FRÉDÉRIC EMPEREUR; CONRAD IV, ROI DES ROMAINS
Après [son expédition d'Autriche , Frédéric , prévoyant que l ltalie l'occuperait exclusivement voulut laisser un chef à TAllemagne. En conséquence , il fit proclamer roi des Romains et empereur futur à la place de Henri , son second £ds Conrad , en lui donnant pour conseiller, Tarchevêque Sigefroy de Mayeuce. 11 partit ensuite pour ritalie, et livra, le 26 et 27 novembre, la fameuse bataille de Corte-Nuova , qui abattit la puissance des Lombards , et lui soumit presque toutes (les villes de la ligue. Le pape Grégoire IX , pour contrebalancer la victoire de Frédéric , rexcommunia sous prétexte qu'il avait donné à son fils Henri, plus connu sousl^om d'Enzio, le royaume de Sardaigne qui appartenait au saintsiège ; que de plus il était hérétique , ne croyant pas à la divinité de Jésus- Christ. Frédéric protesta contre Taccusation et entra à main armée dans les états de l'église. 11 battit la flotte de Pise , accourue au secours du pape , et fit prisonnier le légatjet les évêques qui se trouvaient sur
cette flotte. Cette nouvelle causa , dit-on , à Grégoire , une telle douleur*, qu'elle occasionna sa mort arrivée le 21 août 1241.
Pendant ces dissensions entre le pape rem- ' pereur, les Mongols, peuples des montagnes de* l'Asie, descendans dés anciens ^Huns , s'étaient jetés sur la Russie et sur la Polog^ne, et mena* çaient l'intérieur de l'Allemagne. Un cri général retentit jusqu'à l'empereur; mais^ il était trop occupé en Italie pour aller soutenir l'Allemagne ; d'ailleurs il regardait cette attaque imprévue des barbares, comme un moyen de suspendre toutes les guerres intestines et de réunir tous les princes pour combattre le danger commun. Cependant après la mort de Grégoire , Frédéric envoya audelà des Alpes son fils Enzio , avec 4,000 cavaliers pour se réiùiir à la levée en paasse de Tempire que Conrad avait rassemblée. Les Mongols se retirèrent devant cette puissante armée, et retournèrent dans leurs steppes. Depuis cette époque les frontières allemandes n'ont plus été frandues par les peuples d'Asie , jusqu'à l'arrivée des Turcs.
Célestin lY , successeur immédiat de Grégoire IX , ne vécut que quelques semaines. Après dix* huit mois d'interrègne ,1e conclave élut le cardinal Fiesque. 11 avait été ami de Frédéric; cependant celui-ci , en apprenant son élection s'écria: ** Fiesque était mon ami ; mais le pape Innocent <•!¥,( c'était le nom qu'il avait pris ) , sera mon »• ennemi, *» Le nouveau potitife exigea , pour lever l'excommunication lancée par- Grégoire IX
des conditions auxquelles Frédéric refusa de souscrire. Lie pape convoqua alors un concile à Lyon, où après de longs débats, il déclara Frédéric çxcommunié et déchu de l'empire, comme convaincu «de sacrilège et d'hérésie, et il invita les états 'de Tenipire à élire un autre chef. Frédéric était à Turin lorsqu'il apprit cette décision , il se fit apporter la couronne impériale , et la mettant sur sa tête : « Le pape , dit-il , ne me Ta pas encore » ravie ; et avant qu'on me Tôte il y aura bien du » sang répandu. »♦
CepencUmt les arcfaevêqueQ de Mayence et de Cologne , réunis à plusieurs évêqueset à quelques princes temporels» cédant aux injonctions du pape, élevèrent à Tempire, en 1246, Henri Raspe, landgrave de Thuringe. Frédéric resta en Italie , et confia à son £la Conrad le soin d'aller combattre ce nouveau compétiteur qu'il appelait par dérision , Je rai dêi prêireê. Vaineu d'abord devant Francfort , Conrad prit sa revanche devant Ulm. Henri, après avoir vu son armée complètement battue , se retira lui-même blessé, et mourut peu de temps après ( 17 février 1247 ).
Aussitôt le papejenvoya ses légats en Allemagne pour faire élire un nouvel empereur. Après avoir offert la couronne à plusieurs ducs allemands qui la refiisèrent, on l'offirit à Guillaume de Hollande , prince jeune et audacieux , qui l'accepta. Les trois évêques du Rhin , les Pays-Bas et le roi de Bohême , prirent parti pour ce nouveau roi. Les princes de Saxe» ceux de la Haute.- Allemagne et la phis grande partie des autres
évèques et des villes , restèrent fidèles au roi Conrad,
Au milieu de ces troubles , de ces rivalités de princes et de rois , un grand nombre de villes qui ne pouvaient plus compter sur le pouvoir suprême pour maintenir leurs droits , leurs privilèges et leur tranquillité , songèrent à se protéger elles-mêmes par des confédérations. Ainsi , dans le Nord , les villes maritimes et commerçantes , quoique éloignées l'une de l'autre , se réunirent pour se soutenir mutuellement dans le conunerce qu'elles faisaient sur la Baltique et la mer du Nord , et pour défendre leurs libertés. Cette alliance forma, dans les siècles suivans , la hanse allemande , et les villes qui en faisaient partie , sont encore appelées aujourd'hui villes améatiques, A cet exemple , et à la même époque, les villes de (a Haute- Allemagne, ^o\xx conserver la sainte paix^ formèrent une ligue connue sous le nom de confédératian du Rhin (Ij. «
Pendit deux ans , TAUernâgne se trouva partagée entre les deux rois Guillaume et Conrad , qui se faisaient la guerre avec des alternatives de succès et dé revers. C'était en Italie, c'était entre Frédéric et le pape , que la question devait être terminée. Le saint roi de France, Louis IX , chercha vainement à interposer sa médiation , pour ^ faire cesser le scandale qui désolait la chrétienté. Il eut à cet effet deux entrevues avec le pape ; il le conjura de céder dans l'intérêt de la religion ;
Kii PlUter, histoire d^AUemagne»
iliui rappela que comme représentant de Jésos^
Christ sur la terre , il devait suivre son exemple, et être toujours prêt à pardonner. Innocent testa inflexible. De son côté l'empereur n'était pas moins inébranlable , et il semblait même redoubler d'énei^e. Mais la perte de son fils Enzio, qui fut fait prisonnier par les Bolonais, et la découverte de plusieurs conspirations tramées par des hommes qui l'entouraient , et à qui il avait donné toute sa confiance , le jetèrent dans le découragement. Il tomba malade à Firenzuola , et mourut dans les premiers jours de décembre 1250 ; il était à peine âgé de 66 ans.