ENTRE PARIS ET LONDRES
L'escompte monte en même temps à Paris et à Londres, quand l'Europe expédie des fortes quantités de métal précieux en pays lointains. La rareté qui en résulte fait la cherté du métal, et pour avoir de Tor au comptant, on paye à Paris comme à Londres un escompte plus considérable qu'à l'ordinaire. C'est ce qui est arrivé en 1863. Si à cette époque Paris n'avait pas élevé le taux de l'escompte , ce ne sont pas les encaisses réunis de Paris et de Londres qui auraient fourni les métaux à exporter, c'est l'encaisse de Paris tout seul. Après quelques jours de drainage métallique, la position n'aurait pas été tenable, et il aurait alors fallu, pour se
rattraper, porter brusquement Tescompte français à des taux encore plus élevés.
L'escompte peut monter seulement à Paris ou seulement à Londres quand, abstraction faite de toute exportation métallique européenne, Tune des deux places se trouvé très-endettée envers l'autre. C est la place débitrice qui élève le taux de l'escompte ; c'est la place créancière qui ne l'élève pas. Le cas s'est présenté cette année. Le commerce anglais était fortement débiteur envers le commerce français. Le débiteur demandait du temps pour se libérer, et afin de l'obtenir il offrait au créancier un escompte plus lucratif. Paris achetait pour le garder le papier sur Londres, papier qu'on lui négociait avec déduction de l'escompte anglais, plus élevé que l'escompte français. Il n'y avait pas de raison pour que le taux de l'escompte français fût augmenté, et si on l'eût augmenté, Londres aurait dû porter le sien encore plus haut.
Ainsi le besoin d'équilibre fait que tantôt l'escompte monte ou baisse simultanément à Paris et à Londres, et que tantôt il y a hausse sur une place et baisse sur l'autre*
Personne ne peut empêcher ces phénomènes.
Mais les mouvements en hausse et en baisse seraient moins brusques et moins forts si on abolissait le billet de banque. Je m'explique.
En principe, la Banque de France peut émettre autant de billets qu'il lui plalt; en fait, le montant de son émission varie du double au quadruple de l'encaisse métallique.
Prenons la moyenne, le triple: soit 300 millions de billets émis pour 100 millions d'encaisse.
En grande partie l'encaisse de la Banque appartient, on le sait, aux banquiers, qui peuvent toujours retirer leur métal et l'exporter de France s'il y a des marchandises et des titres à payer au dehors.
Que ces banquiers aillent retirer 100 millions de métal. Évidemment, pour maintenir la proportion moyenne entre l'encaisse et l'émission, la Banque va s'occuper de faire rentrer pour 300 millions de billets, et elle ' n'obtient ce retrait que par un moyen indirect, lequel consiste à refuser la continuation de l'escompte et des avances.
On le voit, l'exportation métallique devait
produire un vide de monnaie de l'importance de 100 millions; mais ce vide a maintenant l'importance de 300 millions; mettons 200, car la Banque ne précipite pas le retrait des billets. Toujours est-il que la crise s'est aggravée du double, et que cette aggravation n'a qu'une cause, la monnaie fiduciaire. Si la Banque de France n'était qu'une simple banque d'escompte, si elle ne faisait point d'émission, les secousses monétaires seraient moins fortes et moins pernicieuses.