INTERVENTION DE LA FRANCE. — PROTECTORAT. — < CONCLUSION
La nature du 8ol , la configuration des terres , le iwrodacticn. climat même d'un pays, n'ont pas seulement une grande influence sur Tétat physique du peuple qui l'habite , mais encore sur le mode des institutions qui le régissent. Cette observation s'applique surtout à la constitution des sociétés naissantes , et , sans puiser des exemples hors de notre sujet, on peut faire remarquer dans les deux archipels de rOcéanie, soumis aujourd'hui à la domination de
la France , des différences dans la .forme du gouvernement qui tiennent essentiellement à la topo* graphie de ces îles, halùtées par une race d'bomines ayant une origine commune, des idiomes et des mœurs à peu près semblables.
La population des îles Nouka^Hivâ, répandue dans des yallées profondjément creusées dans les flancs des montagnes et encaissées entre des remparts naturels, s'est fractionnée en autant de petites tribus sous l'autorité de chefs indépendants. Les parois souvent infranéhissables qui interdisent l'accèsd'une vallée dans la vallée sa voisine, ent aussi empêché les esprits entreprenants et ambitieux de saisir le pouvoir sur toutes les tribus. Chaque peuplade a vécu sous l'autorité de son chef, à l'abri des limites posées par la nature. Aucun chef n'a obtenu de prééminence absolue, et tous se sont maintenus dans un^tat d'indépendance relative.
Dans m'grande île Taïti, an contraire, où les terres ne s'pj^osent pas .aussi efficacement à l'invasion, depuis des temps très-reculés le pouvoir était concentré dans les mains d'un seul individu, qui, sous le titre d'ilni-ra/ii , chef suzerain sans droits bien déterminés, était cependant revêtu d'un caractère sacré et jouissait de prérogatives uniques. Il prédominait sur tous les autres chefs de l'île qui reconnaissaient sa supériorité. Toutefois la séparation de l'île en deux péninsules réunîes par un isthme étroit et montueux , n'a pas été sans effet sur l'exercice du^jouvoir de l'arii-rahi. La division pa-
HISTORIQUE. â99
turelle du sol a été souvent un puissant auxiliaire des divisions politiques des indigènes. La piresqu'ile àe Tçiïrabou, placée comme une sorte de contre-poids à la grande'presqu'tle, a presque toujours été le siège principal de la résistance aux volontés du souverain, le foyer où se fomentaient les mouvements insurrectionnels dont les conséquences amenaient de grands bouleversements. Les districts les mieux partagés sous le rapport de retendue du territoire, de la fertilité et de la population , ont exercé aussi une prépondérance marquée dans les débats des chefs. La région occidentale de la grande péninsule a, surtout , été le théâtre de la plupart àes conflagrations politiques ; et , comme on le verra plus loin, c'est dans le district d'Attahourou , le mieux doté de tous, que se sont décidées les questions les plus importantes de l'histoire Taïtienne.
Les autres îles de l'Archipel , soumises à des conditions territoriales à peu près semblables , possédaient un gouvernement analogue. Le pouvoir ab* solu était dévolu presque toujours à un seul chef, rarement à deux. Quelquefois aussi, le même chef étendait sa domination par droit de conquête , sûr plusieurs lies ; c'est ainsi que le valeureux Pouniy chef de Bora-Bora , subjugua les îles Raïtèa et Taha , et que, dans des temps plus rapprochés , s'opéra l'adjonction de l'île Eiméo à Taïti, autant par la voie des armes, que par les liens de parenté qui unissaient les familles souveraines.
Cette unité du pouvoir paraissait avoir existé de
tout temps ^ et s'être perpétuée dans les mêmes familles; elle était consacrée dans l'esprit de la population, et même les chefs des îles éloignées de l'Archipel semblaient subir, quoiqu'à un faible degré, l'influence du gouvernement de Taïlî.
L'apparition des Européens dansées mers éloignées, commença la période des modifications de cet état primitif. Les premiers navigateurs qui, dans leur naïve confiance, croyaient n'apporter à ces peuples que de simples sujets d'étonnement et d'admiration , laissèrent après eux de nombreux germes de perturbation. Les richesses qu'ils mirent aux mains de certains chefs inférieurs , changèrent leur position sociale. Leur ambition naquit avec l'augmentation de leui? importance ; des ferments de discorde éclatèrent promptement, et bientôt une dynastie nouvelle, si toutefois on peut employer celte expressioa dans ce cas, se substitua à celle qui régnait précédemment. L'amitié des étrangers, l'appui de leur redoutable protection, furent des leviers puissants dont Faction agissait infailliblement en faveur de quelques chefs , et tandis que Wallis , Bougain ville et Gook , au retour de leurs aventureuses pérégrinations, traçaient un tableau séduisant de ces terres jetées dans l'immensité des mers, comme une oasis sur la route pleine de peines et de privations des marins , leurs populations ressentaient de profondes secousses, sous l'influence du premier contact d'une civilisation supérieure.
Il serait intéressant de comparer quels ont été,
en général^ les effets produits par le rapprochement des hommes civilisés et des peuples encore à l'état sauvage. Si notre cadre nous le permettait , nofis tenterions de rechercher quel a été le résultat du sang versé presque toujours dans ces premières rencontres , et si cette cruelle initiation à un cercle d'idées plus élevées , devait présager à ces peuples enfants un accroissement prog?essif de bien-être , au bien s'il indiquait le commencement d'une ère de destruction lente, mais certaine , opérée inévitablement par le contact de la puissance supérieure des intelligences de l'Europe , avec l'ignorance et la faiblesse de l'homme primitif. Ce que l'avenir réserve à ces populations est du domaine de l'inconnu; faisons des vœux pour que la civilisation soit une bonne mère pour eux, mais gardons-nous de cacher les appréhensions qui viennent au cœur , lorsqu'on suit les effets désastreux des changements brusques dans les habitudes et dans Tétat social des hommes qui n'ont pas été préparés à ces transitions par une iniation lente et par une éducation {tréparatoire.
Avant d'aborder le récit des événements relatifs à l'histoire de Taïti , qui sont parvenus jusqu'à nous, il est nécessaire de jeter un coup d'oèil rapide sur la constitution primitive de la société chez ce peuple. Nous indiquerons sommairement les principales bases de cette organisation rudimentaire , les attributions politiques des chefs et du souverain, ainsi
«vision
I ta pmlatioB.
iMi-tiii.
<pe certains détails relatifs aux guerres et à la ma-
pièré de combattre de ces insulaires,
Trois grandes divisions , désignées sous les noms de houi-arii, boue-roatira et- manafcoîine , contenant chacune un certain nombre de rangs distincts, constituaient Tensemble de la population. Les houi-arii, ou |a classe la plus élevée, comprenaient le chef souverain de Taïti , les chefs régnants des îles voisines, les membres de leurs familles, et tous les indivi4us qui leur étaient alliés. Cette classe était peu nombreuse, mais elle était la plus puissante, et ses membres jouissaient d'une distinction dont ils étaient fort jaloux. Us considéraient comme une dégradation d'admettre des individus d'une condition inférieure au partage de leurs privilèges ; pour pallier les effets d'une mésalliance, il fallait açcom^ ^lir dans un temple une variété de cérémoniesi, ^yant pour but d'effacer la tache de l'extraction do r individu ; alors seulement , les deux parties étaient réputées égales en dignité, mais presque toujours les rejetons de cette union étaient voués à la destruction dès leur naissance. Cette haute aristocratie tirait ses prérogatives de son origine supposée divine; la généalogie de la famille régnante surtout, se traçait jusqu'aux époques les plus reculées de la tradition, et remontait jusqu'aux die^x. Les chefs tiraient des dieux leur droit de souveraineté; ils personnifiaient même quelquefois la divinité, et recevaient en son Bom les bpnimages et les^ pffraqdes 4u peuple;
d*autre$ fois ils officiaient publiquement à la tète de leurs sujets dont ils étaient les inteji'médiairesavecles puissances célestes. Les hautes fonction du sacerdoce, les emplois de prêtres des grands marais ou temples *
nationaux, étaient toujours remplis par des membres de la famille régnante, ou tout au moins de la classe des houi-arii. Souvent Tarii-rahî, lui-même , revêtait les attributions de grand prêtre, qui réunissaient dans ses mains des pouvoirs sacerdotaux et civils les plus élevés (1).
Sous le nom de ôptie-roatira , on désignait ordî- Boua-wiiiri. nairement les propriétaires et les cultivateurs d'une certaine portion du sol. * Leurs propriétés leur ap- 'partenaient à titre d'héritage de leurs ancêtres, et non point en vertu d'une concession du souverain ^ comme cela avait lieu aux iles Haouai; de sorte * qu'ils formaient une corporation riche , puissante, et par conséquent indépendante. Les moindres raatiras possédaient de vingt à cent acres déterre (de huit à quarante hectares ) qui produisaient bien au •
delà de leurs besoins^ Ils résidaient sur leurs propriétés, qu'ils clôturaient dans les portions affectées à la culture, et se livraient en outre à divers travaux particuliers dont ils se réservaient l'exploitation. Ils étaient constructeurs de cases et de pirogues , ils fabriquaient leurs ustensiles et leurs armes, tissaient des nattes et préparaient des étoffes, à l'exclusion des autres classes de la population ; ils formaient , en un
(1) EUis, Polyne^anruêarchesy tome U, pages 341 et 346.
mot, ia classe moyenne de la société , mais la plus importante en temps de guerre , car elle faisait la force dés armées. On trouvait bien quelquefois des guerriers parmi les suivants des chefs , mais les raatiras composaient toujours le principal corps d'armée; habitués au iravail, endurcis à la fatigue, ils étaient encore animés par des sentiments d'attachement au sol^ et d'intérêt personnel , beaucoup plus puissants que dans les autres portions de la population. Tavanas. La plus haute classe des raatiras était formée de
ceux qui possédaient une graiftle étendue de terres dans le même lieu , ou un oertain nombre de petites propriétés en différents endroits. Ces grands pro-. priétaires exerçaient une certaine autorité sur la population ; ils constituaient une série de chefs secondaires qui portaient le titre de tavanas (1)^ et remplissaient des fonctions sacerdotales d'un ordre inférieur. Us étaient les prêtres des temples particuliers destinés au culte delà famille, mais ils étaient exclus des charges de grand prêtre des maraîs importants, dévolues, comme nous l'avons déjà dit, aux membres de la classe supérieure. Les propriétés de ces grands raatiras étaient cultivées, soit par des serviteurs d'une condition inférieure, vivant dans un état de dépendance, soit par de j>etits raatiras, qui affermaient en quelque sorte ces terrains, au prix d'une redevance des produits du sol et de certaines obligations de servitude militaire. Outre leur richesse
(1) Moerenhout, Foyageauœiles du grand Océan y t. II, page 11.
HiSTORlOU£. 305
les grands raatiras avaient encore d'autres titres à la considération générale. Ils étaient plus réguliers, plus tempérants et plus industrieux dans leurs habitudes que le reste de la population. Leur influence était aussi très-grande. Dans toutes les questions d'intérêt public, leur volonté était consultée; ils imposaient une certaine retenue à la volonté du chef souverain qui, sans leur coopération, aurait échoué dans la plupart de ses entreprises. Le pouvoir des raatiras était si réel que, dans la plupart des assemblées , les orateurs comparaient la nation à un navire, dont l'arii-rahi était le mât, et les raatiras les cordages qui le soutiennent et le main- ^ennent droit.
On donnait le nom de manahoune au bas peuple Hanahonne. dépourvu de toute propriété du sol. Les pêcheurs , les artisans (sauf les constructeurs de pirogues et de ca$e9 , placés dans la classe supérieure comme une iignede démarcation entreelleet celle-ci) les suivants dès chefs , composaient en entier cette classe. Les titi * et les teowteouj les esclaves et les serviteurs, formaient , le dernier échelon des manahoune. Les premiers avaient perdu leur liberté dans les combats ou à la suite de la défaite des chefs auxquels ils étaient soumis : ils devenaient alors la propriété du vainqueur. Cet esclavage paraît avoir existé chez les Taïtiens depuis un temps immémorial {\)\ il était d'ailleurs fort doux , et le captif recouvrait fréquemment sa
(1) EUis, Polynesian researehes , tome II , page 342.
Goc^gle
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liberté après un temps d'asservissement limité, surtout si la paix continuait de régner ; on lui permettait alors de retourner sur ses terres, à moins quil ne préférât de rester volontairement au service de son maître (1). Toutefois, il faut ajouter que , pendant toute la durée de cet esclavage, le caprice d'un chef décidait de la vie de ses captifs : c'était en outre parmi eux qu'on recrutait les victimes humaines sacrifiées dans les solennités du culte. M. Mperenhout qui a emprunté au missionnaire Ellis la plupart des détails contenus dans son ouvrage , ajoute encore , que ce n'étaient pas toujours les ennemis des chefs parmi les esclaves qui succomba^nt dans ces cérémonies, mais que souvent les premiers ve-, , nus dans la classe du peuple , subissaient cette condamnation arbitraire. Quelquefois cette proscription s'étendait à des districts entiers, subjugués par la force des armes.
M. Ellis remarque aussi que , quoique les manahoune aient toujours composé la majeure partie des habitants de Taïti, dans les temps plus récents ils n'ont plus été aussi nombreux que les autres classes. Pour expliquer cette diminution, il suppose que l'immense décroissance de la population de cette tfe a rendu les moyens de subsistance beaucoup plus abondants , et que tout individu a pu s'approprier une portion des vastes étendues de terre restées dans
(1) Mœrenhout, Voyage aux iles du grand Océan, tome I, page 210.
Tâbandon et s'adonner sans obstacle à leiir culture (1). Ainsi que nous l'avons 4it précédemment , nous n'admettons pas l'exactitude des chififres qui servent de base à l'opinion générale d'une énorme décroissance dans le nombre des habitants de Taïti ; il nous semble qu'on peut bien plus facilement attribuer le fait mentionné par le missionnaire Ellis , à la domination moins despotique des chefs qui n'ont plus eu un intérêt de caste à empêcher le morcellement du territoire, et aux résultats d'une constitution plus libérale amenée par un commencement de civilisation, qui, en aplanissant l'inégalité des conditions, a conféré au bas peuple la faculté de devenir propriétaire.
Il est possible cependant que, sous l'ancien sys- ^^ ^,j,j^7.'*J ^ téme , des individus de la plus basse classe aient pu propriétairw. recevoir le droit de propriété; mais ces exemples devaient être rares et faire exception. La transmission de la propriété ne s'opérait pas seulement par voie de succession dans les lignes directes ou collatérales, mais encore par concession, du vivant des possesseurs, ou à titre d'héritage en dehors de toute relation de parenté. En principe, le propriétaire paraissait libre de concéder son bien à qui bon lui semblait , sans s'astreindre à aucune règle fixe lorsqu'il Qe possédait pas d'enfants successeurs de leurs pères dès la naissance.
La pratique du toutouing, ou de léguer ses biens,
(1) IÇtlis, Polynesian researeheSf tome I , page 343.
parait avoir existé bien avant l'arrivée des premiers missionnaires anglais, non-seulement à l'égard des terres, mais encore à l'égard de tous les objets. Dans le cours d'une maladie , le testateur appelait auprès de lui ses proches ou des amis qui avaient sa conflance et leur confiait l'accomplissement de ses dernières volontés ; cette mission était considérée comme une charge sacrée , et elle était habituellement remplie avec fidélité (1).
Les limites des propriétés territoriales étaient marquées, soit par des bornes naturelles, telles qu'une chaîne de montagnes ou le cours d'une rivière, soit par des moyens artificiels. Ordinairement, une image sculptée appelée Tu indiquait l'étendue des droits de possession ; les mêmes portions de terre avaient souvent plusieurs propriétaires ; on voyait même des arbres appartenir à un maître, tandis que le sol sur lequel ils croissaient appartenait à une autre personne. La sécurité personnelle et les droits des propriétaires n'étaient pas assurés cependant, car l'administration de la justice placée .entre les mains des chefs et du souverain était plutôt réglée par le pouvoir des parties que par le mérite de leurs causes; mais hors le cas de conquête à main armée, l'arii-rahi ne pouvait en aucune façon s'emparer à son profit des terres de ses subordcrhnés.. Certains districts constituaient le domaine patrimonial de la famille régnante; tous les autres districts
(1) Ellis, Folynesian researches, tome II, pages 362 et 363.
étaient considérés comme l'apanage de leurs propriétaires réels , ordinairement delà classe des raatiras, qui les recevaient de leurs ascendants pour les transmettre à leurs enfants ou à quiconque ils choisissaient pour héritier à défaut de progéniture. A leur mort, les individus ainsi désignés entraient sans contestation danâ la possession de ces biens.
La propriété territoriale était frappée au profit du chef suprême et des chefs particuliers d'un tribut qui n'avait pas de taux régulier. Il avait pour but de suppléer à l'insuffisance de leurs revenus, et la fréquence des réquisitions était uniquement basée sur le nombre des districts appelés à y satisfaire et les besoins de la famille régnante. Toutefois, il existait un accord tacite entre l'arii-rahi et les chefs subordonnés quant au temps où ils devaient fournir les produits de cette espèce de dîme. Les approvisionnements étaient souvent remis tout prêts à être consommés, quoique ordinairement les racines et les fruits n'étaient pas cuits , et les cochons étaient livrés vivants aux mains des serviteurs des chefs. Il arrivait même que les cochons, après avoir été livrés, étaient repris par le fermier, qui les nourrissait jusqu'à l'époque où on venait les réclamer. Les étoffes qui servaient à vêtir les serviteurs de l'arii-rahi, les maisons qu'il habitait, les canots affectés non-seulement à son usage , mais ceux destinés aux gens de sa maison , étaient aussi fournis par les raatiras.
D'autres charges et diverses prérogatives étaient
encore dévolues aux propriétaires du isol , mais leur mention sera mieux placée dans Taperçu dés attributions politiques de l'Arii-rahi, et de la forme de son gouvernement dont nous allons nous occuper.
Hiérarchie du Après Tarii-rahi, chef suprême , la plus haute di- ^"^*''" gnîté était celle de sa femme. Les frères du souverain tenaient le rang suivant, et les autres membres de sa famille prenaient leur préséance d'après leur degré de consanguinité. L'autorité de l'arii-rahi était héréditaire et se transmettait par ordre de primogéniture, mais elle n'était point attribuée uniquement aux enfants mâles; souvent ces îles ont été gouvernées par des femmes. Un usage des plus singuliers, et qui parait propre à la race jaune qui peuple les archipels de TOcéanie, imposait à l'arii-rahi l'obligation d'abdiquer dès la naissance de son héritier. Aussitôt le père perdait son titre et une grande partie de ses prérogatives ; de monarque il devenait sujet, et le premier il rendait hommage au nouveau souverain , en se prosternant à ses pieds. Dès cet instant, on conférait à l'enfant le titre sacré d'otOM, si c'était un garçon. Le titre analogue pour les filles paraît être celui de tetoua. Le père devenu régent faisait proclamer l'avènement de l'otou par un messager du gouvernement nommé vea.
Fonction» duTea. Les fonctions du vea consistaient à porter une touffe de niaous ou feuilles de cocotiers , emblème de l'autorité souveraine dans l'Archipel. En entrant
aiSTORlQUË^ . 311
dans un district, il se rendait à Thabitation du principal chef et lui présentait une de ces feuilles en lui faisant conoaître les ordres de Farii-rahi. Si le chef acceptait la feuille, c'était un signe de soumission , mais s'il refusait de la prendre , cet acte était considéré, non- seulement comme une déclaration formelle de rébellion y mais encore comme une insulte faite au souverain. Quand les chefs des districts se soumettaient au message du vea , ils employaient le même moyen pour transmettre les ordres qu'ils avaient reçus. Des messagers particuliers allaient porter une feuille de cocotier à chacun des tenanciers inférieurs, en leur «faisant part de l'objet de cette démarche. Le vea , après avoir fait le tour de nie,, venait rendre compte au souverain du résultat de sa course, et lui indiquait les noms des chefs qui avaient accepté ou refusé les niaous. Toutes les réquisitions pour faire la guerre, pour les travaux publics , povr convoquer des assemblées nationales , étaient faites par ce moyen.
Postérieurement à l'arrivée de Wallis, il parait qu'un paviHon laissé par un capitaine suédois avait remplacé lés niaous. M. Moerenhout dit même, que dans les cas d'abdication, deux pavillons, celui du père et celui du fils, accompagnaient le vea ; nous ne savons pas jusqu'à quel point ce fait est exact; mais il paraît que le consentement des chefs des districts et des raatiras se manifestait pa,r le libre passage du messager sur leurs terres ; tandis que^ si le pavillon était déchiré, et le messager
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arrêté dans sa course , les chefs inférieurs se mettaient en révolte ouverte et faisaient par ce seul fait , une déclaration de guerre au pouvoir qu'ils méconnaissaient, érogativesde Dès quc Tavénement du jeune otoir était reconnu par la population, un grand nombre de cérémonies religieuses et de sacrifices humains avaient lieu dans les maraïs; de nombreux serviteurs étaient attachés à sa personne désormais sacrée; il ne voyageait que porté sur les épaules des gens de son escorte, et n'avait la liberté de marcher que dans l'enceinte des domaines affectés à son usage. Toutes les questions importantes continuaient à être traitées par le père, de concert avec ses conseillers; mais tous les actes de la souveraineté étaient attribués à Totou, et quoique le pouvoir exécutif restât entre les mains du père , il n'agissait cependant qu'au nom de son fils; la nation ne le considérait plus que comme régent. Les insignes du pouvoir, les hommages que le père était accoutumé à recevoir, les terres et les revenus de l'arii-rahi revenaient au fils, et son père lui rendait les démonstrations de soumission et de respect qu'il recevait autrefois du peuple. Cette coutume remarquable n'était pas conlînée à la famille régnante seulement, mais elle avait aussi cours parmi les houi-ariis et les raatiras. Dans, ces deux classes le fils aîné recevait à sa naissance les titres et les honneurs de son père.
Il n'est pas facile de découvrir l'origine de cet usage singulier et en apparence d'une haule anti-
HtSTORlQUE. 343
(faite ^ez les peuples auxquels il est particulier. Son but était d'assurer la transmission des propriétés^ et des honneurs dans la même famille ; car le llls de Tarii-rahi était investi du pouvoir de chef suprême bien avant là mort de son père, et fort soo^rit il était appelé à agir lui-même en qualité de régent avant Tépoque où , d'après les institutions qui 'oht cours chez la généralités des autres peuples, il aurait été revêtu dé l'autorité souveraine (1).
Le père, chargé des fonctions de régent, perdait tout pouvoir dès que son fils était en état de ftrîger lui-même l'exercice de l'autorité. Il n'y avait point d'époque fixe- à laquelle le jeune otou entrait dans la plénitude de ses droits ; d'ailleurs les Taïtiens, peu habitués à tenir compte dtt temps, mesuraient rarement les années de leur âge. L'époque à laquelle le jeune chef était investi des attributs du pouvoif, était amenée parla précocité de soaintelligence, l'énergie de son caractère, la volonté du régent, le désir de ses suivants ou les exigences politiques du pays. Cette époque précédait ordinaii*eraent l'âge de la majorité, et donnait lieu à des cérémonies solennelles. Comme cette consécration était un événement trèsimportant pour la population , on faisait de grands préparatifs pour la célébrer avec toute la pompe possible. Les dieux manifestaient l'intérêt qu'ils prenaient à cet acte par des miracles particuliers
(1) E\\i$y Polynesian researches , tome U , pages S47 et 348.
314 EftQVISSE
qui n'avaient liea que dans ce temps. Aiasi l'aoa (%uier banian), situé dans un lieu nommé faaope f poussait une nouvelle branche à la naissance de Totou , et cette branche prenait racine à l'époque de Ba consécration. Taneanaj un roseau particulier, se déracinait de lui-même et se jetait dans les niains dé l'homme désigné, aux approches de la cérémonie, pour recueillir ce témoignage de la volonté divine.
La description des cérémonies de l'investiture de Tarii-rahi , trouvera sa place dans le cours de ce récit ; ift>us ne mentionnerons ici que les attributions du pouvoir souverain et les limites de celui des chefs inférieurs.
Attribations de Quoiquc la volouté dc l'arii-rahi fût la loi suprême, et son gouvernemenl entièrement arbitraire , if était cependant soumis à des conditions qui en limitaient l'action. Malgré les nombreux hommages rendus à la tête et aux membres de la famille régnante , et la considération qui naissait de la connexion qA'on leur attribuait avec les dieux, l'influence de l'ariirahi, sur les chefs hautains et jaloux des districts, n'était ni puissante , ni permanente , et il pouvait rarement se fier entièrement à leur fidélité dans l'exécution des projets qui ne favorisaient pas leurs intérêts aussi bien que les siens. Chacun de ces chefs était le souverain du district ou du territoire qui lui était attribué, quoique tous reconnussent la suprématie de Tarii-rahi. Chaque île était divisée en un certain nombre de districts ou de maueinas. Toutes
rariirahi.
HISTOAiQU£. 845
les iBatteinas avaient des noms distincts et étaient soumises aux ordres d'un chef appartenant aux rangs des boui-arii ou à ceux des raatiras. Ce chef était en quelque sorte le seigneur du domaine, et son fil^ ou son plus proche parent lui succédait sous l'approbation du souverain ^ l'administration du gouvernement offrait un mélange des droits de |a monarchie et de Taristocratie. Presque toujours le souverain avait auprès de lui un chef qui remplissait les fonctions de conseiller et de confident dans toutes les affaires importantes. Il était de fait son premier ministre ; souvent le nombre de ces conseillers était de deux ou trois, mais leur participation à la direction des affaires ne leur imposait aucune responsabilité (1).
. Le pouvoir des chefs des districts sur leurs sub- poaToirdMcheft. ordonnés, était aussi suprême et peut-être plu» étendu, que celui de Tarii-rahi sur toute TUe, Ce pouvoir s'étendait sur toutes les personnes d'une manière absolue. Les chefs inférieurs des matteinas, exerçaient la même autorité sur les hommes placés dans leur dépendance. Le père était le magistrat de sa famille, les tavanas des matteinas, les chefs de leur district, et l'ariî-rahi dispensait la justice à l'ensemble de la population. L'appel final de toutes les contestations avait lieu par -devant le chef supérieur , et les parties qui recouraient à sa:
(1) ElHs» Polynêiian researehesj tome I , pa^es 363, 364 et 367,
décision, la considéraient ordinairement comme obligatoire.
Pénautéf. Le souvcrain n'ayant pas de force armée à sa
disposition, n'exerçait point non plus de police ré^ gulière pour le maintien du bon ordre. Le chef de chaque district était responsable de la conduite du peuple placé sous sa juridiction ; les chefs attachés à la personne de l'arii-rahi , ses conseillers et ses serviteurs étaient les agents chargés d'exécuter ses ordres. Les serviteurs des raatiras remplissaient les mêmes devoirs dans leurs localités respectives. Le plus souvent, le souverain envoyait ses ordres aux chefs des districts, qui employaient leurs propres subordonnés pour les accomplir.
Les mesures qui affectaient l'intérêt public ne se distinguaient pas par la rapidité de la décision, excepté lorsqu'elles avaient pour but de faire subir le poids de la vengeance d'un chef puissant, à des victimes pauvres et faibles. Pour des causes de trahison , de rébellion ou de refus de fournir des approvisionnements, les coupables étaient condamnés au bannissement et à la confiscation de leurs propriétés. L'arii-rahi avait alors la prérogative de désigner le successeur du coupable , mais ne pouvait jamais s'approprier les terres confisquées. Cependant, la condamnation d'un chef d'un rang élevé et d'une grande influence dans la population , avait rarement lieu sans le consentement des autres chefs ses égaux. Le souverain était par conséquent plus désireux de se concilier leur coopération que de les
mettre en opposition avec ses desseins; et comme il ne disposait d'aucune force permanente ^ il ne pouvait pas toujours faire prédominer sa volonté. Lorsque le souverain se croyait assez puissant pour agir sans contrainte, il bannissait instantanément le chef de district qu'il voulait punir, et envoyait un de ses agents s'emparer de ses terres et occuper ses fonctions. Si le chef banni avait donné de justes causes de mécontentement, malgré que ses possessions fussent des propriété héréditaires, il en était dépouillé et devenait, selon l'expression du peuple, xmvagabond sur la route. Mais si la puissance du souverain n'était pas assez étendue , si la cause du bannissement était injuste, et surtout si le banni était soutenu par l'opinion publique, les autres chefs refusaient leur sanction à sa condamnation. Les raatiras lui conservaient ses droits et ses propriétés par un acte spécial, qui était exprimé par le mot iapea. Ils faisaient des remontrances à l'arii-rahi , et déclaraient même leur détermination de soutenir le parti du chef persécuté en recourant aux armes. Mais les partis connaissaient assez leurs forces respectives pour élever fréquemment de pareils conflits; habituellement ils se faisaient des concessions mutuelles.
L'étendue du pouvoir des raatiras en raison du Pouvoir nombre de leurs tenanciers et de leurs serviteurs , était une des grandes sources d^ embarras du gouvernement, dont les mesures réglées par la volonté du chef et les exigences de l'État, rencontraient
des obstacles souvent insurmontables, dans les rangs des chefs inférieurs. Lorsque les intérêts de la famille régnante et ceux de ces chefs étaient diflfêrents, Topposilion était des plus vives. Les raatiràs , semblables aux ^barons du système féodal, tenaient le peuple dans un état d'asservissement complet, et en tiraient non-seulement une portiondu produit des terres, mais encore un tribut de services militaires et de travaux collectifs.
L'influence des raatiràs était si grande , qu'une mesure de quelque importance, comme une déclaration de guerre ou l'expédition d'une flotte, était rarement effectuée sans prendre leur avis. Ce consentement s'obtenait par les amis du souyerain qui allaient recueillir les suffrages dans chaque district, où bien en convoquant une assemblée générale des chefs, pour délibérer en conseil public sur les propositions du gouvernement. Ces assemblées se réunissaient lentement ; il se passait un long laps de temps avant que tous les chefs fussent rassemblés, et fort souvent ces réunions étaient interrompues par des ajournements ; ces assemblées avaient lieu ordinairement en plein air; les chefs principaux formaient un cercle dans lequel des orateurs des différents partis se plaçaient les uns vis4-vis des autres. Les chefs n'étaient pas les seuls orateurs ; l'arii-rahi adressait souvent la parole à l'assemblée; les guerriers, et même les petits raatiràs, donnaient aussi leur avis avec hardiesse et en toute liberté. Si une différence d'opinion se manifestait^ et si
HISTORIQUE. Si9
les discours s'animaient , Fimpétuosité des passions n'avait plus de retenue , et le conseil aboutissait quelquefois à des scènes de confusion et d^effusîonde sang. La volonté des chefs principaux ne prédominait pas toujours ; les questions de paix ou de guerre dépendaient souvent des impressions produites par les orateurs publics. Ces harangues étaient des types d'une éloquence naturelle , passionnée, hardie dans ses expressions, variée dans ses figures, et dont les effets émouvaient les auditeurs. Lorsque rassemblée se terminait sans conflits, chacun des chefs retournait dans son district pour assembler ses tenanciers et pour faire les préparatifs nécessaires à Fexécution des déterminations de rassemblée.
Les guerres intestines étaient fréquentes. Pendant les quinze premières années du séjour des missionnaires anglais dans l'archipel Taïti , avant la conversion des indigènes au christianisme , ils comptèrent jusqu'à dix guerres générales , dont les causes premières n'avaient pas toujours une importance majeure. Abattre le pavillon du vea, refuser d'obtempérer à une réquisition du souverain, ou à la reconnaissance de l'otou , parler sans rei^ect des dieux et des chefs, insulter les parents él les alliés de la famille- régnante , et une infinitéd' autres circonstances plus secondaires, suffisaient pour faire proclamer un appel aux armes el amener l'invasion du territoire ennemi. Cependant, les hostilités étant le résultat d'une détermination générale de la population, les préparatifs préliminaires, les réunions des raatiras, les^ cérèmonief
qu'il fallait accomplir avant de les entreprendre , en retardaient les effets, et il arrivait fréquemment que la déclaration de guerre était ajournée. Quoiqu'il n'y eût point d'armée permanente, ces îles possédaient dans les raatiras un classe d'hommes adonnée presque exclusivement à la carrière des combats. La guerre était presque une profession pour beaucoup d'entre eux, et une obligation pour tous. Elle était considérée comme le but le plus important de la vie ; tous les objets dont elle nécessitait l'emploi , étaient toujours prêts à un service instantané; des approvisionnements étaient formés en prévision de l'avenir les armes étaient toujours à portée des combattants ; dans la pratique même de l'infanticide, on tuait beaucoup moins de garçons que de fdles, uniquement parce qu'ils pouvaient devenir des guerriers.
A l'exposé sommaire qui précède , puisé en grande partie dans l'ouvrage du missionnaire Ellis, nous ajouterons quelques observations empruntées à M. Moerenhout.
Prérogatives^ des ^^^ chefs suprêmcs avaient seuls une autorité absolue. Le cruel usage des sacrifices humains était la base et l'appui de leur pouvoir. Les dieux , terreur du peuple, étaient toujours favorables aux diefs, et quand un malheureux déplaisait à ces derniers^ il devenait leur victime. Un autre appui de leur pouvoir, et qui les investissait indirectement du droit de vie et de mort , dérivait de la loi du Ta-* bouy considérée comme la manifestation de la vo-
chefs.'
lonlé divine. Les familles des chrfs étaient comme autant de maisons souveraines; quelques-unes, à la vérité , se trouvaient bien quelquefois réduites à la scmmission par les circonstances, et forcées de se reconnaître tributaires d*une famille plus puissante , maison n'en vit jamaisaucune aliéner tousses droits et renoncer à tout pouvoir, excepté dans les derniers temps où Tinfluence des étrangers les fit, de gré ou de force, déroger à leurs anciennes coutumes. Le gouvernement conservait dans toutes ces îles. des formes aristocï^a tiques, attendu qu'elles étaient invariablement divisées en districts , dont chacun avait son chef particulier^ scnimis au chef général momentanément d'abord, et en tous cas d'une manière peu absolue, cap il parait que dans un district spécial il avait plus d'autorité que n'en avait sur le tout son seigneur suzerain, devenu tel par droit de conquête.
La puissance sacerdotale était aussi très-considé- ^ Pouvoir
* ^ ^ du sacerdoce.
rable; quoique les prêtres ne siégeassent point dans les conseils , et ne prissent que rarement part aux discussions politiques, ils n'en étaient pas moins redoutés; car, considérés comme ils l'étaient par le peuple, les chefs n'auraient pas osé les traiter avec rigueur, tandis que leur ministère leur offrait mille moyens de nuire aux chefs politiques. L'annonce d'un funeste présage suffisait pour décourager le peuple et laisser un chjef dans IV bandon, aussi |^ouvaient-ils , sans jamais agir ouvertement ni se compromettre , se venger du sou-
\erain et le perdre presqrfà volonté ; mais on voyait peu de oas de mésintelligence entre le haut clergé et le chef suprême ; d'autant plus que le grand prêtre était toujours frère ou proche parent de ce chef, et qu'ils avaient dès lors intérêt à s'unir poUr consolider leur pouvoir mutuel. Il n'était pas rare non plus de voir les fonctions sacerdotales et administratives réunies sur la même tête, de manière à donner au gouvernement le caractère d'une véritable théocratie ; ce qui arrivait toujours quand un chef mort était remplacé par un frère ou un proche parent investi des fonctions sacerdotales, et qui, bien que devenu ariî ou principal chef, n'en continuait pas moins à présider aux cérémonies religieuses tes plus importantes (1).
L'empire des prêtres grandissait dans les temps de guerre de toute la terreur inspirée par les divinités , et de tout le prix qu'on attachait à leur faveur, qui assurait le succès, tandis que leur inimitié amenait infailliblement des revers désastreux et la mort. Les desservants des temples manifestaient, sous l'inspiration de la divinité, ce que l'avenir réservait à la population; dans ces moments on les supposait sous l'impulsion d'une puissance surnaturelle; et la foule attribuait à leurs paroles un caractère sacré. On peut croire sans peine que l'éloquence de ces prophètes improvisés se ressentait
(1) Moerenhout, Foyage aux iles du graM Océan, tome II , pages 10 et 11.
les hostilités.
de la valeur des présents qui leur étaient offerts. Ils tiraient, comme les augures romains, des pro- i
noslics de l'inspection du cœur et du foie des animaux^ et surtout des contractions des membres des victimes humaines dans Fagonie de la mort. Quoiqu'il ne soit pas dans nos intentions de nous ^
occuper de l'ethnographie de l'archipel de Taïti, nous croyons utile à l'intelligence de notre sujet de consigner dans cet exposé, quelques détails sur les cérémonies religieuses qui précédaient la guerre , et sur le mode de combattre de ce peuple.
Lorsque la guerre était imminente', on préludait .cérémonies
^ ^ r religieuses préce-
aux hostilités en adressant des prières publiques et leehosSut des sacrijfices aux dieux des combats et surtout à Oroj le plus grand et le plus redouté de tous. La première cérémonie était celle du iaamou raa-ra ; elle avait pour but d'implorer la protection des dieux à l'aide des invocations des prêtres , et d'attirer leur colère sur les ennemis. Un sacrifice humain qui portait le nom de matea était offert à Oro , pour le rendre propice au nmoou ( la troupe des combattants). L'eflSgie de ce dieu était portée hors de l'enclos du maraî où elle reposait, et les prêtres détachaient avec solennité une plume rouge de ses ornements, qu'ils remettaient à ceux qui avaient offert le sacrifice, comme un gage de la bienveillance du dieu. Lorsque les prières avaient été accueillies favorablement , on supposait que les divinités abandonnaient les ennemis , et pour récompenser ce service important les chefs se rassemblaient ; ils
réunissaient en même temps les prêtres, et à latêtede Farmée, un orateur leur offrait une certaine quantité d'étoffes, des nattes, et quelquefois même une pirogue , en leur disant : « ceci est la récompense de vos » efforts en implorant jour et nuit l'aide des dieux. »
Un autre sacrifice humain, nommé Maouifaatere ^ suivait la déclaration publique de la guerre; le seul fait de cette oblalion entraînait aux yeux des ennemis la certitude des hostilités. Une deuxième cérémonie, celle du /aïraro, succédait à celle du iaamou raara'y elle avait pour objet de faire de nouveaux présents aux prêtres, pour les engager à persévérer dans leurs labeurs. Une troisième cérémonie, nommée haamii , suivait celle-ci , et elle avait le même but, celui d'engager les prêtres à redoubler de vigilance et de prières pour rendre les dieux fidèles à la cause de leurs adorateurs , et pour amener les dieux des ennemis à les abandonner et à les combattre. Aux étoffes, aux nattes, aux divers objets composant les premiers présents , on ajoutait cette fois plusieurs beaux cochons désignés chacun par un nom particulier.
Le titre d'atoa fareia manaha^ construction de la maison manaha, s'appliquait à une nouvelle cérémonie. Elle consistait à élever une case pour servir de demeure aux esprits célestes, qui devaient combattre avec l'armée. Il fallait construire cette demeure en un seul jour, voué à un jeûne sévère; on y plaçait quelquefois les tiis ou images des divinités; mais ordinairement ces images restaient au temple , les
HISTORIQUE j 325
prêtres seuls venaient se mettre en prières dans le fnanaha. Une plume rouge, prise sur chaque idole, ' suppléait à leur présence.
La dernière cérémonie était celle du haowmnava. On construisait de légers pavillons sur des pirogues, pour servir à transporter, vers les lieux du combat, les images d'Oro et des autres dieux, ou les plumes rouges qui les représentaient. Ces plumes étaient nommées manou tahi no Tane , le seul oiseau de Tane, désignation qui semble se rapporter à une classe d'êtres intermédiaires entre les hommes et les divinités qui habitaient dans lefare papa, près des fondations de la terre. Ces êtres étaient les messagers des dieux et circulaient autour des habitations des hommes sous la forme d'oiseaux ou de requins. Lorsque les prêtres imploraient la présence de quelque divinité, ces messagers se chargeaient de lui exprimer leurs vœux, en lui disant: Mai harei te aoe tamài û te ao : ^ Viens au monde ou au séjour de la lumière, car la guerre est sur la terre. » Cette invocation avait le pouvoir d'arracher les dieux à leur séjour pour les conduire au milieu du tumulte des combats. Si Oro , le puissant dieu des batailles, avait agréé les offrandes et les vœux de l'armée , il inspirait un prophète qui venait en prédisant la victoire, porter la confiance au cœur des guerriers.
Que l'expédition projetée eût lieu par terre ou par mer , un certain nombre de pirogues était toujours destiné à l'accompagner , en portant les plumes sacrées; sans doute parce que leur conservation et leur
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transport étaient plus faciles par cette voie. Dès que ces plumes étaient déposées dans les marais tempo-* raires, érigés sur les pirogues^ on tuait un grand nombre de cochons dont on offrait la tête aux divinités , tandis que les prêtres mangeaient les corps^ Le nombre des victimes immolées dépendait de la grandeur de l'entreprise et du nombre des chefs confédérés.
En même temps que ces cérémonies préliminaires s'accqmplissaienty de grandes assemblées nationales étaient en permanence ; elles discutaient les mesures à adopter; mais les prières, les sacrifices , les prédictions des oracles , les discours des orateurs étaient les seules manifestations livrées au domaine public ; les chefs dirigeants ne trahissaient pas leurs intentions préméditées avant de les mettre en exécution. Des messagers allaient requérir la levée des contingents appelés à combattre ^ les hommes adultes s'armaient alors; les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants , désignés sous le nom collectif de ohoua, restaient seuls dans les habitations, ou se transportaient dans des lieux secrets de refuge. Le chef de chaque district guidait les guerriers placés sous sa dépendance, à Tendroit du rendez-vous; il annonçait en arrivant le nombre de sa troupe, et formait ensuite son campement avec les autres corps. Ce campement se nommait bouhapa.
Lorsque l'expédition avait lieu par mer, on rassemblait à l'avance le nombre des pirogues nécessaires; elles étaient équipées avec des soins parti-
HISTOlUQtJE. 3â7
culiers ; les armes recevaient des pe^feetioiinements meurtriers, on les garnissait de pointes aiguës , d'arêtes de raies^ on les polissait en les frottant avec des défenses de cochon, et on garnissait leur manche avec la résine de Tarière à pain pour le rendre plus ferme dans la main des guerriers. Quand tous ces apprêts étaient terminés , et ils Tétaient ao bout de peu de jours , un troisième sacrifice hu<* main, nommé Hoeœ-mati (le déchirement de la cou*ronne de paix ) avait lieu et , immédiatement après , l'armée, ^icouragée par des pronostics favorables, confiante dans l'aide des diecuc, s'ébranlait pour se rendre au combat.
Nowm et Papaovpea étaient les termes employés Armécf . pour désigner une armée. Il est probable que le premier nom s'appliquait spécialement à une armée^ ou à une flotte, composée uniquement de guerriers, et que le dernier désignait une troupe suivant les combattants , dans l'espoir de se livrer au pillage . Pendant la marche de cesrassemblements , outre les emblèmes des dieux, des insignes divers, des bannières étaient déployés. Les pirogues étaient armées de bande-^ rôUes , et le son des tambours , le bruit sourd des conques, musique rude s'il en fut, retentissait sans relâche; un foit singulier à consigner, est que, aussitôt après la cérémonie du Haou manava, on ne dé-posait plus d'offrandes sur les autels des grands marais, dans la crainle que les dieux attirés par ces dons, ne fussent tentés de quitter l'armée et de l'abandonner tout à fait.
Modei d'atttqui •tdedéfMiM.
Modes de combattre.
Les modes d'attaque et de défense pendant la guerre appdée TanuA, avaient différentes dénominations et des formes diverses. L'ensemble des forces était dirigé par le principal chef » qui, disait'on, Tarai tearo, préparait la bataille. Quand ses dispositionsétaient prises, le signal du combat élaitdonné. Il débutait tantôt par des escarmouches, Aro vivi^ de quelques fractions de Tarmée, tantôt par des luttes corps à corps, Arota. D'autres fois les combattants s'avançaient simultanément en poussant des hurlements et des imprécations. Ce mouvement était désigné par le verbe gu. Quelquefois ces attaques avaient lieu la nuit; alors les guerriers portaient une torche, Rama, qui donnait son nom à ce genre d'agression; dans certaines occasions plus rares, ils procédaient par surprise, Aronee, dont la traduction équivaut aux mots attaque par embûche.
Lorsque le plan du combat était formé, les guerriers les plus célèbres s'avançaient au-devant de la première ligne , et en s'approchant des rangs ennemis s'asseyaient à terre. Deux ou trois d'entre eux se levaient ensuite et s'avançant de quelque pas encore , défiaient leurs adversafres au combat; quand le défi était accepté, ce qui avait souvent lieu instantanément, les rivaux échangeaient les menaces les plus effrayantes. ^ Ils disaient leurs noms, ceux de leurs ancêtres, racontaient leurs prouesses et les exploits de leurs familles, proclamaient la force de leurs bras, et vantaient la gloire qu'ils allaient ajouter à leur nom par les
coups qu'ils allaient porter. Ils pressaient les ennemis d'en venir aux mains» afin que leurs corps fussent offerts aux dieux qui réclamaient des sacrifices. Cette conversation belliqueuse se terminait par remploi du Omoreaa ou arme de l'insulte, casse-tête ou lance y dont on faisait usage dans ce cas, et aussitôt la lutte commençait. Souvent un combat singulier avait lieu en face des deux armées spectatrices.
Il arrivait aussi , que plusieurs individus se battaient des deux côtés, pendant que ceux qui n'avaient point trouvé de champion qui voulût accepter leur défi , restaient assis sur le sol. Le vainqueur dans ces combats particuliers, continuait à provoquer de nouveaux ennemis, et se retirait rarement du champ de bataille tant que de nouveaux assaillants se présentaient ; à ces combats détachés succédait peu à peu un engagement général, qui revêtait un caractère de furie en harmonie avec les mœurs barbares des sauvages combattants. L'usage de s'asseoir en face.de l'ennemi au début du combat, n'était pas la seule particularité belliqueuse des Taï^ tiens , ils avaient une autre coutume nommée pilo : lorsque deux chefs principaux conduisaient un détachement à Tattaque, ils marchaient côte à côte en se tenant les bras, en signe qu'ils triompheraient ou tomberaient ensemble. Lorsqu'un seul chef marchait à la tête d'une troupe, il enlaçait ses bras à ceux d'un aiio, ou guerrier renommé de sa suite. Us se séparaient près de Tennemi, mais les ottos
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eombattaient à oâté de leur chef , et considérae&t oomme un devoir d'exposer leurs jours pour dé* fendre, les siens.
A une certaine distance, lès deux partis ouvraient leurs rangs pour laisser aux frondeurs la facilité de lancer leurs projectiles } l'adresse de ces hommes était redoutée, et leur réputation fort grande. Quand ils s'avançaient pour combattre , on entendait de longs cris : e ofaï o mea^ prends garde, la pierre de cet homme est dangereuse ; e ojdi tanoy e ofcti bouaï, son coup est certain , sa pierre est mortelle. Mais dans les combats corps à corps, les combattants ne montraient aucune habileté ; ils tâchaient de se frapper à la tête et se conGaient plus dans l'aide des dieux que dans leurs bras ; à la chute du premier homme tué une clameur de triomphe s'élevait du sein du parti opposé et frappait de terreur l'ennemi accablé par ce funeste présage. Cependant le combat devenait acharné autour du corps, qu'on cherchait à soustraire au vainqueur, qui, s'il parvenait à l'emporter, le dépouillait de ses ornements et le livrait aux prêtres pour l'oflFrir aux dieux k la fin de la bataille* Si uu chef distingué ou un guerrier renommé tombait, son parti se retirait à quelque distance, rassemblait ses combattants les plus déterminés, puis faisait en corps une irruption impétueuse , dans le but de vara toto , laver la sang , venger la mort de leur compagnon»
pîimoior^ ^^ premier prisonnier était une victime inévita-
bkment vouée à un sacrifice religieux. Ob le nommait tnataa hde ioumou taarôa, la première rupture de la racine; ce corps n'était pas porté au temple; on le transportait sur un faisceau de lances au milieu des derniers rangs de l'armée ; un prêtre d'Oro marchait à ses côtés, en récitant les prières du rite, et surveillait attentivement les mouvements et les contractions du moribond. Si les pronostics de cette cruelle agonie étaient favorables , il proclamait la victoire comme certaine; ces indications avaient une très-grande importance, car on les considérait comme les signes de la coopération des dieux.
Le tumulte du combat était augmenté par les cla- R^oau. meurs des raouti , orateurs de la bataille. Ces hommes appartenaient à la classe des chefs exerçant un commandement, ou tout au moins étaient des guerriers renommés. Revêtus d'une simple ceinture de feuilles de la plante nommée Ti , ils portaient dans la main droite, pour toute arme , une arête de raie, dont ils se servaient avec dextérité et qui était aussi enveloppée dans une touffe de feuilles de Ti. Les fonctions de ces hommes consistaient à animer les troupes, en racontant les exploits de leurs ancêtres, en vantant la renommée des membres de leur tribu et la justice de leur cause. Infatigables dans leurs efforts, ils circulaient jour et nuit dans le camp, et excitaient par leurs discours l'ardeur des guerriers. Le jour delà bataille, leur activité augmentait; ils marchaient avec l'armée, parcouraient les rangs sans
refâche , encourageaient les combattants et les stimulaient à des actes de valeur par les récits de hauts faits d'armes passés.
L'énergie de leurs discours perd beaucoup à la la traduction , cependant quelques-unes de leurs expressions ont une vigueur qui résiste à cette épreuve, t Ruez -vous comme les flots, brisez » sur les ennemis avec l'écume de la mer. » Te harourou o ie taï , « ayez son mugissement lorsqu'eHe » se brise sur les récifs. Saisissez-les comme Fé- » clair fourchu qui se joue sur les flots écumants. » Te outra maou toi. « Soyez vigilants, déployez vos » forces, ayez la rage, la rage des chiens sauvages, » jusqu'à ce que leur ligne soit rompue , jusqu'à ce » qu'ils fuient comme le courant des marées. » De pareilles images faisaient naître une grande exaltation ; elles produisaient une sorte d'enivrement dont les guerriers gardaient le souvenir, et , lorsque plus tard ils étaient frappés par la forme d'un discours, ils disaient de celui qui le prononçait, iinîraouti teia^ il est égal à un raouti. Si le combat durait plusieurs jours, les travaux des raouti étaient si incessants, qu'on en a vu expirer de fatigue.
j lUiMeKs. Quelquefois la bataille se terminait par la retraite
des deux armées, qui allaient se reposer et se préparer à une nouvelle campagne; mais plus fréquemment, elle continuait et se renouvelait jusqu'à ce que la fuite d'un parti laissât l'autre maître du champ de bataille; alors le carnage et la destruction suivaient le fait ou rupture, et le hea ou déroute de
l^ennemi* Le tahaea, massacre commençait alors avec un acharnement qui n'avait pas de bornes; on supposait que les divinités elles-mêmes venaient y prendre part. Ceux qui étaient vi ou en fuite ^ couraient à leurs pirogues ou se réfugiaient dans les parij fortifications naturelles , situées dans les montagnes, tandis que les vainqueurs, nommés oupùatia, tètes droites, têtes élevées, les poursuivaient et les égorgeaient impitoyablement. Parfois un guerrier abattu aux |^ieds de son antagoniste, soit qu'il fût blessé ou désarmé, le suppliait de lui accorder quartier, en s'écriant Tahitia i aou îa ora ouaou^ épargne- . moi , afin que je vive : s'il invoquait en même temps le nom du chef vainqueur, on lui accordait quelquefois la vie, mais le plus souvent on lui répliquait par des reproches et des railleries qui précédaient le coup mortel. Ceux mêmes qui avaient été épargnés n'avaient pas la vie sauve pour cela. Les captifs appelés ivi ou titi, étaient destinés à figurer dans les sacrifices qui suivaient la bataille , à moins que les chefs ne les eussent réservés pour servir d'esclaves.
La rage implacable qui animait les vainqueurs était telle, qu'ils couraient en tout^hâte aux villages et aux lieux de refuge des femmes et des enfants ^ et ils y assouvissaient leurs passions sanguinaires avec une horrible cruauté. Les fuyards cherchaient leur salut en escaladant les endroits les plu$ inaccessibles des montagnes, et laissaient par conséquent leurs familles livrées à elles-mêmes. Les malheu-
d34 esQuissE
reuses femmes , les vieillards, ne pouvaient résister longtemps à leurs agresseurs, qui prenaient une joie féroce à torturer d'impuissantes victimes. Ni l'âge, ni le sexe, n'étaient épargnés; les vieillards étaient immolés sur-le-champ, on pratiquait sur eux l'hoirrible supplice de Farrachement des entrailles; les femmes ne recevaient la mort qu'après avoir été traitées de la façon la plus brutale, et les enfants de tout âge n'échappaient pas à la barbarie des farouches vainqueurs : on les arrachait aux bras de leurs mères potr les briser contre les rochers ou contre les arbres; on jetait leurs corps en l'air et on les recevait sur la pointe des lances. Souvent on transperçait leurs faibles têtes d'une oreille à l'autre, et, lorsque cette boucherie cessait, faute de victimes^ les meurtriers passaient un lien par cette ouverture, et emportaient ces petits ca* davres comme autant de trophées suspendus à leurs armes.
Dévastations. Les gucrres n'étaient pas seulement meurtrières, mais elles dévastaient entièrement le pays où elles avaient lieu. L'esprit de destruction s'exerçait avec un raflSnement extrême ; l'extermination totale des ennemis , la ruine de leurs propriétés étaient le but qu'on se proposait et qu'on atteignait fréquemment. Tous les habitants d'un district qui ne s'étaient pas soustraits par la fuite, étaient tués sans pitié. On détruisait les arbres à pain , on faisait périr les cocotiers en coupant les bouquets de feuilles qu'ils portent au sommet, et leur tronc nu semblait
HtSWtUQIIlS» d9S '
M(At été frappé par la foudre. La flamme s'emparait des habitations, des nuages de fumées aceompa*gnaient le passage des torches incendiaires qui , en un clin d'oeil, consumaient les édifices et calcinaient les Goips des victimes entassées dans des mares de sang»
Des atrocités sans nombre se commettaient sur ^tîpocitéj
oommises sur les
les cadavres , on les lacérait, on les perçait de coups , c*d*"«»on en déchirait les membres. Outre Vaun-e , arrachement des entrailles des blessés et des morts , on pratiquait aussi une aui2*e opération appelée îlpouki imta : elle consistait à(aplatif| un cadavre en le frappant avec une massue; puis , avec une pierre aiguë, on faisait un trou rond au travers Testoniac et le dos; cet^e ouverture servait à passer la tète du guerrier vainqueur, qui portait ce corps jployé en deux^ la tète devant, les pieds derrière , comme le vêtement appelé tipouta, et il marchait couvert de cette espèce d'armure à un nouveau conflit. Il est aisé de se figurer rhorreur d'un pareil spectacle. Les brutalités exercées étaient de telle.nature, qu'il est impossible de Ips reproduire et qu'il serait difficile d'y croire sans l'assertion des indigènes qui les avaient commises. Le missionnaire Ellis, en consignant ces détails, ajoute qu'il ii'en aurait pas fait mention s'il n'avait voulu montrer, sous son vrai jour, le caraotére d'un f)euple qui a toujours été représenté comme aimable et bienveillant, et comme jouissant d'un haut degré de bonheur dans un état de société simple et paisible.
Gérénonie du Boure TaaU.
Le jour qui suivait celui de la bataille était con«sacré à la cérémonie du Boure Taata. On rassemblait les cadavres épars sur le champ de bataille pour les offrir au dieu Oro. Des prières étaient prononcées pour réclamer la continuation de son assistance , et les corps étaient ensuite livrés à l'action des éléments ou aux cochons et aux chiens sauvages qui s'en nourrissaient. Les vainqueurs emportaient seulement les mâchoires inférieures en guise de trophées ; quelquefois aussi il& transformaient des ossements humains en instruments de travail, en hameçons pour la pêche. D'autres fois ils empilaient les corps et construisaient avec les crânes des espèces d'enceintes autour des marais , mais ordinairement ils les plaçaient en rang sur le rivage ou devant le - camp, en plaçant les tètes dans la même direction. Les tètes étaient tellement fracassées à coups de casse-tête, qu'elles n'avaient plus de forme. Les vainqueurs se plaisaient à faire passer leurs pirogues sur ces cadavres lorsqu'ils les lançaient à l'eau ou lorsqu'ils les retiraient à terre; ils semblaient pos* sédés d'un désir de vengeance qui ne s'apaisait pas , même à la mort de leurs ennemis. Cependant il ne parait pas que cette passion terrible ait jamais été poussée jusqu'à l'anthropophagie; si les Taîtiëns étaient cruels, du moins ils ne pratiquaient pas ' cette coutume commune à toutes les [ieupladés des Mes voisines* Fin de la guem. Après avoir offert les corps au dieu Oro, les vainqueurs se partageaient les dépouilles et les termes de
HISTOBIQUE. 33T
vaincfis. Une nouvelle victime humaine était sacrifiée poi^r annoncer la fin des hostilités et le retour de la pai:^, Des danses et des fêtes avaient lieu en mème.temps , et la prière qui accompagnait le sacrifice humain était ainsi conçue : touta vae aouai te po Roo noui avenu homaï te ao, « que le grand dieu >* de la guerre retourne dans le monde de la nuit et » que le grand Roo (dieu de la paix) vienne présider » sur le monde de la lumière. » Après cette cérémonie, les vainqueurs chargés de dépouilles et de sanglants trophées regagnaient leurs pénates , pleins de la joie cruelle de leur triomphe; alors seulement les vaincus réfugiés dans les montagnes se hasardaient à quitter leurs retraites. Ces guerres produisaient quelquefois des hommes errant à l'état sauvage, dans les endroits inaccessibles de File, hors de la portée des habitants du rivage. M. Ellis vit un de ces hommes en 1821. Cet individu , après avoir échappé à une poursuite acharnée, s'était confiné dans une solitude absolue pendant plusieurs années, jusqu'à ce qi^'un jour, découvert par une troupe d'habitants d'Attahourou , il fut amené à la station des missionnaires la plus voisine. Ses cheveux et sa barbe étaient longs , sa peau colorée par l'action du soleil revêtait diverses nuances plus foncées que celle des autres naturels; il parlait peu, son maintien indiquait la douceur, et il ne paraissait pas s'occuper de ce qui se passait autour de lui. Le missionnaire Daeling a eu aussi occasion de voir plusieurs de ces transfuges. Ils étaient tous très-
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sauvages et refusaient de s'associer aux habitudes de la population riveraine. Plusieurs fois ils s'enfui* rent brusquement et on né les revit plus.
L'aperçu qui précède nous a paru nécessaire à Tintelligence de notre récit; peut'-être aurait-il fallu le rendre plus complet. Toutefois , nous espérons qu'il suffira à l'appréciation des événements historiques dans le domaine desquels nous entrons*
monaîcISÎiS. du '^ P^^^'^ certâîu, dit M. Mocrcnhout (i), que gouvernement, jg^j^j ^y^[^ ^j^ constitué cû Toyaumc au moins cent
^^' cinquante ans avant sa découverte par Wallis ; ce qui fait remonter cette épt)que vers l'année 4600. TaYieauroo. Tavt euu roo trisaïcul d'Amoj chef de Tile du 161Ï à 1647. temps de Wallîs , régnait cent vingt ou cent cinquante ans avant lui, et avait acquis tant de renommée qu'il était l'objet des chants dans toutes les fêtes, postérieurement même à l'arrivée des Européens.
Bataiîin'bure- Tom, uu dcs descendants de Tavi eau roo^ goupopoï-oha. verna à son tour les deux péninsules, et livra à Pàpara une bataille mémorable, désignée dans les chants sous les noms de Oure-popoï-oha.
Une lettre de Pomaré, aux missionnaires de Taïtî, indique le nom de Taaroamanahoune comme celui
(1) Moerenhout, Foyage aux iles du grand Oc^an Jtome H, page 388.
d'Uti de ses ancêtres les plus reculés^ mais sans fixer l'époque de son existence (1).
Depuis longtemps le gouvernement paraissait être Fammerégnuito. resté dans la même famille, dont les ancêtres étaient comptés au rang des dieux. A nbe époque indéterminée, mais antérieure, à Tapparition des premiers navigateurs dans l'Océanie, trois frères composaient les membres de la famille régnante. Tenae , Hapm qui depuis prit le nom de Otey (2)» et TouUm le plus jeune (3). Tenae succéda par droit de primogé^ niture à la jouissance du pouvoir suprême et du district patrimonial de Papara. Il donna le jour à Amp, qui, à sa naissance, devint le chef suprême de rtle, et prit le titre d'Ototi, déféré à l'héritier présomptif. Hapaï ou Otey reçut en partage le district de Pari , et fut la souche des chefs connus aujourd'hui sous le nom de Pomaré. Toutaa devint le chef du district important d'Attahourou.
Telles sont les seules notions historiques trans- AmoetBéréa. mises jusqu'ànous, avant l'arrivée de Wallis (49 juin "w. 4767), époque où commence une série de renseignements plus positifs, quoique très-incomplets. Amo . et Béréa (4), sa femme, exerçaient le pouvoir à cette époque ; ils étaient âgés d'environ quarante ans ; *- mais déjà ils avaient perdu la toute-puissance par
(1) MisHonnary registeTj numéro de février 1818, page 71.
(2) Whapaï, Whappaï de Cook; Ohapaï de Forster; Oteu de Bligh ; Otey de Wilson.
(3) Tootaha, Towtahades Anglais ; Toutaa de Bougainville*
(4) Oberea , Oberoa de Wallis ; Porea ou Pouria de Forster.
l'effet de la loi qui accordait au fils dés sa naissance, les prérogatives du père en ne laissant à celui-ci que des fonctions analogues à celles de régent. Âmo, quoique son caractère soit représenta comme celui d'un homme doux; avait eu l'intention de commettre un infanticide sur la personne de son fils Temare (1), soit qu'il eût des doutes sur sa légitimité, soit qu'il voulût conserver le pouvoir suprême , en se servant d'un moyen employé généralement par les membres des hautes classes de la population ; mais Béréa s'étant refusée à l'accomplissement de ce meurtre, l'enfant vécut. Cette résistance portait un coup funeste à l'autorité d'Âmo; elle fut la cause probable de la séparation qui survint entre les deux époux. D'après Forster, cependant, elle n'aurait eu d'autres motifs que les infidélités d'Amo. Béréa le querellait souvent et même le maltraitait (2) . Pour s'affranchir des inconvénients d'une humeur jalouse, Amo se retira dans son district patrimonial de Papara (3), où il se lia avec une jeune et jolie insulaire, abandonnant en quelque sorte la direction des af&ires à Béréa, dont la considération n'avait reçu aucune atteinte ; car ces séparations étaient fréquentes et sans importance dans les mœurs du pays. Elle cohabita sur-le-champ avec Toupàia (4), chef bai^ii de^ Raiatea , qui était devenu le grand prêtre de Taïti ,
(1) Wilson y aMiiiionnary Foyage^ page 318.
(2) G. Forster, ji Foyage round the World ^ tome I, page 93.
(3) VS^ilsou, Preliminary dùcourse^ page ÎO.
(4) Tupia de Cook.
Attaque
da laisseau de
milis.
23 juin 1767.
6t qui plus tard s'expatria avec le capitaine Gook , pour aller visitier les pays merveilleux d'où venaient les navires Anglais.
L'apparition du navire de Wallis fut un événement d'une haute importance pour la population de Taiti. Âmo et Béréa reçurent à Âaropa , près de Papara, la première nouvelle de la présence des étrangers. Ils se rendirent en toute hâte à Matavaî, où ils tentèrent uûe attaque générale contre Wallis, qui déjà avait été obligé les jours précédents de faire usage de ses armes ; mais cette dernière action fut la plus meurtrière, car il fit jouer son artillerie. Amo et Béréa , placés sur le morne ïaharaï (1) , firent la première épreuve des terribles effets des armes à feu. Des boulets vinrent fracasser des arbres à leurs côtés; le bruit et la violence de ces projectiles les remplirent d'épouvante. Us s'enfuirent en toute hâte. Peu après , ils implorèrent la cessation des hostilités^ et la paix fut promptement cimentée.
La puissance destructive des armes des étrangers Déconsidération; avait imprimé une profonde terreur dans la population , qui leur attribuait une origine divine. Le pouvoir d'Amo et de Béréa , éprouva une déconsidération complète à la suite de ce conflit. Ils semblaient avoir été abandonnés par les dieux qui, jusqu'alors, les avaient couverts de l'égide de leur
du pouvoir d^kmo.
(1) One-tree^ill deW^alIis, Cap de l'Arbre des navigateurs français, diyersement écrit Taraa, Tahara, Taïara.
ft42 ESQUISSÉ
protection. Le paissage de Wallis laissa de profondes impressions dans l'esprit des Taïtiens. Les commentaires qu'ils faisaient sur l'origine et la puis* gance des navires anglais appartenaient toutes au domaine du merveilleux.
Arrivée Ils n'étaient pas encore revenus de leur surprise,
de Bougainvilie. !»•,«. • .n «n • u f • » m
A ïT 68 <ï^e déjà Bougamville mouillait vers I extrémité nord du district de Hidia , sur la côte opposée de l'île. Les chefs s'empressèrent d'aller au-devant dé lui ; il reçut la visite de Toutaa, jeune frère d'Amo, qui présidait sur les districts de la partie occidentale de l'île (i). Il reçut de ce chef plusieurs dons et ii lui fit de nombreux cadeaux. Cette circonstance , si futile en apparence, fut cependant une des causes des événements politiques qui eurent lieu quelque temps après. Il ne parait pas qu'Amo etBéréa , dont la résidence était fixée dans la partie sud de Taîtî, soient venus visiter le navigateur français (2) , qui am€^a avec lui , en France , un naturel nommé Aotourou^ dont on connaît l'histoire. Bougainville avait noué des relations assez suivies avec son père
(1) « Les premiers jours de notre arrivée , j'eus la visite du chef d'un canton voisin , qui vint à bord avec un présent de fruits , de cochons, de poules et d'étofîes. Ce seigneur, nommé Toutaa, est dWe belle figure et d'une taille extraordinaire. » Bougainville , Voyage autour du monde par la frégate la Boudeuse et la flûte VÉtoile, de 1766 à 1769, page 199.
(2) Wilson, Preliminary discourse , page 11. Bougainville n'en fait aucune mention. M. Moerenhout se trompe peut-être lorsqu'il semble avancer que cet^ visite eut lieu , à la page 394 de son second volume.
RiSToniouE. 943
ûwahm et sod ttève Ereti (;l) ^ chefs du lieu de mouillage, qui s'étaient d'abord opposés à rétablissement d'un camp à terre, mais qui^ à la suite de quelques démêlés^ fqrent remplis de prévenances pour le navigateur français. '*'
Quelques jours plus tard, le i avril 1768, Bou- DivisioBpoiitiqae gainville partit après avoir enfoui dans une bouteille ^ -^ *"* un acte de prise de possession , coutume suivie par tous les navigateurs de ces temps. Il parait qu'à cette époque, la division de la géographie politique de l'ile était à peu près établie de la manière suivante : le gouvernement des districts de la partie septentrionale et orientale de la grande péninsule, portant le nom collectif de Tepireonou, était dévolu à Hapaï. Le gouvernement de la partie occidentale, comprenant le district d'Attahourou, était dévolu à Toutaa, tandis qu'Âmo régnait, au nom de son fils , sur les districts situés au sud de la grande presqu'île , désignée sous le nom commun de Tedevarom. La presqu'île de Taïrabou, était en entier soumise au chef Wditoua (2). Abaissé par la défaite qu'il avait subie en combattant Wallis, séparé de Béréa qui semblait régner au nom de son fils Témare, Amo sentait son pouvoir lui échapper. Les deux époux, Béréa surtout, se livraient aux
(1) Orette ou Oritti , diaprés Forster, qui prétend que c^étaît le frère d'Aotouron. Bougainville ne déiigne celui-ci que comme le fils d^un chef de Taiitt.
(2) Waheddooa de Gook ; Ahetua de Forster; Waheatua, Waheatoon , Waitona de différents auteurs.
ff 344 ESQUISSE
écarts les plus sensuels, et laissaient péricliter Texercice des prérogatives de leur famille. , ions iration Toutaa , guerrier renommé autant qu'ambitieux, de waïîôua. G^richi par le passage de Bougaîn ville , songea à faire tourner à son profit le relâchement considérable survenu dans l'action de l'autorité souveraine. Il conspira avec Waïtoua, vieillard maigre, dont les ans avaient blanchi les cheveux , dit Cook , pour enlever le gouvernement aux mains débiles d'Amo ou plutôt à celles de Béréa ; mais comme il n'était pas le plus proche héritier d'Amo (1), il se borna à convoiter la charge de régent, en proposant de conférer au fils de son frère Hapaï le titre d'Otou. Le chef de Taïrabou avait pour but, en s'alliant aux projets de Toutaa, d'affranchir sa péninsule de toute obéissance envers l'arii-rahi et de régner maître absolu sur cette partie de l'île , dont l'accès était naturellement défendu par un isthme étroit. Projeti Le grand prêtre Toupaïa avait pénétré je complot
que l'état des esprits favorisait. Il engagea Béréa à l'anéantir par une de ces mesures violentes en usage chez les peuples sauvages : il lui proposa de faire assassiner Toutaa; mais Béréa ne voulut pas y consentir, et Toupaïa voyant la conspiration sur le point d'éclater , s'enfuit dans les mon-
(1) Wîlson dit que Toutaa ne pouvait faire usage dës^ emblèmes de la royauté, parce qu^il n'était pas de la semence royale; on doit sans doute entendre par ces mots , qu^l n'était pas Théritier le plus direct du pouvoir.
de Toa]
tagnes^ pour échapper aux dangers qu'il prévoyait (1). Amo lui-mèmç semblait entrevoir les périls qui menaçaiept la domination de son fils. 4 peine Bougainville eut-il quitté Taïti qu'il députa le vea ou messager du souverain, à tous le& chefs de l'île, pour proclamer la souveraineté de Témare (2). On connaît déjà quelles étaient les fonctions dévolues au vea, et quelles étaient les conséquences de la conduite des chefs dans ces drconstaiiises.
Waïioua donna le signal de la révolte ; non-^ulement il s'opposa au passage de l'envoyé de ï'ariirahi, mais encore il l'insulta de la manière la plift grave en déchirant le pavillon , emblème de la puissance souveraine. Cette insulte devait amener inévitablement la guerre ; elle éclata en effet peu de temps après.
Waïtoua passa l'isthme à la tète de ses forces et vint attaquer celles d'Amo et des partisans de Té-maré , près du maraï dont nous avons indiqué l'emplacement dans la partie géographique, sur les confins du district de Papara^Il parait même que Waïtoua n'attendit pas l'agression de ses adversaires, mais qu'il prit l'initiative des hostilités; En même temps Toutaa , à la tète des guerriers des districts d'Attahourou et de Tettaha, attaqua la partie occidentale » du district
Révolte &» WAStoat.
Bataille de Papara.
(1) Wilson , Preliminary discourse^ page 13.
(2) Moerenhout , Voyage attx ile$ an grand Océan , tome If, page 408.
346 £8<HJis&iS
de Pafiàra (!)> dejborle qu'Amo et les siens Itirent ptis euftre deux invasions. La balaiUe fiit livrée vers le mois de décembre 4768. Si on se base sur la statistique de la population de l'Ue, dionùée f^r Wilson^ les forces réunies deWaîtouaetile Toulaa devaient s'éiever i un nombre huîi fois plus grand que celles d'Atno. Si cesealculs ne peuvent servir à établir uiie évaluation rigoureuse, du moins ils ja^i-- £afit la défaite d' Amo, qui s'enfuit dans tes montagnes pour échapper aux poursuites des vaimpiei^rs. i^ coftbat fut trés4neurtrier. Six mois s^rès, en allant de la demeure d'Amo à remplacement du ^rand maraïi Gook trouva le rivage jonché d*ossement8 humains (2). Waitoua fit construire i Tairabou un maraï avec les tètes des vaincus. Ce maraï était connu sous le nom deTia-kot4po(S).
Déchéance ^^^ résultais de la bataille perdue par Amo, près
de Papara annihilèrent le peu d'influence qui lui restait encore : obligé de se réfugier dans les montagnes , il y caclia son existence menacée et attendit sans doule , pour reparaître , le retour de la paix. Les conditions qui lui furent imposées par les vaîn-
(1) Vfilson , Preliminary ûiicount^ page IS.
(2) Cook , Premier voyage , tome II , page 425. Éd. de i 784«
(3) Sfoerenhout, Foyage aux ile$ du grand Océan ^ tome I, page 409. Cook remarqua , en 1 769 , sur le rivage d un district titué &ur hi partie occidentale de Taïrabou, une gtande caSe remplie de mâchoires humaines ; on répondit à ses demandes que ces ossements étaient les trophées d'une victoire remportée sur les habitants des districts de la grande presqu'île; peut-être est-ee là le maraï Tia-houpo de M. Moerenhout.
d'Àmo.
m queurd, éuieat, d'^rès Forsler» l'aband<m du pMi-
voir souverain en faveur, du fils atné de son frère ttafMiï« au déirinieiit de son ùh Ténniaré, et la dé* ^gnatioade Toutaa au litre de régent (1)» Depuis cettp éi^que^ tout en conter ^nt ia direction d« dÎBtriet de Papara» il paraît qiie les titres d*Ani0 ei les droits de son fils , avaient entièrement perdu leur valeur primitive. Dès cet instant Tu* surpaiion de Touiaa fut accomplie : il exerça les fonctions de régent au nom de son neveu qui prit Ja qualification d'Otou , mais à qui nous donnerons dès à présent le nom de Pomaré qu'il ne prit que l)eaucoup plus tard. D'après quelques rapproche* ments de dates » Pomaré était âgé à cette époque d'environ vingt-cinq ans. Sa naissance paraissant remonter vers Tannée 1743. Té-maré était âgé à la même époque d'environ six ans. Sa naissance remontait par conséquent à l'année 1762.
On a pu remarquer, dans Texposé qui précède le commencement de cette esquisse historique, de quel respect était environné le titre d'Otou, fondé sur des traditions religieuses ; cependant on le voit ici subitement enlevé par une faction à l'héritier direct ; ce qui fait supposer, sans qu'on puisse l'aifirmer, qu'il existait d^autres motifs à celte subversion. On a vu aussi que les houi-arii étaient très-jaloux de leur dignité, et que, d'après Wilson (2). Amo
(1) G. Forster, f^oyage round thê fTorld, tome 1 , iMge 93.
(2) Wilson, A miêêionary voifoge inthe $hip Duffy page ol8.
s'était séparé de Béréa à cause du refus qu'elle avait fait de mettre à mort son enfant nouveau-né; peutêtre est-ce là qu'il faut chercher une des principales causes qui ont amené Tavénement de la famille Pomaré. Soit que Béréa fût issue d'un rang inférieur à celui d'Amo^ soit que Té-maré ne fût pas considéré comme l'héritier légitime^ la révolution qui s'accomplit à celte époque , le dépouilla de ses droits au titre d'arii-rahi.
Insignes M^aïtoua victorieux rentra dans ses domaines et
transportés vécut indépendant à l'abri de leurs limites nata*
à AUahourou. "^
relies; mais Toutaa après avoir envahi le district de Papara, s'empara des insignes particuliers de la souveraineté , du Maro^Oura que nous décrirons plus loin et qui était déposé comme un objet sacré au grand marai de Papara; il le transporta au marai d'Altahourou , qui dès cet instant commença à jouir d'une gramde célébrité .Toutaa se fortifia ensuite dans son district ; il. accrut son influence en donnant asile et protection aux fugitifs et aux malfaiteurs des autres districts. Leur nombre s'accrut promptement; cette population prit le nom d'Oropaa^ et devint la tçrreur de ses voisins. Le reste des habitants de File n'osait plus s'aventurer dans les limites des domaines de Toutaa, qui imprimait partout la terreur de son pouvoir. Il établit sa résidence à Pari, district héréditaire du nouvel Otou (1), où
(1) Wilson , PreHminary dUeourse , page 13.
Cook le visita une première fois en 1769. Dans le même voyage, Cook le revit, mais ce fut alors à Attahourou ; la paix paraissait tout à fait cimentée, ^ ou tout au moins la présence des navires étrangers avait £iit disparaître toute trace d'inimitié; car, dans ces deux visites , le navigateur Anglais vit Béréa et même Toupaîa auprès de Toutaa (1).
Si divers auteurs n'affirmaient pas la réalité de la coopération de Toutaa à la guerre entreprise par le chef de Taïrabôu, on serait tenté de penser, en voyant le bon accord qui régnait entre lui et ses parents naguère ses antagonistes, que son intervention avait eu plutôt pour objet de les protéger, et qu'il n'avait pris une attitude hostile que pour conserver le pouvoir dans sa famille , au moment où la faiblesse d'Amo allait le laisser tomber aux mains de Waitoua.
Les passages de Wallis et de Bougainville avaient moacneo da déjà exercé une grande influence sur les événements ^^"'^^L® politiques survenus dans Tile; le séjour de Cook devait avoir dee résultats analogues. La supériorité des Européens semblait rejaillir sur les chefs indigènes qui les approchaient de plus près. Nul mieux que Toutaa ne sut exploiter une amitié qui le rehaussait aux yeux de la population, et il acquit une nouvelle prépondérance à la suite de ses relations avec le navigateur anglais, à l'époque de son premier
(1) Cook, Premier voyage, tome II, pages 320, 361 et 379, ' Éd. de 1774.
Yoyage au commencement de Tannée 1769. Tons les autres chefs de l'île étaient accourus pour chercher aussi une portion de Finfhience nécessaire à leur ambition dans ces temps de troubles ; Amo lui- < même était venu accompagné de sa fille , jeune femme de seize ans environ , et de son fils T/s-maré , âgé alors à peu près de sept ans (i).
Té-maré, nommé Terrîdirî par Cook, qui le désigne comme l'héritier présomptif de la couronne, n^avait pas encore perdu toutes les prérogatives attachées a sa naissance, car on remarqua qu'il était porté à dos d'homme, et qu'à son approche tous les individus, même Béréa, se découvraient les épaules, honneurs qui n'étaient rendus qu'à la dignité souveraine. En même temps cependant, la relation de Cook confère à Pomaré, désigné sous le titre d'Otou , la souveraineté de l'île. On peut présumer de cette apparente contradiction, que fa recsonnaissance de ce dernier par la nation n'était pas encore bien assurée, et que le prestige des droits de Té-maré n'avait pas entièrement été détruit, fin même temps Béréa avait délaissé son conseiller Toupaïa pour contracter une autre liaison avec un insulaire nommé Obadee. Peut-être la ftiite de Toupaïa dans la guerre précédente lui avait-elle aliéné le cœur de sa souve^ raine, et le principal tahoua ou prêtre do File, soit désir de s'instruire, soit dépit, soit crainte de ses
(1) Cook , Premier voyage , tome II , page 320 à 439. Éd. de 774. Paris.
ennemis 9 quitta Taïti avec Cook et mourut dam te cours du Yoyage.
De noureltes hostilités suivirent le départ de» Anglais; Tou^taa, plus puissant que jamais, rêva la (tomination de l'îte entière. Waïtoua TaYaH aidé à s'élever au titre de régent, mais Waïtoua lui dérobait fa moitié de son pouvoir ; if persuada aux divers Qhek éei la grande, péniasute de s^ j^iiadre à lui contre son ancîeo, allié „ (|ui m logeait plu$ <|^'à y>uk paisibleo^nt de son goi^Lvero^s^enL Bécéa q'4tait peut-él,re pas étiraogère à cette détei^mi/iation; sa présence auprès du régent po^iivsdt aivoir amené la mplure die Talliq^ttce entre ces cbefs, et saos doute el)e excitait 1^ mésinteHigeoce entre lés deux plu3 grands advei^sakes politiques de sqn fils Té-maré , daos l'espérance qu'elle lui serait tavorabte. Waitoua,, prévenu des desseins qui se^ traitaient, plaida vainevaeivt la eauise. de la paix en rappelant les sevvices qu'il avait rendus; l'esprit guerrier et dominateur de Toutaa le portait à la guerre ; il voulait le f ouvoix sans partage, et la guerre fut déclarée*
Itopuis longtemps , la, population unic|uement fîx«e sur le littoral de ces il^es, était familiarisée avec l'emploi des pirogues et les combats sur mer^ Vue y^Olot^fut équipée et partit pour envahir Taïrabou; elle /L, rencontra bientôt la flotte des pirogues ennemies, près des rives de cette péninsule .; la lutte con^mença aussitôt. Dans ces combats limités par Tespace, les combattants se prenaient corps, k corps j les pabisj pirogues de guerre, devenai^t b théâtre d'une ac-
ImbiUoB 4e Toataa.
Combat naval do Taïrabov.
tion toujours très-meurtrière et Irès^souvent suivie d'un carnage complet ; le résultat de rengagement entre les deux flottes resta cependant indécis ; les forces navales des deux rivaux se retirèrent avec des pertes à peu près égales. Toutaa , tout en conservant rintention de reprendre les hostilités plus tard, renonça dès cet instant à les renouveler sur mer (i).
de^TÎ?Moii. Hapaï désapprouvait ces projets de guerre qui Mort dejouut. mettaient en jeu la puissance naissante de son fils ; il
Ma» im. yggjj^ enfermé dans son district de Pari et ne voulut point y participer; mais Toutaa persistant dans sa résolution obligea TOtou y son pupille, qui avait toujours montré un caractère peu guerrier, de le suivre dans la nouvelle invasion quMlpréparaît par terre. Les deux forces ennemies se rencontrèrent cette fois près de l'isthme, vers le mois de mars de l'année 4773. Le vieux chef Waïtoua, un des plus célèbres orateurs de ces lies, sut si bien animer son parti qu'il battit complètement ses adversaires. Le combat dut être long et la victoire bien disputée, car Toutaa, Toubouraî Tamaïdi, chef mentionné par Gqok et la plupart des chefs qu'il avait connus , y perdirent la vie (2). Ereti , l'ami de Bougainville, fut grièveAent blessé ainsi qu'un grand nombre d'autres ; la défaite fut complète. L'Otou s'enfuit dans les montagnes, où son père et sa famille se réfugièrent aussi en apprenant les résultats désastreux de ce combat.
(1) Wilson, Freliminary dUcoursey page 15.
(2) Gook, Deuxième voyage , tome 1t page 318,
La route restait libre devant Waitoua ; il porta ses PropMiaM de
pftix
ravages sur toute la côte occidentale de Tîle jusqu'à d«wîiioa«. Matavaï (1), il s'acharna surtout sur Papara, district d'Amo (2) y mais après avoir commis ces dévastations il fit faire des propositions de paix à Pomaré et à son père Hapaï (3). Waitoua, au déclin de la vie, n'avait pas l'ambition de régner sur File entière et peut-être n'y eût-il pas réussi. Son indépendance étant désormais assurée, il songeait à vivre en paix auprès de sa femme , jolie insulaire, âgée d'environ vingt^neuf ans à cette époque, et qui paraissait être, d'après l'expression de Cook, la Béréa de la petite péninsule (4). La proposition de paix faite à Pomaré releva sa cause, singulièrement affaiblie par la mort de Toutaa. Il s'empressa d'accepter les offres du vainqueur, et il prit pour la première fois la direction complète du gouvernement dans le courant de l'année 1773.
Waïtoua survécut à peine à son triomphe; lors- nwptdewaïioua. que Cook apparut de nouveau devant Taîrabou , au mois d'août 1773, il était déjà mort, et son jeune fils avait pris le titre d'arii ^vao roa, et portait aussi le nom de Waîloua. C'était un jeune homme né vers l'année 1756, car Forster estimait son âge de 17 à 18 ans en 1773. Il était bien
(1) Wilson, PréUmnary discoune , page 15.
(2) Moerenhont, Foyage aux iles du grand Océan , tome 1 , page 409.
(3) WiUoa , Preliminary diseourse^ 15.
(4) Gook , Premier voyage , tome II , page 412.
fait, sa taille mesurait cinq pieds cinq pouces anglais et promettait de grandir. Sa contenance était douce, mais sa figure était insignifiante. Elle trahissait plutôt la peur et la méfiance que tout autre sentiment. La couleur de sa peau était plus cfaire que celle du peuple en général; ses cheveux plats , étaient d'un brun clair et rouges à Fextrémité (1).
Abaissement La famille d*Amo était tombée dans le dernier de-
de la famille
d'Amo. gré de l'abaissement. Amo, chargé d'années, était devenu très-indoleat , il vivait dans son district, près de son fils Té-maré, et avait contracté des liens intimes avec une des plus jolies et des plus jeunes femmes du pays (2). Béréa habitait à Papara, mais ce n'était plus la puissante souveraine du temps de Wallis , elle était pauvre et délaissée. Elle reconnut rofiîcier de Cook , Pickersgill , qui visitait l'tle pour la troisième fois , et le combla de caresses. Ses pretniers mots furent arii tnataou ina boua, le chef a peur, vous n'aurez pas de cochons ; puis elle ajouta : pour moi, je suis yne pauvre titi (esclave ) , je ne puis rien offrir à mes amis (3).
Les naturels racontèrent à l'équipage de Cook la fin tragique de Toutaa. Cet événement occupait tous les esprits. La mère de ce chef ayant rencontré
(1) G. Forster, J Foyage round the Wwld tome t, p. 505.
(2) Hoerenhout , Foyage aux ilei du grand Océan , tome I1> page 409.
(3) G. Foreter, A Foyage round the fForlâ, tome U, pag« 117.
Cook, se mit à pleurer en s'écriant : Toutaha tayOf no Toutî maie Toutaha^ Toutaa , l'ami de Cook, est mort. Au milieu de ces regrets publics accordés à la mémoire de Tancien régent, le pouvoir de rotou paraissait s'affermir de plus en plus. Un jour Cook ayant reconnu un maraî près de Pari, le désigna sous le nom de marai de Toutaa. On lui dit sur-fe-champ que c'^était désormais le maraï de rotou , qui régnait seul depuis la mort de son oncïe (1). Le chef Rtaratata et sa femme, qui accom-^ pagnaient Cook, découvrirent leurs épaules en passant devant ce monument , en témoignage de leur respect pour fe souverain. L'Otou Pomaré,âgé alorâ d'environ trente ans, d'après Cook, et de vmgtqnatt^e à vingt-cinq, d''après Forster, désigna par leurs noms tous les individus de la précédente expédition de Cook , quoiqu'il n'en connût aucun personnellement; car, par des motifs qui tenaient sans doute anx vues politiques de son oncle Toutaa , il était resté à Téca^t pendant la première visite de Cook. Il s'informa surtout de Toupaia (2). Sa bille était des plus élevées , elfe mesuraît 6 pieds et 3 IK)Uces anglais; il était beau, bien fait et de bonne mine; ses longues moustaches, sa barbe et ses che* veux extrêmement touffus étaient parfaitement noirs. La même altitude de corps et une aussi grande profusion de cheveux se retrouvaient chez ses frères et ses
(1) G. Forster, A Foyage round the fForld , tomel , page 324.
(2) G. Forster, A Foyttge round the World ^ tome; 1, page 326 et 327.
sœurs. Cette énorme chevelure paraissait être un privilège des femmes de cette famille , car les taîtiennes portaient ordinairement les cheveux courts (!)• Famille Pomaté. La famille de Pomaréy outre son père Hapaî et sa im. mère Oberria-roa (2) , se composait » en 177^9 des enfants suivants :
Tetom neehourcS,^ fille aînée, âgée d'environ trente
ans, qui, s'il faut en croire Forster, avait épousé'
^ Té-maré, qu'il nomme Teariidirri^ mais d'après
Wilson , elle avait épousé Mahine , le chef d'Eiméo.
Tetouatoouratj seconde fille, âgée d'environ vingtsept ans ; elle n'était pas mariée et paraissait jouir d'une grande autorité parmi les femmes.
Otou ou Pomare P% revêtu du pouvoir souverain.
Teioua tehamaï , jeune fille morte depuis en bas
Tearii WatooUf connu depuis sous le nom de Oripaia, âgé d'environ seize ans.
Toubaï a terrai^ appelé aussi Mayoro^ enfant de dix à onze ans , qui depuis prît le nom de Weidoua.
Erreretoua , petite fille* de sept ans.
TepaoUf enfant de quatre à cinq ans , qui est toujours resté dans Fobscurilé à cause de son manque d'intelligence.
Un corps sain et vigoureux, une large frisure des cheveux, étaient les signes caractéristiques de cette famille. Les traits de la figure étaient agréables ,
(1) Bligh , Foyage à la mer du Sud , page 130.
(2) Wilson , Preliminary diêcourse , page 15.
d'Atuhoaroa.
HISTOtltQUE. 357
mais h teinte de la peau très-foncée, excepté chez Neehourai etPoniaré(l).
L'état de paix qui succéda à la mort de Toutaa et de Waitoua, ces deux grands instigateurs des Aftâtiu. derniers troubles, ne fut pas de longue duî*ée, ou plutôt le séjour de Cook vint apporter de nouveaux * germes de perturbation. L'Ile Taïti subissait deux gouvernements distincts : celui de Pomaré , sur la grande péninsule, et celui de Waïtoua sur Taïrabou ; mais le pouvoir de ces jeunes souverains était entravé par. la conduite des chefs d'un ordre inférieur. Les Orapaa^ habitants du district d' A ttahourou, si formidables sous Toutaa^ reprirent avec la cessation des hostilités une partie de leur an* cienne importance. Les chefs voulurent assurer leur influence sinon leur suprématie, en retenant les. insignes du pouvoir souverain , déposés par Toutaa dans le marai d^Attahourou. Ils les gardaient, dit Wilson, pour Thonneur de leur district; et comme par le passé , ils donnaient asile aux transfuges ou aux malfaiteurs des autres parties de l'ile. En peu de temps, ils devinrent de nouveau la terreur des populations environnantes. Le maraï d'Attahoufou était devenu, depuis qu'il avait reçu le dépôt des insignes sacrés, le principal temple de Taïti. Tous les chefs étaient tenus de s'y rendre dans les grandes
(1) Forster, A Voyage round the World , tome II , page 96,
solennités» et il arrivait parfois 4)u1ls étaieni insultés et dépouillés sur leur chemin. Quoique Pom^iré fût loin d*étre doué d'un caractère belliqueux ^ cependant, à finstigation des autres chefs, il songea à réprimer les désordres de ce district, et dans oeite circonstance Té-maré s'unit à lui pour envahir le territoire des coupables (1). €ette alliance pourrait , servir de confirmation à Fhypolhèse du mariage de la sœur aînée de Pomaré avec le fils d'Amo, union qui aurait amené le rapprochement de deux chefs divisés par des questions d'intérêt politique. Guerre d'Biméo. Quoi qu'il en soit, dès le mois de mai 1774, Alta- MaiTm. hourou paraissait être rentré dans un ordre plus convenable. Mais à cette époque , une autre guerre se préparait, des armements considérables dirigés contre Tîle Eiméo, avaient lieu sur Taïti. Le district d'Attahourou , la presqu'île de Taïrabou avaient joint leurs forces à celles de Pomaré, pour opérer une descente sous les ordres des chefs TooM/ia et Potatou. Une grande incertitude règne sur les faits qui donnèrent lieu à cette guerre. Son origine ç^araissait provenir de l'usurpation du pouvoir de Mototmroy chefd'Eimeo, qui avait été opérée par son oncle Mahiné. Wilson mentionne que Motouaro était non-seulement l'allié de Pomaré, mais encore son parent, ayant épousé sa sœur. Ce fait est en opposition avec les notions déjà consignées de Forster, et il n*esl pas probable que le chef d'Eiméo ail
(i)Gook, Z?«tiânVm« DOffa^e, tomel, page 339. Éd. de 1811. Paris.
épousé Teloua-Toouraï , seconde sœur dt Poraaré, qui, dit encore Wilson, ne se maria pas, et qui , céda à son frère le; droit de souveraineté qui lui revenait par priorité d*âge (IJ. Eptre les deux ^
dssertipns différentes de Forsfcer et de Wilson, il est à présumer que la plus fondée est celle de l'alliance avec Motouaro, plutôt que celle avec Té- mare.
Oooi qu'il m soit, Motouaro se réfugia à Pari, expôduSi^îSntre prés de Pomaré, où celui-ci se disposa à prendre tEiméo. sa défense , et à le rétaUir dans ses droits. Au moÎB ^^ "'^' de mai 1774, une flotte àe pirogues provenant des districts de l'Ouest et même de Taîrabou, fut rassemblée à Pari , mais cette première expédition ne réussît pas complètement., d'après Cook. Les mécon*- ^
tents d'Eiméo avaient fait si bonne résistance que la flotte était rentrée à Taîti sans avoir rien tenté de décisif (2). Wilson se tait à cet égard ; cependant une phrase de sa narration laisse supposer que le rétablissement de Molouaro avait eu lieu.
Touti^iS) au mois d'août 1777^ une seconde expé^moi^SMre ex|>édîlîon se préparait contre Ejiméo. Cook assista . ^^^' à une assemblée de diefs, délibérant «ur les merares à prendre. Plusieurs d'entre eux vomlmeat ^u^on laissât les eac^inis prendre l'initiative de rdtto(|ue» Ce point «fut débattu avec assez d'ordre. Cbaq«ie oratemr {)ài4ait à «on tour, mais bientôt l'assemblée deviot tumultueuse , et <Mn vit le mo-
(1) Wilson , Preliminary diicoune ^ ^tige 15.
J{7) Cook jTroiHème voyage^ t. Y, pag. 248. Éd. de 181t. Pari»,
ment où Ton en viendrait aux mains. Le parti qui voulait rinvasion l'emporta , et réclama l'assistance des Anglais, mais leur capitaine refusa son concours « à cette entreprise, en se fondant sur ce que les habi-
tants d'Eiméo ne lui avaient fait aucune insulte à lui-même. Cette réponse parut satisfaire l'assemblée. S'il faut en croire Gook, le motif de cette seconde expédition provenait de ce qu'un frère de Waïtoua, envoyé quelques années auparavant, pour remplir les fonctions de chef suprême, sur l'invitation de Mahiné , chef populaire de cette lie, avait été mis à mort par celui-ci, qui s'était emparé du pouvoir au détriment de Tieratabonouxj successeur légitime (1). Cette version ne paraît pas très-avérée. Elle implique seulement la mort de Motouaro , ou d'un autre chef, qui aurait eu lieu dans l'intervalle des années 1774 à 1777, événement qui amenait le retour de la gu erre.
Retoor Les cérémonics religieuses ainsi que les sacrifices
22 lepiembre. humainsqui précédaient le commencement des hos- ^ ""• tili tés ayant été accomplis) Toouha, chef de Tettaha , qui paraissaient diriger l'expédition; Potatou, chef important d'Attahourou , dont le nom est souvent mentionné par Cook, et un autre chef partirent le 47 septembre 1777 à la tête de la flotte destinée à envahir Eiméo. Pomaré resta en arrière, laissant ces chefs diriger les opérations de la guerre. Quoique le 20 septembre un message de Toouha
(1) Cook , Troisième voyage , tome V, page ?50. Éd. de 181 1.
vtQt le presser de venir à son secours en lui annonçant que la flotte de Taîti avait enveloppé celle de Mahiné, mais. qu'aucune des deux n'osait 09 venir aux mains , il resta paisiblement auprès des Anglais ses amis et pe s'occupa que de leur donner la représentation d'un combat naval simulé. Cependant , il exprima le désir de prendre passage à bord deia Résolution pour se rendre à Eiméft; il manifesta aussi rintention d'envoyer un ren fort de pirogues à la flotte de T^iti. Le départ était fixé au 24 septembre, mais dès te 22 on rççut la nouvelle que Toouha avait conclu un traité avec Mahiné et qu'il avait ramené ses forces à Attahourou (1).
Les conditions de la paix ou plutôt de la trêve, car Biâme det chefs elle n'était stipulée que pour un temps limité, étaient désavantageuses à Taîti; on blâmait beaucoup la ^ conduite de Pomaré en imputant au retard qu'il avait apporté dans l'envoi d'un renfort l'accommodement honteux , auquel Toouha avait été obligé de souscrire. Le bruit courut même, que ce chef avait juré de joindre ses forces à celles de Taîrabou et d'attaquer Pomaré à Matavaî ou à Pari , aussitôt après le départ de Cook. A son tour Hapaî rejetait le blâme de cette malheureuse expédition sur Toouha, vieillard infirme, quoique très-influent. Le traité était généralement désapprouvé^ et une grande eflervescence régnait dans la population. Heureusement pour Pomaré , les menaces de Cook apaisèrent l'irritation
(1) Gook, Troiiieme Voyage ^ tome V, page 258. Éd. de 181f« Parit.
ËtWOËt
iiaiMMite des dMk et leurt matitafses intentioDS. tl ^éclaM qu'il Mudendrak Pomaré contre lear ligue; ^'il reviendrait à Taiti,î et qu'il se vengerait sans pitié de ceux qui auraient pris part à un complot contre FOtou. Cette déclaration eut l'effet prévu et il ne fût plus question de projets hostiles, jutifleatioii â« k La ratification de la paix conclue par Toouba, ^^' donna lieu à une cérémonie religieuse au maraï d'At- 1777. tahourou. Le 23 septembre , Toouha dormait en* Gore dans sa pirogue , lorsque Pomaré arriva soudainement. Aussitôt le chef de la flotte s'empressa d'aller déposer aux pieds de l'arii-rahi une branche de bananier et un chien , offrande qui témoignait de son respect et de sa soumission. Pomaré se rendit ensuite dans l'enceinte du maraî où it se revêtit dès son arrivée, du maro-ouray insigne sacré du pouvoir, que le grand prêtre lui apporta. Aussitôt un homme prononça quelques paroles qui se terminèrent par le moi liaîva, et le peuple y répondit par celui d'arn trois fois répété; ensuite les assistants s'assemblèrent dans une case voisine du marai où chacun s'assit avec beaucoup d'ordre ; divers chefs prononcèrent des discours. Potatou était le plus gracieux et le plus éloquent de ces orateurs ; les autres n'articulaient que des phrases détachées et avaient, dit un officier deCook, quelque chosç de gauche dans leurs mouvements. L'assemblée entendit encore un discours au nom de Pomaré V'j et un autre au nom du peuple d'Eiméo^ quien substance formulaient le désir de voir la guerre cesser et la bonne
octobre 17T7.
inteUigenice régner doréaava&t. Au milieu de ces discours , un homme d'AUàhourou se leva ; il avait une fronde aitachée à la ceinture et une grosse pierre sur l'épaule, après avoir prononcé quelques paroles il la laissa tomber et elle fut portée au maraî avec la tu^ncbe do bananier déposée aux pieds dé Pomaré par Toouha. La cérémonie fut alors terminée. Mabiné continua à régner sur Eimé6« L'arrivée Descente de
, ^ , ,° , Gook BUT Eiméo^
de Gook dans cette île, le 1" octobre 1777, in^qi^ira des craintes à ce chef, qui, avec l'aide de ses parti*** sans, venait de secouer la dépendance de Taïti ; c'était un homme de quarante à cinquante ans, complètement chauve, ce ^i n'arrive guère à cet âge dans ces lies. Le vol d'une chèvre donna prétexte au capitaine an* glais de faire une descente à la tète d'un détachement de soldats de marine» Les naturels s'enfuirent aussi* tôt dans les montagnes ; quelques-uns seulement se réunirent pour résister aux Anglais, qui mirent le feu i sept ou huit cases et qui détruisirent deux ou trois pirogues do guerre. Mahiné effii^yé des menaces du capitaine Gook fit rapporter la chèvre et s'empressa de réclamer la paix, «r C'est une fatalité bien remar- *quable, dit le narrateur de ce voyage, qu'après » avoir résisté aux sollicitations de ses ennemis ^ » pour favoriser leur invasion dans cd^te lie, je me » sois trouvé réduit à la nécessité de commettre > contrece dief des hostilités, qui lui furent peutétre 9 plus nuisibles que l'expédition des Taitiens (!)• s
(1) Cook, Tr&kiHiH F^yagê , toifts T, pags 181 Éd» de 181 L
26A EBQVISBZ
Eo effet, les dons des Anglais, l'appui qu'ils avaient donné à Pomaré dans plusieurs circonstan* ces, surtout dans un moment où les chefs, mécontents du résultat de la dernière expédition, manifestaient des projets de révolte, et par-dessus tout, leur descente sur Eiméo, durent singulièrement rehausser le pouvoir de Pomaré aux yeux de la population dans un pays où, selon l'expression de Cook, « on ne peut » concevoir qu'on soit l'ami d'une tribu sans épou- » ser ses haines ou adopter ses querelles. »
Le vol de la chèvre provenait probablement du prix attaché par ces peuplades aux objets provenant des Européens. A différentes ireprises, les navigateurs avaient avec une pieuse sollicitude et sous l'impulsion d'une généreuse pensée, laissé dans ces îles divers animaux domestiques qui devaient accroître la richesse et le bien-être de leurs habitants ; malheureusement ce but ne fut jamais atteint; car ces animaux inconnus n'eurent aux yeux des indigènes^ d'autre valeur que leur origine; ils furent considérés sans doute comme autant de moyens d'influence, et donnèrent lieu à des conflits entre les chefs qui voulaient obtenir leur possession ; c'est probablement à un pareil désir que succomba Mahiné en commettant un vol, dont il futcruellementchâtiépar Cook. Hortdachefde ^^ même temps que les événements de la guerre d'Eiméo s'accomplissaient et que la puissance de Pomaré grandissait sous l'égide de l'amitié de Gook^ Taïrabou perdait son chef qui mourut fort jeune ; son frère, enfant de dix ans, lui succéda sous le
Taïraboa.
HIOTORIQUE. M5
même nom d« Waitoua , qui semblait se perpétuer chez tous les meiphres de cette famille. Un chef nommé Eiorea fut chargé de remplir les fonctions de tuteur, d'après Cook, qui remarqua en outre, auprès de Waïtoua, un homme flécrépit et tout à fait privé de l'usage de ses membres, désigné sous le titre divin d'Atoua; il était de Bora-Bora et se nommait Etary. L'influence religieuse soutenait sans doute le pouvoir du jeune chef. Il arriva même que le bruit ayant couru que Waïtoua devait se rendre à Matavai sur le navire la Résolution , un inspiré vint s'adresser au jeune chef et lui conseilla d'une voix sourde et inarticulée de ne pas se conûer aux navires de Gook(l).
Vers la même époque , Béréa cessa d'exister. Cette «•« <»• Béréi. femme célèbre mourut dans une position bien éloi- ' gnée de celle qu'elle occupait dix ans auparavant , et ' ^
dans un âge peu avancé, car, d'après Wallis, elle devait être née vers l'année 1722, et d'après Gook, vers l'année 1729. « C'était, dit Wallisen 1767, une grande femme qui paraissait âgée de quarante-cinq ans, d'un maintien agréable et d'un port majestueux. Les habitants lui témoignaient un grand respect ; elle montrait de l'assurance dans toutes ses actions et paraissait sans défiance et sans crainte , même dans les premiers moments de sa visite à bord du premier bâtiment qu'elle voyait. Elle se conduisit pendant tout le temps qu'elle resta sur le navire avec .
(1) Cook , Troisième Voyage , tome V, page 242. Éd. de 1 8 J | . Paris.
eette liberté qui disttngoe toujours ks pepsomiei accoutumées au commandement. » Le lendemain, Wallis lui fit à son tour une visite, et toutes les fois qu'à son retour il trouvait de Teau à trayerser, Béréa le soulevait dans ses bras et lui* faisait franchir le passageavec autant de facilité que s'il eût été un enfant. En 4769, €ook estima l'âge de Béréa à environ quarante ans. « Sa taille, dit la narration de son premier voyage, était élevée et forte, sa peau blanche, ses yeux pleins de sensibilité et d'intelligence ; ses traits annonçaient qu'elle avait été belle, mais il ne lui restait plus que les ruines de sa beauté. Tous nos gens ne pensèrent qu'à examiner une femme qui avait joué un rôle si distingué, dans le récit des navigateurs qui découvrirent Fila, (i) t dêpîîSSré. Antérieurement au dernier passage de Cook , Po* mare épousa Idia (2), sœur de Motouaro. Wilson remarque à ce sujet que ces deux chefs devinrent doublement parents par ce mariage (3). D'après les termes employés par le même auteur, il est évident que le paragraphe de Cook relatif à la mort du chef » d'Eiméo ne se rapporte pas à Motouaro, qui conserva longtemps encore une existence obscure. La présence de Cook et les menaces qtfil avait faites aux ennemis de Pomaré , avaient apaisé le mauvais vouloir qui s'était élevé parmi les chefs à l'occasion de la guerre
(1) Cook, Premer Voyage , tome II , page 346. Éd. de 1778. Paris.
(2) Hidia , Hiddea , Idea de» ëcrirains anglais.
(3) Wilson, Preliminary dUcourse, page 22.
d'Bhnéo. Lorsqu'il partit, aa mois de septembre 4777 y pour ne plus revenir, la tranquillité régnait dansle pays; mais au bout d' un certain laps de temps, s^rés que l'époque présumée de son retour fut dépas* sée, la terreur qu'il inspirait s'affaiblit beaucoup; la haine des chefs se manifesta de nouveau et leur insubordination devint de plus en plus turbulente. Pomaré perdit beaucoup de sa puissance avec la mort de ce navigateur, qui, comme on le sait, fiit t«é aux fles Haouai.
Le premier rejeton de son union avec Idia, fut P NaiiMnce étouffé pour satisfaire aux lois de la société des Ar^^ ^« **•"■'* ^ rtoy$ dont Pomaré faisait alors partie; mais le se» oond fut conservé. La date de sa naissance remonterait, diaprés Wilson, vers Tannée 4779; selon Ellis, à l'année 4774 (4)-, tandis que Blighla fixe à l'année 4782 (2). Dés la naissance de ce fils, devenu célèbre depuis, sous le nom de Pomaré le réforma«i teur, Pomaré I*' déposa la dignité souveraine pour prendre celle de régent ; il quitta aussi le titre d'Otou pour le nom de Tiwj mentionné par Ôligh. Cette transmission du pouvoir arriva avec le commence* ment de nouveaux troubles. Toonha ne voyant plus reparaître Gook, donna enfin cours à ses ressentilUMts ; il unit les forces de son district de Tettaha à celles du district d'Attahourou et de Mahiné, chef d'£iméo , et déclara la guerre aux districts de Pari et de la côte orientale de l'île qui tenaient pour Po*
(l)Ellis, PolynesianreseareheSf tome 11, page 5?5. (2) Bligh, f^oyage d la m$r du Sud , imge i&6.
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mare. Tairabou parait être resté neutre dans cette conflagration.
Combat de Pari. Pomaré I" racoiita au capitaine Bligh, que soixantetrois lunes après le départ de Cook , c'est-à-dire y&ts Tannée 1783, les habitants de l'Ile Eiméo s'étaient joints à ceux d'Attahourou et avaient fait une descente à Pari. Poinaré et les siens furent obligés de fuir dans les montagnes après une bataille meurtrière et d'abandonner leurs propriétés aux vainqueurs, qui les dévastèrent de fond en comble pour la seconde fois, depuis la guerre de Tairabou en 1768. Tous les grands édifices qui existaient du temps de Cook étaient détruits; on ne voyait plus à leur place que de légers hangars , et des nombreuses pirogues de guerre qu'on avait vues rassemblées sur ce point , il n'en restait plus que trois (1).
Cependant un succès remarquable suivit cette défaite; le chef Mahiné fut tué par Weidoua, jeune frère de Pomaré, guerrier déjà renommé par son intrépidité. Mais cette mort ne changea pas beaucoup la fortune de Pomaré. Motouaro, dit Wilson , n'avait pas assez d'influence personnelle , et ne pouvait plus d^ailleurs s'appuyer «ur le pouvoir amoindri de son beau-frère , pour reprendre les rênes du gouvernement sur les habitants d'Eiméo; le jeune Tareu' moudoa succéda à son père adoptif (2) , et , selon toutes les apparences, continua la guerre qu'il avait commencée.
(1) G. Bligh , Foyage àla mer du Sud , pages 97 et 98.
(2) WUfon , PréUmina^y dUeoune , page 22.
Mort de Mabiné.
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. Malgré la valeur, de son frère Weidoua, Pomaré éprouva encore de nombreuses défaites qui le for- de^pJm"ré, Gèrent plusieurs fois à se réfugier dans les montagnes et qui détruisirent complètement ses forces maritimes. Il n'avait pas été dépouillé entièrement de son autorité, mais en 4788, il n'habitait plus le district de Pari ; il avait cherché un asile sur Tairabon. A la nouvelle de l'arrivée , sur la rade de Matavai, du navire Lady Penrhyn, le 40 juillet de la même année, il quitta cette presqu'île pour accourir auprès de ses amis. Il reconnut le lieutenant Watts , se plaignit de la longue absence des Anglais et du court séjour que ce bâtiment devait faire à Taîti^ Il demanda avec instance qu'on l'aidât dans ses conflits contre Eiméo et les districts révoltés de l'île ; il parla beaucoup de Gook, et il montra le portrait de ce navigateur qu'il avait conservé avec le plus grand soin. Par une politique qui indiquait de quelle influence jouissait dans ces parages le nom du célèbre marin anglais, on cacha à Pomaré la triste catastrophe qui avait amené sa mort.
M. Moerenhout attribue les revers de Pomaré aux chefs de Papara qui gouvernaient au nom de Témaré, âgé â cette époque d'environ vingt ans. Ces chefs employaient tous leurs efiforts pour rendre â leur pupille le titre d'ari-rahi. Cette supposition n'est confirmée par. aucun récit des navigateurs ; il est possible qu'elle soit fondée, quoique nous ne puissions l'admettre que comme douteuse; en revanche,
370 MQtflSSE
lions pensons comme M. Moerenhout qa*eB 4788 , la considération de Pomaré avait perdu tout le prestige que les richesses et la protection des étran* gers lui avaient donné. La puissance de Pomaré était réduite tout au plus au niveau de celle d'un simple chef de district.
Pin L'abaissement de Pomaré tirait à sa fin. Toouha
^de^plimaré!''^ SOU puissaut ennemi était accablé par le poids des ans. Le passage du lieutenant Watts avait déJA amélioré sa position , mais la présence du navire le Bounty , commandé par le lieutenant Bligh , devait lui rendre son ancienne suprématie. Il était retourné à Taïrabou, après le départ du lieutenant Watts , mais il se hâta de revenir, avec Idia, à Matavai où il savait qu'il n'avait rien à craindre pendant tout le temps du séjour des Européens sur cette rade.
Le chef Tepahou, qui succéda au vieux Toouha ^ avait épousé une sœur de Hapa!, nommée Tetii Hau*tia. Cette alliance le rendait plus favorable à Pomaré que son prédécesseur. Cependant l'inimitié des chefe d'Attahourou subsistait toujours contre liii. On ne lui rendait aucun honneur dans ce district , et même il n'osa pas descendre à terre dans une visite que Bligh fit sur cette portion de la côte. Il resta tout le temps de l'excursion dans la chaloupe de ce capitaine, sans vouloir poser les pieds sur le rivage. Il témoigna maintes fois la crainte d'être attaqué par ses ennemis après le départ des Anglais, et déclara que s'ils se réunissaient ^ ils seraient trop puissants pour qu'il pût leur résister. La maladie du chef Tepahou lui
impirait ausAi de grandes inquiétudes , car le frère de TepahoUy qui devait lui succéder à défaut d'eufaots^ était un ennemi achsurné de Pomaré. Dans cette position critique, il demanda plusieurs fois à Bligb, en janvier i789 , de l'emmener avec sa famille lorsqu'il quitterait Ttle.
La famille de Pomaré s'était accrue depuis le dé- ,p*™*ï*«^
'^ dePomaré«
part de Gook. Il possédait, en 1789 , quatre enfants ; Tainé était le nouvel Otou dont nous avons déjà parlé; le second était une fille nommée Terrena Qroa; le troisième, un garçon nommé Territa Pa-nmcàf et le quatrième^ une fille en bas âge, du nom de Tahanddoua (1). Ces quatre enfants résidaient à Pari, dans une case uniquement consacrée à leur service; les filles mangeaient à part, et ne se réunissaient à leurs frères que dans leurs jeux , ainsi que le prescrivaient les usages de Taïti.
A la même époque, Weidoua, mentionné par Forster sous le nom de Toubaï (2), avait acquis une grande réputation de guerrier, mais il était adonné avec passion à la boisson enivrante de l'ava (3). Quoiqu'à cette époque, il dût être âgé de vingt-quatre à vingt-cinq ans seulement , les excès avaient imprimé de profondes rides sur son visage, et on voyait sur lui les traces d'une décrépitude prématurée. Le second frère de Pomaré, OHpaïa, désigné parForster sous le nom ou plutôt sous le titre de Tearii-Watoou,
(1) Bligh, Voyage à la mer du Sud » page 100.
(2) Foir pins haut à la page 356.
(3) Piper metisticum.
373 ssQWsse
avait atteint l'âge de trente ans, mais sa renommée était loin d'atteindre à la hauteur de celle de Weidoua. Bligh ne le mentionne que secondairement et seulement à cause des peines qu'il se donna soit pour empêcher les vols des indigènes, soit pour ramener à bord du Baunty des matelots déserteurs , qui préludaient ainsi à la révolte générale de l'équipage. Bligh, adoptant la ligne de conduite de ses prédécesseurs, prêta l'appui de son influence pour consolider le pouvoir de Pomaré ; il déclara qu'il reviendrait à Taiti, et qu'il vengerait toute injure faite, après son départ , aux habitants de Matavai et de Pari. La position de son protégé n'était évidemment à cette époque ni agréable, ni sûre. Outre les entreprises de ses adversaires déclarés , il existait entre lui et son frère Oripaîa , un refroidissement qui provenait d'une querelle de leurs femmes. Mais la présence du Bounty pendant cinq mois , releva complètement le pouvoir de l'ancien arii-rahi. Pour consolider sa suprématie sur les autres chefs de l'Ile, Bligh lui fit don de quelques artnes à feu, objets de la longue convoitise de Pomaré; non pas quele caractère de ce chef fût devenu belliqueux, car le courage n'était pas la plus éminente de ses qualités, mais sa femme Idia avait uneénergieet une détermination qui suppléait à la sienne; il dit lui-même, lorsqu'on lui fit don de deux pistolets, qu'Idia combattrait avec ces armes (1) ; en effet, cette femme , d'une taille élevée
(1) Bligh, Voyage à la iMT du Sud , page 181.
BISTORIQUB. 373
et d'une force extraordinaire , était pleine de courage et de résolution ; elle savait se servir d'un fusil avec beaucoup djadresse; quoiqu'elle eût cessé de cohabiter avec son mari depuis quelque temps, elle était toujours son principal guide et son meilleur conseiller. Leur séparation était une licence admise dans les mœurs des chefs. Idia avait fixé ses regards sur Tootirooti, un des serviteurs de Pomaré, et celuici, de son côté, avait formé une liaison analogue, sans pour cela cesser de vivre ensemble dans la meilleure intelligence.
L'appui deBligh porta des fruitsimmédiats. Peu de ^^^J^^^^l^^ temps après son départ , qui eut lieu le  avril 4789, po^^^oirune réaction éclata à Eiméo en faveur de la cause de Pomaré , et replaça Motouaro au pouvoir après dix ans d'exclusion. Tareamoudoa fut obligé de s'enfuir; 11 se réfugia d'abord à Attahourou, auprès du chef Potatou , mais il ne put y rester longtemps. Il alla ensuite se placer à Papara sous l'égide de Témaré, qui lui fournit des moyens de subsistance (1). Cette protection accordée par ce chef à un adversaire de la famille Pomaré, semble annoncer qu'il partageait son inimitié, et qu'arrivé à u^ âge où il pouvait diriger lui-même son district , il songeait à lutter contre les souverains reconnus de l'île.
Le second retour du Bounty avec un équipage en pleine révolte, ne parait pas avoir influé sur les
(1) Wilson , PreUminary ékcoune » page 27.
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EIQVIMX
Retour i Taïti de réqaipage da Bownêy»
23 septembre
événements de cette ^[K)que; mais le passade du capitaine suédois Cox , qui eut lieu peu de temps après, apporta dans Tlle un homme actif et entreprenant qui devait jouer un certain rôle dans les gueri*es subséquentes. Cet bomme, nommé Brown, quitta son navire à la suite d^une querelle. Pomaré s'em^ pressa de s'attacher ce marin et l'emmena avec lui dans sa résidence de Taïrabou, où il séjournait, soit dans un but politique, soit parce qu'il redoutait le voisinage des chefs de Tettaha , d'Âttahourou et de Papara. L'assistance de Brown, la supériorité de son intelligence, devaient ramener, à la longue, la domination du nouvel otou sur la presqu'île de Taïrabou.
Hais l'aide le plus puissant qui pût advenir à Pomaré, lui arriva avec la troisième et dernière ap* parition dn Bùntity, le 32 septembre 1 789. L'équipage révolté venait déposer seize de ses membres qui préféraient le séjour de Taïti à celui de File Pitcairn ; ces marins furent accueillis avec empressement ; au départ du Botmttff on leur concéda des terres à Sfatavaî et à Pari , districts qu'ils préféraient aux autres qu'ilsne connaissaient pas. Les indigènes, à l'instigation de Pomaré, eurent pour eux toutes sortes de prévenan* ces , et même , chose rare chez les sauvages, ils ne les dépouillèrent pas (1). Pleins d'une haute idée de la puissance de ces Européens, tous les chefs influents
(1) Wilson, Voyagé in the $hip Duff. Fréliminart Hicaunù^ page 2S.
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toultire&t obtenir leur amitié; Pomaré, jaloux de ae concilier ces auxiliaires, les combla de soins plus que tout autre pour les attacher exclusivement à ses intérêts* Cependant le jeune Waitoua parvint à attirer auprès de lui, à Tairabou» deux de ces marine nommés Churchill et Thompson. Churchill devint son amî préféré et son conseiller. A la mort de ce chef, qui, comme son prédécesseur, perdît la vie dans un âge peu avancé, on vit arriver un événement remarquable dans les annales des peuples sauvages.
Privé d'héritiers directs, Waïtoua, au moment ^^^ de la mort, légua son pouvoir à son tayo Chur- Ghtrrchin!|chef\]o Chili. L'avènement de cet étranger re la sanction de tous les autres chefs, soit que cet homme qui remplissait les fontions de capitaine d'armes sur le Bounty (1) , eût acquis un grand ascendant sur la population, soit qu'elle voulût respecter la volonté dernière du dernier des Waîtoua , et qu'elle fût persuadée qu'un Européen pouvait seul, dans ce moment critique, conserver la paix, et assurer l'in-* dépendance de la péninsule. Dans tous les cas ce choix indique la valeur attachée à cette époque, par les indigènes, à la qualité d'Européen, et quelle su^ périorité ils reconnaissaient aux hommes de cette origine (2). Malheureusement pour l'Ariînavao-roa anglais, Thompson , un des hommes les plus violents
(1) Bligh , Foyage à la mer du Sud^ page 216.
(2) On tronre dans Touvrage de VTilson le récit d'titie aventttyt ai singulière qu'on doit la considérer comme une facétie de ce graTe auteur ) eUe se rattache à la haute opinion que lea Ttiitiens
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de réquipage du Bùmtyj conçut une profonde jalousie de n'avoir pas obtenu les mêmes honneurs, et dans un accès de rage il tua son compagnon GburchilL Les indigènes, indignés de ce crime, lapidèrent le meurtrier sur-le-champ.
waitoaa, L^s propriétés et les pouvoirs de Waïtoua, furent
"^^Taïrabou. * conférés à un de ses neveux, enfant âgé de quatre ans, fils du chef de Waïourou. Il fut reconnu en qualité d'héritier de son oncle ou plutôt de Churchill; comme ce dernier, il prit à son avènement le nom de Waïtoua, cinquième du nom. C'était, en effet, le quatrième successeur du célèbre Waïtoua qui avait consommé la ruine d'Amo, et dont le nom se perpétuait parmi les chefs suprêmes deTairabou , en souvenir des hauts faits du fondateur de leur puissance. Si les projets de Pomaré tendaient à reconquérir
avaient conçue de tout ce qui provenait des navigateurs , dont ils faisaient des espèces dedemî-dieux. Gook , dit Wilson, ayant laissé dans une de ses relâches à Taïti, un grand singe » les naturels émerveillés lui décernèrent dans le district d'Attahourou le titre et les prérogatives de chef. Ils le désignaient sous le nom de TofUa ouri hâtai y le grand homme chien. On lui donna une femme et trente ïootttaou£, serviteucs , en un mot le train d'un arii d'importance. G^était, à coup sûr, le plus heureux singe qui eût jamais existé. Malheureusement , un jour qu'il attrapait les mouches pour les croquer à belles dents , action que les Taïtiens o;it en horreur, sa femme ne put surmonter son dégoût et se mit à courir vers les montagnes. Le singe se mit à sa poursuite ; les iooutootks suivirent leur midtre. On ne saurait dire ce qui serait advenu de cette course , si Temaré n'eût rencontré le singe sur ses pas. Le fils d'Amo, jaloux de l'empire accordé à cette béte , la tua d'an coup de casse-téte. — Wilson , Foyage in th^ $hip Duff^ p. 1 H.
la suprématie sur Taïrabou, les événements le favorisaient complètement. Cependant, quoique la mort frappât à des intervalles bien rapprochés les princes suzerains de cette péninsule, on ne trouve aucune indication qui puisse faire présumer qu'elle ne fût pas uniquement due à des causes naturelles. Les intentions de Pomaré pouvaient . être grandement avancées par ces catastrophes successives, mais il ne paraît pas avoir jamais tenté de les provoquer. Il continuait, toutefois, tout en subvenant aux besoins des Anglais , à les éloigner autant que possible de Taïrabou et des districts qu'il redoutait. Il consentit cependant, à en laisser quelques-uns se fixer à Papara, auprès de Té-maré avec qui il était, à cette époque, en de très-bons termes.
M. Moerenhont donne l'explication suivante de ce n^^JlJSJJJJjJ^m rapprochement. Anifatdia^ parent d'Amo et régent de Papara au nom de Té-maré, était un homme faible qui pouvait cependant disposer d'une force considérable, et qui s'était allié à Waïtoua, l'Ariinavao-roa de Taïrabou. Pour neutraliser cette ligue, Pomaré envoya à Arii fataïa des présents considérables, parmi lesquels il avait glissé des objets de manufacture européenne, et lui fit dire par son veaj ou messager, qu'il le considérait comme un père, qu'il désirait être son allié et son ami; qu'inces- ^ samment il lui rendrait visite pour lui demander ses conseils et pour cimenter une liaison aussi durable qu'intime. Flatté de cette démarche, Arii fataïa fit répondre à Pomaré qu'il l'attendait, qu'iflui
M. Moerenhoat.
céderait sa place au maraï , qu'il lui préparerait ses aliments, etc., expressions qui, chez ce peuple, impliquent la soumission. Pomaré ne perdit pas de temps et se rendit peu de jours après à Papara , accompagné d'une suite nombreuse. .
Le jour de soq arrivée n'étant pas fixé, quand on \it subitement apparaître les nombreuses pirogues qui l'amenaient avec sa suite , tout le district de Papara , craignant une surprise , courut aux armes. Le peuple effrayé s'enfuit dans les montagnes , ainsi que les femmes et les enfants. Il ne resta plus au rivage que deux pauvres infirmes qui ne pouvaient remuer leurs membres. Cette fuite embarrassait les chefs de Papara qui avaient besoin de victimes humaines, pour solenniser la réception de Pomaré. Faute de mieux, on immola les deux malades, et comme une troisième victime était nécessaire , un vieillard, ami intime du chef, ,fut encore sacrifié malgré ses cris et ses supplications. Lorsque Pomaré atteignit le rivage, on fit passer sa pirogue sur les trois cadavres, puis, sans qu'il en descendît, elle fut portée par les chefs et les gens de la suite aii temple voisin où l'attendaient Arii fataïa, le grand prêtre, frère de ce chef, et les desservants du maraï.
Quand le cortège fut parvenu dans Tenceinte du lieu sacré, Arii fataïa, assis sur l'autel, se leva et invita Pomaré à prendre sa place ; il se mit à ses pieds pendant que le grand prêtre commença la cérémonie en offrant les victimes humaines aux dieux* Il arracha, à l'une d'elles, un œil qu'il présenta à
Pomaré , et le retira ensuite , selon l'usage; après de longues prières , il offrît au nouveau souverain , au nom d'Arii fataïa, la suzeraineté absolue des terres du district de Papara. Celui-ci fit acte de soumission et reconnut solennellement le don qu'il faisait de la partie de l'île qu'il gouvernait au nom de Té-maré. Les descendants d'Amo et de Béréa qui avaient été les souverains de l'île entière, perdirent, sans retour, par cet événement, un pouvoir qu'ils tenaient de leurs aïeux (1),
Quoique sans date précise, ces événements eurent Révolte et combat lieu vers l'année 1790. Dans ce temps, un nouveau -*^*
mouvement insurrectionnel éclata à Eiméo contre Motouaro, qui fut dépossédé une seconde fois. Pomaré , fidèle à la cause de son parent , réclama la coopération des marins du Bouniy^ pour agir en sa faveur. Ceux-ci refusèrent d'agir eux-mêmes, mais ils mirent en état de servir les armes à feu que Pomaré tenait de Bligh ; un naturel, nommé Hete-HetSy mentionné fréquemment par Cook sous le nom d'ûBrfîdéôy était familiarisé avec leur usage, et avec l'aide de quelques naturels qu'il exerça à leur maniement, décida promptement la victoire dans le premier
(1) La version de M. Moerenhout n'est pas confirmée par celle de Wilson ; elles se contredisent même sur plusiem's points. Nous pensons que , dans ce cas , on doit plutôt s'en rapporter à l'auteur qui a vécu dans les temps les plus rapprochés des événements qu'il raconte; et nous donnerons la préférence au récit de Wilson, d'autant plus que les observations de M. Moerenhout proviennent plutôt des compilations qu'il a faites que de ses propres remarques.
Morf.
deTépabou.
Combat d'AUahourou.
Novembre 1790.
SSO KS0UTSSI2
combat livré; la crainte de ces armes meurtrières et le voisinage des Européens, ranfienèrent la paix et le rétablissement du malencontreux Motouaro.
La mort de Tépahou , chef de Tettaha , favorable à Pomaré, arriva sur ces entrefaites, et son frère Tc-toouha lui succéda avec des dispositions différentes. Le premier acte de son pouvoir fut de s'allier avecPotatou, chef d'Attahourou ; et, à la tôle (le leurs forces combinées, ces deux chefs portèrent leurs dépréciations dans les districts de Pan et de Papara (1), désormais liés à la cause de Pomaré. Le succès quePomaré venait de remporter sur Eiméo lui donna la hardiesse de s'opposer à ces chefs et il songea à réprimer ouvertement les troubles dont ils étaient les instigateurs. Cette fois les Anglais du Bounitj jugèrent indispensable à leur sûreté personnelle, de prendre parti dans les hostilités. Un schooner qu'ils avaient construit se joignit à une flotte de pirogues des districts du N. E. de l'île, qui conduisirent une troupe de guerriers dans le district d'Attahourou, tandis que Té-maré , fidèle allié de Pomaré, à la tête de ses forces, et accompagné des Anglais qui résidaient près de lui, attaquait d'un autre côté leurs adversaires communs.
Le résultat de cette invasion ne fut pas douteux un seul instant. La coopération des Anglais lui assura un triomphe éclatant, Potatou et ïé-toouha se
(î) ^Vilson . a missionnary Foyage ; preliminary, discourse ^ page 30.
dérobèrent à la mort par une prompte fuite dans les montagnes; le district fut saccagé de fond en comble, mais quelque temps après, les chefs ayant im^ ploré la paix, elle leur fut accordée à la condition qu'ils se soumettraient entièrement à Tautorité de Pomaré ou plutôt à celle de son lils. Us restituèrent le Maro Oura, insigne sacré qui fut emporté solennellement à Pari auprès du jeune Otou , r.près avoir été conservé pendant vingt et un ans dans le marijï d'Attahourou. Ces événenjcnts eurent lieu vers le mois de novembre 1790, Peu do temps après, ïétoouha mourut, et un parent de Pomaré fut désigné pour lui succéder. Potatou ne dut la conservation de son autorité qu'à l'intercession des Anglais (1).
Cette dernière victoire venait de rendre à la fa- Avènement mille de Pomaré le pouvoir qu'elle avait perdu sur la grande péninsule; on choisit ce moment pour consacrer par une pompeuse investiture les droits de rOtou au litre d'arii-rahi. Cette cérémonie eut lifeu au commencement de 1791. Pomaré, deuxiènic du nom, était âgé à cette époque de dix à quinze ans. Un pavillon suédois, laissé par le capitaine Cox, fut remis aux mains du veciy qui le 'promena dans tous les districts de l'île. La crainte des Anglais résidant dans l'île garantit son libre passage. Nulle part il ne trouva d'opposition; Taïrabou même lereçutsansopposition formelle. Lafrayeur qu'inspiraient les Anglais sulBt pour paralyser le mauvais vouloir
(1) WiUon, Preluninary discourse^ p. 30.
de Pomaré II.
des chefs (1). Cependant, quoique Wilson n'en fasse pas mention , il paraît que le mécontentement des chefs de Taïrabou se traduisit par des offenses qui motivèrent de nouveaux conflits, dont nous parlerons après avoir raconté la cérémonie de Tinvestiture du Maro-Oura et des détails qui s'y rattachent.
Cérémonies Dès la naissaucc de TOtou de grands témoignages rinauguration. de rcspcct ne cessaient de Tentourer. Tous les indigènes étaient obligés de se découvrir les épaules en sa présence et même devant chacune des résidences qu'il possédait dans différents districts; des interdictions de diverses natures , sous la sauvegarde du Tabou y garantissaient aux yeux de la population le pouvoir du jeune chef, qui, revêtu d'un caractère sacré, jouissait des honneurs et de la prépondérance attribués aux divinités. Il ne voyageait jamais que porté sur les épaules de ses serviteurs. Jamais il ne marchait ailleurs que sur ses propriétés. Ce moyen de transport, appelé amo ou vaha, était effectué par des hommes robustes dont les fonctions étaient réputées les plus honorables après celle des porteurs des dieux ; ils étaient consacrés uniquement à ce service et n'accomplissaient jamais aucune autre tâche; dans toutes les courses de l'Otou, jusque dans les parties les plus reculées de Fîle, ils l'accompagnaient et se relayaient sur la route avec une grande rapidité (2).
(1) Wilson, Preîiminary discourse , p. 31 .
(2) lS\\iSy\Polynesian researches, tome II, pages 349 et 350.
Les apprêts de Tînaugurâtion deTârii-rahi étaient Maro oura.
* *^ " . Sacrifices.
de nature à imposer à la multitude. Ils étaient célébrés avec une grossière splendeur, et, comme toutes les cérémonies sacrées , ils étaient accompagnés par des actes de cruauté. L'investiture consistait à ceindre le Jeune chef d'une ceinture déplumes rouges, insigne qui l'élevait à la position la plus élevée comme homme, et qui l'identifiait aussi avec les dieux (1). Il paraît qu'à chaque nouvelle investiture on préparait une ceinture différente. La ceinture ou Maro était tressée avec les fibres de la plante appelée ava (2), dans lesquelles on entrelaçait un certain nombre de oura, plumes rouges, prises sur les idoles des dieux. Le maro-oura devenait par ce seul fait sacré, les plumes rouges ayant la propriété de conserver ou de transmettre les terribles attributs des dieux au chef qui devait les revêtir. Pour rendre les dieux propices on accompilissait des sacrifices humains à différentes périodes de la fabrication du maro oura. Au début de l'œuvre /atoM raa on offrait une victime sous le titre de maouraatiy commencement du maro sacré ; souvent aussi on sacrifiait des victimes à chaque nouvelle pièce ajoutée à la ceinture piouraa maro; à la fin du travail, une autre victime était inévitablement sacrifiée. Alors on considérait la ceinture commeayant été consacrée, par le sang de ces malheureuses victimes, à Tusage
^ (1) Ellis y Polynesian researcheSy tome II, page 354. (2) Piper metisticam.
rotoa.
duquel elle était destinée (1). Une autre victime était encore sacrifiée le jour de l'investiture au moment où le chef se baignait, avaiit le commencement des cérémonies (2).
offlrandMi Indépendamment de ces apprêts^ les chefs de Tile envoyaient un don de plumes rouges, et ils étaient astreints à l'obligation de construire quatre pirogues dont ils faisaient hommage au nouveau souverain. La première s'appelait morimoij pour dormir; la seconde , mdihii , couverture j la troisième , hérdihiy lit; et la quatrième, fare atoua^ la maison des dieux (3). Le jour de la solennité voyait affluer la population de l'île entière et celle des îles voisines sur le lieu où elle devait s'accomplir. Les chefs et les prêtres, se rassemblaient à la demeure deTOtou et l'accompagnaient au Maraï-d'Oro, la déité tutélaire de la nation. Cette idole, dépouillée de ses enveloppes ordinaires, était ornée de tous les emblèmes de son pouvoir ; elle était transportée processionnellement dans la grande cour du temple. Le papa rahi orouea, le grand lit d'Oro, banc de bois dé-
(1) M. Moerenbout, indique trois sacrifices: le premier, sous le nom de Taata no te maou ratiti , l'homme pour unir les plumes; le second sous celui de Taata no te piour a yVhomme pour coudre; le troisième Taata no te pourerei^ l'homme pour les prières. 11 indique aussi une quatrième victime, celle qu'on plaçait sous le pilier d'une case nommée fare Manaha , où l'on déposait l'image du principal dieu pendant qu'on travaillait auMaro-Onra. Foyage aux îles du grand Océan^iome II , page 23.
(2) Ellis , Polynesian researches , tome II , page 355.
(3) Moerenhout , tome II , page 23.
coré de curieuses sculptures, était déposé aux pîeJs du dieu et servait de siège à l'Otou, qui seul avait le privilège de s'y asseoir, tandis que les autres chefs et les arreoys s'accroupissaient sur des nattes placées sur le côté opposé (1). Aussitôt que l'ordre et le silence étaient rétablis, les prêtres soufflaient dans les coquilles de triton qui leur servaient de trompe. Leurs sons rauques et discordants, répétés aux quatre coins du maraï pendant qu'un autre prêtre en faisait le tour en frappant sur un. tambour, étaient un signal qui prévenait le peuple exclu de l'enceinte que rotou était arrivé, et qu'on allait procédera la cérémonie. Alors la multitude réunie dans les alentours s'asseyait , les épaules découvertes , et gardait un profond silence. Dès que les prêtres qui avaient donné le signal étaient rentrés dans l'intérieur du temple, on plaçait le cadavre d'une victime humaine devant l'image des. dieux ; les chefs et les prêtres psalmodiaient une espèce de récitatif qui durait très-longtemps; quand il était terminé, le grand prêtre s'approchait du cadavre et lui arrachait les deux yeux. Il déposait l'œil droit devant l'idole, et il offrait l'œil gauche à l'Otou , qui ouvrait la bouche comme pour l'avaler; mais le prêtre avait le soin de le retirer sur-le-champ pour le joindre aux autres débris du corps. La raison donnée pour cette affreuse offrande était que la tête étant réputée sacrée, et l'œil étant la partie la plus précieuse de la
(1) EUis, Poîynesian researches, tome il, page 355.
tête, on le présentait par analogie à celui qui était la tête et l'œil de la nation. Le chef suprême , en ouvrant la bouche pour simuler l'action de manger, indiquait par là qu'une sagesse et un discernement nouveaux lui étaient transmis par la divinité tutélaire qui présidait à cet acte.
Procesiionversie Après ccttc ofifrandc, Taïri moa, un prêtre appar- "^**'* tenant à la famille des Tairi^ soulevait l'image d'Oro , et s'acheminait vers le rivage. L'Otou le suivait immédiatement, et derrière lui quatre chefs portaient le banc ou lit d'Oro. La foule se joignait à cette procession, précédée par les miro talwua^ prêtres revêtus d'un ornement particulier appelé tapaaou , formé par des feuilles de cocotier entourant le i)ras droit. Dès que le dieu apparaissait hors du temple, la multitude assemblée se retirait de chaque côté à une distance respectueuse et, laissait un grand espace vide. Les miro tahoua battaient du tambour et sonnaient dans leurs trompes marines pendant le trajet du temple au rivage, où se trouvaient les pirogues sacrées destinées à l'accomplissement de nouveaux rites.
Bain de poiou. L'image d'Oro était placée sur une de ces pirogues. Les prêtres et les joueurs d'instruments se groupaient autour d'elle, tandis que les chefs entouraient l'Otou étendu sur le grand lit d'Oro placé au bord de la mer. Au bout de quelques instants, il se levait de son siège et s'avançait dans la mer pour se baigner; en même temps le grand prêtre descendait dans l'eau en tenant à la main une branche du
wero sacré, arbre qui croissait dans l'enceinte du temple, et, pendant queTOtouse baignait, le prêtre le frappait sur le dos en récitant un ovbou ou invocation au dieu Taaroa : cette cérémonie avait pour but de délivrer FOtou de tout mahourou hourou, de toute souillure dont il aurait pu être «atteint , ou, d'après le sens littéral de l'invocation , de toute action coupable commise en s'approprîant injustement des terres , en bannissant sans raison certains individus ou.en commettant des meurtres (1).
Après cette ablution, TOtou et le grand prêtre Excursion sur montaient ensemble dans la pirogue sacrée ; et là , en face de la multitude couvrant les alentours, en la présence du terrible dieu Oro, les prêtres le ceignaient du Maro Oura ; ils prononçaient en même temps un oubou commençant par ces mots : Faaa tea te arii i tai i motou tabou; Que la puissance de Tarii s'étende par delà les mers à l'île sacrée. Ce récitatif décrivait aussi la nature des droits conférés par cette ceinture, et se terminait par les mots: Madoua teïe a oe ate arii; C'est ton parent, ô arii : qui dans la phraséologieindigène, indiquaient que le pouvoir de l'arii dérivait des dieux (2); à la fin de l'invocation, l'Otou devenu arii-rahi était conduit sur le devant de la pirogue pour le montrer au peuple. Aussitôt la foule, rassemblée sur la plage, groupée
(1) Ellis, Polynesian researches^ tome U, page 356 et 357.
(2) Ellis , Polynesian researches , tome U , page 357. M. Moerenbout , ajoute qu'on posait sur la tête du chef le taou mata^ insigne de la souveraineté.
sur les hauteurs ou entassée dans les pirogues, levait en Tair la main droite, et saluait spontanément l'arii-rahi d'une immense acclamation : Maeva ariiy maeva arii; Salut à l'arii. Sur-le-champ, la pirogue sacrée se dirigeait au large et conduisait vers les récifs le dieu et le nouveau souverain, suivis des cris incessants maeva arii, s'étendant des pirogues qui suivaient le cortège royal aux spectateurs qui n'avaient pu quitter la plage. Derai-dicux Pendant cette excursion , ou pendant le bain qui
requius. ^ ^ *- *
la précédait, deux requins, espèces de demi-dieux, nommés toou et mao taoui (1), venaient d'après les ordres d'Oro rendre hommage et complimenter en quelque sorte , le nouveau souverain sur son avènement. Cette démonstration des requins demi-dieux avait inévitablement lieu, lorsque le chef élevé à cette haute dignité y était appelé d'une manière légitime, et avec la sanction des pouvoirs surnaturels. Retour au maraï. Au rctour dc ccttc coursc sur mer, l'arii rahi se plaçait derechef sur le papa rahi o rouea, la couche sacrée d'Oro. Il appuyait sa tète sur un oreiller de bois sculpté avec soin et nommé ouroua tafeou, Toreiller sacré de Tafeou. La procession se reformait dans Tordre qu'elle avait suivi en venant au rivage, et se dirigeait vers le tabou tabou aiea , le grand maraï national. Tdiri moa portant l'image d'Oro ouvrait la marche , et l'arii-rahi couché sur le banc sacré le
(1) M, Moerenhout les nomme atoua mao, dieux requins. /^oya^e aux Iles du grand Océan , tome II , page 358.
HISTORIQUE. SiS9
suivaîtporlé sur les épaules des prîncîpcaux chefs, parents de la famille régnante. Lès prêtres continuaient à battre du tambour et à souffler dans les conques de triton , tandis que le peuple ne cessait de pousser des cris de joie sans fin. Cette fois il était admis dans l'intérieur du maraï , où la couche du chef était déposée sur une plate-forme de pierres, au centre de YouroUj barrière de bois sculpté, érigée en Thonneur des chefs morts, dont les ossements étaient placés près de là. L'idole principale, celle d'Oro, et l'idole de son fils Hiro, étaient placées à côté du souverain. Ces divinités et le chef recevaient alors l'hommage du peuple. Cet hommage était de la nature la plus singulière. Le missionnaire Ellis, après en avoir fait mention, ajoute qu'un voile doit être jeté sur les désordres qui terminaient cette cérémonie; mais M. Moerenhout indique la nature de cette dernière portion de l'investiture. Elle était composée de danses et de représentations de la plus ignoble licence et de la plus grossière obscénité. Des individus des deux sexes, dans une nudité complète, s'efforçaient de toucher Tarii-rahi et delecouvrir deleursexcréments. Cette scène incroyable s.e prolongeait jusqu'au momept où les prêtres donnaient le signal de la retraite et annonçaient la fin de la cérémonie, au son des tambours et des conques marines. Le Maro-Oura, porté seulement ce jour, était déposé dans le maraï , et les pirogues sacrées étaient retirées à terre. Le souverain retournait alors dans sa demeure, accompagné de ses parents. L'arii et les chefs prenaient ensuite part
à de grands festins. Un grand nombre de cochons étaient tués dans ces occasions, et d'immenses quantités d'étoffe de mûrier étaient distribuées en cadeau • A la consécration de Pomaré II , les réjouissances, les heivas^ danses ou représentations scéniques durèrent plus de deux mois (1) ; la quantité de vivres de toute nature consommés dans ces fêtes fut prodigieuse , et plus d'un chef perdit la vie à la suite des excès qu*il avait commis dans cette occasion.
Hommageduchef Pendant Ics cérémonics du temple, Motouaro, chef d'Eiméo , fut le premier à rendre hommage a Pomaré II. Il avait apporté avec lui trois victimes humaines dont les yeux furent offerts dans la fornoie décrite plus haut, par le prêtre Mani-mani (2), dont le nom apparaît pour la première fois dans le cours de cette histoire, ou il est destiné à se répéter souvent.
Invasion projetée L'avéuemont dc Pomaré II devait dépouiller son
du Taïrabou. , i i» . -. r 5.1 •. f • j^ ^«
pere de 1 autorité qu il avait conservée jusqu a ce moment j cependant , il paraît qu'en raison du jeune âge de l'arii-rahi , il continua d'exercer le pouvoir de régent ; car aussitôt après la cérémonie de l'investiture, il dirigea les préparatifs d'une attaque contre Taïrabou , sous le prétexte que les chefs de cette presqu'île avaient fait un mauvais accueil au
(1) Wilson,^ missionary voyage ^ etc., page 321; (2} Manne-manne de Wilson ; Haamanimani de Moerenhout ; Hanamiaï d^EUis.
pavillon du vea lorsque cet envoyé avait été requérir l'île entière à faire acte de soumission envers le nouveau souverain. Té-maré joignit ses forces à celles de Pomaré dans cette entreprise ; les marins du Bounty furent engagés à y participer; ils agréèrent à cette demande , et dès le 21 mars 1791, ils se mirent en route sur leur schooner pour rejoindre à Papara les forces de Pomaré qui s'y concentraient (1).
Malheureusement pour les projets de Pomaré, ^^]^ deux jours après, la frégate Pamfora, commandée par ^^^^^ Pandora. le capitaine Edwards , arriva à Matavaï avec la mission de saisir les mutins du Bounty qui se croyaient désormais sûrs de leur impunité, ne pouvant penser que, Bligh eût échappé à une mort presque certaine. L'enlèvement de ces précieux auxiliaires fut un coup terrible porté à la puissance de Pomaré ; l'âme de ses conseils et l'intrépide exécuteur de ses projets , le Suédois Brown, l'abandonna en même temps pour retourner en Europe, et Hete-Hete, cet insulaire familiarisé avec Tusage des armes à feu, se réfugia sur l'île Bora-Bora, sous l'impulsion d'une appréhension fondée sur le changement qu'il pressentait dans la position de Pomaré, privé des secours des Européens. Ce chef lui-même éprouva de grandes inquiétudes; il abandonna le séjour deTaïrabou, où il résidait depuis longtemps , pour venir à Pari ; craignant les effets de l'inimitié de ses adversaires après le dé-
(J[) Wilson , A missionary voyage in ihe ship Duff. Prelimi nary discourse , pages 31 et 33.
part des Anglais, il manifesta le désir de quitter l'île avec toute sa famille; mais le capitaine de la Pandora n'ayant pas accédé à ses désirs, il annonça son intention de chercher un refuge sur les Iles voisines. Cependant, son frère Oripaïa et quelques autres chefs triomphèrent de son désespoir et lui rendirent un courage qu'il avait perdu- Quoiqu'il continuât d'être toujours en de très-bons termes avec Idia , ils étaient séparés de corps depuis longtemps et môme il venait de contracter une nouvelle union avec une jeune sœur dldia nommée Waïridi.
Mort Au commencement de l'année d792, vers le mi-
ojuaro. j.^^ ^^ ^^.^ de janvier, Motouaro, chef d'Eiméo
Janvier i792. n . i ,
et beau-îrere de Pomare, succomba à une courte maladie. Celui-ci profita de cet événement pour quitter momentanément Taïti ; il fixa pendant quelque temps son séjour à Eiméo, qu'il gouverna en qualité de régent au nom de l'enfant (1) de Motouaro, seul héritier de ce chef. Le séjour des Anglais avait tellement consolidé Tautorité de Pomaré, qu'il n'avait reçu aucun échec immédiat après le départ de ses auxiliaires du Bounty; son influence avait même reçu quelque accroissement; un chef de l'île Ouahine , nommé Motouaro, comme celui d'Eiméo, reconnut là suprématie du gouvernement de Taïti; il vint résider à Matavaï où il demeura assez longtemps.
(1) VVilson le désigne dans nn endroit comme une fille et dans un autre comme un fils.
Pomaré, revenu de sa frayeur, passa d'im extrême à l'autre, et songea à saisir la domination absolue de tout l'Archipel. Déjà , il était maître d'Eiméo et de la majeure partie de Taïti, Le chef d'Ouahine avait fait acte de soumission , et lepouvoir du célèbre Pouni sur les autres îles était ébranlé par de fréquents soulèvements. Pomaré rallia à ses projets tous les mécontents des îles voisines , au nombre desquels se trouvait le grand prêtre Mani-mani , ancien chef de Raïatea selon M. Moerenhout (4), successeur du chef Pouni au gouvernement de Raïatea et de Ta ha , d'après Wilson, qui ajoute que ce chef était le frère d'Oberî-roa, mère de Pomaré, et que Cook l'avait connu à Raïatea sous le nom de Toutaha (2). Manimani désignait pour héritier de ses droits sur les iles de la Société son neveu Pomaré II, quoiqu'il ne parût pas à Wilson que l'autorité de ce vieillard fût assez grande, non-seulement pour assurer cette possession à son héritier, mais encore pour en jouir lui-même. Il était même probable qu'il avait été expulsé du pouvoir soit par ses sujets^ soit par les habitants de Bora-Bora (3).
(1) Moerenhout , Voyage aux îles du grand Océan ^ tome n , page 423.
(2) Wilson, Voyage , etc. Preliminary discourse , page 25. Il est à remarquer que quelques pages avant , Mani-mani est désigné, par erreur sans doute , comme le frère d'Idia, femme de Pomaré. Voir page 18.
(3) Mani-mani demanda souvent à Wilson, en 1797, d'attaquer avec ses canons ses sujets révoltés depuis plusieurs années, et voici l'extrait d'une de ses conversations sur ce sujet. Le capitaino
38i ESQUISSE
Quoique Hap^ï fût encore à cette époque plein de vigueur et d'activilé^ Ponaaré désigna son frère Weidoua, pour gouverner le district de Pari , poste important à cause du voisinage d' A ttahorou, foyer incessant de rébellions. Cependant, il parait que pendant ce temps, le chef Potatou resta fidèle à son sus&e*rain, et que Tile entière jouissait des bienfaits de la paix. Mais cette tranquillité ne fut pas de longue durée; le jaaufrage du navire anglais Maîbilda destiné à la pêcbe de la baleine , fut la cause première de nouvelles divisions intestines. Il semblait que chaque apparition des Européens dans nie devait amener des troubles à sa suite. L'équipage, après avoir échappée la perte du navire, vint dans ses embarcations , sous la<conduite du capitame Wealherbead , chercher un refuge à ïaïti , où il avait séjourné déjà quelques jours, au moisde février 1792. Les naufragés abordèrent à l'extrémité mérrdionale du district d'Altahourau , où, loin de leur faire bon accueil , les natiirels les dépouillèrent entièrement. Dévasution du La coudutte dcs àabitants d'Âtlahourou , dans
district ^. • /» i «« /«- i
d'Aitohourôu. ccttc Circonstance , fut la cause d un conflit entre îes 1793. chefs de ce district et Pomaré, qui prit parti pour
anglais lui ayant dit qu^étant chargé d'une mission de paix, il ne pouTait combattre que pour sa propre défense , sans jamais être agresseur , il lui conseillait d'attendre Parrirée d'un narire de guerre. — Mais je serai mort d'ici-là , s'écria Mani-mani. — Eh bien, votre héritier prendra votre place et saura reconquérir vos droits. — JTaimerais mieux voir cela avec mes propres yeux , s'écria le vieux chef presque aveugle déjà , avec une vivacité qui dénotait sa mauvaise humeur.
les Anglais, soit pour venger ses amis, soit pour partager leurs dépouilles, supposition assez naturelle pour ceux qui ont quelque expérience des dispositions des chefs sauvages. Quoi qu'il en soit, la dévastation de quelques portions du district d'Attabourou fut la conséquence du pillage exercé sur les marins de la Matliilda. Lorsque Bligh reparut une nouvelle fois à Taïti , le 7 avril 1792 , avec les navires ta Providence et l'Âssisiancej noms qui rappelaient la miraculeuse délivrance de ce marin ^ il intervint dans ces débats, et il rétablit la paix en aplanissant les obstacles qui s'y opposaient. Une ré- 4>onciliation solennelle, cimentée par des sacrifices humains, fui opérée entre les districts belligérants (1).
La plupart des marins de h Mathilda s'éloignèrent à la première occasion de l'île; cependant, trois d'entre eux, Butcher un Écossais, O'Connor un Irlandais et un juif, suivirent l'exemple de deux déserteurs du navire Dœdalus, Andrew Cornélius Lind, né à Stockholm, en 1567, et Peter Haggerstein , né dix ans plus tôtà Elûnsors , dans la Finlande suédoise, qui s'étaient fixés à Taïti. Ces cinq individus, nés sur des points éloignés du globe, jetés sur cette plage par le hasard, devaient jouer un certain rôle dans les événements qui vont suivre.
(1) Wilson , A mUsionary Voyage in the $hip Duff. Prelminary discourse , page 2i.
Wbano.
août 1T93.
Tcniativedo La première guerre qui suivit Tétat de paix établi en quelque sorte sous la garantie de Bligh, eut lieu en 1793. Elle prit naissance dans la tentative d'un chef nommé Whano, pour s'emparer du district de Wapaïano, qui appartenait à Weidoua. La tentative de Whano n'était pas un mouvement isolé; il avait pour lui presque tous les chefs de la partie nord-est de mie, et ce chef, pour prévenir la réunion des forces de Pomaré, qui ne pouvait manquer de prendre parti pour son frère, résolut d'agir par surprise ; mais ses projets ne furent pas tellement secrets que Pomaré n'en fût pas instruit. Il se prépara sur-lechamp à la guerre; Andrew Lind, Peter Haggerstein et le juif , se joignirent à lui; ils se disposaient à ouvrir la campagne, lorsque Whano envoya un messager déclarer la guerre , et un jour ou deux après, il envahit le territoire de Matavaï(i). Idia, qui se trouvait dan3 la partie orientale de ce district, faillit être surprise par l'invasion des ennemis. Ils la poursuivirent de très-près jusqu'à la rivière Haahonou, où elle se précipita pour aller se mettre hardiment à la tète des forces de Pomaré, placées sur l'autre rive. Un guerrier ennemi se jeta aussitôt après elle dans la rivière, et allait la frapper d'un coup mortel lorsque Peter courut à lui , le repoussa d'abord, puis finit par le tuer au moment où d'autres ennemis accouraient à son aide.
(1) Wilson, J missionary Foyage, etc. Récit des missionnaires, page 180.
Combat de Wapaïano.
Ce premier échec suffit pour faire opérer un première défaite mouvement rétrograde à la troupe de Whano; un autre homme ayant été tué au moment où il épiait derrière un arbre les mouvements de Pomaré , la débandade fut générale. Tous les gens de Whano , en proie à une panique complète, prirent la fuite dans la plus grande confusion ; deux autres hommes furent tués dans cette déroute, et Pomaré rentra vainqueur dans ses domaines de Matavaï, Pari et Tettaha.
Cinq ou six jours plus tard , Pomaré rassembla de nouveau ses guerriers et entra dans le district de Wapaïno. Whano et les siens ne tentèrent même pas de résister; ils s'enfuirent dans les montagnes; une femme fut la seule victime de cette attaque. Cependant trois jours après , ce chef ayant repris courage ou ayant été poursuivi dans ses derniers retranchements, il renouvela le combat, qui se termina encore à l'avantage de Pomaré, et cette fois il fut plus meurtrier. Vingt-cinq guerriers y perdirent la vie ; nombre considérable à une époque oùTintroduction de quelques armes à feu avait presque entièrement aboli les combats corps à corps. Cette victoire fut non-seulement fatale au parti de Whano, mais encore elle mit toute la parlie orientale de Taïti sous la dépendance absolue de Pomaré.
Ce succès ne réduisit pas cependant tous les adversaires de Pomaré à l'impuissance. On doit re- geptembïe 1793 marquer que , dans les dernières hostilités, Té-maré ne prit pas le parti de son ancien allié, et bientôt
Gaerre d'Attahourou.
on le voit, sans que la cause en soit connue^se joindre à ses ennemis. Waïtoua, cinquième du nom, faible enfant, gouvernait Taïrabou; Té-maré, la partie méridionale de Taîti, et le jeune Toouha le district d'Attahourou. Pomaré prédominait sur le reste de rUe. Waïtoua et Té-maré s'allièrent dans le but d« renverser le pouvoir de Pomaré. La levée de boucliers de Whano était-elle un prélude à des hostilités plas grandes ou le résultat de la ligue des principaux chefs de l'île, c'est ce qu'il est difficile d'affirmer; mais il parait certain qu'un mois après le combat de Wapaïano , la guerre éclata de nouveau , el eut cette fois pour théâtre le district d'Atlahourou. Le jeune Toouha, entièrement dévoué à Té-maré, désirait garder la neutralité dans ces débats ; mais Pomaré le força de joindre ses forces aux siennes et à combattre contre ses amis.
uîhSîrou. Té-maré, au moment d'engager la lutte, encouragea ses partisans et ceux de Waïtoua placés sous ses ordres, en leur disant que leur nombre était supérieur à celui de leurs antagonistes, et qu'ils possédaient aussi bien qu'eux des armes à feu , des munitions et des^ Européens pour auxiliaires. En effet , O'Connor et Butcher, les deux marins de la Mathilda combattaient pour lui, tandis que les deux Suédois et le juif s'étaient mêlés aux rangs opposés. Pour la première fois les Taïtiens virent des Européens, divisés d'opinion ou d'intérêt, embrasser des causes différentes et les débattre à main armée. Le premier jour où les deux troupes se trouvèrent en
d'Altahoarou.
HiSTOftIQUE. 39&
ppésence, se passa sans engageaient sérieux. Des deux côtés les indigènes étaient remplis de frayeur; ils redoutaient tellement ractian des mousquetsy qu'ife ne cessaient de se groupe? autour des Européens en qui ils plaçaient toute leur confiance pour le gain de la bataille, mata dont ik gênaient les mouvements.
Le seeoné ioup les hostilités commencèrent en^ Mon d'Amo.
J Victoire
fin; mais, dès le début, les guerriers deToo^Jiai doPomaré. placés en tète se débandèrent , et leur exemple entrakia ceuK de Pomaré; heureusement pour celi»i-»ci , Peter, Andvevf et le juif, maintiinrent leur positicMi ; ils arrêtèrent et repoussèrent les^ assaillants h coups d6 fttsîK Ils tuèrent quatre hommes, farmi lesquels se trouvait Amo» père de Té-ma«é<. Ce malheureux chef devait subir jusqu'au bont la fhtale influence de» Européens. Yingt^inq ans. auparavant,^ l'arrivée dieWalli» avait amené la décadence de son pouvoir, et maintenant les armes à feu lui enlevsâent Fexistenee. ButcheretQ'Gonnor, entralnésdansla déroute de leur parti , di^rent songer à la fttite pour sauver leur vie , et dès lors le gain de ht bataille appartint à Pomaré, qui s'était éloigné, éperdu, dés le commencement du mouvement rétrograde des gens de Toouha ; il fallut le chercher longtemps pour lu apprendre le succès de ses armes; on le trouva enfin étendu sur le sol, accablé de cfêsespoir et de peur. Il ne voulut pas croire à la bonne nouvelle qu'on annonçait, et resta longtemps encore sans mouve-^ ment, tellement, dit Wilson, il y avait peu de cou
rage chez ce chef victorieux à son insu; Les partisans de Té-maré cherchèrent, comme d'habitude, un refuge dans les montagnes. Un de ces hommes poursuivi avec acharnement parvint à gagner un précipice, où il parvint à se défendre, à l'aide de grosses pierres, contre une nombreuse troupe d'ennemis. La dextérité et le courage de ce guerrier ont consacré la mémoire de cet épisode dans les traditions populaires.
Assujeitissement La conséquenco immédiate de ce combat fut l'as- Té-maré. sujcttissement complet de Té-maré; le grand maraï de Papara fut remis aux mains de Pomaré , qui fit en même temps élever dans chacun des districts de l'île, des cases occupées constamment par des gens de sa suite; ces demeures étaient autant de signes apparents de sa domination; elles témoignaient de la puissance de leur propriétaire, et chaque fois que les naturels passaient devant elles, ils se découvraient les épaulés en témoignage de leur respect pour lesouveraîn. Cependant, Té-maré conserva encore un pouvoir assez étendu; on lui laissa la jouissance de ses possessions patrimoniales. A cette époque , il entra dans le sacerdoqe ; il en remplit ies plus hautes fonctions 9 et plus tard on le désigna sous le nom deTaatano teatoua, l'homme des dieux. Le jeune Toouha ne fut pas aussi heureux. La fuite inopinée de ses guerriers, le jour du combat , lui fut imputée comme une trahison qui devait donner la victoire aux ennemis; il fut dépouillé de ses biens; on lui
enleva le gouvernement de son district, et il fut réduit à aller chercher un asile à Papar^, près de Témaré, où il vécut sous le poids de la condamnation des vainqueurs. Vaïtoua s'enfuit dans sa péninsule, où il espérait de pouvoir se maintenir,* mais bientôt Pomaré dépassa l'isthme à la tête d'une nombreuse troupe , il envahit les domaines de l'Arii-navao-roa sans coup férir, et le réduisit comme Toouha , à une condition inférieure. Il retourna ensuite à sa résidence, dans le district de Pari (1). Le plus jeune frère de l'Arii-rahi fut nommé chef de la petite péninsule, sous la tutelle de son oncle Oripaîa.
Toute l'île reconnaissait désormais la domination Guerre d'Eiméo. de la famille Pomaré , après une lutte de plus de ^^^w à tm. vingt ans. Sans l'appui constant des étrangers, elle n'eût jamais atteint cette haute position, car Pomaré
(1) Le récit de Wilson présente une contradiction assez difficile à résoudre . Dans son discours préliminaire il mentionne q^e lors du passage de Vancouver à Taïti (du 27 décembre 1791 au 24 janvier 1792) Pexpédition contre Taïrabou avait eu lieu et que le jeune fils de Pomaré avait remplacé au pouvoir Waïtoua, tandis que dans le cours de Pouvrage , il indique diaprés le dire de Peter Haggerstein qui avait pris part à tous ces conflits , les événements dont nous venons de parler, à la date de 1793. Nous avons suivi cette der^ nière indication , parce qu'elle présente des détails plus nombreux et plus certains que ceux du discours préliminaire ; Peter Haggerstein affirmait que Pinvasion de Whano avait lieu cinq mois après son arrivée sur le Dœdalus en février 1793. Cependant, on doit observer que la première date coïnciderait mieux avec les détails empruntés à M. Moerenhout sur la remise du district de Papara. Si on l'adoptait , il faudrait faire remonter à l'année 1791 les dates que nous avons données à l'invasion du district de Wa« païano , au combat d'Attahourou et à la soumission de Taïrabou.
Esotiisse
Soumission d'Eiméo.
Prospérité de Pomaré.
n'avait pas les qualités dtun conqu^ant. Si son cearage ne répondait pas à son ambition , du moins il savait conserver la mémoire des injures qu'il avait reçues , et tôt ou tard il en tirait vengeance. C'esii à ce motif, à dé&ut d'autre» renseignements, qu'il feut attribuer sans doute la guerre qu'il déctera à Eiméo vers Tannée iTO4 , la date n'est pas biai précisée. « Il voulait se venger, dit Witeon ^ des habitants qui avaient ravagé Matavaï dans les guerres de 4783 et de 1773(1). *
La sœur aînée de Pomaré, Wairidi-Aohou ^ veuve de Motouaro, qui gouvernait l'île au nom de son en^ fant , tenta de s'opposer à cette invasion ; mais après un combat où sept hommes d'Eiméo furent tués,. elle fut obligée de se soumettre aux volontés du vainqueur. La tutelle de son enfant lui fut enlevée; on la confia à Idia et au grand prêtre Mani-mani, désignés pour gouverner L'Ile au nom de Pomaré. Wairidi-Aohou reçut en eompensatioa la propriété d'une fraction de la partie orientale du district dte Matavaï, nommé Ahounou. Elle épousa, quelque temps s^rès ^ un chef nommé Maouroa^, homme de médiocre influence, maïs très-intelligent et qui poBrsédait aussi quelques terres dans le district de Part. Plus tard, le rôle de ce chef grandit lorsque la fille de sa femme et de Motouaro épousa l'arii-rahi, Pc-mare IL
Ainsi, dit Wilson, Pomaré, FOtou de Cook, auquel (I ) Vf ilson , Ami89i(mary' Foywge, etc., page 1 S2.
HISTORH^UE. 408
les Anglais avaient prêté un si grand appui contre ses ennemis, et qui s'était, à différentes époques, trouvé dans des situations # précaires ^ qu'eflfrayé pour sa sûreté, il avait supplié à plusieui^s reprises les Européens de Temmener, était enfin parvenu à étendre son pouvoir au delà de tout ce qu'il pouvait espérer, et cela, sans faire preuve de courage ou de lalents supérieurs à ceux de ses ennei»is. Son pouvoir était désormais si bien établi, que nul n'aurait osé le contester.
Noustoucbans à l'époque de Taf pari lion des pre- Faits historiques miers naissi^nnaires aagfais dans TOcéanie; mais *de^4"rchf ef * avant d'esquisser les principaux traits des événemeats de celte époi^e, nous nous arrêfcerons pour rassembler les renseignements épars et incomplets de i'histoire des autres îles de l'Archipel, que nous n'avons pu> intercaler dans le courant de notre narration; nous les conduirons à la même date, celle de l'année 1797.
Les faits relatifs à l'histoire d'Eiméo se résument "© E»m«o en entier dans ceux que nous avons déjà mentionnés. Cette île, placée en raison de son voisinage sous la dépendance de Taïti, paraît toujours avoir été associée à sa fortune; les contre-coups des agitations politiques de la Grande-Terre avaient presque toujours un retentissement eertain à Eiméo, où les chefs rivaux s'appuyaient tour à tour sur l^influence
des factions prédominantes à Taïti , pour atteindre l'accomplissement de leurs vues.
Les renseignementsfque nous possédons sur les autres îles de l'Archipel , rarement visitées par les navigateurs, sont encore plus obscurs et moins précis- La seule tradition importante qui surnage dans le passé, est celle qui se rattache aux conquêtes de Pouni ,. chef de Bora-Bora. L'origipe de ces guerres paraît avoir été fortuite, et l'élévation de Pouni résulta d'une division qui éclata entre les autres îles du groupe, itesïuïatcaei Lcs îlcs contiguës de Raïatea et Taha, dit le missionnaire Ellis , vécurent longtemps dans une union parfaite; les indigènes les nommaient les deux sœurs , soit en raison du rapprochement de leurs rives, soit à cause de l'étroite amitié qui les unissait. Raïatea prédominait cependant ; elle était nonseulement l'île la plus importante du groupe nôrdouest par sa situation centrale et son étendue, mais elle avait encore une grande célébrité dans les légendes religieuses. Son nom se rattachait à la création des hommes et aux désastres d'un déluge mentionné par ces traditions. Ses rives étaient célébrées dans les chants sacrés des indigènes, comme le berceau de leur mythologie , le siège des oracles et la patrie des hommes inspirés, dont les prédictions guidèrent le peuple pendant plusieurs générations. Elle était intimement liée aux événements politiques et religieux de l'Archipel entier. La race humaine y avait pris naissance, et c'était là aussi queretour-
naîent les hommes après la mort(l). Raïatea^dit Cook, fut autrefois le siège du gouvernement de cet archipel. En effet, la famille régnante de Taïti descendait de celle qui régnait à Raïatea avant la dernière révolution (2).
Ouahine et ses annexes , Toubouaï-manou , sou- «es ouahine mises à son gouvernement (3) étaient admises dans Tai>o«aï-n»«no"l'alliance de Raïatea et de Taha , mais dans une moindre intimité. Bora-Bora seule restait à l'écart, avec l'île Maouroua qui dépendait d'elle.
Les premiers habitants de cette île furent des n\al- Bora-Bora faiteurs bannis des autres terres de l'Archipel (1). Maouroua. Leur nombre s'accrut avec le temps et ils acquirent bientôt une grande réputation de bravoure et devinrent la terreur de leurs voisins. D'Urville ajoute aux indications qui précèdent, les détails suivants. Deux chefs habitaient les deux côtés de la baie Fanouij et l'île entière de Bora-Bora vivait tantôt en paix, tantôt en guerre avec les peuplades voisines , quand le chef Pouni parut ; il réunit d'abord dans une seule main la souveraineté de l'île (5), et, à en juger par l'âge de Mai , le passager de Cook, on peut fixer vers Tannée
(1) Ellis, Polynesian researches, tome II, p. 13.
(2) Cook, Troisième F^oya^e , tome V, page 300. Éd. de 1811. Paris.
i3)Wilson,/f missionary Voyage^ etc. Preliminary discourse, page 37.
(4) Wilson, J missionary royage^etc, Preliminary discourse, page 4 1 .
(5)l)1Jrvine , Foyage pittoresque , tome I ,page 540.
1760, l'époque où commencèrent les guerres qui rendirent Pouni célèbre.
Ligue de Taba A uuc époquc qui u'cst pas précisée, ri arriva que Bora-^ra. Xaha ayant des sujets de mécontentements contre "^^' Raïatea , forma une ligue avec Bora-Bora contre les îles ses anciennes alliées. Pouni, soit qu'il eût provoqué cette démarche , soit qu'elle fût indépendante de sa volonté , s'empressa de saisir cette occasion d'agrandir son pouvoir et se prépara à attaquer Raïatea. Une femme inspirée encourageait la population de Bora-Bora à cette guerre , en présageant une victoire complète. Pour donner une preuve de la certitude de ses prédictions, elle demanda qu'on envoyât un homme à un endroit désigné par elle, où les dieux devaient manifester leur volonté , en conduisant dans sa main une pierre qui s'élèverait d'elle-même du fond de la mer. En effet , un naturel s'étant rendu en pirogue au lieu indiqué , il allait plonger pour saisir la pierre promise, lorsqu'il la vit surnager sur l'eau et venir se poser dans sa main. Le peuple émervefllé par ce miracle ne douta plus du succès, et la pierre fut déposée dans un maraï comme un gage de victoire.
Combat naval de La guerrc fut aussitôt déclarée; les guerriers de Bora-Bora équipèrent une flotte qui ne tarda pas à rencontrer les forces réunies de Raïatea et d'Ouahine. Les pirogues étaient liées entre elles par des amarres, de telle sorte qu'elles ne pouvaient se retirer de la lutte. Le combat fut long et acharné, et malgré les prédictions de la femme inspirée y la flotte de Bora-
Bora eût été anéantie si les habitants de Taha» neutres jusqu'alors, ne fussent accourus à son aide au moment le plus critique. Ce secours changea la fortune de la journée ; les combattants de Raîatea et leurs alliés furent défaits avec un grand carnage.
Deux jours après , Pouni poursuivit le cours de ses d'OuâhSe. succès en envahissant Ouahine , qui ne pouvait opposer une grande défense en Tabsence de la plupart de ses guerriers; Tennemi s'en empara presque«ans résistance, mais il ne put empêcher un grand nombre d'habitants de courir à leurs pirogues et de se dirige v^s Taïti, où ils racontèrent leurs désastres. Leurs compatriotes et les habitants de Raiatea résidant dans cette àle^ furent émus au récit de cette invasion ; ils armèrent dix pirogues de guerre et se mirent sur-le-champ en route pour reconquérir Tindépendance de leur île et la possession de leurs terres. A la faveur d'une nuit obscure, ils débarquèrent jsans obstacle, et fondant à l'improviste sur leurs ennemis, ils en firent un grand massacre ; dès lors Ouahine fut rendue au gouvernement de ses anciens che&.
Raîatea fut moins, heureuse : elle subit le ioufi: du Assajetussement
'^ ^o de Raîatea
vainqueur, et bientôt Taha partagea son sort; après «* ^® t***** la défaite des flottes combinées de Raîatea et d'Ouahine , les chefs de Taha firent à leurs alliés de Bora- Bera ia proposition de partager le territoire conquis ; mais telle n'était pas Tiniention de Pouni ; il refusa de les admettre au partage; les hostilités ne tardèrent pas à éclater, et dans le cours de cette guerre
Taha fut subjuguée. Les deux îles sœurs portèrent la peine de leurs dissensions. Des chefs de Bora-Bora furent préposés à leur gouvernement, et les moindres guerriers de Pouni eurent en partage de grandes •étendues de lerre. Depuis cette conquête, ils eurent la réputation d'être invincibles dans l'esprit de leurs voisins; et telle était leur renommée qu'à Taïti même , on vantait beaucoup leur valeur. Ils passaient pour ne jamais lâcher pied dans le combat et pour battre toujours leurs adversaires à nombre égal (1). Leur origine et leurs exploits les faisaient comparer aux habitants du district d'Attahourou qui avaient aussi la même réputation.
Passagère cook. Pouni régnait déjà sur les îles Raïatea, Taha, Maouroua et Bora-Bora, lorsque Cook visita pour la première fois ces îles en 1769. La plupart des anciens chefs avaient été dépossédés et avaient cherché un asile à Taïti, où ils avaient été accueillis favorablement. Cependant Ourourou (Oorooroo), l'ancien chef de Raïatea , avait été confirmé dans sa dignité. Il conserva son caractère sacré; mais son pouvoir fut limité au district d'Opoa (2). Il visita Cook, enl773, accompagné d'une nombreuse suite de femmes (3), et
(1) Cook, Troisième Voyage y tome V, page 300 et suivantes. Éd. de 1811. Paris.
(2) G. Forster, A Foyage round the World , tome I, pages 392 et 402.
(3) Ses cuisses, dit Cook , mesuraient trente et un pouces de circonférence et sa ceinture cinquaute-quatre pouces. Deuxième Voyage 9 tome II, page 135. Éd. de 18t I. Paris.
1769 et 1773.
il paraissait jouir à cette époque d'une grande considération; mais déjà, en 1777, quoiqu'il conservât toutes les marques extérieures de Tautorité suprême, il n'habitait plus ses domaines et s'élait retiré à Ouahine. Parmi les chefs de Bora-Bora , qui s'étaient établis à Raïatea, on remarquait alors Oruwhera^ Herea, dont la corpulence dépassait les proportions ordinaires (1) ; Tootavaïy désigné sous le titre de taataareroy orateur ou homme instruit, qui expliqua aux Anglais le système religieux de l'île ; et enfin Oreo ou Orea^ chef du district deHamanenOy où se trouvait le mouillage. Ce dernier chef était un homme de moyenne taille , vigoureux et bien proportionné. Sa contenance indiquait une vivacité et une intelligence que sa conversation justifiait; sa femme ^ déjà avancée en âge, et son fils âgé d'environ onze ans en 1773, n'attirèrent que secondairement l'attention de Cook et de ses compagnons; mais sa fille Poyadona , âgée d'environ quatorze ans à la même époque, devint le sujet d'une mention spéciale dans leur narration. Elle se faisait remarquer surtout par la couleur très-blanche de sa peau. Ses traits n'avaient pas le caractère général de ceux de sa nation ; le nez surtout était très-bien fait, et ses yeux lui donnaient quelque ressemblance avec les Chinoises. Sa taille était petite ; son corps élégamment proportionné; ses mains étaient gracieuses au delà de toute
(1) For8ter,i^ Foyage round the fForld^ tome I , pages 392 et 394,
4i0 ESQUISSE
expression , seulement ses jambes et ses pieds étaient trop gros pour le reste du corps (1). En 1777, Cook retrouva Poyadoua mariée. Elle vivait sous l'égide de son père et de son frère, héritier présomptif du pouvoir. La beauté de cette jeune fentme faisait exception au type général des habitants de Raïatea. Ils étaient petits et d'un teint plus noir que ceux des tles voisines; ils paraissaient aussi avoir des mœurs plus licencieuses. Les femmes surtout, à l'opposé de celles d'Ouahine, étaient très-libres; ce qui, dit Cook, est peut-être la suite de leur dépendance de Bora-Bora. On y voyait peu de chefs subahernes , de sorte que le bas peuple n'était point retenu par ces pouvoirs intermédiaires, qui assurent seuls le maintien de l'ordre. Cependant la population, dit Forster, montrait une confiance et une familiarité que n'avait pas celle d'Ouahine ; en même temps elle n'était pa$ importune comme celle de Taïti.
Boba,^chef de L'île Taha uc fut visitéc que par les embarcations des navires de Codk. Elle expiait dans un asservissement complet les maux de la guerre qu'elle avait provoquée. Pouni y avait envoyé un délégué nommé Boba, qui la gouvernait en son nom. Ce chef vint visiter Cook pendant qu'il se trouvait au mouillage devant Raïatea , en 1774. C'était un grand et beau jeune homme, originaire de Bora-Bora et proche parent de Pouni. Il était destiné à succéder au pouvoir
(i) Cook, TYoiiième voyage , tome T , page 293. Êd« de 1811. Parif.
Taha.
d<3ce chef, dont Tunique fille , nommée Mai Wheruay lui était destinée en mariage. Cette jeune fille, renommée pour sa beauté, était âgée, en 1774, d'environ douze ans. — Al la même époque, Boba, membre de la Société desÀrreoys, qui préconisaient la pratique de l'infanticide, vivait maritalement avec Teina, jeune femme d'une grande beauté. Le dessinateur Hodges , attaché à la première expédition du capitaine Gook, retraça ses traits un jour qu'il la vit figurer dans un heivay représentation scénique donnée en l'honneur des Anglais (1). Le nom d'un autre chef de Taha est encore cité. C'est celui d'OtoA, vieillard qui accueillit de son mieux les ofiiciers de Cook (2).
Cook put s'assurer de la vérité des assertions du Toupaïa%i*<ie grand prêtre Toupaïa , son passager, qui prétendait ^*'' avoir été dépossédé de son rang et de ses biens par Pouni. En effet, lorsqu'il s'arrêta à Raïatea en 1769, les naturels confirmèrent le dire de Toupaïa, en montrant plusieurs Fenouas, portions de terres, qui lui avaient appartenu. Toupaïa, ainsi que Maï, cet autre insulaire qui partit, en 1774, avec Cook pour visiter l'Angleterre, étaient du nombre des indigènes qui s'étaient réfugiés sur les lies d'Ouahine et de Taïti , préférant l'exil à la soumission. Tous deux, en s'embarquant sur les navires
(1) Foir la planche. Cook , Deuxième voyage , roi. Il, page 408.' Éd. de 4 7 78. Paris
(2) Forster, A Voyage rounâ the Worlà^ tome I , page 414,
anglais, espéraient obtenir des armes à feu , qui leur auraient donné assez de pouvoir pour secouer la dépendance de Bora-Bora. Toupaîa aurait pu réussir s'il avait vécu, dit Forster, mais Mai n'avait pas Tintelligence assez développée pour acquérir les connaissances militaires des Européens, qui Feussent conduit à son but. Toutefois, l'idée de secouer le joug des maîtres de son pays était tellement fixe chez ce jeune insulaire, que toutes les distractions de son séjour en Angleterre ne purent l'en détourner entièrement. Il dit fréquemment, que si le capitaine Cook ne l'aidait pas dans Texécution de l'entreprise qu'il rêvait, il empêcherait ses compatriotes de lui fournir des vivres et des rafraîchissements. Ce ne fut qu'au moment de quitter l'Angleterre qu'on parvint à lui faire adopter des résolutions un peu plus modérées (1). A son retour, Maï avait envie de se fixer à Raïatea, où son père avait été dépossédé jadis de ses biens; mais il avait trop d'emportement et de fierté pour se soumettre à la domination des nouveaux maîtres de l'île , avec lesquels il aurait pu cependant vivre en bonne intelligence. Il se flattait que son protecteur Cook le rétablirait dans ses droits par la force, ce qui n'entrait pas dans les vues de ce navigateur, malgré l'intérêt qu'il portait à son passager. Maï, comblé de dons et de richesses , ne savait pas non plus se ménager, d'ailleurs, les moyens d'avancer sa fortune. Ses projets étaient toujours
(1) Forster, A Voyage romd, ihe World, tom« 1 , page 392.
grands et ridicules ; il gardait une profonde haine aux chefs deBora-Bora ; il ne respirait que vengeance et il n'était animé que du désir d*envahir le territoire de ses ennemis. Celte, idée élait la seule qui sourit à son imagination (1). C'est à cette impulsion qu'il obéit sans doute en se fixaut à Ouahine plutôt qu'à Taïti. Nous avons déjà indiqué sommairement dans la partie géographique, à la page 157, lés événements sans importance qui suivirent son établissement dans cette lie.
Le chef Orée gouvernait Ouahine, en 1769, lorsque Noms des chefs Cook y conduisit ses vaisseaux; il jouissait d'une haute considération ; le grand prêtre Toupaîa découvrit ses épaules devant lui , en lui adressant un long discours (2). En 1773 et 1774, ce chef régnait encore, mais seulement en qualité de régent au nom de son neveu Territeroa (3) (peut-être Te arii Taria^ qualification qui désignerait le titre plutôt que le nom de l'individu) ou Terncferi , selon la version de Cook, qui montre uneprédilection particulière pour ce nom souvent appliqué, dans son récit, à différents personnages. Ceten&nt, âgé à cette époque de dix à douze ans, paraissait le personnage le plus important de l'île. Ce fut à lui que revinrent la majeure partie des cadeaux offerts par les Anglais au vieil Orée. Ce chef, âgé en 1773 de cinquante à soixante ans, était un
(i) Cook, Troisième voyage, tqmeV , pages ;^83 et 291. Éd. de 1811. Paris.
(2) Cùok, Premier voyage y tome II , page 116. Éd. de 1811.
(3) Forster, J Foy âge round the World , tome I, page 375.
414 ESaiHSSC
homme maigre , adonné à un usage immodéré de la liqueur de l'ava. Ses yeux, d'un beau n<Hr , avaient perdu leur éclat ; ses paupières rouges et enflamnxées, les écailles blanches qui couvraient sa peau témoignaient desa passion pour l'ivresse. Il parut beaucoup plus indolent qu'au premier voyage » et ses facultés s'étaient obscurcies. En 1777, il vivait encore , mais il n'avait plus les rênes du pouvoir. 11 s'était retiré à Raïatea » en même temps que le chef Ouourou de cette île, axait sa résidence à Ouahine ; rien nedénote si ces changements ont été volontaires ou la oqnséquence de quelque mouvement populaire*
Te arii taria était devenu le chef suprême d' Ouahine, et sous lui les deux fils d'Oree, nommés Pouni et Toouka (1), étaient les premiers dignitaires de l'île ; les noms des autres chefs dont il soit encore fait mention sont ceux de Tmmua et de Momma , k tayo de Porster père (2).
Forster porte sur les habitants d'Ouahine ^ le jugement de Gook sur ceux de Raïatea. U les peint comme plus méchants que dans les autres iles » et il attribue le relâchement de leurs mcaurs à la laiblesse du gouvernement du vieil Oreo. Ces insulaires étaient cependant d'une belle race, plusieurs mesuraient six pieds anglais de hauteur; les femmes, plus belles qu'à Taïti, n'étaient pas aussi adonnées au vol.
(1) Cook, Troisième voyage , tome V, page 283. Éd. de 18U .
(2) Fowter, J Fayag^ romd the World y tcune^ I et II , pages 375 et 127.
Cook ne vi^ta Bora-Bwa qu'ea 1777 , mais déjà il avait vu Pouni à Rsuatea, dans son précédent voyage. Il dq[>eint comme un vieillard décrépit, Cupide 'y très -indolent et presque aveugle, ce chet^ terreur des tles voisines ; on ne reconnaît pas dans ce portrait le formidable coiiM)uérant de Raîatea. Lorsque Cook s'arrêta à Bora-Bora , il allait y eherchar une ancre laissée par Bougainville mi mouillage de Hidia , et qui avait été repêchée à Taiti, d'où elle était venue entre les mains de Pouni (4). Le navigateur anglais fit Tacquisition de cette ancre, et il remarquaque dans ce marché, Pouni refusa d'accepter aucun objet d'échange avant que l'ancre eût été livrée; à sa marque, elle avait pesé 700 livres au sortir de la forge, mais elle était privée de son organeau et de l'extrémité des pattes ; c'est pour ce motif que le chef de Bora-Bora avait refusé d'avance les présents , dans la crainte que Cook ne se repentit d'avoir offert une si grande valeur pour un objet défectueux (2). La délicatesse du procédé de Poimi est digne de remarque, car elle semble contredire les faits qui vont suivre.
Les narrations des voyages de Cook sont les seuls où l'on puisse trouver quelques traces des événements survenus dans ces tles; depuis cette époque , les notions de leur histoire deviennent très-vagues et sur-^
Portrait de Poani*
Déohéaneo de Poani.
(1) yfilaouy A misHonary voyage, etc. Preliminary diseourse , page 41.
(2) Cook, Troisième voyage y tomeV, page 299. Éd. de 1811. Paris.
tout très-confuses. D'Urville, qui visita Bora-Bora en 1822, sur la corvette la Coquille , a consigné dans son Voyage pittoresque, le résumé suivant des renseignements qu'il avait recueillis sur les lieux. Pouni, parvenu à l'apogée de sa puissance, à l'époque du passage des navigateurs anglais, avait amassé d'immenses richesses et fait bâtir le marai de Fahrepiti; mais, dès lors, sa fortune alla en décroissant*, son avarice lui fit des ennemis à Bora-Bora; la jalousie et la haine des maisons Mdi et Tefaoura entrèrent pour beaucoup dans cette décadence; il finit par être dépouillé de son autorité et de ses biens ; il fut réduit à l'étal de pçolétaire (1). MortdePouni. Dcs renseignements à peu près semblables, recueillis aux mêmes sources et dans les mêmes circonstances par M. Lesson , portent en substance que Pouni fut dépossédé de son pouvoir à la fin de s^ carrière, d'ailleurs fort longue, par une révolte des chefs de l'île, qui le déposèrent et le chassèrent, tant son avarice les avait révoltés (2). Quoi qu'il en soit^ ce chef mourut dans le laps de temps qui s'écoula entre le dernier voyage de Cook et l'apparition des navigateurs qui précédèrent l'arrivée du navire de Wilsoh, c'est-à-dire entre les années 1777 et 1791. Les territoires qu'il avait conquis furent alors divisés entre les différents chefs préposés à leur gouvernement.
(1) D'Urville, Foyage pittoresque^ etc., tome I , page 540. ' (2) P. Lesson , Voyage autour du monde tur la corvette la Coquille f tome Ij page 450«
D'après Wilson, les îles Raïatea et Taha échu- succettcuwde rent en partage au frère d'Oberi-roa, le grand prêtre Mani-Mani ; nous avons déjà dit que ce chef avait désigné pour son héritier Pomaré 11^ mais que son autorité ne paraissait pas assez bien établie pour que cette transmission pût s'opérer sans opposition. Il ne paraît même pas que les droits de Mani-Mani fussent incontestables, car il en avait été dépossédé, soit par ses sujets, soit par les habitants de Bora-Bora. Cette dernière île fut gouvernée, à la mort de Pouni, par sa fille Mat Wherm, conjointement, sans doute, avec le chef Boba de Gook , gouverneur de Taha , qui était depuis longtemps désigné comme le gendre et le successeur futur de Pouni.
Lorsqu'on 1791, le capitaine Edwards, comman- bou, chef de dant la frégate la Pandora, toucha à Bora-Bora à la recherche des mutins du Bounty, il y trouva pour chef principal, un naturel nommé Tatahou; l'identité de ce chef avec Boba n'est pas improbable, malgré la différence des noms, car, outre les modifications qu'ils éprouvent en passant par la bouche des Européens , il était rare que les indigènes conservassent longtemps la même qualification (1), ils changeaient fréquemment de nom , de telle sorte qu'il est souvent fort difiicile de reconnaître les mêmes individus à diverses époques, dans les écrits de
(i) Wilson, A miisionary voyage j etc. Preliminary diicoune , pages 4o et 41.
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diffiârents auteurs. D'Uryiil^ et M. Leston désignent sous un autre nom le successeur de Pouni ; le premier le nomme Tapouy et M. Lesson Tapae; et U est représenté comme le neveu , et non plus oomme le gendre de Tancien chef de Bora-Bora.
Combat Ces indications peuvent à la rigueur s'appliquer
au chef nommé Boba par Forster ; mais dans ce cas, le fait de la succession n'est pas bien établi ; car Tapoa, dit d'Urville, réussit à ressaisir quelques propriétés de son onde ; il porta ses arnties victo* rieuses sur Ouahine» Taba et Raiatea ; il fixa sa résidence sur cette dernière Ue^ où il médita de reconquérir Bora-Bora , et à venger la mémoire de son oncle. Il eut assez de puissance pour rassembler une armée composée d'insulaires de Raiatea » d'Ouahine et môme de Taïti, qui allait à près de quatre mille hommes. Bora-Bora n'avait que neuf cents guerriers à opposer à cette invasion ; mais ils ne désespérèrent pas de la victoire; ils renfermèrent leurs femmes et leurs enfants dans un pari , et fortifièrent les points les plus faibles et les plus accessibles de l'île. Tapoa, après avoir pris lerre à la baie d'Anao sur le revers oriental de Bora-Bora, marcha à l'assaut des fortifications qui furent bravement défendues. Les assaillants échouèrent et perdirent uii Anglais leur auxiliaire; furieux de cet échec, ils ravagèrent la baie de Fanoui^ mais pendant ce temps les guerriers de Bora-Bora sortirent de derrière leurs retranchements et engagèrent un combat dans les plaines de Tahou rai, où Tapoa et son parti eurent
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le dessous. Us se r^irèrent sur-le-champ sur les pirogues qui les avaient amenés, et retournèrent à Raïatea(l).
Ces notions imparfaites établissent Télat politique Etit poiuiqae de rArchipel entier, vers Tannée 4797, de la ma- l'Archipei. nière suivante ; Taïlî, y compris Taïrabou, Eiméo, Maïtia et Tétouaroa , reconnaissaient la domination de Pomaré. Ouahine et Toubouaï-Manou avaient reconnu sa suprématie (2). Manl-Mani avait désigné Pomaré II pour son successeur , lorsqu'il vint chercher un abri près de lui en fuyant ses sujets révoltés de Raïâteaet de Taha.Bora-Bora,MaourouaetMolou-iti, restaient seules tout à fait en dehors de l'influence de Pomaré. D'après M. Moerenhout cependant, sous le rapport politique, Taïti était souveraine; par son étendue, sa richesse, et le nombre de ses habitants, elle l'emportait tellement sur les autres îles qu'elle était toujours le foyer des grandes querelles; en tout' temps ces dernières s'en reconnaissaient vassales, et faisaient profession de soumission à cette métropole de TOcéanie (3).
Telle était à peu près la situation politique de . TArchipel , lorsque les missionnaires anglais apparurent dans ces mers.
(1) D^UrvUle , Foyoje pittoresque , etc., tome l , page 540.
(2) Wilson,-^ missionary voyage, etc. Preliminary discourse, page 38.
(3) Moerenhont, Foyage aux îles du grand Océan , tome II , page 509.
dans rôcéanie.
Ap^ritton II n'entre pas dans nos intentions, nous l'avons "*"nïfî|i''** déjà d>t^t nous le répéterons ici , de discuter l'œuvre des missions sous le point de vue religieux ; nous nous en occuperons uniquement dans ses rapports avec la politique et les progrés de la civilisation à Taïti. C'est pourquoi nous sommes conduits à faire la remarque que l'apparition des missionnaires anglais dans l'Océanie , a été postérieure à l'occupation des côtes de TAustralie par la Grande-Bretagne. Lorsque cette puissance, privée de ses colonies de l'Amérique du Nord^ songea à ouvrir un autre débouché au trop plein de sa population et à créer de nouvelles ressources à son industrie , elle jeta les yeux sur les terres de la Nouvelle-Hollande, dont Gook et Banks avaient donné une idée favorable; sur leurs données, la colonisation fut décidée sur un plan nouveau, celui du travail des convicts, criminels condamnés aux travaux forcés et à la déportation. Cette entreprise, exécutée avec la hardiesse qui enchaîne le succès et dont les Anglais semblent avoir le glorieux privilège, fut menée à bonne fin par le gouverneur Philip. Chargé du commandement de neuf transports et de trois navires de guerre, il prit terre le 20 janvier 1788, sur les plages désertes, où l'on voit aujourd'hui de grandes cités, des villes, des villages, des établissements de toute nature, un commerce important et d'immenses terrains en pleine culture.
Sept ans plus tard, en 1795, à l'instigation du docteur H aweis, chapelain de la comtesseHuntingdon,
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la Société des Missions de Londres, dont il était un des fondateurs, prit la résolution d'envoyer des missionnaires dans les ties nombreuses de l'océan Pacilique. Le docteur Haweis représenta cette entreprise comme n'offrant que peu de difficultés , et comme promettant un succès complet à la cause du' christianisme (1). A sa voix, dix mille livres sterling (250,000 fr.) furent recueillies par voie de souscription dans le public, qui prit un grand intérêt à l'exécution de ce projet. L'attention générale en Angleterre était fixée vers ces lointaines régions ; les vues du gouvernement , celles des particuliers se portaient à cette époque vers de nouvelles terres à acquérir, de nouveaux champs à exploiter, pour suppléer à la perte des colonies américaines. L'empressement de la nation à répondre à Tappel de la Société des Missions n'a donc rien qui puisse étonner, lorsqu'indépendamment de son esprit religieux, on considère le besoin qu'elle éprouvait d'étendre son territoire, l'ardeur et la persistance de ses penchants à l'envahissement. Le gouvernement anglais cependant ne prêta aucun appui ostensible à la Société des Missions; il facilita seulement le départ des missionnaires, apôtres-explorateurs, qui, tout en servant la cause de la civilisation au prix de dangers réels, de grandes privations, souvent aussi aux dépens de leur existence, devaient porter, partout où ils prendraient pied, le nom de leur pays, son in-
(1) J. Williams, A narrative of missionary enterfnises in the south $ea lêlandi , page 2,
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fluence,$es mœurs, et par là, facililer les voies d'une occupation future, si le gouvernement jugeait convenable de raccomplir un jour« Les événements dont la Nouvelle-Zélande a été le théâtre dans ces dernières années, ont donné la mesure du parti qu'un gouvernement peut tirer de Fœuvre des missions. Cest à la voix des missionnaires que les chefs Maouri ont consenti à faire abnégation de leur indépendance, et si les prédicateurs de r Évangile n'avaient pas précédé l'invasion, jamais la croix sanglante de la bannière anglaise ne se fût implantée sur ces rives sans résistance, et on n'aurait pu dépouiller les indigènes de leurs propriétés, en leur interdisant la vente des terres ailleurs qu'à Sidney, sans une lutte longue et acharnée.
Les procédés du gouvernement anglais n'ôtent rien, selon nous, au mérite du dévouement des missionnaires. Souvent, nous avons lieu de le penser, c'est à leur insu qu'ils ont travaillé à Tenvabîssement des pays sur lesquels ils se sont implantés, et quand même une arrière-^pensée déplacer un jour une peuplade sous l'égide de la mère patrie, eût accompagné leurs efforts, elle était inspirée par un sentiment de patriotisme qu'on ne saurait blftmer. Aux yeux des missionnaires, les nations sauvages se trouvent placées dans un état d'infériorité et de dégradation complète , dans une condition de misère et de souffrance, comparativement aux sociétés civilisées ; après les avoir arrachées à leurs anciennes croyances , ils les guidaient dans la voie parcourue
par les nations européennes, et devaient considérer comme le but final de leurs efforts de les amener au niveau des peuples du \ieux continent , de les rapprocher, autant que possible, de la mère patrie. Les missbnnaires de toutes les nations ont presque toujours agi ainsi ; à leurs travaux religieux ils ont toujours associé le nom de leur pays; les missionnaires français n'ont pas dévié de cette ligne de conduite , et nou$ ne pensons pas qu'on ait songé à les désapprouver toutes les fois qu'ils se sont renfermés d'ailleurs, dans les limites d'une scrupuleuse équité. Mais, bâtcms-nous de le dire, souvent les missionnaires de tous fes cultes et de toutes les nations se dont opposés de tout leur pouvoir aux mesures qui, en favorisant leurs compatriotes, pouvaient tourner au détriment des peuples dont ils s'étaient constitués les pasteurs. On doit louer leur sollicitude tout en dé{^orant que dans certaines circonstances, elle se soit exercée d'une manière fâcheuse et inopportune, en dehors du eercle uniquement religieux de leurs attributions.
Les fondateurs de la Société des Missions de , Enyoi
.. ^es premiers
Londres montèrent leur entreprise sur une grande ~' "' échelle ; ils achetèrent le navire le Duff, dont le commandement fut confié au capitaine Wilson , et firent un appel aux candidats qui voudraient se dévouer à la prédication de l'Évangile, (c Le but » était simple et noble, dit Wilson (1); il consistait
(1) yf ilaon y A missionary voyage i% fhe skip Duff^ etc., p. 3.
missionnaires.
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» à délivrer une portion de Thumanité de la misère » qui l'opprime, et de lui conférer une pi us abondante » mesure des félicités compatibles avec notre na- » ture ! » On avait pensé que ce but ne pouvait être atteint queparreffîcacitédelaparoleévangéiique,portée par les missionnaires dans tous les points où ils pour-* raient la prêcher, selon leur capacité ou leurs moyens.
Toutes les classes de*la société furent admises à présenter des candidats pour les missions de l'Océanie. Mais on choisit autant que possible, à part quelques ministres du saint Évangile, des ouvriers, des hommes adonnés à divers travaux manuels , qui pouvaient être doublement utiles à Tinstruction des sauvages. En même temps on n'accepta que des personnes offrant la garantie d'une piété reconnue et d'une conduite irréprochable ; un comité fut chargé d'examiner les postulants sur leurs vues, leur capacité, et leurs connaissances de la religion. Beaucoup d'entre eux furent rejetés ^ on ne reçut que ceux qui, après plusieurs épreuves et des renseignements précis , avaient montré une aptitude réelle à entreprendre cette tâche (1). Le dévouement de ces hommes , et peut-être leur confiance dans le succès, était tel^ qu'ils partirent, en emmenant avec eux
(1) A ces lignes, Wilson ajoute encore : Noos désirions obtenir quelques personnes versées dans les connaissances littéraires, mais plus particulièrement de trouver d(3s adeptes dans des arts manuel set dans des travaux qui les auraient rendus plus utiles aux païens dans Pétat de civilisation inférieure où ils se trouvent. 4 miirionary voyage , etc., page 4.
leurs femmes et leurs enfants dans un pèlerinage qui commençait par une longue et rude traversée , et qui devait se terminer dans l'exil sur des rives étrangères , avec la sombre perspective de l'isolement, de l'abandon, et même de la mort au sein de peuples cannibales. Il est possible qu'ils se faisaient des idées plus favorables des lieux où ils allaient aborder 9 et qu'ils avaient été induits en erreur par les descriptions enthousiastes des navigateurs ; mais, dans tous les cas, on ne peut croire, comme quelques personnes l'ont avancé, que les premiers missionnaires anglais aient été mus uniquement dans leur entreprise par un sentiment d'intérêt personnel. Après avoir fait la part de l'influence que la politique anglaise pouvait avoir dans l'œuvre des missions , nous devons ajouter que , dans notre pensée , les trente missionnaires (1) qui s'expatrièrent sur le
(1) La composition du personnel des missionnaires , destines à s^élablir dans les différents archipels de POcëanie, est un document titîle à connaître; la liste suiTante est extraite en entier de Pou- ▼rage du capitaine Wilson.
Liste de$ missionnaires qui s'embarquèrent sur le navire le Duff.
LesK*** J. F. Gover, âgé de 34 ans. Ministre du saint Érangile.