‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 32 sur 39 · RODOLPHE H · texte numérisé non relu

RODOLPHE H

Rodolphe était l'aîné de sept princes, enfans de Maximilien. 11 était de mœurs douces , ami des >iciences et des arts , mais faible , irrésolu , et par conséquent peu propre à gouverner dans des temps difficiles. Il s'occupait d*astrpnomie , de chimie , d'expériences , de chevaux , et laisï^ait à des mains étrangères le soin du gouvernement de ses états ; aussi son règne , peu mémorable quoique long, prépara- 1* il le bouleversement qui agita l'empire avec tant de violence sous ses successeurs

La rivalité des religions devait faire naître dos

troubles. Malgré l'apparence de calme qui avait régné sous Ferdinand I^^ et sous Maximilien II , les esprits n'avaient point cessé d'être en fermentation. — A Aix-la-Chapelle, les protestans voulurent élire deux bourgmestres deleur religion , les catholiques s'y refusèrent; on prit les arînes de

part et d'autre , et les protestons s'étant rendus maîtres de l'arsenal, obtinrent par la force ce qu'ils demandaient. — Dans le pays voisin , à Cologne , éclata un scandale bien plus grave. Gebhard, archevêque de cette ville , avait apostasié et avait épousé la comtesse Agnès de Mansfeld , chanoinesse de Gerreshein. Le chapitre et la ville de Ci^logne , indignés d'un tel scandale, se révoltèrent et s'adressèrent à Home et à l'empereur. Le pape excommunia 1 archevêque, et Rodolphe le mit au ban de l'empire. Gebhard , abandonné des luthériens parce qu'il avait adopté les doctrines de Calvin , se vit forcé d'errer dans les Pays-Bas , en Angleterre, et yint mourir à Strasbourg. On peut voir , par cet exemple , que les sectes étaient loin d'être d'accord entre elles. Dans un laps de soixante ans , le Palatinat changea trois lois de religion : luthérien d'abord , il devint calviniste , puis redevint luthérien , et enfin calviniste. Tous ces changemens étaient marqués par des persécutions que feisait subir la secte triomphante contre les prédicans .et leç partisans zélés de lu secte opposée.

Tandis que l'indolent Rodolphe abandonnait le soin des affaires pour se livrer à l'astrologie et à l'alchimie, son frère, Tarchiduc Mathias , soutenait glorieusement la guerre contre Jes Turcs ^ et ramenait le caltqe dans la Hongrie révoltée. Mathias s'empara bientôt du gouvernement de la Hongrie et de l'Autriche , et l'empereur se vit forcé de sanctionner ceite usurpation , qui ne lui

laissait plus que le royaume de Bohême et le vain titre d'empereur.

La division de la maison d'Autriche , qui avait été le soutien des catholiques, rallia les états protestans les uns aux autres, et leur inspira la pensée d'une nouvelle ligue oil'enàive et défensive. Aprècs avoir tenu plusieurs assemblées pour poser les. foiidemens de leur union , il la cin)entèrent définitivement à Halle , en Souabe (1608). Elle comprenait la plupart des princes protestans et des villes impériales. Frédéric , électeur palatin , en était le chef. Les catholiques , alarmés de cette ligue, firent aussi de leur côté une confédération nommée ligue catholique : l'acte en fut signé a Wurtzbourg.

L'indolent Rodolphe apprit l'organisation de ces ligues avec la plus froide indifférence , et cependant elles menaçaient l'empire d'un affreux bouleversement, sa maison d'une ruine totale. Bientôt un héritage célèbre , celui de JuUers , vint ajouter les passions de l'intérêt à celles du fanatisme, et le désordre fut au comble. Le duc Jean- Guillaume de Juliers , possesseur des beaux pays du bas Rhin, Juliers, Clèves , Berg et Marck, étant mort sans postérité , sa succession fut réclamée par plusieurs prétendans. L'empereur voulut prendre possession du pays comme d'un fief vacant , mais déjà deux prinices protestans , l'électeur de Brandebourg et le comte palatin de Neubourg, s'en étaient emparés. Ils étaient soutenus par l'Union de Halle , à laquelle venait de s'allier le roi de France Henri lY. Ce prince, qui depuis

long-temps méditait l'abaissement de la maison d'Autriche f avait fixé à l'année 1610 Texécution de ses projets. Tout était prêt pour assurer le succès de son entreprise , lorsque Henri IV fut assassiné , au moment où il allait se mettre en jnarche pour exécuter ses desseins* A la nouvelle de ce fatal événement , les deux partis , qui en Allemagne étaient sur le point d'en venir aux mains, se montrèrent disposés à terminer à l'amiable, et ils déposèrent les armes.

Mathias , qui avait déjà enlevé à son frère la Hongrie et F Autriche , le dépouilla encore de la Bohême; le malheureux Rodolphe , réduit au vain titre d'empereur , survécut peu à son infortune. 11 mourut le 20 janvier 1612 , âgé de soixante ans , haï des uns , méprisé des autres , abandonné de tous.

MATHua — (1612-1619).

Mathias obtint , après la mort de son frère , la couronne impériale , qu'il lui eût peut-être ravie de son vivant si la mort ne l'eût prévenu. Mais il , montra pas sur le trône toute l'activité qu'on avait eu lieu d'espérer; on eîit dit qu'il n'avait forcé son frère de lui céder l'autorité royale que pour continuer son indolence et son irrésolution. Mathias n'avait pas d'enfans ; à la vérité deux frères lui restaient encore , mais ils étaient aussi sans postérité , et cette circonstance amenait déjà des querelles pour leur succession. Les membres de la maison d'Autriche allemande et espagnole firent alors entre eux un pacte de famille , par.le-

quel il fut convenu que Mathias adopterait pour son héritier et successeur Tarchiduc Ferdinand , son cousin , petit-fils de l'empereur Ferdinand I**". L'affaire ainsi arrangée , Mathias assembla les états de Bohême à Prague et leur présenta Ferdinand. 11 fut reconnu , et après avoir promis à ses nouveaux sujets ]e libre exercice de leur culte, il fut couronné roi de Bohême le 29 juin 1617 ; J année suivante les Hongrois lui déférèrent également le titre de leur roi.

ORIGINE Du, LA GUERRE DE TRENTE ANS.

Depuis long-temps de sourdes rumeurs, des mécontentemens faiblement comprimés agitaient TAIlemagne. La faiblesse des lois, le fanatisme et la fureur des deux ligues entretenaient partout une fermentation générale, en portant les esprits à la révolte et à l'intolérance. « C'était en vain , dit M. de Las*Caôes , que Mathias cherchait a s'opposer à tant de maux; il était entraîné luimême dans le tourbillon et forcé de partager ces mouvemens dangereux ; de tous côtés l'Allemagne n offrait plus que l'image d'un sol mouvant sous lequel mugissait déjà sourdement le volcan qui devait bientôt l'embraser. Enfin l'explosion se fiten Bohème, et la secousse ftit terrible; elle agita l'empire pendant trente ans. » Cette période de l'histoire allemande intéresse par ses causes , par ses événemens , et plus encore par ses conséquences qui ont changé la face de l'empire.

Rodolphe II avait accordé à tous ses états héréditaires le libre exercice de leur religion, et

Mathias avait confirmé ce privilège; niais la loi qui permettait aux seigneurs protestans d'introdaire ce culte dans leurs terres , n'obligeait pas les seigneurs catholiques de raccorder à leurs vassaux. Ce fut d'après ce principe que l'arcbevêquc de Prague et l'abbé de Braunau firent démolir ou fermer deux temples protestans, élevés sur le territoire de leur juridiction, sans leur permission? Les protestàns crièrent à la violation de leur privilège, et ils trouvèrent un chef résolu dans le comte Mathias de Thurn. 11 assembla les états du royaume , et , accompagné d'un grand nombre de mécontens , il alla présenter leurs griefs aux commissaires du roi. Ceux-ci ayant eu le courage d'y répondre avec fermeté , on les précipita par les fenêtres. Après cet excès , connu sous le nom de Deféèiemtration de Prague , la révolte fut générale dans tout le royaume : bientôt la Lusace , la Sîlésie , la Moravie , la haute Autriche suivirent cet exemple , çt ce fut dans ce moment de crise que Mathias expira , laissant à Ferdinand de vastes possessions et de grands embajrras.

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