‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 29 sur 39 · INTERRÈGNE* — ÉLECTION DE ÇU ARLES QUINT · texte numérisé non relu

INTERRÈGNE* — ÉLECTION DE ÇU ARLES QUINT

Dans la dernière diète qu'il avait tenue^à Augsbourg , Maximilien avait témoigné le désir de désigner son successeur, en faisant nommer roi des Romains Tun de ses petits-fils , Charles ou Ferdinand ; mais , sous divers prétextes , on éluda la demande de Maximilien, et il ne put rien obtenir. Charles était en Espagne , où il était allé recueillir l'héritage de Ferdinand et d'Isabelle , lorsqu'il apprit la mort de son père. Il s'adressa aussitôt aux électeurs pour obtenir leurs suffrages ; mais un redoutable concurrent se mettait aussi sur les rangs et aspirait à la couronne impériale , c'était François , roi de France. Les électeurs se trouvèrent d'abord partagés; les partisans de Charles faisaient observer qu'aucun prince de

Tempire n'était assez puissant pour soutenir le

poids dune pareille couronne; que depuis longtemps die était lapanage de la maison d'Autriche, et qu'il ne fallait pas priver l'empire des secours qu'il pouvait attendre de cette maison , aujourd'hui plus puissante que jamais, surtout pour choisir un souverain étranger , accoutumé à régner sur un peuple dont lé caractère , le gouvernement et les mœurs étaient si différens de ceux de l'Ailemagne. Les partisans de François prétendaient au contraire qu'il était temps de prouver aux princes de la maison d'Autriche que la couronne impériale était élective et non héréditaire ; que dans les cir^nstances où se trouvait l'Allemagne, agitée au-dedans par des dissensions religieuses , menacée au-dehors par le redoutable sultan Sélim , on avait besoin d'un souverain d*un jugement mûr et de talens éprouvés ; qu'ainsi un roi , déjà exercé à manier les rênies d'un vaste royaume , le vainqueur de Marignan , devait être préféré à un jeune prince sans expérience , et qui n'avait encore donné aucune preuve de capacité militaire.

Toute l'Europe avait les yeux fixés sur les délibérations de la diète de Francfort , et des envoyés de presque toutes les puissances s'y rendirent pour tâcher d'exercer quelque influence sur les votes des électeurs. Il se forma alors un troisième parti qui voulut exclure les deux puissaiis ' rivaux \ cette opinion prévalut d'abord , et le choix des électeurs se porta unanimement sur Frédéric de Saxe. Mais ce prince refusa modestement

loffre d'une couronne, que deux puissans monarques recherchaient avec ardeur. Dans le discours qu'il adressa aux électeurs , pour motiver son re-ius , il les engagea à reporter leurs suffrages sur Charles d'Autriche , roi des Espagnes , dont ^ les *> prétentions » dit*il , iui paraissaient mieux fondées quecdles d'un prince étranger à notre lan- ^ gue , à notre sang ^ à notre pays. » Ces paroles , et rautorité d'un prince qui avait reçu le surnom de Sage, décidèrent les électeurs. Le 26 juin 1519, cinq mois et dix jours après la mort de Maximilien , Charles d'Autriche , roi d'Espagne , lut élu à l'unanimité empereur d'Allemagne. ^ Si jamais la fortune, dit M. Las-Cases, peut se prendre pour

le bonheur , certainement jamais mortel ne dut paraître plus heureux que Charles-Quint. A dixneuf ans , il se trouva tout à la fois empereur et héritier des maisons d'Autriche , de Bourgogne , de Castille , d'Aragon et de Naples , tandis que d'un autre côté on découvrait en son nom un nouvel hémisphère et des trésors incalculables. »♦

* l'aLLEMAGNE sous CHARLES -QUINT.

Il nous serait impossible de raconter ici , même en abrégé, Thistoire du règne de Charles-QMÎnt , histoire qui est celle de toute l'Europe pendant quarante ans » et qui s'étend même au-delà des mers , et jusque dans un monde nouveau. Ce serait d'ailleurs sortir du cadre que nous nous sommes tracé , et qui a pour objet de présenter un

tableau rapide des principaux événemens de Thfetoire d'Allemagne. Ces événemens , sous le règne dé Charles-Quint , sont la naissance du luthérianibme , les troubles qu'il occasionna , et les lois qui consacrèrent son existence.

Le couronnement de Charles-Quint se ût solennellement à Aix-la-Chapelle le 13 octobre 16Q0. Un des premiers actes de son administration fut de convoquer une diète générale de Tempire à Worms pour le 6 janvier 1521. Le but de cette assemblée , comme l'indiquait les lettres de convocation , était de chercher les moyens propres à arrêter les progrès des opinions nouvelles et dangereuses qui menaçaient de troubler la paix de l'Allemagne et de renverser la religion de leurs pères.

'En effet , les doctrines de Luther avaient fait

en peu de temps de rapides progrès. Non content de s'élever contre les indulgences , comme il avait fait d'abord , il attaqua bientôt la puissance des papes elle-même; il écrivit contre le céUbat des prêtres et contre les vœux monastiques ; contre la hiérarchie qu'il prétendait être une domination tyraiinique ; il se déchaîna surtout contre le luxe •t les richesses de la cour de Rome. Dans ses écrits et dans ses sermons , il exhortait les princes souverains à se rendre maîtres des biens des cvêchés , des abbayes et des monastères , à moins que lesévêchés ne fussent érigés en principautés. Dans ce cas , il conseillait aux évêques de se marier , et de ne pas souffrir , dans les terres de leurs dé-

pendances , d'ecclésiastiques voués au célibat. Il voulait qu'une partie des biens ecclésiastiques entrât dans le trésar du prince , pour être employée aux besoins de l'État , et que l'autre lût consacrée à l'entretien des pasteurs , des recteurs ou ministres de la religion ainsi réformée.

Ces dernières opinions de Luther lui firent plus de sectateurs que les propositions qu'il avait avancées sur les indulgences et sur l'autorité' du pape. Plusieurs princes en Allemagne , sous prétexte de cette doctrine , s'emparèrent des biens ecclésiastiques qui étaient à leur convenance. Le roi de Danemarck en fit autant , et bientôt les doctrines de Luther furent prêchées et accueillies dans toutes les provinces septentrionales de l'empire , et elles pénétrèrent jusqu'en Suède»

Le pape Léon X , après avoir vainement sollicité 1 électeur de Saxe d'abandonner Luther , s'adressa à Charles-Quint , qui promit de convoquer , aussitôt après son couronnement , une diète à Worms , où il manderait Luther et l'obligerait à rendre raison de sa doctrine.

La diète de Worms , après avoir consacré ses

premiers travaux à faire quelques réglemens pour la police intérieure de l'empire , s'occupa de l'affaire de Luther. Le fougueux prédicant se présenta devant l'assemblée. Il soutint avec véhémence ses erreurs en présence de l'empereur, et refusa constamment de se rétracter. On lui permit alors de se retirer , mais le lendemain de son départ, l'empereur et la diète publièrent un

édit qui le mettait au ban- de Tempire, défendait

à tous les princes de lui donner Un asile , et enjoignait a tous de se saisir de sa personne aussitôt que le délai du sauf-conduit , que lui avait accordé l'empereur , pour rengager à venir à Worms ^ serait expiré. Mais l'électeur de Saxe , protecteur' fidèle et constant de Luther, osa le soustraire aux effets de cet édit , en le faisant enlever et transporter dans le cliâteau de Wartboug , où il demeura neuf mois soigneusement caché, et sans que le lieu de sa retraite fut connu même de ses sectateurs.

D'un autre côté l'empereur, quelque fut son désir de mettre un terme aux progrès de Luther, fut détourné de cet objet , par les préoccupations les plus graves de la politique. François qui avait été son rival malheureux lors de l'élection à l'empire , menaçait de l'attaquer en Italie , dang les Pays-Bas et en Navarre. Les hostilités éclatèrent en 1521. L'Allemagne fut complètement étrangère à cette guerre, et c'est dans l'histoire de France , d'Cspagne et dltalie qu'il faut en chercher les détails; nous allons seulement en indiquer sommairement les principaux faits.

Les français, vainqueurs au delà des Pyrénées, essuient des revers dans les Pay-Bas, Henri Vlll d'Angleterre , et le pape Adrien , successeur de Léon X, se déclarent pour Charles- Quint. Celui-ci échoue dans une tentative d'invasion en Provence ; mais il est dédommagé de cet éehec par les défaites de Tamiral Bonnivet dans le Milanais , et la défection du connétable

de Bourbon. Bientôt la fortune lui ménage encore m plus éclatant stibcès. François passe les Alpes, assiège Pavie, est forcé de livrer aux impériaux , arrivés au secours de cette place , une bataille qu'il perd et dans laquelle il est fait prisonnier février 1525). Ce. succès extraordinaire qui donnait à Charles-Quint le droit de dicter les conditions de la paix » eâi:aya les alliés même de ce prince ; cette circonstance , et la fermeté que déplo3'a le monarque français dans sa captivité , forcèrent l'empereur à consentir à un traité qui était loin de réaliser toutes ses espérances (traité de Madrid , 14 janvier 1506). — Cèpendant une ligue s'était formée à Cognac contre Cbarles-Quint $ le pape Clément VU s'était mis à la tête et avait attiré dans son parti le roi d'Angleterre. Charles-Quint décida aussitôt une expédition contre le pape. L'armée impériale, sous les ordres du connétable de Bourbon, marche sur Rome, qui est prise et épouvantablement saccagée (1) . (6 mai 1527). Cet événement excita l'indignation de toute la chrétienté et fut le signal d'une nouvelle guerre , qui se termina par le traité de Cambrai , (1529).

Un des motifs qui détermina l'empereur à signer ce dernier traité, c'est que sa situation était devenue plus critique. Soliman II, empereur des Turcs , menaçait l'Autriche, et dans l'intérieur les Luthériens ne lui donnaient pas moins d'inquié-

(i) Voir pour les détails de ceUe expédition nos iiluïdaiiuui de rbistoire ditalie.

tude que les Ottomans. Un décret d'une dièt«

as:>eiiiblée à Spire en 1526 , avait d'abord laissé à chaque état d'Allemagne le droit de régler se& affaires religieuses ; mais une autre diète , tenue dans la même ville en 1529 , avait modifié ce décret , ou plutôt lavait annulé. Alors l'électeur de Saxe , le marquis de Brandebourg , le landgrave de Hesse , les ducs de Luxembourg , . le prince d'Anralt , avec les députés de quatorze villes libres et impériales , ârent contre ce nouveau décr^t une protestation solennelle en le déclarant injuste et impie. De là vient le nom deproieslans, donné dans la suite à tous ceux qui adoptèrent les nou« velles doctrines des réformateurs.

Charles-Quint venait de recevoir à Bologne la couronne de roi de Lombardie et d'empereur des Romains , des mains de ce même pape qu!il avai| retenu prisonnier. Pour cimenter sa réconciliation avec le saint siège, Charles-Quint promit de faire tous ses efforts pour détruire Thérésie qui menaçait d'envahir toute l'Allemagne. Il convoqua à Augsbourg une diète générale pour le mois de juin 1530 , les princes s y rendirent en grand nombre , et reçurent l empereur avec une pompe extraordinaire, et en lui donnant les plus grandes marques de ^e^pect. Ceux qui avaient embrassé les opinions de Luther , firent rédiger par Mé-. lanchton , une profession de foi qu'ils présentèrent à la diète , et qui est connue sous le nom de confession rf ydugshourg. La diète ne vit dans cette confession qu'un nouvel acte d'adhésion à l'hérésie , et l'empereur après avoir vainement es-

sayé de ramener les dissidens par la douceur ella persuasion , sanctionna le décret de^^ la diète qui condamnait la profession de foi des protestaos , défendait à toute personne de protéger ou de tolérer ceux qui enseigneraient cette doctrine ^ enjoignait l'exacte observation du culte établi , et défendait toute innovation pour l'avenir sous des peines rigoureuses.

Les protestans alarmés de la rigueur de ce décret , furent rassurés par Luther qui les engagea à former une ligue pour veiller à leurs intérêts. Ils s'assemblèrent en effet à Smalkalde, et là conclurent une ligue défensive contre tout agresseur, par laquelle tous les états protestans de l'empire s'unissaient pour ue former qu'un même corps.

Cependant Charles-Quint, sous prétexte qu'il était obligé de s'éloigner fréquemment de l'Aile- Aiagne, pour défendre et gouverner ses états d'Espagne , d'Italie , et des Pays-Bas , fit nommer roi des Romains son frère Ferdmand , archiduc d'Autriche , afin d'avoir toujours au sein de l'empire un lieutenant sur lequel il pût compter. Les protestans avaient vu avec crainte cette nomination , et avaient fait de grands efforts pour s'y opposer; ils écrivirent même au roi de France et d'Angleterre pour les intéresser à la défense • de la liberté germanique. Peut-être la guerre civile eût été la suite immédiate de ces démarches des protestans, si un danger commun n*eut rallié tous les esprits. Les Turcs faisaient de formidables armemens et se disposaient à envahir l'Ai-

lemagne ; Charles-Quint se réconcilia alors avec

la ligue de Smalkalde , et les conditions d'une (lacification nouvelle pour les affaires de religion furent signées , le 23 juillet 1532 , à Nuremberg, et ratifiées le mois suivant à Ratisbonne. Les protestans, pour témoi^ier leur reconnaissance , suivirent en foule 1 étendard de Charles-^Quint , qui pour la première fois se trouvait à la tête d'une armée. Cette campagne du reste ne fut signalée par aucune action meurtrière , mais tout en évitant prudemment de se battre , Charles-Quint sut rendre inutile tout le formidable armement des Turcs, et força Soliman à la retraite.

Nous ne suivrons pas Charles-Qaint dans son expédition de Tunis , et contre Barberousse ; ni dans sa troisième guerre contre François I*»^ , guerre que termina une trêve de dix ans (1538). Ce dernier traité fut suivi d'une entrevue des deux monarques à Aigues-Mortes , et peu de temps après du voyage célèbre que fit Charles - Quint à travers la France pour aller dans les Pays-Bas. La confiance qu'il témoigna dans cette circonstance ù la bonne foi de son rival , fait peutêtre plus réloge de la loyauté de Tun que de la prudence de l'autre.

En 1541 , Charles-Quint' tenta , mais inutilement, de conquérir Alger; au retour de cette expédition où il courut les plus grands dangers , il eut une nouvelle guerre à soutenir contre le roi de Ffance* La perte de la bataille de Cérisoles ; et les troubles survenus en Allemagne au sujet de

la réforme , déterminèrent l'empereur à signer la paix de Crespes ( 1544 ).

Un concile général avait été convoqué a Trente, pour examiner la doctrine des lîovateurs. Les protestaiis refusèrent de le reconnaître et de se soumettre à son autorité. Charles^nint , de re« tour en Allemagne , chercha à concilier les espnis et fit tour à tour des promesses et des menaces au parti protestant. Après des négociations , où on necherchaitqu'àse tromper réciproquement, la ligue des princes luthériens leva l'étendard de la guerre. L'empereur, qui tenait une diète èRatisbonne , mit au banc de l'empire Jean Frédéric, électeur de Saxe , chef de la ligue ; parvint à désunir les confédérés , rassembla à la hâte une armée et remporta plusieurs avantages contre eux. Jean-Frédéric , fait prisonnier à la bataille de Muhlberg ( 1547 ) , fut conduit devant Charles-Quint. II le reçut avec dureté , et le livra à line connnission militaire qui le condamna à mort. On lui fit grâce de la vie , mais en le privant de sa liberté et en lui enlevant ses états, que l'enjpereur donna à Maurice de Saxe , parent du condamné , autrefois un des cliefs de la ligue prolé'stante. Maurice avait quitté son parti pour s'attacher à Charles-^Quint dans i'espoir d en obtenir les moj^^ens de satisfaire ses vues ambitieuses.

Cependant l'empereur affectait de montrer quelque modération pour le parti vaincu, et mettait tous ses efforts à persuader qu'il n'agissait que pour la gloire et raffermissement de l'empire l^erraanique. Etant entré à Wittemberg , il visita

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fa tombe de Luther , et refusa d'insulter aux een* dres du réformateur , en disant : Jene fais point

la guerre aux morts ; qu'il repose en paix , il ** est déjà devant son juge. ^

Le landgrave de Hesse- Casse! , un des chefs de la ligue de Smalkalde , fut obligé de mettre bas les armes, et de venir solliciter son pardon. Charles-Quint, malgré les promesses quil avait faites , priva le landgrave de sa liberté , et le conduisit de ville en ville , avec l'ancien électeur de Saxe pour servir d'ornement à son triomphe. En vain Maurice, le nouvel électeur de Saxe, qui était gendre du landgrave , l'électeur de Brandebourg et d'autres princes sollicitèrent Tempereur en sa faveur , il rejeta toutes les sollicitations.

La ligue de Smalkalde était vaincue: l'empereur crut alors avoir affermi pour jamais son autorité en Allemagne. Il s'occupa alors de faire rentrer les religionnaires dans le sein de l'église , et en attendant la décision du concile général , il fit dresser un formulaire de religion , qui devait servir de règle de loi eu Allemagne. Ce formulaire , connu sous le nom A* Intérim , qui devait selon l'opinion, de Charles, opérer une réconciliation entre les deux partis , mécontenta également les catholiques et les protestansf L'empereur fut obligé d'employer la force pour le faire accepter par les villes impériales, et par quelques-uns des princes ; mais cette contrainte ne fit qu'augmenter le mécontentement général. Il convoqua une diète à Augsbourg et en obtint l'approbation de \ \nierim. Il tenta alors l'exécution d'un

projet quil avait tenu caché jusqu'alors , nièmu à ses Ininistnes. U voulut faire annuler rélection de son frère Ferdinand comme roi Romains , et l'aire élire à sa place son propre fils Philippe ( plus tard Philippe II, roi d'Espagne). Mais il (xhouacomplètemènt dans ce projet , et il fut contraint d'y renoncer.

Cependant une nouvelle ligue des princes pro- 'testans se formait dans le plus grand secret. Elle avait pour chef ce même Maurice de Saxe qui avait trahi les protestans pour Tempereur , et qui maintenant trahissait 1 empereur pour ses co^réligionnaires. Blaurice avait fait alliance avec Henri II , roi de France , fils et successeur de François 1^^. Charles-Quint était à Inspruck , où il surveillait les délibérations du concile de Trente: plein de sécurité , il n'avait avec lui qu'un faible corps de troupes à peine suffisant pour la garde de sa personne , lorsqu'il apprend tout-à-coup que Maurice de Saxe, à la tête d'une nombreuse armée, vient de s'emparer d'Augsbourg, et s*avanpe sur Inspruck , tandis que le roi de France a envahi la Lorraine , s'est emparé de Metz , Toul et Verdun, et a pénétré dans l'Alsace. Il voulut tenter de négocier avec Maurice , mais celui-ci n'en continua pas moins de s'approcher d'Inspruck. Charles-Quint, effrayé , quitta cette ville au milieu d'une nuit orageuse , quoiqu'il fut tourmenté de la goutte , et qu'il fallût le transporter dans une litière par des chemins impraticables ( 1552). Maurice entra à Inspruck quelques heures après le départ précipité de Charles

et désespéré de voir s'échapper sa proie au inolïient où il était près de la saisir , il livrât au piilage tous les bagages de l'empereur et de ses ^ ministres. Le concile de Trente se 8^>ara en dtwdre, et bientôt les protestans se trouvèrent assez fojts pour dicter les conditions de la paix de Passau , qui rendit aux Luthériens le libre exercice de leur culte, et renversa le grand édifice que Clferles s'efforçait d'élever depuis* tant d'années {2 aoiit 1552)»

Dans les négociations de Passau , il n'avait pas été question du roi de France. Ciiarles-Quint n'avait voulu rien entendre à son égard , et les confédérés, contens d'avoir obtenu ce qu ils demandaient , ne s'embarrassèrent guère d'un allié qu'ils regardaient comme assez et peut-être trop payé de ses services par les conquêtes qu'il avait faites en Lorraine. Mais ces conquêtes étaient précisément ce qui causait le plus d'aiiiiction à l'empereur, et il était bien résolu de profiter de la paix intérieure qu'il venait de signer , pour recouvrer cette portion importante du'doroaine de l'empire. Aussitôt que les arrangemens de Passau furent terminés , il réunit une puissante armée et vint mettre le siège devant Metz. La défense de cette place était conâéô à François de Lorraine, duc de Guise ; ce prince déplaya dans cette occasion tant de bravoure , de talent et d'humanité , qu'il excita l'admiration et l'enthousiasme non seulement de ses compatriotes , mais des ennemis eux-mêmes. Tout le monde connaît l'issue de ce siège célèbre, l'armée impériale fut presque

entièrement détruite et forcée de se retirer en

ubaiidonnant ses bagages et son artillerie.

La fortune trahissait également Charles en Italie , où la révolte venait de lui faire perdre Sienne. Accoutumé à une longue suite de prospérité, il ressentit vivement ses revers. Il se n^- . tira à Bruxelles, et là, tourmenté par les douleurs de la goutte , il devint chagrin , d'un accès difficile, et souvent incapable d'application. Cependant dès qu'il jouissait de quelque intervalle de santé, toutes ses pensées se tournaient vers la vengeance ; il méditait toujours les moyens d humilier la France et d'effecer la tache faite à sa renommée et à la gloire de ses armes (1). Une armée qu'il avait réorganisée dans les Pays-Bas , remporta quelques avantagea bur les frontières de France et s'empara de Térouanne que Charles- Quint fit raser (1553) ; mais elle ne pous>a pas plus loin ses progrès.

Cette armée Charles s'occupa d'un nouveau | »rojet pour Tagrandissement de sa famille. La princesse Marie, fille de Henri VHI. et sœur d'Édouard VI, venait de monter sur le trône d'aAngleterre. Charles lui envoya une pompeuse ambassade pour lui offrir la main de son fils Phi- lippe. Cette proposition fut agréée par la reine , et Charles , par <^tte nouvelle alliance , put former peut-être encore ce rêve de la monarchie universelle , qui avait si long-temps occupé son esprit, et que ses revers récents avaient en partie détruit.

(i; Robertfon , hisloiic de Uidrlcs-Quini.

Êu effet, à l'exception de la France, il se trouvait maître de tout l occideat de l'Europe. Cette rivale indomptable allait désormais être enfermée dans un immense réseau , qui ne lui laisserait plus aucun mouvement , et la forcerait de subir la loi de son puissant adversaire. Mais pour réussir complètement dans ce grand dessein , il désirait toujours placer la couronne impériale sur la tête de son fik. Le refus qu'il avait éprouvé déjà lavait forcé de suspendre , mais non d'abandonner son projet. Il le reprit à l'époque de la diète réunie à Augsbourj^, en 1555, pour statuer sur la paix de religion , et il sollicita son frère Ferdinand de renoncer à son titre de roi des Romains: Ferdinand , qui présidait la diète , n'était nullement disposé de céder aux prétentions de son frère , mais avant de lui faire connaître son refus , U s'efforça de gagner la faveur des princes de l'empire. Il mit toute son adresse à conduire les délibérations de la diète de manière à ne point irriter Tun ou l'autre parti ; il fit consentir chacun à des concessions ; il donna une interprétation favorable aux points équivoques , et tantôt représentant ta nécessité et les avantages de la concorde , tantôt menaçant de rompre la diète , il vint enfin à bout d'amener les esprits à une conclusion qui satisfît également les catholiques et les protestans. £d conséquence , on dressa un recez , dont les principaux articles furent : Que les princes et les ville» qui s'étaient déclarés pour la omfession d'Augs* bourg seraient libres d'en professer la doctrine et le culte y sans être inquiétés par l'empereur , le

roi des Romains , ni personne ; que les proleslang: de leur coté ne troubleraient ni les princes , ui les états qui «id mettaient les dogmes et les cérémonies de l'église catholique , qu'à l'avenir on ne tenterait jamais de terminer les disputes de religion que par les voies pacifiques et persuasives des conférences , etc.

Quelque temps après la publication du fameux recez , Tempereur assembla les états des Pays-Bas à Louvain (octobre 1555), et il fit une cession authentique de ces provinces à son fils Thilippe , qu*il avait dérjà déclaré duc de Milan , roi de Naples et de Sicile. Six ou sept semaines après cette première abdication , l'empereur se démit , en faveur de Philippe , de tous ses autres états héreditaires et de tout ce qu*il possédait , tant dans l'ancien que dans le nouveau monde. La cérémonie se fît dans la grande salle du palais de Bruxelles , en présence d'une nombreuse assemblée de princes et de seigneurs qu'il y avait appelés.

Charles-Quint conserva encore 1 empire pendant quelques mois. Il employa ce temps à mettre ordre aux affaires d'Allemagne et à rétablir la puissance de son fils. Ils renouvella ses sollicitations auprès de son frère Ferdinand pour l'engager à céder la couronne à Philippe ; mai$ Ferdinand , qui avait résisté à Charles quand il pouvait appuyer ses demandes de toute l'autorité qui accompagne le pouvoir suprême , ne reçut qu'avec indifférence , et presque avec dédain , les ouvertures 4ue lui faisait encore son frère après Tabais^

sèment ou il s'était volontairement réduit. Charles comprit enfin qu'il fallait renoncei* à ce chimérique projet , et résolùl d'abandonner le gouvernement de l empire; il signa un acte d abdication qui transférait à son frère, le roi des Romains , tous ses droits de souveraineté sur le corps germanique (17 septembre 1666 )• Il remit cet acte entre les mains de Guillaume, prince d'Orange , et Tautorisa à le présenter au collège des électeurs.

CHARLES-QUlNT DANS SA RETRAITE. — SA MORT.

On a beaucoup écrit sur les causes qui déterminèrent Charles-Quint à abdiquer le pouvoir suprême dans un âge où l'ambition est loin, d être éteinte au cœur de l'homme, mais on* en est encore réduit à des conjectures. Ainsi , nous croyons mutile de rapporter ici les opinions émises par les contemporains et par les historiens postérieurs ; peut-être , sans chercher si loin , trouvera- t-on le véritable motif de la résolution prise par Charles dans ces paroles qu'il adresse à l'archevêque de Tolède , qui était venu dans sa retraite le féliciter le jour anniversaire de sa naissance : «. Monsieur , «• j'ai vécu cinquante- sept ans pour le monde, ^ un an pour mes» plus intimes amis dans le ^ désert; je veux aujourd'ui donner entièrement » à Dieu le peu de mois qui me restent à

»• vivre. »

Après avoir envoyé son abdication à son frère , Charles s'embarqua en Zélande et arriva bientôt * sur les côtes de la Biscaye. 11 s'était choisi une

retraite au monastère de Saint-Just , prë& de Pla-

cenliâ, dans l'Estramadure, Ce fut là, dit Robertson , qu'il ensevelit dans la solitude et le silence sa grandeur , son ambition , et tous ses vastes projets , qui , pendant la moitié d un siècle ^ avaient rempli VEurope d'agitation et d'alarmes , et inspiré successivement à tous les peuples In tenseur de ses armes et la crainte de se voir subjuguéparsa puissance. » Un avait rien voulu conserver de son ancienne grandeur ; le petit bâtiment qu'il occupait , et qu'il avait fait construire quelques mois avant son abdication , était composé de six chambres , dont quatre avaient la . forme des cellules des moines ' d'un côté une portiî ouvrait sur un jardin que Charles cultivait luimême, de Tautre côté une communication était pratiquée avec la chapelle du couvent.

" En rentrant dans cçtte retraite, Charles-.Quint se soumit à un genre de vie très-simple r 'sa table était servie avec propreté , mais sans recherche ; il n'avait qu'un petit nombre de domestiques « et ,il vivait familièrement avec eux. 11 avait aboli pour le ^rvice de sa personne , toute espèce d'étiquette et de cérémonie gênante. Les pensées et les vues ambitieuses qui l'avaient si long- temps agité , étaient entièrement effacées de son esprit ; loin de reprendre aucune part aux événemens [)olitiques de l'Europe , il n'avait pas même la curiosité de s'en informer; il semblait voir cette scène tumultueuse , qu'il avait quittée , avep tout le mépris et l'indifférence d*un homme qui en avait reconnu la frivolité, et qui jouissait du plai-

sir de s être dégagé de ses biens (Robertson). » Ses amusemens se bornaient à la culture de son jardin , ou à des ouvrages de mécanique : quelquefois » suivi d'un seul domestique à pied , il allait se promener monté sur un petit cheval blanc , le seul qu'il eût conservé. Ces amusemens , quoique fort innocens , ne remplissaient qu'une faible partie de son temps , il en réservait la plus grande aux exercices de piété; Matin et soir, il assistait régulièrement au service divan dans la chapelle du monastère; il prenait beaucoup de. plaisir à lire des livres de dévotion , particulièrement les ouvrages de Saint Augustin et de Saint Bernard ; * et il s'entretenait fréquemment sur des sujets de religion avee son confesseur et avec le prieur du couvent.

Quelque temps avant sa mort il eut la singulière Idée de célébrer ses propres obsèques. Il fit élever son tombeau au milieu de l'église du couvent. Ses domestiques, vêtus de deuil, s'y rendirent processionnellement , tenant des flambeaux de cire noiro^ Lui-même les suivait enveloppé d un linceul. On commença l'office des morts, auquel le prince assista assis dans un fauteuil ; Charles joignait sa voix aux prières qu on récitait pour le repoâ de son âme , et mêlait ses larmes avec celles que répandaient les assistans , comme s'ils avaient célébré de véritables funérailles^ Vers la fin de la messe on Tétendit dans la bière , on chanta urr De Profundù et un Libéra , on répandit sur lut de. Teau bénite et les assistans se retirèrent. Charles demeura le dernier dans le chœur. Il ne sortil

de sa bière quaprès que les portes de 1 église

eurent été fermées , et il se retira dans son appar- . ^ment plein des idées lugubres que cette solennité ne pouvait manquer d'inspirer. La nuit suivante il fut attaqué de la fièvre , soit par suite de la fatigue que lui avait câuséff cette cérémonie funèbre , soit que cette image de mort eût fait sur son esprit une impression trop forte. II succomba à la violence de. cet accès, le 21 septembre 1558, âgé de 58 ans , sept mois , vingt*un jours. Il avait régné quarante- quatre ans en Espagne, et gouverné Tempire pendant trente-six.

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