HI8T0B1QUE
«D de 866 parente (i), qui insista sur la nécessité d'invoquer les dieux avant d'en venir aux mains. Pendant ce temps les habitants de Matavaî se soulevèrent auMi , et furent se joindre aux insurgés , campés dans le district de Wapaiano.
Pomaré s'empressa alors d'adresser des pro- Proposition» positions de paix à ses adversaires ; mais les forces *• Pom«* u. de ceux-ci s'étant accrues de tout le contingent des districts de Test, ils refusèrent de traiter et môme de s aboucher avec ses envoyés. Pomaré II s'attendit dès cet instant à voir le district de Matavai attaqué avant peu; il recommanda aux missionnaires ^'envoyer leurs femmes et leurs enfants chercher un asile sur ta Persévérance; cet embarquement eut lieu , en effet , le 7 novembre. Le pouvoir de Pomaré chancelait sur sa base et les missionnaires anglais voyaient avec regret les périls dont ce chef était menacé. Deux d'entre eux, MM. Scott et Nott, tentèrent d'opérer un rapprochement entre les partis ennemis; ils se rendirent dans ce but, le 9 novembre, dans le camp des insurgés , à Wapaiano , pour les inviter à une entrevue avec Pomaré. Les chers les reçurent avec beaucoup d'amitié ; ils témoignèrent des regrets de ce que l'établissement de la mission allait souffrir de cette querelle, et ils engagèrent les missionnaires à quitter l'Ile ; mais ils refusèrent de se rencontrer avec l'arii-rahi , ailleurs
(l)Son oncle , dit le missionnaire Ellii , Polynerianrtitareheiy
Dépari des aiissionnairet,
10 noTembre IMS.
Combat de WapaTano.
Défaile de Poiiiarô.
que sur le champ de bataille. Dés lors tout espoir d'accommodement s évanouit. Le principal chef des insurgés était Tautôy un des chefs les plus puissants et un des plus intrépides guerriers de Tarchipel; il avait été longtemps un des conseillers de Pomaré; son nom seul inspirait la terreur dans les rangs de ses ennemis; Pomaré lui-même , en apprenant sa défection y en fut si affligé qu'il versa des larmes (1).
Les missionnaires furent unanimes à reconnaître qu'il n'y aurait pour eux , ni sécurité, ni utilité , à séjourner sur Taïti , quand même les chefs rebelles les traiteraient amicalement. Découragés surtout par l'insuccès de leurs labeurs de plusieurs années, ils prirent la résolution de s'éloigner; ils mirent en effet à la voile le 10 novembre 1808, avec la plupart des Européens répandus dans l'Ile, et arrivèrent le jour suivant à Ouahine, où ils reçurent un accueil favorable des chefs et de la population ; ils ne laissèrent derrière eux que quatre missionnaires célibataires , MM. Hayward , Nott, Scott et Wilson , qui persévérèrent dans Taccomplissement de leur ministère ^ malgré les dangers de cette époque de troubles.
Les préparatifs des hostilités continuèrent jusqu'au 22 décembre; dans ce jour, Pomaré II, sous l'influence des prédictions de Mé^ta, prophète d'Oro , à qui on avait attribué cependant la mort de l'arii navao-roa, attaqua les insurgés retranchés dans le
(1) Ellis , Polyneêian rêSêarches , tome I » page 137.
DISTORIQUE. 503
district de Wapaïano, qui non-seulement avaient Tavantage du nombre, mais encore celui de la position. Malgré les prédictions de Métia, il fut complètement battu; il perdit la plupart de ses armes à feu sur le champ de bataille, et laissa ses principaux guerriers parmi les morts. Il s'enfuit d'abord à Pari , mais peu de temps après il cliercha un asile sur Eiméo.
Après la victoire du 22 décembre, les insurgés de»"duÎHcis pillèrent les districts de Matavaï et de Pari; ils les <"«*••]•;■[«' ^^ condamnèrent à la dévastation la plus complète : aucune maison, aucune plantation n'échappa à leur furie; ils réduisirent le pays à un état de désolation et de ruine. Le triste aspect des affaires, la destruclion de rétablissement de la mission à Matava! , le peu de probabilité du retour de la paix, engagèrent les missionnaires , arrêtés à Ouahine, à quitter défiailivement Tarchipelde Taïti ; ils partirent en effet le 29 octobre 1809 pour Port-Jackson; le missionnaire Hay ward resta seul à Ouahine , tandis que son confrère Nott, ouvrier intrépide et infatigable, se fixa auprès de Pomaré II, à Eiméo. Plusieurs fois il faillit payer de sa vie sa persévérance : un jour , poursuivi de près , il ne fut sauvé de la fureur des iusurgés qui voulaient le tuer, que par la promptitude d'un indigène qui le reçut dans sa pirogue. Une autre fois on tira un coup de fusil sur lui , par la fenêtre de la case où il se trouvait; dans une autre circonstance, il eût été transpercé d'un coup de lance, si un indigène, à qui il avait rendu quel-
ques services, /l'avait détourné à temps le coup mortel.
Ce fut un sujet de profond chagrin pour les missionnaires d'abandonner l'entreprise qu'ils avaient tentée aux applaudissements de toutes les classes de la société en Angleterre. Quelque humiliante et quelque pénible que fût pour eux la pensée de quitter l'œuvre généreuse à laquelle ils s'étaielit dévoués depuis douze ans, quand ils virent leur jardin détruit , leurs demeures saccagées et brûlées et leurs élèves se livrer à toutes les atrocités d' une-guerre sauvage , ils furent convaincus que leurs efforts seraient encore plus infructueux que par le passé, et qu'après tant de privations et de peines, ils devaient abandonner le champ de leurs travaux jusqu'à des temps meilleurs (i).
oupoufara, Immédiatement après, et môme un peu avant d'Aitahourou. Texpulsiou dc Pomaré, la population de Papara et de Panavia avait appelé Oupoufara, frère dc Tati , à prendre la direction du district d'Atlahourou (2). Capture du navire Lcs iusurgés uo furent pas plus tôt maîtres de l'ile, qu'ils formèrent le projet de saisir le premier navire qui aborderait sur ses rives et d'en massacrer l'équipage, en représailles sans doute du mal que les Anglais leur avaient fait , lorsqu'ils combattaient pour Pomaré. Les missionnaires, instruits deceprpjet,
(1) Ellis, Polyneiian researches , tome I, pages 137, 138 , 139 et 140.
(3) Moerenhout, Foyage aux îles du grand Océan, tome II, page 449.
conGèrent une lettre à un émissaire chargé de prévenir les capitaines des premiers navires qui arriveraient; malheureusement le schooner la Vénus ne fut pas averti à temps ; il fut capturé par les indigènes qui tuèrent le second , et jetèrent Téquipage à la mer ; cependant on épargna la vie des marins survivants, mais on les destina à être offerts en sacrifice au dieu Oro (1). Heureusement le capitaine Campbell , commandant le navire l'Hibemia , arriva sur ces entrefaites ; il parvint à reprendre la Vénus et à délivrer son équipage; mais il faillit être massacré luimême ^ et il serait infailliblement tombé entre les mains des insurgés s'il n'avait pas été instruit de leurs desseins par la lettre des missionnaires de Taïti (2). Jusqu'alors , la politique de Pomaré II n'avait pas D«iccnte
^ » r n "^ de Pomaré sur
suivi les errements de celle de son père, qui avait jjouTdi*e^déf*ii«.
toujours recherché le secours des Européens pour
attaquer ses ennemis ; il avait eu seulement recours
aux chefs des autres lies de TArchipel , qui avaient
répondu à son appel. Cependant il profita de T/Jt-
berm pour retourner à Taiti , où il livra un nouveau
combak aux insurgés. Mais la fortune lui fut encore
contraire : il perdit vingt-quatre guerriers, et fut
complètement défait; il se retira alors à Pari, où il
résolut de se tenir sur la défensive , jusqu'à l'arrivée
(1) EUis , Polynetian renarches , tome I» page 142 , et Tarn- JmU , Voyage round the fForldy page 360.
(2) Tambttll, Voyage round the IForld^ page 360. — Lettre collcctÎTe des missionnaires, signée J. Dayies, Sydney, 24 fénier 1814.
des renforts qu'il attendait de Raïatea et de Bora- Bora ; le séjour de Pari lui était imposé par la rareté des vivres à Eiméo. C'est sans doute à cette tentative qu'il faut reporter les événements mentionnés par M. Moerenhout comme ayant eu lieu dix mois après le soulèvement de Taîti , ce qui porterait cette date au mois d'octobre i809. Pomaré avait à cette époque rassemblé des forces assez considérables , qui, sous les ordres du cheî Mahine ^ devaient aller attaquer le Pari de Moroa, situé dans la partie nordest de Taïti; Patiti, Amore^ Tanarai, Tiari^ Ohat, tous chefs et guerriers célèbres de Taha, Raïatea et Bora-Bora, l'accompagnèrent dans cette expédition.
A la nouvelle de cette invasion , Pafm^ Itotiy Tauie , Tetnehoueiou y Vana, et divers autres chefs de Taîti , se réunirent à Tiré, et marchant la nuit à la lueur des torches enflammées , ils atteignirent le matin Hàina. Après avoir conduit leurs femmes , leurs enfants et les vieillards dans une profonde vallée, ils continuèrent leur marche à la rencontre de Tennemi , qui ne tarda pas à se montrer. On escarmoucha longtemps , et par hasard les principatx guerriers de Pomaré furent tous tués, entre autres Patiti et Amore; le premier était surtout renommé pour sa bravoure; il avait demandé à marcher contre l'ennemi dès son arrivée à Eiméo.
Le désordre se mit alors dans le parti de Pomaré ; il se rembarqua en toute hâte, poursuivi par les insurgés qui tuèrent un grand nombre d'individus. Les chefs de Raïatea, de Taha, et de Bora-Bora y dé-
courages par ce revers, renlrèrenl peu après dans leurs foyers (4).
Vers cette époque, à la fln de l'année 1809, ou j^^JJJJJ^,, plutôt au commencement de Tannée 1810, Po- ÎJ^JjRauti'î mare Youlant s'attacher de plus en plus ses alliés de isTo. Raîatea, contracta une liaison avec la fille de Tamatoa, chef de cette lie. Cette union, qui ne fut consacrée par aucune cérémonie régulière, était cependant autorisée par les habitudes de la population. Dans ce temps-là l'autorité de Pomaré était tombée dans le dernier degré d'abaissement; l'anarchie et la confusion régnaient dans tout l'Archipel ; il n'était pas probable que jamais il pût revenir au pouvoir.
Pendant les premiers mois de l'année 1810, la guerre commença à sévir de nouveau dans cette malheureuse tle; il était dangereux pour les navires européens de s'y arrêter; car le parti des rebelles était déterminé à s'emparer de tous les navires à leur portée, sous l'impulsion d'une grande aversion pour les \nglais à cause de l'attachement qu'ils avaient toujours témoigné à Pomaré (2).
La relation du voyage du capitaine Turnbull , at- j^ÇJJÎJÎJ",, tribue h Pomaré II Tintention d'appeler la domination des Anglais sur son lie; nous extrayons textuellement le passage relatif à ce sujet : c Pomaré II, • n'ayant plus aucun espoir de reconquérir son au*
(1) Moerenhoat, Voyage aux ileê du grand Océan^ tome II , pa?c <50.
(?) Lettres des missioanaires Daries et Hassel dn 35 fëTrier ISiO. Tarnball, Voyage round the fVorld^ page 362.
de céder TaïU à rAoglelerre.
» torité,a fait , dit-on , au gouverneur des Nouvelles- * Galles du Sud l'offre de lui céder File Taïti, et je » n'hésite pas à afDrmer qu'une simple compagnie » d' Européens-disciplinés , aidés par quelques pièces > de campagne , sous le commandement d'un chef cay pable, subjuguerait i'ileen moins de quinze jours. » Je désire toutefois être bien compris , car quoique » j'aie mentionné ce projet, je ne recommande en » aucune façon son adoption , à moins que ce ne soit » dans le but de forcer les indigènes à abandonner 9 leurs horribles coutumes d'infanticides et de sacri- 9 fîces humains (1). » Cette proposition ne parait pas avoir eu de suites, âteeonde alliance Plus lard , à uuc époquc qui u'cst pas bien précisée, S'Aïôfau! Pomaré contracta un mariage solennel avec la seconde fiile deTamatoa,chef de Raïatea , nommée Ariitariq. Dans le récit du missionnaire EUis, le titre de beaupère de Pomaré II n'est donné à ce chef que vers le milieu de l'année i812(2); mais antérieurement à cette époque , il avait eu des rapports intimes avec la sœur de sa femme; il en était né une fille qui reçut le nom de Aïmata, et qui serait née en 1811, selon M. Ellis(3), 1810 ou 1811 d'après M. Lesson(4),
(1) Ttirnbttll y Foyage round the World , page S62.
(2) Ellis, Polyneêian researches , tome I , page 189, (3)Ellis, Polynesian researches ^ tome II, page 338; il lui
domiait seize ans en 1827.
(4) P. Lesson , Foyage autour du monde sur la corvette la Colfuilley tome I , page 289. II évaluait son âge à douze ou treize ans au mois de mai 1823.
en 1812 selon M. Moerenhout(l), et 1813 d'après Dûment d'Urvîlle (2).
Le silence des missionnaires sur la naissance de celte jeune fille, qui porte aujourd'hui le titre de reine de Taïti, confirme l'assertion de M. Moerenhout, que Pomaré Yahine n'était que nominalement la femme de Pomaré II , qui préférait sa sœur. Le missionnaire Ellis ne cache pas qu'Aïmatacst une fille que Pomaré eut d'une seconde femme qu'il ne désigne pas ; mais il ajoute plus bas que, « quoique la vérité et l'impar- > tialité exigent de dire que Pomaré s'était livré à de • nombreux dérèglements , il n'est pas nécessaire de » montrer sous des traits sombres un homme qui » avait toujours témoigné une bonté uniforme aux )i missionnaires (3). » Cette retenue est sans doute louable , mais on doit regretter de trouver une lacune dans une histoire qui a pris un si grand intérêt aujourd'hui.
Pomaré II, privé de son pouvoir, exclu même de exh ue Pomar*. ses domaines héréditaires, vécut en exilé à Eiméo. En résumant les indications qui précèdent , on peut en inférer que ce chef avait d'abord eu recours aux chefs des tics voisines pour relever sa fortune abattue ; plus tard , inspiré par les exemples de son père, il réclama l'assistance du capitaine de CHibernUiy et devant le mauvais succès de son entreprise, il n'hé-
(1) Moerenhoat , Foyage aux ileê du grand Océan , tome U , page 339.
(2, D'trTille, Foyage pittoresque , tome I , page 529. {o) EUû Polfnteian researches , tome U , page 534.
Retoar
missionnaires.
Conversion de Poinaré.
si la pas à demander des secours ^au gouverneur des Nouvelles-Galles du Sud , en offrant la cession d'une portion de son lie ; mais voyant encore une fois ses démarches infructueuses, il voulut attacher sans retour à sa cause perdue le chef de Raîatea.
Soit que les revers qu'il avait éprouvés, soit que le désespoir de sa famille eussent ébranlé ses croyances, soit, comme le dit M. Moerenhout, que Tabandon des dieux qu'il adorait et qui ne le protégeaient plus, eussent influé sur les sentiments religieux de Pomaré II, il arriva que la présence du missionnaire Nott eut pour résultat de le disposer favorablement pour la religion des étrangers. Peut-être sa détermination ne fut -elle inspirée que par le désir de s'attirer la protection des Anglais , ou bien n'avaitelle été prise que pour trouver un dieu plus favorable à sa cause que les divinités sur lesquelles il plaçait autrefois toute sa confiance. Il invita les missionnaires, qui avaient quitté Tile, à revenir près de lui , et ceux-ci, qui avaient abandonné leur mission en désespoir de cause , se hâtèrent de répondre à son appel. Ils s'embarquèrent de nouveau à Port- Jackson, pour leur première destination, dans le courant de l'automne de l'année iSll.
Pomaré les reçut à Eiméo avec de grandes démonstrations de joie. M. Bicknell et sa femme, qui arrivèrent les premiers, demeurèrent pendant quelque temps dans la même case que lui, et leur présence contribua beaucoup à le prédisposer à se convertir. Une grande partie de son temps était employée à
lire ou à écrire sous leur direction. 11 fut le premier disciple des missionnaires, dont les doctrines ne comptaient qu'un très -petit nombre d'adhérents dans la population. Bientôt, ses progrès furent rapides dans les études qu'il avait entreprises, et ses nouvelles convictions ne tardèrent pas à se manifester. Les indigènes suivaient avec anxiété les changeoients survenus dans les croyances de l'arii-rahi; ils redoutaient la colère des dieux vengeurs de leur cuite, et leurs alarmes furent surtout excessives un jour où Pomaré II afficha publiquement son dédain pour le grand Oro, jadis si vénéré. Il choisit pour laire cette démonstration une occasion qui ne pouvait laisser de doute sur ses intentions. On lui avait apporté une tortue, animal sacré qui ne pouvait être cuit que par un feu allumé dans Tintérieur du temple, et après en avoir ofTert une portion aux idoles. Déjà on portait la tortue au maraî, lorsque Pomaré rappela ses serviteurs; il leur ordonna de préparer un foyer et de cuire la tortue , sans accomplir aucune des cérémonies religieuses prescrites. Le peuple fut stupéfait en entendant cet ordre ; cependant il fut exécuté , et lorsque le repas fut prêt, Pomaré invita quelques-uns des assistants à partager cet aliment avec Hii. Aucun d'eux n'osa s'aventurer à commettre un acte qui, à leurs yeux, avait le caractère d'une monstrueuse impiété. Tous s'attendaient à voir Pomaré II frappé inopinément , par la vengeance céleste, dès qu'il toucherait à cette viande sacrée ; c'est en vain qu'il tâcha de les persuader de
la puérilité de leurs appréhensions et de Tim^uissance des idoles, ils restèrent saisis d'efTroi et muets d'étonnement, en le voyant achever paisiblement son diner; ils ne pouvaient croire à leurs yeux, en le voyant sortir sain et sauf de cet acte sacrilège. Pomaré demande La couduitc dc Pomaré dans cette circonstance ,
le baptême. ^ ^ '
18 juillet 1812. ^^^ moins que ses discours, affaiblirent la foi des indigènes; et s'ils ne produisirent pas un effet immédiat , du moins ils préparèrent la voie à un changement complet. Plusieurs chefs des iles voisines, venus à son aidé en 1812, résidaient encore auprès de lui , il fit tous ses efforts pour les amener à ses idées, mais sans succès. Au contraire , son beau-père , Tamatoa ; Tapoa, chef deRaïatea ; Mahine, chefd'Eiméo, lui déclarèrent que, quoi qu'il fît, ils resteraient fidèles au culte d'Oro. Les chefs inférieurs suivirent cet exemple, à l'exception de Tenamaetde sa femme, qui , affligés de la mort de leur fille unique , âgée de quinze à seize ans , avaient perdu toute vénération pour des dieux sourds à leurs prières (1). Mais Pomaré ne se laissa pas ébranler par la réprobation générale 5, il persévéra, et le 18 juillet 1812 il vint demander le baptême en faisant profession de croire en Jéhova , le vrai Dieu, 1^ Dieu des missionnaires.
Délai apporté à Cependant, dit M. Ellis (2) , quoique les missionnaires eussent lieu de croire à la pureté de sa conversion, ils craignirent qu'il ne fût pas suffisamment
(1) Williams , A narrative of missianary enterprises^ page 60.
(2) Ellis , Poîynesian reiearches , tome I, page 193.
éclairé sur la nature et le but de celle cérémonie. Ils lui proposèrenl de renvoyer son baptême jusqu'à ce qu'il eût reçu une plus ample instruction, et que la pureté de sa conduite , pendant une plus longue période de temps, témoignât de la réalité de sa résolution de devenir chrétien. Pomaré, dit M. Moerenhout, sans concevoir rien encore à la morale et aux principes qui font la base de la religion chrétienne , mais seulement à cause de sa situation désespérée et pour essayer d'une dernière ressource , Pomaré fît profession publique de christianisme et demanda le baptême (i); il consentit à subir le délai proposé par les missionnaires, et leur proposa de con« struire une grande église pour le culte du vrai Dieu. Lorsque les missionnaires objectèrent qu'Eiméo ne pouvait être pour eux qu'une résidence momentanée, et qu'il fallait attendre de retourner à Taïti, ou de s'établir dans les autres îles de l'Archipcl, il répondit : « Ne pensons pas à ces choses , bâtissons une église d'abord ; » et les travaux commencèrent sur-le-champ (2).
(I) Moerenhout, Voyage aux iles du grand Océan ^ tome n, pa^re 444.
(?) Une lettre collectire des missionnaires Henry, Bicknell, ^il5on et Nott, à la date du mois d*octobre 1812, porte à cette é[ioqae le personnel des missionnaires à sept hommes , quatre femmes et leurs enfants. Cette lettre , après avoir déploré la mort de MM. BaTies et Hoyward et celle de Wadame Henry, porte en suti>tancc c]ue les missiunnaires s^occupaieiit ù coustruire im petit naTÎred^après les conseils dugoaverncur Blacquaric, de M. Massdcn et de diverses autres personnes de la colonie de Sidney qui saintetés-
DénoArcho
de deux chefs
de TaïU.
Joillel 1812.
Pendant ce temps, l'anarchie et le désordre continuaient à régner sur Taïti ; des rumeurs de guerre circulaient non-seulement sur la grande lie , mais on craignait aussi que les insurgés ne fissent une invasion sur Eiméo. La cause de Pomaré n'avait pas fait de progrès ; cependant, à la fin du mois de juillet i812, au moment où il venait de montrer sa détermination d'embrasser le christianisme I deux chefs de Taïti vinrent l'engager à reprendre son gouvernement, en lui promettant un arrangement à l'amiable des différents survenus. Les désirs de Pomaré s'accordaient avec la proposition qu'on lui faisait, et le 13 août 1812 , Pomaré II, accompagné des chefs des îles sous le vent, et de la plupart des habitants de Papéolaï, son séjour habituel sur Eiméo, s'embarqua et se rendità Taïti. M. Moerenhout (1) hésite à se prononcer entre diverses suppositions, au sujet du but de la démarche des deux chefs de Taïti. La première supposition est que, jaloux du pouvoir d'Oupoufara, les chefs vinrent réclamer la présence de Pomaré pour satisfaire une inimitié particulière ; la seconde hypothèse ferait envisager celte démarche
saient à eux et encourageaient leurs travaux, mais qu'ils ne pouvaient encore faire de longs voyages pour instruire les naturels ; une école avait été ouverte à Eiméo d'après la méthode de Lancaster ; elle n'était fréquentée alors que par une vingtaine d'écoliers ; on espérait cependant que le nombre ne tarderait pas à s'accroître.. 'Le service divin en langue du pays était peu suivi. Missionary regiiteTy far ihe year 1814, page 36.
(1) Moerenhout , Voyage aux iles du grand Océan , tome II, puge 455.
HlSTORlQt'E. 517
œmme un piège, ou bien comme reffet de la frayeur dos partisans de Taneienne religion qui voulaient empocher Pomaré de se faire chrétien. Quoi qu'il en suit, 'Oupoufara déjoua les projets de ceux qui ameoèrenl Pomaré , car il refusa de se soumettre. La visite de Tarii-rahi ne réussit pas au gré de ses désirs ou des promesses qu'on lui avait faites. La guerre continuait d'ensanglanter les districts d'Ataix>urou et de Papara, et quoique plusieurs chefs eussent fait des offres de soumission, ces propositioQs n'avaient aucune apparence de certitude ; sur €«s entrefaites, Tapoa, chef de Raîatea, mourut, et ks chefs des autres Iles se disposèrent à rentrer dans k'ors pénates. Le parti de Pomaré, établi dans le district de Pari , n'était pas cependant inquiété par yts ennemis. Ce chef entretenait une correspondance très -suivie avec les missionnaires d'Eiméo. bans la première lettre , écrite le 2 septembre 1812 , U leur apprit qu'il avait été indisposé trois jours aa^tfavant, et il témoigna les sentiments religieux U^ (dus enthousiastes; il éprouvait une anxiété Irés-^rande en songeant a la mort, s'il ne devait pas recevoir le pardon de Dieu pour toutes ses oflenses. «Dîeo , disait*il, sauvera- t-il un pécheur comme » moi ?» La seconde lettre , écrite le 8 octobre 1H12, mentionne l'offre de quelques chefs de faire ^te de soumission. «Mais, continue Pomaré,
• combien cela durera-t-il? L'avenir est incertain;
• cependant, quanta présent, tout va bien. Les
• r%éoements ne sont pas mauvais pour nous main-
Soumission
du district de
Katavaï.
Février 18I3.
» tenant. S'il en était autrement, je ne resterais pas » ici (1). »
Au commencement de Tannée 4813 , le district de Matavaï se rendit à Pomaré, mais celui-ci doutait de la sincérité du chef qui avait reconnu son autorité. « Matavaï m'a été délivré, écrivait-il, le 17 février 9 1813, aux missionnaires, et quand je serai parn faiteroent sûr de la sincérité de cette soumission, je » vous écrirai plus amplement. » Dans la même lettre, il accorda la permission de couper deux arbres, pour faire une quille au bâtiment que les missionnaires construisaient, et il exprima un scrupule de conscience de la manière suivante : « II y a beaucoup de » voleurs à Taïti; ils m'ont volé six pièces d'étoffes et » des livres. Commettrai-je un péché en tuant les vo- B leurs (2)?» Ces diverses lettres montrent une tendance de plus en plus grande chez ce chef à suivre l'impulsion d'une conversion complète. L'œuvre des missionnaires commençait à grandir; du chef, ia persuasion descendait peu à peu à ses subordonnés. Pomaré , persévérant dans ses croyances , les développait à tous ceux qui l'entouraient. Sa conduite lit une impression profonde sur l'esprit des habitants de Taïti , mais elle lui attira beaucoup d'ennemis ; elle fut nuisible à ses intérêts , car elle lui attirait non-seulement les attaques de ses adversaires politiques , mais encore celles de ses alliés et des
(!) Miêsionary regUier for the year 1814 , pages 72 et 73. (2) Missionary regUter for iH year 1814, page 300.
membres de sa famille. Ceux-ci attribuaient ses revers au respect qu'il avait témoigné aux missionnaires, et à rinclination qu'il ressentait pour leur Dieu; ils lui disaient qu'il ne devait pas s'attendre ù voir ses affaires prospérer, tant qu'il abandonnerait les dieux de ses ancêtres, ceux auxquels sa famille ^tait redevable de la haute position qu'elle avait oëcupêe sur Taîti et sur lesiles voisines; mais , malgré toutes ces récriminations , Pomaré resta inébranlable dans sa conviction.
Au commencement de juin 1813 , Pomaré occupa vovage le district de Mqtavaï. Les communications entre miM'onnaircs
^ a Taiii.
Eiroéo et Taïti étant devenues plus fréquentes , deux ,5 j^]; ^,,3 missionnaires visitèrent, le 15 du même mois, les lieux qu'ils avaient abandonnés cinq ans auparavant; ils descendirent dans le district de Pari; avant de se rendre à Matavaî , ils s arrêtèrent dans la vallée naouiahouay où se trouvaient deux indigènes, Oiio et Toualùne , dont les noms sont restés dans les annales de la conversion de l'Archipel, comme ceux des premiers néophytes de cette île; ces deux hommes , anciens serviteurs des missionnaires, avaient non-seulement embrassé leur croyance, mais ils l'a* vaient propagée. MM. Scott et Hayward reconnurent que ce qu'on leur avait dit de la conversion de plusieurs indigènes , était vrai; près des lieux où leurs travaux avaient été infructueux , ils eurent la satisfaction d*entendre quelques individus prier le Dieu qu'ils étaient venus proclamer; encouragés par celte rencontre, ils tentèrent de faire le tour de Taîti en
Manifesla lions
en faveur
du christianisme.
Première destruction des idoles i Eiméo.
Août 1B18.
prêchant, el ils réussirent à accomplir leur projet sans encombre : ils s'empressèrent d'apprendre ce succès à leurs confrères d'Eiméo, où cette nouvelle excita leur étonnement et leur émotion à un tel degré, que, longtemps après, M. Nott parlait, dans les termes les plus vifs, de l'impression produite par cet événement , qui donnait une nouvelle vie à des espérances presque anéanties.
Peu de temps après le retour de MM. Scott el Hay ward , des manifestations analogues à celles qu'ils avaient constatées, se firent jour à Eiméo; le dimanche 25 Juillet 1813, l'ouverture de Téglise bâtie par les ordres de Pomaré II eut lieu solennellement. C'était le premier édifice consacré à un but religieux qui eût été bâti dans cette île; dès le lendemain quarante individus se présentèrent pour écouter les exhortations de M. Nott; trente et un parmi eux donnèrent leurs noms comme ayant renoncé au culte des idoles. L'élan fut rapide; ce nombre s'accrut encore de onze peu de jours après , parmi lesquels se trouvaient Taaroani^ fils de PouroUj chef d'Ouahine , et Matapououpouou , principal prêlre de la même lie.
Ces conversions donnèrent lieu bientôt à des démonstrations publiques de la part des néophytes. Le 28juilletl813,unetrouped'arreoisarrivaàre(ito6omi, village situé à cinq milles de Papeotaï où se trouvait le camp des guerriers venus à la suite de Taaroarii au secours de Pomaré ; ce chef fit défendre la représentation des cérémonies de celte Société ; il déclara
ne plus reconnaître les dieux de Taîii et fit inviter M. Nott à venir prêcher dans son camp. C'était une circonstance on ne peut plus favorable, de jeter dans cette réunion d'hommes de toutes les lies , les premières notions de la nouvelle religion. Les missionnaires en profitèrent avec empressement, et réussirent à convertir Patii, grand prêtre d*Eiméo, qui avait écouté avec beaucoup d'attention une de leurs prédications. Cet homme, plein d'enthousiasme pour les nouvelles idées qu'il avait embrassées, déclara sur-le-champ à M. Nott qu'il allait brûler ses dieux. Cette action décisive devait porter un coup mortel à l'ancien culte; mais on songeait avec appréhension au tumulte qu'une pareille profanation allait occasionner. Le grand prêtre Patii tint cependant la parole qu'il avait donnée; dans l'après-midi du lendemain , il fit préparer un bûcher devant la foule stupéfaite; il déchira les ornements des idoles du marai et les jeta dans les flammes qui les consumèrent ; il s'adressa ensuite aux spectateurs en exprimant le regret d'avoir été le ministre de ces informes divinités.
Après une absence de deux ans environ , Pomaré 11 Retoar retourna a Eimeo vers 1 année 1814, précède par ses ^ Biiné*.^ alliés qui regagnaient leurs lies. Ceux-ci étaient déjà ****'^ imbus des principes du christianisme ; Tamatoa, son frère, et divers autres chefs, malgré la répugnance qu'ils avaient exprimée en 1812, suivirent les instruciions des missionnaires et emportèrent avec
3fc
Penchant de Pomaré II pour iMvresse.
eux le germe d'un bouleversement complet dans les mœurs des habitants.
Le séJQur de Pomaré à Taïti avait cependant eu de fîcheux résultats pour ses sentiments religieux ; il n'avait pu résister à la tentation des liqueurs enivrantes ; sa conduite fit craindre aux missionnaires que sa conversion ne fût qu'apparente ; cependant , en réfléchissant que l'intempérance était un vice auquel il était adonné de tout temps, et que ses habitudes antérieures lui rendaient la lutte plus difficile qu'à tout autre, ils n'abandonnèrent point l'espoir qu'ils nourrissaient à son égard (1). Le penchant de Pomaré II pour l'ivresse avait été déjà signalé par le capitaine Turnbull. Les effets de la boisson étaient terribles chez lui : il devenait furieux dans ces moments, au point qu'il ne se serait pas fait scrupule de tuer ses sujets ; il était surtout avide des spiritueux les plus forts , et il allait en demander à tous les navires. Lorsqu'on eut satisfait à sa demande à bord du Margaretj au mois de septembre i802, il s'écria avec un enthousiasme qui dénotait sa satisfaction : « Maxim le pahi!.... MatUn te pahil » Bon navire! excellent navire!...
Ce goût pour les boissons enivrantes n'était pas
la^pMuîàiîioDl^r partagé seulement par les familles des chefs qui
avaient des relations fréquentes avec les Anglais,
mais aussi par toutes les classes de la population. Le
désir des indigènes d'obtenir des liquides alcooliques
Désordres produite dans
(l)ElKs , Polyn0Han researeheêt tome I , page 2\7,
HI8T0IUQUE. Ç23
était extrême : le fait suivant en est la preuve. Quelques Européens ayant planté des ceps de vigne i T»ti, et ayant expliqué l'utilité qu'on pourrait reti* rer de cette plante si on la laissait croître» ils pensèrent que leurs travaux seraient respectés; mais Timpatience des naturels ne put pas s'astreindre à auendre le temps nécessaire à la maturité du fruit : iU cueillirent les raisins verts, et comme ils ne pu* reot en obtenir la liqueur qu'ils désiraient obtenir , ils s'imaginèrent d'employer la méthode usitée pour produire l'ava : ils d^acinèrent les ceps et tâchèrent d'en mâcher les racines. Trompés une nou*telle fois dans leur attente ils crurent qu'on avait Toulales induire en erreur; dans leur fureur, ils se vengèrent en foulant aux pieds les malheureuses plantes (i). Pendant les troubles qui suivirent l'expulsion de Pomaré, l'intempérance des chefs et de leurs subordonnés prit un développement déplorable à Taiti, où des insulaires des lies Haouai avaient importé la mé* tlwle d'obtenir par la distillation , la liqueur de la ra« ^ sucrée du Tii {draccem termmaliê). Des districts entiers s'aesociaient pour construire des alambics
(i) TornbiiU , Foyoge rùund ihe World in the year 1802 , etc. « P^ei 148 et 149. M. Tnmball ajonte : c L^efTet pernicieux de nvrene sur les indigènes amènerait infailliblement lenr destmctei n on inCrodnbail dent le pays des boissontaloooliqaes on l*«rtde U diatîUâtion* Ceux qni importeraient on distribneraient de pvtils produits deviendraient promptement, à moins d^étre protégés par une force militaire, les TÎctimes de Tariditë des habitants pov rottf FretUM^ Pam anglais, nom généralement emphTé itel
grossiers, au moyen de pierres creusées et de vases en bois; quand la liqueur était extraite, toute la population s'assemblait au tour^de l'appareil pour en boire le contenu. La première liqueur obtenue, nommée i4o, était la plus forte; elle était réservée pour les chefs; la seconde extraction était abandonnée au reste de ia population. La réunion des buveurs durait plusieurs jours , pendant lesquels ils se4ivraiont à tous les débordements qu'une longue ivresse peut produire.
La population tombait dans un état d'abrutissement déplorable; la misère envahissait ce pays fertile; déjà il n'y avait plus de sécurité pour les voyageurs à passer d'un district dans l'autre. Près des lieux de distillation, on voyait à la suite des orgies qui s'y pratiquaient des corps lacérés à coups de hache ou de massue , car des meurtres accompagnaient presque toujours une ivresse furieuse ; c'est à cette ardente soif d'un liquide incendiaire, qu'on doit attribuer la plupart des férocités qui , depuis l'année 4809 à Tannée 1815, ont rendu le séjour dans ces Iles , dangereux pour les navires; plus d'une tentative fut faite pour s'en emparer ; quelquefois elles réussirent. L'équipage du Queen-CharloUe fut massacré; et le missionnaire Shelly , qui s'y trouvait passager, ne fut conservé que pour conduire le navire à Taîti, où le chef Oupoparoti, devenu depuis un des dignitaires du gouvernement de Pomaré, lui sauva la vie. La Daphnéy capitaine Fodger, subit le même sort; le capitaine, G. Bicknell, neveu du missionnaire de ce
nom, et quelques hommes furent seuls épargnés, mais ils eussent été sacrifiés sur les autels des marais, si le capitaine Walker de tEndeavimr n'était parvenu à les délivrer (1).
On doit ajouter que ces attentats n'étaient pas Arréiét
da gouTerncor
toujours inspirés par l#cupidité des habitants de Noufîficîîîtiiei Taîti, mais que fort souvent ils étaient commis ^"®''^sous l'impulsion d'un désir de vengeance : la con-* duite des marins n'était pas toujours exemplaire ; des enlèvements d'hommes, de mauvais traite* mentSydes exactions même, signalaient leur passage et contribuaient à pervertir le sens moral * chez les sauvages. Différentes proclamations des gouvernements des Nouvelles-Galles du Sud , don« oeDt la mesure des mauvais procédés des capitaines anglais envers les naturels. La proclamation du i" décembre 1813 prescrit, sous peine de 1,000 libres sterling d'amende, à tous les capitaines ou annateurs anglais qui quitteraient les ports des colonies de l'Australie pour se rendre à la Nouvelle** Zélandeou à toute autre lie de l'océan Pacifique, dese présenter devant l'oificier chargé de l'adminisiraiion de la marine, pour prendre l'engagement de se bien conduire vis-à-vis des indigènes, et de ne commettre aucun dommage sur leur territoire; de ne pas faire la guerre, de ne pas intervenir dans leurs querelles , de n'exciter aucune animosité parmi eux, de n'apporter aucun empêchement à la celé-
(0 Ellb , Polyneiian researeh€$ , tome I , pages 231 et 232.
bration de leurs rites et de leurs cérémonies; de n*enlever aucun individu des deux sexes sans son consentement, le consentement de sa famille et celui des chefs dont il dépend ; et , dans ce cas , de le débarquer à sa requête en le payant de ses gages : car tous les indigènes de ces lies étant sous la protection de Sa Majesté, tous les actes de rapine, de pillage , de piraterie , de meurtre , ou tout autre attentat contre leurs personnes ou leurs propriétés, seront sévèrement punis sur les preuves qui en se- ^ ront produites. Une seconde procl amation semblable à celle-ci déclare, à la date du 49 novembre 4840, que toute négligence ou désobéissance à ces prescriptions , sera poursuivie avec la dernière sévérité des lois, au retour du coupable sur les côtes de TÂustralie ; et que , pour ceux qui ne reparaîtraient pas sur le territoire de la colonie, on transnâettrait au secrétaire d*Ëtat pour le département des colonies , les documents nécessaires pour garantir leur punition dès leur arrivée en Angleterre (4). Ces mesures indiquent assez la gravité qu'on attribuait à la conduite des marins dans ces temps.
AeeroilMment Au Commencement de Tannée 4844 1 le nombre
des
conïonioiit. ^qs néophylcs des missionnaires avait augmenté; au ^•^<- mois de janvier, le nombre de leurs auditeurs habituels était de trois cents , et quelquefois beaucoup plus ; les écoles étaient fréquentées par environ autant d'écoliers; déjà le service. religieux était organisé
(1) EUis , Polyneiton resMrches^ tome I, page 100.
sur toutes les ties de TArchipel , soit par des missionnaires, soit par des indigènes convertis (i). LMrrésolution régnait dans l'esprit de la population; un grand nombre d*individus flottait entre Tancien et le nouveau culte. Oupaparouj chef de Taîti , accompagné de sa femme et de doOze ou treize individus de sa maison , vint à Eiméo pourvoir de près Fœuvre des missionnaires; il trouva les opinions très-divisées dans l'tle; quelques ' chefs rengagèrent à se joindre à eux pour soutenir la cause des anciens dieux, et lui dirent de se méfier de Matapououpouou, grand prêtre d'Ouahine, qui s'était récemment converti, et d'Outamij un des chefs de l'tle de Taha, désormais ataché à la doctrine des missionnaires. D'autres chefs agirent en sens inverse sur l'esprit d'Oupaparou , qui , obéissant à leur impulsion , se convertit avec toute sa suite.
L'exemple de ce chef entraîna un grand nombre Bom-aiooa. de personnes; il fallut bientôt agrandir le lieu du culte, pour pouvoir y recevoir tous les néophytes dont les mœurs se modifiaient de plus en plus ; ils éfaient ponctuels dans l'exercice des devoirs extérieurs de leur religion , et se réunissaient fréquemment pour prier en commun. L'habitude qu'ils avaient contractée de prier avant et après leurs repas, attira l'attention de leurs compatriotes, qui leur donnèrent , en terme de mépris , le sobriquet de Bourc atouoj littéralement prière à Dieu. Ce nom, qui n'a-
(1) Misiionary ttgiiUr for iht y$ar 1816 , pago 307.
vait rien de honteux en lui-même, mais qui était considéré comme une épitbète injurieuse par ceux qui le donnaient , subsista pendant de longues années.
^ Voyage de A la fin dc Tannée 1814 , Pomaré Vahîne , seconde .
Pomaré Vahiné ' . '
ATaïii. fille du chef de Raiatea, vint à Eiméo, et au Mai isis. milieu du succès toujours croissant des efforts des missionnaires, elle et sa sœur songèrent à faire un voyage à Taîli, soit pour#reconnaitre les chances qui restaient à Pomaré de revenir au pouvoir à l'aide de l'influence chrétienne y soit pour s'aboucher avec différents chefs de l'Ile; elles partirent pour cette ambassade au mois de mai 1815; elles étaient suivies d'un nombreux cortège composé presque en entier de chrétiens ; elles devaient faire le tour de File et propager la nouvelle doctrine sur leur passage : une dissidence d'opinion ne pouvait manquer de se manifester, et donna lieu à un témoignage public de renonciation au culte des idoles , avant de quitter Eiméo.
^Témoigoage Une fôtc somptucusc nommée /oamotiraa , nourrîranc^encuiie ^^^^i ^^^^^ ^^^^ ^^^^ chaquc île à l'arrivée et au départ des personns|ges appartenant aux hautes classes de l'aristocratie; elle consistait à faire préparer un grand nombre de provisions cuites, et à les porter devant la demeure de la personne a laquelle on voulait donner cette marque de considération. L'usage voulait aussi que dans ces occasions , un prêtre prit les prémices de ce cadeau , pour les déposer sur les autels des dieux.
à Eiméo.
Le zèle religieux de Pomaré ne voulut pas subir une pareille cérémonie; dans la fête qui se préparait à Toccasion du voyage de sa belle -sœur, el par son ordre, sans doute, au moment où on attendait le prêtre qui devait faire Toffrande d'une portion du faamouraa aux dieux, un des spectateurs s'avança et, découvrant sa tête, adressa, à haute Vbix, des remerciements à Jehova, le dieu des chrétiens , qui donnait la nourriture à ses créatures. La foule , assemblée , fut confondue de cette audace, mais Toffrande des provisions ayant été déjà faite, personne n'osa en prendre une portion pour la porter au marai.
Quand les deux sœurs arrivèrent à Taïti, elles Nooteiu ahordèrentà Pari , où elles furent accueillies avec em- p"**"^ j" ^•^•"' pressement par les amis de Pomaré et les gardiens ^^'^^^i^^^lf^^ d'Aimata, son unique enfant, qui y demeurait avec sa nourrice. Pomaré envoyait à sa fille , par cette occasion, un livre, comme une indication de sa volonté expresse, qu'elle fût élevée dans la religion chré* tienne; cette démonstration fut une source de grands encouragements pour les Boure-atoua, mais elle excita un mécontentement profond chez leurs adversaires, qui commençaient à prendre ombrage de l'extension rapide de la réforme. Déjà , la plupart dés habitants de Pari et de Matavai avaient renoncé à l'idolâtrie, et manifestaient l6 désir de changer de religion. Des Boure-atoua se trouvaient répandus au milieu des districts les plus opposés au changement du culte; forcés de se cacher^ pour ne pas offenser
les chefs el leurs voisins , ils se retiraient la nuit dans les bois ou dans des vallées solitaires , où ils se réunissaient pour prier ensemble.
L'agitation des esprits , Finimitié que les chefe nourrissaient contre Pomaré et les chrétiens, ne permirent pas aux filles de Tamatoa d'accomplir leur voyage autour dei'ile ; mais pendant leur séjour à Pari, une répétition de la scène d'Eiméo amena un incident nouveau; lorsque le feamouraa, présent de divers chefs, ftit apporté, un prêtre, voyant qu'on se refusait à rendre l'hommage forcé d'une offrande aux dieux , représenta l'énormité de ce sacrilège ; montrant ensuite une touiïe de plumes rouges, emblème de la puissance d'Oro, il menaça de sa vengeance les compagnons de Pomaré Yahine, et ne ménagea pas les propos insultants. Alors un des serviteurs de Pomaré, nommé Farefaouy s'écria :«Cô » sont donc là les puissances dont la colère nous me- » nace! eh bien, je vais vous convaincre de leur in- » habilité à se préserver elles-mêmes de la destruction. » Saisissant alors les plumes rouges, il les jeta dans un feu allumé près de là. L'assemblée les vit brûler eh jetant des exclamations d'horreur , et cette action accrut la haine des idolâtres , qui déjà complotaient la destruction des chrétiens et de leurs adhérents.
Portrtii tfidit. Depuis la mort de Pomaré 1*', le nom de sa femme Idia n'est plus mentionné, soit par les navigateurs, soit par les missionnaires ; il est probable qu'elle avait cessé d'exister peu de temps après son époux. Si
HISTORIQUE. S3i
Pomaré II avait beaucoup perdu à la mort de son père, il fut privé, à la mort de sa mère, d'un conseiller précieux, à en juger du moins par l'esquisse qui nous a été transmise du caractère et de l'influence de cette femme. Idia devait être née vers l'année 4764 ; sa taille était supérieure à celle des femmes de Taîtiy sa figure était spirituelle et animée; elle était très -intelligente, mais adonnée aux mœurs licencieuses de la population, elle en partageait tous les vices; elle cohabita successivement avec plusieurs individus , et entre autres , avec l'individu qui portait les morceaux à la bouche de Pomaré, lorsqu'il dîna à bord du Bounty (1). En i707, elle fut censurée publiquement par les missionnaires, à cause d'an infanticide qu'elle avait commis, et qu'ils avaient cherché à prévenir en offrant de se charger de cet enfant; elle répondit à ces reproches qui lui étaient adressés devant Pomaré I*' que si l'enrant eût été de lui, elle ne l'aurait pas tué, mais que l'usage exigeait sa mort, parce qu'il était né d'un père de basse extractioD; le père de l'enfant était lui-même présent à /^entretien, et loin d'être choqué des réponses d'Idia , il en riait (2). Idia était douée d'un esprit plus hardi, plus entreprenant et plus guerrier que son époux; elle n'avait aucune de ses manières aflables et aisées; elle recevait les indigènes avec des façons hautaines , elle ne condescendait jamais à se mettre
(1) Blîgh , Foyage à la mer d^ Sud , page 128.
(2) VTilfoiifif miêiUmary Voyage , page 153.
sur un pied d'égalité avec eux et il était bien plus dangereux de Toffenser que Pomaré. Quoique séparée pendant longtemps de son époux , elle n'avait souffert aucune diminution de pouvoir et de respect; son influence était très-grande dans le gouvernement : elle s'associait aux déterminations les plus énergiques , et lorsqu'à bord des navires européens on lui offrait des présents, elle y prêtait peu d'attention; mais elle réclamait avec instance àespoupouiy mousquets , en faisant remarquer qu'elle était aussi capable que qui que ce fût dans l'Ile, d'en faire usage. En efiet, elle n'était pas moins bon guerrier qu'habile politique , et on craignait son ressentiment plus que celui d'aucun des membres de la famille régnante (1).
Voyage ^H même temps que Pomaré Vahiné projetait de
faire le tour de Taïli , Pomaré II s'était lui-même mis en route , et se rendait de village en village autour d'Eiméo pour persuader aux chefs de brûler leurs idoles : « Les Raatiras, » dit-il dans une lettre qu'il écrivit de Maatea aux missionnaires , < sont disposés à obéir à la parole de Dieu (2). »
oimpiot Les etforts réunis de la propagande religieuse, ac-
crurent de plus en plus le nombre des convertis. L'influence des Boure-atoua, en raison du rang élevé de beaucoup d'entre eux , la conûance avec laquelle ils proclamaient la supériorité de leur
(1) Tornball , Voyage round the World , pages 1^34 , 140 , 1 64, 187 et 280.
(2) MUsionary register for the year, 1816 page 428.
religion, et raocroissement que leur parti prenait journellement , excitèrent la haine des adversaires du christianisme qui nourrissaient Tappréhension de les voir s'emparer du pouvoir, et que les anciens dieax, leurs temples et leur culte, ne fussent abandonnés. Les chefs idolâtres de Pari , Matavai et Wapaianô se concertèrent pour détourner Torage qui grondait sur leurs tètes; ils formèrentavec les chefs d'Âttahourou et de Papara le complot de détruire dans un massacre général, tous les individus qui , dans Taîti , seraient soupçonnés de suivre la nouvelle doctrine(l). Ces chefs, quoique divisés par des inimitiés personnelles et invétérées, se liguèrent ensemble pour accomplir cette œuvre de destruction , qui devait relever la cause de leurs dieux et faire prévaloir leur pouvoir. Ils oublièrent momentanément leurs dissensions , à la voix du prêtre qui avait assisté à la démonstration injurieuse du serviteur de Pomaré Vahiné, ^le jour du faamouraa (2).
U influence des prêtres avait pris une grande ^^J^L. extension dans l'état d'anarchie qui avait succédé à l'expulsion de Pomaré II. Déjà Métia , prêtre inspiré d'Oro, en passant dans le camp des insurgés , avait beaucoup aidé à leur triomphe; il avait dirigé la plupartdes mouvements de cette époque ; depuis lors, soit que Métia eût changé de nom , soit que ce fût un autre individu, on retrouve sous le nom de Tino
(I) Ellii, Polynesian researchei ^ tome I, page 239. (?) Hoerenhoot , Voyage aux Ue$ du grand Océan , tome 11 , page 459.
du complot.
7 juillet 1815.
ou Taramea un prophète qui » par sofi ascendant , gouvernait en réalité Tile entière ; il demeurait sur la pointe Mara dans un niaraî où de toutes parts on lui apportait des offrandes et des provisions. Son autorité était des. plus despotiques, et ses volontés aveuglément suivies , car sa seule menace inspirait la terreur. Ses heures d'inspiration , pendant les^ quelles on le désignait sous le nom d'Oro, étaient des moments de triomphe pour lui; et s'il eût crié) guerre f tous les spectateurs se seraient armés sans réplique (1).
Eiécaiion L'cxécutiou do la Saint-Barthélémy taïtienne de*
vait avoir lieu dans la nuit du 7 au 8 juillet 4815; le massacre devait commencer vers minuit. Les maisons devaient être incendiées et les prisonniers tués sur-le-champ (2). Le secret de cette conspiration avait été bien gardé; aucune indiscrétion n'avait trahi les intentions delà ligue. Déjà Oupoufara était en marche , à la tête des Oropaa, habitants du di^ trict de Paparas et d'Attahourou, pour se joindre aux Porionouy habitants des districts nord et nordest de l'Ile. Taraméa, le prêtre inspiré , ennemi plus que tout autre d'une religion qui détruisait son pouvoir, raccompagnait, lorsqu'un incident imprévu vint arrêter cette troupe. Un homme du bas peuple nommé Maroy et plus tard AreUmmou (3))
( 1 ) M. Hoerenhout, Voyage aux iles du grand Océan^ t. H, p. 4 50. (2) Ellis , Polynesian ruearekeê , tome I , page 1 40. (3)]loerenhont^ Voyage auxUeedu grand Oeéat^j tome II» pages 459 et 460.
se présenta sur la route avec un bras enveloppé , signe qui décelait l'inspirat^n divine. Taraméa rencontrait un rival; sur-le-champ, il entama une dispute en le qualifiant d'imposteur mais les crédules indigènes s'écrièrent qu'il était réellement inspiré. La lutte des deux prêtres mit la confusion dans les esprits et fit perdre quelque temps. Oupoufara , qui ne paraissait pas être la dupe des deux prophètes , mit un terme à ces débats en laissant Taraméa derrière lui, et en marchant isolément; cependant , pour la première fois^ il se montra indécis, sans énergie.
Les Boure-atoua eurent connaissance du danser Faïus des
^ Boare-Aioua*
qu'ils couraient; le 7 juillet au soir, peu de temps avant l'heure indiquée pour le massacre, ils reçurent un avis secret du danger qui allait fondre sur eQx(l). On ignore qui leur donna cet avis, dit M.Moerenhout, maison pense que cefutOupoufara, qui, quoique rival de Pomaré II, ne pouvait tremper dans un pareil complot , surtout avec des chefs qui lui étaient hostiles, et qu'il détestait, pour sa part, biea plus que l'ancien arii-rahi lui-même (2). Par un hasard favorable , les chrétiens devaient se rassembler ce même jour , pour célébrer leur culte CQ commun, et pour délibérer sur des sujets d'intérêt général. A la nouvelle du triste sort qui leur était réservé, ils coururent en toute hâte à leurs pi-
(0 FJIm, Polynman researches^ tome , page 140.
(3) Voerenbonl , Foyugé aux iles ihi grand Océauj tome 1
Dissensions des chefs de Taïti.
Combat
et victoire
d'Oupoufara.
rogues ; ils s'embarquèrent peu après le coucher du soleil , en emportai» le peu d'objets qu'ils purent réunir, et se dirigèrent vers Eiméo , où ils arriérèrent sains et saufs le lendemain matin.
Le délai apporté dans la marché d'Oupoufara sauva les chrétiens , car, enveloppés de toute part par leurs ennemis , leur destruction paraissait inévitable. Les diflerents partis, à mesure qu'ils arrivèrent, vers minuit , au lieu du rendez-vous , virent, avec un sentiment de rage, que leur proie alarmée s était mise hors de leur atteinte. Le nouvel inspiré Maro voulait qu'on allât attaquer sur-le-champ Pomaré Vahine, qui se trouvait encore à Pari ; mais Oupoufara , ainsi que le chef de Panavia, s'y refusèrent : ce qui prouve que déjà le respect religieux pour les inspires était fort affaibli, et au milieu des ombres de la nuit, on put apercevoir les pirogues des filles de Tamatoa Cuyant vers Eiméo.
Ce rassemblement de guerriers armés, et sous l'impression d'un grand désappointement, donna lieu à des récriminations violentes, qui dégénérèrent en querelles. D'anciennes animosités qui ne s'étaient endormies que dans le but d'écraser un ennemi commun, se réveillèrent avec une nouvelle force : Maro menaçait Oupoufara et son parti de la colère des dieux , parce qu'il avait apporté une grande lenteur dans ses mouvements, et aussi parce qu'il avait refusé d'attaquer Pomaré Vahine; ce chef tint peu compte de ces menaces; il répondit qu'il ne désirait
d« JUUvaï.
aucun mal à cette femme ni à ses gens ; comme la discussion devenait de plus en plus acrimonieuse , il Bt ses dispositions de combat, et attaqua sur-lechamp les Porionou (1) et les Teharoa (2). Dans cet engagement, Oupoufara obtint une victoire complète; ses partisans forcèrent leurs adversaires à prendre la fuite, et tuèrent un de leurs principaux chefs (3).
Les Porionou s'étant retirés à Matava! , envoyèrent dï!SSlÛ?cc faire despropositionsde paix. L'inspiré Maro, auquel M. Hoerenhout a prêté des sentiments hostiles à Oupoufara au moment du combat, semble avoir changé ici de rôle et de parti; il fit répondre aux envoyés qu*on leur accorderait la paix s'ils immolaient un aapU'paraou ou victime chrétienne, et s' ils envoyaient cette victime pour être donnée en offrande à Oro ou à lui-même Maro, qui était inspiré par ce dieu. Cette demande fut accomplie ; on parvint à saisir un jeune converti, et son cadavre fut envoyé à l'inspiré à Papaoa ; mais Maro ne voulut plus le recevoir; il le fit replacer dans la pirogue, et le renvoya à Matavai , eo disant que si les chefs ennemis voulaient brûler la maison destinée aux fêles publiques des arréois, la première lueur de cet incendie serait le signal du départ des Oropaas , pour retourner dans leurs foyers. Les malheureux vaincus consentirent encore
(1; Moerenhoat , Voyage aux iles du grand Océan , tome II , page 451.
(?) Missionaryregiitcr for the year 1818. (3) Ellis , Polyneiian rtiêarchtê , tome H , page 441.
A sobfr cette humiliation ; mais dès que les flammeâ apparurent aux yeux du prophète , il s'écria : i Victoire! > Il dit aussitôt à Oupoufara que ce signal élétl tin pronostic ».s6urè de triomphie; ce chef marcha à Tatlaque sur ia foi de cette prédiction > et «bassa devant lui les malheureux Porionou, qui %'enftiireM vers le Pari de Wapaîanô , laissant derrière eux, aux mains des ennemis, les enfents, tes infirmées M les vieillards (1). Après avoir ravagé de fond en couple tout le district de Matava!, les Oropaas poursuivirent leur route vers Wapaîanô, où ils séjournèrent, pendant quatre jours, dans là plaine prèd du rivage. Le cinquième, ils marchèrent à l'attaque du fort, situé dans l'intérieur. Les assiégéS) frappés d'une terreur panique, qui tes Tiendait incapables de la moindre résistance, se retirèrent dans les montagnes après une légère escarmouche, dans laquelle il n'y eut en tout qu'une douzaine d'hommes tués.
Arrifée LfeS Oropaas prirent possession du fort , où ils
de Tairaboo. 'l\irent rcjoints par les 5guerriers de Taïrabou , qui apparaissent dans le récit de M. Moerenhout sous te nom de Teievaltiens ; ces deux peuplades étaient en paix à celle époque , et le$ habitants de Taïrabou venaient prendre part aux dépouilles de la guerre. Quand ils arrivèrent, Maro était assis sur une éminence auprès d'Oupoufara; toujours sombre et
(1) Moerenhout , Voyage auœ ile$ du grand Océan , tome II, page 462.
HISTOKIOUE. 539
comme plongé dans de profondes méditations, il parut ne les sivoir point vus; levant la tête, il demanda qui étaient ces gens Des amis de Taim-
boU I répondit-on Des amis , s'écria-t-il , ce sont
des ennemis ^ il faut les attaquer. Mais les chefs s'y reTusèreiit et quelques-uns cherchèrent à l'apaiser. Cependant les guerriers de Tairabou ayant appris les paroles de l'inspiré, voulurent se retirer; malgré les ^orls d'Oupoufara ils se tinrent à l'écart sar leurs gardes. Rien n'arriva pourtant ; bientôt ils se rallièrent pour donner la chasse aux malheureux qui s'étaient sauvés dans les montagnes (i) et pour dévaster les propriétés des vaincus. L'Ile fnt une nouvelle fois plongée dans les horreurs de la guerre; depuis le district d'Attahourou jusqu'à l'isthme y toute la partie nord-ouest, nord, nord-est et est de l'Ile fut sillonnée par le parti vainqueur, qui brûlait devant lui toutes les cases, détruisait les propriétés, saccageait et pillait partout où il portait ses pas ; il réduisit les verdoyants et beaux districts de Pari, Faa, la vallée romantique de Hautaua, Matavai, Wapaiano et les districts de Test, à un état de désolation et de nudité complète (2).
Deux jours après l'arrivée des habitants de Taira- Reioar
* "^ ^ des Oropaas dans
boo y toute la troupe quitta le district de Wapaïano ^^^'* ^<»3r«"et se rendit à Papetoare, point situé à l'extrémité orientale de la grande péninsule; on y transporta les
(1) Moerenhont , Fofage aux Uei du grand Océan , tome 1 , pftgtt 463.
(?) EUb , Poiynertan r$$earehe$ , tome 1 , page 21 f.
corps des ennemis tués, el on les déposa autour d'un maraî ; après cette oflrande , Maro ordonna aux Oropaas de retourner dans leur district; il les pressa de partir en prédisant que s'ils restaient absents plus longtemps, Pomaré , à la tête des fugitifs d'Eiméo , tiendrait attaquer leurs femmes et leurs 'enfants sans défense.
Atuque A peine la troupe des Oropaas avait-elle atteint le
de^Taïwiwa ^îH^g® à' Afoina sur la côte sud -ouest de Tîle, que déjà elle s'était dispersée ; les guerriers se dirigeaient isolément dans les montagnes à la recherche de leurs familles, qui s'y étaient retirées pendant les hostilités , lorsque la nouvelle d'une invasion se répandit tout à coup. L'inspiré Tino ou Taraméa, mu par le désir de reconquérir sa puissance usurpée par Maro, avait réussi à capter la confiance des chefs de la petite péninsule et les guidait vers Papara , dans un moment où Oupoufara n'avait à leur opposer qu'une trentaine de partisans. Ce chef voulait se retirer devant l'ennemi , fort de deux ou trois cents hommes ; mais Maro ne voulut pas reculer devant son rival; il encouragea son parti à se préparer au combat ; il excita les guerriers en leur affirmant que Taraméa n'avait aucun pouvoir sacré ^ et que le dieu Oro combattrait pour eux. Animé par sa haine contre son antagoniste, ou par un esprit enthousiaste , cet homme fit naître tant de confiance dans ses adeptes qu'il réussit à les conduire à l'ennemi. Malgré Tinfériorité de leur nombre et l'abandon d'Oupoufara, qui ne paraissait plus croire
aux prédictions inspirées par Oro , le succès couronna la hardiesse de Maro ; à la tète de sa petite troupe il mit en déroute les Tetevaiticns après en avoir tué cinq ou six (1) 9 et leur imprima une terreur si grande que plusieurs d'entre eux allèrent rejoindre Pomaré à Eiméo , craignant d'être poursuivis dans leur péninsule (2) ; le reste s enfuit dans les montagnes; ces dernières luttes, plus destructives que meurtrières , avaient soumis File entière à Oupoufara , mais en avaient fait presque un désert, et laissaient d'ailleurs ce chef avec peu de forces.
En même temps les vaincus de tous les partis se iffloence . réfugiaient à Eimeo ou ils étaient reçus et protégés ^"/s-^So^^^' par Pomaré II, dont ils grossissaient le parti. Indépendamment des réfugiés qui avaient cherché un asile à la suite des combats où ils avaient été défaits , un grand nombre d'individus , mus par le désir de Vivre en paix ou par la curiosité de voir de près la nouvelle religion , vinrent se mêler aux chrétiens d'Eiméo, et se trouvèrent placés à portée des in- Btructions des missionnaires, sous l'influence de l'exemple donné par Pomaré, par divers chefs €t par les Boure-atoua en général. Une lettre des nûssioonaires, à la date du 6 septembre 1815 , porte le nombre des convertis à trois cent soixante-deux et celui des individus fréquentant l'école à six cent
(0 Moerenbont, Foyagt aux iles du grand Océan , tome II , me 464.
(?) EU», Polyntsian researches, tome I, pige 24 1 .
soixante. Déjà il n éialt plus possible d'en recevoir
davantage 9 à cause du peu de livres que la mission
possédait (i).
Craintes Quoique les Boure-atoua eussent échappé aux ma-
et are-a ut. ^jjinj^ij^^ng j^ leuTs ennemis, el que les projets
meurtriers de leurs adversaires eussent échoué, cependant , au milieu de Tagitation qui régnait sur Taïti, on craignait que Tile d'Eiméo ne devint le but des entreprises des idolâtres. Pomaré II envoya à plusieurs reprises des messagers chargés de missions pacifiques pour les chefs de la grande lie ; il reçut en réponse des assurances de paix. Hais on ajoutait si peu de confiance à de pareilles démonstrations , que Ton conserva pendant longtemps la crainte de voir une flotte ennemie opérer un débarquement sur les rives d'Eiméo.
Retour Lcs Bourc-atoua continuaient pendant ce temps à
^à Taïuf accroître leur nombre ; quoique leurs adversaires religieux fussent maîtres de Taiti, beaucoup de chrétiens se trouvaient secrètement r^)andus dans rilc. La nouvelle religion s'infiltrait rapidement dans la population , et ses ramifications s'étendaient de proche en proche. Cet étal de choses ne pouvait durer longtemps sans attirer Tattention des chefs idolâtres et sans provoquer des mesures répressives. Déjà la question politique qui avait exclu Pomaré de Taïti, avait change de face : elle était devenue une question religieuse. Son parti grandissait dans Tombre; mais
(1) Misiionary registir for the year 1816 , page 427.
UISTOKIOUB. 543
ceux qui adhéraient aux anciennes croyances ataieiit Tesprit trop turbulent pour ne pas amener un con* Ait. Vers le milieu de Tannée 1815 , le nombre des chrétîeM épiait à peu près celui de leurs adversaires; il était cependant difficile de savoir si les partisans des idoles, animés par le désir de défendre la cause des dieux et des SAciens usages, ne seraient pas les plus forts et ne parviendraient pas à détruira d'un seul coup les nouveaux chrétien^, en iaieaut cquler des flots de sang sur Taiti et sur Ëiméo. Les mois d§ juillet et d*aoûl 1815 furent surtout une époque d'anjiiété pour les chrétiens qui redoutaient um iavasiou; le 14 juillet fut consacré à un jeûne général et à des prières publiques pour iiaplorer raasîstance divine dans ces jours d'alarme (f). Toutefois les craintes des missionnaires et de leurs élèves ne furent pas justifiées» car , au contraire» les cbefii de Taiti invitèrent les réfugiés d'Ëîméo, qui s'étalent exilés à la suite des dernières guerres» à venir reprendre leurs possessions. Les bannis acceptèrent cette invitation avec empressement ; Pomaré II » Pomaré Vahiné, et Malûne» chefd'Ëiméo et d'Ouahioe» les accompagnèrent suivis d'un grand nombre dadhérents» pour assister aux formalités de leur réintégration dans la jouissance de leurs anciennes propriétés (2). C'était presque une
(1) Lettre des missioqnaires du 13 août 1816. JUluinm^ry r«gister fur tke year 1817, page 68.
(7) Ellis , Polyneiiun researches . tome 1 , pt^gfi 24S.
5i4 SSQUISSE
armée que Pomaré II conduisait sur les rives de Taiti , et l'on peut admettre la supposition de M. Moerenhouty que ce chef voyant augmenter chaque jour ses forces, songeait de nouveau à la conquête de rîle(l).
"d'**rîfaSSf* D'après H. Moerenhout encore, pendant qu'OuàTaïi poufara se préparait à Papara, pour la cérémonie Octobre isii. ^^ Poureri, qui suivait le retour de la paix, il apprit que Pomaré II avait débarqué à Papeiti ; Maro, s'animant aussitôt , demanda la destruction dès aa" pipforaou ou chrétiens, et Oupoufora, excité codtre son ancien adversaire, rassembla ses guerriers dans le but de l'attaquer. La version donnée par les missionnaires anglais diffère un peu de celle qui précède : d'après ceux-ci, à l'approche des pirogues qui amenaient Pomaré et sa suite , le parti des idolâtres apparut sur la baie en armes pour s'opposer au débarquement ; ils commençaient même à faire usage des armes à feu qu'ils possédaient, mais au lieu de répondre à cette agression , les chrétiens ne tirèrent pas un seul coup de fusil. Pomaré envoya un messager qui, après plusieurs pourparlers, parvint à obtenir une cessation d'hostilités, pendant laquelle le débarquement eut lieu paisiblement (2).. iNouvean complot Pomaré et SCS compagnons s'établirent à terre. Un grand nombre de réfugiés purent regagner leurs districts sans être molestés par les chefs; lesdiffé-
(i) Moerenhout , Voyage aux He$ du grand Océan , tome n , 4>«ge464.
(2) %\\\b , folyneHan researehes , tome I , page 246.
(JcschefideTaTU.
rends qui existaient furent terminés à la satisfaction apparente des parties respectives. Mais au milieu de ces témoignages de bienveillance et de désir de conciliation , les chrétiens conservaient le soupçon qu'une trame s'ourdissait contre eux , et leur soupçon se changea bientôt en certitude^ Les chefs de Taiti n'avaient pas abandonné leurs sentiments de haine et de jalousie. Sous le masque de l'amitié et de la réconciliation , ils concertaient secrètement de nouvelles mesures de destruction. Le dimanche i2 novembre 1815 fut le jour choisi pour exterminer les chrétiens, pendant qu'ils seraient réunis pour célébrer le service divin.
Dans la matinée de ce jour, Pomaré et les chrétiens qui l'avaient accompagné à Taïti, se rassemblèrent au nombre d'environ huit cents , dans un lieu nommé Nariij près de Panavia, dans le district d'Atlabourou (I). Ils avaient suivi les conseils des misiionDaires, qui les avaient engagés à se tenir sur leurs gardes y dans le cas où les ennemis voudraient profiter de leur réunion pour les attaquer. Des piquets d'hommes armés veillaient aux abords de Narii, et les autres membres de l'assemblée avaient des armes à leur portée (2).
Au moment où le service allait commencer, lorsque la personne chargée d'officier se leva pour lire le premier hymne, on entendit tout à cou||!> des dé-
Précaotlonf Boure-aioui.
▲Itaqm
el eombai de
Narii.
11 Dovenibn
(1) Ellifl, Poiyneiian researehei , tomel , page 347. [7) Lettre dei musionnaires. JUissianary regiiter for thê year 1^16, noméro de fénier, page 67.
546 ESQUissi
charges de inou9quetefie, eiuae troupe ^guerriers armés , précédée par les emblèmes des dleui » psfiit dans réloignement ; ellsi se dirigeait vevft le lieu de U réunion , où elle espérait porter U aapfusiQH parmi des hommes supposés saos armes t qui dè& lors abandonaeraient sans résîstaace uae victoire anooqcée par les prophètes^ Aussitôt \f» cm de tammj Uimaij voilà la guerre, retentirent detout^^ parts. Quelques roouvemeiits tumultueux éclatèrent parmi les chrétiens» mais Pom^ré se leva et féclama que rassemblée restât paisible, ea disant • c Qu'ils étaient sous la pnot^tiou de 4ebavat ^ » qu'étant réunis pour l'adorer , auouoe ço^sidéf^ » tion ne devait les déranger dans leurs pieu^ ewr- » cices, pas mtoie rapproche de renpemi (!)• ^ La foule obéit à son exhortation , peut^t^e même trouvait-elle, dans l'approche du péril,, un stimu* laot i sa ferveur. Un iaucien arnéoy> nommé iioiqui^ lut alors l'hymne sacré; le service continuai et se termina par une prièna d'actions dç gf4ce ; aloivs seulement , les hommes de Pomaré t» préparèrent à combattre pour leur défense, Immédiatement^ on prit les dispositions nécessaires pour U bataille. La troupe des Boure-atoua fut rangée en plusieurs colonnes : la première forma l'avapt-garde ou viri et la seconde ligne, nommée papariç, ou joue. Les gens d'Eiméo, placés en arrière, formèrejut le corps désigné sous le nom de tapauo ou épaule de
(1) Ellis , Polynesian researeheê , tome 1 , page 247.
rarmée. Mahine, cberd'Ouahiné, ainsi que Pomaré Vahiné, vaillant guerrier marchant sur les traces didia, se placèrent à la tête d'une troupe qui formaîl un oorps de réserve derrière les guerriers d'EiméûL II y avait parmi ces hommes beaucoup de réfugiés qui niaient pas encore fait profession d'élre chrétiens; ils furent bissés de côté, tandis que les croyants zélés prirent la tète pour faire face à rennemî (4). Aq premier rang se trouvaient Oupaparou ai Hitoti. Pomaré Vahiné, grande femme aux traits masculins, armée d'une lance et d'un mousquet, était Acompagnée de Paré-Paou, ami courageux et fidèle qui , dans cette circonstance, remplissait les fonctions d'écuyer; le chef Mahine se tenait aussi auprès délie : il était revêtu d'une sorte d'armure en filet, tressée avec de petites cordes de rnuofca, espèce de chanvre indigène , et, selon Vu" sa^, ae trouvait côte i côte avec un beau, vaillant et jeune chef nommé Patini, qui était son parent. Pomaré U se posta dans une pirogue avec un certain noiahre de tirailleurs armés de fusils, qui devaient io^rcCer le flanc de l'ennemi sur les bords de la mer. Prés de lui , une autre pirogue était armée d*un pierrier servi par un Européen nommé Joe (2). I^'aprés les renseignements recueillis par M. Lesson , il I>aralt que cet auxiliaire précieux était un Français, Qui avait réussi à monter sur une pirogue double
W Miêêiûfkaru regfêterfor the yewr 1818, page 67. (?) Ellis , Polynesian researches, tome 1 , page 249.
d'Oapoufaïa.
une pièce de fort calibre laissée par un vaisseau étranger (1).
iDirépidiié Avant que le parti des chrétiens eût complété les dispositions de la défense, les ennemis arrivèrent en poussant de sauvages clameurs et commencèrent l'attaque avec impétuosité. L'avant-garde des Boureatoua plia sous le choc; elle perdit quelques hommes , le chef Oupaparou ne se sauva qu'en se précipitant dans la mer , en laissant une partie de ses vêtements aux mains de ceux qui le poursuivaient. Le viri 9 ou front de l'armée* céda devant le nombre des assaillants. La lutte prit alors l'as^t d*une escarmouche : les combattants se répandirent sur un terrain couvert en partie d'arbres et de buissons; lorsque les« guerriers convertis se trouvaient sans adversaires^ on les voyait tomber à genoux pour implorer la protection divine (2). Les hommes guidés par Oupoufara, et par Maro^ s'avançaient avec con-
(1) Cet homme , dont je n^ai pn retenir le nom Garbet à U ta!tienne , arait acquia un grand ascendant sur Pesprit de Pomaré ; les missionnaires en prirent ombrage , parvinrent à le faire exiler et il partit snr un navire baleinier pour les îles Sandwich , où il habite maintenant. Pomaré ne tarissait pas sur ce Français , petit détaille, trés«adroit et très-entreprenant, d'un caractère excessirement jovial et que les insolaires avaient baptisé 'â*nn nom qui signifie mime. Je ne sais jusqu'à quel point cette histoire mérite confiance^ mais peut-être que dans ce vague récit il sVgit du Gascon Rives, qui a joué un assez beau rôle aux tles Sandwich et dont Tameamea fut le protecteur déclaré. P. Lesson, Foyage aut(Mf du moi^de iwr la corvette la Coquille , tome I , page 317.
(2) Missionary register for the year 1818, page 67. Ellis , Polynenan researches , tome I , page 250.
fiance , mais ils éprouvèrent un moment d'hésitation, lorsque les projectiles partis de la pirogue double , jonchèrent de morts le champ de bataille.Oupoufara, pour détruire cette fâcheuse impression , se retourna en leur disant : «Ceux qui sont ^lorts ont été atteints f par leur faute. Ne voyez -vous pas que ces gens
• tirent toujours trop haut ou trop bas? Sautez en
• Tair ou baissez-vous. ••• Moi qui suis le premier» » vous voyez bien qu'ils ne me touchent pas (1). »
Lecombatreprit alors une nouvelle violence. Plu- ^'oo'^'^rm sieora Tictiroes tombèrent des deux côtés , mais le parti d'Oupoufara gagnait du terrain et la victoire semblait suivre ses pas» jusqu'à ce qu'il fut arrivé devant la position occupée par Mahine et Pomaré Vahioe; là les rangs avancés des assaillants furent arrêtés; un homme de Mahine, nommé Raveoe^ parvint à atteindre Oupoufara d'une balle qui lui traversa le corps. Le chef blessé tomba sur-lechamp; il se tordait sur le sable au milieu des ûeas qui tâchaient d'arrêter le sang de la blessure : « Lai«ez-moi , s'écria le guerrier expirant , voilà t riiomme qui m'a blessé , vengez ma mort. » AusûM deux ou trois hommes d'une force athlétique , s*élaiicérent à la poursuite de Raveae qui se repliait sur le corps de Mahine en chargeant son ariae; un de ces hommes devançant ses compagnons s'élança sur loi; ne pouvant le jeter à terre, il essaya de
I Vorrenboul, Foyage aux i7f.< du grand Océan , lome II, ^gc 467.
Ëfi^OtJissc
IrrésolatioDS d'Oupoufara
ayant le eombit
Vfcloire et clémence de Pomaré 11.
l'étrangler en lui serrant le co» par tkrriére, ou tout au moins de Tarrêler jusqu'à l'arrivée de ses compagnons. Dans ce périt imminent, RaYéàe conserva son sang-froid : il étendit ses mains ^n avant, et faisant passer leg^ousquet sons )son bras , il lâcha la détente à boutpiortant sur son ehnemi(l). ,
La mortd'Oupoufara était une grande perle pour son parti. C'était un homme intelligent et remarquable sous beaucoup de rapports ; sa mort fut surtout un sujet de grands regrets pour Tati , son proche parent et son successeur dans le gonvernement du district de Papara. Il était indécis depuis quelque temps s'il renoncerait au culte des idoles ou s'il persisterait dans ses croyances. Un rêve avait feit une vive impression sur son esprit, et^ un jour ou deux avant la bataille, il avait dit publiquement : « Peut- » être avons-nous tort ; envoyons un message à Po- » mare pour demander la paix H des livres , qui nous » feront connaître la nouvelle religion qu'on nous » annonce.» L'influence desprètresd'Oro, la crainte d'être accusé de lâcheté en évitant la guerre proposée par les autres chefs , le déterminèrent pourtant à ne pas suivre cette inspiration qui lui eût conservé l'existence (2).
Cependant l'armée des idolâtrés continuait à combattre avec obstination, mais elle ne put entamer les forces de Mahine et de Pomaré Yahine; elle fut
(i) Ellis, Polynesian researcheiy tome I , page 2Sié (2) £llif , Polynesian researchet, tomel , page 255.
BISTOn^E. 554
mémètoliligèûde roculep etla victoire resta en suspens. NfaIgTièles pl^éàielions fbvorâbles du prophète Tino les Oropdus feiblik^ent déplus en phis. f^orsque la nouvelle ée la mon d'Oùpoufera se répandit, ils ne songèrent plus quli battre en retraite; bîeiitôt leur frayeur s'^tctenit dâés le tuWtrite de la retraite, ils se débaVidèreM et s enfuirent vers leurs paris ou vers les montagnes, laissant Pomaré II, Mahine, et la fille de Tamatoa, thaltrtô du champ de bataille. Le moment delà fuite allait devebir, suivant Tusage , celui da «àroage. Les vainqueurs allaient se mettre à la poursuite des fuyards pour les massacrer, lorsque Pttttiaré s^àvaliça en criant : Atiraf assez. Il défendit non-seuléiUent de poursuivre les vaincus, mais encore d^inc'eUdlelr leurs demeures, de piller ou de dévaster leurs propriétés, d'attaquer leurs femmes et leard eUfâUts. On obéit strictement à ces ordres , dictés par uli sentiment élevé. Pomaré TI, rompant lYecson aucienn^ éducation, se montra sous un jour nouveau i(l). Il feisait nonnseulement un acte d'humanité, mais aussi un acte de politique qui devait porter ses fruits plus tard. Aucune femme ne fbt maltraitée, aucune case ne fut brûlée, on ne se livra à aucun pillage. Les corps des ennemis tués dans le combat , contrairement aux anciens usages , Airent enterrés avec décence, et les restes du chef de Papara furent portés avec respect dans les terres de son district où ils devaient être inhumés (2).
(1) Ellb , Pofynefioii researches , tome I , pages 251 et 2S2. (?) JlfMtofliary register for the year 1 8 1 S , page 68.
Mais en même temps que Pomaré empêchait ses gen^ d^ poursuivre les ennemis, il désigna une troupe de guerriers , parmi lesquels se trouvaient Farefaou et Patini , à qui il donna la mission d'aller au maraî de Taôutira, séjour de l'idole d'Oro , et d'y détruire tous les vestiges de l'ancien culte* Il recommanda expressément aux chefs de cette expédition de se conduire paisiblement ; il leur dit : « N'allez pas à la » petitelleoù les femmes et lesenfantssesont réfugiés, » ne vous détournez pas de votre chemin pour aller 9 dans les villages et dans les plantations, n'entrez 9 dans aucune maison , ne détruisez aucune pro- » priété; mais suivez la grande route et marchez » tout droit à travers les districts de nos derniers 9 ennemis. » Cet ordre fut accompli à la lettre. Dans la soirée de ce jour mémorable dans les annales de Taïli , les chrétiens triomphants se réunirent sur les lieux témoins de leurs exploits , pour rendre grâce à Dieu de leur victoire. Plusieurs idolâtres, entraînés par l'exemple, se joignirent à eux dans cette cérémonie.
'deiTdol*" ^ troupe envoyée par Pomaré se rendit directeà Taouura. ^j^nj ^ Taoutira et ne rencontra aucun obstacle dans l'accomplissement de sa mission, comme on le craignait; les habitants de Taîrabou , qui avaient la réputation d'être, à cette époque, les plus zélés défen* seurs de l'ancien culte, et les desservants du marai ne tirent aucune opposition ; ils assistèrent silencieusement à la destruction des idoles; cependant, au moment de commencer leur œuvre , les chrétiens
eux-mêmes s'arrêtèrent pendant quelques instants devant les objets qu'ils vénéraient jadis et dont ils avaient si longtemps craint le pouvoir ; mais surmontant bientôt cette hésitation, ils dépouillèrent ces images redoutées de leurs ornements , ils livrèrent auK flammes les emblèmes des dieux, et après avoir renversé l'idole du terrible Oro, ils l'emportèrent en triomphe à Pomaré II , qui en fit faire un poteau pour sa cuisine : place ignominieuse qui témoignait de son mépris pour l'ancien palladium de Taîti (i).
Le christianisme avait triomphé: désormais il Résniuif allait régner sur cette terre, et de rapides progrès swi. devaient lui soumettre la population entière. Dés cet instant, le culte des anciennes divinités fut aboli ; la nouvelle religion avait triomphé, la révolution était complète ; et avec elle, d'autres usages, des mœurs nouvelles , des relations de société inconnues, allaient s établir sur les ruines d'une constitution informe, la bataille du 12 novembre 1815 fut le commencement d'une ère nouvelle , qui devait bouleverser toutes les coutumes du peuple pour les remplacer par des règles totalement différentes.
La conduite des vainqueurs fit une profonde im- scntimenit pression sur l'esprit des vaincus , qui s'étaient ca* chésdans les montagnes. A la faveur de la nuit, ceux-ci avaient envoyé des émissaires dans les lieux de retraite, où se trouvaient rassemblés les femmes, les vieillards et les enfants, et vers leurs propriétés
'I) EllU , Pohjvesian researchcê, tome ! , page 257.
OBi BSQUI6SB
qu ils croyaient détruites; lorsqu'ils reçurept Vh6Urense nouvelle qu'on avait respecté et les bomiQ^ et les propriétés, ils éprouvéreoi up profoiui étOQueoiQnt qui se changea bientôt en gratitude.
Au bout de quelques jours d'attente , ils s'aveptur réreot up à un ^ ou par petites troupes, bor9 do leurs cachettes, et vinrent oceuper leurs demeure^. Lorsqu'ils furent bien assurés qu'ils n'avaient rien perdu et qu'ils n'avaient plus rien à craindre, ils s'emr pressèrent de faire leur soumission en implorant le pardon de leurs projets meurtriers.
Batoor Dès cet iustaut , Pomaré 11 fut réintégré au pouvoir
de Pomaré II tu , . . . * n . # *
pouvoir. de son père, et reprit pos6essu>n del autorité suprême dont il avait été dépouillé. Sa clémence étonna long- ^mps ses adversaires : c Où donc, disaient-ils, les » JSoure^toua ontrils puisé leurs sentiments d'huma? P nîté et de bienveillance ? Nousavons employéla tra- » bison et la ruse, et cependant lorsqu'ils pourraient * e&ercer une vengeance terrible , non?? seulement ils 9 épargnent notre vie et celle de nos familles, mais $ ils respectent encore nos demeures et nos pror » priétés. » Quand ils comparaient cette conduite 4 celle de Pomaré V% qui avait £iit massacrer les femmes et les eniants du district d'AttahouroU| leur surprise était encore plus grande; à la fin ils attribuèrent à la nouvelle religion une magnanimité dont ils ne se faisaient pas d'idée, et qui grandissait Pomaré II à leurs yeux; dès lors ils furent disposés à embrasser les principes religieux de leur monarque. Aussilol que la nouvelle de cette révolution atteignit
HISTORIQUE. OOO
£iméo, par Torgane de Matapououpouou , envoyé daos le bqft d'iofornior les nû&siomiaires du réiiultal da la bataille, ceux-ci fi'emprassèrent de députer i Taîti M. Nott, qui fut reioplacé à 0ou retour par M. Bickoell; tous deux trouvèrent non -seulement des ajiditeurs disposés à les écouter, mais curieux el ardents à s'instruire, au point qu'ils passaient souvent une grande partie de la nuit à s'enquérir des dogmes chrétiens. Pomaré II encouragea de tous ses efforts la conversion de ses sujets. M. JEllis croit devoir ajouter que ces encouragements étaient uniquement ceux de la persuasion, qu'il n'employa jamais d'autres moyens pour atteindre ce but, et qu^il n'eut jamais recours à d'autres insinuations que celles autorisées par les Écritures (1). M. Hoereoboui, d'un autre côté , dit que les indigènes , en voulant devenir chrétiens, ne comprenaient pas encore quels étaient les devoirs du christianisme , et ne savaient autre chose du nouveau dieu , si ce n'est qu'il était bon et puissant, et qu'il avait fait triom*pber Pomaré ; changer de religion était donc simplement pour eux changer de divinité (2).
Avec une rapidité qui tenait du prodige , on vit Édioces éievoi
.. . . . , - »,, , pour le nouveau
bientôt sur les ruines des marais , s élever de toutes «uUe. paru des églises , où les habitants se réunissaient en foule ) dans les jours consacrés à la prière et aux
(1) Ellîfl , Polynesian rutcarehei , tome II , page 5.^2. (?) Moerenhout , Foyage aux Ues du çrqud Océan . tome II , pa;re 471.
instructions religieuses. Les plus intelligents parmi les néophytes qui avaient fait leur instruction à Eiméo, présidaient à ces réunions et remplissaient les fonctions des missionnaires; leurs prières im* provisées étaient souvent remarquables par leur simplicité^ leur expression et leur opportunité. Dans les derniers jours de Tannée 1815 , on comptait déjà plus de trois mille personnes qui avaient appris à lire; elles avaient acquis cette connaissance dans huit cents copies de l'Évangile selon saint Luc et plus de deux mille sept cents syllabaires , distribués dans les écoles (1).
Coup d'oii Les événements survenus sur Taîti eurent un grand
rétrospectif fur . ^.i t « » . » • •
I histoire jies lies retentissement sur les autres tles de r Archipel; mais groupo^N.-o. avant de décrire les changements qui accompagnè- 1797 à 1815. pgjj^ l'introduction du christianisme, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le laps de temps compris entre les années 1815 et 1797 ^ époque à laquelle nous avons arrêté le récit des faits historiques relatifs aux îles du groupe nord-ouest. Ces faits sont rares et souvent incertains; on ne trouve que bien peu de renseignements sur l'histoire de ces lies, lorsqu'elle ne se lie pas inlimement à celledeTa!ti| déjà trés-confuse, et qui a absorbé uniquement l'attention de tous les narrateurs. On a vu qu'en 1797, Ouourou, chef de Raîatea, dépossédé de ses biens par le victorieux Pouni , s'était retiré sur Ouuhine, où régnait Tearii-taria , qui pourrait
(l) Ëllis, Polynesian r€$earehe$y tome I , pagei ?63 et 266.
bien être le chef vaillant qui seconda si efficacement la cause de Pomaré sous le nom de Mahine. Cependant cette supposition est toute gratuite, etTidentité des deux chefs n'est confirmée par aucun témoignage. En 1802 y le capitaine TurnbuU vit sur cette Ile deux chefs principaux, dont l'accoutrement, moitié européen, moitié sauvage , attira particulièrement son attention ; il vit aussi une vieille femme qui exerçait l'autorité de régente au nom de son petit-fils, jeune enfant qui l'accompagnait, mais qui ne voulut pas entrer dans le navire; ce jeune chef possédait aussi deux sœurs (1).
D'après le môme récit , le chef de l'île de Raiatea , "• "!?•*"• en 1802, était Tomaqua, probablement Tamatoa ; c'était un homme d'une taille aussi élevée que Pomaré I*, mais moins corpulent , et qui , dans l'aspect général de sa personne, avait b^ucoup moins de dignité; sa femme Teerinumie possédait des traits agréables empreints d'un air de pénétration ; elle paraissait avoir un grand empire sur son époux, quoiqu'elle ne lui gardât pas une fidélité conjugale exempte de reproches ; pendant la relâche du bâtiment anglais, elle se fit un grand nombre d'amis dans l'équipage.
Le chef de TUe Taha demeurait aussi sur Raîatea; il était, selon l'oppression de TurnbuU, le commandant en chef des guerriers des deux Iles, et paraissait posséder beaucoup plus d autorité que Tomaqua
(1) Tnmball , Voyage round tke fForU , pige 158.
Taha.
Bora-Bora.
lui-même (1). Sous ce litre, on ne doit pris héritera reconnaître le chef Tapoa^ Boba de Forster^ parent de Pouni; ce fut lui qui, ma par ledésir des'appro* prier des armes et d'obtenir des auxiliaires euro* péen^ , facilita la désertion de quelques conviets et dirigea le complot qui faillit faire captu^er le liavire du capitaine TurnbulK
Avant l'agression à laquelle le capitaine anglais n'échappa qu'avec beaucoup de difficultés ^ il avait eu un entretien avec Tapoa 9 dans lequel ce ohef lui déclara qu'à cette époque^ il n'avait aucune influence sur nie Bora^Bora, qui avait perdu sa do* raination sut les îles voisines , mais en était atissi tout à fait indépendante.
A en juger par une phrase de TurnbuU ^ une i»eoncre Raïaiea. vasiou dos habitants de Raiatea avait eu lieu sur Ouahine pou de temps après rétablissement de Mai, en 1777; plus tard > sans indiquer non plus d'époque fixe^ le missionnaire Ellis fait mention d'une guerre qui éclata entre ces deux lies ^ et qui prit naissance dans les causes qui suivent : Tenaniat chef d'Ouahine> embrassa la cause ^Ohaune-^Haapahttj qui avait été banni par le chef de Raiatea; il voulut le rétablir dans ses propriétés. La flotte d'Ouahine mit à la voile et se rendit & Tipaemaouj où les habitants de Raiatea se rassemblèrent à son approche. Mato^ père de Mahine, était le chef des forces d'Ouahine; il fit sommer Tapoa de se rendre;
Eipédilion d'Ouahine
(l)TumbuU , Foyaterùund the fforldj page«163et 187.
HISTORIQUE. i'.^l^.)
mais cette sommalion resta sons ciTet, el des tient cotés on se prépara au combat (i).
Nous empiéterons l'aperçu des diffét^ents modefe • ^^^^jf/^»®» de combattre des habitants de Tairchipel Taïti, eii combmnaYii. esquissant un combat naval. Quand le combat avait lieu dans des récifs où la mer est toujours balthe, les pirogues se plaçaietit slii^ une seule ligne, et leurb eilrémités étaietit liées leé uned aut ad très; le but de cet ordre de bataille, appelé àpl^ était d'empêcher la rdpturè de la ligue ou la ftiitë pendatit Taclion. Lorsque Teuttemi prenait dès dispositions sembldbled, lés deux flottes présentaient chacune une suite continue de pirogues qui manœuvraient pour se rapprocher. Des revaè ou bdtadérollea flottaient; de grandes clameurs aocompâgnaiëht ce mouvement , et les principaux guerriers se plaçaient sur une plateforme élevée f d'où ils dominaient chaque point de Vembar€ation«A une certaine dislance, on oommençaiià lancer des pierres avec des frondes; à moindre «Ustance» on employait les lances et les sagaies; et eofioi lorsque )e& embarcations étaient bord à bord , 00 eo venait aux mains avec un achamemeal fu^rieux» Le manque d'espace , l'impossibilité de fuir, rendaient ces engagements désespérés. Quelquefois les vainqueurs épargnaient les ennemis abattus , fàfini^ qui les suppliaient de leur accorder la vie, mais la plus souvent, on ne faisait point de quartier; il fallait vaincre ou mourir, et cette nécessité augmen -
(1) Ellifl, Polynoian ru4arck$t , tome H , page SiO.
tait la rage des combattants. Quand les pirogues n'étaient pas attachées ensemble, les guerriers pouvaient se soustraire à la mort en cherchant un asile sur le rivage le plus voisin-, s'ils étaient poursuivis, ils abandonnaient leurs embarcations pour se sauver dans les montagnes, refuge habituel des vaincus; mais dans Tordre de bataille appelé api y lorsque la victoire se déclarait pour un parti , il passait sur les pirogues ennemies et massacrait, dans cet abordage , tous ceux qui ne se jetaient pas à la mer pour chercher un asile auprès de leurs amis. Il arrivait cependant que les deux flottes, n'ayant pas obtenu d'avantage décisif, se retiraient chacune de leur côté , ainsi que cela avait eu lieu à Eiméo pour la flotte conmiandée par Toouha, en 1773, et dans la bataille de Hauroto^ que nous décrivons.
Combat natal La flottc d'Ouahino se composait de quatre-vingt- Hooroio. dix pirogues de vingt brasses de long ( trente-six mètres environ) (1); elle rencontra celle.de Raïatea près de Houroto, où la bataille fut livrée; elle fut très-meurtrière, sans que la victoire se décidât en faveur d'aucun des deux partis : le nombre des morts fut si considérable , que, le lendemain, les cadavres empilés atteignaient, dit-on, la hauteur des jeunes cocotiers du rivage. Cependant les deux armées conservaient l'intention de recommencer les hostilités jusqu'à ce que l'une d'elles fût en- Ci) EIlîs , Polynesian researehei , tome II, page 509. Cette dimension est exagérée.
HISTORIQUE. 56i
lièrcment détruite, lorsque Maoum^ un habitant de Bora-Bora, inspiré par Oro, fit connattre la volonté de ce dieu qui prescrivait de cesser la guerre; les chefs se soumirent à Farrét divin : un armistice fut conclu ; mais les guerriers des districts de Fare" UHm et Faréihi , sur Ouahine , n'ayant éprouvé que peu de pertes dans labataille, mirent à la voile pour aller piller Taha , où ils trouvèrent une résistance à laquelle ils ne s'attendaient pas ; ils ne furent pas seulement repoussés , mais presque entièrement détruits. Lechef Mato fut tué, et les guerriers survivants se sauvèrent avec beaucoup de peine ; profitant cependant de la faiblesse des forces de Raiatea, ils parvinrent à regagner Ouahine. La plupart des chefs des lies du groupe nord-ouest périrent dans cette guerre. Ouahine, surtout, ne se releva pas du choc que ce conflit meurtrier lui avait fait éprouver (1).
Lorsque les chefs des Iles de la Société vinrent ^„JJ;g*^e„u, porter le secours de leur présence et la coopération J^ p^àré. de leurs guerriers à la cause de Pomaré II, on remarqua parmi eux Tenania et Mahine, chefs d*Ouahine ; Tamatoa , chef de Raîatea ; Tapoa , chef de Taha; Mai, Tofouara, chefs de Bora-Bora, et Taaorii, chef des lies Tobouaî-Manou. Tous ces chefs semblaient avoir oublié les divisions qui régnaient entre eux poui* venir en aide à Pomaré, dont ils paraissaient reconnaître sinon la supré-
(1) Eli» , Polffn€$ian re$$areh$iy tome U , pages 484 et 486.