‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 10 sur 39 · FRÉDÉRIC I, DIT BARBEROUSSE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC I, DIT BARBEROUSSE

La désignation faite par Conrad avant sa mort n'avait pas donné plus de droit à Frédéric , que celle de Lothaire n'en avait donné à Henri-ie- Superbe , si elle n'eût été soutenue par des quaUtés personnelles qui fixèrent tous les suffrages. A un esprit élevé , le duc de Souabe joignait un courage intrépide , une prudence consommée ; une circonstance particulière parlait encore en sa faveur : par sa mère il descendait des Welf , et par son père il appartenait aux Hohenstaufen ; on se flattait en l'élevant sur la trône, de voir cesser la rivalité entre ces deux maisons. U fut élu à Francfort à Tunanimité , et couronné à Aix-la-Chapelle par l'archevêque de Cologne.

Un des premiers actes du gouvernement de Frédéric en Allemagne eut pour objet, comme on

s y était attendu ^ d'apaiser les querelles des familles Welf et des Hohenstaufen. Il rendit le duché de Bavière à Henri-le-Lion , qui devint ainsi , comme son përe , professeur des duchés de Saxe et de Bavière à la fois , et par conséquent le plus puissant prince de l'Allemagne. Henri , margrave d'Autriche, successeur de son frère Léopold , ne voulait pas d'abord abandonner ce pays ; mais Frédéric le décida à donner son consentement , en séparant l'Autriche de la Bavière, dont elle était une ancienne dépendance » pour en former un duché particulier , qu'il combla de droits et de privilèges. En vertu de son diplôme d-élection , le duché d'Autriche fut déclaré héréditaire ; non-seulement en ligne masculine » mais aussi en ligne féminine > et son duc prit rang immédiatement après les électeurs , et avant tous les autres princes. Avant d'avoir terminé cette affaire , Frédéric se trouvant à Messbourg , s'établit arbitre entre Suénon et Canut qui se disputaient le Danemarck. Il obligea Cairat à abandonner ses prétentions à son rival , qui , par reconnaissance , se déclara vassal de Tempire.

Les affaires intérieures de l'Allemagne étant à peu près arrangées , Fréd^c partit pour l'Italie (1154) (1). Il soumit les villes de la Lombardie qui avaient proclamé leur indépendance , et ouvrit, selon Tantique usage, à Roncaglia, les comices du royaume. Le 17 avril 1155 , il se fit

fi) Voir pour les détails des quatre expéditions de Frédérie en Italie ^ DOS Ulustrations de Tbistoire dltalie.

craronner roi d'Italie , dans Téglise Saint-Michel

à Pavie , puis s'avaiiça subitement vers Rome , pour y recevoir sa couronne impériale. Le pape Adrien IV alla à sa rencontre jusqu'à Viterbe. Ce fut la qu'eut lieu la fameuse aventure de Tétrier, racontée de diverses manières par les historiens. Il fut sacré le 18 juin 1155 , dons Téglise de Saint-Pierre , qu'il avait fait occuper pendant la nuit par ses troupes. Mais les Romains , irrités de ce que le couronnement s'était fait sans leur assentiment» prirent les armes et attaquèrent avec fureur l'armée impériale. Frédéric puissamment secondé par Henri*le-Lion , les rejeta au-delà du Tibre , après leur avoir tué un millier d'hommes. Cependant la chaleur de Tété, le manque de provisions et l'insalubrité du climat» ayant occasionné des maladies dans l'armée, Frédéric songea à regagner l'Allemagne. Mais auparavant il détruisit Spolette , dont les habi • tans , non contens de refuser le tribut qu'ils lui devaient , avaient mis en prison son ambassadeur. Cette première expéditicm de Rome , malgré toute l'énergie que Frédéric y déploya , ne fut guère qu'une reconnaissance des lieux. Il eut lieu de se convaincre qu'un grand changement s'était opéré dans les esprits relativement aux rapports entre les peuples d'Italie et l'empire, et qu'il aurait une lutte opiniâtre à soutenir pour recouvrer la plénitude de ses droits.

De retour en Allemagne, Frédéric s'attacha avant tout à mettre un terme aux guerres parti-»" culières qui avaient édaté pendant son absence.

— SS- II fit condamner par une diète assemblée à Wonns, le comte Palatin du Rhin , à la peine humiliante du hamescar, pour avoir violé la paix publique. Cette peine , d'après une ancienne loi des Francs et des Souabes, consistait à porter un chien sur ses épaules l'espace d'un mille d'Allemagne. Il descendit ensuite le Rhin , détruisit les châteaux qui servaient de retraite aux brigands , abolit les péages illégaux qu'ils avaient établis, et fit exécuter les plus coupables. Cette justice gévère pour les grands et pour les petits , inspira du respect pour son nom dans tout Tempire.

Au mois de mai 1156 , Frédéric épousa en secondes noces Béatrix , fiUe unique et héritière du comte Renaud de Franche-Comté , et par ce mariage il fit revivre ses* droits sur l'ancien royaume de Bourgogne. En même temps le duc Wladislas de Pologne , venait réclamer les secours de l'em*» pereur, contre son frère Boleslas qui Tavait chassé,

et qui en outre ne voulait plus payer le tribut à l'empire. Frédéric força bientôt Boleslas à la sou-^ mission. En 1158 , il érigea la Bohême en royaume , ou plutôt il confirma ce titre déjà accordé par l'empereur Henri IV au duc Wladislas.

Ainsi, dans les six premières années .de son règne , Frédéric rendit à Tempire la puissance et l'étendue qu'il avait eues sous Henri III. Une paix dont on n'avait pas joui depuis long^temps , régnait dans l'intérieur , et avait mérité à Frédéric le beau surnom de Père de la Patrie. Tous les princes étrangers vivaient en bonne intelligence f^vec l'empereur, et IÇurope occidentale recou-

liaissait T Allemagne comme centre, ët Frédé- . rie I» comme premier prince de la chrétienté. L'Italie seule refusait d'obéir.

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