‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 28 sur 39 · MARTIN LUTHER · texte numérisé non relu

MARTIN LUTHER

C'est sur la fin du rcgne de Maximilien que parut cet homme fameux, dont les doctrines devaient avoir une si grande influence sur le sort de TAUemagae. Léon X avait résolu d'achever 1 église de Saint-Pierre, que son prédécesseur Jules II avait commencée. Les fondemens en étaient prodigieux; mais pour élever le bâtiment il fallait fiaire des dépenses énormes. Pour y pourvoir, le pape eut recouils aux indulgences, et il envoya à l'archevêque de Mayence l'ordre de les faire pubUer en Allemagne , d*y employer des prédicateurs zélés et de choisir des trésoriers fidèles pour recevoir l'jirgent qui en proviendrait. L'archevêque donna la commission aux Domini* cains. qui s'en acquittèrent assez mal. Jean Stu-, pitz, vicaire- général des Augustins enAUemagne, mécontent de ce que l'on avait ôté à son ordre la commission de prêcher les indulgences , char-

)»ea un de ses religieux , nommé Martin Luther ,

de dévoiler et de combattre les abus commis par les Dominicains dans la prédication des indulgences.

Luther était hé, en 1484 , à Eisleben, dans le

comté de Mansfelden Saxe. Ses parens l'avaient fait étudier en droit pour en faire un jurisconsulte ; niais ayant vu iin de ses amis tué à ses cotés d*un coup de tonnerre , il résolut de renoncer au monde, et la même' année il entra au couvent des Augustins d'Erfurth. 11 s'adonna à l'étude de la théologie , et son esprit vif, subtil , appliqué, le rendit bientôt fort habile. Il prêcha avec beaucoup de succès devant Frédéric, électeur de Saxe, qui goûta tellement ses sermons , qu'il voulut se charger de tous les frais de son doctorat (1512). Jusque-là Luther s'était fait remarquer par le zèle le plus vif pour l'autorité du pape, dans toute (extension quV>n doit lui donner , et pour les autres points de doctrine et de discipline qu'il attaqua depuis avec tant de violence. Ce zèle était tel , qu'il se sentait , disait-il , disposé à porter les première^iiches pour faire brûler Erasme, qui , au mépris de Tatltorité pontificale , avait osé écrire contre la messe , contre le célibat ecclésiasr tique et contre Tinvocation des saints. Mais la lec^ ture des livres de Jean Huss ne tarda pas à perv^r ses smitimens et à lui faire prendre en haine les pratiques de l'église. Il entreprit alors de se frayer une route nouvelle , et la nature lui avait donné tous les moyens de réussir. Un caractère impétueux , propre à se passionner très- vivement

poiir un objet et à s'y livrer tout entier , sans vouloir écouter rien de ce qui aurait été capablade le ramener à des partis modérés : une imagination ardente , uo esprit nourri par l'étude , une éloquence naturelle , une voix forte , des poumons à toute épreuve , une plume intarrissable , cette facilité de parler que donnent la violence et l'enthousiasme , enfin celte opiniâtreté qui s'irrite des contradictions. Tels sont les qualités ou tes défauts qui , en aosurant à Luther des succès dont son orgueil était flatté, l'ontrendu le plus hardi et le plus entreprenant des novateurs de ce seizième siècle qui en produisit un si grand nombre (1). Déjà , avant la prédication des indulgences ordonnées par Léon X , Luther avait annoncé , dans des thèses publiques , les germes des nouveaux dogmes qu'il soutint depuis avec tant d'éclat et de . Iracas. Telles étaient les dispositions de cet homme , quand le vicaire-général de son ordre lui donu^ala commission dont nous avons parlé. Aussi ne se contenta-t-il pas de prêcher contre les abus commis par ses adversaires, mais il publia un programme renfermant quatre-vingt-quinze propositions qui combattaient directement les indulgences eii elles-mêmes. Jeaa Tetzel , dominicain , lui répondit par un programme contenant cent six propositions ; et , comme inquisiteur delà ioi en Allemagne , il fit brûler publiquement le programme de Luther , qui en fit autant de celui de Tétzel.-

(I; Wtite, Dolice tu? Marlin Urnbcr.

Cependant le docteur Eckius , professeur de théologie à Ingohsadt, écrivit aussi contre les propositions de Luther , et les dénonça au Saint- Siège. Le pape , m lieu de les condamner à Rome, consentit à la prière de l'université de Wittemberg , qu'elles fussent examinées en Allemagne. Il en donna la commission au cardinal Cajétan , qui fit citer Luther à cqmparaîtjre devant lui. Luther hésita d'abord , craignant sans doute le sort de Jean Huss ; mais ses amis obtinrent pour lui un sauf-conduit de l'empereur , et il se rendit à Augsbourg, où l'attendait le cardinal. Après une première conférence ^ il protesta solennellement , dans un acte authentique et public , de se soumettre en tout à la décision de la cour de Rome , mais il refusa de rétracter les propositions qu'il avait avancées jusqu'à ce que cette décision eût été connue , ou qu'on lui eut démontré son erreur. Lie légat l'ayant menacé des censures ecclésiastiques, Luther quitta Augsbourg et se retira en Saxe, dont le duc le prit sous sa protection. Il publia ensuite un appel au futur concile , dans lequel on remarque les passages suivans ; « Que son intention n'était pas de s'éloigner des sentimens de l'église, ni d'affaiblir l'autorité des papes dans leurs constitutions ; qu'il ne prétendait ni douter delà primauté du Saint-Siège et de sa puissance, ni rien dire qui fut contraire au pouvoir du souverain pontife bien informé ; qu'ayant appris que l'on procédait contre lui à Rome , et que ses juges prétendus , sans avoir égard à sa soumission et à ses protestations , pensaient à le condamner , il se

trouvait obligé d'appeler du pape Léon X, mal informé, à un concile général légitimement assemblé, et représentant l'église universelle, etc. * La discussion était arrivée à ce point , lorsque Temperetir Maximilien mourut sans y avoir pris . part , et sans prévoir les suites que devaient avoir, sous ses successeurs , les nouvelles doctrines du moine Augustin d'Erfurth. Pendant qu'il était à Inspruck , occupé de régler l'ordre de succession à ses états héréditaires , il fut saisi de la fièvre ; pour changer d'air il se fit transporter à Wels, dans la Haute- Autriche ; mais la maladie n'en fit pas moins des progrès rapides , et il succomba le 11 janvier 1519 , dans la soixantième année de son âge. ^ .

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