IM
ri; Tiahall , Foyof» r^nmâ fk$ WùtU , pftge 26S. ' « ) DliB, ^wifMMMii T$$0wrth$$y Uwkt I y pi^s^ 119.
cbaienuu contraire à aoquérîrdea éléments da force pour engager de nouveau la luue; ils demandaient sans cesse aux étrangers des armes à feu , et s'efforfaient de recruter des auiiliaires parmi eux (1) .
Cette propension à la guerre élait générale dans rArchipel ; au commencement de l'année 1803, Pc** mare reçut de fréquentes visites de deux chefs de
l^u)l indi<{ue Téliit dçs espriU à cçt^e épcxpie :
Le penchant des insulaires à faire la guerre avait les conséquences les plus fatales pour leur bien-être ; ils araient acquis une férocité 4e mœurs qui ne paraissait pas naturelle à leur caractàpa , et ils çhercbi^ieiit ftvep fiTidit^ Talliance 4^ qu^lq^et £;i|ropéen| déterminés, qui pissent les guider i|u combat itYçc é^es chances de succès. Andrew le Suédois avait toujours été le guide des troupes de Pomaré; il avait été souvent considéré conime un sauveur dans les momeuti leaplun <)uig<ureQ¥ > c'était lui qjoà , dapa la denûère guerre 4^At* tahourou, avait dirigé Tinvasion et av^it frappé les plus ru4es qoi^ps dans le massacre nocturne qui porta la désolation dans les familles des ennemis; cependant les services 4^ cet Européen , plus HUTage que \ç$ saayaget eux-m^mes 9 n'avaient pas été récompensés; il «y^Kreçu 4e grAudes promesses, n^ais il n'eut pM plus tât accompli les désirs de Pomaré , en Iç sauvant d'une ruinç imminente, qu'il fut délaissé et il éprouva les effets d*une ingratitude qui le Biëeonleiita ai:^ plus haut degré. Lorsque la paix fcit rétablie, ^ se ïf\\\ fLU serrice 4» capitaine Tiwiih^U , ^i IV^opmpcignii d^iis différents districts hostiles à Pondre. Il reçut partout la réceptioa la plus bienveillante , quoiqu'il eût tué dans les guerres précédentes pkiiieuni parents des chefii qui lui donnaient l'hospitalité ; ^ rQ9Qianiée était si grande, qu'on lui fosajt da toutes ptairliB des propositions avantageuses ponr c^f^er de parti ; cm lui oOrit des maisons , des terres et des pirogues pour l'engager à abandonner Pomaré. Andrew, qui n'avait contracté i^neune obUg^tion envers ce chef, étai^ très^isposé k accueillir lep o||v«K|«re8 qtl^ lui
HISTOIIQUE. i75
fiora-Bora, dont I'ud prenait le titre de parent de Fomaré II ; ils venaient dans le but d'obtenir de b poudre et des armes à feu, qu'ils désiraient acquérir au prix des plus grands sacrifices; ces hommes demandèrent à Turnbull le plus grand secret sur leur démarche, de crainte que Pomaré II ne trahit leurs desseins auprès des habitante de Raiatea.
ftmit ; malt lei miMiomuirei, effrayët des ooniéqQencet d^nn pareil
évcnanent, murent leun inatânoes pour le persnader d'abandon-
acr Mlle réaolntkm ; ib ne rénMirent pat d*abord ans leurt ef-
fÊgU dm eoaeiliaUon ; Andrew ae plaignait bantement dVoir ëtë
«■▼est Cfompé par Pomaré, qui oubliait ses promesses, on éludait
d*aeoorder la récompense promise , une fois que son but était atteint.
Cet grieCs étaient réels, car il était arrivé sooTentqne, malgré Totilité
es sfli Mrriofls, Andrew avait en peine à trouver sa subsistance.
Csydant Pomaré , instruit de se qui se passait, fut épouTanté
ém mnteê de cette défection. U accourut eu toute hâte à Matavaï
pov Icoler de se réconcilier avec Andrew. Idia lui rappela en le
csiobat y que lorsqn^il avait épousé une parente de la Ikmille ré-
punis , on lui avait donné la jouissance d*un terrain ; mais le
aMiois fut inflexible, jusqu^à ce que Pomaré , après de longues
iBpvtnaiions , lui eût accordé la propriété d\me pièce de terre.
CttÈt lAire fut arrangée à temps, car si Andrew avait été sVtablir
fmà k» hubîtanls des dtstricis ennemis , les résultats auraient pu
at à Pomaré, mais encore aux missionnaires.
, été un ennemi dangereux , car il était aussi actif que cou-
: , quoiqu'il fût atteint d'une éléphantiasis qui gênait sa
n était sons tous les rapports apte a guider un parti de
I , el il aurait pu commettre les plus grands désordres.
tft formé un centre de ralliement où seraient venus se group-
I tes Européens mécontents , les marins déserteurs et les
ODOvids échappés aux établisMments pénitentiaires de l'Australie
qni conuMoçeient déjà à infester ces parages.^Tumbnll , Foyugê
Naufrage du Margarei,
Nouveaux auxiliaires de
Pomaré.
476 ËSQUiddÉ
Pomaré P' avait sans doute un but politique en favorisant la mission de ces deux chefs (1).
Pomaré n'avait pas abandonné ses projets hostiles sur Attahourou , pendant l'espèce de trêve qui avait succédé à la guerre de 1802 ; il les avait seulement ajournés en attendant un moment favorable pour les mettre à exécution. Ses préparatifs étaient achevés, et il était prêt à entrer en campagne, lorsque le naufrage du Jlfar^arecsur les îlesPaliser, amena à Taîti un renfort d'Anglais qui vinrent à point nommé pour aider ses desseins. Lorsque les débris de ce navire, convertis en radeau , arrivèrent à Ta! ti , Pomaré se hâta d'aller au secours des naufragés, qui avaient abordé non loin d' Attahourou ; il les conduisit dans une de ses maisons , il leur fournit des aliments et n'épargna rien pour alléger leurs souffrances. Comme il était à craindre que les habitants du district voisin ne vinssent les attaquer, dans l'état de faiblesse où ils se trouvaient , il passa la nuit auprès d'eux , et prit toutes les dispositions nécessaires à leur sécurité. Cette conduite n'était pas tout à fait désintéressée, car quelques jours plus tard il demanda des cadeaux en récompense; il réclama surtout, le concours de ces marins dans la guerre qu'il allait entreprendre; il leur expliqua ses plans et leur dénoontra la justice de sa cause. Son inimitié provenait, dit Turnbull, de ce que la consécration de Pomaré II ne pouvait être complète, que lorsqu'une cérémonie serait ce-
(1) TnrnbuU , Foyage round the WorU , page 29?.
lébrée dans le maraï d'Attahourou où résidait Oro , le principal objet objet de la vénération des Tailiens, ei de ce que les habitants d' Attahourou » considclant Pomaré H comme un usurpateur, avaient jusqa'alors opposé des délais à raccomplissement de cette cérémonie. Pomaré s'adressa surtout aux deux cipilaines du Oargaret et les engagea avec instance à le seconder ; mais ceux-ci déclinèrent de prendre part 4 des querelles qui ne les concernaient pas , n'ayant pas de propriétés à défendre ; toutefois ils mirent à sa disposition l'embarcation qu'ils possédaient encore, ainsi que son armement, et l'assurèrent que A ses «inemis l'attaquaient, soit à Pari soit à Matani, ils le défendraient jusqu'à la dernière extrénité. Pomaré eut alors recours aux gens de l'éqaiptge; voyant qu'ils se souciaient également pen de ses prétentions et de celles de ses advernires » il toucha une corde plus sensible , en leur obini le pillage du district ennemi; il leur promit fseles cochons, les étoffes, les femmes, etc. , leur apprtiendraient en entier. Les marins du Margaret ne féaistèrent pas à des offres aussi avantageuses ; ils consentirent à l'accompagner et à combattre pour Ini; secouant le joug de la discipline, ils s'assemhlèrent en corps et réclamèrent au capitaine TurnboU et à l'ancien capitaine de leur navire , la remise des fusils et de la poudre sauvés du naufrage. Ces deux officiers s'y refusèrent; ils eurent recours an missionnaire JeiTerson, président de la mission de Tait! , qui , étant pourvu d'une commissoin de juge
478 ssQtîissB
de paix du gouvernement de la Nouvelle -^Galles du Sud, 8'opposa aussi , en cette qualité , à satîsfiûre à la réclamation de ces marins (1).
de Po^'rt." Après avoir sacrifié une dizaine de victimes ho* 1^3. maines, pour implorer la protection du dieu des ba*^ tailles, Pomaré II , son jeune frères chef de Tairabou^ Pomaré F', Idia, Weïdoua et Wairidi Âhoou , suivis de dit Européens, se mirent en marche au cooimeû*» cément du mois d*août i803, ne laissant derrière eut que quelques vieilles femmes et des pêcheurs chargé* d'approvisionner Tarméé. Cette troupe s'avança trés*^ lentement et avec la plus grande prudence. D'aprèê Turnbull , ce fut pendant cette marche que lé Jeune Te arii*navao-roa deTaîrabou mourut (2) ; dans le récit de M. Ellis, cet événement est indiqué à la date du 19 juin i803, antérieurement à l'expédition (3). Nous pensons que les indications de Turnbull doi^ vent être préférées. Elles portent en substance que, vers Tannée 1802, le jeune chef de Tairabou quitta sa presqu'île pour venir résider auprès de 8espa«> rents; il était atteint d'une maladie qui empirait journellement et qui paraissait être la phthisie; son père Pomaré, sa mère, tous ses parents et môme tous les chefs , lui donnèrent les soins les plus em« pressés. Des sacrifices humains furent oflérts pour détourner la colère des dieux, leurs autels reteniis-
(1) TttrnbnH, Foyage round thê World» pages 300 ^ 30(, d07, 319 et 320.
(?) Turnbull, Voyage round the World, page 320 et 321. (3) Ellis» Polyntsian researehesy tome I , page 121.
HISTORIQUE. 4l9
nieat de suppUoaiioDS, et les prêtres reçurent les plus riches offbndes; on Imposa même à Is populàlion des mesures eieeptlonnelles pour apaiser les puis^ nceseélésteÉ; pendant un ceriaiti tiombrede joUM, sa ne permit pas d'allumer du feu nulle pan; mais riso ne pot sauter le jeune arii-natao-roa, qui par* l^eait la mauvaise fortune de ses prédécesseurs, SHNtsaotti dans un âge très-tendre. Idia IVit très^afr lifée de oei événement t car ce fils était l'objet de son sflection particulière i undisque PomarélI était pré^ téré par aon père. Le jeune chef de Tairabou était ééfk marié) malgré les regrets inspirés par sa perte , ttfeuve ne reçut qu'une portion de terre très*exiguê, pour potlnfoi^ à ses besoins) touteibls* eu raison de m parenlé atec Pomaré II» dont elle élalt * la fois la bdle>«Bitr et la oousinei elle oohtinua à demeurer tfesla fiimiilerégmuite. Les missionnaires tisltèrent Mquemmeat l'arii-navao-roa pendant son séjour i Hri I el lui adminiatrèrent même , les remèdes dont ib paanîent disposer { le chirurgien attaché i la nisM était détenu le tajfo le plus cher du malade ; peal^êlre eûl-il succédé A son pouvoir et à ses prsfiriélés si déjài à cette époque, les indigènes a avaient pas pris la résolution d*eiolure les étrao^ grrs de toute participation au pouvoir. Peut-être aeasi ne réussit-il pas » parce que n*ajant aucune des qualités d'un guerrier, les indigènes ne le considéraient paa comme un chef qui p<Ulehr convenir (i)«
1) TimbaU , rayoft raaa4 tk$ Ww\é , |mss >2t •
Un grand nombre d'indigènes attribuèrent cette mort aux missionnaires, car ils étaient persuadés que leurs prières étaient autant de charmes qui tuaient-, cependant on supposa aussi qu'elle provenait des enchantements d'un prêtre d'Oro» nomméMelta» qui avait la réputation de jeter des sorts : on croyait qu'à la prière de ce prêtre , le mauvais esprit était entré dans le corps du jeune chef et l'avait détruit (i). Des cérémonies sans nombre avaient été accomplies pour combattre cette funeste influence. Les exhortations des missionnaires qui condamnaient ces pratiques, furent peut-être la cause de Téloignement qu'on leur témoigna plus tard.
RcmiMderidoia Le missionnaire Ellis, en parlant des opérations de l'armée de Pomaré à Attahourou , dit seulement que dans l'été de l'année 1803 , une grande assemblée de chefs et de guenriers se réunit dans ce district , que Pomaré II demanda l'idole d'Oro une nouvelle fais, et qu'on lui accorda l'objet de sa demande , malgré la résistance opposée précédemment Mais Turnbull a consigné d'autres détails de cet événement : d'après lui, l'armée de Pomaré étant arrivée dans le district d'Âttahourou, elle rencontra le chef du parti des rebelles qui affectait d'ignorer le but de cette invasion; il demanda gravement le motif de cette visite. On répondit avec la même gravité qu'elle était faite dans un but d'amitié, et, des deux côtés, les troupes se tinrent sur leurs gardes.
(I) Ellif y Polynésien reieareheê^ tome I , page 121,
iTOro.
ibis le parti de Pomaré était tellement supérieur en nombre à celui de ses adversaires , que la majeure partie des habitants d' Attahourou opinèrent pour la soumission. Les chefs qui auraient voulu engager la lutte devinrent alors trop faibles pour résister seuls ; ik furent obligés de se courber sous le joug qu'on venait leur imposer. Tout le pays fut alors soumis à hMDaré, qui sur-le-champ, déposséda les principaux cbefii de leurs terres pour les diviser entre ses amis. Mia reçut une grande partie de ces domaines; la feaved*Oripaia, Inna-madoua, eut aussi une grande part à la munificence du souverain ; elle était telle- ■MDt aimée par la population, que tous les indigènes sppbudirent à la décision de Tarii-rahi , à Texceptieo toolefois de ceux, qui avaient été dépouillés (1). An milieu des cérémonies qui suivirent l'assujettissemeot final du district d'Attahourou , au moment oà il venait de relever son pouvoir abattu et de recon- «pèrir une omnipotence incontestée, Pomarél^moumtaoodainement. Le 27 août 1803, un navire arriva à Taitj : c'était le Hape, selon TurnbuU (2), le Hun, selon MM. Ellis(3)etMoerenhout(4); Pomaré avait quitté Attahourou pour venir préparer à Pari u cadeau de vivres , qui , selon Tusage, devait lui être payé largement. Le 3 septembre » après avoir
;t) THfBlMin, Fa^fa§0 r<mndth€ World , pag« 321 et 322.
;;; tambcill , yopage round the 9ForU , page 324.
(3} EIIm, PolyiM^îafirMMrcibMy tome I, page 124.
(4^ HorabiMl, ^ofO^a amxikê 4m grmud Océans tome il,
40PMuréI«î.
4Ô2 ESQtitSsks
fait un repas, Pomaré, àccotapagné de dêUx Serviteurs qui conduisaient sa pirogue, se dirigeait Vers le navire anglais , lorsquMl sentit subltetaetit Une douleur dans le dos; il y mit là main , puis de levant en sursaut, retomba sur-le-obâmp Sur lecôtéderembarcation où il expira instantanément. Ledpagaleurs effrayés rebroussèrèUl chemin et cottdUiî^irêUt , eil toute hâte, le corps de Pomaré dahs sa demeure; de Pari, où Idia, qui se rendait aussi à bord du navire, arriva un instant après. Elle envoya message SUf message pour demander àux mis^iontiâires \ei i&' cours de leur chirurgien , à qui te Capitaine Tumblili recommanda la plus grande circonspeetioti, afin que les indigènes ne pussent pas imputer cette mort aux missionnaires, comme ils Tavaient déjà fkit poUr lé chef de taîrabbU. Lorsque le ehlrurgietl arriva, il trouva la famille dans Id plus profonde douléUf. Weïdoua était inconsolable, et on avait grand' peibe à Tempécher de se suleider. On attribuait la mort funeste de Pomaré au sacrilège qu'il avait ôommis en i prenant au maraî d'Oro, une pièce d^étoffe dout il
[ avait revêtu son fils; soUs Timpression dé cette idée,
[ on eut recours à un singulier remède pour le ràp^
I peler à la vie : on fut chercher le corps d'un bommé
! qui avait été sacrifié trois semaines auparavant , et on
[ rétendit sous le corps du chef, dans l'espoir de flé-
chir les rigueurs de la divinité offensée (1).
L'arii-rahi était à Attahourou, lorsque son père
(1) Tumbull, Foyage round the fForld^ p. 324, 324 et»26«
mourai. Il envoya 8ur4eH;hamp plusieurs messagers à Pdtri , pour demander qu'on lui apportât le corps de Pomaré; mais les raatïras et les chefs du district firent des représentations à ce sujet; Idia se joignit i eux et la translation ne s'opéra pas (1).
Telle fut la fin du chef qui a joué un si grand rôle dans l'histoire de Taîti ; il mourut dans le district de Pari qui l'avait Vu naître cinquante ou soixante ans auparavant. Simple chef de district » mû par un es-^ prit entreprenant et ambitieux , il était parvenu à conquérir la suprême puissance; favorisé par les ciroonslances » secondé par les marins anglais qui non-aeuiement lui fournirent des armeset des muni •*tiens , mais qui combattirent aussi pour lui , il avait su s'emparer et transmettre & ses héritiers une posi» lion à laquelle il ne pouvait espérer d'atteindre. Comme là plupart des chefs des lies des mers du Sud» il était très^rand et très-^robuste ; sa taille atteignait un nètre quatre-vingt-treize centimètres de hauteur. 11 était bien proportionné ; ses membres étaient agilea et vigoureux ; on le voyait souvent à Mata^ vai marcher à grands pas, en se servant > pour aider sa marche ) en guise de bâton, d'un lourd casse-* tète qui eût été un pesant fardeau pour les forces ordinaires des indigènes (2). Ses traits étaient ouverts et prévenaient en sa faveur (8), sa contenance grave
(l)|£Uii, Polyneitaii re$€arch€i, tome I^ pif;e 127. (?) Ellis » Foiffnetian researehes, tome I , page 123. (3) Fair le portrait contenu dans la Relation dn 2* voyage de Cook, looM I , paga U9. Éd. de l77S ; Firif .
et digne; sa conversation affable. Il aimait à questionner les Européens : la plupart de ses demandes étaient puériles ; cependant quelques-unes portaient l'empreinte d'un esprit pénétrant et curieux, surtout à l'égard des choses relatives à Fart de la guerre; il demanda fréquemment aux officiers du Margaret s'ils étaient capables de fabriquer de la poudre à canon, qu'il avait longtemps prise pour la farine d'un végétal jusqu'à ce que les marins du Bomty l'eussent détrompé. Il désirait connaître les matières qui entraient dans sa composition, et surtout-si le sol de Taiti pourrait les fournir ; il cherchait aussi à savoir si l'armurier du navire pourrait faire des fusils. Les autres questions qu'il adressait roulaient à peu près sur les mêmes sujets ; quelquefois il demandait si le roi d'Angleterre était aussi grand que lui , s'il avait une apparence aussi avenante et des vêtements aussi élégants. Les idées d'élévation et de domination ne l'abandonnaient jamais, et son désir de s'instruire était tel qu'il passa souvent des heures entières à examiner minutieusement les objets contenus dans les navires (1). Son apparence bienveillante , continue Turnbull , le faisait aimer de ses sujets; mais il aurait été difficile de décider si cet air était naturel ou simulé. Il inspirait cependant une entière confiance ; il était considéré comme le père de son peuple, quoiqu'il ne parût rien avoir de plus à cœur que de le dépouiller et de s'enrichir à
(1) Tornbiill , Foyagê round tke fforU , page 141.
ses dépens. C'était un sauvage d'une grande adresse et de beaucoup de ruse ; il avait quelque chose audessus du commun dans son extérieur; ses manières étaient engageantes, mais ce n'était qu'un masque qui , soiis l'aspect de la candeur, cachait une pro-> fonde dissimulation. Dans la prospérité, il était d'une flerté intolérable envers ses ennemis, et, par une conséquence de son tempérament impressionnable, il était extrêmement abattu dans l'adversité; mais le trait le plus saillant de son caractère était une sorte de prévision et de prudence qui lui faisait éviter les embûches. Un esprit capable de concevoir * un plan et d'en poursuivre l'exécution avec persévérance. Sa conduite à Tégard des missionnaires et des Européens qu'il avait accueillis, était l'effet de son génie politique : il avait su résister à la première impulsion, qui, chez un chef sauvage, eût été na* lureUement de les piller sans aucun délai et sans autre forme de procès. Il conçut un projet plus raffiné, celui de les encourager, de les utiliser, et, tout en conservant leur amitié, de s'approprier peu à peu tout ce q^ilspossédaient, but qu'il sut atteindre au bout de peu de temps. L'avidité de Pomaré était un vice partagé par tous les siens ; le sentiment caractéristique de la famille entière était l'avarice (i) •
( 1 ) An iBjet de PandiU de Pomarë, TombikU raconte l*anecdoCe ■aîTanCe : Un mMBÎoniudre , homme d'une naUire iNenreillante k Vexoês , n*ATut pat su résister anx soUiciUtions insatiables de Fumaré ets'était laissé dépouiller par loi de tout ee qu'il possédait, à TeseepCion des babils qu'il portait et d'une ' couTertnre. Sans
Pomaré avait le intiment de la dignité de son rang ; il aimait à se faire saluer par TartiUerie des navires^ Sa première visite à bord du Margaret(\ii ao compagnée de diverses formalités d'étiquette. Il fit aaponcer son arrivée à l'avance et refusa de monter sur le pom jusqu'à ce que tout fût prêt pour le rece* voir avec respect; lorsque tous les préparatifs furent ^çbevés, il présenta une feuille de bananier au ca^ pitaine et se conduisit en homme qui prétend à une certaine considération. On remarqua que pendant le repas , il faisait porter les morceaux à sa bouche par • sa concubine, tandis qu'il n'agissait pas ainsi à terre (!)•
Tous les navigateurs ont représenté Pomaré comme n'ayant point de courage personnel , mais comme étant doué d'une activité et d'une persévé* rance rares. Quoique son existence se fût écoulée au milieu de guerres interniinables, il s'occupa cedoute, il espérait par ces dons amener plu* facilement Pomaré à prêter une oreille attentive à ses efforts de conversion, mais il perdit son auditeur avec son dernier cadeau. Cependant , Pomaré le rencontrant un jour dans la case du capi^in^pTurnbull , muni de ift oçQverture qui ne le quittai^ plus , il revint à lui et ne oe«a ses sollicitations que lorsque le missionnaire lui eut donné Tobjet 4e ses désirs. Turnbull reprocha alors à Pomaré son indiscrétion ; il hû représenta quHl ne restait plus rien au missionnaire pour se couvrir la nuit ; quHl n^avait ni nattes , ni étoffes et qu^il ne possédait plus aucun effet» m^ji» le chef fit la sourde oreille. U remercia le missionnaire, mais il emporta la couverture. — Turnbull, J^oyag« round the World , page 2S0.
(OTumbuU, roffagerwnd the World, page 1S7, 141 , 2%0 «388.
Hi$TOi^lOlic. 487
peadaul avec ardeur à améliorer la culture de Tlle fi i augmenter les resaources du pays^ les côtés iacultes des oiontagnes, les parties basses e\ sablonneuses du rivage , rarement cultivées par les natHreb| furent défrichés squs sa direction. Un grand ionbre de cocotiers, à Taiti et à Eimeo, furent, disant les indigènes, plantés par ses mains : ces arbres restent comme des monumenta utiles de la vie de ce chef, qui tâchait de communiquer ses goAts i tous ceux qui l'entouraîent ; il les animait (te son exemple en travaillant habituellement avec «Ml peuple et en plantant de ses propres mains les germes de plusieurs arbres (1). Faire planter fies cocotiers et des arbres à pain était sa véritable ambition, l'olyet de ses soins les plus assidus, son sccupnlioQ constante dès qu'il était en paix; il lUacbaU tant d^importance à l'amélioration de la imee(dea fruita que, quand il se trouvait avecd'autm chefs, il était rare qu'il pût rester longtemps M»; il se mettait à arracher les mauvaises herbes, a ndiojar la terre autour des arbres fruitiers. Cette nxMMMDanie agricole fit à l'Ile un bien dont elle se reasent encore ai^ourd'hui (2).
I avait changé, selon Tusagede Taiti, plu* oiwiiadiBM menn fois de nom dans sa vie. Cook Tavait connu ^^'^»*^' SMS le litre d'Otou; Bligh, sous celui de Tinaj il s'appela aussi Vaaratoa; il prit enfin le nom- de Poli, FJIif , Poiynesiim rêuarehis . tome I , ptge 124.
, Fof/i^emuc ik$ 4% freatf Océsn, t. 0,^ 441.
488 ESQUI8SK
niaré qai fut adopté par son fils et qui est resté définitivemoit à sa famille. L'origine de ce nom remonte à une course qu'il fit dans les parties montueuses de l'Ile; forcé de s'arrêter pendant la nuit sur les'hauteurs, il fut saisi par le froid et s'enrhuma; il toussa beaucoup vers le matin ; ses serviteurs, en parlant de la nuit, la désignèrent sous le nom de Po Mare (de po, nuit, et mare y toux); le son de ces mots plut au chef, qui les adopta pour son nom depuis cet instant (i). Peut-être y avait-il un autre motif dans cette adoption ; le fils de Hapa! , en se qualifiant de toux de la nuit , semblait vouloir faire opposition au nom de son ancien adversaire, le fils d'Amo, Té-maré, la toux.
Pomaré avait eu plusieurs femmes, mais Idia , la première, fut toujours son meilleur conseiller; il avait quitté Idia pour Waîridi, il ne tarda pas à délaisser celle-ci pour contracter une autre liaison avec une jeune femme, dont Wilson ne put connaître le rang, mais qui appartenait probablement aux classes inférieures de la population. Idia et sa sœur Waîridi entretenaient de leur côté^ des relations intimes avec des individus de la plus basse condition , des ioourtoous ou serviteurs» Celte licence de mœurs était dans les habitudes de la population ; mais il arrivait, dit Wilson, que si les chefs contractaient sans scrupules des liaisons avec des personnes de basses classes, ils en arrêtaient les conséquences en
(1) EUit , Polyneiian retearches , (orne I, page (36.
délniisam impitoyablement les fruits de ees unions. Il oe parait pas que Pomaré ait eu (l*aulro$ enfants que ceux qui lui avaient été donnés par Idia , à laquelle il avait toujours conservé un profond attachement, peut-être à cause de cette circonstance (i).
La mort de Pomaré confirma la population dans sei croyances superstitieuses; dans* une cérémonie religieuse , où il fut invoqué, on déclara qu'il était
(1) TomboU décrit une leène qui mérite d*étre dtea , dana
bfBeUe Taffection de Pomaré pour sa première femme , ae mon«
in Mcompagnée de sentiments de délicatesse d^nne nature
pvticoliere. Un jour Idia et on de ses faroris dînaient à bord
éa Mçr§ar€t , nonNpas qu'ils aimassent la cuisine anglaise , mais
fvta qn^la espéraient obtenir, après le repas, des liqueurs
^vtci ; loate la famille régnante arait un penchant prononce
Fw IlTrease , et tous ses membres , k Texception de Pomaré ,
<<Mit également emportés et brutaux quand ils étaient pris
^ boisson. Le capitaine anglais les laissa boire tant quMls tou-
IvcDt ; il en ré.<nilta bientôt une riolente dispute. Le com-
P*pQB d^ldia y qui arait le rin maurais , se Icts en fureur et
:"n,daas un accès de rage , qu^il la tuerait parce quelle arait bu
H^i*caa-de-Tie que lui; Peffet de Tirresse était différent ches
^; dk était tonte sotte et faible comme un enfant ; elle fondit
<■ ittws en tremblant de tons ses membres derant les menaces de
p^ en plus TÎolentes qui lui étaient adressées. Pomaré vint a bord
'tti ce moment ; en entendant ce qui se passait sous le pont, il
te lowhë de compassion pour Idia ; il ne voulut pas intervenir
laMDème , mais il pria le capitaine Turnbnll de descendre et de
terminer le débat, sansqu^il parût que Pomaré en eût connaissance;
« fltf^lément de liqueurs spiritucoses suffit pour calmer Torage
^ grondait dans la cabine. Pomaré témoigna plus tard, à plu*
**^*rs reprises, une grande reconnaissance de la démarche que
^ capiuinc anglais avait faite à sa prière , mais tdia ; soit qnVIlo eût
'«Use cette scène, soitqnVUc fût bonteu>e, iiVn parla jaiiiai».
Tumboll , Foyage round Iht trùthî , pntrcs I <« et M7.
apparu à Idia et à un prêtre; ce dernier affirma l'avoir vu s'élever au-dessus des eaux de la mer, ayant le haut du corps enveloppé de bandelettes. A. Toccasion de cette apparition , sa femme favorite, celle qui avait succédé à WaïriSi, sœur d'Idia, prit le nom de Tane-Bouroua^ de Tane^ mari, et de Rouroiua , envefoppé à plusieurs reprises (1). Pomaré, ditTurnbuIl, était lui-même Un prêtre d'Oro, et , en cette qualité , il était très-zélé pour son ser«vice ; il tâchait d'extorquer des présents pour les autels , par tous tes moyens possibles ; et un grand nombre d'indigènes croyaient que Pomaré avait une si grande influence auprès de ce dieu , que sa colère suffisait pour appeler le châtiment sur leurs têtes (2). Dcision Personne n'eut plus de sujets de regretter la mort
missionnairei. Je Pomaré que les missionnaires anglais, dont il avait toujours été l'ami fidèle. Peu de temps avant sa mort, il les avait encore recommandés à la bienveillancede son fds,quoique, à mesure qu'il comprenait le but de leur mission, son amitié diminuât et se changeât en aversion. Pomaré attribuait son élévation uniquement à la faveur des dieux , et si les missionnaires avaient voulu reconnaître leur pouvoir, peut-être eûtil refusé moins péremptoirement d'accéder à leurs tentatives de conversion (3). Quand les missionnaires arrivèrent, ce chef espérait tirer un grand secours de ces étrang^^rs , car il est certain que ni lui ni son
(1) Ellis , Polynesian researehes , tome I , page 126.
(2) Tumball , Voyage round the World , page S31 •
(3) Ellis , Polynesian researehei , page 122.
HISTORIQUE. 49i
fils n'avaient aucune idée du vrai but de cette visite. Ils comprenaient bien que les missionnaires étaient des prêtres ; mais comme les prêtres de Taiti se battaient comme les autres habitants, et qu'en qualité de favoris des dieux, ils contribuaient le plus aux succès des batailles , ils attendaient d'eux les mêmes services que les révoltés du Baunîy et Téquipage de la MaihUda avaient rendus. Les indigènes ne tardèrent pas i voir qu'ils s'étaient trompés , en comptant sur le secours des missionnaires comme auxiliaires dans leurs guerres, et que ces hommes de paix, loin de les aider dans leurs entreprises belliqueuses, chercheraient a les en détourner ; dès lors ils les regardèreoi moins favorablement; seulement, comme on grand nombre d'entre eux étaient des artisans, ils s'en aidaient pour travailler le fer, dont ils sèii*taieai tous les jours l'utilité, quoique leurs disposilions naturelles ne répondissent pas au but de la sodétédes missions qui, en envoyant des artisans, espérait introduire dans ces lies quelque industrie nouvelle (1). L'opposition des missionnaires au culte national avait excité le mécontentement de la population^ qui les accusait d'occasionner la mort des individus atteints par les maladies cruelles qui régnaient alors dans Tlle. Soupçonnés d*étre les meurtriers des malades qui succombaient à leurs maux , leur position, à la mort de leur protecteur Pomaré ,
(1) Hoarenhont, Fo^ug$ au9 ilttdnk gramd Océans tome U, 426 ec 427.
40fl ESQUISSE
devint des plus précaires ; ils écrîvîpent au capitaine du Hope de relarder son départ d'un jour, afin de laisser aux missionnaires le temps de prendre une décision au milieu de ces événements ; le lendemain , M. Jefferson fit connaître au même capitaine, que la mission avait résolu de se confier au bon vouloir d'Idia , qui avait promis la même protection que par le passé (1).
Mi^conicnicmcni Cependant l'état des esprits à Taïti était loin d'être population, rassupant pour la famille régnante ; le pays abondait de mécontents qui, à la moindre lueur favorable, • faisaient éclater leurs griefs. Ils disaient hautement : « Nous sommes le rocher sur lequel cette famille se » brisera tôt ou tard ; la tyrannie du chef actuel est > intolérable, nous détruirons son pouvoir. > Les Taïtiens semblaient marcher rapidement sur la pente de la révolte; la mort de Pomaré parut à Turnbull une perte irréparable; car, excepté Idia, personne ne paraissait capable de guider le jeune souverain, de diriger son gouvernement, et d'effrayer ses ennemis; c'était une crise dangereuse pour l'avenir de Pomaré II (2). Déja'peu de temps avant la mort de son père , les habitants exaspérés d'un district voisin, où l'on avait enlevé une victime pour accomplir un sacrifice humain , avaient marché de nuit pour le surprendre , et ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté qu'il parvint à se dérober a leurs coups, en fuyant à Matavaî.
(1) Tornbnll, Foyagt round the fForld , page 355. ' (2) Tornbull , Foyage round ihe World , page 330.
La mort planait sur la famille de Pomaré ; peu de Monde v.eiduua. temps après le départ du capitaine TurnbuU, qui avait eu lieu au commencement du mois de septembre 1803, Weidoua et safenome, une des plus jolies femmes de l'Ile, moururent sans laisser de postérité (4).
Weidoua, désigné sous les noms de Toubouaîa-terai par Forster, et de Paîtia par Turnbull, se distinguait de son frère Pomaré par une grande réputation de courage et d'adresse guerrière ; il partageait le goût de toute la famille pour les liqueurs fortes ; il poussait ce penchant à Texcès; quand il était ivre, il traitait sa femme avec brutalité, sans cependant la frapper jamais. Cette conduite contrastait avec les habitudes du peuple, qui traitait les femmes avec la plus grande douceur. Weidoua était considérablement amaigri par Tusage constant de Tava :son intelligence paraissait avoir souffert de ses excès ; sa peau était couverte d'écaillés , ses yeux enfoncés dans leur orbite , et son apparence annonçait une prompte dissolution. Cet état de débilité s*accru( tellement que, comme dernière ressource, on lui persuada d'aller au motous de Tetouaroa, afin de l'éloigner des moyens de satisfaire à sa passion pour l'ivresse. Il revint vers le mois de mai 1803, si
(t) Taraball, Foyage round the World ^ page 369. Uae phrase da mianonnaire EUia pourrait faire supposer que la mort de Weidt>ua nVnl lieu que beaucoup plus tard , car à propos des guerres qui éclatèrent dans les années suivantes , il dit que Pomaré 11 fut •mpéehé d*atUqner les rebelles, par ton oncle.
changé, qu'on avait de la peine à le reconnaître : il était devenu vigoureux, il avait acquis de l'embonpoint, les écailles de sa peau avaient disparu, et sa constitution paraissait renouvelée. Son retour fut une occasion de fête pour toute l'Ile; la famille régnante célébra son retour à la santé par de grandes réjouissances. Mais bientôt Weidoua retourna à ses anciennes habitudes et mourut victime de son intempérance.
Voyage Malgré les Icvains de fermentation qui existaient
^%^Eim'ito." dans rtle, la paix continua de régner. Aucun fait 1804611805. ; important ne signala les années 1804 et 1805, si ce n'est le départ de Pomaré II pour Eiméo, où il se fit accompagner par la grande idole d'Oro , palladium de la souveraineté. Il ne paraît pas qu'il soit retourné sur Taîti avant le mois de janvier 1806 ; il ramena avec lui l'idole dans son canot sacré, pendant que des sacrifices humains s'accomplissaient sur les deux lies , et qu'on suspendait le corps des victimes sur les arbres des Marais (1).
Dans l'intervalle de ces deux années , les missionnaires continuèrent en quelque sorte l'œuvre de Pomaré, en s'adonnant à la culture d'un jardin où ils avaient planté plus de six cents espèces de plantes, pour la plupart étrangères au pays , telles que des orangers, des citronniers, des pamplemousses, qui venaient à merveille, et qui aujourd'hui couvrent ces terres de bosquets odorants et de fruits précieux.
(1) EUis, PolynesUm researehei , page 128.
Une heure suffit pour détruire le fruit de leurs travaux. Un incendie allumé par la malveillance, dans rberbe sèche qui avoisinait leur enclos , ruina leurs plantations. Leur position était devenue si précaire à cette époque , qu'ilsn 'osèrent môme pas se plaindre au chef de district; leurs ressources étaient épuisées par une longue privation des secours de l'Europe, et leurs succès si complètement nuls, qu'ils éprouvaient un découragement précurseur de l'abandon de la mission. Le missionnaire Shelly et sa Aimiile, succombant à ces ennuis, abandonna l'ile le 9 mars i806.
Au mois de juillet 1806, la famille Pomaré fut MorideTeioua frappée d'un nouveau coup : la femme de Pomaré II ««•po"»'*"mourut à la suite d'une maladie de huit semaines , qui avait pris naissance dans les pratiques cruelles et contre nature , d'un genre d'infanticide pratiqué par les femmes d'un rang élevé. Pomaré II avait adressé des prières aux dieux de sa famille et n'avait négligé aucune cérémonie pour prévenir la perte de sa compagne , qui n'est connue que sous son titre deTeioua, fillede Motouaro , chef d'Eiméo ; elle était la cousine de son mari ; sa sœur avait épousé le chef défunt de Taîrabou. Elleavait de vingt-quatre à vingtsept ans lorsqu'elle mourut, et il y avait déjà plus de dix ans qu elle avait épousé Pomaré II. C'était une femme d'une taille moyenne et de bonne mine; elle était douce et affable dans ses manières, mais elle était adonnée à tous les vices de son pays, où la fidélité n'est pas considérée comme une vertu. Elle avait
eu plusieurs enfants qui avaient tous été misa mort dès leur naissance. Pomaréll, ainsi que sa mère Idia, parut très-affligé de cette perte; leur douleur fut d'autant plus vive que leur famille menaçait de s'éteindre prochainement (1).
A son retour d'Eiméo , Pomaré II s'était rap- ''''iivllnéo.^^ proche des missionnaires et avait témoigné le désir isô«. d'apprendre à écrire; il se fit même édifier une habitation près de leur demeure pour pouvoir suivre leurs leçons (2). L'tle paraissait jouir d'un état de paix qui n'était troublé que par des désordres momentanés. Une lettre du missionnaire Davies, à la date du 26 décembre 1806, porte en substance : que r^ toutes les lies de la Société jouissaient à cette époque d'une profonde tranquillité, et même que l'autorité de Pomaré comme souverain, était reconnue nonseulement à Taïti et à Eiméo, mais encore à Raïatea, à Ouahine , à Bora-bora , et aussi dans quelquesunes des îles Pomotou (3). Le fait de la domination dos chefs de Taiti sur une portion de cet archipel était connu depuis longtemps. Déjà , le 16 mars 1803, le capitaine TurnbuU trouva sur l'île Matla, un chef de Taiti , qui la gouvernait au nom de Pomaré; il y vit aussi une pirogue double, qui
(1) Ellifl, Polynesian researchesy tome I, page 129 , et Tarnbail , Foyage round the fForld, pages 132 et 36S.
(2) EUis , Polynesian researches, tome I , page 128.
(3) Lettre du missioimaire Davies à H. Crook à la Nourelle-Hollande. ifoeraUM>at ^ Foyage aux îles du grand Océan , tome II , pag4 444.
avait été envoyée de Taiti pour recevoir le tribut imposé à ces lies (1).
Pomaré II avait fait de rapides progrès sous la P"mwre icuro direction des missionnaires ; il avait reçu une lettre ^**™"^ "• (le la Société des missions à laquelle il répondit lui- '•"^**' ***'' même au mois de janvier i807. Dans sa lettre il promettait de bannir de ses domaines le dieu Oro et de faire cesser les sacrifices humains ; mais il demandait eo même temps beaucoup de fusils et beaucoup de poudre , « parce que , disait-il , les guerres sont fré- » quentes , et si j'étais tué , vous n'auriez plus rien à »! Taiti.» Il estcertain, ditM.Moerenhout, que, vers ce temps , ni lui, ni son peuple n'avaient plus pour leurs anciens dieux le respect fanatique des temps plus reculés; sans nul doute i si la chose était en- Iréedans sa politique, on l'eût vu dès lors, changer de religion , non par, conviction , mais par intérêt et pour plaire à ses amis d'Angleterre (2).
Malgré des troubles partiels, le commencement de non dAodrew Taunée 1807 s*était écoulé paisiblement ; mais, vers ^^, le milieu de l'année , la guerre éclata de nouveau et commença une période mémorable des annales tailieoDes. La mort d'Andrew le Suédois , qui arriva vers cette époque, contribua peut-être à faciliter I ouverture des hostilités. Cet Européen avait acquis une si terrible renommée de courage et d'habileté , il avait conduit si souvent le parti de Pomaré à la
(1) TarnlmU , Foyage nmmd the ff'orld , page 262. (?) llotfeiilioiil , Forage aux Ueê du grand Océam « tome II , page 44S.
étd'Atuhoorou.
Jain 1807.
i98 ESQUISSE
victoire, que son nom seul était un sujet d'épouvante pour les ennemis; car, dans tous les cas difficiles y il avait été le meilleur soutien de la cause qu'il avait embrassée (i).
djiaîibiu En juin 1 807 , les hostilités éclatèrent dans Taîrabou et dans le district d'Attahourou. Les guerriers de Pomaré attaquèrent subitement le chef Taatarii(2), successeur de Roua; ce chef et son peuple furent pris au dépourvu ; ils étaient sans défense, de sorte que leur défaite fut assurée. Plus de cent in«dividus furent tués par la troupe de Pomaré ; parmi les morts se trouvaient les principaux chefs d'Attahourou. Après avoir immolé tous les ennemis qu'il avait pu surprendre, le parti aggresseur se dirigea sur Papara, gouverné alors par le chef IViti qui vit encore aujourd'hui; mais les habitants de ce district, avertis par Un homme qui' avait échappé au carnage de Panavia , eurent le temps de chercher un asile. Dans cette nuit un grand nombre de vieillards, d'enfants et de femmes périrent ; parmi celles-ci se trouvait la dernière femme de Té-maré (3), qui fut surprise le lendemain soir prés de Tairabou, où elle
(1) Lettre du miisioiinaire Hassel à réditeur de VBtangeUeal» magazin, 6 mars 1840. TumbuU , page 262.
(2]Hoerenhoat, Foyage aux iles du grand Océan ^ tome II, page 445.
(3) Moerenhont ajoute aussi : et les enfanté ; cette assertion contredit celle que nous avons rapportée plus haut et qui indique que Té-maré mourut sans héritiers ; peut-être les enfants dont il est question , étaiënt*ils le froit d'une nouvelle alliaiioeo«i, peut-être encore, le fait que nous venons de citer n'est-il pas bienoivéré.
fui iodpitayablement mise à mort avec tous les gens de sa suite. Tati et quelques-uns de ses guerriers parrinrent à gagner un fort nommé Papeha-raro, à llaîrepehe ; mais ils étaient si peu nombreux qu'ils ne purent s'y maintenir et se virent forcés de se réfugier daos les parties les plus inaccessibles des montagnes, d'où ce chef parvint ensuite , à gagner un endroit écarté sur le rivage où quelques fldèles serviteurs lui avaient préparé une pirogue au péril de leur vie; il eniiDena avec lui son frère et son jeune fils qu'il avait porté dans ses bras pendant tout ce temps de Êiligues et de dangers (i). Après avoir chassé dans les montagnes tous ceux qui avaient échappé au Hiassacre, après avoir dévasté le pays et avoir livré aux flammes les cases du- district, Pomaré II fit remplir ■ne flottille de pirogues avec les corps des morts et fut les offrir au dieu Oro à Taoutira (2), malgré b récente promesse qu'il avait faîte dans sa lettre à la Société des missions , de ne plus commettre de tacrifioss humains.
Cepeadant Taatarii avait échappé au danger qui Défaite et mon le aoenaçait, en fuyant dans les montagnes; il réunit bientôt assez de monde pour tenter de recommencer la guerre et d'user de représailles. Mais le premier combat lui fut fatal : blessé dès le début . il fut contraint de se réfugier dans un pari qui fut pria & Tassant, après un combat de toute une jour- Ci) VoerenhoBt, Fopage aux iles du grand Océan , tome II , (2)EUk, PdfnêiianrêêeareheSf tome U , page 133.
née. Taalarii et ses compagnons périrent dans cette action ; leurs corps furent offerts aux dieux. Encouragés par leur triomphe, les vainqueurs de Taa« tarii firent main basse sur le district de Papara ; ils poursuivirent les habitants, et les tuèrent à mesure qu'ils les découvraient ; plusieurs individus Turent tués de sang-froid , comme le chef nommé TeioaliOy que Pomaré II fit tuer postérieurement à la conclusion des hostilités. La femme et les enfants du chef Rouaré qui se retiraient sur Taîrabou furent aussi surpris et mis à mort (1). Cette guerre cessa enfin pendant une maladie qui atteignit Pomaré II; le retour de la tranquillité permit aux missionnaires de se rapprocher de lui et de renouveler leurs efforts de pacification infructueux jusque-là. Mais le 25 septembre i807 , ils firent une grande perte dans la personne de leur président, Jefferson , qui termina son existence dans Texil où son zèle l'avait conduit (2).
Oppression Lo succès avait rendu les vainqueurs insolents au
dernier degré ; ils se permettaient des vexations et des cruautés inouïes : ceux qui se montraient les plus acharnés étaient surtout les habitants des lies Ouahine , Raiatea et Taha , auxiliaires qui formaient la majeure partie de l'armée de Pomaré II (3). Le peu-
( 1) Moerenhout , Voyage aux îles du grand Océan , tome II, page 447.
(2) Ellifl , Polyneiian researcket , tome I , pages 1 33 et 1 35 .
(3) Moerenhont, Foyage aux îles du grand Océan , tome U , âge 448.
du peuple.
niSTORIQUE. 501
pic , en butte h des exactions de toute nature , murmurait contre les oppresseurs ; cependant une grande partie de Tannée 1808 se passa assez paisiblement , quoiqu'on aperçût dans Tattitude du peuple les signes précurseurs de nouveaux conflits. Les raatiras, les chefs inférieurs et le bas peuple devenaient de jour en jour plus mécontents ; le massacre d'Attahourou et les événements qui l'avaient suivi , avaient fortifié leur intention de changer la forme du gouvernement. Dans le mois d'octobre 1808 , les missionnaires reçurent de Pomaré II, l'avis que la guerre était sur le point d'éclater de nouveau et qu'ils eussent à se tenir sur leurs gardes (1).
La conduite imprudente des auxiliaires de Pomaré ^ Révoiio avait tellement irrité tous les membres de la population, qu'ils saisirent la première occasion favorable d'opérer un soulèvement. L'événement qui amena le commencement des hostilités ne fut sans doute qu'un prétexte, surtout dans un pays où la licence des mœurs était extrême ; voici comment il est raconté par M. Moerenhout, auquel nous empruntons le récit suivant : Métouavét homme du commun, mais de beaucoup de courage, avait une femme d'une beauté renommée , et quf était convoitée par un des serviteurs de Pomaré. Le mari et sa femme repoussèrent également les prétentions de cet homme, qui, peu de jours après, usant de violence, fit enlever l'objet de sa passion de la maison cou-
da peuple.
(t) Ellis, Polynesian retearrhes , tome 1 , page 135.
Gnerro de Arahovâla.
Arrifée
de
la Periévéranee,
35 octobre isos.
Début dei bosUlitéf.
0 novembre 1808.
jugale. Metouavé, furieux » courut répandre partout la nouvelle de Taltentat dont il avait élé victime.
En peu de jours un grand nombre de mécontents se réunirent à Arahouraïa ou Tire sous les ordres du chef Pafaîy qui vit encore. La guerre qui suivit ce rassemblement prit le nom de ce lieu de réunion. Elle porte dans les annales de Taiti la désignation de Tamai nihi ta Arahouraïa, grande guerre de Arahouraïa. Toute nie s'était soulevée. Les insurgés, sous les ordres de Pafaî, résolurent de marcker contre Pomaré, en passant par le nord de File; tandis que les habitants de Papara et les Oropaas, habitants d'Attahourou y Tattaqueraient du côté opposé.
Le mois d'octobre 1808 fut consacré des deux côtés aux préparatifs de la guerre; chaque matin on s'attendait à voir les hostilités commencer avant la lin du jour, et, chaque soir, on appréhendait qu'une attaque n'eût lieu avant le lendemain. Dans cet état d'anxiété et de détresse , la famille des missionnaires vit arriver avec joie^ le 25 octobre , le navire la Persévérance de Port-Jackson , qui vint fort à propos pour leur offrir un lieu de refuge.
L'attenta du commencement des hostilités dura jusqu'au 6 novembre ; ce jour-là le district de Matavaî, fut rempli de tumulte, et des troupes d'hommes armés parurent de toute part. Pomaré II , qui se trouvait à bord du navire déjà mentionné, descendit immédiatement à terre ; il voulait commencer le combat sur-le-champ , mais il en fut empêché par