‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 9 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Conrad IIL — Henri-le^Supérlie. — St-Bernard eniratae Conrad à Ta croisade. — Frédéric 1er — Barberooflae. - Airaire» dltalie.

— Nonvean scbiame, mine de Milan. — Paix de Constance. — Henri VI. Ricbard-cœnrHle-Llon, prisonnier en Allemagne.

— Cmantés de Henri en Sieile. — Philippe et Ollon IV. — Olton IV el Frédéric II. — Batattle deBouYines. — Frédéric II empereur.— Henri, roi des Romain8.^Sa révolte contra sonpére.

— Sa déchéance. — Conrad IV roi des Romains. — Qoeralle de Frédéric II avec les papes. — Gnillanmie de Hollande. — Conrad iV. — Interrègne. — ( iiSMÈiZ).

ooNBAD m. (1138-1152).

Maison de Souabe au de Hoheuêiaufeti de fFiblingen fGibeUnêJ.

PRÈS la mort de Lothaire, Henrile-Superbe , son gendre , se troa* vait le prince le plus riche et le plus puissant de Tempire; il se croyait assuré de la couronne dont les insignes lui avaient déjà été remis par impératrice veuve , sa belle-mère. Mais ^^'4 les princes , craignant de voir la maison des Welf devenir trop puissante, piqués d'ailleurs de Torgueil de Henri , jetèrent les yeux sur un Hohenstaufen , Conrad , duc de Franconie , frère de Frédéric , l'ancien rival de Lothaire. Une diète générale d'élection avait été fixée à Ma3rence , pour les fêtes de la Pentecôte de Tan 1138 ; mais les seigneurs partisans de Conrad ^

se réanirent à Coblentz, trois mois auparavant,

et sous la présidence d'Albéron, archevêque de Trêves, ils procédèrent à la nomination de C!onrad, que le nonce du pape couronna immédiatement à Aix-la-Chapelle , (6 mars).

Cette élection clandestine était sans doute entachée d'illégalité ; les Saxons, Henri-le-Superbe et sespartisans protestèrent. Mais avant que Henri ait pu se préparer à la résistance , Conrad assembla une diète générale à Bamberg » où tous les princes t a l'exception de Henri , se réunirent , confirmèrent la première élection , et prêtèrent serment au nouveau roi. — ^.Abandonné de ses amis, Henri consentit à rendre les ornemens impériaux sans vouloir reconnaître Conrad i ni se présenter aux assemblées des États. Celle de Wurtzbourg, choquée de son opiniâtreté , le mit au ban çle Tempire, sentence qui fot confirmée à Goslar , où Ton ajouta celle de la déposition. Conrad . donna en conséquence la Bavière à Léopold , margrave d'Autriche, et la Saxe à Albert VOurs, margrave de Brandebourg.

Ce fut le signal de la guerre civile. Albert et Léopold, pénétrèrent à main armée dans leurs nouveaux états. Henri ne put résister a Léopold et conserver la Bavière , mais il fut plus heureux en Saxe , et il chassa Albert TOurs des forteresses dontil s'était emparé. Fier de ce succès , il s'apprêtait à retourner en Bavière contre Léopold , quand il mourut » laissant un fils célèbre plus tard sous le nom de Henri-le-Lion , mais trop jeune alors pour suivre les projets dei

son père. Le comte de Welf d'Altorf , frète de

Henri- le- Superbe, se chargea de la tutelle de son nevea , et de la poursuite de ses ennemis. Soutenu des Saxons , il vainquit Léopold , qui se vit forcé d'appeler le roi à son secours. Cionrad s'avança avec une puissante armée au secours du margrave ; une bataille sanglante s'engagea le 21 décembre 1140 , entre le roi et le comte Welf , celui-ci fut complètement battu. On remarque que ce fut la première fois que les noms de Guelfes et des Gibelins servirent de cris de guerre dans un combat.

La ville de Weinsberg, auprès de laquelle s'était

livrée la bataille , assiégée depuis long-temps par les troupes impériales , se vit forcée de se rendre. Conrad, irrité de sa longue résistance, voulait la détruire de fond en comble , et faire périr tous ceux qui avaient porté les armes contre lui ; il accorda seulemeiit à chaque femme ia permission d'emporter de la ville ce qu'elle aurait de plus précieux. Les portes ayant été ouvertes, on vit tout-à-coup un spectacle aussi touchant qulnattendu. Toutes les femmes sortaient portant chacune sur leurs épaules , les unes leur mari , les autres leur frère ou leur père. Le roi touché de ce noble dévouaient , pardonna , non-seulement aux hommes , mais à la ville entière. Cette histoire rapportée par ime chronique du temps (1), s'est conservée dans la mémoire du peuple , qui

(1) Cbronica rcgan, S. Panialeoois ftd «nnos 1140 ItSO: celle dironiqne rapporte un irail femblablc du siège .de Crtee.

a changé le nom de Weinsberg en celui de \Veibertrene (fidélité des femmes) que cette ville porte encore aujourd'hui.

La guerre civile continua encore jusqu en 1142. Enfin Henri-le-Lion, à la persuasion de sa mère , se désista de la Bavière ; la Saxe lui fut rendue, à l'exception de la Marche du nord » qui fut déclarée entièrement indépendante; depuis, la principauté agrandie par la bravoure d'Albert l'Ours, dont elle était Tapanage , s'est appelée la Marche de Brandebourg.

La paix étant rétablie en Allemagne » Conrad se préparait à passer en Italie , pour recevoir la couronne impériale, et ramener à l'obéissnce un grand nombre de trilles qui s'étaient déclarées indépendanteset s'étaient constituées en république, (1) lorsqu'arriva en Ëurope la nouvelle que la ville d'Edesse en Palestine , avait été prise par les infidèles. Toute la chrétienté fut afiligée de cette perte , qui menaçait d'une ruine entière le royaume de Jérusalem, fondé depuis peu d'années, à l'époque de la première croisade. Eugène III, qui occupait alors le siège apostolique , appela tous les princes chrétiens à une nouvelle croisade. H fut puissamment secondé par Saint-Bernard , abbé de Clairvaux , l'homme le plus capable d'émouvoir les consciences , d'exciter l'enthousiasme et d'entraîner les esprits par la chaleur de son éloquence et la force de ses raisonnemens. Déjà le roi de France , Louis VII , cédant à l'ascendant

(I j Voir aoi ntasirations derbistoiredlldie»

de Beraard, avait pris la croix, ainsi que tous

les seigneurs de son royaume.

L'Allemagne fut plus difficile 4 ébranler. Conrad objectait les troubles qui agitaient Tempire , et qui rendaient sa présence nécessaire , d'ailleurs il avait fait antérieurement , seul il est vrai , le pèlerinage de la Terre-Sainte , et il croyait avoir rempU personnellement à cet égard tous ses devoirs religieux. Saint-Bernard ne se rebuta point; il suivit le roi à la diète de Spire , et là, dans un discours énergique , il rappela que de toutes les puissances chrétiennes TAllemagne seule n'avait pas pris part à la première croisade, préférant à la guerre sainte une guerre impie contre les souverains pontifes ; C 1 ) <iue leur défaut de coopération dans cette circonstance , avait peut-être empêché le succès des chrétiens d'être plus complet , et préparé les revers dont ils étaient accablés. " Que me parlez- vous , s'écria-t-il , de vos » troubles , de vos dissensions intestines ! Aban* » donnez cette guerre insensée de frère à frère, « car elle conduit à la perte éternelle , et mar- * » chez à la guerre contre les infidèles , où la »» mort même devient le garant d'une vie éter- » nelle. » Conrad profondément ému , lui répondit en lui disant : « Je reconnais les bienfaits de - Dieu et je ne veux pas rester plus long-temps » ingrat. » li prit aussitôt la croix des mains de Bernard , et son exemple fut suivi par un grand

1 A Tépoque de la première croisade les empereurs Henri IV ei Henri V étaient engagés dans la qaertlle des investitures.

nombre de princes, parmi lesquels se trouvait son neveu Frédéric de Souabe , qui 8*était dqà distingué par son héroïsme dans la lutte contre les Welfs.

Toutes les hostilités cessèrent aussitôt. Le comte Welf de Bavière conclut un armistice , et d'ennemi du roi qu'il était, il devint son compagnon d'armes dans la guerre sainte. Conrad, d'accord avec le pape et les princes de Tonpire, fit nommer son fils Henri , encore mineur , 7'oi Jeê Romains^ lui confia les rênes du gouvernement , en le plaçant sous la direction de Tarchevêque de Mayence , et fit jurer une paix géné^ raie. Puis il se mit à la tête dés croisé avec lesquels il descendit le Danube. Cette armée , ou plutôt cette multitude, s'élevait à près de 100,000 hommes , mais elle ne comptait guère que 70,000 combattans ; le reste étaient des pèlerins de tout âge et de toute condition ; troupe plus émbarras* santé qu'utile.

Cette expédition eut pour T Allemagne un résultat immédiat qui fut assez avantageux , ce fut de mettre fin à de nombreuses querelles et d eloigner une foule d'hommes oisifs , de sorte que bientôt une telle tranquillité régna partout, qu'on ne rencontrait presque plus d'hommes armés.

L'armée prit la route de terre. Elle traversa l'Autriche , la Hongrie , la Thrace , et vint camper sous les murs de Constantinople. Emmanuel Commëne qui y régnait , vit avec frayeur cent mille combattans aux portes de sa capitale; l'arrivée prochaine d'une seconde armée aussi

formidable , conduite par le roi de France , augmentait ses alarmes. H persuada à Conrad de passer en Asie , sans attendre ses alliés , lui offrant des vaisseaux, des vivres et des guides. Sous cette apparente générosité était cachée la plus noire perfidie. Commène venait de conclure une trêve avec les Turcs , et il était d'accord avec eux pour ruiner les chrétiens d occident. Conrad partit sans défiance » suivit ses guides , qui le menèrent à travers des montagnes , dans un pays stérile où les vivres manquèrent bientôt. Les Turcs , avertis par le traître Emmanuel, tombèrent sur les malheureux croisés. Epuisés de faim et de fittigue , accablés sous le poids de leur pesante armure , ils ne pouvaient résister à la cavalerie légère des Turcs qui ne leur laissait de repos ni jour ni nuit. Conrad ne parvint à s'échapper de tant de dangers qu'en perdant plus des neuf dixièmes de de son armée , et c'est avec 7000 hommes seulement qu'il arriva à la Terre*âainte , où il rejoignit les Français à Nicée. Les deux rois allèrent ensemble faire leur pèlerinage à Jérusalem , puis ayant réuni leurs armées , ils attaquèrent Damas, mais sans succès par suite du défaut de concours des autres croisés. Ils résolurent alors de retourner dans leurs états où leur présence était plus nécessaire. Conrad revint après deux ans d'absence. Son retour fut le signal du renouvellement de la guerre entre les Guelfes et les Gibelins, guerre mêlée de succès et de revers , entre les deux partis. Conrad se préparait à une grande expédition à Rome , lorsqu'il tomba malade à Bamberg,

où il avait convoqué une diète. Son fils Henri , roi des Romains , jeune homme plein de vertus , était mort peu de temps auparavant. Conrad voyant sa fin approcher , désigna pour son successeur, non son second fils, trop jeune encore pour gouverner Tempire , mais son vaillant neveu Frédéric de Souabe , qui Tavait accompagné à la croisade. Après avoir fait ces dispositions, il mourut le 15 février 1152. Il était âgé d'environ cinquante-huit ans , et il avait régné quinze ans. Ce lut un prince valeureux , d'un cœur grand et noble et estimé de tout le monde. Depuis Otton I jusqu'à Frédéric II , il fut le premier empereur qui n'ait pas été couronné à Rome.

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