‹ Îles TaïtiChapitre 14 sur 33 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

bientôt à travers l'isthme de Panama ; car il n'est pas encore bien démontré que le passage à travers l'Amérique 9 lorsqu'il sera créé, sera praticable pour les navires du plus fort tonnage ; ii n'est pas démontré non plus que les entrées en resteront toujours libres et profondes. La mer ne pourra-t-elle pas y établir ces barres si puissantes qui, à l'entrée d'un grand nombre de nos ports, savent résister à tous les efforts des ingénieurs? Ensuite, en admettant que )a mer Pacifique communique à l'Atlantique par jun canal capable de recevoir les plus grands vaisseaux,, l'indépendance de ce détroit ne sera-t-elle pas placée sous la garantie de toutes les nations du globe? Le passage en sera-t-il praticable pour nos vaisseaux de guerre, lorsque la guerre éclatera? Sans aucun doute , le percement de l'isthme de Panama peut développer notre commerce de Taïti et des Marquises, mais il ne saurait faciliter les communications nécessaires en temps de guerre , entre la France et les comptoirs qu'elle a établis au centre des mers du Sud.

Mais, dîra-t-on, la France ne doit point tenter des essais de colonisation dans l'Océanie; qu'elle ménage ses forces pour l'Algérie et la Guyane : elle ne doit avoir dans les mers du Sud que des postes militaires pour y protéger son commerce pendant la paix , et ménager des ports de refuge à ses croiseurs au cas d'une conflagration européenne; du reste, de longtemps encore, l'océan Pacifique ne pourra être le champ de bataille de nos flottes, ce sera dans la Médi-

XXVI PRIÈFACE.

terranée et l'Atlantique que devront se concentrer nos forces au cas d'une rupture, et alors nous n'avons pas besoin de chercher à créer au loin des colonies nouvelles. Soit, mais si le poste militaire établi aux Marquises ne doit avoir d'autre but que celui de protéger le commerce^ les dépenses qu'il occasionne ne sont plus en rapport avec les avantages que l'on est en droit d'en attendre ; s'il doit offrir protection et secours à nos croiseurs en temps de guerre, et devenir le boulevard de notre marine dans les mers. du Sud au cas d'une rupture, il est insufBsant.

Gomment espérer en effet que les îles Marquises et Taïti, quels que soient les travaux de défense que l'on y exécute, pourront résister longtemps sans être secourues, dans le cas d'une guerre avec l'Angleterre , par exemple , dont les vastes possessions dans ces mers nécessiteront toujours un développement de forces considérables. Et si nos possessions océaniennes se trouvent menacées , quels seront les secours qu'elles pourront espérer ? La route du cap de Horn sera vivement disputée à nos frégates par les croiseurs ennemis embusqués aux îles Faikland; si elles doivent prendre la route de l'est, elles auront, outre les dangers d'une navigation excessivement longue et pénible, à doubler les caps de Bonne-Espérance , les caps sud de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, qui tous sont occupés par des colonies anglaises. Elles auront plus d'un combat peut-être à soutenir avant d'arriver à leur deslina-

PRÉFACE* XXifit

tion. En admettant le cas le plus favorable, celui où elles sortiraient victorieuses de la lutte, elles arriveront à nos comptoirs océaniens ayant besoin de secours, et elles ne. pourront contribuer que faiblement à les défendre. *

Les postes militaires des îles Marquises et de Taïti sont-ils mieux liés à nos comptoirs situés près de Madagascar? mais la distance qui les sépare est immense , et la régularité des vents qui soufflent dans les zones tropicales rend le trajet de Madagascar ou de Bourbon très-difficile. En admettant que le gouvernement français suive une partie du plan de colonisation que nous lui supposions , en admettant que quelques nouveaux postes militaires soient établis prochainement sur la Nouvelle-Guinée et dans le grand archipel d'Asie , il sera encore très-long et même très-difficile de réunir les forces navales éparses dans nos ports coloniaux, sur nos archipels océaniens 9 lorsqu'ils seront menacés; tandis que nos croiseurs , stationnés dans l'archipel de la So* ciété, pourraient se porter rapidement sur nos comptoirs occidentaux , s'ils étaient attaqués. Et maintenant l'utilité même des postes maritimes purement militaires ne pourrait-elle pas être contestée? Le but que veut atteindre la France en s'imposant des sacrifices onéreux pour se créer des colonies , n'est-il pas d'accroître sa marine marchande pendant la paix, afin d'augmenter le nombre de ses matelots en développant le commerce extérieur, comme aussi de se créer des points de relâche dans toutes

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