PHILIPPE ET OTTON IV
La mort de Henri VI jeta la confusion dans tout Tempire. Philippe , le plus, jeune des fils de Frédéric I", avait été chargé par son frère Tempereur Henri , de l'administration de l'empire et de la tutelle de son fils , alors âgé de quatre ans. Quand Philippe voulut aller chercher son neveu et ramener en Allemagne , il trouva .l'Italie entière soulevée ; ne pouvant alors parvenir en Sicile , il laissa le )eune Frédéric à sa mère , et luimême revint non sans danger , en Allemagne , où la nouvelle de la mort de l'empereur avajt déjà occasioné de grands mouvemens. Le parti des Welfs profitant de cette circonstance pour se relever , proposa d'élire un nouveau roi , sous prétexte que Frédéric était trop jeune pour la situation actuelle du royaume. Il jeta les yeux d'abord sur le duc Bertfaold de Zaringen , qui refusa ce dangereux honneur ; puis sur Otton , second fils deHenri-le-Lion. Cependant Philippe avait rassemblé les partisans de la maison de Hohenstaufen , et grâce aux trésors de son frère, ' qu'il distribua largement , il gagna à son parti les dignitaires de l'empire. Tous alors lui proposèrent de prendre la couronne pour lui-même , afin de l'empêcher de passer dans les mains d'une famille ennemie , lui montrant en même temps rimpoasîbilité de la conserver pour son neveu*
t^bilippe se décida et son élection eut lien im^
médiatement , tandis que la diète de Cologne prodamait roi Otton IV. Voilà donc deux rois en Allemagne, tous deux résolus de défendre leurs droits , tous deux à la tête d'un parti nombreux et appuyés chacun au-dehors par de puissans liés; car Philippe avait fait un traité public avec Pfiilippe- Auguste , roi de France , Otton était appuyé par le roi d'Angleterre.
La guerrjè éclata bientôt entre les deux concurrens. Le pape Innocent III , choisi pour arbitre , se déclara en faveur d'Otton IV et excommunia Philippe Mais celui-ci loin de se soumettre à la décision du souverain pontife , n'enpursuivit pas moins avec ardeur son rival. Déjà il avait obtenu de grands succès, et il avait Tespoir^de triompher de son rival , lorsqu'il fut assassiné à . Ramberg par Otton de Wiltelsbach , comte de Bavière , qui avait à se venger contre Philippe d'une injure particulière.. (8 jum 1208).
OTtOS IV ET FRÉDÉRIC U. — (1208-1218).
Otton IV débarrassé de son redoutable rival , convoqua une diète générale à Francfort , oii il fut reconnu par tous les princes d'Âllema^e. II fit mettre au ban de l'empire Ottpn de VViltelsbach , assassin de Philippe , et cet acte de jus- 'tiee lui concilia la bienveillance des partisans des Hohenstaufcn. Pour compléter la réconciliation avec cette famille , il épousa Béatrix , fille unique de Philippe. Au commencement de l'amnée 1209 ^ Otton se rendit en Italie pour y rece-
voir la cauronne impériale. Il fut accueilli dans la haate Italie plus favorablemett que ne l'avaient * été ses prédécesseurs ; Milan surtout, le reçut avec de grands honneurs , parce qu'on voyait en lui un Guelfe , un ennemi des Hohenstanfen, et sui* vant la coutume , il reçut la couronne de Lombardie. Otton s'avança ensuite sur Rome , oii le pape Innocent III le couronna empereur le 27 septembre 1209.
Ce jour vit cesser la concorde qui avait régné jusque-là entre le pape et Otton IV. Le peuple romain se souleva comme à l'ordinaire » contre les Allemands , des scènes sanglantes eurônt lieu , et le pape pour les faire cesser , demanda l'évacuatien du territoire romain, Otton s'y remisa avec hauteur. Mais une cause plus grave de mésintel- ' ligence devait neutre bientôt. Otton voulut profiter de la préisence de son armée pour s'emparer de Napleset de la Sicile, et en chasser le jeune Frédéric, le-fils de Henri VI , le dernier rejeton de 'la maison de Hohenstaufen. Il attaqua TApulie , et , d'intelligence avec quelques barons , il conquit tout le pays jusqu'à Naples.
Mais Innocent II [ protégeait Frédéric ; il avait été chargé de sa tutelle et de son éducation après ' la mort de sa mère ; et sous ses auspices, le jeune prince avait été initié de bonne l^eure à l'étude des sciences : outre l'Italien , sa langue maternelle il parlait avec facilité TAllemand , le Latin , le Grec et même l'Arabe. Au milieu des dangers qui entouraient sa jeunesse , il avait acquis plus d'expérience que la plupart des princes n'en
acquièrent dans toute leur vie. Dès Tâge de quatorze ans , il a?ait été déclaré majeur par le pape qui lui fit* épouser quelque temps après, Oonstance d'Aragon , jeune yeuve d'Emmerich, roi de Hongrie. Reconnu roi des Romains dès Tâge de quatre ans , il s't^tait vu enlever la couronne d'Allemagoe parce même Otton, qui, non content de l'avoir privé de l'empire . voulait encore, lui ravir ses états héréditaires. Dans cette circonstance difficile , la protection de son ancien tuteur ne devait pas lui manquer. Innocent III , après avoir inutilement tenté de ramener Otton à des sentimens pacifiques, l'excommunia et envoya des émissaires on Allemagne pour faire valoir les droits de Frédéric, Aussitôt les partisans des Hohenstaufen se réunirent en diète sous la présidence de larchevêque de Mayence, et résolurent de faire valoir la première élection de Frédéric II, et d'envoyer en Sicile deux députés lui porter cette nouvelle. Au nombre des principaux seigneurs qui avaient pris part à cette délibération, étaient le landgrave Hermann de Thuringeleroi Ottocar de Bohême et les ducs de Bavière et d'Autriche.
En apprenant la nouvelle de la défection des princes allemands, Otton se hâta de revenir dans son royaume, où il arriva le 20 mars 1212, le jour même oïLFrédéric quittait la Sicile pour retourner dans le pays Je ses aïeux. Otton déclara la déchéance d Ottocar , et commença aussitôt la guerre contre les partisans de Frédéric. Mais celuici arrivait sur les bords du lac de Constance , au milieu de ses domaines héréditaires , qu'il voyait
pour la première fois. Bientôt il fut entouré d'une
foule nombreuse des anciens amis de sa maison , et se trouva en état de lutter avec avantage contre son antagoniste , grâce surtout à l'alliance du roi de France , qui lui envoya un subside de 20,000 marcs d'argentf Otton, de son côté, avait toujours pour allié le roi Jean d'Angleterre , dont les trésors lui servaient à gagner à sa cause denombreux défenseurs. Il résolut tout-à-coup de suspendre la guerre intérieure » et d'attaquer avec toutes ses forces , le roi de France , pensant bien qu après avoir anéanti comme il Tespérait ce puissant allié de Frédéric , il viendrait sans peine à bout de son jeune adversaire , léduit à ses seules ressources. Il s'avança donc avec une puissante armée contre Philippe- Auguste , qui l'attendait à Bouvines (27 juillet 1214 ). Le combat fut acharné ; les deux rois coururent les plus grands périls ; mais les Français remportèrent une victoire éclatante, et tandis que Otton échappait avec peine à la poursuite de Fennemi, Philippe- Auguste retournait en triomphe à Paris , emportant comme trophée de la victoire le drapeau impérial surmonté de l'aigle à deux têtes. Il l'envoya ensuite au roi Frédéric IL
La bataille de Bouvines semblait devoir promptement décider la querelle entre les deux rivaux. Effectivement 9 Frédéric fut généralement re^ connu pour roi et reçut la couronne à Aix-la- Chapelle , (1215) des mains de Tarchevêque de Mayence. Cependant Ottoh continua pendant trois ans encore à défendre ses droits , il garda
— noies insignes de l'empire jusqu'à sa mort. (19 mai 1218).