B80CI88B
de rannée iSOi s'écoula sans hosiilîiés entre les naturels. Au eommeDcementde l'année 1802, à une semaine d'intervalle, deux nouveaux navires de Sidney, te Norfolk et la Yénm , arrivèrent à Matavai pour y chercher des approvisionnements, de plus en plus nécessaires aux établissements de l'Australie. Quelques-uns des navires qui avaient été à Taîli, en avaient rapporté une telle quantité de cochons salés , qu'il était même question de prendre possession de cette lie et d'y envoyer quelques militaires (1). La Vénus partit au bout de quelques jours, en laissant à terre le capitaine Bisbop et six hommes I pour procéder à l'accomplissement de sa mission ; le Norfolk resta seul sur les lieux , mais le 30 mars, un violent coup de vent le jeta à la côte où il fit naufrage. L'équipage, forcé d'abandonner la coque entièrement détruite , s'établit à terre et augmenta le nombre des Européens qui résidaient déjà à Matavaï; ils formèrent en quelque sorte une petite colonie, et comme ils avaient pu effectuer le sauvetage de tous les objets appartenant au navire, ils offrirent à Pomaré un appui formidable dans un moment où les affaires devenaient de nouveau très^ critiques pour lui.
Pnd9)<i« Les dissentiments qui avaient amené l'assemblée
^ViSft^?' des chefs à Pari , au mois de janvier 1801 , subsis- IW2. taient encore. Le feu avait couvé sous la cendre , mais
(1) Moerenhout, Foyage aux île» du grand Océan ^ tome II, page 482. Cet auteur donne le nom de Stwewuê au naTîre nommé reniMparEUif.
BISVOBIQtJC. 455
il iMBacaît d'éclater aveo plus de violence que jamais; rinteniîon de Pomaré II , qui voulait enlever l'idole d'Qro au narai d'Aitahourou , pour la transporter cette fois aur Tairabou » paraissait être le motif de la division des esprita. La superstition seule portait les deux Pomaré i eette démarche , dit M. MoerenboQt;ils croyaient que leur triomphe ne serait point complet tant qu'ils n'auraient pas arraché cette idole à leurs plus dangereux ennemis (1). On doit cependant voir dans eette détermination des causes politiques plus importantes. Les chefs du district d'Attahourou , malgré leur précédente défaite i malgré la mort de Té-maré, formaient toujours un centre de poissante opposition ; à l'abri des privilèges religieux de leur mara! , ils augmentaient le nombre de leurs adhérents de touslescriminelsderile, qui y trouvaient on droit d'a»le; l'enlèvement de la divinité tutélaire qui les protégeait» devait naturellement changer les conditions de leur puissance. D'un autre cdté, le ttpitaine TurnbuU assigne pour cause de l'opposition des chefs d'AttahouroUy l'oppression exercée par les membres de la famille Pomaré , et particulièrenient par Pomaré 11» qui» disait-on» ne mettait aucune iM>rne aux manifestations d'un esprit hautain et dominateur. De tout temps il avait blessé les habitants d'Attahourou » qui» le considérant d'ailleurs comme on usurpateur» étaient toujours disposés à résister
(OVoeitnlKNii, Fayage aux Uêi dmgrOÊ^ Oetfcai » tome O » I*«e4î0.
à ses volonlés et à secouer son joug. L'assassinat du grand prêtre Mani-Mani fut pour eux une .occasion de montrer leur esprit d'insubordination. Les prêtres du grand marai excitèrent de tout leur pouvoir des mouvements insurrectionnels , qui devaient venger la mort de leur confrère (1). Enlèvement de^ Des néffociatious secrètcs , des intrigues sans nom-
l'idole d'Oro. , ^ ^ , ' . , -,
bre et même quelques démonstrations hostiles, ne purent décider les chefs d'Attahourou à abandonner ' l'idole de leur dieu , suivant les désirs de Pomaré II. Ce refus était un échec pour la puissance du souverain. Pomaré et Idia , également intéressés dans la question 9 s'en affligeaient, car d'autres districts , encouragés par .cet exemple, pouvaient se joindre à la résistance du district d'Attahourou. Sur ces entrefaites, une convocation générale rassembla , au mois de mars i802, la plupart des chefs de l'Ile, à Attahourou. Le missionnaire Nott, au retour d'une excursion autour de nie, assista à cette réunion ; il trouva les chefs et les guerriers de Taili réunis dans le grand mara!, où on accomplissait diverses cérémonies en l'honneur du dieu Oro. Le lendemain , quand tous les chefs et leurs suivants furent réunis de nouveau dans l'enceinte du temple, Pomaré et son fils prétendirent avoir reçu dans un rêve l'avis qu'Oro désirait être conduit à Taoutira sur Taîrabou , et ils requirent les chefs d'Attahourou de leur livrer l'image du dieu ; mais les chefs d'Attahourou , et leurs ora-
(1) Ttumlmll , Foy âge round ike fForli , page 151.
leurs élevèrent la voix pour s'opposer à cette translation; le chef Boua surtout déclara qu'il ne consentirait jamais à cet enlèvemeDt(l). Pomaré réclama de nouveau avec instance qu'on lui livrât Tidole qu'il convoitait, mais ses efforts furent très-mal reçus; alors son père, naturellement enclin à la prudence, et craignant une collision , recommanda à son (ils de pemiellre aux chefs d'Attahourou de garder encore Tidole jusqu'à ce qu'une certaine cérémonie eût été accomplie; mais l'arii-rahi ne voulut point accéder à cet avis ; il insista plein de colère, pour qu'on se rendit à ses désirs; les chefs d'Attabourou res^ lérent inébranlables et opposèrent un refus péremptoire à chaque nouvelle instance. Alors Pomaré II se leva plein d'emportement et ordonna à ses partisans d'avancer ; plusieurs d'entre eux coururent aux pirogues, tandis qpe d'autres saisirent l'idole en litige, l'arrachèrent des mains des habitants d'Atta* hourou et la portèrent au rivage.
Cette collision fut le commencement d'une guerre , coem aussi longue qu'acharnée ; elle a été nommée dans les annales de Taiti Te romat-ta- Aotia , la guerre de Roua , du nom du chef principal qui guida les révoltés.
Le missionnaire Ellis, dont l'ouvrage est notre principal guide dans cette partie du récit^ ajoute que les habitants d'Attabourou se retirèrent dans
(I) Hoerenhoat, Foyage aux ikt du grand Océan , tome I, |Mg« 108.
Tanal-ia-Roua. ^
leurs vallées et que Poroaré put mettre sans obstacle ses pirogues à la voile; il se dirigea vers Papara, où, aussitôt qu'il atteignit le rivage, dans la crainte qu'Oro ne fôt indigné du traitement qu'on lui avait fait subir, il sacrifia un de ses serviteurs, n'ayant aucune autre victime à sa portée. Avant de partir le lendemain, pour se rendre à Taoutira , il eut le soin d'envoyer un messager pour avertir les mission* naires de se tenir sur leurs gardes, car il était probable que les chefs d'Attahourou ne tarderaient pas à les attaquer (1). Le capitaine Turnbull, qui se trouva sur les lieux peu de temps après l'événement , mentionne les faits d'une manière différente : d'après lui , les habitants d'Attahourou coururent aux armes au moment où les suivants de Tarii-rahi s'emparèrent de l'idole , engagèrent le combat et reprirent leur palladium après avoir tué plusieurs de leurs adversaires (2). Malgré l'exactitude habituelle de M. Ellis, nous avons cru devoir adopter celte seconde version.
iMatton dt Au bout de quelques jours , les guerriers d'Atta- Teilaha. hourou envahirent le district de Tettaha , tuèrent tous les habitants qui ne s'étaient pas enfuis , brûlèrent toutes les cases et poursuivirent leur course sanglante et dévastatrice jusque dans le district de Pari , qui avoisine. celui de Matavaï. Trois cents guerriers d'Eiméo étaient venus augmenter les forces de Pomaré et avaient campé vers la partie
(1) EUis , Polynesian researches, tome I , page 109.
(2) Turnbull , Foyage round the World ^ page 152*
nord du district de Pari^ mais attaqués par les rebelles ils furent défaits et rejelés sur Matavaî. La présence du capitaine Bisbop à la tète d'un parti de marins anglais, sur le sommet du montTabarai, ar* rèla les vainqueurs et favorisa la retraite des vaincus, dooi le courage paraissait avoir fléchi devant Tidée que le dieu Oro combattait dans les rangs de leurs eooeiuis (!)• Les guerriers d'Altahourou s'arrêtèrent à b limite du district de Matavai ; ils retournèrent sur leurs jfSAf mais en menaçant de revenir prochaine* oient, pour attaquer les missionnaires et les piller; heureusement pour ceux-ci , Téquipagedu Norfolk et les hommes de la Vénug sous les ordres du capitaine fiisliop, avaient pris les dispositions nécessaires pour leur défense commune* Si les missionnaires avaient été seuls dans Tlle, il est probable que les ennemis ne se seraient par arrêtés dans leurs progrès vers Matavai, et qu'ils auraient continué leur «nvre da destruction. Les cruautés, commises par k» guerriers d'Attahourou sur les personnes qui tocnbêrent en leurs mains , dit Tunrbull , furent hor» ribU^. Ils ravagèrent de fond en comble le territoire dr* leurs ennemis; mais ils ne s'aventurèrent pas à attaquer Matavaî où ils auraient trouvé des adversaires supérieurs en force, qui ne seraient plus restés
; 1 , Le» gnerriert Tenus d'Eiméo , dit M. MoerenboiU , te teoaieni duM HOC petite île à Papéïti ;preU à fuir si Peiuiemi se présentait; !*:;•• t ainsi designé est sans doute Motou^Outa^ où se trouve pincée au^. arxJlittt IBM btttterie de canona. ravage anj? iie$ du grand Or<«« , tocne U , paie 4U.
Propositions
des insurgés
aux
Anglais.
Défaite de Pomaré i Tmatira.
neutres une fois qu'ils auraient été provoqués à combattre pour leur propre défense (!)•
Malgré ses menaces, l'ennemi ne tenta pas d'envahir le district de Matavaï^ mais il envoya un messager avec des propositions d'alliance. Les chefs d'Attahourou offraient aux Anglais le gouvernement de Matavai et des deux districts qu'ils avaient ravagés ; si cette offre n'était pas agréée , ils demandaient qu'on les laissât passer librement pour aller attaquer les districts placés derrière Matavaî; du reste, ils manifestaient l'intention de s'ouvrir un passage, les armes à la main , si on opposait un refus à cette dernière demande. Les Anglais , ne voulant pas livrer la population des districts dévastés, qui s'était réfugiée sous leur égide , refusèrent le passage^ mais accédèrent à la première proposition. Le traité fut bientôt ratifié, et les habitants d'Attahourou retournant dans les limites de leur territoire, laissèrent les missionnaires et les indigènes qui s'é* taient placés sous leur protection , dans une tranquillité qui calma leurs inquiétudes (2).
Animés par les succès qu'ils venaient d'obtenir et par la croyance qu'Oro favorisait leurs efforts, Roua et ses compagnons, après avoir offert en sacrifice le corps des ennemis tués, contractèrent une alliance avec les chefs des districts de la partie sud-ouest de la grande péninsule, dans le but de continuer la
(1) Tumball , Foyage round the World , page 153.
(2) Ellis , Polynesian researches , tome I , page 141.
guerre. Ils réunirent toutes leurs forces et projetèrent de marcher surTaoutira où Pomaré était occupé, depuis son arrivée , à offrir des sacrifices et à accomplir diverses cérémonies , pour se rendre propice le dieu dont il avait enlevé l'image. Les rebelles agirent avec tant de rapidité et ils gardèrent un si profond secret, qu'ils surprirent Pomaré. Cependant leur première agression fut repoussée ; mais ayant renouvelé leur attaque pendant la nuit , sans doute pour atténuer Teffet des armes à feu de Pomaré , qui possédait quarante mousquets, tandis qu'eux n'en avaient que quatorze (i), ils remportèrent un avantage marqué. Un chef, proche parent de Pomaré, fut tué. Les guerriers de l'arii-rahi prirent la fuite, coururent à leurs pirogues, et s'éloignèrent du rivage, laissant aux mains des vainqueurs l'objet de cette lutte sanglante , l'idole du dieu Oro. Les insurgés restèrent alors maîtres de Taîrabou tout entier, de la partie sud et de la partie ouest de lar grande péninsule.
Pomaré se réfugia avec ses forces vaincues à Ma- Poiie de Pomar
t3?aj, où, malgré ses revers, il fut reçu à bras ouverts -^* '
par le capitaine Bishop et ses compagnons. Pomaré ^ ADgiais. était désespéré, il ne songeait plus qu'à se réfugier
(OV. Moerenhont indique en outre, nons ne savons sar qnelle «Qtoriié, que Pomaré possédait deux canons. Peut-être lui avaientiU été donnés par le capitaine du Norfolk ; il est à présumer AQafti , d'après le nombre de fusils qu'il avait en sa possession, que n len Anglais ne combattaient pos avec lui ostensiblement , du nioin» ib l'avaient pourvu d'armes et de munitions.
sur Eiméo , le seul endroit où il pensait être en sécurité. Pomaré et son fils croyaient tellement leurs aflaires ruinées , qu'ils ne songeaient plus qu'à la fuite. Cependant» les conseils des missionnaires prévalurent à la longue, et ces deux chefs abandonné*rent le projet de s'expatrier sur-le-champ; ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté , qu'on parvint à leur persuader de ne pas quitter Taîti (1). Le désespoir des Pomaré diminua pourtant quand ils virent les préparatifs que lesÂnglais avaient faits pour leur défense; ils reprirent courage » lorsque le capitaine Bishôp leur dit , que si les habitants d' Attahourou étaient vainqueurs les Anglais n'étaient pas vaincus et qu'ils aideraient Pomaré à reconquérir son pou* voir, dans un moment où il avait perdu toute espérance. Pour la première fois , on voit les missionnaires anglais se mêler indirectement aux affaires pplitiques du pays ; il était de leur intérêt de conserver la domination de Pomaré , c'était aussi l'intérêt de la colonie des Nouvelles-Galles du Sud; de sorte qu'il y a lieu de présumer, qu'ils intervinrent pour engager les marins établis à terre, à prendre parti dans cette guerre , quoique rien ne prouve que cette détermination n'ait pas été prise uniquement par le capitaine Bishop , sans leur médiation : car on doit remarquer que les équipages du Norfolk et de la Vénu$y obligés d'attendre le retour d'un navire, sans moyens de fuir le danger, devaient,
(1) TurnbuU , Foyage ronnd $he fForldf page 153.
avant tout, songer à leur conservation, liée en quelque sorte à celle de leur ancien allié Pomaré , qui , seul d'ailleurs, pou val t favoriser le trafic qu'ils étaient >enus faire à Matavai. Quoi qu'il en soit, la demeure des missionnaires fut convertie en véritable forte*» resse. Les enclos du jardin furent abattus. On coupa les arbres environnants, afin de priver l'ennemi d'un abri favorable pour faire jouer tes frondes ou pour faire usage des mousquets qu'il possédait. La chapelle construite avecTaide de Pomaré , il y avait deux ans, fut aussi abattue, pour que Tennemi en l'incendiant ne mit pas le feu à la maison contiguê des missionoaires^on forma des palissades tout autour de cette maison , et on sema des morceaux de bois armés de clous, dans les sentiers quiy conduisaient. Quatre pe* tiu canons , sauvés du naufrage du Norfolk, furent placés dans les chambres supérieures de l'édifice , et celte batterie improvisée fut garnie de matelas et de coffres pour arrêter les projectiles de l'ennemi. En faisaat ces préparatifs , les Anglais s'attendaient jour» Qellement à une attaque , car les insurgés , maîtres dclaplusgrande partie de rile, devaient désirer naturellement de la «enquérir en entier , et Hatavaî était le seul point qui fût en état de résistera leur agres« sioo. Plus d'une fois l'alarme se répandit subitement ; soudain le bruit courait que les ennemis venaient d'envahir le district par l'est; d'autres rumeursannon* <.^ient l'invasion par l'ouest, et il arrivait même qu'on annonçait l'invasion des deux cotés à la fois; de sorte que les Européens étaient oonstamment sur l'éveil.
llasiaere
d'Atlahourou*
Arril 1S02.
Arrivée du Nautiiui.
' Coopéra tion des Anglais.
Pomaré, de son côté, fit ériger quelques travaux de fortification sur le mont Taharaî, pour empêcher le passage de ce côté; pendant qu'il était occupé à ces travaux, il reçut la nouvelle que les ennemis* occupés à ravager la presqu'île de Taîrabou , avaient laissé Àttaliourou presque sans défense; il profita de la faute de ses adversaires pour diriger une expédition contre leurs foyers; une troupe nombreuse se mit en route pour To^ou te ohoua , frapper dans l'intérieur des demeures. Cette troupe ayant atteint à la faveur de l'obscurité le district d'Attahourou, elle fondit subitement, vers minuit, sur les hommes invalides ou accablés par le poids des ans, sur les femmes et les enfants qui n'avaient pas suivi l'armée, et commencèrent aussitôt, à la lueur des torches, un massacre qui dura deux heures. Deux cents cadavres épars sur la route des guerriers de Pomaré, témoignèrent de leur implacable cruauté. L'horreur de cette alroce boucherie, commise sans distinction d'âge ou de sexe^ ne retombe pas seulement sur Pomaré qui l'avait ordonnée et qui trouvait peut-être son excuse dans les mœurs du pays, mais elle doit encore être imputée âP un. Européen , Andrew Lind le Suédois, qui présida à cette œuvre de sang (i).
Cet acte de cruauté souleva le ressentiment des insurgés a un tel degré , qu'ils vouèrent la famille de Pomaré à une entière destruction; ils allaient
(0 Tuinbull , Foyage r<mnd the fFortd , page 297.
réunir leurs eflTorts pour assouvir leur désir de vengeance, lorsque le brick Nautilus arriva, et vint porter on nouveau renfort à la cause embrassée par les Anglais de Matava!. Pomaré obtint du capitaine de ce bâtiment, d'être conduit dans une embarcation 8ur le rivage du district d'Attahourou , où il voulait déposer une offrande propitiatoire à Oro. Cette démarche indique à quel point les démonstrations religieuses étaient sacrées aux yeux des indigènes, car ils laissèrent Pomaré s'approcher des lieux où il venait de faire exécuter un carnage impitoyable, sans Tattaquer. Son pèlerinage s'accomplit sans obstacles. Il ne fut pas admis dans l'intérieur do mara!, mais il put déposer des offrandes sur le rivage le plus rapproché du temple, avec l'espérance qu'Oro , fléchi par ses prières et la richesse de ses dons, lui accorderait sa protection et loi rendrait sa prospérité passée (1). Au retour de eette course j Pomaré sollicita l'aide du capitaine du Niuibi$ dans la guerre qui allait éclater. Ce capitaine convoqua une assemblée de tous les Européens restant sur l'tle et leur proposa d'aller attaquer les ennemis de Pomaré; mais les missionnaûres ainsi que le capitaine House combattirent ce projet et le firent ajourner en l'absence de Pomaré. Peu de temps après ce chef vint de nouveau solliciter une intervention armée; une nouvelle assemblée fut réunie ; elle décida que tous les Anglais, à
(1) EllisyPotyiiciîaii r$êêarchê$t tome 1 , page 1 14.
l'exception des missionnaires, s'armeraient pour la cause de Pomaré ^ toutefois les missionnaires assu* rnaieht sur eux la responsabilité de la conduite des capitaines , qui , dans cette circonstance , agissaient contrairement aux. ordres du gouverneur de Sidney (1). Pour que les Anglais , rassurés maintenant par la présence d'un navire qui leur offrait dans tous les cas un refuge ^ prissent part aux hostilités qui allaient avoir lieu , il fallait qu'ils eussent un intérêt particulier. Peut-rètre voulaient-ils s'assurer la possession des districts de Matavai ou de Pari, ou tout au moins Texploitation du commerce de salaison qu'ils faisaient avec Sidney. Quoi qu'il en soit , leur coo-* pération ne se fit pas attendre ; le 3 juillet 1802 , le capitaine Bisbop et un officier du NautiluSf à la tête de vingt-trois hommes (2) , munis d'armes à feu et d'un canon du calibre de quatre, accompagnèrent les troupes de Pomaré marchant à l'attaque du dis-* trict d'Attahourou, Les missionnaires restèrent à Matavaî, à l'exception d'un seul qui accompagna I9 détachement en qualité de chirurgien.
Invasion En arrivant dans le district ennemi onJe trouva
du district ^
d'Àiuhourou. désert ; la population s'était réfugiée dans un pari
3 Juillet IM2.: Q^ forteresse, situé à environ quatre milles de la
baie. La nature du sol rendait cette retraite presque
(1] Moerenhont, Foyage aux iUi du grand Océan^ tome II , page 436.
(2) M. Moerenhout porte le nombre des EHropéens a quinze en tout , y compris le capitaine Bishop et le second du NautUui. Voyage aux ikê du grand Océan^ tome {I, page 437.
inexpagnable. Les seules avenues qui y conduisaient étaient coupées par des palissades ou des obstacles qui s'opposaient à la marche, et il eût été trèsdifiicile, sinon impossible, de tenter un assaut avec succès. Dans cette position la journée se passa à échanger une fusillade sans effet. L'éioignement la rendait inoffeosive, mais l'ennemi lançait du sommet des hauteurs des pierres, et tirait des coups de fusil qui avaient plus de portée; un des hommes de Pomaré reçut une balle à travers le corps. Les Anglais étaient sur le point de retourner sur. leurs pas et de s'embarquer, lorsque les insurgés, excités par les défis et les insultes d'un jeune homme , connu des Anglais sous le sobriquet de To morrow morning, encouragés par une forte pluie qui, selon eux, devait rendre les armes à feu inutiles, firent une sortie et le poursuivirent ainsi que ses compagnons , vers la mer. Là, la mousqueterie de Pomaré les arrêta déjà elles força de battre en retraite; cependant au bout dequelques instants, ils se rallièrent et firent de nouveau face à leurs antagonistes. Ce mouvement donna le temps aux Anglais d'arriver pour prendre part à l'actioD; \ leur vue les insurgés, saisis d'une terreur panique, s'enfuirent précipitamment. Dix-sept guerriers, parmi lesquels se trouvait Roua, le chef redoutable de la ligue , périrent dans ce combat ; les partisans de Pomaré, suivant leurs usages barbares , tuèrent les prisonniers et traitèrent les cadavres avec la dernière brutalité. Le même jour, un détachement de guerriers de Papara , en marche pour
se joindre à l'ennemi , fut arrêté dans sa route et presque entièrement détruit ; le chef qui le commandait était accompagné de sa femme ; tous deux furent tués dans le combat , et leurs corps subirent d'horribles mutilations.
Réponie da ehef Le lendemain matin , Pomaré et ses alliés mar-
TaaU-hi.
chèrent de rechef sur le fort où les naturels s'étaient renfermés de nouveau ; mais ils furent désappointés en le trouvant bien défendu et rempli d'hommes bien déterminés à résister jusqu'à la dernière extrémité. Une femme fut envoyée avec un pavillon de parlementaire vers les assiégés, pour les informer du nombre de leurs morts , et pour leur proposer des conditions de paix. Elle arriva sans obstacle parmi les insurgés , mais elle trouva chez eux une opiniâtreté insurmontable à ne vouloir céder sur aucun point : lorsqu'elle leur dit le chiffre de leurs guerriers tués, ils parurent indifférents; ils répondirent qu'ils ne connaissaient pas ces guerriers^ et quant au chef Roua, il était bien plus probable qu'il s'était noyé dans la rivière, plutôt que d'être tombé entre les mains des ennemis ; ils témoignaient par leurs discours qu'ils ne voulaient en aucune façon subir le joug de Pomaré , et même le chef, Taatorhi ou Toatarit , renvoya le parlementaire en le chargeant de répondre à Pomaré : « que lorsque lui, Taata-hi, au- » rait éprouvé le sort de Roua, alors seulement, et » non pas avant, on pourrait espérer la paix (1). »
(1 ) E;ilii , Polyneêian rn$arcke$ , tome II , page ^1 %.
Comme il ne paraissait pas probable que la place ^^^^^me pût êlre attaquée avec succès , et les insurgés étant *"i®pbien déterminés à ne pas accepter aucun des termes *• ••** ^•^ de la capitulation que Pomaré leur offrait, le capitaine Bishop se décida à retourner à Matavai. Pomaré, réduit à ses. seules forces, partit aussi un jour après et se rendit à Pari, à douze milles du lieu d'embarquement; là il établit son camp, et, quoique la paii ne fût pas conclue , les hostilités furent suspendues pour quelque temps. Peu après le retour du capitaine Bishop , le Nautilus mit à la voile. La Vénur arriva aussi sur ces entrefaites ; et alors, ce capitaine elles hommes de son équipage, quittèrent nie le 19 août 1802(1).
L'affaire d'Attahourou était loin d'être décisive, comiMt d'Biméo. mais elle diminua beaucoup la force des insurgés ^^ dont on n'avait plus à craindre les entreprises de longtemps. Quoique toujours en armes, Taîti jouit pendant quelque temps d'une certaine tranquillité; seulement, à Eiméo, il y eut quelques révoltes promptement réprimées : le parti de Pomaré y gagna une bataille dans laquelle un vingtième des rebelles périt (2).
Les navires de la nouvelle colonie , de Port-Jack- DUaue. luiadiet son, venaient chercher constamment des approvisionnements qui manquaient en Australie. Au mois de septembre 1802 , le capitaine Turnbull , embar-
(I) EUk,.Poliriie»taii researeheê, tome I, page 115. (?)lfoer«Dlioat» ravage aux iU$ du grand Océan, tome II, page 440.
épidéoii<iaes.
470 ES<)UISSE
que sur le navire le Margarety arriva sur la rade de Matavaî où se trouvait déjà le bâiiment de guerre le Porpaise^ commandé par le^ lieutenant Scott; ce dernier navire avait amené un dessinateur, M. Lewin, chargé par le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud de prendre des vues deTlIe, mission qui semble confirmer l'intention de s'emparer d'une portion de Taiti.
Le capitaine House du Norfolk se trouvait encore à Matavai ; ce fut par son entremise qu'on apprit que les ravages de la guerre de Roua et les achats des Anglais, avaient rendu tout approvisionnement impossible. La population soulTrait d'une grande disette de vivres 5 c'était avec difficulté qu'on pouvait se procurer assez de viande fraîche pour nourrir l'équipage du Porpoise. Les officiers du Margaret reconnurent bientôt la vérité de ces assertions , car le seul cochon qu'ils purent obtenir, fut celui dont les missionnaires leur firent cadeau (1). L'état de guerre précédent n'avait pas seulement eu une funeste influence sur les productions de Ttle, mais encore sur la population qui avait diminué d'une manière effrayante ; aux maux de la guerre il fallait ajouter le fléau des maladies qui menaçaient de rendre le pays désert. A cette époque la population de ces îles, dit Turnbull , avait décru d'une manière eflrayante : celle de Taïli n'était plus évaluée qu'à cinq mille habitants -, les naturels étaient persuadés que la plupart
(1) Tumball, Voyage round ihe Worldy pages 131 et 134.
des maladies qu'ils éprouvaient provenaient des navires qui les avaient visités. Ils attribuaient à Cook l'introduction des fièvres intermittentes et les défornationsde la taille , à Vancouver une épidémie de dyssenterie qui avait tué un grand nombre d'individus en peu de mois; ils accusaient Biigh d avoir importé les scrofules. On a déjà vu plus haut qu'ils attribaaient aussi aux missionnaires ta mort de plusieurs personnes (i). Ces accusations populaires pro- Tenaient sans doute de Taccroissement déplorable de certaines maladies, dues au contact des Européens et dont les ravages étaient terribles; Tcxtrème licence des mœurs à Taiti, propageait leur influence morbide , et bien peu de naturels étaient exempts de leur atteinte. On se figure aisément les déplorables réMiltats de ces maladies , chez un peuple qui ne ttfait pas 8*en préserver et qui n'avait aucun remède i leur opposer. TurnbuU vit mourir un grand nombre de jeunes gens, dans toute la force et la vigueur de V&ge, sous l'empire de ces causes pernicieuses aoxqudies ils ne savaient pas se soustraire, et 4(01 étaient aggravées par leur ignorance et une sorte de doctrine de la fatalité, qui prédominait chez eut; les malades étaient abandonnés à leur sort; iouveot des indispositions faciles à guérir avec des ftoius appropriés à leur nature, se terminaient par b mort. Pomaré avait lui-même payé le tribut aux auladies qui détruisaient la population : dans le cours
Soumission de Pomaré
de la campagne qu'il menait de terminer contre Attahourou, il avait ressenti les premières atteintes d'une indisposition qui s'aggrava au point d'inspirer des alarmes pour sa vie. Comme dernière ressource contre un mal qui devenait de plus en plus menaçant, Pomaré demanda aux missionnaires de faire tirer deux coups de canon au navire te Margaret^ pour apaiser la colère de la divinité dont il éprouvait la colère. Le capitaine du Margarei accéda à ce désir, et ce remède d'un nouveau genre parut hâter la guérison du malade (1).
Cette indisposition n'avait pas empêché Pomaré de 'deMomiu' visiter /e Margarei dès son arrivée, et de réclamer un cadeau de poudre et de fusils. A ce sujet , il se passa une petite scène qui montra aux Anglais , que Pomaré, quoique encore régent de l'Ile , était cependant bien déchu de ses prérogatives passées. Un jour que la famille régnante était à bord, on fit cadeau à Pomaré d'un mousquet en bon état, et on donna à son fils , Pomaré II , désigné encore sous le titre d'Otou, qui se trouvait dans une pirogue près du navire, une arme à feu d'une qualité inférieure ; mais l'Otou réclama l'arme de son père à k place de ceHe qu'on lui avait donnée : il la demanda en sa qualité de chef suprême ; l'échange eut lieu sur le champ. Pomaré, se soumettant à la volonté de son fils, se contenta de l'arme qui était destinée à celui-ci (2).
(1) TnrabnU, Foyage round the fTorld^ pages 149 et 335.
(2) Turnbttli , Foyage round ihe fForld , page 139.