DERNIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE MAXIMILIEN
Maximilien était entré avec le roi de France et le roi d'Aragon dans la ligue formée à Cambrai contre les Vénitiens (15081. Mais lorsque les Français , sous la conduite de Gaston de Foix , eurent remporté de grands avantages en Italie , 1 empereur» gagné par le roi d'Aragon , rompit son alliance avec Louis XII. Il conclut avec le roi d'Angleterre, Henri VIII , un traité par suite duquel le monarque anglais passa la Manche avec (juarante-cinq mille hommes , s avança dans l'Artois et mit le siège devant Térouenne. Maximilien ne crut pas s'abaisser en servant dans l'armée anglaise en qualité de volontaire , avec un traitement de cent écus par jour. Ce fut lui toutefois <|ui dirigea les opérations de la campagne; et il signala de nouveau son courage et son activité à Guinegate , oii il remporta une victoire décisive sur une armée française venue au secours de la place (1513). Cependant la paix se fit bientôt avec le roi de France qui promit de donner la main de Renie , <»a fille » à Tun des archiducs , avec le duché de Milan et Gênes pour (k)t. Mais la mort de Louis XII suspendit les. eiiets de ce traité. François , son successeur , après la victoire de Marignan, s'avançait en triomphe dans lo
Milanais , tandis que des intérêts puissans empê-
chaient Tempereur de s'opposer aux succès des Français. Enfin , excité par le Pape et par les rdb d'Aragon et d'Angleterre qui lui fournirent des sommes considérables, il passa les Alpes (mars 1516), "délivra Brescia , s'empara de Lodi et investit Milan. Mais les Suisses de son armée ayant refusé de se battre Contre les Suisses qui servaient dans Tarmée française , se révoltèrent et demandèrent leur ^Ide à grands cris. Maximilien effrayé , craignant lé sort de l'infortuné Ludovic Sforce , que les Suisses avaient livré à Tarmée ^française , dans une conjoncture presque semblable , se retira derrière l'Adda. Bientôt son armée se dispersa « et Maximilien, après avoir fait de vaîns efforts pour former une nouvelle ligue cqntre la France, £^ vit forcé de. rendre Véronne et de déposer les armes.
Quoique Maximilien ne manquât pas de courage ni de talent militaire , ces expédition» eurent toujours une issue malheureuse ; mais s'il n'agrandit pas par de conquêtes la puissance de sa mair son , ii réussit plus qu^aucun de ses prédécesseurs à 1 accroître par des mariages. Au mois de janvier 1516 , «son petit-fils, Charles, héritait des couron^ nés de toutes les Espagnes , par la mort de Ferdinand-le- Catholique, son aïeul maternel. £n même temps , par un double mariage de deux de ses petits eufans , avec les eniians de Ladislas , roi de Bohême et de Hongrie , Maximilien assurait les droits de sa famille à la réversibilité de cea deux royaumes. Ainsi , il était parvmu à pro-
curer à la maison d'A^^^i^^t succession de Bourgogne , toutes les couronnes d'Espagne , de Naples , de Sicile , et celles de Hongrie ejt de Bohême. La manière dont il obtint ces importantes acquisitions , a fourni le sujet de la fameuse épigramme , attribuée à Mathias Çorvin :
BbIla GEnANT ALIl; TO, FELIX AUSTRIA , MJBE : iNAM QUAL AiAliS ALIiS, DAT Tl£| RCCKA Vli^Li>.
" On n apprendra pas sans surprise . dit M. de Las-Cases , qu'au milieu de tant de biens , la destinée de Maximilien fut toujours d'être sans argent. Lorsqu'il fut épouser Marie de Bourgogne , il arriva devant elle dansoin équipage si mesquin , qu'elle fut obligée , même avant la cérémonie , de lui fournir jusqu'aux vêtemens les plus nécessaires , afin qu'il pût paraître dans un état digne d'elle. Devenu veuf, il avait épousé par procureur l'héritière de Bretagne ; mais le manque de deux mille écus l'empêcha d'aller consominer son mariage , et fit que Charles VIII , roi de France, lui enleva cette princesse. Ce fat pour avoir cinq cent mille ducats , (^u'ii consentit à se m^alUer au point d'épouserBlanche- Sforce , fille illégitime d'un soldat de fortune ; 4inûn ce fut pour avoir de Vargent que , sur la fin de ses jours , on vit ce chef de l'empire, maître de tant de souverainetés, combattre commç volontaire dans larmée du roi d'Angleterre et en recevoir une solde journalière pour sa nourriture, »
Vers l'an 1512, Maximilien forma le projet d abdiquer en. faveur de son petit-fils Charles, et de devenir pape. U fit faire itce sujet des pro-
positions à Jales II , s'engageant a le prendre-
pour son coadjuteur. Jules ne fut pas en peine de faire voir à l'envoyé de Tempereur ^ chargé de lui faire cette proposition , qu'elle ne serait jamais admise par les cardinaux. On a conservé une lettre de Maximilien à sa fille Marguerite, gouvernante des Pays-Bas , dans laquelle il lui fait part de ce projet , lui donnant à entendre qu'il aurait besoin de deux à trois cent mille ducats pour l exécuter. Ën voici quelques fragments :
« Très-chière et très-aimée fylle , jé entendu « lavis que v^us m avez donné par Gayllain'
- Pur g un , notre garde-robes , [Marguerite fvi »• conciliait de se remarier) et ne trouvons •* point pour nulle resun bon , que nous nous de- »• vons franchement marier.... Et envoyons de *' main Monsr. de Gurce évesque à Morne de- H vers le Pape pour trouver fachon que nous
- puyssuns accorder avec ly de nous prendre *• pour ung coadjuteur, afin qu'après sa mort
pouruns estré assuré de avoir le Papae , (/a
^ dignité de pape , la papauté^ , et devenir
» prestre et après cstre saint , et que yl vous «• sera de nécessité que après ma mort vous serez » contraint de me adcnrer , dont je me trouveré
" bien gloryoes
n Je vous prie tenës ce*te matere empu
" secret , ossi bien en brieff jours , je crains que ^ yl fault que tout le monde le sache , car bien »• mal esti possible de pratiker ung tel si grand •» matere se(»*etement, pour laquelle y 1 fault avoer n de tant de gens et de argent suceurs et pratike;
>* et à Dieu, fuet de la main de votre bon père *• Maœimilianuê futur Pape : le XVIII jour de " septembre.
Dans un post-scriptum on lit : «Le papa a
encore les vyevert dubls et ne p^ult longement fyvre. *> — La soscription : «• A ma «bonne iylle l'archiduchesse d'Ostrice , douairière de Savoy e , en ses mains. -
Mais bientôt la mort de Jules II et l'élection au souverain pontificat du cardinal de Médicis (Léon X) , firent renoncer Maximilien à ce sin« gulier projet.