LA BANQUE DE FRANCE ACHETANT DU LONDRES
Acheter du papier sur Londres et le garder en portefeuille, c'est avancer des capitaux à l'Angleterre, c'est lui prêter de l'argent. Autant vaudrait remplir le portefeuille de la Banque de France de Consolidés trois pour cent anglais.
Si la Banque de France se mettait à faire de pareilles opérations, on né manquerait certainement pas, plus tard, d'élever des plaintes contre un établissement privilégié et national, qu'on dirait transformé en comptoir d'escompte britannique. L'achat du Londres est cependant suggéré. Ceux qui le suggèrent se promettent que la Banque de France, pouvant à toute heure se procurer de l'or en
Angleterre, en y vendant son Londres, ne sera plus tenue d'élever le taux de Tescompte à Paris.
Je crois qu'on se trompe, et que la mesure serait tantôt inutile et tantôt inefficace.
Inutile, comme en 1866. La France a de fortes créances sur l'Angleterre, et Londres élève le taux de son escompte, pour obtenir des prêts à l'étranger, pour décider Paris à des prolongations, à des renouvellements d'échéance. L'escompte reste naturellement bas à Paris, sans que la Banque de France intervienne.
Inefficace, comme en 1863. On exporte d'Europe des grandes masses de métal précieux. En présence d'un tel fait, les caisses et le portefeuille de Paris et de Londres ne font qu'une seule caisse et un seul portefeuille, et il n'est pas possible d'escompter à bon marché nia Paris ni à Londres. Du reste, et la remarque a déjà été faite par bien des personnes. Topération qu'on suggère à la Banque de France pourrait être effectuée en sens inverse piar la Banque d'Angleterre, et les deux efforts se neutraliseraient réciproquement. Après avoir provoqué de fortes perturl^atioi^s sur les deu3^
marchés par des fausses demandes de papier, on se retrouverait au point de départ, sans aucune action sur le taux naturel de l'escompte. Actuellement, la Banque de France n'est pas autorisée à acquérir du papier sur l'étranger, je comprendrais donc que, désireuse d'élargir le cercle de ses affaires, elle se mît en instance pour obtenir la faculté de négocier le Londres et l'Amsterdam. Mais je ne vois pas quel intérêt peut avoir le public à demander lui-même de nouvelles attributions pour un établissement commercial déjà si favorisé par le monopole de l'émission et par plusieurs privilèges.