depuis longtemps converties à la religion du Christ. On peut même inférer de leur conduite que l'idée de faire naître des débats religieux et de donner lieu à une controverse avec un culte dissident , stimulait leur zèle apostolique. « Après de mûres réflexions , dit » M. Caret, en rendant compte de son voyage à Taïti, » nous pensâmes qu'il fallait aller directement à » Taîti, centre de la Polynésie australe. Nous n'igno- » rions pas les diflScultés que nous aurions à sur-
(1) Foyageof the Advewture md BmçU, tome 1I| page 526.
» monter pour y entrer et surtout pour nous y main- D tenir, mais nous voulions obéir à notre conscience , » qui nous fait un devoir de visiter toutes les terres » que le saint-siége a confiées à nos soins (1). »
Ainsi, dès à présent, on peut admettre que les missionnaires catholiques songeaient, dès leur arrivée dans rOcéanie, à déclarer la guerre aux missionnaires méthodistes et à renverser leur culte. Getle détermination est peut-être justifiée, aux yeux des personnes guidées par un esprit exclusivement religieux , par le décret papal qui a dispensé si largement de toutes les terres deTOcéanie en faveur d'une congrégation , mais en l'envisageant sous le point de vue des convenances sociales et même du droit, on doit, à notre sens , la couvrir d'un blftme complet. Non-seulement la résolution des missionnaires ca* tholiques trahissait des dispositions d'intolérance qui ne sont plus de notre époque , et une inimitié qui ne devrait jamais accompagner l'exercice d'un ministère de paix , mais encore lorsque dans l'immensité du bassin de Pocéan Pacifique, il existe tant de peuples enveloppés encore dans les langes de la barbarie, était-il nécessaire, était-il utile, était-il juste I le lendemain d un premier succès dans un petit archipel , de porter sur-le-champ le trouble au sein d'une population déjà placée sur la voie de la civilisation ? Les deux cultes étaient-ils si àl'élroit qu'il
Gritiqael du projet des mlMionnaires calholiques. .
{t)AmiMU$ i$ ia frof0gêiUm 4$ la fùi^n^ de janiier 183S, pige 207.
Tentative opérée à Tafti,
en 1774.
par des prêtres
eapagnoU.
fallût j dès l'abord^ entàtner iine lutte rëfl^ibuse? Au contraire, le champ dévolii aiix missidnhaires chrétiens de toutes les dénominations était immense; ils ^ pouvaient , pendant de longues années encore, poursuivre leur vocation sans se rencontrer sur le même terrain et donner l'exemple d'une noble émulation à guider leurs troupeaux par ded voies différentes, veré le même but , l'amélioration morale et physique des sauvages. Il y avait d'ailleurs plus que de l'impru* dence à rendre des hommes à peine convertis spectateurs de discussions , dont ils n'auraient pas pu comprendre la portée, et qui n'auraient revêtu pour eux que l'expression d'un parti opposant. Nous n'hésitons donc pas à condamner la détermination des missionnaires de Gambier ; on doit blâmer leur projet i mais en même temps > en dehors de leur caractère religieux, il faut leur reconnaître le droit des citoyens français de séjourner danè tous les pays alliés ou en paix avec la France ; cette distinction est nécessaire à établir^ dès à présent, pour bien déterminer la nature des événements dont nous ientons de tracer l'esquisse.
Nous avons omis à sa place dans l'ordre chronologique, pour la reporter ici, la mention d'une tentative opérée, en 4774, par des prêtres espagnols,de s'établir à Taîti. Cook, en arrivant ^ dans le mots d'août 1777, sur la baie Aitapeha, située sur la partie septcntrionaledela presqu'île de Tairal)ou,appritque deux navires de Lima y étaient venuâ à deui*re{>rises différentes. Ces étrangers, pendant leur première rè-
HISTORIQUE. â03
lAche, avaieni bâti une maison; ils avaient laissé deux prêtres avec un enfant, ainsi qu'une certaine personne appelée Matima] ils avaient, en partant, emmené quatre insulaires. Dix mois après, ils revinrent ne ramenant que deux de ces naturels, les deux autres étant morts à Lima. Us reprirent en s'en allant leurs compatriotes. Cook visita la maison que les Espagnols avaient bâlie. Elle était située à peu de distance du rivage , et les bois paraissaient avoir été apportés tout préparés , car chacun d'eux était numéroté. Elle était divisée en deux salies; dans Tune on voyait un bois de lit, une table, un banc, de vieux chapeaux et quelques autres bagatelles que les insulaires gardaient avec le plus gi^nd soin. Ils avaient môme fait un hangar sur la maison pour la préserver de la pluie. Le pourtour était rempli de crénelures pour donner de l'air ou bien pour tirer des coups de fusils en cas d'attaque ; près de la façade était une croix dont la branche transversale offrait ces mots : Oiristus vincit^ sur la branche verticale on lisait : Carolus III imperatj 1774. Pour conserver la mémoire des voyages antérieurs qu'il avait faits dans cette Ile , Cook fit graver de l'autre côté de la croix : Georgius III , rex , œmii 4767, 1769, 4773, 1774 et 1777. Le tombeau du commandant desdeux vaisseaux, qui mourut pendant la première relâche, se trouvait aux environs de ceRe maison. Les indigènes désignaient cet oificier sous le nom d'Oridi. Quelles que fussent les intentions des Espagnols en abordant sur cette île, continue la
narration du Troisième voyage de Cook, ils avaient pris les plus grands soins pour gagner Taffection des habitants. Ceux-ci ne parlaient d'eux qu'avec une sorte de vénération (1). Cette entreprise infructueuse , attribuée au navigateur espagnol Bonechea , est restée dans l'obscurité.
Nous avons cru devoir rapporter ici cet incident qui offre un certain intérêt à Thistorique des missions catholiques, au moment où, à soixante ans d'intervalle, elles tentaient un nouvel essai.
doMiéShiste ^^ catéchiste (2) irlandais, Colomban Murphy, mi^ITjÏtÎïu. avait été dirigé, dès l'arrivée de M. Rouchouse, évêque
21 maTisss. in partibus de Nilopolis , aux îles Haouaï ou Sandvvich, où son nom devait recevoir quelque célébrité dans les débats religieux de cet archipel. Sur sa route, il toucha à Taîti , où il arriva le 21 mai 4835. Les incidents qui accompagnèrent son séjour sur cette ile, sont consignés dans une lettre écrite à Papeïti , le 25 juin 1835 , et insérée dans les Annales de la propagation de la foi (3), Le contenu de la lettre de M. Murphy porte en substance, que» dès que le navire eut jeté l'ancre, le chef des mission- Ci) Cook, Troisième voyage^ tome V, pages 235 et 238. Paris >
(2) Sons le titre de CatéehUttê , les missiixmaires catholiques faisaient participer à leurs travaux des hommes religieux qui se vouaient à Tinstruction des sauvages. La plupart de ces catéchistes étaient, comme les premiers missionnaires anglais du Duff^ versés dans la connaissance des travaux manuels.
(3) AnnaUi 4e lafirapagaHon de la foi , n« de septembre 4 838 , page 204,
Daires anglais ( M. Pritchard est sans doute désigné sous ce titre) vint à bord ; il commença par dire qu'il était bien aise de Tarrivée du bâtiment, mais dés qu'il sut que M. Murphy était à bord , il changea de visage et partit. Il revint cependant dans la soirée pour faire connaître au capitaine Sweiliin que la reine refusait délaisser prendre terre au catéchiste, son passager. La reine se trouvait alors à deux lieues du port , mais elle y arriva bientôt, et peu de temps après, M. Murphy eut une entrevue avec elle, dans laquelle il lui demanda pourquoi elle avait défendu son débarquement. Elle répondit qu'elle n'avait pas fait cette défense , mais que M. Pritcbard avait agi dans ce sens auprès des chefs. • Au reste, ajouta-t-elle, si vous » voulez rester, il faut que vous en demandiez l'auto- » risation aux missionnaires et aux chefs ; s'ils y con- 9 sentent , je n*ai point d'objection à faire. > Au l)out de huit jours , les chefs et les missionnaires se réunirent et tinrent un conseil auquel M. Murphy fut invité'à assister. Il refusa d'abord , mais les instances devinrent si vives qu'il revint de sa première résolulion. Plusieurs chefs parlèrent en faveur des missionnaires catholiques et en particulier un des premiers juges de Tile. Les chefs conférèrent ensuite entre eux, et le lendemain deux chefs et un juge vinrent à bord pour dire à M. Murphy qu'il pouvait débarquer, et que les missionnaires catholiques pouvaient venir. M. Murphy séjourna environ deux mois à Taiti avant de se rendre aux lies Sandwich, pour lesquelles il prit passage sur un navire français qui ve-
naît d'entrer dans le port (1). Dans une secof|d0 lettre, écrite au même prélat par le même missionnaire , qui était parvenu alors aux îles Sandwich, on trouve les lignes suivantes qui nous paraissent mériter d'être reproduites :
Seconde lettre « Deouis ouc je VOUS ai écrit de Taîti , j'ai vu plu-
da catéchiste , ^ • , . ,., ^^ . ' *^
Mnrpbj. » sicurs chcfs qui m ont assure qii ils verraient avec » plaisir votre Grandeur dans ces îles. Cependant , « les calvinistes ont beaucoup de partisans. Je Cfoîs » que SI vous y alliez, vous seriez reçu plutôt que » tout autre, et que vous trouveriez sur-le-champ » un pied-à-terre. Pour la réception d'un étranger » à Taîti , il faut que la reine et les chefs se réu- » nissent pour décider s'il doit rester ou non. On » peut encore être reçu d'une autre manière, c'est » lorsque quelque chef vous, donne des terres pour » bâtir une maison. Si vous prenez le parti de vous » rendre dans ces Iles , je crois que vous ferez bien * de vous y présenter comme évêque , parce qu'à > Taîti on a une grande idée des missionnaires de » Gambier et en particulier de votre Grandeur (2).i Retour Ce nc fut cependant qu'un an environ après la
^^^ArtSÎ"'**'" date présumée de cette lettre (septembre ou octobre 1835) que deux missionnaires de Gambier entreprirent d'aller s'établir à Taîti. Dans cet intervalle de temps, aucun événement remarquable
(1) AnnaUê de la propagation de la foi^ u? de janyier 1838, . page 208.
(2) Annàlee de la propagation de la foi, n* de novembre 1 836, page 188.
UISTpRIQUE. 807
p^avait eu lieu sur celte lie, si ce n'est, peut-être, la nomination du missionnaire anglais Pritchard aux fonctions de consul de S.M.B. Quoique M. le contreamiral du Petil-Thouars n'indique cette nomination que comme ayant eu lieu postérieurement au passage des missionnaires catholiques (1), A la même époque, M* Moerenhout, qui avait quitté la France vers le milieu de Tannée 1835 , vint s'établir déQnitivcment h Taiti , en qqalité de consul des États- Unis. Dés cet instant, ces deux agents, de deux puissances diiïérentes , eurent plus d^une occasion de se trouver en opposition d'intérêt, d'autant plus que le consul anglais, jouissant d'une influence considérable auprès des chefs, dirigeait leurs volon-^ tés au gré de ses désirs , et dominait souvent d'une manière despotique l'esprit du gouvernement.
Dans cet état de choses, MM. Laval et Caret, deMii^uYti missionnaires catholiques désignés par M. de Rou- «^caf^^ATani.: chouse, pour cette entreprise, arrivèrent à Taiti le 20 novembre i836. La relation de leur voyage, consignée dans une longue lettre adressée le 42 avril 1837 au rédacteur des Annales de la propagation de la foi , est le document le plus complet que nous connaissions sur ce sujet; il contient en résumé les détails suivants que nous reproduisons en les dégageant, comme nous l'avons déjà fait dans tout le cours de ce récit , de tous les faits qui ne nous pa-
(|) Foyage anUmr du mondUi mr lalfrégaU la Fénmt , tome n , page 389.
SiDOTenbreiSSa.
raissent pas suffisamment prouvés ou qui sont empreints d'un esprit d'hostilité religieuse. Mesures prises Le projet des missionodires catholiques de se
pour empêcher le- ,««-.»•»»., « ai»
débai^aemeni^ rendre H Taiti eiait déjà connu dans cette île depuis eicareL plusieurs jours; elle avait été apportée par un brick qui avait refusé de leur donner passage. Aussitôt M. Pritchard avait provoqué la réunion d'une assemblée générale des chefs , à laquelle la reine assista. Cette assemblée décida qu'on établirait des gardescôtes sur tous les points de l'Ile , avec ordre d'empêcher VÈlisa , petite goélette, du port de dix tonneaux, qui portait[MM. Laval et Caret, de venir jeter l'ancre. Les vents contraires, qui avaient allongé le voyage de ce navire, obligèrent aussi le capitaine Hamiltou ^ qui le commandait , à mouiller sur une des pointes de Taïrabou , la plus éloignée de Papeîti. « La Provî- » dence, dit M. Caret , qui connaissait toutes les me- » sures prises pour nous empêcher de débarquer , » nous avait conduits précisément là où nos ennemi » veillaient avec moins de soin (!}• »
et débaîïuemeni ^^ Tarrivéc, le 20 novembre , les missionnaires *** cf cir^r"* catholiques descendirent à terre, dans la pirogue d'un
2onoTembrei8M. Suédois établi dans ce lieu ; à peine avaieni-ils débarqué qu'un des chefs de l'endroit se rendit à bord de la goélette pour ordonner qu'on eût à reprendre le large sans déposer les passagers à terre. M 'ayant pas trouvé le capitaine , il se rendit auprès de ce
(1) AnmUê de la propagation de la foi , n"* de janyier 1838 , page 208.
dernier à terre, et lui enjoignit de reprendre MM. Laval et Caret. Le capitaine Hainillon répondit que les autorités de Taiarabou n'avaient qu'à transmettre elles-mêmes cet ordre aux prêtres catholiques. Alors plusieurs indigènes vinrent effectivement vers les missionnaires de Gambier; ils les saluèrent et s'accroupirent sans rien dire , se contentant de les regarder. Leur commission les embarrassait, ils causaient entre eux et se disaient mutuellement : « Ces jeunes hommes paraissent bons , pourquoi cet t ordre de les renvoyer? » Cependant, ils leur donnèrent communication de eetordre par l'entremise d'un enfant de Gambier. c Retournez tous les deux à bord , • dit cet enfant, telle est la parole de ces hommes. » Les prêtres catholiques répondirent : « Nous n'irons » pas à bord; noussommesà terre, nous y resterons.
> Nous ne sommes point des malfaiteurs. Noussom- » mes venus ici pour rendre visite à votre reine et
> nous voulons la voir (i).» Les chefs ne dirent plus rien et s'éloignèrent.
MM. Laval et Caret prirebt alors la résolution do ne plus remettre le pied sur la goélette : craignant de ne plus pouvoir débarquer sur un autre point, ils choisirent la voie de terre, et après avoir pa.^sé la nuit dans la cabane du Suédois, ils se mirent en route pour Papeîti, éloigné, disent- ils , de trente ou quarante lieues , mais en réalité de quinze ou vingt
BéMUliM 4t Mil. Util
ei Caret de voyairer par
(t) Annaleê de la propagation delà foi^ n« d« juiTicr 183S , p««e 210.
lieues. Dans la soirée , ils avaient déjà atteint la partie méridionale de la grande presqu'île. Aux approches de la nuit, au moment où ils pensarîent à coucher en plein air , un indigène nommé McSota s'approcha en demandant s'ils étaient les mission* naires de Mangareva ; sur la réponse affirmative y il dit : c II est nuit, venez coucher et manger dans » ma demeure. • Toute la peuplade se réunit alors autour de cette maison. Le lendemain , le nombre des curieux grossit encore plus ; presque tous vinrent avec quelques livres sous le bras. Plus loin, un des grands chefs de Tile, nommé Parotfa, recommanda à MM. Laval et Caret d'aller voir la reine, et leur dit en les quittant : la orana ia oroua paratn i TatU , je vous salue vous deux, vous fixant à Taiti. Il manifestait par là le désir de les voir rester dans rtle. Vers le soir , ils demandèrent l'hospitalité dans la maison d'un indigène où ils firent lecaté^ cbisme à plusieurs enfants. Le lendemain ils firent diligence pour arriver à Papeïti avant la nuit; tout le long de la route, la foule se pressait sur leur passage , car le bruit de leur arrivée devançait leurs pas. Vous êtes les missionnaires de Mangareva, leur demandait-on de toutes parts , ils répondaient affirmativement en ajoutant qu'ils étaient prêtres français.
Plaintes Plusicurs fois la population avait fait entendre des
de la popuiauon. pjaintesconlre les missionnaires anglais, auxquelson reprochait, dit M. Caret, d'avoir des femmes, de faire le commerce, de vendre tout, livres, prières, sacre-
HISTORIQUE. an
menls un pelit saint Mathieu trois bamlK)US
d'huile, un pciit saint Marc quatre bambous d'huile. On demanda aussi si Ton agissait de la même manière à Mangareva. MM. Laval et Caret répondirent par une citation de l'Évangile selon saint Mathieu : «Vous » avez reçu gratuitement , donnez de même; • leurs interlocuteurs conclurent aussitôt que ce n'était pas bien de vendre les paroles et les sacrements. On était surtout surpris que les missionnaires catholiques fussent venus à terre, malgré les ordres précis qui avaient été donnés pour les en empêcher.
A la fin de cette troisième journée , avant d'al- ^ ArriTée
' ' de MM. Uval
teindre le port de Papeiti, MM. Laval et Caret ctfeià'papeui. s'arrêtèrent quelques instants dans la maison d'un ssnoYembreisM. jeune homme qui appartenait à la famille de la reine. Celui-ci les reçut très -bien et leur oiTrit quelques fruits à manger ; pendant ce temps , une femme d'un certain âge vint leur dire : « Les oro- » meduas savent que vous êtes à terre, ils sont fu- 9 rieux , surtout Piritati ; il est allé trouver la reine ; » il veut qu'elle vous chasse sans miséricorde. » Cette femme, le jeune homme (^ ses sœurs ajoutèrent ensuite : « Ayez bon courage, allez voir la reine; elle » est bonne; tâchez qu'elle vous garde ici dans cette • terre. > A Papeîti, toute la peuplade parut sur le pnssnge des missionnaires catholiques; plusieurs personnes les saluèrent, d'autres les regardèrent sans rien dire; ils se rendirent directement à la maison du consul américain pour lequel ils avaient une lettre de recommandation de la part de révèciuc
de Nilopolis. M. Moerenlioul les reçut avec tous les égards qu'ils pouvaient désirer et leur offrit sa maison et sa lable ; mais à peine étaient-ils assis qu'un messager entra et dit au consul : « Les deux hommes » qui viennent d'entrer peuvent rester dans votre » maison ; mais quant à leurs effets; ils ne peuvent j» les faire débarquer. » M. Moerenhout répondit : « Ces messieurs veulent voir la reine ; c'est tout ce » que j'ai à vous dire. • Cependant , le lendemain ie chef Itoti fit débarquer, malgré les ordres contraires, une malle à chacun d'eux.
némarcbes Dans la journée du 24 novembre , M. Pritchard
de If. Pnichard. ^ ' '
2inove:iIbrci8M. "^*' ^^"^ ^" œuvrc pour empôcbcr MM. Laval et Caret de parvenir jusqu'à la reine; quoiqu'elle résidât à près de deux lieues de distance, il fit trois voyages dans la matinée pour la prévenir contre eux. Cependant, sur la demande faite par les missionnaires catholiques, la reine leur fit répondre qu'elle les recevrait quand ils voudraient. Comme il était tard, M. Moerenhout leur conseilla de ne pas y aller ce jour là; pendant ce temps, beaucoup de monde afflua pour les voir. Leurpréseièceà Taiti avait occasionné un certain mouvement dans la population ; on leur adressa plusieurs questions auxquelles, dit M. Caret, nous répondîmes de manière à les convaincre qu'on les avait trompés. M"*"" Moerenhout, qui était une catholique espagnole, expliqua à la foule divers points . de la doctrine catholique. A la suite de ces explications, les auditeurs s'écrièrent : « Piritati est un grand imposteur ! Taata haavare rahi Piritaii. » Ils ex-
primèrent en même temps le désir de toir les missionnaires français s'établir dans l'Ile.
Le lendemain , 25 novembre , MM. Laval et Caret , de l!f miît. accompagnés de M. Moerenliout , furent reçus en n noTemb. ism. audience par la reine. Elle était accroupie sur une natte, M. Pritchard était assis sur un tabouret, et la salle était remplie de monde. MM. Laval et Caret s'assirent aussi sur des tabourets qu'on leur apporta. Cette séance devait avoir une certaine solennité, car les deux partis adverses se trouvaient en préseuce. Les missionnaires catholiques présentèrent leur re» quête de la manière suivante :
« Reine, nous venons de Mangareva , nous sommes j^, ÏÏÏ.7jtj| » les prêtres du vrai Dieu, la France est notre pays. •*Câ«i*>*'»^"'^- » Nous ne sommes point malfaiteurs, nous n'avons » point rintention de nuire à Piritati , ni à aucun » des ormneduas qui sont ici ; nous désirons l'aire » \otre bonheur, à vous , reine, et celui des chefs » et de tout le peuple. Nous savons que celte terre » vous appartient et que le pouvoir est à vous ; nous » vous demandons Thospitalité , et nous espérons
> que vous ne nous la refuserez pas. Si vous-même » ou vos sujets alliez en France, le roi ne vous chas-
• serait pas, il vous donnerait Thospitalité; si Piri- » tati allait en France , on ne Ten chasserait pas.
> Dans les grands Étnts, tels que la France, TAn- » gleterre et T Amérique, tous les étrangers inofleno
• sifs jouissent de toute liberté, les prêtres commo
sa
ESQlJlt»SE
Préfenc oflTeri à i« reine.
neftUlulion
du présent fait
à la reine.
• les autres (i). » M. le consul des ÉlatfrrUnîs aippujfa fortemeni ces paroles.
Les missionnaires catholiques oOrirent ensuite à la reine un châle avec quatre onces d'or (environ 340 fr.)* Elle les accepta malgré les efforts de M. Pritchard pour Ten empêcher. Il parait même qu'elle était ennuyée de ses observations, car elle dit tout bas devant M. Laval : màiia mattaï Pirtialt, piritati n*est pas bon. • Ce qui portait M. Pritchard à s'opposer à ce que ces présents furent reçus, c'est qu'à ses yeux celte acceptation était une permission tacite de séjourner à Taïii.
Les missionnaires catholiques se retirèreni ensuite; ils étaient à peine rentrés dans leur demeure , lorsqu'un indigène vint leur remettre les quatre onces sans rien dire. Le chef Itoti qui arriva sur ces eittrefaites , leur apprit que cet argent était rendu à Tinstigation de M. Pritchard , afin qu'il ne fût pas considéré comme une autorisation de séjourner à Taîti. MM. Laval et Caret résolurent aussitôt de se rendre de nouveau chez la reine* Après avoir fait part de cette circonstance à M. Moerenhout, ils se mirent en route accomjjja-gnés du chef Itoti et d'un juge appelé Tapali. A toutes les cabanes devant lesquelles ils passaient , on voulait savoir pourquoi ils retournaient chez la reine. Itoti et Tapati racontaient alors toute l'histoire ea
{\)jinnalt$ de la propagation de la foi , no de janvier 1838 ^ l>age216.
désapprouvant la conduite de M. Pritchard. « Piritati » n'esl pas bon. » Ces mots étaient dans toutes les boucbes.
Ces messieurs ne trouvèrent auprès de la reine que des indigènes. Après quelques difficultés, elle reçut de nouveau les quatre onces; après quoi, MM. Laval et Caret se retirèrent pour rentrer dans leur demeure. Ils s'arrêtèrent en revenant à la maison des chefs Itoti et Pafai où ils se rafraîchirent avec descocos qu'on leur donna. Le juge Tapa ti les accompagna pour leur faire passer sur son dos les ruisseaux assez profonds qu'on rencontre dans ce trajet. Chemin faisant, un homme leur dit que la reine et les chefs ne les chasseraient pas s'ils n'y étaient pas poussés par Piritati et les missionnaires, et il les en* gagea à ne pas quitter Taîti.
Le lendemain, 26 novembre, M. Moerénhout laissa entrer dans sa maison toutes les personnes qui désiraient Yoir les missionnaires catholiques; et ceuxci s'occupèrent de réfuter toutes les accusations lancées contre leur culte. On leur dit que M. Pritchard avait fait dans la soirée deux ou trois voyages chez la reine, et que le lendemain il y aurait une assemblée où on devait prendre une détermination au sujet de leur départ. La pluie q«i tomba tout le jour suivant empêcha que cette réunion eût lieu avant le soir. M. Moerénhout accompagna les missionnaires catholiques qui avaient reçu l'ordre de comparaître devant cette assemblée. La reine s'y trouvait ; elle était placée auprès de la porte. Quatd ils furent as*
Seconde Titlle
de MM. UTtl
et Caret
à la reine.
Attemblée des cbeft.
Discours d'un juge.
trnovenbr.uM.
sis, un juge se leva et leur parla ainsi : « Pourquoi êtes- vous venus dans celte terre? nous avons des » missionnaires qui sont ici depuis longtemps et » qui nous ont instruits de la parole; nous n'avons » pas besoin de vous. Il y a une loi qui vous ia— » terdit Tentrée de cette terre; pourquoi y êtes- » vous venus? retournez à Mangareva. Vous avez » fait des présents à la reine qui vous en a fait » de son côté; ne soyez pas obstinés à rester. » £q effet la reine leur avait fait présent d*une petite provision d'étoffes, de nourriture et de coquillages.
Réponse Aprés le discours du juge, M. Moerenhout de*-
et Caret. manda aux missionnaires catholiques s ils pouvaient répondre quelques mots ; M. Caret se leva et dit en taïtien les paroles suivantes : « Quand nous par- » tlmes de Mangareva , nous ne pensions pas trouver » ici une reine, des chefs, ni un peuple qui nous » chassassent;de leurtle. Nous savions que ceux qui » vous avaient apporté la parole de Dieu avaient » calomnié notre doctrine , et nous avaient chargés » de fausses accusations : nous sommes venus jus- 9 tifier la doctrine que nous annonçons. Nous ne » savons pas assez votre langue pour vous mani- » fester la vérité maintenant; attendez que nous » la sachions; ne nous renvoyez pas, autrement » vous ne sauriez jamais distinguer la vérité du » mensonge. Cette loi dont vous nous parlez est « si nouvelle, que M. le consul américain, ici pré-
» sent et qui devrait la connaître, ne la connaît » pas (i). »
Jusqu'alors la conduite du consul des États-Unis ^^^^^(^ avait été plutôt passive, mais dans ce moment il <>•• É*«^-"n'»intervint directement dans les débats. «Cette loi, » dit-il , qui interdit l'entrée de cette terre aux » étrangers, si ce n'est le bon plaisir de la reine, » est nouvelle et inconnue de moi. > S'adressant ensuite à M. Pritchard, il lui dit en anglais : « Mon- » sieur, cette loi est contre le droit des gens; je pro- » teste contre elle, elle est injurieuse à l'Amérique » pour laquelle j'exerce ici les fonctions de consul ; » il peut arriver tous les jours un navire américain » qui amène des passagers, et sans le savoir ces » hommes ne pourront mettre pied à terre, et seront » obligés de retourner dans leur pays aux frais du » capitaine ou aux leurs. Une loi semblable devrait » au moins être connue des nations avant de devenir » obligatoire. > L'assemblée fut alors dissoute sans qu'aucune décision fût prise. Une autre assemblée fut annoncée pour le lendemain, mais elle n'eut pas lieu. L'arrêt d'expulsion qu'on demandait aux chefs paraissait soulever une assez grande opposition. Les chefs Itoti et Pafa! avaient déjà embrassé la cause des missionnaires catholiques ; l'orateur luimême, qui avait paru si animé à l'assemblée, vint leur demander pardon en disant : c Me vous fâchez
(t)Jnnahê i$ la fropagaiiandelafai^ n* deJanTier 1838, p. tl9.
U reine.
3SnoTnnbrei8i6.
818 ESQUIS»
> pas contre moi ; c'e$i Piritatî q^i m'a fait fftrle» « ainsi. »
Ultra Dans la disposition où se trouvaient les esprits ,
de bf nnUMoient. *^ ^
enïêvJeâîee " ^^'^ peut-êlpo douteux quo la délibération de» chefs et des juges aboutit à des mesures de rigueur. M. Pritchnrd alla au plus court. Il s^enferma seuF avec la reine et lui dicta une lettre de bannissement. A la signification de cet acte, MM. Laval et Caret ne voulurent pas répondre par écrit à la reine, mais ils allèrent eux-mêmes lui porter leur réponse. Elle les reçut dans le corridor d'entrée de sa demeure. Ils plaidèrent leur cause en disant « que les » missionnaires anglais n'étaient pas les envoyés de » Dieu ; mais qu'eux étaient les envoyés de Dieu pour » faire connaître la vraie parole, et qu'ils le prouve- » raient lorsqu'ils sauraient la langue. » La reine leur dit de retourner à Gambier sur la goélette qui les avait apportés. Ils répondirent quelle était trop petite pour lutter contre les vents qui sont presque toujours contraires. Âimata ne paraissait pas aussi pressée de les voir partir que M. Pritchard, et le jour suivant le bruit eourut quelle ne songeait plust à les renvoyer.
Menaces Cependant le 2 décembre, M. Moerenho ut reçut
deî°moyeni uuc sccondc lettre de M. Pritchard ; et le 7 décembre
coercitir». , , . , » i- »
^, -r ..^ on avertit les missionnaires catholiques qu on se
1 décembre 1SS«. ^ ^
préparait à les jeter de force à bord de la goélette qui les avait apportés. Le capitaine de cette goélette avait été tellement influencé, qu'il menaçait d'cflu*
HlSTORlQUi:.
ployer la violeace pour les metlre à bord et les conduire à Gambîer.
MM. Laval et Caret n^élaient pas les seuls sujets Difficultés
* •• suscitées
français qui eussent à se plaiiulre des procédés du •■" vîJÎJS""*'
gouvernement taitien. Dans la lettre déjà citée de
M. Caret, on lit le passage suivant : « Le charpentier
1» Vincent qui était venu avec M. Armand (un mis-
» sionnaire catholique) de France à Valparaiso et
» de Valparaiso à Gambier, nous avait accompagnés
» à Taiti. Après avoir eu toutes les peines du monde
» à débarquer ses outils, il se disposait à travailler;
• il croyait avoir acquis tout droit d'exercer son » industrie, parce qu'il avait payé à la reine les
• trente piastres exigées par la loi et qu'elle les » avait acceptées. Mais M. Pritchard qui affectait de » le regarder comme un missionnaire déguisé, quoi-
• qu*il sAt bien qu'il était un ouvrier, n'avait pas » ratifié cette acceptation. Il lui fit remettre ces » trente piastres par un des chefs qui lui sont dé- » voués, et lui envoya dire qu'il ne pouvait rester à » Taîti. Ce jeune homme était chez M. le consul » lorsqu'on lui rapporta son argent; M. le consul » observa que cet ouvrier avait tout droit de rester, « puisqu'il avait accompli la loi. Il fut impossible de » foire entendre raison à l'envoyé de M. Pritchard (i).»
Ce charpentier, compris dans les menaces d'expulsion adressées aux missionnaires catholiques, se joignit à eux pour dresser un acte de protestation.
Protestation
de MM. Laval
et Caret, et
du iiear Vincent.
I décembre 183«.
(1) jinmoUê 4# to ^ropagatUm 4^ /a /oi, n* ds janvier 1838 » pige 222.
dont l'original fut déposé dans les archives du consulat américain et dont une copie fut envoyée n la reine. Ils déclarèrent tous les trois dans cet acte, ne pas vouloir se soumettre volontairement aux mesures qu'on prendrait pour les expulser de Tlle , et que si on les mettait de force à bord de la goe« lette VÊlisa ou de tout autre bâtiment qui ne serait pas de leur choix, ils rendraient la reine de Taiti^ le gouvernement de Taïti, ainsi que les propriétaires et les capitaines de ces bâtiments, responsables envers la France de leur vie, et de tout ce qui pourrait arriver de fâcheux à leur personne ou à leur propriété, et même , comme citoyens français, ils rendaient le gouvernement de Taïti responsable de toute violence qu'on oserait exercer sur leurs personnes. Ils demandaient en outre de rester jusqu'à l'arrivée d'un bâtiment de guerre, alin d'avoir des juges compétents pour décider dans leur cas (!)•
(1) Protestation de MM. Laval et Caret et du sieur Fincent,
Par devant noua 1. A. Moerenhont, conanl des États-Unis, pour Taïti, pour les antres îles de la Société, etc. , sont comparus MM. François Caret , Louis-Jacques Laral , prêtres français et missionnaires apostoliques , et le sieur Antoine Vincent, charpentier mécanicien, également Français de nation ; lesquels ont , par ces presentesl, déclaré comme il suit :
QuMls sont venus de Gambier à Taïti sur une petite goëlette portant le pavillon de Taïti et appartenant au nommé William Hamilton, capitaine de ladite goëlette, résidant et domicilié à Taïti ; qu'ils arrivèrent et débarquèrent le 20 novembre dernier au côté est de llle de Taïti dV>ù ils vinrent à pied jusqu'à la place où ils ae trouvent en ce moment, nommée Papeïti, au côté nord^
HisTomouE. 821
Ils étaient persuadés qu'une fois la goélette partie, aucun navire ne voudrait les prendre par force*, et , d'eip«wo«. comme elle devait mettre bientôt à la voile, il s'en- "«'^«^'•«•^•* fermèrent dans la maison que M. Moercnhout avait bien voulu leur céder, dans Fespérance que les droits de Thospitalité seraient respectés, en considération de la dignité consulaire. Mais ils se trompaient; déjà, le 11 décembre cinq ou six hommes se présentèrent à la porte de leur demeure a^ec des cordes pour les garotter; mais MM. Laval et Caret refusèrent d*ouvrir. Ces hommes menacèrent de briser la porte; toutefois, ils n'en firent rien et se retirèrent. Quelques minutes après on leur apporta une lettre qu on attribuait à M. Pritchard quoiqu'elle fût signée Pomaré. Cette lettre était dictée avec une es|)èce de fureur ; elle fut déposée au consulat américain. M. Moerenhoutapprit aussi aux missionnaires catholiques que les Taitiens semblaient refuser de prêter les mains aux violences qu'on voulait exercer,
ouest de la même île ; que là , des hommes se disant enTojës de Pomaré , reine de Taltr, Tinrent leur signifier qu'ils devaient quit^ ter nie ; qu^ux , les susdits Français, ayant des raisons (diaprés les déclarations de quelques chefs et de plusieurs antres Indiens) pour croire que les ordres venaient plutét de la part du mission* naire anglais Prilchard que de la reine de Taïli, demandèrent à voir cette dernière, et que le 25 du même mois de novembre , les susmentionnés MM. F. Caret et L. i. Laval , furent à Papaoa où ils virent la reine ; mais que la se trouvait aussi ledit missionnaire an* glais Pritchard , qui ne voulut point quitter quoiqu'il en fût solli* cité ; qu>uz , susdits Français, informèrent alors la reine de l*ol>> jvi de leur visite à Taïti et lui offrirent la somme exigée par la loi |K)ur tout étranger qui veut sVtablir dans cette île , mais que la reine, toujours influencée par la présence et les discours dudit
et qu'alors quelqu'un était venu les encourager en disant : « Pourquoi balancer? On a bien chassé les » prêtres français des îles Sandwich , et il n'en est » rien résulté. » Dans la nuit suivante , et de grand
missionnaire, refusa d'accepter cette somme à ces conditions; qu'eux, les susdits Mil. F. Caret et L. J. Laval, lui offrirent alors ce même argent et quelque chose de plus comme un présent , et qu'alors la reine le reçut malgré les efforts du missionnaire anglais pour Ten empêcher.
Lesdits exposants déclarent de plus qu'ils far«nt cités à compà^ raître à une assemblée publique où de nouveau il leur fut signifié qu'ils ne pouvaient séjourner ni rester à Taïti et qu ils devaient retournera l'île de Gambier, sur la même goélette sur laquelle ils étaient venus ; qu'eux, lesdits exposants, répondirent qu'ils ne v.oulaient point partir, parce qu'ils croyaient injuste de les expol-» ser de la sorte, qu'ils n'admettaient point la loi sur laquelle on s'appuyait, la croyant illégale et contraire au droit des gens, et étant convaincus que leur expulsion même n'était qu'un acte arbitraire de la part du missionnaire anglais Pritchard ; qu'eux, les exposants, croyaient effectivement que cela était ainsi , d'autant plus que plusieurs des chefs et le plus grand nombre des indigènes avec qui ils ont communiqué, leur avaient constamment déclaré qu'ils désiraient qu'ils restassent avec eux, et que les persécutions et l'ordre de quitter llle n'émanaient point de Iasouverain« et étaient contraires aux vœux de la plupart des chefs et de prêtque tout le peuple de l'île. Ils refusaient de s'y soumettre et demandaient à rester jusqu'à l'arrivée d'un bâtiment de guerre, afin d'avoir des juges compétents pour décider leur cas.
De son côté, le sieur Antoine Vincent déclare qu'il avait pria son passage à Valparaiso sur la goélette VOlive blanche , portant le pavillon de Taïti , qu'il paya 1 30 piastres pour son passage à bord de ladite goélette pour et jusqu'à Taïti , qu'il changea et quitta le bâtiment à l'île de Gambier pour des raisons de désatisfaction, qu'il vint ensuite comme il a été dit auparavant sur la même petite goélette avec HM. F. Caret et L. J. Laval à Taïti , où il lui fut réclamé et où il paya de nouveau à William Hamilton , capitaine de
HISTORtQUi:. 8t23
matin » le juge Tapati ainsi qu*un charpentier français vinrent donner avis qu'on allait employer des moyens de coercition , et que les agents de la police allaient descendre par le toit; M. Moerenhout vint
ladite goélette, la somme de 70 piastres pour son passage de l*!le Gambier josqu'â TaïU. Qu'à son arrÎTëe à Taïti il loi fut également signifié Tordre de quitter l*île ; que cependant les chefs Itoti y Pafaï et Water consentirent depuis à ce quMl restât, et lui permirent de débarquer ses effets , ses outils , et antres obicts ; qn^il alla voir la reine à qui il offrit les 30 piastres exigées par la loi et qu'elle les accepta ; qu'ayant rempli toutes les formalités voulues, ayant le consentement des principaux chefs , et de la reine, il se croyait en droit de rester dans Hle et pour cela avait dél>ar» que tous ses effets et se préparait à commencer à travailler, quand par les machinations du missionnaire anglais Pritchard , de noureaux obstacles furent élevés, puisque son argent lui fut rapporté par le chef Water et trois ou quatre autres indigènes, qu'il croit pouvoir considérer comme les agents dudit missionnaire Pritchard, et qui se comportèrent de la manière la plus brutale pour le forcer à reprendre cet argent
Les trois exposants déclarent de plus, que croyant leur expulsion de ce pays illégale, contraire anx lois de nie même , contraire au droit des gens,-enielle et arbitraire, ce n'est pas volontairement qu'ils s'y soumettent , qu'ils protestent d'arance, comme par les présentes, contre tontes les mesnres'qu'on prendra pour les expulser de nie. Que s'ils sont portés à bord de la petite goélette snr laquelle ils sont Tenus , on à bord de tout antre bâtiment qui n'est point de leur choix , Ils rendent les capitaines et les propriétaires desdits bâtiments, ainsi que la reine de Taîti , et le gourernement de Taïti , responsables envers la France de leur rie et de tout ce qui pourrait arriver de fâcheux à leur personne et à leur propriété, et même, comme citoyens français ils rendent ce dernier, le gouvernement de Taïti , responsable de toute violence qu'on pourrait exercer sur leur personne.
Le sieur A ntomej Vincent déclare de pins, et en particulier, qu'ayant été amené de Valparaiso snr tm bâtiment portant pavil-
à son tour accompagné de sa petite fille, mais sa visite fut courte par prudence. Lorsqu'ils furent sortis la porte fut condamnée, car MM. Laval et Ca*ret savaient que le moment approchait où on allait les porter de force à bord de la goélette. En effet , ils aperçurent bientôt un homme couvert d'un habit militaire; il était accompagné de cinq ou six autres individus qui avaient une natte cordée autour des reins. Quelques curieux les suivaient, ^pui'ton MM. Laval et Caret fermèrent alors soigneusement
et circi. la porte et les croisées , et se retirèrent dans Tappari2déceiiibreU36. lement le plus secret de la maison où ils se mirent à genoux pour réciter les sept psaumes de la pénitence. Les agents de la police frappèrent à la porte avec violence et sommèrent de l'ouvrir ; ne recevant
Ion de Taïti et appartenant à des personnes résidant à Taïti, et ayant payé passage de Valparaiso jnsqn*à cette dernière île, il rend ledit gouvernement responsable du montant de son passage , de tous dommages et pertes provenant et à lui occasionnés par ledit voyage et par Pinjuste expulsion de Vî\e après y avoir été amené par des résidents et par des bâtiments sous pavillon de Taiti, et cela soit pour la perte de son temps, soit pour ses frais et dépenses, soit pour les dommages de ses outils, de ses effets, etc.
Desquelles déclarations j^ai fait le présent protêt, que j^aî signé après lecture, avec les exposants, et j^ai apposé le sceau de ce consulat le huitième jour de décembre de Tan mil huit cent trente-six.
Signé: François Caret (vice-préfet apostolique), Louis- Jacques Laval (missionnaire apostolique), A. Viiicbnt
et S. A. MOBBBNHOUT.
Du Petit-Thouars. Foyage autour du monde ^ de la frégate la Fénus y tome IV, p. 5o à 53.
aucune réponse, ils soulevèrent le toit, en chaume commesurla plupart des édificesde l'Ile, et descendirent par cette ouverture dans rintét'ieur de la maison. Ils appelèrent de nouveau HM. Laval et Caret en leur ordonnant de sortir; ne recevant pas plus de réponse que la première fois, ils forcèrent la serrure d*une porte, après avoir cherché vainement la clef; mais il leur restait encore à escalader une cloison pour arriver dans la pièce où se trouvaient ceux qu'ils devaient arrêter.Un d'eux franchi t cette cloison pour ouvrir la porte qui n'était fermée que par un loquet ; ses compagnons entrèrent par cette issue , et dirent aux deux prêtres , qu'ils trouvèrent à genoux , de sortir de la maison. Ceux-ci ne répondirent rien; les agents taîtiens attendirent encore quelques minutes pour reprendre haleine, et mirent enfin la main sur les missionnaires catholiques, qui, dit M. Caret , ne voulant pas avoir à se reprocher un seul pas pour sortir de Taîti,où ils croyaient de leur devoir de demeurer (1), furent traînés tous les deux jusqu'à la porte; là les mêmes hommes les prirent chacun par les pieds et par la tcte , et les transportèrent jusqu'au rivage, en évitant de i)asser devant la seconde mpison de M. Moerenhout. Celui-ci vint à leur rencontre et dit les larmes aux yeux : « Je ne »puis, messieurs, vous soustraire à la violence » qu'on vous fait , parce que je n'ai pas d'armée à i ma disposition; mais on saura un jour que je suis
Cl) AnnaUê dêlapropagoiton de iafoiy n* dejtar. lS)S|p.22S.
Protestation de MM. Uval et Caret contre
le capitaine Hamilton.
» consul des États-Unis. » MM. Laval e( Caret Tembrassèrent en lui témoignant leur reconnaissance. Puis ils dirent au peuple : < Voilà celui qui nous a * constamment protégés contre les persécutions de » ceux qui devraient vous prêcher la charité. Nous » savons du reste que la violence qu'on nous fait ne » vient pas de vous, t Avant de quitter le rivage sur la pirogue qui devait les conduire à bord de la goélette, ils saluèrent les habitants de Taîti en leur disant : < Nous savons qu'un très- petit nombre d'entre vous » nous ont rejetés et que les autres nous désirent; i nous reviendrons (IJ. »
MM. Laval et Caret attendirent à bord de la goélette le retour du capitaine qui était à terre, pour protester contre leur embafrquement. Us déclarèrent qu'on leur avait fait violence en les mettant à bord de son navire; qu'ils voulaient attendre un juge compétent pour décider si Taiti leur était interdit , et qu'ils en appelaient au premier navire de guerre, soit anglais, soit français , soit américain , qui arri* verait dans ces parages. Ils ajoutèrent que, lors<qu'on voulait les forcer de partir, ils avaient déclaré vouloir aller à Valparaiso ; mais que], maintenant qu'ils étaient arrivés à son bord et qu'ils savaient qu'on ne leur permettrait pas de mettre pied à terre, ils ne voulaient point aller ailleurs qu'aux lies Gambier. Ce capitaine, qui pourtant était le même qui les avait conduits de Gambier à Taîti , leur répondit
(l)^iia^ de la f9:opagation de la foi, n"" de jany. 1838, p. 226.
iiiSTORigui::. 827
brutalement qu*U se moquait des Français et des Américains; qu*il était Anglais, et qu'il ne voulait pas courir les mers à cause d'eux ; qu'il les déposerait dans rile qui lui conviendrait, fùl-ce un rocher sans habitants. En même temps.il leur désigna pour logement la cale. Si les faits articulés sont bien exacts y la conduite du capitaine William Hamilton, dans cette circonstance, est inqualifiable. Il n'avait aucune qualité pour se faire l'exécuteur des ordres du gouvernement de Taïti. En s^lbhargeant de la mission de transporter les missionnaires catholiques, il ne devait pas oublier les égards qu'il devait à ses passagers, et rien ne l'autorisait à les traiter durement.
La goélette appareilla bientôt après. A soixante fieiouT âeVÉusa milles environ de Taïti , auprès d'une lie basse, les ^'iit*e?ciîîl* missionnaires dirent au capitaine : « Si vous ne vou- * Mangarev.. » lez pas nous conduire à Gambier, laissez-nous 5»<>*c«°>*»'«**^- » sur cette lie. » Le capitaine répondit qu'il ferait demander si le chef Tati , qui s'y trouvait alors , voudrait les recevoir. 11 mit en effet sa pirogue à la mer , pour envoyer à terre sa femme et sa belle-sœur qui devaient si^ourner dans cet endroit. Un naturel de l'ile Râpa, qui les avait conduites l'une et l'autre, ne revint que le lendemain; il apporta une réponse qu'il dit être négative , tandis que le chef Tati assura plus tard l'avoir donnée affirmative. Alor^ MM. Laval et Caret dirent de nouveau au capitaine Hamilton , qu'ils voulaient aller directement à Gambier ou rester à Taïli i>our attendre une occasion favonible de
se rendre à Valparaiso. Ce capitaine sMmaginant qu'il sérail mal reçu des habitants de Gambicr , ne se souciait pas d'y retourner ; il revint cependant à des sentiments meilleurs et répondit : « que si » MM. Laval et Caret déclaraient par écrit, qu'ils 9 voulaient attendre à Taîti un navire pour aller à • Valparaiso, il retournerait à Taiti pour porter » celte déclaration ^^et que si la reine approuvait > leur séjour, il les mettrait de nouveau à terre; V sinon, if^ettrait un autre capitaine à sa place, qui » les conduirait à Gambier , car, pour lui , il ne vou- » lait pas y retourner. » Cette proposition fut sans doute acceptée, car on vira de bord, et le navire fit de nouveau voile vers Taîti où il arriva vers le soir. La goélette resta au large, pendant que le capitaine descendit seul à terre, plutôt pour chercher un autre capitaine que pour porter la nouvelle déclaration des missionnaires catholiques à la reine, car il ne la vit pas. Il écrivit le lendemain a son second de conduire la goélette à Papara, où elle fut mouillée en effet le. vendredi 16 décembre 4836. Là un nouveau capitaine vint prendre lecommandement du bâtiment; celui-ci tira MM. Laval et Caret de la cale, mais sans leur permettre decommuniquer avec la terre. Ils partirent le jour même , et le 31 décembre ils atteignirent les îles Gambier (1).
Effet probable La préscncc dcs missionnaires de Gambier à desmisiionnaires Taîti, avait occasionué une certaine agitation dans
catholiques , "
à Taîti. la population, car leur arrivée avait suivi de près la
(1) Annales de lapropagation de la foU n^ de janr. 1 838; p. 238.
niSTORJQUE. 820
ruine des projets des Mamaîa et la défaite de leur dernier mouvement insurrectionnel. Les eflbrts des sectaires avaient été paralysés, mais le levain de leur irritation existait toujours. L'apparition des missionnaires catholiques avait fait revivre les espérances déçues des méconlents, et à Taïrabou, plus peut-être que dans les districts de Taiti , MM. Laval et Caret avaient reçu Texpression du désir de les voir séjourner dans Tlle. Leur présence soulevait donc deux questions : une question religieuse dont nous n'avons pas à nous occuper , et une question politique qui doit fixer plus particulièrement notre attention. L'état où se trouvait la population de Taîti , tel qu'il a été défini plus haut par les citations empruntées à diflërents auteurs, laisse présumer que les controverses des deux cultes auraient nécessairement amené des conflits politiques, et peutêtre aurait -on vu sur ce théâtre éloigné , le renouvellement des divisions religieuses qui ont si longtemps désolé la vieille Europe. Déjà l'acrimonie qui régnait à cette époque dans les écrits et dans les actes des missionnaires des deux dénominations, dénote qu*en l'absence de toute autorité qui piH modérer leur expression , les débats entre les deux partis dissidents auraient revêtu les formes Us plus acerbes et les plus violentes (1). On peut donc
(f) € Comment pent-on être anm haineux?» disait le «lief ItoCi à ll.lloerenhont en parlant de M. Pritchard. «Vos haines a vonsanlrea blancs sont longues. El les durent longtemps et les nôtres durent peu. » ^niialcê de la frofagalion it la foi^ n* de janvier I B38 , page 77 1 .
cohsîdcrer comme un fait probable qu'il serait résultédes eflbrtscles missionnaires catholiques à Taîti, soit une scission immédiate de la population en deux parlis rivaux, scission dont on ne pouvait mesurer la portée , soit un retour vers les mœurs licencieuses des temps anciens pour lesquellcîs elle n'avait déjà que trop de tendance.
Résultat Dans le premier cas , le reste des Mamaïa , les con-
cuiies. damnés, les mécontents, les chefs ambitieux, se seraient rangés sous la bannière nouvelle pour combattre des adversaires dont ils subissaient à regret la volonté ; dans le second, les indigènes, hors d'état de bien apprécier la différence des principes des deux croyances, n'auraient éprouvé qu'une profonde indifférence pour l'une et pour l'autre, et les auraient rejetées toutes deux au grand détriment de la cause de la civilisation et du progrès. En admettant même que le catholicisme eût triomphé en peu de temps, à l'aide de la pompe de se.s cérémonies qui en impose à l'imagination des peuples sauvages , supposition toute gratuite d'ailleurs, l'ordre et la tranquillité de l'ile n'en auraient pas moins subi des troubles sérieux ; des désordres plus grands que ceux qui exisfaient déjà, auraient probablement accompagné cette révolution, et peut-êtreeûl-îl fallu de longues années pour en faire disparaître la trace (i).
(1) W. Wauruc a consigné dans un rapport adressé à M. du Petil- Thouars des observations sur Taïti qui ne sont pas sans intérêt. Le passage suivant mérite de fixer l'attention , et nous le reproduisons d'autant plus volontiers , qu'il nous paraît contenir le
HlSTOKIQlJlf;. « 831
D'un autre côté , on doit observer que le triomphe dP"*!i"*"e des missionnaires catholiques soulevait une question «»*rieor«-
jugement d^irn homme impartial , désintéressé dans la question.
c Arantde terminer cet article, dit le capitaine Mauruc, nous
ferons remarquer que, bien que notre nation fût placée aja rang des plus chétives, il estrrai de dire que Ton n*avait jamais fait souffrir (du moins à notre connaissance ) aucune persécution aux Français qui y étaient établis , arant Paffaire survenue aux deux missionnaires de Gambier, et dans laquelle nous n^arons à nous plaindre que de la manière illégale dont on a procédé ; affaire qui , au reste , est toute de religion, car ce n^est pas comme Français , mais comme norateurs qu'ils ont été expulsés.
» Si nos obserrations sont exactes , on pourra en déduire que le caractère des Taîtiens prêterait beaucoup aux innovations que Ton chercherait à introduire chez eux. En s*y prenant avec adresse, on pourrait réussir, mais ce ne serait jamais sans le concours des principaux chefs. Dans Pétat actuel des choses*, les difficultés seraient augmentées par les obstacles que ferait naître à chaque pas la coterie déjà citée , ce qui pourrait occasionner de fâcheux débats ; d^ailleurs, s'il nous est permis d^énoncer ici franchement notre pensée , nous dirons que nous ne croyons pas que celle qui parviendrait à la reipplacer fit beaucoup mieux. Nous ne croyons pas non plus que hors cela , ou par suite des précédents j Tadmission des Français dans les îles en question éprouve la moindre difficulté , ni que Ton viole par la suite à leur égard le droit des gens , lorsque de leur cdté ils ne troubleront en aucune manière Tordre public. Une notification à la reine et aux principaux chefs, appuyée par des forces propres à en imposer, suffirait dans notre opinion pour faire obtenir toute satisfaction. Par suite , il serait indispensable de se remontrer par intervalles dans ces parages , afin de tenir chacun dans le devoir.
» L^expulsion des missionnaires de ces îles , qui prend sa source dans ce que , comme nous Pavons déjà avancé , nous y sommes presque inconnus, n^eût pas eu lieu si ses auteurs apparents, mieux éclairés sur Pimportance de la France, eussent eu la conviction du châtiment auquel on les exposait.» — Du Petil-Tliouars, Voyage fiulourdu mofide iur la frégate la Vénus , lonic IV. pape <:>.
de politique extérieure. Dès lors influence anglaise, quidomioaitsurcetarchipel depuissi longtemps,ctait annihilée, car non-seulement les missionnaires catholiques étaient des prêtres français, mais encore dans ces parages lointains on est porté à considérer la cause catholique comme celle de la France. 11 résultait par conséquent de r invasion, insigniûante au premier abord, tentée sur le domaine des missionnaires anglais, non-seulement un bouleversement politique et religieux dans l'archipel , mais encore un motif de plus de rivalité entre les deux plus grandes puissances maritimes du monde , la France et l'Angleterre. Ces événements , sans importance apparente, pouvaient amener des conséquences majeures , et cette prévision a été justiflée , car les débats qui les ont suivis ont atteint le niveau des discussions les plus orageuses.
Opposition Lsi résistance des missionnaires anglais à Téta-
^'"!ingu?i. ^ blissement de leurs antagonistes à Taîti^ est facile à concevoir. Ils avaient des motifs réels de s'opposer à leur invasion quoiqu'il eût été plus conforme aux principes de tolérance et de liberté religieuse, qui prédominent aujourd'hui chez les nations civilisées, d'accepter les conséquences de la lutte qui les menaçait et de n'employer dans ce combat que les armes de la persuasion^ moins puissantes, peut-être, mais toujours plus loyales, et de mettre tout leur zèle à atténuer les sentiments d'aigreur, d'animosité et de haine qui pouvaient éclore dans la population. Ils devaient se rappeler qu'ils appartenaient à un
culte longtemps persécuté» et que par cela même ils ne devaient jamais employer la persécution. Ils ' avaient la Tacililé, et c'était môme leur devoir, de prémunir les indigènes contre les nouvelles doctrines ; ils avaient peut-être même le droit de réclamer du gouvernement taitien, une loi qui prohibât rexercice extérieur d'un culte qui n'était pas celui de la nation; mais leur droit s'arrêtait là. En dépassant cette limite, ils tombaient dans une grande * erreur; et, ce qui est pis, ils sortaient du caractère de paix et de charité dont ils étaient revêtus. Cependant dès à présent, il faut établir une distinction entre les actes des missionnaires anglais en général et ceux qui doivent être uniquement imputés à l'esprit fougueux de M. Pritchard. Il n'existe aucun doute à cet égard ; les missionnaires anglais ont naturellement répugné à l'idée de voir les missionnaires catholiques s'établir au milieu de leur troupeau; mais les mesures coercU tives employées contre ceux-ci ont été uniquement provoquées par M. Pritchard , ainsi qu'on le verra plus loin.
Si le gouvernement taitien se fût borné à défen* dagM^cncMut dre l'exercice public du catholicisme, il n'aurait encouruaucun reproche. Aujourd'hui encore l'exercice extérieur des cultes reconnus en France, est non-seulement prohibé dans plusieurs États, mais en outre certains gouvernements déploient une rigueur excessive contre leurs sujets convaincus de faire partie d'un culte dissident, sans qu'on songe à
intervenir dans ces débats d'ordre et de politique intérieure. Mais en ordonnant l'emploi de mesures brutales contre des sujets français , la reine Pomaré commettait une infraction aux règles dont on exige le maintien chez toutes les puissances constituées. En admettant l'exactitude du récit de M. Caret, et ce serait sans doute faire une injure gratuite au caractère de ce missionnaire que d'émettre des doutes à cet égard, la défense faite à MM. L.aval et Caret de séjourner à terre, pour attendre l'arrivée d'un navire de guerre pour lui soumettre la question, ou d'un navire du commerce qui pût les transporter à Valparaîso, les moyens \iolents employés pour leur expulsion , constituaient un attentat commis sur des citoyens français, dont (a France devait exiger satisfaction, et même si les mauvais traitements auxquels ils ont été en butte à bord de la goélette CÊlisa étaient bien constatés , ils constitueraient un grief contre le capitaine Hamilton qui n'avait aucune qualité pour recevoir et pour garder à son bord des Français contre leur volonté. Quoique les missionnaires français fussent moralement dans leur tort, ils devaient fttrc traitée d'une manière plus en harmonie avec le droit des gens, et, dans leur cas, l'intervention active de M.Pritchard dans les déterminations du gouvernement taîtien le rendait aussi, en quelque sorte , solidaire des violences commises.
Nouvelle Peu dc iours après son retour aux îles Gambicr,
destination « •
de M. Caret. M. Carct fut dcsliné de nouveau a se rendre à Tait/,
àTaïli.
96 janvier issr.
afin d*y prendre passage pour Valparaiso où il devait s'occuper des affaires de la mission. Cette fois il était accompagné par M. Maigret qui remplaçait M. Laval , retenu aux îles Gambier.
Le 26 janvier 4837 , ces messieurs arrivèrent à c^J^JÎ^tS M/fgM Taïti sur le brick /<? Colombo ^ capitaine Williams, qui ne les avail reçus à son bord que sur leur déclaralion écrite, de ne vouloir aller àTaîti que pour y prendre un passage pour Valparaiso par le premier navire. Aussitôt que leur présence fut connue, elle élonna tout le monde, et la foule afflua de toute part pour venir les voir. Ils apprirent qu'un navire de guerre anglais était arrivé très-peu de tomps après leur expulsion, et que M. Pritchard avait été réprimandé par le commrindanl (1); que les deux chefs, Pafaï et Itoli, avaient rejeté sur M. Pritchard toutes les vexations que MM. Laval et Caret avaient eu à souffrir, et en avaient déchargé la reine; mais que rinierprète n'avait pas fidèlement rendu leurs paroles au commandant anglais. Il parait même, au dire des indigènes, que pendant celte discussion, la reine répétait tout bas sur son banc : « Non , ce n'est pas moi, c'est Piritati qui a » chassé les Oroineduas français. »
Cependant le passage du navire de guerre anglais i'jjîi^ c^rî{*^| n'avait pas fait révoquer la défense rendue contre de ci!^unîquf les missionnaires de Gambier, de communiquer avec la terre. Le capitaine Williams, qui était Américain,
(f) Ce navire est probablement k Contray^ commande parle capitaine Drinkwater-Bëlhune.
avec la Irrre.
836 lilSQUISSE
se rendil auprès de son consul et le prévint qu'il avait deux passagers à bord. M. Moerenhout vint de suite les voir : il n y manqua pas un seul jour pendant tout le temps de leur séjour, et leur fut d'une grande utilité dans l'embarras où ils se trouvaient placés , car le capitaine et le consul avaient beau déclarer que MM. Caret et Maigret n'avaient pas l'intention de rester a terre » mais seulement d'y attendre un navire qui ferait voile pour Valparaiso, M. Pritchard n'ajoutait aucune foi à cette déclaration; il ia considérait comme un mensonge , de sorte qu'il fut inutile de songer à débarquer. « Mais^ disait le ca- » pitaine américain, que ferai-je de mes passagers ? » je ne puis aller à Valparaiso. Ma destination est » Boston; peut-être passerai-je par Manille. Voulez- » vous que ces messieurs me suivent? cela n'est pas t possible !» — « Qu'ils fassent comme ils voudront » répondit M. Pritchard; ils ne peuvent venir i » terre; » et pour le prouver, il lui remit une lettre à ce sujet , signée effectivement par la reine et les chefs (1).
viiiiedescheri M. Caret ajoute que la reine avait dit expressé- Garat et^Maigret. mcnt à M. Ringman , lieutenant du Colombo j qu'elle 2TjiiiTierissT. avait signé cette lettre sans la connaître et comme malgré lelle. 11 parait qu'à cette époque Âïmata avait déjà recours à cette excuse pour décliner la responsabilité des actes qui s'exécutaient en son nom.M.Caret
I ' (I) jinnalêê de la propagation ie la foi, n» de janvier 1838 ,
II page 232.
dil encore que les ehers Tali , Pafai el Paraïta, vinrent rendre visite aux missionnaires français le lendemain de leur arrivée. Ce fut alors que Tati afCrmay qu'au lieu de refuser de recevoir MM. Laval et Caret sur nie basse où il se trouvait lorsque le capitaine Hamillon s'y arrêta, il avait fait répondre qu'ils pouvaient débarquer. Pafai leur dit aussi : « J'ai jeté • sur Piritati tout le mal qu'on vous a fait, quand le 9 bâtiment de guerre anglais est venu ; le peuple » vousaime toujours et vous désire ; mais nous avons » peur. Qu'un bâtiment français vienne vous aroe- » ner , et nous serons hardis contre Piritati. i Ces dernières paroles expliquent peut-être, pourquoi la reine déclinait des lors lu responsabilité de l'ordre signé par elle et par les chefs, et comment il se faisait que ceux-ci venaient visiter amicalement , des hommes contre lesquels ils avaient porté une sentence de bannissement. Déjà l'appréhension que la France ne laisserait pas passer l'attentat commis sur des sujets français , sans en demander réparation , commen* çait à naître. Le gouvernement laîtien commençait peut-être aussi à comprendre l'étendue de la faute qu'il avait commise *, mais, dans ce cas , il resterait à expliquer comment il n'avait pas rétracté les ordres précédents qui émanaient de lui.
Quoi qu'il en soit, MM. Caret et Maigret ne purent M^Mt d* mi. descendre à terre pendant les cinq jours qu'ils res- p*^ vainraiM. terenl dans le port de Papeiti ; il ne leur fut même ••»▼'***•"• pas permis de faire une visite au consul américain. Leur position était critique; on ne voulait pas
leur permettre de séjourner à terre, el il n y avait poiat d'autre bâtiment dans le port à bord duquel ils pussent passer. Cependant, à la prière de M. Aloerenhouty le capitaine Williams consentit à se détourner de sa route pour toucher à Yalparaiso, moyennant la somme de 300 piastres ( environ 1600 fr. ) , prix stipulé pour les frais de passage. En même temps il fit un acte de proteslalion par-devant son consul, dans lequel il rendait le gouvernement de Taïti responsable de son voyage à Valparaiso. Ordre» L'ihtenlîon formellement exprimée par M. Caret,
do gouYernement & ir ■»
aacommîndaDt ^ans la lettre déjà citée, écrite à Valparaiso le de /a FAiii*. ^2 avril i837, de retourner à Taïli pour y renouveler une tentative d'établissement (1) n'eut pas de suite, et même qyelque temps après, ce missionnaire quitta le Chili |X)ur se rendre en France où la nouvelle des événements survenus à Taïti Tavait précédé. En effet, le gouvernement avait été saisi de la protestation de MM. Laval et Caret dès le commencement de Tannée 1837. Il avait reçu en même temps les rapports de M. Moerenhout relatifs à cette affaire, par l'intermédiaire de M. le consul général de France à Valparaiso , à qui ils avaient été adressés (2), et il jugea nécessaire d'exiger une
(1) Annales de lapropagation de la foi^ n« de Janv. 1838, p. 234.
(2) A Monsieur le consul général de France au Chili.
Taïli, 23 décembre i83e.
Monsieur , j'ai Thonneur de vous remettre inclue le duplicata de ma lettre du premier courant , par laquelle je tous donnais quel* qneB détails 'sur Tétat «t les persécutions qu'éprouTaient troif
prompte réparation des iofractioos commises contre le droit des gens, sur la personne de trois citoyens français. M. le vice-amiral Rosamel, ministre de la
Français arrivés depuis pea dans cette ile. Dans cette lettre , je disais qaej*ignoraifljusqa*où le missionnaire anglais aurait ponssë ses persécutions ; mais que je croyais, vu que les Français étalent dans une de mes maisons, qu^il n'aurait pas osé leur faire violence ; je m'étais trompé. Le 13 courant , ses satellites vinrent , au nom de la reine, pour les faire partir; et comme les deux prêtres qu'on avaient menacés de jeter sur une ile déserte, ne voulurent point ouvrir la porte, ils entrèrent par le toit et après cassèrent la serrure ; et traînant alors ces deux hommes sans défense au dehors, ils les emportèrent à plusieurs sur les épaules jusque devant la porte du missionnaire anglais Pritchard , et là ils les jetèrent dans une pirogue à moitié remplie d*eau , et on les conduisit à bord de la petite goélette, qui quitta le port peu de temps après. Cet acte cruel et sauvage , bien digne du chef de Vandales qui Ta fait exercer, est mieux détaillé dans ma lettre au gouvernement français , et que je remets ouverte, avec prière de vouloir bien fermer le paquet après son examen et de le faire parvenir le plutôt possible à son adresse. Le charpentier, un des trois Français, et à qui on avait également donné l'ordre de partir, ne se trouvant pas sur le lieu, a échappé : mais en prenant les effets des prêtres, on a enlevé une de ses malles ; et quoiqu'on ait dit qu'elle a été rapportée à terre, elle ne lui a pas encore été livrée. J'ai l'honneur, etc..
Signé : Hogrbpiboct, consul des États-Unis à Taïti. ti décembre.
Ma correspondance avec les États-Unis m'a pris tant de temps, que je n'ai pas pu finir ma lettre au gouvernement français. J'en suis fâché ; car cela vous aurait bien mis au courant de tout ce qui s'est passé ici. Je n'ai pas le temps d'entrer ici en d'antres détails. Seulement je prendrai la liberté d'observer que des Français , des prêtres, ayant été maltraités aux îles Sandwich, sans que la France y ait fait la moindre attention, on a cru qu'on pouvait en faire autant » et le traitement barbare qu'ont éprouvé ici les deux prêtres I et bien des injustices que plusieurs français ont
marine et des colonies, sur la communication des pièces qui lui fut faite par M. le comte Mole (i) , mi-
souffertes , sont la conséquence de ce qui sMtait passé aux îles • Sandwich, c^est-à-dire, Pimpunité de la barbarie commise snr des Français ; ce 'sera bien pire si cela se passe de même, et dans ce cas je ne considérerai ni la propriété ni la personne d'ancim Français sûre en ces îles. Les prêtres , monsieur le consul , étaient de la haute aristocratie , étaient toujours les égaux des chefs et dn roi ; de là Pautorité des missionnaires qui les ont remplacés , et ils croiront toujours que s'ils peurent maltraiter des prêtres d'une nation avec impunité, il ne leur sera certainement rien fait pour ce qu'ils pourront faire à d'autres personnes.
Signé: Mobrbnbout.
DuPetit-Thouars, Voyage autimr ûm monde delà frégate la Vénus , tome lY, pages 48 et 49.
(V) A Moniteur le ministre de la marine et des colonies.
Paris , le 3 mai 1837.
Monsieur l'amiral et cher collègue , j'ai l'honneur de tous don* ner communication de deux lettres écrites au chargé d'affaires du roi au Chili, par H. Hoerenhout , consul des États-Unis à l'île de Taïti ; ces lettres auxquelles est d'ailleurs annexée une protestation authentique , vous feront connaître, M. l'amiral , le traitement indigne qu'ont reçu dans cette île deux missionnaires et un charpentier mécanicien, tous trois Français, qui s'étaient embarqués a l'île Gambier sur une goélette taïtienne, et dont les deux premiers ont été contraints de'reprendre la mer sur une frêle embarcation. Bien que la reine Pomaro n'ait fait que céder aux instigations des missionnaires méthodistes , vous jugerez sans doute, M. l'amiral , que si de tels actes de yiolence commis sur des citoyens français demeuraient impunis, il n'y aurait plus de sûreté dans les domaines de la reine de Taîti pour ceux de nos navires qui y aborderaient en relÂche forcée ou volontaire, et que la prudence, autant que la dignité , indique la nécessité de confier à l'une des frégates en station dans la mer du Sud la mission spéciale d'exi- ^ ger du gouvernement taïtien une réparation éclatante, et de faire
k paraître aussi souvent que possible , devant cette île , des bâtiments
I de TÉUt. Affrées, etc. Signé: Molé.
HISTORIQUE. 84i
uistre des affaires étrangères donna des ordres en conséquence, à la date du 10 juin i837,au commandant de la frégale ta Vénus (1).
« La Franco, dit Tamiral du Pelil-Thouars, avait ^ G*i«f»
' ' de la rrince.
> à se plaindre de la conduite du gouvernement » dj T;iïti à Tégard de tous les Français, marins,
'{) A Muh.ùeur du Petit-Thouan , capitaine de vaisseau ^ corn mandant la frégate la Fénus , à ralparaiso.
Paris, le 10 juin 18S7.
< Monsieur, deux lettres écrites au chargé d^alTa ires de France au Chili par M. Moerenhout, consul des États-Unis à Hle de Tatti, font^connaître le traitement indigne qu^ont reru dans cette île deux missionnaires et un charpentier mécanicien, tous trois Français , qui s^y étaient rendus de l'île Gambier sur une goëlclte taïlienne.
» l\ paraît que lesactes do violence dont ils ont été Tobjet sont dui à rinfluence qu'exercent à Taïti les missionnaires anglais méthodistes établis dans Hle, et à leurs instigations. Us sont de telle nature , que s'ils demeuraient impunis, il n'y aurait plus de sûreté dans les domaines de la reine Pomaré pour ceux de nos naTires qui y aborderaient en relâche forcée ou volontaire.
• Les copies ci-jointes des lettres de M. Moerenhout et de la protestation authentique qui y était jointe, tous feront connaître les détails qu'il serait trop long de transcrire ici.
9 Sif comme je l'espère, cette dépêche vous parvient avant votre (Ji'part de Valparaiso pour l'archipel Dangereux, vous voudrez bien vous présenter à Taïti, pour exiger de la reine de cette île une complète réparation de l'insulte faite à la Fiance en la personne de trois de nos compatriotes.
» 11 conviendra que \oiis confériez d'abord en y arrivant avec M. Moerenhout, consul des Ktats-Lnis, qui vous mettra au courant de tous les fails dont vous aurez à demander réparation , et qui vous fournira aussi le moyen do déterminer le genre de satisfaction que vous pourrez exiger.
• Vous comprendrez, Monsieur, combien il importe en cette cirronst.ince défaire sentir à la reine aussi bien qu*aux habitants de
9 commerçants, industriels ou autres, qui avaient » passé ou séjourné dans les lies de la domina tioii » de la reine Pomaré, et tout récemment des ou- » trages inouïs venaient d'être commis au mépris
> du droit des gens sur les personnes de deux mis- » sionnaires français et d'un charpentier mécani- » cien, que leurs affaires avaient conduits à Taîti; » enfin la disposition malveillante du gouvernement » de ces iles à notre égard, était poussée à un tel point, » qu'un capitaine de barque sous pavillon taîl/en
> avait dernièrement , étant à Yalparaiso , refusé i d'accorder le passage aux lies Pomotou^ à un * marin français engagé dans la pêche des perles,
> sous le prétexte que lui-même ne serait peut-»étre » pas reçu à Taîti s'il donnait passage à un catbo« » lique (1), et que M. Pritchard, chef des mîssîon-
l^àïti y que la France est une nation grande et puissante qui a lef moyens et la rolonté de faire partout respecter ses citoyens.
» L'apparition seule de votre frégate devra contribuer à produire eette impression , qui sera confirmée plus tard par le passage de plusieurs autres bâtiments français à Taîti. 9 Recevez , monsieur, etc.
» Le vice-amiral, ministre de la marine, » Signé : Rosamel. >
(1) Ce fait se trouve mentionné dans Pextrait suivant d*an rapport adressé par le capitaine Mauruc au commandant de la f^énus,
c ... L^effet que produisit Parrivée de la Coquille et nous osons citer la nôtre à sa suite. comme bâtiment marchand, fut , ainsi que nous venons de le dire , tout à notre avantage ; mais nous avons été a même de nous convaincre combien il faudrait souvent répéter et diversifier ces apparitions , pour bien pénétrer ces peuples é% cû qu« nous leur avons dit , et détruire chez eux le méprit
» naires, Tobligerait à le ramener, ou tout au moins » le condamnerait à payer une amende. Un tel état » de choses était intolérable. C'était l'équivalent » d'une mise hors la loi , et aucun bâtiment fran- » çaîs en relâche forcée ou volontaire ne pouvait » désormais se regarder en sûreté en se préscn- » tant sur les rades de Taîti. Le gouvernement fran- »çais, prévenu à temps de toutes ces vexations » exercées au mépris du droit commun , avait donné » à /a Vénus j par des dépêches qui lui sont parvenues > à Valparaiso au retour du Kamtschatka au mois de yè mars 1838, la mission d y mettre ordre, et c'était » là l'objet principal de sa visite à Taîti. Elle devait,
qn^on leur a inspiré pour tout ce qui tient à la France , mépris dont on pourrait tirer une preuve dans ce qui est arrivé récemment à deux missionnaires français , cliasscs sans formes légales de cette île, et au refus qu^ont fait à Ganihlcr , vers la même époque, deux copitaines commandant chacun une petite goélette taïtienne , de transporter comme passairrr dans cette île un de pos matelots débarqué de gré à gré , ce dont nuus avons rendu témoignante; par la seule raison, ajoutôrent-ils , qu'ils se compromettraient vis-à-vis des missionnaires et s'exposeraient k ne pas être admis eux-mêmes.
» M. de Rouchouse, évéqne résidant à Gambier, nous a priés de prendre acte du fait et d>n faire le rapporta tous les agents du gouvernement français auprès desquels nous^pourrions avoir accès. Nous devons cependant à la vérité de dire que cette violation du droit des gens vient moins de la part du gouvernement ou des peuples, que de quelques individus isolés, réunis à une coterie qu'ils dirigent à leur volonté et au moyen de laquelle, et sous le voile des lois ou les ordres du pouvoir, ils se croient autorisés à tout oser.»
Du Petit-Thouars, Foyage autour du monde delà frégate la Fénuê , tome IV, page 43.
de^itiertUeTaïli.
844 KsyuissK
» en conséquence de ces ordres, exiger des répara- » lions convenables de la reine Pomaré , et daman- » der des dommages-intérêts pour MM. Laval et » Caret, si injustement maltraités let si outrageuse- » ment obligés de prendre passage pour retourner » aux lieux d'où ils venaient (1). »
sciMion Dans l'intervalle de temps qui s'était écoulé entre
le passage des missionnaires catholiques et Tarrivée de la frégate la Vénus, la population de Taïlî avait ressenti l'inquiétude qui accompagne l'attente du châtiment. Divers chefs avaient saisi cette occasion pour adopter une bannière nouvelle , et les passions s'étaient considérablement irritées. M. Moerenhout, en prenant la défense des missionnaires catholiques, avait eu, en sa qualité de consul américain, plus de facilité que tout autre d'assembler les documents relatifs à cette affaire , et de les faire prendre en considération. C'est à ses communications, non moins qu'aux plaintes de MM. Laval et Caret, que Ton doit attribuer en grande partie la rapidité des mouvements qui eurent lieu pour punir l'otîense faite à la France. M. Moerenhout était considéréà.Taïli comme le principal promoteur deces événements, et il se trouvaitpar le fait à la tête d'un parti qui, successivement parti politique, puis parti catholique, était devenu enfin un parti français. Une scission s'était opérée dans le gouvernement. Une grande dissension d'opinion ré-
(I) DuPetit-Thouars, Voyage autour du monde sur la frégate la Fénuê , tome II, page 383.
M. Mot'mihuul.
.BISTORIQLE. 845
gnait parmi les chefs, et les antagonistes politiques saisissaient toutes les occasions de s'accuser mutuellement.
Sur ces entrefaites, dans les premiers mois de d^i7il*!,X, Tannée 1838 , un attentat fut commis sur la personne "' '" "*''*"'• de M. Moerenhout par deux malfaiteurs qui avaient l'intention de le voler. Un de ces hommes au moins était étrangère Tlle, c'était un noir originaire des états ^ de l'Amérique méridionale (i), le second était d'après
certains rapports un indigène, tandis que d'après d'autres récils il passait pour être Anglais. Une iroi- I sième version le désignait d tort comme Français. Ces
i deux hommes s'étaient introduits pendant la nuit
I dans la maison du consul américain où ils furent
I découverts au moment où ils allaient accomplir le
^ vol qu'ils projetaient; ils blessèrent alors M. Moe-
renhout de plusieurs coups de hache et de couteau. ^ Madame Moerenhout, en entendant les cris de son
mari , accourut aussitôt et se précipita courageusement au devant des assassins qui la frappèrent sans pitié. Dans Tétat d'agitation où se trouvaient les esprits, cet événement déplorable fut attribué, par quelques-uns, aux inimitiés que la conduite de M. Moerenhout avait soulevées ; il fut surtout considéré comme le résultat des haines qu'il s'était attirées par le rôle qu il avait joué dans les affaires des
(1) Plusieurs officiers des correttes VAitrolahe et la Zélée y et entre autre» M. Jacquinot,chiriirpieti de la Zéiée^ le virent dans la rase où il ôtnit enchaîné.
29 août I8SS.
missionnaires catholiques. On acquit cependant bientôt la preuve irrécusable que ce crîme ne pro* \enait en aucune façon de cette cause , mais qu'il avait été uniquement le fait de la cupidité de deux misérables étrangers. Toutefois la première impression subsista longtemps et servit ^e base à des accusations terribles, mais sans fondement.
Arrivée delà Lc 29 août 1838, dès l'arrivée de ta Vénus à
irégale la Itfmif '
àPapeïu. Papeïti, le conire-amiral du Petit-Thouars, alors capitaine de vaisseau, descendit à terre pour rendre visite à M. Moerenhout, qu'il avait connu autrefois au Chili ; il le trouva à peine convalescent des blessures qu'il avait reçues dans l'horrible assassinat dont il vient d'être question, et reçut de sa bouche fa confirmation des détails que le gouvernement français avait reçus de l'avanie faiteà MM. Laval et Caret. Le lendemain, 30 août, M. du Petit-Thouars, pour se conformer aux ordres du ministre de la marine, écrivit à MM. les consuls de la Grande-Bretagne et des États-Unis d'Amérique , qu'ayant à demander des réparations à la reine Pomaré, pour les insultes faites à la France, dans la conduite tenue envers plusieurs Français , il les engageait à prendre les mesures de sûreté qu'ils jugeraient convenables pour eux ou pour leurs concitoyens, dans le cas où il se verrait forcé d'user de rigueur envers la reine et les États de sa dépendance. Il offrit en même temps à ces messieurs asile pour eux et pour leur famille , à bord de la frégate la Vénus. M. Moerenhout donna]|Sur-lc-champ un récépissé de cette dépêche;
TâîU.
mais M. Pritchard 8*excu8a d'en donoer us, sur oe qu'étant chez la reioe, il n'avait ni plusM ni encre; en effet M. Lapérouse, lieutenant de vaisseau , chargé de transmettre cette communication au consul anglais, ne Fa^rant pas trouvé chei lui, s'était rendu sur l'ilot Motou-Outa, où H. Prit* chard se trouvait alors auprès de la reine.
À 40 heures du même jour, M. du Petit-Thouars /'û^SSÏÎ^ 'fit remettre à la reine Pomaré par M. Normand, lieutenant de vaisseau, une notification delà mission dont il était chargé. M. Lapérouse et M. Pritchard se trouvaient chez la reine au moment où M. No»^ mand venait de lui remettre la lettre du commandant de la Yénuê^ qui était ainsi conçue :
AbonSdeUrrégêMlfl f^sM . ndtdePaptlU.leltMtt IIM, A !• heures du rnaUn.
• Madame, le roi des Français et son gonvememeot, jastemeDt irrités de Toatrage fait à la nation , par les mauvais et indignes traitements que Ton a fait subir à plusieurs de ses membres , qui se sont présentés sur le territoire de Taïti » et notamment en 1836, à MM. Laval et Caret, missionnaires apostoliques, m*oot envoyé pour réclamer et exiger au besoin la prompte réparation due à une puissante nation , qui a été insultée d'une manière grave et non provoquée.
» Le roi et son gouvernement exigent :
> r Que la reine de Taïti écrive au roi des Français pour s*excuser des violooccs et autres avanies commises sur des Français , dont la conduite honorable n'avait pas mérité le châtiment qui leur a été Infligé.
• La lettre de la reine sera écrite eo polynésien et en frauçato, et les deux textes seront signés par elle. Cette lettre i
envoyée oflBciellement au commandant de ia f^énus , dans les YÎngt-qaatrc heures qui suivront la présente notification.
» S*" Qu'une somme de 2.000 piastres forte.s d'Espagne soit versée, dans les vingt -quatre heures delà présente notification , dans la caisse de la frégate la Fénus, pour servir à indemniser MM. Laval e( Caret du dommage que la condaî(e tenue envers eux leur a occasionné. .
» 3* Que le pavillon français soit arboré le l**^ septembre, à midi, sur Tile Molou-Oulay et qu'il soit salué de vingt et un coups de canon par le fort de la Keine.
>» Je déclare à Votre Majesté , qu'à défaut de l'accomplissement de la satisfaction demandée , dans le temps prescrit , je me verrai , bien à regret , obligé de lui déclarer la guerre et de commencer les hostilités contre tous les États de .«a domination , et que ces hostilités seront continuées par tous les bâtiments de guerre qui vont successivement passer par ces Slcs , jusqu'à ce qu'enûn la France ait obtenu une réparation satisfaisante.
» Je suis , avec un profond respect ,
» De Votre Majesté , le très-humble serviteur ; » Le commandant de la frégate la f^ènus , ' » Signé : A. du Petit-Thodars. »
A défaut deraccomplissement de ces conditions, on déclara à la reine qu'elle serait en état d'hostilité avec la France et que les hostilités commenceraient à l'expiration des vingt-quatre heures. La reine fit remettre à M. du Petit-Thouars un accusé de réception de sa notification et de l'heure à laquelle elle avait été reçue. En même temps la frégate avait été mise en branle-bas de combat, ses embarcations s'étaient échelonnées devant le rivage et par le travers d'une petite goélette appartenant à la reine
HlSTORf(>(IE. 84tl
pour maintenir Tcmbargo sur tous les bâlimenLs <jui se irouvaient sur rade.
Dans la journée, un Français vint demander au 5f'"i"rfi^,rt commandant de la Vénus si M. Prilcliard ne cour- jç'iVreSie. rait aucun risque en venant à bord pour lui parler. 30 aodî issi.
M. du Petit-Thouars lui lit répondre que dans aucun cas personne ne pouvait se romproiuettre en , vouant à bord avec confiance; que sous quelque caractère qu*il se présentât, il serait toujours reçu avec les égards convenables , et surtout en sa qualité de consul de Sa Majesté Britannique, il pouvait être certain de trouver près de lui un accueil poli et conforme aux bienséances. M. Pritchard, sur celle assurance, se rendit à l>oi*d de ta Vénus et parla presque aussitôt de la sommation qui avait été adressée à la reine. M. du Petit-Thouars Tinlerrompit pour lui demander si c*élait en qualité de consul anglais qu'il Tentretenait de cette aflaire, en lui annonçant qu'à ce titre il ne pouvait Fentendre sur ce sujet. M. Pritchard déclara alors que c*était comme agent de la reine qu'il se présentait ; que la reine n'ayant personne qui pût communiquer directement avec le commandant français, à cause de la diiUcultédu langage, elle l'avait prié de venir en son nom. M. du Pelit-Tliouars écouta alors M. Pritchard qui lui proposa de se contenter d'un billet de la reine pour le payement do l'indemnité demandée, ce qu'il refusa positivement, cettepropositiouD'ayantaucune valeur. M. Pritchard oiTrii ensuite de garantir la signature de la reine, ce qui ne parut pas admissible puist|u'il
ftSO BSQUISSC
était lui'inënierauteur des vexatioDS donton poursuivait la réparation. M. du Petit-Thouars consentit seulement à prendre ce billet s'il était garanti par MM. les consuls delà Grande-Bretagne et des États- Unis, proposition qui n'eut pas de sqite; sans doute parce qu elle ne répondait pas au but qu'on s'ôtait proposé en la faisant. M. Pritchard quitta alors la frégate (1).
«îniMcîé ^ gouvernement de Taïti ne pouvait songer à op-
■*•' ïi ne'm ***"* poscr unc résistduce sérieuse. D'après quelques on ^"^drfaïu!"'^"^ dit , cependant, la population laissa voir, dans cette occasion^ des velléités guerrières» et parut disppsée à combattre malgré le terrible appareil des forces françaises, mais sans doute ce bruit n'avait aucun fondement. La plus dure des conditions dictées par M. du Pelit-Thouars au gouvernement dq Taîti , était sans contredit le payement delasomme de 2,000 piastres fortes d'Espagne. La reine ne la possédait pas ou ne voulait pas la payer. On rapporte qu'à ce sujet elle dit à M. Pritchard , principal auteur des désagréments qu'elle éprouvait : « Vous avez voulu l'expulsion de ces hommes, vous les avez fait partir, il est juste qi|e vous payiez. » Dans celte positiop difficile, ayant échoué dans la négociation tentée auprès de M. du Petit-Tbouars, M. Pritchard fut réduit de recourir à un emprunt pour compléter la somme demandée* Les autres missionnaires de l'Ile, se basant sur ce qu'on n'avait pas demandé leur avis
(1) Du Petit-Thouars , Voyagé autour du m(mde $ur la frégate la Fénus , tome H, page 389,
de la reine
et de itis onoM
d'or.
so août ilSt,
lors de l'expulsion des missionnaires catholiques, se montrèrent peu disposés à ouvrir leur bourse , o\k se trouvèrent dans Timpossibilité de le faire. Les circonstances devenaient de plus en plus critiques, lorsque deux industriels, qui avaient entrepris la culture de la canne à sucre sur Taîli, consentirent à avancer, à titre de prêt, une portion de la somme exigée; M. Bicknell fournit 500 piastres fortes; M. Vaughan en donna i,000, et M. Pritchard compléta les 500 piastres qui manquaient.
A cinq heures du soir, dans la même journée, dwiJure M. Pritchard se présenta de nouveau comme agent de la reine, à bord de la frégate la Vénus; il était accompagné cette fois par les missionnaires Barff et Rodgerson ; il remit au commandant de la Vi^/ii»une lettre d'excuse écrite par la reine au roi des Français, et 125 onces d'or, en indemnité du voyage obligé de MM. Laval et Caret. La lettre de la reine Pomaré était ainsi conçue :
TalU , le SI teftl tMl (ttyle Ultien), M Mût (•oItiiiI le ■«irty. « Au Roi; » Qae la paix soit avec vous : voici ce que je désire faire savoir à Votre Majesté. J'ai été en erreur en m'opposant à la résidence des deux citoyens français. Qae Votre Majesté ne soU pas trop fàcliée poor ce que j'ai fait à leur égard. Qae la paix soit rétablie. Je ne sais souveraine que d'an petit et insignifiant pays; que le savoir, la gloire et le pouvoir soient avec Votre Majesté. Que votre colère cesse, et pardonnezmoi l'erreur qae j'ai commise.
» Qae la paix soit avec Votre Majesté. » Ao roi des Français. Si§né t Pcxàst. »
il52 KSQUISSK .
Les 125 onces furent comptées dans la chambre du conseil de laVénuSj en présence de MM. Chîrondo Brossay, second de la frégate, et FîUîeux, commis d'administration , qui en fit rencaissemeol comme dépôt. M. du Poli l-Thouars en délivra un reçu. DfiDinde L'envoyé de la reine donna ensuite connaissance
Deceii««irc pour dc Tcmbarras OÙ elle se trouvait pour faire faire le
le Mittt. ^
salut du pavillon, n'ayant pas de poudre de guerre à sa disposition. M. du Petit-Thouars dit qu'il s'en trouvait à vendre sur la rade, à bord d'un navire de commerce américain, et qu'indépendamment de ce moyen auquel elle pouvait recourir, elle pouvait encore s'adresser pour cet objet, soit à M. le consul d'Angleterre, soit à celui des États-Unis; il ajouta que dans le cas où ces messieurs n'auraient point de poudre, il se ferait un plaisir de leur en donner pour leur faciliter les moyens d'être agréables à fa reine. Alors M. Pritchard, en qualité de consul de la Grande- Bretagne, fit la demande de la poudre nécessaire pour ce salut; M. du Petit-Thouars s'empressa d*y acquiescer et il fut convenu qu'on l'enverrait prendre le lendemain matin, le soleil étant sur le point de se coucher. Le salut devait avoir lieu le lendemain matin à huit heures, aussitôt que la Vénus aurait arboré son pavillon. M. du Petit-Thouars écrivit aussitôt à MM. les consuls pour leur annoncer la levée de l'embargo qu'il avait déclarée le jour même. I Sftiai du pavillon Eu cfTct, le lendemain 31 août, avant huit heures
I français. ' ' '
^dei^ôiS.*'' ^*" ^^l\n , un chef de Taïti vint au nom de la reine i 91 «oûî I8S». P'*'^*'' **• ^^^ Petit-Thouars de lui prêter un pavillon
insToiUQU£. 853
français; cecfui lui fut accordé. Il était interprété |>ar M. ^rilchard, envoyé par la reine pour ce service; il venait également en son nom, pour recevoir la poudie qui lui a\ait été promise et qu^il emporta en s'en allant. A huit heures fa Veiiusayanlarboréses couleurs, le fort de la Reine arbora aussitôt le pavillon fraiiruis qu'il salua imnicdiatcment de vingt et un coups de canon. Le même jour à dix heures M. Pritcliiird vint faire une visite ofQcielle au commandant de la Yénus , en qualité de consul de Sa Majesté Britannique. 11 ne portait qu'une veste d'uniforme semblable à celles dont les élèves do la marine anglaise fout usage. Cependant à son départ on le salua, en sa qualitédeconsuly de sept coups de canon, conformément aux ordonnances en vigueur. M. le consul des États- L'nis, qui vint également faire sa visite, reçut les mêmes honneurs.
Le 1*' septembre la bonne harmonie étant rétablie, et toutes les diilicultés étant aplanies, M. du Petit-Thouars, accon'.pagné de Tétat-major de la Yénusy alla faire une visite à la reine. A son arrivée, il fut reçu à la barrière extérieure de la maison par deux chefs qui paraissaient faire rodice de gardes du corps; ils étaient a moitié vêtus et armés de fusils rouilles. La reine, qui était assise par terre sur des nattes , se leva et vint à Tentrée de la salle, où, selon la coutume anglaise, elle offrit la main à ses visiteurs; les membres de la famille royale suivirent son exemple. L'état-major de la Vêpius prit ensuite place sur des chaises qui avaient été pré-
Vuii^
lie M. (la Peiit-
Thouan
a ïé reiM.
I" ïcpicaibrtt
parées à cet effet, et après avoir fait quelques compliments d'usage , M. du Petit-Thoudrs donna à la reine l'assurance des dispositions bienveillantes du roi des Français et de son gouvernement ; mais il s'appliqua particulièrement à lui faire bien comprendre qu'ils ne souffriraient jamais que les Français, que le hasard ou leurs affaires pourraient conduire à Taîti , fussent maltraités ou insultés dans leurs personnes ou atteints dans leurs propriétés^ tant que par une conduite honorable , conforme aux lois et aux droits des gens, ils ne se seraient point mis dans le cas d'être jugés. Ce discours fut interprété par le missionnaire Barff; ce missionnaire ne se trouvait pas le seul dans la salle; il y en avait deux ou trois autres avec lui. La reine pendant toute cette réception avait l'air gêné. Elle ne paraissait prendre que bien peu d'intérêt à ce qui se passait autour d'elle. Elle tenait son enfant, et n'était occupée qu'à lui donner. a teter. On aurait pu penser que cela ne la regardait pas; elle s'était pourtant mise en grand costume pour cette réception, elle était coiffée en cheveux, elle était revêtue d'une robe en soie de couleur cerise et sa toilette était plus complète que de coutume, car elle portait des bas et des souliers. Elle s'était assise sur une chaise ainsi que son mari j mais lés autres membres de sa famille et les chefs présents étaient restés couchés à terre (i).
( I) Du Petit-ThoBArs , Foyag9 auiowt du monde iur la fr égale to Vénuê , page 393.
eonitttfranftif.
iMpleinbreitM.
■ISTOhiQUB. 855
Deut jours après cette entrevue, le 3 septem- ^iadienc* bre 1838 , M. du Petit -Thouars écrivit à la reine *ïrrrî.'Siîî pour lui demander une nouvelle audience, afin de ^en'^iu'jîuld^ lui présenter M. Moerenhout comme consul de France, f II devenait, après les événements qui s'é-
> taient passés, dit M. du Petit-Thouars, indispen- » sable de Taccrédiler auprès de son gouvernement » pour assurer Texécution de la justice à Tégard « de nos compatriotes. Peut-être aussi, après la ten-
> talive d'assassinat commise sur sa personne par » des raisons d'intérêt, qu'on croyait générale- » ment plutôt politique que particulier (le coupable » connu n'ayant point été puni) , était-ce un devoir » sacré à remplir que de lui donner une protection 9 morale , qui pAt Tempêcher d'être la victime d'un » acte d'humanité Fort honorable pour lut et de l'en-
> trainement généreux qui l'avait porté à secourir » nos infortunés compatriotes (i). »
La reine répondit pour indiquer le jour où elle ii<^poom serait prête à recevoir M. du Petit -Thounrs; elle voulait gagner du temps afin de réunir les chefs et les missionnaires en conseil. Sa lettre était ainsi conçue :
««Cher ami, que la paix loit avec toi]; j*ai reçu la lettre que ta m'as écrite ; je sais ce qu'elle contient. Ceci est ma parole à toi . cher capitaine ; ne sois pas trop pressé pour avoir notre coorércoce. Ce sera demain à dix bearcs. J'ai dit.
• Signé : Pou are , reine de Talli. »
(1) DaPeiii-Tliouars, Foya§e miomr é» marnée ênr lmfré§aU la Fén^ , tome 11 , page )9€.
Aweinblée Le lendemain A septembre, M. du Petit-Thouars ,
des chef» , , , . «.
convoqués pour accompasne de M. Moerenhout , toujours souiTran t et leconsurfiauçaii. ^ peine en convalescence, se rendit à l'heure indî- 4 septembre 1830. ^^^^ ^^^^ j^ tcmpIc principal où la réunion devait avoir lieu ; il trouva la salle remplie par ja population de Papeïti , par les habitants des environs qu'on avait convoqués à celte occasion, et enfin par les principaux chefs qu'on avait pu faire venir des autres parties de Tile. Il pouvait y avoir trois ou quatre cents personnes, tant hommes que femmes ou en* fants. On remarquait parmi les chefs les plus nota- • blés, Pafaï,Tali et Itoti; on voyait aussi plusieurs
missionnaires qui étaient assis auprès de la reine. Après avoir salué la reine, M. du Petit-Thouars lui présenta M. Moerenhout comme consul de France. La reine ne répondit pas tout de suite: cepentlant après quelques instants qu'elle sembla prendre pour réfléchir, elle dit qu'elle aimerait mieux qu'une autre personne fût désignée. M. du Petit-Thouars lui répondit a que M*. iMoerenhout, honorablement » connu dans le monde et déjà accrédité auprès I» d'elle eu qualité de consul des États-Unis , avait » également l'estime du gouvernement français, » et que lui seul en effet à ïaïti pouvait être chargé f de remplir ces importantes fonctions. » Sur cette représentation la reine ainsi que tous les chefs de rile reconnurent alors M. Moerenhout en qualité de consul de France. Les missionnaires anglais paraissaient désirer que M. Moerenhout ne fût pas accrédité, à en juger par rexclaïuation qui échappa
a Tun d'eux ; il s'écria en anglais : « Enfin, mes- » sieurs, si le roi de France vent avoir un consul • ici, nous ne pouvons l'en empêcher (1). »
M. du Petit -Thouars proposa ensuite à la reine Po- ^«"^^Ji^J" mare, pour assurer à l'avenir les rapports interna- ■**' Thoïm^*^**" tionnaux et les relations de bonne amitié, défaire 4 septembre isss. une convention pour éiablir les bases de ces rapports et de ces relations , sauf la ratification du roi et de son gouvernement. La reine et les chefs agréèrent cette proposition , et cette convention fut ainsi rédigée :
Convention entre Sa Majesté Louis-Philippe I", roi des Français, représenté par M. Ahel du Petit- Thouars, officier de la Légion d'honneur, commandant de la frégate la Vénus , et S. M. Pomaré , reine de TaUi.
Les Français, quelle qae soit leur proression, pourront 3llcr et venir librement, s'établir et commercer dans loules les ilos qui composent le gouvernement de TaïU ; ils y seront reçus et protégés comme les étrangers les plus favorisés.
Les sujets de la reine de Taïti pourront également venir en France; ils y seront reçus et protégés comme les étranjçers les plus favorisés.
Fait et arrêté au palais de la reine de Taïti , à Papeïti , le 4 septembre 1838 (5 septembre 1838, style taitien).
Signé: Pomaré, reine de Taïti.
A. DO Petit-Thouars, capitaine de vaisseau.
Celte convention établissait le droit de séjoui* Rut de
, , ^ . , eellp coiiTentiott*
des sujets français dans les terres sounusos au gou-
(1 ) Du Petit- Thouars , Foyage autour du monde sur la frégate la yénnsy tome II, pape o09.
vernement de Taïti; ce résultat était le seul but de la négociation. M. du Petit-Thouars , au nom du gouvernement français , qui doit protection à tous ses sujets, sur les points les plus éloignés du monde, quand même ils sont missionnaires , stipulait par un acte authentique la reconnaissance d'un principe admis dans le code universel des nations, afin qu'à Tavenir le gouvernement taïtien , éclairé sur ses devoirs, ne se rendit plus coupable des violences qu'il avait naguère commises. Le silence gardé dans ce traité sur la question religieuse, prouvait en même temps que la France restait étrangère à cette lutte; et même on peut considérer ce silence comme un témoignage significatif de la pensée du gouvernement ou du négociateur, sur la tentative des missionnaires catholiques.
Béciamation Le lendemain de cette réunion, M. du Pelit-
du charpentier ,
hrémo^nL Thouars s'occupa d'une réclamation qui lui avait été adressée à son arrivée , par un charpentier français nommé Brémond , établi à Taïti depuis l'année i833. Cet homme , conduit parle hasard dans cette île , s'y était fixé et avait contracté une liaison avec une femme du pays avec laquelle il vécut en époux fidèle* Sa conduite était honorable autant que possible en pareille position; sa bonne conduite, de la capacité dans son état, le mirent promptement en renommée près de la reine et des missionnaires qui l'employèrent tour à tour. Brémond vivait heureux, aussi heureux du moins qu'un état voisin de la misère pouvait le permettre. Il occupait avec son mé-
des TaïUennet.
HISTORIQUE. 85a
nage une case appartenant à la reine où elle-même lui avait souvent fait visite. Cependant le nombre des enfants de Brémond s'augmentait; il en avait déjà deux, et sa femme était enceinte pour la troisième fois, lorsqu'il s'avisa de réclamer le payement des sommes qui lui étaient dues par la reine , sans quoi il menaçait de ne plus travailler à une goélette qu'il réparait. La reine non seulement refusa de reconnaître ses mémoires , mais elle ne tarda pas à laisser éclater sa vengeance.
Postérieurement à l'arrivée de Brémond à Taïti, contre iV^Lariâga à une époque où déjà la femme à laquelle il s'était ***• *aî"^"* allié était enceinte pour la première fois , une loi a\ait été rendue pour défendre le mariage des étrangers avec des femmes du pays. Cette loi , dont la rédaction était attribuée aux missionnaires , avait pour but , disait-on , d'éloigner les étrangers de Taïti , afin de ne pcrmeltrc l'établissement dans cette île que des personnes dont la Société des missionnaires voulait bien approuver l'admission. Elle fut promulguée le l^'^ mars 1835 dans ces termes :
Deuxiètiw Loi touchant les étrangers.
Qu'aucun étranger, sous aucun prétexte, ne se marie à Taiti : nous le défendons également pour Taïti et Morca ( Eiméo ).
Par exemple, si une fille, dont le père est étranger et la mère taïtienne, désire se marier avec un étranger qui la demande, elle ne peut être mariée
à Taîti ; mais elle peut aller dans le pays de son père , s'y marier et y rester.
Si un Taïtien'veut se marier avec la même fille, et qu'elle y consente, elle peut être mariée à Taîti.
Poureuiiei Déjà Brémond avait demandé à se marier dès la
exercées conire **
en ▼mîdS'ciiie P'*^™'^''^ grosscsscdc sa femme; mais on lui avait re- '®^' fusé cette autorisation ; il fut ioème condamné à une
amende de 5 piastres, et la fille à une amende de 10 brasses d'étoffe, car leur liaison fut considérée comme une infraction à la loi sur les bonnes mœurs. Lorsque ce charpentier demanda positivement à être payé de la reine, la loi qui ne permet pas aux étrangers de se marier était promulgée; on en profita pour obliger la femme de Brémond (enceinte pour la troisième fois) à retourner chez ses parents avec ses enfants, et on lui défenditexpressément de revoir leur père. A quelque temps de In , Brémond étant à travailler dans un chantier, apprit que sa femme venait d'accoucher. Il quitta aussitôt son ouvrage et alla voir son enfant nouveau-né. Cette démarche, dont le but ne pouvait que faire honneur aux sentiments de Brémond , fut considérée comme une infraction aux lois existantes, et fut déférée aux tribunaux. Les juges l'assimilèrent à un acte de prostitution et prononcèrent leur sentence en conséquence. Depuis ce temps Brémond n'avait pas cessé d'être inquiété : quatre fois il fut condamné à une amende de cinq piastres pour avoir été voir son enfant et sa mère. Si on en croit l'allirmation de ce charpentier ^ on aurait ac-*
HISTOniQUE. 861
cordé à cette femme la permission de revenir auprès de lui dès qu'il eut consenti de nouveau à travailler pour la reine ; et le but de sa réclamation auprès du commandant de la Vénus était de solliciter son intervention pour que le gouvernement taïtien lui permit de légitimer ses enfants par le mariage. ^"ifflJSJiM"
En présence du texte positif delà loi, M. du Petit- "*• tîiduIÎm*"*^ Thouars ne pouvait s'occuper du mariage de Bré- de Brémo"nd. mond que d'une manière officieuse. La reine, après & MpKmbn isss. avoir écouté sa requête, la déféra aux missionnaires et à l'assemblée des chefs. M. Prilchard prit la parole dans cette séance. Il s'exprima en taïtien : c Ce qui, » dit Tamiral du Petit-Thouars, m'empèclia dccom- » prendrcce qu'il disait. J'aime a croire, pour l'hon- » neur de la morale qu'il enseigne , qull parla dans le » sens dont il m'avait entretenu et qu'il fut favorable > au mariage de Brémond. » Cependant les orateurs qui demandèrent la parole après lui , et qui passaient pour être au nombre de ses amis , firent clairement comprendre par leur ton et par leurs gestes qu'ils étaient opposés à ce mariage ; de sorte que la déci* sien de l'assemblée fut pour la négative. M. du Petit- Thouars se borna alors à recommander de qouveau à la bienveillance de la reine le mariage de Brémond, comme un acte utile à la morale publique et nécessaire à la légitimation de ses enfants. « Mais, ajoute- » t-il, je prêchais évidemment dans le désert : je ne » pouvais être compris, et d'ailleurs le refus de la » reine lui était dicté d^avance. Cette recommanda- » tion, après laquelle je me retirai, donna lieu à une
7 Mptembre 1S38.
» lettre écrite par la reine Pomaré au roi des Franf çais; elle me fut remise deux jours après cette réu- » nion; il me semble utile de la publier , elle fera » mieux connaître l'état moral de cette population » et Tesprit qui la dirige (1). »
T^ïU, le 8 septembre 1838 (style taïtien). lettre de Pomaré
dcsYraïTcais " ^^^^ •"** ^^^' 9^® ^* P®*^ ^*^ •^^ Votfc Majesté, de par
de^Brémomi ' Jél^^^^l* ^^ ^^^ ï® Mcssie , le prince de la paix,
» Ceci est ce que je Tondrais vous dire , à vous le roi des Français j que Y. M. ne soit point fâchée de ce que je vais TOUS dire.
> C'est sur le mariage d'une femme deTaîti avec un honune qui appartient à la France. Il ne m'est point agréable qu'ils se marient, parce nous ayons une loi qui défend le mariage avec les étrangers; mais cette loi n'a pas rapport aux Français seulement, mais bien à tous les étrangers de tous pays r ils ne peuvent se marier avec les femmes de Taïti , parce que nous respectons nos lois, et que nous ne voulons pas les enfreindre.
j> La le t tre de l'homme en question est maintcDan t en route : ses pensées sont adressées à Y. M. ; mais qu'cUe ne soit point trompée par ce qu'il peut dire : Ceci est la raison pour laquelle il ne peut être marié.
» S'il disait : Lorsque je travaille pour Pomaré , on me donne la fille que j'aime, et, lorsque je ne le fais pas ^ on me l'enlève j ceci n'est pas la vérité. La vérité est que la loi le défend : ce n'est point parce qu'il ne travaille point pour moi que je m'y oppose, mais par égard pour la loi,
» Brémond est un homme entêté qui manque à la loi.
(1) Du Petît-Thouars, Voyage autour du monde sur îa frégate kL Vénus, tome U, pages 403, 404 et 405.
(2) Traduction de la copie en anglais de la lettre de la reine Pomaré au roi des Français.
» Les liqueon forteêsom défendues par les loisàTaïti ; mais il ne s'ioqaiéte pas do la loi ; il a acheté des lîqueQrs fortes ; il a été jugé et oondamaé. Ceci eal une partie de la loi : il doU partir ei retourner m France.
9 Depuis , il a encore acheté des liqueurs fortes ; il ne veut pas se conformer aux lois ; il a été aussi persévérant pour son mariage : il sayait qu'une loi le défendait , mais il ne s'en occupait pas; il sarait aussi qn'ane loi défendait les liqueurs fortes , et c'était de même. *
• Puisse-t-il élre agréable à Y. M. d'envoyer prendre cet homme pour qu1l aille en France « là il pourra épouser ane femme, et ce sera bien.
» Que la paix soit avec Votre Majesté.
9 Signé : Pomaré« »
Los assemblées des chefs auxquelles le comnian- , 5p»«»«"
' ^ d^ M. du Petit-
dant de la Vénus assista fut loin de produire sur lui le leî^^îsimbree» tnômc cflct que sur quelques navigateurs, dont nous avons fait connaître les impressions. Il remarqua , dans la réunion du 4 septembre , que l'assemblée n'observait aucun ordre ni aucune étiquette. Sa tenue était en général peu décente ; la plupart des hommes conservaient leurs chapeaux sur la tète, cl leurs costumes n'étaient pas moins curieux par leurs variétés originales et incomplètes que par leurs formes baroques. Quelques indigènes n'avaient pour tout vêlement qu'un pantalon ; d'autres qu'une chemise. Plusieurs portaient un maro et un gilet et étaient d'ailleurs nus. Les femmes avaient toutes des robes ou tout au moins des chemises; un grand nombre portaient un grand chapeau de paille; mais sans exception^ elles étaient nu^jumbes, et la plu-
dei cbefii.
part étaient nu-pieds. M. du Petit-Tbouars ne partagea pas non plus l'admiration du capitaine Fitz- Roy à regard de Tintelligence et de l'éloquence des chefs; au contraire, d'après l'interprétation qui lui avait été donnée de leurs discours, il ne les trouva point basés sur une morale bien saine et bien scrupuleuse. L'incohérence de leur argumentation à ce sujet ne le surprit pas moins que l'état dégradé de cette société.
Opinion L'opinion de l'amiral du Petit-Thouars n'est pas
de M. du Peut. *; . . . ^.
Thouarssur nou plus lavorablc aux missionnaires anglais, quoi-
les missionnaires ^ * . .
anglais. qu'il ^[i j'avis quc leur action avait été utile pour faire abandonner aux indigènes les abominables sacrifices humains qui , quoique beaucoup plus rares , étaient encore en usage avant leur arrivée. Il ne pouvait cependant s'empêcher de plaindre la jeune reine Pomaré, en songeant qu'en réalité, sans amis, sans conseil, elle était abandonnée aux volontés d'une société ambitieuse et exigeante, qui lui dictait ses ordres sans ménagement pour son amourpropre et qui exploitait par les menaces , et pour son compte toutes les îles de sa domination , tant celles qu'on a bien voulu lui laisser, que celles dont, sous un prétexte spécieux, on lui avait enlevé la souveraineté, telles que les Iles basses de l'archipel Pomotou, celles d'Ouahine, de Raïatea de Bora- Bora, etc.
État politique D'après le dire d'un missionnaire établi à Taïti ,
de l'Archipel. __ - ^ • rwn
- M. du Petil-Thouars rapporte que, tout en conser-
vant un droit de suzeraineté sur l'archipel Taïti , la
reine ne possédait plus à titre de souveraine que rtie Taîti et i*tle Eiméo, qui en est une dépendance immédiate. Les réclamations du gouvernement anglais auprès du gouvernement de Taîti, au sujet du pillagedubrick le Dragon, paraissaientavoir provoqué la déchéance de son pouvoir sur les tiesde rarchipel Pomotou. Devant les réclamations des commandants des bâtiments de guerre anglais, la reine représenta Tabsolue impossibilité où elle se trouvait de connaître les coupables , Timpuissance où elle était d'en faire justice, et, de plus encore, Tinsuflisanco de ses moyens pour payer la somme qui lui était demandée. On saisit alors avec empressement cette occasion pour déclarer que tout pouvoir ne pouvant exister que par la faculté de se faire obéir, à défaut de l'obtention de ces demandes, on cesserait de la regarder comme la reine de cet archipel, et qu'on se réservait à l'avenir le droit d'agir directement sur ces lies. C'est ainsi que fut prononcée la déchéance de la reinePomaré sur les Iles Pomotou (1). Toutefois M. du Petit-Thouarsaété induit en erreur par les personnes qui faisaient remonter à la même époquela séparation des Iles du groupe nord-ouest du gouvernement de Taîti. Cette séparation avait eu lieu antérieurement, comme on a pu le voir; mais jamais peut-être elle n'avait été aussi ostensible ; presque toutes les Iles de rArcliii^el avaient secoué la prépondérance de Taîti ;
n) Do Pcdt-Thoaan , Foyage autour du monde $ur la frégate la fenuê , tome 11 , page 394.
Règlements de porL
et depuis la mort de Tamatoa, semblaient ne plus subir aucune influence étrangère. La narration du voyage de la frégate la Vénus fait aussi remarquer que le texte de la loi du i*' mars 1855 , contre le mariage des étrangers , n'était applicable que sur les seules lies de Taîti et d'Eiméo. il en était de même pour les règlements de port publiés par la reine, et qui n'avaient également d'application que dans ces deux lies.
Les règlements de port dont il est question ici , dataient fort probablement du passage du capitaine Drinkwater-Bethune (1) , commandant le navire de S. M. B. le Contvay qui paraissait avoir eu y dans les années 1837 et 1838 , la mission d'établir dans tous les archipels de l'Océanie soumis à l'influence des missionnaires anglais, des règles qui accordaient aux chefs indigènes la faculté de percevoir des droits d'ancrage, et qui en même temps leur conféraient la liberté d'employer la force pour réprimer la désertion des marins étrangers. Évidemment ces conventions étaient inspirées par les missionnaires anglais, qui voulaient, non-seulement obtenir par ce moyen une approbation complète des actes répressifs provoqués par eux contre les résidents étrangers^ mais encore se créer un moyen efDcace d'éloigner
(1) On remarque cependant , dans le récit des transactions da capitaine Fitz-Roy avec le gouvernement de Taïti, la mention d*un droit de port dès Tannée 1835 (V. à la page 703). Peut-être /« Conway était-il venu simplement pour régulariser cet acte et lui donner force de loi.
les déserteurs des navires et les malfaiteurs de TAustralicy dont ils redoutaient la présence. En effet, le but apparent de ces règlements de port, était d'empêcher la désertion des convicts et d'arrêter la perpétration de leurs complots ; mais en même temps ils avaieat non -seulement le tort de corroborer les mesures illégales adoptées par le gouvernement Taîtien , mais encore ils autorisaient les chefs des autres archipels à imiter cet exemple, et consacraient par un ar* ticle spécial , qu'une amende de cinq dollars pourrait être commuée en un mois de travaux forcés. On ne peut que s'étonner de voir une puissance comme l'Angleterre accepter de pareilles conditions. Sans doute la répression des méfaits des convicts dans rOcéanie est une œuvre louable et dans l'intérêt de tout le monde, mais on ne peut concevoir que pour atteindre ce hut , on ait adopté de semblables mesures, et on est conduit a supposer d'autres motifs à cette démarche du capitaine anglais. On doit aussi remarquer que dans cette convention qui n aurait dû affecter que les sujets de la nation qui l'avait contractée, on n'avait spécifié en aucune façon qu'elle n'était iaipplicable qu'aux An* glais; de telle^rte , qu'elle semblait imposée à tous les pavillons (i). C'est ainsi que ces règlements de port sont devenus sur le champ obligatoires pour les
(1) La rédaction de ces actes est vraiment singulière, et on ne sali si on doit s^étonner le plus, de voir une nation civilisée accepter pour ses marins de telles pénalités inllij^ées par des chefs sauvages, ou de la naïveté , pour ne pas dire plus , avec laquelle le navigateur
bâtiments de toutes les nations , quoiqu'ils ne dussent avoir de valeur réelle que pour celle qui les avait stipulés.
anglaÎB semblait s^arroger des droits sur la navigation dans œa mers , et imposer presque des règles à tontes les nations. Nous ne possédons pas le texte des règlements de port de Taîti, mais dans le conrs du Tojage des correttes lAstrolaJbe et la Zélée , nous ayons pu recueillir la copie d^on règlement analogue établi par le même capitaine an port d'Apia dans Parchipel Samoa ou des Navigateurs- Ce document ne doit contenir , fort probablement , aucune différence essentielle arec ceux qui ont été institués dans les différents archipels de TOcéanie , à Tëpoque du passage du Contcay. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à le reproduire ici. On a déjàpa le voir dans les notes du Foyage au pôle «tid et àOfM V Océanien k la page 336 du quatrième volume.
Règlement de port pour les Hes Samoa,
Akt. 1*'. Chaque vaisseau qui mouillera payera un droit de cinq dollars , pour qu'il lui soit permis de faire de l'eau et d'acheter des rafraîchissements.
2. Aucun travail ne sera fait a terre , ni aucun naturel ne sera employé à bord le dimanche, sous peine de 10 dollars d'amende.
3. Toute vente de liqueur spiritueuse est défendue sous peine de 25 dollars d'amende , et le navire qui aura fait la dite vente ne recevra plus de rafraîchissements.
4. Toute personne qui s'absentera de son navire sera arrêtée , ramenée à bord et payera une amende de 5 dollars dont 2 pour les chefs et 3 pour les personnes qui l'arrêteront. Aucun capitaine ne pourra refuser de prendre à son bord un désertem* quelconque, sous peine de 25 dollars ; les déserteurs pris* &près le départ de leur navire payeront 30 dollars.
5. Personne ne pourra débarquer ou quitter son navire sans l'autorisation du gouvernement de l'île ; les capitaines contrevenants payeront une amende de 25 dollars.
6. Aucun capitaine ne pourra débarquer ses passagers sans Tautorisatiou du gouvernement , sous peine de 25 dollars.
7. Si une personne malade restait à terre pour rétablir sa santé,
^ A Topposé des capitaines anglais qui à la suite de ^ f^J^^i^^
leurs relations avec eux, avaient accru l'importance éuluiHi. lies chefs de rUe de Taiii, M. du Petit-Thouars g^pteilibreiisi.
lecapitdne déposera une lomine nitoniuble pour ion entretien
pendant le temps probable de son séjour à terre. 8. Tout marin devra être rendu à son bord à 9 heures du soir ; , il y couchera sons peine de 5 dollars.
, 9. Les amendes ci-dessus seront payées en espèces on en éqni*
Talents , an choix du gouvernement.
1 0. Les amendes pourront cire commuées par le gouvernement en um mois de travaux forcés pour S dollars,
1 1 . Tout capitaine qui refusera de se soumettre à ces lois sera provisoirement privé de tout rafraîchtasement , prooès-verbal de son refus avec une copie de ce règlement seront envoyés aux autorités compétentes du pays auquel il appartient, pour en obtenir réparation.
12. Le prix a payer à un pilote pour conduire un navire an mouillage est de 3 dollars et demi ; la même somme sera payée pour le conduire hors du mouillage.
13. Tous chefs de district ou de village où des navires pourront mouiller et où des embarcations pourront communiquer, veilleront à l'exécution des lois relatives au débarquement des étrangers. A défaut ils payeront une amende qui sera déterminée par le malo ( gouvernement ou assemblée des chefs ).
1 4. Pour assurer rexécntion de ces lois , les chefs et les tulafali ( chefs en sous-ordre ) des différents districts , se réuniront et désigneront Tun d*eux pour agir en qualité de magistrat (oie aiii faa maasino ).
Le règlement qui précède m'a été soumis dans pne assemblée des principaux chefs tenue à Apia, île Opoulou, le 5 janvier 1 838. Je le considère comme étant convenable , et j*en transmettrai une copie aux an tontes compétentes.
Donné de ma main à bord du vaissau de S. M. B. /e Contcay,
Rade d'Apia vile Opoulou , ircbipf I des Navigalcurs), le « janvier isis.
Ch.-L. DtlTIKWATER BCTRVMK.
870 flSQUlSSE
n'eut de rapports directs qu'avec la reine. De sorte que les actes qui signalèrent son séjour à Taîli ne purent donner aucun encouragement aux partis qui divisaient le gouvernement Taïtien. La population resta en apparence indifférente aux événements qui se passaient sous ses yeux. La tranquillité la plus grande ne cessa de régner dans Tlle qui se trouvait d'ailleurs hors d'état d'opposer une résistance sérieuse^ et toutes les difficultées étaient aplanies, lorsque les corvettes VAsirolcAe et la Zélée apparurent dans la rade de Matavai^ où elles mouillèrent dans la matinée du 0 septembre 1838.
Motifs de l'arrivée II u'cutrait pas daus le plan de cette expédition de
de Duraoni- , , ^ - . . , .- i
TtTïu^ loucher a Taiti, mais , en apprenant à Mangareva les violences qui avaient été commises sur MM« Laval et Caret, Dumont-d'Urville s'était décidé à passer à Taïti au retour de Texploration de l'archipel Nouka-Hiva, dans l'intention de procéder à une enquête exacte sur les faits portés à sa connaissance» et de menacer la reine Pomaré de la vengeance des Français , afin d'éviter les fâcheuses conséquences d'une impunité qui aurait pu devenir funeste (i)' Dumont-d'Urville ignorait encore l'arrivée de la frégate la Vénus y lorsque M. Rodgerson, missionnaire établi au village voisin de Papaoa, vint lui rendre vi* site aussitôt après le mouillage de (Astrolabe. Entrant sur-le-champ en matière , le commandant de Texpé-
(1) Dumont-d'Urville , Foya^e au pôle iud et dans rOcéanie, tome ni , page 209.
dition au pôle Sud et dans l'Océanie s'exprima avec vivacité et amertume sur les mauvais traitements que des citoyens français avaient subis à Taîti ; il déclara qu*il s*était dérangé tout exprès de sa route pour venir recueillir des renseignements certains sur ces événements, et que sa conduite dépendrait de ce qu'il allait apprendre. M. Rodgerson lui répondit qu il était peu équitable de rendre toute une société responsable des fautes d*un seul homme, et lui apprit en même temps l'arrivée et les actes de M. du Petit- Thouars.
Dumont-d'Urville éprouva une vive satisfaction wmoniimioB
* publique
d'apprendre ces nouvelles, qui l'exemptaient de \cn?iî!!'' l'obligation de prendre une attitude hostile avec deux faibles navires destinés à une mission pacifique. Toutefois lorsqu'on lui rapporta que sa présence à Taîti où son nom était connu depuis longues annét^s, avait fait naître le bruit qu'il pourrait improuver la conduite de M. du Petit-Thouars, moins ancien que lui en grade» et qu'il était même question de lui adresser une plainte contre le commandant de la Vcmis , il jugea nécessaire de faire une démonstration publique, pour en finir avec ces propos et pour ne laisser de doute à personne à cet égard ; il se rendit, dans ce but, le 10 septembre, à Papeiti, où il avait l'intention de rendre visite à la reine. Sur la route, son embarcation croisa une baleinière qui portait M. Pritchard. Le consul anglais se dirigeait sur Matavai, où il se rendait probablement , avec
Visite
de Dumont-
d'Urvîile
à la reine.
10 septembre
' Discours
de Duinont-
dUrville.
le projet de récriminer contre les procédés du commandant de la Vénus.
A Papeïti , Dumont-d'Urville attendit chez M. Moerenhout le retour d'un messager envoyé pour demander si la reine était chez elle et si elle voulait recevoir la visite des deux commandants français. Sur la réponse affirmative apportée par ce messager , il se mit en route accompagné de M. du Petit-Thouars et du consul français. Depuis les derniers événements^ la reine avait quitté sa jolie demeure de Tété sur l'îlot de Motou-Outa, pour venir demeurer dans une misérable habitation à peu de distance du rivage. Dumont-d'Urville trouva la reine Pomaré entourée de plusieurs membres de sa famille , parmi lesquels on remarquait son mari Pomaré Tané et sa tante Teremoî-moï. Elle était assise sur une espèce de tapis ; elle était vêtue d'une robe blanche et tenait dans ses bras son premier-né, jeune enfant âgé à peine de quelques mois. Auprès d'elle se trouvait un orateur, personnage grave et de bonne miaej chargé de porter la parole en son nom.
Après avoir salué la reine et l'avoir considérée un instant en silence, d'un air un peu sévère, Dumontd'Urville lui adressa la parole à peu près en ces termes : « J'ai appris a Mangareva les mauvais traite- » ments qui ont été infligés aux missionnaires » français par ordre de la reine de Taïti ; j'ai cru de- » voir me déranger de ma route pour venir demander » l'explication d'une conduite si blâmable , et en » obtenir satisfaction, s'il y avait lieu* J'en ai été
» d'autant plus surpris, que j'avais vu la jeune Aï- » mata quinze ans auparavant , et que nous autres » Français, nous Tavons toujours bien traitée, ainsi » que toute sa faniflle. Je sais que cette malheu- » rcusc affaire a été entièrement arrangée parle com- » mandant de la Vénus. Il est dès lors inutile d'y » revenir, mais j'espère que dorénavant la reine » tiendra ses promesses et s'abstiendra de tout mau- » vais traitement envers les Français. »
Un moment de silence suivit ce discours. L'orateur de la reine prit ensuite la parole et dit, on s'adressant au commandant français : que Poinaré se rappelait bien de l'avoir vu lorsqu'il passa à Taiti ; qu'elle n'avait jamais eu à se plaindre des Français qui avaient toujours été ses amis, mais que lorsque les missionnaires français étaient venus à Taïti , la présence de quelques rebelles , qui , déjà , avaient voulu changer la religion du pays, et y avaient semé des troubles, avait exigé que l'on prit des mesures pour les éloigner. Dumont-d'Urville répliqua K (]nela reine était libre dans ses états, et que per- » sonne au monde, pas même le roi des Français , * ne pouvait lui demander de changer de religion. » Aussi aurait-elle eu raison, siellcse fut contentée de » défendre aux missionnaires français tout signe pu- » blic de leur culte: . mais les traitements cruels in- » llîgés à deux Français étaient tels , qu'on ne pou- » vait se dispenser d'en demander raison. » Il ajouta (|ue la reine Pomaré Vahîno devait s'<.siimer lièslioureuse de se tirer ù si bon marché de la position
Discours de l'orateur de la reine.
Réponse de Duinontd'Unrillo.
fâcheuse qu'elle s'était failevîs-à-vîs de la France (1); qu'il espérait que la paix était cimentée pour toujours entre la France et Taïti, mai» qu'au besoin, des vaisseaux de la station d'Amérique seraient toujours prêts à tirer vengeance de nouvelles infractions au droit des gens (2). Ces paroles, un peu sévères^ furent rendues fidèlement par M. Henry y fils du missionnaire de ce nom 9 qui remplissait les fonctions d'interprète ; car on s'aperçut que Pomaré était visiblement aifectée, et que des larmes commençaient à s'échapper de ses yeux, qui se dirigeaient vers les officiers français avec une expression de colère assez évidente.
Opinion Initié plus que tout autre à la connaissance du ca-
de Dumonl- ■• *
d'Urviiie. ractèrc des insulaires de l'Océanie, Dumont-d'Urville avait employé à dessein un langage sévère , afin de produire une impression durable sur l'esprit léger et les dispositions, mobiles de la reine. Cepepdant» dès lors, il jugeait que cette leçon n'était pas une garantie suffisante pour l'avenir : on en trouve la preuve dans un paragraphe du rapport qu'il adressa au ministre de la marine , à la date du 15 septembre 1838^ sur les opérations de son séjour à Taiti. « Cette » femme, disait-il, a paru comprendre la leçon » qu'elle a reçue, mais elle est entièrement sous le » joug des missionnaires anglais ^ et surtout de
(1) Dumont-d^Ur ville , Foyage au pôle Sud et dans rOeéanie, tome rV, pages 68 et 69.
(2) Diunont-d^UrvilIe , Rapport au ministre de la marine à la date du 15 septembre 1838.
» M. Pritchard , qui , par une singulière inadver^ >» tance du cabinet de Londres, cumule aujourd'hui » les triples fonctions de missionnaire, de consul f anglais et de premier trafiquant de File , malgré
> leur incompatibilité morale. Il est à craindre que » Pomaré Vahiné, entièrement livrée aux sugges- » tiens de cet homme , n'oublie un jour l'impression » salutaire produite par la visite de la Vénus, et » qu'a une certaine époque elle ne soit tentée de » recommencer; pour éviter cet inconvénient et
> entretenir avec succès la mémoire du pavillon » français, je pense qu'il est de la plus haute im- » portance qu'un de nos navires de guerre de la » station d'Amérique , soit une corvette , soit un » brick, au moins , puisse visiter chaque année les » archipels Taîti , Mangareva , Tonga , Nouka-IIiva » et Haouaî. Ce serait une course de six mois infini- » ment plus utile que les stations prolongées dans » les intermedios. Alors la puissance de la nation » française pour les peuples polynésiens , cesserait » pour toujours d'être un sujet de doute et souvent f de mépris, par une suite naturelle des insinua- » tiens mensongères et calomnieuses dont ils sont
> habituellement obsédés. »
Au moment de quitter la reine, Dumont-Kl'Ur- Refus de lareint ville aperçut un amas de fruits avec quelques co- i« 'j^Kaie chons et quelques poules étendus dans la cour; un chef vint en même temps l'avertir que la reine avait donné l'ordre de lui ofi*! ir ces objets en présont, mais M. du Petit- Thouars lui ayant ap-
pris qu'il avait refusé de semblables cadeaux parce que la reine s'obslinait à ne pas vouloir aller le visiter à bord de sa frégate, d'Ur ville fit dire à la reine qu'il accepterait volontiers ces présents, à la condition qu'elle viendrait faire une visite à. bord de la Vénus; mais que jusque-là il ne la croirait qu'imparfaitement réconciliée avec les Français. Pomaré fit répondre aussitôt , qu'elle était désormais l'amie des Français; mais qu'elle ne pouvait aller visiter la^ frégate française, parce qu'elle allaitait un petit enfant qui réclamait tout son temps et tous ses soins : c'était là évidemment une défaite. Mais ne voulant pas tourmenter plus longtemps cette pauvre femme, il fit semblant de s'en contenter et se retira définitivement.
Entreroe En sortaut de chez Pomaré Yahine, Dumont-
durv^iiieei d'UrvilIc sc fît couduire, par M. Moerenhout, à la
de M. Priichard.
demeure de M. Pritchard. A son approche, le consul anglais , homme de quarante-cinq ans environ , de constitution maigre et bilieuse, dont l'extérieur portait l'empreinte de l'orgueil , et cet air de dignité froide si naturel aux Anglais, sortit pour le recevoir avec toutes les marques de la civilité : aussitôt après avoir dépassé le seuil de la porte, Dumontd'Urville s'arrêta pour lui dire : • M. Pritchard, je » viens rendre visite au représentant d'une grande » nation , longtemps l'émule et l'ennemie d'une » autre grande nation , mais aujourd'hui son amie » et son alliée. J'aurais été heureux d'avoir à vous
» fairo cette politesse au seul titre de missionnaire » anglais y dont j'ai toujours été Tami dans mes pré- » ccdenls voyages, et j'aurais été flatté d'apprendre » que vous aviez toujours concilié les devoirs qu'im- • pose le titre de chrétien avec ceux de l'humanité. 9 II en a été autrement et j'en suis fâché. J'aime au » moins à croire que désormais , en votre qualité » de citoyen anglais , vous comprendrez mieux les » devoirs qui vous sont imposés, et que vous proté- » gérez, même au risque de votre vie, tous les » sujets français s'ils pouvaient encore être exposés » à de pareilles avanies. » M. Pritchard répondit qu'on l'avait sans doute dénigré auprès du capitaine d'Urville, et qu'au surplus il serait toujours prêt à protéger désormais les sujets de toute nation. Après cette déclaration Dumont - d'Urvtlle entra dans la maison où la conversation s'engagea sur des sujets étrangers; ils se séparèrent quelques temps après très-contents les uns des autres , du moins en apparence (f).
En effet, ce bon accord n'existait qu'à la surface. 'JSUJi'r Dans la situation équivoque où il s'était placé, M. Pritchard avait été trop profondément froissé pour abandonner les sentiments hostiles qu'il nourrissait. A cette époque, quoiqu'il eût cessé d'appartenir à la société des missions, iloiliciait cependant quelquefois encore dans le temple de Papeiti. En outre à
(f ) Dumont-dTrviUe , f^oyage au pôle Sud «< dam TOceante» tome IVy page 72.
de M. Priichard.
l'ombre du pavillon de son consulat, il avait entrepris de faire le commerce sur une grande échelle. Il avait ouvert un magasin où il faisait vendre des étoffes qui servaient à l'habillement des indigènes^ et d'après les rapports de témoins dignes de foi » il parait qu'en certaines occasions ^ il poussait l'oubli des convenances, jusqu'à profiter de la réunion des fidèles dans l'Église, pour annoncer l'arrivée de ses marchandises et en encourager la vente! Sans doute des rivalités d'intérêt avec d'autres commerçants ont pu donner lieu à des accusations exagérées sur le compte du consul anglais, et accroître la réprobation qui s'attache aujourd'hui à son nom , mais il est plusieurs actes dont on ne peut plus douter aujourd'hui, qui suffisent pour motiver un jugement sévère sur sa conduite. La prépondérance qu'il exerçait sur le gouvernement de Taîti, ne provenait donc pas seulement de ses antécédents comme missionnaire, de ses nouvelles fonctions de représentant de l'Angleterre, de ses rapports directs avec les principaux che£s ou des soins médicaux qu'il avait donnés à Faccouchement de la reine, elle avait encore d'autres causes particulières; des relations d'affaires liaient M. Pritchard à la population, à l'aide desquelles il s'était immiscé dans toutes les questions de police intérieure: il dirigeait presqu'à son grêle corps des Mouîoï^ agents préposés au maintien de Tordre et de Texécution de certaines lois. H proposait l'adoption des lois et les faisait observer. Son ascendant était d'autant plus grand que, lorsquesesdésirs éprouvaient un obstacle,
il déployait aux yeux des crédules insulaires Tépouvantail de la puissance anglaise. Il les menaçait au nom de son gouvernement, dont il montrait les navires de guerre prêts à accourir avec leurs canons pour châtier les récalcitrants. A Taide de ces moyens il était parvenu à exercer une sorte de dictature occulte , et à courber les chefs et la population sous le joug de sa volonté. On peut juger d'après cet aperçu de quelle atteinte les opérations de la Vénus avaient frappé son amour-propre, et même s'il faut en croire les bruits publics qui circulèrent dans ce temps à Papeïliy son pouvoir avait alors chancelé sur sa base. Il avait failli perdre la conliance des chefs, qui rejetaient sur lui y dans ce moment de crise, les embarras du gouvernement, en l'accusant d*ètre la cause des ennuis qu'ils éprouvaient, et la reine elle-même lui reprochait ses inquiétudes. Dans cette situation alarmante, M. Pritchard ne s eflraya point des diilicultés qu'il avait créées, et n hésita pas a tenter les démarches qui pouvaient applanir les différends survenus; rien ne l'arrêta pour tenter de relever son influence abattue; il parvint à trouver la somme nécessaire pour payer l'indemnité reclamée ; il demanda au commandant français, à titre de cession gratuite, la poudre nécessaire au salut du pavillon, et même ajoutait-on , à cause de l'ignorance des indigènes, il ne dédaigna pas de leur donner l'exemple, en chargeant lui-même quelques mauvaises pièces de canon placées sur l'ilot Motou-Outa, où le salut s'eiïectua sous sa direction. Homme multiple, il
semblait ambitionner de revêtir les attributions les plus hétéro^^énes ; il ne craignit pas de se soumettre à d'humiliantes épreuves, car il songeait sans doute à prendre sa revanche dans l'avenir. Dès lors, on pouvait présumer que l'amour-propre blessé de ce fonctionnaire accroîtrait encore l'intensité de ses intentions malveillantes. La reine Pomaré, femme faible, indolente, obstinée, mais sans énergie de longue durée, paraissait disposée à subir de nouveau son ascendant. Elle gardait d'ailleurs rancune aux Français, de la peur qu'elle avait éprouvée ; et lorsque les ofliciers de la Vénus f de F Astrolabe et de la Zélée allaient lui rendre visite dans sa demeure , où elle était accessible à tout le monde, elle les regardait avec humeur et affectait même de leur tourner le dos. Proposition Déjà avaut le départ des navire; français, qui eut
deM.Priichard ,. / ^ ^ . \ / . ^
.aux lieu le 17 septembre 1838, M. Pritchard avait recom-
missionnaircii. ^ * , '
mencé ses machinations. Malgré le refus des missionnaires anglais de participer au payement de la contribution imposée par M. duPetit-Thouars, iln'hésitapas à faire de nouveau un appel à leur bourse, il leur représenta que le gouvernement taitien ne pouvait ou ne voulait pas reconnaître la dette contractée envers MM. Bicknell et Yaughan ; il les pressa de venir à son aide et leur proposa enfin de coopérer chacun pour une certaine quotité au remboursement de cette somme, pendant qu'on aurait recours pour le reste à une souscription ouverte en Angleterre et dans les établissements de F Australie parFentremise
des sociétés bibliques. La position de M. Pritcbard comme consul anglais, son influence personnelle 9 la crainte peut-être d'encourir son inimitié firent adopter cette mesure, qui, en appelant les fldèles anglais à réparer les fautes de ce personnage, devait en même temps soulever un sentiment d'irritation et de susceptibilité nationale chez ce peuple. L'aflaire de Taiti disparaissait alors pour atteindre des proportions différentes. Elle se transformait en un débat suscité par la France à des missionnaires anglais, et les faits travestis devaient prendre une couleur de persécution. Cependant dans la délibération qui précéda cette détermination plus d'une voix s'éleva pour protester contre la conduite de M. Pritcbard, auquel on reprocha d'avoir agi de son propre chef, sans consulter ses anciens collègues, et d'avoir compromis par ses inconséquences la cause de la mission elle-même. Quelques missionnaires ne cachèrent pas leur désapprobation , de le voir exercer encore le saint ministère , quoiqu'il fût appelé i remplir des fonctions incompatibles avec les devoirs du culte. Cette désapprobation était surtout partagée par les jeunes membres de la mission. Un d'eux disait à ce sujet : « Que pouvons-nous contre » l'influence et le crédit de ceux que nous désap- » prouvons ; M. Pritchard agit contre notre gré , et 9 nous subissons les conséquences de ses actes. La » société évangclique de Londres est bien loin ; les » plaintes s éternisent, il faut des années pour les 9 recevoir, les examiner et y répondre; en atlon-
Obienrations sor les mis-
ses ESQUISSE «
» dant, on détruit la bonne intelligence, on donne » de tristes exemples à la population ; et cela , sans 9 avoir Tassurance de porter remède au mal qu^on » est tenté de signaler. »
La désapprobation manifestée par quelques memtioD^aimu^ais bros do la mission au sujet de la conduite du consul de la'^pniation anglais , s'appliquait aussi à certains actes de leurs collègues, à certains abus qui n'avaient pour eux que la sanction du temps. A cet égard ^ après avoir fait connaître les opinions des voyageurs qui nous ont précédés y il nous reste à résumer nos propres observa* lions sur l'œuvre de la mission anglaise et sur l'état de la population à l'époque du passage des corvettes r Astrolabe et la Zélée. Il nous a paru alors, qu'au point de vue da la civilisation , les missionnaires anglais avaient produit un bien considérable, mais aussi, qu'ils n'avaient pas fait tout le bien possible. Nous pensons comme M. Reynolds c que de grands 9 progrès ont eu lieu à Taïti , mais que ces pro* » grès paraissent moindres lorsqu'on ponsidère le 9 laps de temps qu'il a fallu pour les obtenir (1)» » . Si on peut reprocher à ces missionnaires bien des erreurs, bien des fautes, on doit cependant leur tenir compte et leur savoir gré du bien qu'ils ont accompli ; d'autant plus que les Imperfections de leur système ne sont pas sans remède, et que leurs travaux dévoués ont éloigné de grands maux du
(1) 1.41. Beynolds, ^oyafra ofihe U.-S.frigate Potomae under ihe command ofcommodare /• DowneSy page 429*
historique:. 883
peuple dont Ub ont entrepris réducation. c Les » terres où les peuplades de TOcéaDie se trou- » vaient disséroinéesy dit Dumont-d'Urvilley ne pou- » vaient rester inconnues aux Européens. En sup- » posant que ces peuples fussent restés abandon- » nés à eux-mêmes, les déserteurs des baleiniers , » les échappés des bagnes de Port-Jackson , en un » mot y le rebut de la société anglaise aurait débordé » sur leurs lies et les auraient gangrenés au phy- » sique comme au moral , ce qui n'existe déjà que » trop en diiïérents endroits. 11 a donc mieux valu » pour eux de recevoir des missionnaires chrétiens > leurs lois et leurs institutions , tout imparfaites » qu'elles sont , plutôt que de rester exposés au triste » sort qui les menaçait , ce qui n'eût pas manqué » d'amener promptement leur ruine complète (1). »
A Texception des faits relatifs k M. Pritchard , il AecaMtioDt
' . . , dirigées contre
nous a semblé aussi, que les accusations adressées '^ '^'^^i^^^'^ aux missionnaires anglais de rechercher leurs intérêts avant toute chose, tombaient d'elles-mêmes lorsqu'on les examinait de près. En effet, quel est l'homme qui pour une modique somme de 1|600 fr. (60 livres sterling), affronterait un exil de vingt ans , peut-être de toute la vie , au milieu de peuples sauvages où il devra vivre isolé, sans ressources, sans relations avec des Européens, sans secours contre les caprices du premier chef qui voudra le mal-
(1) Dumont-dUrnlle, Foffage m p6l€»êâ H iami VOUmky toiue IV, page S3.
traiter? Quel est l'homine qui ferait une spéculation de cette position et qui consentirait à braver y pour si peu, des privations sans nombre, des ennuis sans fin, des périls de tous les instants? L'opinion que tous les missionnaires ne sont que de malheureux artisans, pour qui ces positions sont une bonne fortune, ne parait pas non plus très-exacte. Parmi ces hommes on en trouve de fort instruits, qui après avoir fait des études classiques se vouent sous l'impulsion d'un esprit religieux à embrasser la carrière del'apostolat. D'ailleurs, la condition d'unarlisandans son pays , au milieu d'une société et de relations qui font le principal charme de l'existence, n'est-elle pas préférable à celle qui oblige à s'expatrier, qui expose à vivre et à mourir sous un ciel étranger, à lutter incessamment contre des souffrances physiques et niorales, souvent sans remède et sans soula* gement? Ce tableau s'applique à tous les missionnaires sans acception de culte.- Protestants ou catholiques , il faut faire la part du dévouement qui les anime ; part plus grande peut-être chez les premiers, car ils emmènent dans leur pèlerinage une famille qui rend leurs besoins plus pressants, leurs privations plus dures, leurs angoisses plus nombreuses. Troupeaux Cependant, tout en dépouillant de leur acrimonie
de» missionnaires , • i » ... , .
anglais. les accusatious adressées aux missionnau*es anglais, on doit reconnaître qu'elles partent souvent d'une base réelle; et que quelques-uns méritent d'être blâmés hautement. Il est hors de doute que la plusieurs d'entre eux se livraient à des entreprises com-
mercialcs; toutefois les seuls faits dont nous ayons été témoins personnellement, se réduisent à l'offre de fournir à la division d'Urville la viande fraîche nécessaire à la consommation des équipages. Le missionnaire de Matavaï, vieillard surchargé de famille, sollicita cette fourniture qui fut accordée à une autre personne. A nos yeux , il est impossible de con- . cilier en aucune façon la profession de marchand et les fonctions du missionnaire, et nous considérons cette démarche comme un fâcheux oubli des devoirs . imposés par le saint ministère, quoique ces faits n'aient pas la même gravité dans les mœurs d'un peuple aussi éminemment commerçant que le peuple anglais. En outre, dans la condition précaire des missonnaires, on ne peut pas non plus leur reprocher raisonnablement de posséder des troupeaux, d'autant plus qu'ils proviennent de la multiplication des bètes à corne introduites par eux dans nie, dans le but d'en procurer la jouissance aux indigènes. Ces animaux, errant en liberté dans les vallées incultes, se sont reproduits en assez grand nombre, pour que les chefs et même des hommes tla peuple puissent en posséder plusieurs. Le chef Ptuoucile Matavaî, chef d'un rang inférieur , avaitac- ([uis ainsi la |)ropriéié de plusieurs bètes à cornes et d un certain nombre de chevaux. La formation de ces troupeaux est donc un vériuible bienfait pour la population, et peut-être pourrait-on excuser les missionnaires anglais, de disposer du produit de leur InHail en faveur des navires européens , si on ne con-
sidérait la fâcheuse influence que ce trafic devait exercer sur res'lndigènes, qui, déjà fatigués de la sevér i té des règlements antipathiques à leurs penchants, murmuraient tout bas et soupçonnaient leurs pasteurs d'être guidés dans leur vocation par des motifs d'intérêt ; opinion qui n'a pas tardé à prévaloir : « Les » Taïtiens, dit M. du Bouzet, ne connaissent plus » leurs instituteurs par les bienfaits qu'ils en ont » reçus ; ils ont découvert en eux une tendance au » despotisme et des idées mondaines y beaucoup trop » apparentes , et le prestige de leur influence a étédé- » truit. Déjà les chefs, fatigués de leur joug , cher- » chent l'occasion de s'en affranchir; ils osent poser » la question de l'utilité de leur présence dans l'Ile » toute convertie (1). »
Il faut ajouter cependant qu'un grand nombre de missionnaires répugnent ou sont étrangers à ces trafics, quoiqu'ils reconnaissent que le besoin les oblige souvent à faire des échanges, pour obtenir les objets de première nécessité qui leur manquent; mais ils proscrivent comme contraire à leur vocation toute entreprise en dehors de cette nécessité. PrioGipanx Yices ^t, en i838, la population taïtienne ne présentait u poplfiation. pas Ic tablcau désastreux tracé par quelques auteurs, elle justifiait du moins les remarques sévères du capitaine Beechey ; évidemment elle était bien déchue deson ancienne renommée et se trouvaitplacée sur une pente rétrograde ; car la dissolution des mœurs était
(1) Damont-d'Urville, Foyage au pôle Sud $t dam VOcéanUy tome IV, page 31 1 . ( Note de M. da Bouset )
fort grande, et on pouvait voir que ce peuple n'était nullement retenu par la crainte morale. Chrétien de nom seulement, il ne paraissait pas comprendre les principes de sa religion , ou du moins ne les suivait pas. Les chefs eux-mêmes donnaient l'exemple de la corruption; Peïoue, chef de Mata va! , lit preuve , lui qui demeurait presque porte à porte avec les missionnaires, d'un extrême avilissement en offrant ses filles, et en montrant une avidité insatiable. La conduite des chefs, la licence des femmes, l'impudeur du peuple, donnaient une triste idée de cette population, soumise à l'action funeste de quatre grands vices: la cupidité, le libertinage, l'indolence et l'ivrognerie.
Voleurs et voleurs effrontés au temps de Bougain- convoiuio ville et de Cook , les Taîliens avaient conservé de leur indolence
du peuple.
l)enchant primitif une extrême convoitise pour les objets d^industrie européenne ; ils employaient tous les moyens possibles pour les obtenir; ils traûquaient de tout et faisaient même un commerce de leur amitié , en réclamant sans relâche des cadeaux de leurs Tàios. Cette fâcheuse propension produisait les plus grands désordres, mais elle était peut-être concevable chez des hommes qui ne possédant rien ou peu de chose, voyaient chaque jour une infinité d'objets utiles qu'ils ne pouvaient acquérir avec leurs ressources bornées. Ils éprouvaient de vives tentations sans pouvoir les satisfaire. Ils savaient qu'on ne pouvait obtenir ces produits qu'avec de l'argent; aussi n*hésitaient-ils pas à demander des sommes dispro-
portionnées à la \aleur des objets qu'ils voulaient échanger.Pauvres autant qu'il est possible de l'être, ils se trouvaient en contact avec des hommes comparativement très-opulents, et devaient naturellement désirer d'obtenir quelques-unes des richesses dont on leur avait vanté la possession. Sous ce rapport ils étaient plus à plaindre qu'à mépriser, car leur tie n'offrait point encore de ressources commerciales, et déjà on leur avait donné des besoins qu'ils ne pou* vaient satisfaire qu'à prix d'argent : aussi le mot tara (dollar ) était-il toujours dans leur bouche. Partout le moindre service rendu , le moindre objet offert ou vendu était évalué à ce prix , et même au passage des ruisseaux , on voyait les naturels se presser à l'envi , offrir leur dos pour les traverser , afin d'obtenir le tara désiré. Cette-avidité, il faut le dire, est naturelle chez tous les peuples sauvages et peutêtre l'aurions-nous moins remarquée , si elle ne s'était manifestée chez un peuple dirigé par des mission- • naires depuis longues années. Il reste à définir, si cet lélat est préférable à la rapacité des temps anciens, et cela nous parait admissible. Les vols d'ailleurs étaient moins nombreux qu'à cette époque, et sous ce rapport, le christianisme avait exercé une influence salutaire. Cependant deux tapis furent volés dans un canot de ta Zélée pendant que le matelot de garde s'était absenté , mais ils furent bientôt restitués et les coupables punis (1).
(1) Voici comment M. du Bouzet raconte les incidents de ce larcin : En rentrant à Matavai , j'appris qu'un Taïtien venait de
L'indolence des insulaires des mers du Sud est indolence
du peuple.
devenue proverbiale. A Taiti, dont le elimat fertile produirait une infinité de denrées précieuses, les exploitations du sol , tentées à différentes reprises, n*ont fait que peu de progrès, et même l'industrie primitive des habitants paraissait se perdre de plus en plus. Les grandes pirogues doubles, décrites
voler dans un de nos canoU les deux tapis , pendant que l'homme de garde s'était absenté. Je me rendis en conséquence chez le révérend ^'ilson pour réclamer son intervention pour faire rechercher le voleur; il eut, suivant son habitude, toute la complaisance possible pour nous aider dans cette recherche ; il Bt appeler devant moi le chef, et me fit espérer que nous le retrouverions. Je partageai d'autant plus facilement sa confiance que je pensai qu'il en ferait une afiaire d'amour propre pour se venger lui et ses collègues des accusations portées contre eux et contre toute la population de Taïti par divers voyageurs, et réhabiliter celle-ci eu nous prouvant combien les voleurs sont peu nombreux dans Itle , et la manière habile avec laquelle on y fait la police. En eflct , quelques heures après , l'obligeant M. ^'ilson nous fit prévenir que les tapis étaient retrouvés. J'appris alors les moyens qu'on avait employés pour cela. L'homme chargé de la police avait fait arrêter aussitôt quelques Taïtiens , voleurs reconnus, et les avait fait mettre à une espèce de tonure en les faisant attacher par le corps entre deux bambous et en les soumettant ainsi à l'aide d'un tourniquet à une pressionfortdouloureuse.ee moyen barbare, peu en harmonie arec les institutions libérales qui sont censées la base du gouvernement taîtien , est presqne toujours infaillible ; les chefs qui coiiiiBi.qsent en général fort bien leur monde , en usent avec une sagacité qui prévient les méprises fâcheuses. Le chef Pewcwc était tombé du premier coup sur le voleur. U fut sévèrement < hati» ilr coups de bilton , moyen dur et sévère , mais qui , corn nu* on est ohli|'é de le reconnaître avec peine, est le seul frein qui puisse arrêter de pareils hommes. ~ Dtimont-d'UrvilJe , Voyage au pôle sud et dan$ VOcéanif^iome IV, page 310. (>otede M. du Ik>n/ci.)
par Cook , avaient disparu ; les travailla de sculpture des armes avaient décru, sans être remplacés par d'autres occupations plus miles; cependant on voyait dans les environs do village de JM atavaî et aux abords de Papeiti , des champs de patates douces et detoro,portantles traces d'un travail minutieux. Mais ces travaux de culture étaient les seuls indices de rin*^ dustrie indigène; hors de là^Ia population vivait dans une nonchalance produite, peut-être , par la température brûlante de ces régions: « Quand ces insulaires deviendront-ils industrieux?» demande M. Reynolds dans la relation du voyage de la frégate te Poiomacj puis il ajoute : « Dites -nous quand TOcéan leur » refusera son tribut de poisson, et quand leur terre » fertile ne produira plus les fruits des tropiques^ et » nous vogs répondrons (1). »
iberiinage. Lc libertinage , enraciné dans les mœurs anciennes de ces insulaires, et peut-être aussi inhérent à leur constitution, trouvait de puissants auxiliaires dans leur avidité et dans leur paresse. Les défenses, les punitions, les travaux forcés et les amendes n'avaient réussi qu'à rendre les délinquants plus circonspects, plus cachés , plus faux. On voyait les indigènes accourir au devant des étrangers et les obséder^ en leur offrant , d'un air mystérieux et à voix basse , les faveurs de leurs femmes ou de leurs ûllest Les femmes se groupaient autour des canots en entonnant Tan*-
(1) J.-N. Reynolds, Voyage ofthe U.-S, frigate Potomac^ unier the command of eoamoAareJ. Downet^ p«ge 490.
HISTORIQUE. gM
€Ûen chant d'amour des Taîtiens » accompagoé de pantomimes indécentes. Les enfants se rassemblaient aussi pour donner de semblables représentations p en imitant, à s'y méprendre, le cri des cochons. < Si 9 la corruption des chefs et la licence des femnyes, dit B M. du Bouzet, pratiquées si ouvertement, faisaient » naître de tristes réQexions, la conduite des enfants » comblait la mesure. » Tous ces chants étaient pro* férés le plus bas possible, car la punition était suspendue sur la tèie des coupables , et cependant les peines sévères infligées aux délinquants , qui coom sistaient à construire un certain nombre de brasses de route ou à payer une somme d'argent , ne suflisaient pas pour arrêter le débordement des mœurs; c*est qu'en effet, les moyens de rigueur employés pour combattre des habitudes invétérées i ne pouvaient atteindre leur but sans Taide de la per« suasion. La réforme des mœurs ne devait pro« venir que de Tinfluence des principes religieux et non pasdes répressions de la police. L'action de cette influence ne pouvait agir que par l'effet du temps^ et les missionnaires anglais , trop pressés dans leur œuvre, avaient, par des mesures intempestives , sapé les fondements de l'édifice qu'ils voulaient élever. Le caractère des Taitiens, léger, mobile , mais doux, subissait des entraves qui lui répugnaient, parce qu'il n'en comprenait pas Tutililé; ils protestaient contre leur rigueur, en les enfreignant, aussi souvent que possible, en secret, ajoutant ainsi id'au«très vicos celui de la dissimulation ; leur dissolution
était d'autant plus coupable, qu'elle ne pouvait plus , comme autrefois, être excusée par l'ignorance du bien ou du mal (i).
(1) Quelques obBerrations analogues sur les habitants de Taïti^ contenues dans le rapport du capitaine Mauruc à Tan^iral du Petite Thouars, méritent d^étre citées.
Paresseux et roleurs par nature, dit ce capitaine en parlant des Taîtiens , la civilisation n'a pu éteindre chez eux le germe de ces Tices'. Indifférents sur tout ce qui ne les touche pas perBonnellement, et ne se donnant pas la peine de chercher a prévoir les érénements, ils se sont laissé asservir insensiblement au joug des missionnaires , et subissent aujourd'hui les peines qui leur sont infligées par Torgane des lois * sans pour cela, néanmoins , sortir de leur apathie. Cependant, il est aisé de voir qu'ils en conservent au fond du ressentiment.
Comme dans tout ce qui a rapport à la nouvelle religion établie, il n'en est pas un seul qui la professe avec foi , les punitions qui leur sont infligées pour en avoir violé les préceptes , passent dans leur esprit pour des actes de tyrannie quMls ne se font aucun scrupule de braver aussitdt que leur intérêt ou leur plaisir l'exige. Tenus à quelques devoirs envers leurs chefs , ils n'ont pu oublier leur indé> pendance primitive ; et une fois ces devoirs remplis , ils ne reconnaissent pas le droit que l'on s'arroge sur le reste de leurs actions. Spectateurs impassibles , ainsi qu'il vient d'être dit , dé tout ce qui leur est indirect , ils n'y prendront aucune part s'ils n'y sont <^ligés ou engagés par l'espoir d'un salaire, et alors ils sont prêts à se vendre à qui les payera un plus haut prix. Avides, au reste, de tout ce qui est nouveau, et cela autant par curiosité que par l'espoir d'en tirer quelque avantage ; enfants sous les traits d'hommes faits , pas précisément cruels , mais capables de faire le mal comme eux : telles sont les principales nuances qui nous ont paru caractériser ces peuples.
Ce jugement paraîtra peut-être erroné à ceux qui , ne voyant que la superficie des choses , voudraient s'en tenir au premier aperçu, mais s'ils observent attentivement, nous sommes convaincu qu'ils reviendront à notre avis. — Bu Petit-Thouars, ^oya^^^ aulour du monde tur la frégate la Fénw, tome IV, pages 43 et 44.
Le penchant des Taîtiens pour l'ivrognerie aug- j^^Y^*»«P*„ mentait encore la dissolution des mœurs. Les lois p^uri'^^wM* qui prohibaient l'introduction des liqueurs fortes dans nie avaient porté d'heureux fruits; cependant elles n'avaient pas réussi à détruire la propension des indigènes pour rivresse;àdéfautd*eau-dc-vieyils avaient recours à un breuvage produit par le jus fermenté des oranges. Cette boisson ; détestable au goût, ne paraissait pas répugner à leur palais; car il n'était pas rare de les voir errer au hasard sous les goyaviers, dans un état d'ivresse complète, malgré la surveillance active des gens chargés de la police. Ce penchant oilréné laisse présumer quels seraient les maux qu'une libre introduction des spi* ritueux ferait naître dans la population.
En résumé, si on iuire de l'œuvre des* missions Pâchem eui anglaises par letat delà population, on reconnaît qu*il serait injuste.de ne pas admettre que de grands progrés ont eu lieu , mais aussi que bien des erreurs, pour employer un terme bienveillant, ont été commises, et ont mis ce peuple sur la pente d'une complète désorganisation. On pourrait lui reprocher, surtout , ^ d'avoir fait naître dans la population le goût ot le besoin des produits européens, en l'encourageant à bâtir des maisons d'après le mode anglais, à se procurer des meubles, à se vêtir même d'étoffes et d habits étrangers , avant de lui donner les moyens d'obtcuir ces objets par le développement rt I aceroissenient de l'induhtric et des productions de nie. Si le monopole institué par Pomaré II
894 ESQDtSSe
produisit de fSicheuses conséquences, Topposition apportée par les missionnaires du groupe des lies N.-O. avait eu de plus tristes résultats encore; car, le réformateur taïiien , en forçant ses sujets à travailler uniquement à son profit, leur inculquait en même temps Thabitude du travail; tandis qu'avec la ruine de ses entreprises commerciales, et après sa mort, ses sujets, plus indépendants, reprirent leurs habitudes de profonde paresse, sans cesser pour cela de convoiter les objets qu'ils ne pouvaient obtenir que par des échanges d'une valeur équivalente. La loi qui imposait aux hommes coupables de certains délits , des amendes en piastres , au profit des juges et des chefe , avait produit aussi les conséquences les plus dangereuses; car l'introduction et l'usage de l'argent monnayé futun puissant auxiliairedes causes premières de la démoralisation de ce peuple (1). dlî tad^énêi. "" ^^^^ ®^ même temps reconnaître que l'instruction donnée par les missionnaires aux Taitiens était remarquable ; car presque tous savaient lire et écrire
(1) C^est une chose tristement risible que de voir ces pauTres sanvages affublés d'une manière si grotesque ; celui-ci d'une chemise , celui-là d'un pantalon ; d'autres , enfin , d'une chemise ou d^un chapeau. Les femmes ne sont pas plus gracieusement vêtues ; elles portent une chemise ou fourreau d'étoffe de couleur auquel elles joignent , dans les grandes circonstances , un chapeau de papier de forme anglaise , ordinairement tout bosselé. Ils sont néanmoins très-fiers de leur nouvelle parure. Celui qui a le plus de che- i mises est un grand chef. Toutes leurs actions ont pour but de se procurer de l'argent pour acheter de beaux vêtements européens. Or, comme la vente de quelques volailles et de quelques fruits no eur procure pas do fortes sommes , ils out recours à un autre
dans leur langue. Malheureusement cet élément de progrés était paralysé par le peu d'usage (|u'ils pouvaient en faire. Les évangiles iraduils coinpnsaiont presque en entier la bibliothèque nationale^ qui manquait encore d'un dictionnaire taîtien et anglais , et même de tout ouvrage qui pût élever la population à des connaissances supérieures. Évidemment les missionnaires s'étaient endormis sur leurs premiers succès , sans prévoir les nccessilés de Tavenir, ou ils étaient impuissants à diriger leur troupeau sur le chemin du progrés.
c Dana l'état actuel, dit Dumont-dXrvilIc, il Rrmar.ftir
' 'de DuriMiiiU
» faudrait à ce peuple demi-sauvage qu'il pût ôtre ^x^f'»»» » guidé par d'autres hommes d'une nature supé- » rieure, animés surtout par des sentiments charita- » blés et complètement désintéressés. Ce sont des > qualités que les missionnaires anglais n'ont jamais
• eues; et qui sait si les catholiques, un jour plus » puissants» ne marcheront pas devant les prêtres » protestants (i). »
moTcn^ c^est-à-dire k la prostitution de leurs filles. Celai qui a le plus de filles est le plus riche. Ainsi , cette licence de mcrurs qui fit donner k cette île le nom de noarelle Cythère par BougainTlIle, n^a point cessé , seulement elle se cache et profite des ténèbres.*— Dumont-dTrville , Foyage on yAle md H dam l'Océanien tome IV, pBjrc 316. (Note do M. Jaquinot Jeune.)
* f\) Domont-dTrvilIe , royageauptUe $ud et dan» VOréanie^ tome IV, page 82. ^Le même sujet a inspiré à M. du Rouzet les réflexions sniTantes :
< On a reconnu depuis longtemps Inaptitude du m>I de Taîti à produite des cannes à sucre. Des spéculateurs y ont déposé le germe de le prospérité k Tenir. Depoia longtemp» déjà dea nanrcs
Appréciauon Dés loFS, OD Douvait reconnaître oue les bases
de reuit politique ? r n
paris. dÏBouiet. ^"^ IcsqucIles était constitué le gouvernement de Taïti^étaient trop défectueuses pour assurer son existence.
M. du Bouzet a caractérisé cette situation dans quelques lignes que nous reproduisons , comme étant, à notre sens, une appréciation aussi juste qu'impartiale deFétat politique de l'Ile à cette époque :
86 sont procuré des cargaisons de cette denrée précieuse , et eUe ^ fait aujourd'hui avec Phuile de coco le principal objet d'exploitation. Émancipés comme le sont aujourd'hui les Taïtiens , ce n'est qu'à la longue et par un autre système d'établissement que celui qui existe actuellement, qu'on peut espérer de les amènera travailler en leur créant des besoins autres que les besoins grossiers de leurs sens ; si les missionnaires , au lieu de les admettre si vite dans le giron de leur église, pour faire monter plus haut le chiffre de leurs convertis, s'étaient plus attachés à leur inspirer le goût du travail, ils y eussent peut-être réussi , à l'époque où ils avaient tant d'ascendant sur eux « et Tamour du travail eût remédié beaucoup plus facilement aux vices naturels de l'état sauvage et à la dissolution native dans laquelle ils ont continué à vivre , que les ridicules pénalités insérées sous leur patronage dans le code des lois taïtiennes...»
Combien les premières impressions que j'éprouvais à Taïti étaient différentes de celles que m'avait causées à la première vue l'intéressante communauté de Mangareva , combien aussi je plaindrais ceux qui sont à sa tête , si leurs enseignements n'aboutissaient qu'à un aussi triste résultat. Les Taïtiens passaient aussi pour avoir eu leur temps de ferveur ; si elle s'est éteinte si vite , j'aime à croire plutôt que la conduite des méthodistes et leurs vues intéressées y ont contribué pour beaucoup , que de penser que cette réaction fâcheuse n'est due qu'à la faiblesse de la nature ha* maine, et que la société si morale et si patriarcale de Mangareta est exposée à voir s'opérer dans peu d'années, dans son sein, une aussi
funeste révolution — Dumont-d'Urville, Foyage au pôle iu4 H
dans VOcéanie , tome IV^ pages 308 et 310.
« Dans l'état de faiblesse du gouvernement de la reine , il est à craindre que bientôt les chefs ne fomentent une révolte générale contre lui et ne réussissent à renverser et à occuper le pouvoir à sa place. Quelquefondé que soit le mécontentement de ces chefs , une pareille révolution serait probablement ce qui pourrait arriver de plus malheureux dans cette lie; car le premier usage que ces chefs feraient de leur autorité, serait probablement d'abolir le peu de lois sages qui mettent aujourd'hui quelque frein à la satisfaction de leurs penchants désordonnés , telles que celle qui dêfeud dans rile l'introduction des liqueurs spiritueuses, et dès lors le peuple ajouterait à d'autres vices l'habitude de s'enivrer, qu'on a voulu prévenir, et tomberait tout à fait dans Tabrutissement. Cette société se trouverait alors dans le désordre et lanarchie la plus grave , et il est à présumer que TAngleterre, qui sait bien tirer parti de la propagation de sa foi pour agrandir sa puissance, et dont les sujets , propriétaires de certaines parties du sol , sont à peu près les seuls qui aient de grands intérêts dans l'Ile , saisirait le prétexte de la nécessité de les protéger, et interviendrait en faveur de la reine , qu*elle étouiTerait bientôt sous sa protection écrasant^'. Les Taitiens perdraient à jamais leur nationalité et leur liberté, dont ils ont si peu su profiter, en dépit des i*èrits de certains vov:ij»eurs, qui ont la naï\etc d'oIVrir à THuropi* leur guuvtrneiuciit et leur code comme un modèle.
» La société taitienne, constituée comme elle Test » aujourd'hui , ne paraît pas devoir rester à jamais » indépendante; si la France et rAmérique, qui ont » intérêt à conserver sa nationalité pour leur naviga- » tion dans le grand Océan ^ ne l'aident pas à se con- » stituer différemment , il est à craindre que le sort » de devenir une colonie anglaise ne lui soit réservé » avant peu , et je crois que le plan est depuis long- » temps arrêté dans les vues de la Grande-Bre- » tagne , et qu'elle n'attend qu'un prétexte pour le » mettre à exécution. »
Exécution de l'un Lcs prévisious do Dumont-d*Urville , qui fait ob-
dcB meurtriers * ■ • » ,
M««Moe^renbout ^^^^^^ Q"® *^ conduitc de M. Mocrenhout avait été d'autant plus honorable, qu'il compromettait ses intérêts vis-à-vis du gouvernement des États-Unis , ne lardèrent pas à être justifiées. En effet » il fut révoqué de ses fonctions de consul desÉlats-Unis ; mais il était désormais couvert par la protection du pavillon français, dont les intérêts étaient dorénavant confiés à ses soins. Pendant le séjour de C Astrolabe a Taïti, M. Moerenhout souffrait encore beaucoup des blessures qu'il avait reçues; une profonde cicatrice sillonnait son front, et il boitait par l'effet d'une autre blessure; mais il était en pleine convalescence, tandis que sa femme, victime de son courage , se trouvait dans un état désespéré. Après avoir langui longtemps, elle mourut des suites des coups qu'elle avait reçus. Les lois de Taîti punissaient par
(1) Dumont-d'UrYille, FoyaQe au pôle sud et dans VOcéanie, tome lY, page 311. (Note de M. du Bouzet.)
le bannissement les tentatives d'assassinat, cependant il parait que lorsque la mort suivait les coups portés, elles appliquaient la peine capitale. Dans ce cas, les meurtriers de M"^Moerenhoul furent condamnés à la peine de mort. Mais un seul de ces malfaiteurs fut exécuté , car le second était parvenu à se soustraire aux recherches de la police , ou peutêtre même avait-on facilité son évasion pour éviter de punir un blanc. On assure même que Tévasion de cet Anglais fut Tœuvre de M. Pritchard. La date de cette exécution nous est inconnue ; on peut la * reporter vers les derniers mois de Tannée de 1838. Le coupable fut pendu à une potence élevée sur une -colline voisine de Papeiti , où elle est restée en évidence pour servir d'épouvantail à la population.
Sous le couvert des relations de politesse qui s'é* uispr«muigaee» taient établies entre les commandants français ^i iont^rnrmaQt M.Pritchard, celui-ci avait dissimulé, mais n'avait pas ^"^Vy»!» abandonnéses intentions malveillantes. Sur ToiTre de M. du Petit-Thouars^ de se charger de la correspondance du consulat britannique pour Sidney, il avait proiitédecelte occasion pourdépeindre la mission de&i Vénus sous les couleurs les plus exagérées, dont nous pourrons remarquer les eflets plus loin , et dés le départ de cette frégate, il travailla à annuler la clause stipulée dans la convention négociée par M. du Petit- Thouars; il provoqua dans ce but, auprès du gouvernement taiiien, Tadoption d'une loi dont nous ne possédons pas malheureusement le texte; cette loi interdisait aux étrangers la faculté d'acquérir des
terres à Taïti (1). En même temps, une autre loi lut promulguée pour défendre renseignement des doctrines contraires à celles du culte en vigueur.
Ces dispositions étaient autant de déclarations contraires à Tesprit du dernier traité; la dernière loi manifestait évidemment la résolution de s'opposer au retour des missionnaires catholiques , qu'on savait prêts à* renouveler leurs tentatives , quoiqu'on apparence elle ne semblât dirigée que contre la secte des Mamaïa. Le texte de cette disposition législative est ainsi conçu :
Loi votée par le Corps-Législatif taitien concernant la propagation des doctrines contraires au véritable Évangile.
Loi coiiire « QuG Taïti ct toutes les îles du royaume de Po-
dJs'doarVnw maré-Vahine V% se rangent uniquement à la doc-
au culte trine évancélique que les missionnaires de la Grande-
evaDgéliquo. o ^ t
Bretagne ont toujours propagée depuis Fan 1797 , c'est-à-dire depuis plus de quarante ans. Lorsque des étrangers viendront d'autres pays dans celui-ci, que cette loi leur soit mise entre les mains, afin que, s'ils propagent des doctrines contraires à l'Évangile, s'ils bâtissent des cliapelles, s'ils réunissent des disciples dans les lieux inhabités pour enseigner toutes sortes d'étranges doctrines, s'ils troublent les rilesactuelset propagent des coutumes religieuses, ou ♦
(1) Annales maritimes de 1839 , partie non olticielie, tome 1 , page 401.
dans un but cramusement , qui ne s'accordent point avec la parole écrite du Dieu de vérité, ils sachent qu'ils se rendront coupables de violation envers la loi et qu'ils seront, comme tels, mis en jugement. Telle sera leur condamnation : Ils seront renvoyés dans leur pays et ne pourront plus résider k Taiti. Si quelque Taitien propage des doctrines incompatibles avec Tesprit de vérité , telles que celles appelées Mamaia, comme elles sont incompatibles avec les doclrinjes qui nous ont été enseignées par les missionnaires de la Grande-Bretagne , et avec la parole écrite de Dieu , cet homme aura violé la loi. Que cet bomme soit de haut rang ou de classe inférieure, il aura violé la loi, et, comme tel, il sera jugé et condamné*. Voici son jugement : Il sera envoyé dans sa contrée pour y faire cinquante brasses de route publique^ ou tout autre travail, comme il est écrit dans la loi. S'il persiste a refuser d'exécuter le travail, il sera jugé de nouveau et condamné à lin travail plus rude. »
Si la date d'une lettre de la reine Pomaré , publiée ^^ par les journaux anglais et français, n'est pas erronée, '■ 1 \Vnîh'î"*"' vers le mois de novembre 1838 , un navire de guerre ^'^"^'^**^"' anglais le Fly commandé par le capitaine Elliot, passa à Taïti, peut-être avec la mission de s'informer des résultats du passage des navires de guerre français, et fort probablementja présence de ce capitaine donna lieu à des délibérations qui nous vSont rcstét»s inconnues. On peut eu concevoir la naiuro par le contenu de la lettre suivante adii'ssée par
Pomaré* Vahiné à la r^ine Victoria, qn'on doit sidérer comme une demande de protectorat.
La Reine Pomaré ei U$ chefs de TtOU à la Reine FkUnrim .
T«IU , le t noTcsbre tssi.
« Salot , compliment et amitié à la poissanie Reine de r Angleterre. Moi, la Reine Pomaré , ayec les cheb et les représentants de mon peuple, nons sommes assemblés ce jour comme an seul corps et une seule âme , pour tous manifester avec le plus grand plaisir les sentiments de gratitude que nous a inspirés TOtre sympathie constante et chrétienne.
» En agissant ainsi, non-seulement nons remplissons ira deToir à nous transmis par une génération presque étdate ; mais, accoutumés dés l'enfaqce à chérir le nom anglais, nons suivons l'impulsion de notre cœur. Depuis que le premier Anglais a touché nos bords sur un de vos yaisseaui^, nous avons rendu grâce à votre peuple comme à la seule nation qui nous ait montré un cœur chrétien ; puissiez-vous aujourd'hui nous prêter une main chrétienne!
» Les bénédictions do votre religion , que vous nous aves appris à connaître, nous ont ouvert deux nooveauiL mondes jusqu'ici inconnus à notre pauvre peuple.
» Avec l'assistance de Jésus-Christ et le soin paternel des missionnaires , nous pouvons espérer faire notre salut dans l'un de ces mondes,* mais l'autre, dans lequel la civilisation nous conduit commence à remplir notre vie d'amertume , et bientôt , sans doute ,|nous privera même des tombeaux de nos ancêtres, si nons sommes abandonnés à nos propres ressources.
» Le commerce et l'incfustrie , que la civilisation attire dans nostles, nous mettent journellement en relation avec le peuple blanc , supérieur à nous par l'esprit elle corps, et à qui nos institutions paraissent folles et notre gouvernement
faible. Avec ce qoe notre pauvre cipérience nous inaphrait, nous avons fait tons nos efforts pour obvier à ces dilBcultés ; mais si nous avons réussi à décréter des lois , nous ne pouvons parvenir à leur donner la force nécessaire.
» Ainsi, dans Timpeasibilité où nous somineB d'être forts et respectés, nous lOBunea menacés dans tout ce que nous avons de plus cher an cœur , la foi protestante et notre na« tionalité.
» Nous n'avons personne pour nous soutenir dans notre triste situation , excepté vous , qui avez mis dans nos cœurs l'amour de Jehovab , Tamour de Tordre et de l'industrie. ^e laissez point périr ces bonnes semences ; ne laissez pas inachevé ce que vous avez coounencé, et qui progresse ai heureusement. Prêtez-nous votre main puissante ; prenez- ' nous sous votre protection ; que votre pavillon nous couvre
et que votre lion nous défende. Déterminez vous-même la maitfére dont noua devrons nous abriter légalement aous vos ailes; faites que nos enfants vous bénissent comme noua le relisons. Puisse le grand Jebovah veiller sur vous et voua récompenser pour tout ce que vous faites en notre faveur!
» La paix soit avec vous, Reine de la Grande-Bretagne!
» Signé : Reine Pomab*. »
» P. S. Si ce qui précède ne pouvait être compris par vous, nous nous référons au capitaine Elliot, commandant du Fly; il est au courant de tout ce qui se passe ici , et vous donnera loua les renseignements oécesaaires. •
Ces lois, cette lettre, sont autant de documents qui MtnifMuuoiif trahissent les manœuvres d'un parti hostile aux ^^VrancI!" * Français , plaidant avec acharnement une double cause. La reine et son gouvernement semblaient se laisser conduire au gré des volontés d*un seul homme; ils subissaient de nouveau lascendant qu*il
avait pris sur eux; el loin de voir son pouvoir diminuer, ii semblait que les derniers événements avaient encore grandi son influence.
âttHMine Lorsque lecapi taine Cécille commandant la corvette bÏS'C l'Héroïne, mouilla le 27 novembre 1838 à Taïti, il consul n-ançaig. ^^^^^ ^^ ^j^j^^ ^^ piusicurs chcfs , et cutrc autres du sTHovein r.i838. ^^^^^ Pafaï, qui s'était toujours montré Tami des Français , et qui l'engagea à se rendre à Papeitî. M. Cécille conduisit en effet sa corvette dans ce port le lendemain. Dès son arrivée , M. Moerenhout lui fit part des difficultés qu'il éprouvait au sujet d'uQ terrain qui entourait sa maison et qu'on avait dé* iendu de lui vendre , en vertu de la loi mentionnée plus haut. Il avait essayé de faire quelques travaux sur ce terrain pour sa sûreté personnelle ^ maison lui avait signifié de ne pas continuer. M. Cécille engagea M. Moerenbout à adresser une demande directe au gouvernement taitien, avant le jour fixé pour soff^ entrevue avec la reine , car dans le cas où ToT) aurait élevé quelques difficultés, il en aurait fait l'objet d'une réclamation en faisant sentir que le consul de France devait trouver à Taîti les moyens de s'établir convenablement, et sur le même pied que le consul anglais. La présence du navire de guerre décida promptement la question ; on répondit à M. Moerenhout qu'il pouvait disposer du terrain comme bon lui semblerait.
Entrevue Quelqucs îours sorès» le commandant de CHérmne
du commandant , , f /«r» • i
de f flj^wiw accompagne de quelques omciers de son etat-maijor deiifcéîuie. descendit à terre, et après avoir pris le consul chez
lui , se rendit chez la reine pour lui faire visite; elle habitait sa nouvelle demeure, maison fort belle, où elle reçut lesoiliciers français dans une grande pièce ; autour d'elle se trouvaient réunis sa mère, sa tante, le chef Tati, qui paraissait jouir d'unegrandeautorité et de toute sa confiance, et quelques autres personnes. Pomaré se leva à l'arrivée du capitaine Cécille en lui présentant la main. Elle fit approcher une femme taitienne qui parlait tort bien l'anglais, et fit comprenbrc qu*elle désirait l'employer comme interprète, voulant probablement entendre directement ce que le commandant français avait à lui dire, sans que cela passât par la traduction du consul. M. Cécille, après lui avoir fait compliment deceque le différend qui avait amené les réclamations de la France, était heureusement terminé, lui dit quil espérait qu'à l'avenir la bonne harmonie ne serait plus troublée entre les deux pays ; que le désir du roi était de vivre en paix avec les nations étrangères et particulièrement avec lesTaîtiens, dépeints |>ar les navigateurs français comme un peuple doux, hospitalier et bon; que lorsque la reine connaîtrait mieux les Français, elle verrait qu'on les avait calomniés et qu'ils méritaient toute sa considération; que sijus qu'alors elle n'en avait vu qu'un très-petit nombre, cela tenait i ce que le commerce n'avait eu, jusqu'à cette époque, que peu d'inlérèl pour les attirer dansées mers; etqu il ne fallait pas en conclure, comme on avait cheiché à le lui faire croire, que la France n'était pa» une nation puissante caf^ble
906 csQuisss
de protéger ses citoyens dans touies les parties du
inonde.
Réponse La rei ne ht rép$Mfidre que, j usqu alors en effet» elle
de la reine. . \ i , . . i.
avait peu entendu parler de la nation française ei qu'elle n'avait presque pas vu de Français ; mais que maintenant qu'elle les connaissait ^ ils seraient bien* venus et bien reçus à Taiti ; qu'elle voulait qu'ils fussent bien traités, de manière i ce que la paix ne fût plus troublée.
InviUlion e M Cécill
Hésitation de la reine,
Après ces compliments, M« Cécille invita la reine à Hé'siiSt^on*' venir à bord de l' Héroïne: cette invitation la déconcerta beaucoup; elle hésita longtemps à répondre. On voyait qu'elle était dominée par plusieurs sentimenls opposés qui se combattaient dans son esprit. « Je crus d'abord , dit M. Gécille, que le désir qu'elle » éprouvait, comme femme et comme Indienne, de » \oir r Héroïne et d'y recevoir des honneurs, était .v'i^ombaUu par quelque mauvais conseil, parti d'une » source suspecte pour l'empêcher de se rendre à » bord; mais j'appris bientôt que la présence d'£i- » touna (chef zélandais enlevé par fHéraine aux lies ji Chatham, en punition d'un attentat commis sur ji un navire français) était la cause de cette grande » hésitation. La captivité de cq cl^f a produit à Taiti » un effet prodigieux : partout dans l'tle on n'a parlé » que de lui. La reine craignait aussi d'être retenue » prisonnière et conduite ^n France* Cependant, ;» a{irè3 cinq miliu^s.49 réjQexion, elle 4it.<iu'e4e
» irait ù bord , et sa visite fut arrêtée pour le lundi » suivant (1). »
Le niome jour une cérémonie publique dcvaitavoîr ^^ faamourm lieu à Papeïli ; on attendait la fin de la visite desoffi- ^ v^ci^SnéB ciers de llléroine pour la commencer. C'était, dit daHUdi*u?eSi«. M. Cécille, une présentation de tributs et d*liomma- sonovembremi. ges à la reine à Tocc ision de la naissance de son fils. Cette cérémonie r«ippelle celle qu'elle avait exigée eu 1831 , au retour de son voyage aux Iles du groupe nord-ouest, et qui avait soulevé une si vive opposition. Cette fois, les chefs de Taïtî paraissaient avoir consenti à cette démonstration, dont le but évident étaitde reconnaître, officiellement, les droits du jeune fils de la reine au pouvoir souverain ; elle était empruntée aux traditions de l'histoire de l'Ile : c'était la fameuse cérémonie du Faamoura , mais avec quelques modifications. Le rapport de M. Cécille contient les détails suivants : Un grand nombre de pirogues des lies voisines, chargées de familles et de présents, étaient arrivées depuis plusieurs jours; beaucoup d'embarcations des autres parties deTalti étaient aussi arrivées dés le matin. Les hommes et les femmes circulaient fU foule sur le rivage, presque tous couronnés de fleurs et de plantes marines, à pea prés comme on représente les fleuves mythologiques. Les femmes étaient couvertes d'un vêlement léger aux couleurs vives, qu^elles portaient à la manière
(1) jInnaUs maritimn de 1839, fMirtie non officielle, lona I , pnpe 4 s:». K;ip|>ort Un capitaine de TaisseauCcc il le, commandant U conreUe ViJéroiM*
908 ESQIISSE
des Poncho9 du Chili. Quelques-unes d'elles, reraarqudbleraeat jolies, avaient tout à fait bonoe grâce sous ce costume. Une grande quantité de provisions avaient été réunies dans une vaste cour près de la mer : elles consistaient principalement en cochons rôtis, poissons, bananes, fruits à pain« et toutes sortes d'autres fruits du pays. Ces provisions étaient le cadeau de la reine à ses hôtes. Toute la population formait un grand cercle autour de ce monceau de provisions. Elle était facilement maintenue par quelques hommes de la police , • personne ne dépassait les limites tracées. A un signal donné par la reine, après que quelques personnes marquantes eurent pris ce qui leur convenait , la foule se précipita sur ce butin, qui fut enlevé en un clin d'œil, chacun emportant ce qu'il avait pu attraper. Ce pillage animé par des cris de joie donna lieu aux scènes les plus burlesques , et ne provoqua aucune querelle; chacun paraissait mettre plus d'amour-propre à s'emparer de quelque objet qu'à le conserver. Plus tard la reine reçut les tribus de File; elle était retournée à son palais et s'était placée sous une es* pèce de hangar qui en est voisin ; les choses se passèrent alors plus tranquillement et plus décemment ; chaque tribu vint en procession, les femmes en tête. Arrivées près de la reine , celles-ci jetèrent à ses pieds leurs couronnes et leurs vêtements légers. Mais contre Fusage ancien , sous ces vêtements, elles en avaient conservés d autres , ce qui gâtait un peu le coup d'œil original q\ie celle représentation devait
onVîrdrins les temps primilifs. Les hommes vinrenl ensuite et d(3|X)sèrent leurs offrandes qui consistaient en porcs, fruits, etc. Quand toutes les tribus eurent défile , la reine fit offrir quelques-uns de ces présents aux assistants; Nléroine ne fut pas oubliée. M. Cécille s'était placé, avec M. Moerenhout, sous le véranda de la maison royale, d*oùil pouvait jouir du spectacle à son aise; on lui apporta plusieurs paîiiers remplis de provisions qui allaient ôlrc accompagnés de quelques cochons, lorsqu'il lit signe au distributeur d'arrêter ses largesses. Cependant , comme il n'eût pas été poli de refuser la reine , il lit prendre un panier d'ananas, ainsi que les couronnes de quel(|ues jeunes tilles qui furent portées à bord de la corvette. Dans celle représentation nationale , le roi futur, qut comptait à peine quelques mois, et qui était loin d'être un joli garçon, fut montré dans ses beaux habits au peuple taîtien (1).
Le lundi 2 décembre 4838, M. Cécille descendit visite
de
a lerre, accompagné de deux olliciers, pour aller '■ '"^i"^').*'"*'^'* chercher la reine. M. Moerenhout lui apprit que le ^^^ué^J'nT chef Tati était venu plusieurs fois chez lui pour de- 9 décembre isss. mander s'il* n'y avait pas de danger pour la reine et pour lui, d'aller à bord de/'Z/^Toine, et si on ne les emmènerait pas en France. L exemple du chef de (Uiatham, emmené en captivité, navait cessé de produire son effet , et la crainte s'était d'autant plus accrue ,
(1) Annales maritimes de 1839 , partie non ontcicUe, tome 1 , |Mpc i^4. Happort île M. lo rapitaiiic <Jo Tais^oau <^êci!Ie.
qu'elle avait gagné tous les esprits. Des députatîons étaient arrivées de diverses parties de Tîle, pour engager la reine à né pas aller à bord du navire français. Néanmoins lechef Tati fut rassuré par M.Moerenhoul, en qui il avait beaucoup de confiance. Quelques préparatifs de fête que Ton vit faire- pour recevoir Pomaré parvinrent , sinon à dissiper toute crainte, du moins à ranimer un peu la confiance. Lorsque le commandant de t Héroïne se présenta chez la reine, il la trouva prête à le suivre ; sa mère , sa tante , une jeune fille de quatorze ou quinze ans , qui , disait-on , serait reine de Taîti si Pomaré et son fils venaient à mourir , les maris de ces dames et une douzaine de chefs raccompagnèren t ; mais les jeunes femmes qui la suivaient ordinairement partout où elle allait, firent défaut ce jour-là; on donna pour prétexte à leur absence qu'elles n'avaient pas de costume européen. Au moment où le cortège parut sur le rivage, un coup de canon fut tiré et la corvette se couvrit de pavois. La reine , préoccupée d'une crainte secrète, fut effrayée de ce coup de canon inattendu ; mais la vue des pavillons montant à la fois a tous les mâts, les couleurs de Taïti en lête , donnèrent à la rade un air de fête qui la ras- ' sura. La plage était couverte de monde. A son arri-
I vée à bord, la reine fut saluée par quatre-vingts
I hommes sous les armes, les tambours battant aux
champs. Après avoir visilé la corvette, on la conduisit dans la chambre du conseil où u.ie collation çlaît servie. Celle vue produisit un excellent effet et ras-
sura tout le monde. Pomaré voulut avoir son mari à côté d*elle, et lorsque le chef Tâli eut dit une prière, les convives Urent preuve d* un grand appétit. La reine accapara sans façon et mit de côté pour le petit prince tous les gûteaiix qu'elle trouva à son goût. Elle trouva le pain excellent et désira en emporte^ quelques-uns, mais les crèmes n'eurent pas de succès auprès d'elle , et môme, disait-on, elle n'avait encore voulu manger ni lait, ni bœuf. Après le repas , la reine désira voir jouer Torgue qu'elle aperçut dans la chambre; elle quitta elhvinème la table et se mit à en jouer à se fatiguer. Cet exercice paraissait beaucoup Taniuser. Elle demanda ensuite à voir faire Texercice. Elle monta sur le pont, où les hommes qui étaient sous les armes exéiutèrent des maniements d'armes avec une précision qui excita l'admiration des hôtes de la corvette. Le chef, prisonnier de nie Chaiham, avait pris son costumezélandais; il était de l'avant avec ses deux compai^nons ; le mari de la reine l'ayant a|>erçu , alla le prendre et le présenta à Pomaré qui lui donna une poignée de main. La langue zélandaise a tant de rapport avec le taitien, qu'ils purent parfaitement se comprendre; Eîtouna dit, après cette entrevue, que cela n'avait pas le sens commun de faire des femmes roi , parce qu'elles ne savaient ni ne pouvaient se battre. Eniin à cinq heures, lorsque la reine voulut retourner à terre, elle fut saluée de vingt et un coups de canoB.
On la reconduisit chez elle, où elle avait hàted'ar-
Grilique
des actes
de M. du Petil-
Thouars
par la presse
anglaise.
de Sydney.
35 novembre 1838.
river pour se débarrasser de son costume européen ; costume, ajoute M. Cécille, qui fatigue beaucoup ces pauvres Indiennes qui n'y sont pas accoutumées , tandis que leur costume national, gracieux et pitto* rcsque, leur sied si bien. Celte réception avait beaucoup flatté la reine et avait fait une bonne impression sur la population. Le lendemain, au moment où la corvette allait mettre à la voile, la reine Gt offrir au commandant quelques cochons, une grande quantité de bananes, de taro, d'ananas, de cocos, etc., qui furent distribués à l'équipage. Le capitaine du Petit-Thoùars n'ayant rien laissé à faire à C Héroïne , à Taîti , il devenait inutile de prolonger un séjour qui absorbait des vivres qu'on ne pouvait remplacer (1). Pendant que le capitaine Cécille fêtait la reine de Taîti, les rapports malveillants adressés àSidney, par M. Pritchard, produisaient leur effet. Quatre jours après l'arrivée dans ce port de ta Vénus y qui avait apporté cette correspondance, un article d'une violence extrême parut dans le journal le Colonist, dénonçant la mission de la Vénus comme ayant donné lieu à des actes de pirates et de boucaniers. (La presse anglaise parait avoir une grande propension à abuser de ce dernier mot. ) Cet article avait été écrit par M. John Dunmore Lang, principal du collège australien et ministre de Téglise d'Ecosse dans les Nouvelles-Galles du Sud, à la requête, comme il le dit lui-même, de quelques personnes profondément in-
(1) Annales maritimeê de 1839, partie non oiBcieUe » tome 1, pages 4B5 à 490, rapport du commandant Cécille.
téressées au bien-être et à la protection des insulaires (les mers du Sud , d'après certaines lettres adressées à Sidney, par le consul anglais de Taiti, par quelques commerçants anglais résidant dans l'archipel de la Société , et par divers missionnaires protestants de ces îles; ces lettres avaient été placées entre les mains de M. Dunmore Lang, avec la suggestion d'en publier le contenu dans la presse coloniale (1). Cet écrit provoquait l'irritation de l'opinion publique contre les Français; il allait même plus loin, il justifiait le gouvernement de Taïtides mauvais traitemenis qu'il avait exercés sur deux prêtres français, et alDrmaitque l'Angleterre n'oublierait pas l'agression faite à un peuple placé sous sa proteciion. il annonçait en même temps qu'on prendrait soin d'envoyer une copie des documents parvenus à Sidneyà M. T. Buxton qui, on en avait l'assurance, soumettrait le fait immédiatement a lord Palmerslon, dans l'intention de réclamer une explication immédiate des transactions du gouvernement français , et qui évoquerait aussi cette affaire devant le parlement. < Dans tous les cas, dit encore cet article , f M. du Pctit-Tbouars peut être assuré que les pro- > cédés de la Vénus à Matavaî feront autant do bruit » en Europe que l'aifaire du Vixen (2). »
(1) J. DonmoreLangyD. D. Aew-Zeland in 1S39. Appendice , pages 116 à 120.
;2) V otci U traduciioD de ce paragraphe de Tarticle inséré dans le ColonisL
« (!onsidi*raiit toutefois, que la reine de Taïti n*a pas violé le droit dvs iiali«ii2» , mais qu'elle a usé d*uii di*oit incontestable en eipul-
Conduite D'autres articles ne tardèrent pas à renouveler,
des autorités *
desidney. (Jaûs les autres journaux des Nouvelles - Galles , les attaques indécentes contenues dans le Colonist. lis étaient écrits avec Timpudence qui caractérise certains organes de la presse anglaise. Les lettres de Taiti avaient atteint leur but. Elles avaient réussi à éveiller la susceptibilité anglaise et à faire vibrer la fibre nationale. M. du Petit -^'houars, en Allant rendre sa visite officielle aux principales autorités de Sidney, se préisenta inutilement chez chacune d'elles. Le gouverneur était à Paramata; les autres autorités se trouvaient malades ou à se promener.
sant les denz prêtres français de Vîle; considërant en outre que les procédés de M. du Petit-Thouars constituent une Tiolation directe de la loi des nations, autant quUls sont indignes de la grande nation quMl représente y nous prenons la liberté de rappeler à H« du Petit- Thouars, que le gouvernement et le peuple deTaï'ti sont placés sous }a protection de PAngleterre , protection qui leur a été garantie par feu M. Canning ; nous prenons encore la liberté de lui assurer qae Pagression injuste dont il s'est rendu coupable sur un peuple inoffensif et comparativement sans moyens de résistance , ne sera pas oubliée par une nation plus grande qui s*est fait remarquer si longtemps dans le inonde par sa défense héroïque des droits des hommes. Nous prendrons un soin particulier d'envoyer une copie de ces papiers à M. T. -F. Buxton qui , nous en avons Tassurance , soumettra immédiatement ce cas à lord Palmerston , dans Pintention d'obtenir une expKeation immédiate des transactions du gouvernement français , et qui aussi portera cette question dans les débats du parlement anglais. Bans tous les cas, M. du Petit-Thouars peut être certain que les procédés de la Fénus k Matavaï feront autant de bruit en Europe que l'affaire du Fixen, »
Bientôt cependant M. Lang a reconnu l'inconvenance des forfanteries ridiculesconlenues dans l'éciMt émané de sa main. A la suite de la publication qu'il a faite a Londres de quatre lettres adressées
« Je n'eus pas de peine, dit M. du Petit-Thbuars , & » m'expliquer cette singularité. Il devenait évident » que les lettres que nous avions apportées de Taïti , M surtout celles de M. Pritchard, nous avaient re- » présentés comme ayant sans doute commis quel- » ques faits graves , au préjudice de la prépondérance » anglaise dans cet archipel. Les missionnaires de » la société QiurcKs Missionary de Taîti , ayant été » obligés de réparer vis-à-vis de la reine Pomaré les )) maux dont ils étaient cause, en payant pour elle » les frais de voyage que nous avions demandés pour » MM. Laval et Caret, injustement maltraités par son
au comte nurham , sur la colonisation de la Nourelle Zélande , dans lesquelleâ il ne ménage pas les actes des missionnaires établis sur celte terre , U désavoue la participation qu'on lui attribuait à la rédaction de divers autres articles injurieux, publiés peu de teiiii)s après dans les autres journaux de la colonie , et même il se défend d^avoir subi Tinfluence d*nn esprit d*animosîté et de haine contre la nation française ; il proteste quMl n*a écrit cet article qu^â la requête des personnes intéressées dans la question , et que personnellement il n^avait été mû que par le désir de venger les droits d*nn peuple inoiTensIf et persécuté ; il assure quHl ne nourrit point de sentiments aussi indignes ; qu'il aurait traité delà même manière ^ et avec une sévérité plus grande encore , on capitaine anglais qui se serait trouvé dans le cas de M. du Petit- Thoiiars. l\ témoigne aussi de son respect pour M. du Petit-Tbouan, oUicior d^un grade élevé dan« la marine française, et parent du ca<pilaîne de cette marine, tombé Vu combattant bravement pour son pavH à Aboukir. Cependant , ajonte-t-il , il est encore convaincu ^ que la conduite des Franrais envert la reine de Taïti (provoquée saii^ doiili* par \vn représicn ta lions de H. Moorenbont), ne peut-être approuvée. M. Duninore Lang termine en disant que rétablisse* I lient d'un gouverueiiiciu stable à la Mouvelle-Zelande mettrait iiu à de semblables irrégularités dans Ica mers du Sud.
Galles du Sud.
aonoTembre 1838.
9i6 ESQUISSE
» gouvernement, ne pouvaient nous pardonner d'a- » voir exigé le redressement de nos griefs; et pour » eux, notre conduite avait pris un caractère qu'ils » cherchaient à rendre odieux. Les journaux de Sid- » ney ne tardèrent pas à nous donner la preuve de ce » que nous avions deviné les motifs dé la conduite » des autorités. Je m'occupai fort peu de la polé- » mique de ces journaux qui ne méritait que le mé- » pris. Nous nous occupâmes activement de renipla- » cer nos vivres, etc. »
Entrevue Ccs manifestations ne furent pas les seules; elles
de M du Petit- . . * i » • i i
Tbouars pnreut même un caractère plus sérieux, dans la
et du Rouverneur - *
Gaîies d^sud' P^'^ro^^'*^ cntrcvue de M. du Petit-Thouars avec le gouverneur des Nouvelles-Galles du Sud. « Éclairé n depuis mon arrivée, dit M. du Petit-Thouars sur » le caractère de M. Gibbs, et informé de la haine » violente qu'il porte aux catholiques, je reconnus » bientôt qu'il avait ajouté foi aux caloi^nies de D M. Pritchard et adopté ses sentiments à notre » égard ; je ne tardai pas d'ailleurs à en acquérir la » preuve. Il me demanda, en causant, si, comme » les journaux le disaient , nous avions pris posses- » sion de l'île de Taïti au nom de la France; je lui » répondis tout naturellement que non , sans entrer » dans d'autres détails; mais s'oubliant bientôt jus- » qu'à m'interroger sur l'objet de ma mission à » Taïti, et le ton de ses questions me paraissant s'é- » carter des convenances et des égards que se (loi- » vent toujours des officiers de puissances alliées , » je jugeai convenable, à mon tour, de lui faire rc-
» marquer que je ne croyais point devoir répondre M à des questions faite sur des intérêts qui lui étaient M étrangers; le gouverneur m'annonça alors qu'il » m'écrirait officiellement ^ ce sujet, et lui ayant » donné l'assurance que j'aurai l'honneur de ré- » pondre à sa lettre, nous changeâmes aussitôt de )) conversation (1). »
Une correspondance (2) s'engagea en effet entre ^^c^în"?*"** le gouverneur de la colonie anglaise et M. du Petit- airî"rM^di*TÎïii.
( 1; Da Pctit-Thouars, Voyage autour du monde , sur la frégate la Fénui^ tome 3, pages 171 et 175.
(?j Traduction d^une lettre du gouverneur det Nùurelle»-Galle$ du Sud à M. du Petit-Thouan.
Baréta da •crretaire de U colonie, Nouvel le-Gallet-da-Sod, 9 décembre 1838.
€ Monsieur, en me référant à U communication verbale qui a eu lieuentre %'ousetle gouTcrncurdelaNouvelle-GalIeadansune entre- \ue récente, sur vo^ trausaclions dans votre dernière visite à Hle de Taïli, j'ai rhonneur, en vertu de Tordre de S, E. de vous rcjHJler oniricllenientqu'ttlle a reru une lettre du consul de S. M. B. dans ( ottc île , qui rend compte à S. E. que dans cette circonstance j vous fûtes la cause que le pavillon français a été arboré »ur Tile , et que vous adressâtes certaines demandes à S. M. Pomarëqui, non- Nculonient placèrent S. M. sou> Tempire de la crainte, renipochêrrnt d'aj^ir librement, mais encore Tobli^èrent à emprunter de Purgent au consul anglais, a TelTet de détourner les hostilités dotât elle était menacée.
• L^ile de Taïti ne forme point partie, ni du gouvernement de soo F\ceUen. e, ni du territoire de sa royale maîtresse, maïs au con* ti.tire cAl reconnu comme un état libre et indépendant sous la sou- \oraint'lc de sa piopre reine. En même temps , en con:iéquence des élinittM relations d'amitié et d'alliance qui exi»l«Mit entre Ce gou- \tMiHMiR'f»t «'t celui de la rciiic pDiuaié, S. E, croit de son devoir de Iran^mcllrc au gouvernement de S. M. B. la lettre du consul
9i8 ESQUISSE
Thouars sur ce sujet ; dans sa réponse, le commandant delaVénus fit connaître, en se renfermant dans les limites des convenances, qu'il ne croyait devoir qu'au gouvernement français le détail de ses relations avec le gouvernement de Taiti. Cependant, pour être agréable à M. le gouverneur, il croyait, sans s'écarter de son devoir, pouvoir lui dire quels avaient été ses rapports avec le consul anglais (1)« Le
mentionnée ci-deMus» et S. E. juge qu'elle toub doit , comme à nn officier d'un pouvoir ami , de tous informer de cette circonstance. S. E. ne manquera pas , par la même occasion, d*informer son gou- Temement que vous lui ayez dit verbalement qu*en demandant que le pavillon fût arbore sur Taïti , vous n'avez point prétendu faire un acte de souveraineté sur cette île. » J'ai l'honneur d'être, etc. '
> Signé, Dbàs Thohson. >
c Ce ne fut pas sans quelque surprise , continue M. du Petit- 9 Thouars , que je lus cette dépêche ; je me rappelais bien que , » comme sujet de conversation, le gouverneur m'avait parlé d'une 9 lettre qn'il disait avoir reçue de M. Pritchard ; mais Ae m'ayant » point entretenu du contenu de cette lettre , ne me l'ayant pas » montrée , ni lue , il me semblait étrange qu'il*eût l'air d'en rëfé- » rer à cette lettre , qui , bien que je pensasse, à cause des articles » publiés par la presse de Sidney , qu'elle renfermait un compte » rendu fort erroné, sinon calomnieux de notre conduite à Taïti , » ne m'était pas moins restée inconnue. Je m'étonnai surtout du « dernier paragraphe qui me parut tant soit peu insidieux. »
(1) Réponse de M, du Petit-Thouars.
Frégate la Vénut, rade de Sidney, le 5 décembre 1838.
c Monsieur le secrétaire général ,
> J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire le trois de ce mois , en exécution de l'ordre de S. E. le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud.
» Ainsi que vmaB me Tannoncez, je savais que le gouvernement de
gouverneur Gibbs donna avisa M. du PetU-Thouara, quelques jours après, que sa lettre serait jointe aux
la reine de Taîti est nu gouTemement reconnu indépendant ; en conséquence je me borne a fous informer, monsieur, qu'ayant reçu de mon gouvemement Tordre de passer à Taîti , je crois ne devoir qn^à lui seul le détail de mes relations avec le gouvernement établi dans cci îles. Déjà , j'ai instruit monsieur le ministre de la marine de ma conduite , et à lui seulement , je pense en devoir le compte officiel.
> Mes relations avec M. le consul de la Grande-Bretagne, ont été ce qu'elles devaient être , polies et pleines des égards qui sont dus à l'envoyé d'une puissance amie.
9 J'ai rendu à M. le consul de S. M. B. les bonnenrs que nos ordonnances accordent à son grade , bien qu'il n*ait jamais paru sur la frégate qu'en costume de midskipman. Je l'ai reçu plusieurs . fois à ma table, ainsi que MM. les missionnaires Rodgerson , Barff, et tous ceux qui m'ont fait l'honneur de me visiter. J'ai offert a M. le consul , pour une circonstance éventuelle, il est vrai , un asile pour lui et pour sa famille ; enfin , je lui ai donné en sa qualité de consul la poudre de guerre qu'il m*a demandée ; à mon départ , je lui ai offert de prendre ses lettres pour Sidney , et c'est moi qui hn ai apportées.
1 S. E. le gouverneur verra par ce récit de mes relations avec la consul de S. M. B. que je n'ai manqué a aucune des attentions qu'on est en droit d'attendre en pareille circonstance.
» Dans ma visite à M. le gouverneur, S. E. a bien voulu me parler d'une lettre de M. le consul de la Grande-Bretagne à Tatti ; mali comme elle ne m'a point informé de son contenu , ni communiqué cette lettre, je n*ai pas eu à y répondre; j*ai pensé que S. E. faisait allusion à un article passablement indécent, inséré dans le journal le ColonUt , qui se publie à Sidney, et qui» par sa fausseté et par ses calomnies, ne m'a paru mériter que le mépris. Tai relevé, il est vrai , quelques assertions mensongères qu'il contient, mais je l'ai fait oifirieusement, et seulement parce que S. E. me parlait d*une affaire dont sans cela je ne l'eusse point entretenue , car Je pense et j'ai toujours pent>é qu'elle lui ent étrangère.
» Tels ont été les seuls rapports que j'ai eus avec M. le consul an-
documents transmis au gouvernement anglais. M. du Petit*Thouars ne répondit àcelle communication que
glaisPritchard. Cependant, comme, indépendamment de la charge consulaire dont M. Pritchard est investi à Taïti , il est connn sous plusieurs caractères différents, et que , par rapport à ses diverses fonctions , je me suis trouvé dans le cas d'avoir affaire a lui , pour être agréable à M. le gouverneur, M. Pritchard étant un sujet de la Grande-Bretagne , je crois , sans m'écarter de mon devoir , pouvoir lui dire quelles ont été ces nouvelles relations.
» Comme ministre protestant : je n'ai eu que le plaisir de voir M. Pritchard dans la chaire du temple principal et de Pentendre prêcher.
* Comme négociant : j'ai eu à m'adre^ser à M. Pritchard pour loi demander compte , au nom de la succession et des orphelins héritiers de M. le capitaine Bureau , assassiné ainsi que son équipage en 1834 aux îles Fidji , des propriétés que ce malheureux capitaine avait commises à sa charge. Bien que ces comptes n'aient point été satisfaisants^ je n'ai fait aucune enquête ; je me suis borné à les recevoir tels qu'ils m'ont été remis , et à déplorer la fatalité qui s'est attachée à cette famille infortunée.
» Comme agent ou plutôt factotum de la reine Pomaré : M. Pritchard est venu me voir, et entamant sans préambule le sujet pour lequel il était envoyé , je l'arrêtai , et le priai de me faire connaître en quel caractère il me parlait d'une affaire qui me semblait n'avoir aucun rapport à ses fonctions consulaires. Je lui déclarai en même temps que si c'était en sa qualité de consul qu il m'en entretenait, je ne pouvais Tentendre, mais que si c'était comme envoyé de la reine Pomaré, j'étais prêt à l'écouter . M. Pritchard dit alors que la reine n'ayant personne qui pût communiquer avec moi , à cause du langage , l'avait envoyé comme son agent , pour me proposer une lettre de crédit sous son nom. Je répondis à l'agent de la reine que si les consuls reconnus et accrédités voulaient se rendre garants de sa signature et de la validité de cette lettre, je l'accepterais. M. Pritchard me demanda que je voulusse me contenter de sa seule garantie y comme consul anglais ; je n'ai point pensé qu'il fût convenable d'adhérer à la demande de M. Pritchard, étant lui-même, comme agent de la reine Pomaré, par-
HISTORIQUR. ^21
|>ar uno simplo Icllre ou accusé de réception (1). Là se bornèrent les relations oflicielles du eonomandant de la Venii^avec ie gouverneur des Nouvelies-Galies du Sud. c S. E., dit M. du Petit-Thouars, devint » ensuite de plus en plus gracieuse envers nous, » et sans son exaltation religieuse , qui sans doute » s*était développée depuis son arrivée dans un pays
lie ACtWe dans cette affaire ; maia je llmiui la garantie qne je demandais y k la sienne comme cornai de S. M. B. ,- et à celle de M. Moerenhoat , comme consul accrédite des Élats-Cnis.
» Comme interprète: M. Pritchard vint abord, accompagné d^n chef indigène qui m*était enrojé par la reine, ponr me prier de lui prêter un paTÎUon français dont elle arait besoin,
» Ici , je pense qu il convient que je m'arrête ; ce sont tous les ilrtails qu*il me semble permis de donner à S. E. le gouverneur de la Nouvel le-Gal les du Sud. En entrant dans des particularités plus intimes sur la conduite qui a été tenue par M. Pritchard comme agent de la reine , je courrais peut-être le risque de blesser une susceptibilité qne je respecte et qu'il est loin de ma pensée de vouloir offenser.
» Je vous prie, monsienr, de vouloir bien remercier S. E. le gon* vemeur de Tobligeance qu'il vent bien avoir de me communiquer l'intention où il est d'envoyer la lettre de M. Pritchard au gouvernement de S. M. la reine de la Grande-Bretagne.
> Je suis avec respect, ctc*,
» A. DU Pbtit*Tbouàm. »
f I ) Borsaa de Mcréuiro de Is cotonle , Sydney, NeaTsIle-Gillei do Sod, la s décembre i8)8.
« Nonsienr , j'ai eu l'honneur de recevoir et de mettre sons les yeux de M. le gouverneur de la Nouvel le -Galles du Sud, votre lettre du S de ce mois , écrite en réponse à la communication , qu'en exécution des ordres de S. E. , je vous ai faite le 3 courant ; et en vertu d'un nonvel ordre de S. E, je vous informe , en réponse , qu'elle transmettra une copie de votre lettre du S de ce mois avec la dépêche dont il est question dans ma dernière let-
de la Vému, décembre 18S8
922 ESQUisse
» où lo zèle des sectes est poussé jusqu'au fanalisme, • elle eût pris pour nous, du moi as nous l'espérons^ » des sentiments plus bienveillants encore (1). » dei?u"âriié» '^ rapports^de M. du Petit-Thouars avecles au-^ ^à ^ird^ tori tés de la colooie devinrent, au bout de quelques jours, déplus en i^us agréables ; U fut invité à visi-» ter Paramata, résidence d'été du gouverneur; et le 7 décembre, le gouverneur des Nouvelles-Galles du Sud, k général (yConnell, qui venait prendre le commandement militaire de la colonie , M. Gibbs n'étant point militaire, et les autorités principales de Sidney se réunirent pour dîner à bord de la Vénus. Cette réunion fut complète, nombreuse; le dtner se passa' gaiement. Le soleil allant se coucber au moment où l'on allait prendre place à table, on commença par porter la santé de S. M. la reine Vie-*
tre, et qae S. E. se propose d'adresser «a gouTemement do S. M. Britannique.
» J'ai l'honneur d'être , elc»^
vDeas Thomsotv.»
La réponse de H. du PetU-Thonan à cette seconde conununicatîon , fut ainsi conçue :
Frégate to Vému, rade de SydiMit 1» 1 1 déeembr» isss» c Monsiear le secrëtaîre général , » J'ai llionneur de vous accuser réception de la lettre que tous m'avez écrite en date du 8 de ce mois , par ordre de S. E. le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud.
» Je suis arec respect , etc. ,
» Du Petit-Thouabs. »
Du Petit-Thouars, Voyage amtour du monde $ur la flrégaUk» Fénui , tome Ul , page 1 76 à 184.
(1) Du Petit-Thouars, Voyage aaUmr du monde , mr la frégatfi laFénuif tome lU^ page 185.
HISTORIOOE. W!H
loria et celle du roi des Français; ehecune de ces saaiés, scedeillie efec acclamation, fut saluée *de vingt et un coups de canon. Le reste de la soirée s'é* eoala rapidement. Le départ des convites fut éclairé par des feux du Bengale et salué de quelques Aisées , salut qui fut rendu par le brick de S. M. B. le Pelauru9 (I)..
Mous nous soBunes écartés i dessein du cadre caotet premiém spécial de cette esquisse^ pour nous arrêter sur les deijopinioo détails qui précisent Torigine des négociations diplomatiques survenues entre le gouvernement français et celui d'Anglelerre, et les causes premières de rirritatton de lopinion publique dans les deox pays au sujet de la question de Taîtf . Depuis longtemps les Anglais voyaient d*un œil jaloux l'apparition des forces françaises dans TOcéanie» où ils avaient fait prédominer jusqu'alors leur influence. Us s'étaient en quelque sorte habitués à considérer les peuples de ces terres comme étant dans leur dépendance, et même ils semblaient envisager comme une atteinte portée à leurs droits toute action exercée par une puissance étrangère , sur les principaux archipels du bassin de Tocéan Pacifique (tl).
(i) Da Petit-Thoncn, Fofogêtmtùuréuwwikdê^iwrla fréguH la Fémiâ , tome 3 , 287.
(2) Les écrite des fmbHctftei anglaift, tnfptrët par im eiprU d^eoTie contre le France, sont vratment curieux à oonnaftre. LVx trait Mirant d^iin opotcule de M. Dnnmore Lang , le m^me antenr qui n dëp«int iooa d*odictitcs conlenn la inÎMion de Itf Fennâ^ peut donner une idi^ d«« ncntiiiirnbi dn penptc* ancinia dans lei colonies de rbéinispbêre aualral , et de Pinquièle tor*
924 ESQUfSSK
pasmm L'impression da toyage de l'Ariémue n'étant pas
rArtémUeàJêm. entièrement terminée, les documents relatifs à ''^*' son passage à Taîti ne sont pas encore entrés dans le domaine de la publicité. Les opérations de H. Laplace ne sont connues que par les rapports insérés dans les Annales mariûmes et par quelques articles écrits avec verve, dus à la plume de M. C. Hen«ricy ^ qui a accompli en entier la campagne de cir-
Teillance qui accompagnait les monrements de nos narâes. Cet article est cependant nn des pins modérés qni aient pam sor cet snjet. M. Dnnmore Lang s'exprime ainsi :
» Je ne pois dire si les Français ont des Tues pour la formation nltërienre d'on établissement permanent, soit â la Nonrelle-Zé* lande^ soit dans quelque antre île de Tooéan Pacifique ; mais r<^nion générale, dans les IfonTelles-Galles du Sndet à laNoarell^ Zélande, leur attribuait ce projet, et cette opinion est fondée quand on examine direrses ciroonstanoes, qn^il est inutile de particulariser ici. Je désire de tout mon coeur paix et prospérité a la nation française , et à son commerce , nne extenaon dix fois plus grande ; toutefois, diaprés les raisons déjà exposées , je considérerais la formation d^une colonie française dans les mers du Sud , comme une véritable calamité pour lliémi^bére austral , à cause des obstacles sérieux qu'elle apporterait aux progrès, et à ramélioration de la race humaine. — New Zealand , in 1839, etc., page 49. — Contradiction singulière, le même auteur donne quelques pages plus loin (page 112), nne idée des moyens employés par quelques habitants des Nouyelles-Galles du Sud, pour provoquer Pamélioration et les progrès de la race humaine. Il rapporte que des Anglais ayant Pextérieur de gentlemen , avaient formé le projet de se débarrasser des noirs Australiens, en leur donnant du pain, dont ces sauvages sont très-avides « trempé dans une solution d'arsenic. U ajoute que ces sentiments atroces avaient été grandement encouragés, sinon directement produits par nne portion de la presse coloniale, surtout par le Sidney Herald, journal le plus répandu dans les Nouvelles-Galles du Sud. *
H1ST0MQU£.
ÉekoMge d« rjrtimitg,
» •TtîTltlf.
cumnavigatioD de cette frégate. Nous atons dû r^ courir à ces deux sources pour compléter les détails suivants.
Conformément aux ordresqu'ilayaitreçus,M. Lar place fit yoile pour Taitt en quittant Sidney, Il était en vue de cette Ile le 22 avril 1839, lorsqu'un récif inconnu arrêta subitement Tessor de CAriéndse et lui Gt de profondes avaries dans la coque. Un pilote expérimenté, le capitaine Ebrill(le même qui vient d'être tué par les sauvages des Nouvelles-Hébrides)» guida la frégate, coulant bas d'eau, & travers les sinuosités du canal étroit qui sépare le port de Toanoa de celui de Papeîti, et parvint à la conduire sans encombre au mouillage. Aussitôt les travaux de réparation commencèrent pour ne cesser qu'au mois de juin, époque à laquelle, soit en raison de Tétat de VArîivme^ soit en raison de l'absence de la reine, M. Laplace dut renvoyer les démarches qu'il se proposait de iaire auprès du gouvernement de la reine.
Toutefois, le jour même de l'arrivée de FArtimi$e le consul français avait informé la reine Pomaré, '^^'^ui***' qui se trouvait dans la partie méridionale de l'Ile , ^ ^^rtémtm. de l'accident qui venait d'arriver à la frégate Iran-» çaise, et la pria, au nom du commandant, de venir i Papeiti , sa résidence habituelle. Dans une r^nse écrite de sa main, la reine exprima le regret de ne pouvoir retourner encore , mais elle annonça qu'elle avait donné l'ordre au régent , investi des fonctions de chef du gouvernement en son absence, d aider
Attiflanc*
dODDMi
926 ESOCissE
de tout son pouvoir aux travaux nécessaires pour réparer le navire français. En effet, ce chef montra beaucoup de bonne volonté : il se comporta fort Wen, quoiqu'il n'eût rendu aucun service sans y mettre un prix. Il contribua aussi à faire rentrer dans l'ordre les travailleurs indigènes, engagés pour le service des pompes, dans un moment où ïIè firent mine de se mutiner et d'abandonner leur tâche dans le but d'obtenir un salaire hors d'usage et beaucoup trop élevé (i).
Visite Dés que les réparations de FArtémise furent ache-
^lâreine!^ vécs, M. Laplacc, profitant de quelques moments où sa présence n'était pas nécessaire à bord, alla rendre visite à la reine et réclama sa présence à Papeîti pour conférer sur une clause à ajouter à la convention conclue par M. du Petit-Thouars. Des manifestations hostiles à la France n'avaient cessé de se faire jour à Taïti depuis le départ de la Vénus. Une sorte de croisade avait été prôchée contre les Français, et des manœuvres inqualifiables avaient été employées pour leur attirer l'inimitié de la population. Aux règlements contraires à l'esprit des conventions il fellait ajouter des actes arbitraires de la police, des vexations, des tracasseries de tous les instants. La division était arrivée à ce point qu'elle fit craindre de voir naître des collisions à main armée. L'intention de M. Laplace était de mettre un terme à cet
(1) jinnaleê maritimes d$ 1839 » partie non officielle, tome 2, p. 1125. Lettre de M, Hoerenhout; agent coumlaire de France à Tàlti<
parM.UpUce
HISTOIIIQOE. 027
état de dhmes. Lt reine accueillit sa demande , elle consenlit à se rendre à Papeiti , ei elle lixa à quelques jours de là la réunion des chers. M. Laplace la quitta avec Mtte assurance» et la reine iU ses préparatilii de départ.
Le 19 juin 18S9, le lendemain de son arrivée à ^ArriYée
« ' de U rein«
Papeîti, la reine se rendit, à la tête des principaux ^SlS^^' chefs de Tlle, dans le temple où le commandant de *^^j!pX"* fÀrlémiêe arrita de son côté accompagné de tout son état-major. Le M. Laplace, après avoir exposé corn* bien il était indigne et en m6me temps dangereux de ne pas garder la foi des traités., combien Tintolé» rance était injuste et contraire aux usages des nations civilisées, se plaignit hautement de la loi récemment promulguée au détriment des catholiques et par conséquent des Français. Puis il demanda qu*à l'avenir ses compatriotes jouissent de la même liberté que les sujets des autres nations. Quelques missionnaires anglais qui assistaient à cette assemblée virent cette demande de mauvais œil; mais, malgré leur présence , aucune voix ne s* éleva pour combattre la proposition du commandant de tArtémise. Elle Tut accueillie à Tunanimité; on demanda toutefois la faculté de ne se prononcer que le lendemain pour réfléchir plus mûrement à une affaire de cette importance, ce qui ne changea rien à la déd* sion du sénat : Tassentiment fut encore le même (1).
(I) C.nmriej, io»n%\U yatianatyfi* du X^âéc^tnhre T810. — V. L. Beybftad a publlis dans ta Rerue dn deu.r Montlff^ !iur la miation de r Artéiniae, d«f ddUils iatcreasauU, duul tioua i^uuixita
La clause additionnelle stipulée par M. Laplace fut celle-ci ;
« La reine Pomaré et les grands chefs de Ttôti, voulant donnor à h France na témoignage de leur désir d'entretenir des relations d'amitié , et d'assarer anx Français appelés dams leur tle par le commerce, on par riatention d'y résider, les moyens de remplir leurs devoirs religieux:
» Ont décidé, à la demande du capitaine Laplace , commandant la Trégate française VArtémise^ que l'artide suivant serait ajouté à ceux du dernier traité , entre la reine Pomaré et le capitaine de vaisseau du Petit-Tbouars , savoir :
» Le libre exercice de la religion catholique est permis dans rile Talli, et dans toutes les autres possessions de la reine Pomaré. Les Français catholiques y jouiront de tous les privilèges accordés aux protestants, sans que pourtant ils puissent s'immiscer^ sous aucun prétexte, dans les affaires rdi« gieuses du pays.
• Fait à Taïtf , to ao Jain 1819.
» Signé: Pomarb.
» Le capitaine de vaisseau, conunandant
la frégate VAriémise ,
» Signé : G. Laplacb. «
Accord verbal Si cotte nouvclIc cIbusc avaît pour but de remé-
du goavernemeDt i. ,,,,,«. , . »», ^-v-
de Taïii dier à la brèche faite a la convention de M. du Petit-
«t de II. Laplace.
ao jttûT 1839. Thouars, par les lois récemment promulguées à Taïti,
la source , mais que nous supposons provenir de communications faites à cet éoriyain distingué par les officiers de cette frégate. Cette supposition nous engage a les reproduire. M. Reybaud s^exprime ainsi :
Cependant la Fénus partit ; M. Pritchard essaya de prendre sa revanche, et berça de nouveaux contes Tesprit crédule des naturels. A le croire, les Français n'avaient qu'une seule frégate qui ne reviendrait jamais. La reine avait rendu une loi qui assurait à
elle conférait de plus aux Français établis dans cette lie le libre exercice de leur religion. En mèoie temps elle prévenait les difficultés qu'une lutte ouverte entre deux cultes opposés pouvait susciter au gouvernement taitien. Comme conséquence immédiate de
nof miMMonâiret Vàocè» de Taffti ; cette loi fût téroqaée, VArté^ nuit apprit cela k Sîdney , et cingla à rinatant même pour Papeïti, afin d^inapirer de noiiTean mie terrem* aalntaire* Quand elle arriva, le révérend Pritchard était retoomé dana les Slea ▼oiainei. Lee •Tariea de U frégate ne permettaient pea de parler bien haut toat de floite : on attendit que lea réparations ftuMnt achcTéca. Alors le conmiandant Laplace fit inriter la reine et lea principaux chefs à se réunir en conseil pour reoeroir les propositions qn^il allait faire. A cette onrertnre , une terreur générale se répandit dana llle, on crut d'abord que la reine résisterait , quVlle n'obéirait pas. Mais le principal chef du pays , Tati , se porta garant pour elle , et le 19 Juin Pomaré Wahine, souTeraine de TArchipel , parut an grand conseil qui se tint dans le temple protestant. Un prodigieux concours de peuple obstruait les sTenues. Dans la salle, étaient rangés tous les chefs , et derrière eux plusieurs missionnaires. Le commandant français s'aTança an milieu de rassemblée » accompagné du consul M. Moercnhont« et du capitaine Henri , qui lui serrait d'interprète. Après avoir exposé ses griefs, et qualifié sévèrement la Tiolation du traité consenti avec le capitaine duPetit-Thouars, il demanda: 1* que les Français fussent traités dans Itle, à l'égal de la nation la plus favorisée ; 2* qu^un emplacement fût désigné pour la construction d^une église catholique, avec toute liberté aux prêtres français d'j exercer leur ministère. Quand ces propositions eurent été répétées k l'assemblée par Tinterprète , le commandant se retira avec tous ses officiers.
Le congres demeurait livré à lui-même, ou plutôt ans inq>irations du chef Tati. Tati était le vrai roi de TArchipel ; rien ne se faisait que par ses conseils. C'était un vieillard de soixanle-donse ans , d'une constitution d*athléte, haut de six pieds , et admirablement proportionné dans ses formes. Tayo ou ami de M. Moerenhout , il avait su, durant le court séjour de lafrégate, apprécier le caractcrSt
eette elaiise, M. Laplace négocia encore Isrcessiofi d'un terrain pour servir de résidence aux prêtrescs- Iholiques français qui pourraient se rendre à Taiti. Cette cession Ait consentie, mais l'accord resta ter bal et il n'y eut aucun écrit passé à ce sujet. Le
là bratoûfe , la gënërosité de nos officiera, et il s'élaît pris pour on d'nne amilîë réritable. L'influence française altaîl donc dommff dan» le débat. Quelques chef^ tîmorêé ataieni prb d'abord la pt rôle , opinant pour une acceptation immédiate de VuttimatuM, quand Tati, jaloux de Baùrer la dignité dé rassemblée, montiî la tribune. A Tinstant, le plus profond silence sMUblit, Tad déplora Tareuglement dans lequel les chefe Avaient tccu jusqnVan sur le compte de là France ; il parla de la nécessité d^accorder mtf k^paration à une nation puissante; puid, par on mouTement ortloire du plus grand effet , il déclara que voter k î*étourdîe sm^ justifier la réputation de légèreté que les Taïtiens avaient titf souvent méritée par leur conduite, c Songez , dît-il , en frapp>o^ > sur la tribune, que vous délibérez aujourdliuî sons les ycux<i^ » représentants de très-grandes puissances; ne trancbez'iriensAitfJ » avoir mûrement réfléchi. Tous demandez qu^on vote paracdan»- » tion , et moi je demande qu^on se sépare sans avoir rien déciài 9 Que chacun médite cette nuit dans le silence, et demain noasiiou » prononcerons avec maturité, avec sagesse, pour ou contre la lot** b'était donner à la fois, à rassemblée, une leçon et une împolsi*^ bn se sépara sur ces parole? , et ihalgré les intrigues des mîsAoïor naires qui s^agitèrent vainement, les chefs déclarérenk le lendàmàîn a runanimité , qu'ils acceptaient les conditions posées par '^ commandant français. Seulement , ils demandaient que Von atf ' gnfit une résidence au clergé catholique ; M. HoerenhontsV r^"f ainsi que M. Laplace. Ce dernier eut peut-être le tort de covsetur à une condition additionnelle , qui déclarait que nos missionnaire ne sMmmisceraient en aucune manière dans les aflatres de Taî^>- Quahd les lois slnterprètent k des distances semblables , ^ ^^ llnfluence de conseils malveillants, il faut éviter d'ouvrir la po^^^ ■ de misérables chicanes. — Louis Reybaud, la Polynésie et U* i'^ Marquùee^ page 164 k 166.
•tore I claoM
traité de M. Laplace conciliait donc, à la fois, les désirs des catholiques français et les exigences du gouvernement taîtien; il mettait aussi une limite à la rivalité des missionnaires français et anglais, rivalité qui pouvait faire naître les plus grands mauK et produire un effet déplorable dans la po^ pulation (i).
La sign^iture du traité s'effectua à bord de tAni^ ^^^ mise. La visite de la reine à bord de cette frégate vM^'deTliiiM eut lieu le 21 juin 4839; elle fut précédée, selon é^râHMm. Fusagc, d*un cadeau consistant en cochons rdtis« siiataîitat. bananes, oranges et cocos. VArtémisef entièrement réparée, avait déployé toute la pompe des jours d^apparat pour recevoir la fdie des Pomaré. Une
(1) V . Louis Reybaud dit encore k se sujet : Quant à Hutroductioa des missionnaires catholiques, nous n> Toyons qu*nn avantage, celui de faire prévaloir , en fait eomme en droit , la volonté et Pis» flnence de la France. Sons raction d'un culte incompatible avec les mcrars du pays , et le caractère de ces peuples , nous avons vu ces générations d^nsulaires dépérir , et marcher vert un anéantissement graduel. Que sera-ce lorsque deux églises rivales se dispute» ront les imes a Taide d'arguties théologiques 7 Talti est-il Iwen e* état de comprendre les subtilités de la présence réelle , et les oentradîctions de cet anthropomorphisme, qui attribuant à nieu une fiirm^ humaine , interdit Padoration de la vierge et des saints T Si les deux camps da christianisme engagent la bataille sur ce temîii, qui ne comprend que le schisme des mamala interviendra pour recueillir les blessés des deux parts T Que la lice soit ouverte au ca^ thotici^me dans l'archipel de TaTti , rien de mieux ; mais qu'il use discrètement de la position qu'on lui a fhite , et quil n^ttpîre pat au plus déplorable des triomphes, a un triomphe sur des mihhs. — Louis Reybaud, la Poiynéiie ei les iUi Mar^miaf p. 167 et 168.
garde de quatre-vingts hommes rendit les honneurs militaires à la reine , qui arriva dans les embarca- . tiens françaises accompagnée de son mari, de sa tante, de deux dames d'horfneur et de ses cousines. Son costume était des plus communs : une robe de soie à fond jaune rayé de rouge et de violet , un petit fichu qui recouvrait à peine ses larges épaules , puis un . chapeau de paille garni de rubans et de plumes blanches, le composaient* Les plumes étaient le seul ornement qui pût la distinguer des femmes qui l'accompagnaient ; eHes étaient aussi bien mises qu'elle, surtout ses cousines. Peu habituée à ce costume de cérémonie, elle y paraissait fort gênée; ensuite la nouveauté du spectacle, la profusion des couleurs du pavois, l'éclat des baïonnettes, la foule des curieux qui l'entouraient, le bruit de la musique et peut-être une arrière-pensée d'intentions malveillantes chez les Français, n'étaient pas de na* ture à diminuer son embarras. Elle fit quelques tours de promenade sur le pont avec M. Laplace qui lui donnait le bras; puis tout le monde descendit dans la chambre du conseil, où une collation était servie. Les convives firent honneur aux mets français et surtout aux boissons. On fit ensuite exécuter à l'équipage quelques mouvements d'exercice qui provoquèrent l'admiration des Taittens; enfin, quand la reine Pomaré quitta CArtéinise^ vingt et un coups de canon ébranlèrent l'air de la paisible baie de Papeiti et réveillèrent bruyamment les échos de là montagne. En môme temps les pavois furent
HISTORIQUR. 393
amenés. Le lendemain la frcgdte Trançaise quittait les rives de Taîti où elle avait séjourné environ deux mois (1).
La protection des sujets français exigeait Tappari- ^^JfJ.Ji^'' tion fréquente de nos navires de guerre dans TOcéa- * ^^^^* nie. Les observations contenues dans le rapport de " *"*"** '**^ Dumont-d'Urville au Ministre de la marine avaient été prises en considération ; elles provoquèrent des instructions!) ce sujet, qui furent adressées au commandant de la division navale des mers du Sud. Au mois de mars 1840, le brick le Pylade, commandé par M. Bernard, capitaine de corvette , fut détaché de la station du Chili , avec Tordre de visiter successi- • vement les îles Mangareva, Nouka-Hiva, Haouaiou Sandwich et Taîti. Ce bâtiment arriva, le 15 juillet 1840, dans ce dernier archipel, où le seul événement survenu depuis le départ de FArtémUe paraissait Être la création d'une troupe de gardes de la reine. Le 16 juillet, après avoir reçu la visite du consul français, le commandant du Pylade eut une entrevue avec la reine Pomaré. Il remarqua (|ue les avenues de sa maison étaient occupées au loin par deux haies de soldats de formation récente. Les coiffures en carton et les ornements de papier de cette troupe attestaient la précipitation et la misôre qui avaient présidé à leur organisation. De rares épaulettes dépareillées distinguaient quelques-
( I) C. Henricy. Journal le National^ !!•• des t9 et ?0 décembre