‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 33 sur 39 · DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

DE TRENTE ANS

Au milieu des circonstances difficiles oii il se

trouvait, Ferdinand déploya un courage et une . fermeté à toute épreuve. Il ne succédait pour ainsi dire qu'à des titres ; ses états héréditaires , la Bohême y la Moravie , la Lusace , la Silésie , la Hongrie et l'Autriche étaient à conquérir. Malgré cette situation critique , il osa briguer Tempire,

prêt. à sortir de sa maison. Il se rendit à la diète de Francfort et sut si bien ménagei* les intérêts de tous les électeurs , qu'il fut nommé à runani* naité, le 28 août 1619, et couronné le 9 septembre.

Cependant les Bohémiens , dans une assemblée générale des^ Etats , avaient déposé Ferdinand de la royauté , sous prétexte qu'il avait violé leurs privilèges jet ses sermens. Us offrirent la couronne à Frédéric , électeur palatin , chef de l'union protestante. Voisin de la Bohême , par le haut Pala* linat , gendre d\i roi d'Angleterre , neveu du prince d'Orange » ce prince leur paraissait assez puissant pour les défendre contre Ja maison d'Autriche. Mais Frédéric hésitait d'accepter une royauté qui lui paraissait environnée de précipices. Malheureusement pour lui , entraîné parles conseils de sa femme ambitieuse et de ses adulateurs , il signa le décret d'adhésion et se rendit à Prague pour se faire couronner, Frédéric avait pour lui l'Union de Galle, dont il était chef, et tous les ennemis de la maison d'Autriche. Ferdinand avait lUnion catholique , et il sut encore mettre dans ses intérêts l'électeur de Saxe et MaximiUen de Bavière , qu'il nomma général de l'armée impériale. L'Espagne lui envoya vingt mille hommes qui s'emparèrent du Palatinat » • • tandis que Maximilien de Bavière prêchait en Bohême. Les deux armées se rencontrèrent devant Prague le 9 novembre 1620. £n quelques heures l'armée de Frédéric fut complètement défaite ; et cette journée, dit un auteur, lui coûta les États de ses aïeux et ceux qu'il avait acquis • on

a observé , comme mie singularité remarquable , que cette bataille fut livrée le dimanche, précisément à rheure où , dans toute TEurope catholique , il se répétait , dans l'évangile du jour : Rendez à César ee qui eei à César , el à Dieu ce qui est à Dieu,

Ferdinand n'usa pas de la victoire avec la modération qu'on aurait dû attendre de lui. Il mit le palatin au ban de l'empire %i fit périr , par la main du bourreau , tous les gentilshommes bohémiens qui s'étaient montré partisans de ce malheureux prince. Un aventurier célèbre , Mansfeld , entreprit seul de soutenir la cause de Frédéric , quanti tout le monde, même sesparens, l'abandonnaient. Uni au duc chrétien de Brunswick , frère du due régnant, il lutta avec constance , quelquefois avec avantage , . contre Tilly, général de l'empereur. Mais les troupes de Mansfeld et de Brunswick ne recevant point de solde, étaient forcées, pour vivre, de rançonner le pays où elles faisaient la guerre , sans distinction d'amis ou d'ennemis. Enfin , leurs chefs ne pouvant se soutenir en Allemagne , passèrent en Hollande pour offrir leurs services aux ' habitans contre les Espagnols.

Dans une diète tenue à Ratisbonne en 1623 , Ferdinand, pour récompenser Maximiiien de Bavière des services qu'il lui avait rendu contre Frédéric , lui donna l'électorat palatin. L'Union protestante était écrasée , et rien ne paraissait désormais s'opposer à la puissance suprême de Ferdinand. Mais les protestans étaient comprimés et non pas abattus ; ils formèrent une nouvelle ligue

en 1624 , et lé Danemarck , les provinces unies ,

l'Angleterre , la France, la Savoie et la république de Venise y prirent part. Christian IV , roi de Danemarck , déclaré chef de la ligue , entra dans la basse Saxe , où le dxic de Brunswick et Mansfeld avaient continué d'entretenir des intelligences. Ces deux héros aventuriers vinrent se ranger sous les drapeaux du roi de Danemarck , et celui-ci s'avança avec confiance contre l'en- . nemi« L'armée impériale était commandée par deux généraux d'un grand talent , Tilly et Walenstein , ou Waldstein. Le Toi de Danemarck fut défait par Tilly , dans une bataille rangée (1626i, tandis que Mansfeld se faisait battre par Waldstéin . Mansfeld survécut peu à sa défaite , et le duc de

Brunswick le suivit de près au tombeau. Christian , affligé de ses pertes voulut encore essayer

le sort des armes , mais il fut partout battu ; Tilly ' lui enlevait le Holstein , tandis que Waldstein pénétrait dans le états du duc de Mecklembourg, allié du roi de Danemarck ; emportait Wismar , Rostock , faisait trembler les côtes de la Baltique , pénétrait jusque dans le Jutlan ^ répandant partout la terreur de ses armes victorieuses. Ferdinand lui donna , pour récompense de ses services , le duché de Mecklembourg qu'il venait de conquérir , et le nomma amiral impérial de la mer Baltique. Christian accablé fut contraint de demander la paix , et il ne put l'obtenir qu'à des conditions peu honorables. *

Ferdinand était alors au comble du bonheur et de la fortune; depuis les Alpes jusqu'à la mer

Baltique tout obéissait aux ordres absolus de ce prince. Son année , forte de cent soixante mille hommes , était répandue dans tout l'empire , toujours prête à exécuter les ordres du souverain. Ferdinand se crut alors assez fort pour achever la ruine du parti protestant , en publiant le fameux édit de restitution (6 mars 1629) , par lequel les protestans étaient obligés de rendre tous les biens ecclésiastiques dont ils étaient en possession depuis le traité de Passau , en 1552. Malgré les remontrances des princes , P'erdinand ordonna l'exécution immédiate de Tédit , et Waldstein , chargé de cette commission , acheva de se rendre

odieux par la manière dont il s'en acquitta. La tyrannie de ce général avait excité au plus haut degré les plaintes des deux partis j aucun pays , occupé par l'armée de Waldstein , n'était épargné, soit ami, soit ennemi, soit protestant, soit catholique. A la diète de Ratisbonne , en février 1630 , Ferdinand ne put résister à l'unanimité des. plaintes élevées contre Waldstein. 11 le déposa, et licencia une partie de ses troupes. En cédant sur ce point , il croyait pouvoir résister aux autres demandes des princes , et surtout les décider à élire son fils aîné roi des Romains. Il se trompa , et le refus qu'il éprouva dut lui faire sentir que sa puissance commençait à diminuer.

En effet une ligue formidable se formait alors contre lui. La France , l'Angleterre , Venise , Rome même , qui avaient vu jusqu'alors avec une indifférence apparente l'accroissement de la puissance autrichienne , prévoyaient maintenant que

si Ferdinand couronnait la reine des princes pr<>-^ testants, rien ne pourrait plus balancer son pouvoir. Le cardinal de Richelieu , ministre de Louis XIII , négocia un traité d'alliance avec le roi lie Suède , Gustave-Adolphe ^ qui avait à se plaindre de l'empereur ; il détacha 1 électeur de Bavière de la cause de Ferdinand , et persuada aux catholiques d'Allemagne qu'il était de leur intérêt de se déclarer neutres»

Dès le mois de juin , tandis que Ferdinand essuyait les refus de la diète de Ratisbonne , Gus* tave-Adolphe s'était rendu maître de plusieurs îles de la mer Baltique* Il s empara ensuite de la Poméranie, passa dans le Meeklembourg, rétablit les ducs dépouillés par l'empereur , revint rapidement en Poméranie , chassa les impériaux jusqu'à Francfort-sur-rOtler et se vit maître du duché et du fleuve: Magdebourg , étonné de la rapidité de ces succès , se mit sous la protection du héros suédois. Cette ville malheureuse paya cher cette détermination , car tandis que Gustave- Adolphe s'avançait dans l'intérieur de lempire, Tilly vînt mettre le sic^ge devant Magdebourg , dans le dessein d'empêcher , par cette diversion , les Suédois d'entrer en Silésie. L*armée impériale perdit neuf raille hommes; mais la ville fut emportée d'assaut. Tilly , irrité de la résistance qu'il avait éprouvé , exerça contre elle une vengeance qui a déshonoré sa mémoire : le fer et le feu détruisirent cette belle villé ; trente mille habitans , sans distinction d'âge ni de sexe , périrent les uns égorgés, d'autres dévorés par les flammes, et

plosieurs précipités dans l'Elbe , ou écrasés sous

les ruines des temples et des maisons. Gustave ne put arriver à temps pour secourir cette malheureuse dté y mais il ne tarda pas à la venger.

La ligue protestante , qui s'était reconstituée à LeipsidL , et qui avait choisi pour chef l'électeur de Saxe , n'avait encore osé se déclarer pour Gustave ; Tilly , dans la crainte que cette iigue

' n*entrfit dans le parti suédois , reçut ordre , après la destruction de Magdebourg , de dissoudre la coalition des princes , ou de les forcer à réunir leurs armes à celles de l'empereur. Un pareil ordre décida la ligue. Le landgrave de Hesse se joignit sur le champ au roi de Suéde, et l'électeur de Saxe l'appela à son secours». Gustave accourut en toute hâte , franchit TElbe , se réunit à l'électeur , et marcha avec lui contre l'ennemi. Les deux armées se rencontrèrent auprès de Leipsick , le 17 septembre 163L Gustave remporta une victoire com-

. plète I décisive , et le vieux Tilly , vaincu pour la première fois , eut peine à échapper , avec une faible troupe^ à la poursuite de l'ennemi.

Gustave cueillit rapidement les fruits de sa victoire. Tout le pays , depuis l'Elbe jusqu'au Rhm , se soumit à lui ; les princes de la ligue accoururent sous ses enseignes; les Autrichiens prirent la fuite de toutes parts et lui ouvrirent le cœur de TAllemagne : la Franconle , la Souabe , le haut Rhm , le Pijlatinat le reconnurent pour maitre , tandis que son allié , Télecteur de Saxe , s'emparait de la Lusace et de la Bohême. Cependant ïilly était parvenu à reformer une armée , et il

était passé en Bavière où Tavait appelé l'électeur

iMaximilien , menacé dans ses états héréditaires par Gustave. Celui-ci venait de s'emparer de Donawort , et se présente sur le Lech. Tilly défendait le passage avec une nombreuse artillerie , le fleuve était large et profond ; Gustave s'élança à la nage , et son armée , encouragée par son exemple , eut bientôt gagné la rive opposée. Tilly fut blesse dans cette action , et mourut quelques jours après à Ingolstadt. La conquête de la Ba* vière ressembla aux autres par ?on étonnante rapidité ; Landshut , Munich se rendirent presque sans résistance , et Télecteur fut obligé de s'enfuir vers Ratisbonne.

La seule bataille de Leipsick avait arraché à l'empereur les fruits de douze ans de guerre; il .^e voyait menacé dans ses propres états , et il ne lui restait plus d'armes ni de. généraux à opposer à l'ennemi. Dans une pareille extrémité , il ne vit plus qu'un seul moyen de salut ; c'était de rappeler Waldstein ^ qui avait été déposé , humilié , et qui vivait fièrement dans sa retraite. IMui pro * posa donc de reprendre le commandement de son armée. Waldstein n'accepta qu'en faisant payer le besoin que l'on avait de ses services. Il exigea le pouvoir de diriger seul les opérations de la guerre , d'établir des contributions à son gré , de disposer des emplois militaires ; en un mot il demanda un pouvoir absolu. Il exigea en outre qu'on lui garantît, à la paix, le duché de Mecklembourg, ou un établissement équivalent. Quelques dures

que fussent les conditions , Ferdinand reçut la loi que lui imposait la nécessité.

Waldstein , revêtu de cette puissance presque royale , eut bientôt réuni une armée de quarante mille hommes. Dès le mois d'avril de cette même année l(>tË2 , il reprit Prague et chassa les Saxons de la Bohême. De là il vola au secours de l'électeur de Bavière , et , retranché dans le camp de Nuremberg , il se trouva pour la première fois en présence de Gustave-Adolphe. Waldstein résista à Tattaque impétueuse du roi de Suède , et s'ap* ])laudit de cette résistance comme d'une victoire, il n'osa cependant suivre Gustave, et il alla cher, cher une fortune plus facile en Saxe. Gustave quitta la Bavière pour aller secourir l'électeur de Saxe ; il joignit Waldstein campé près de Lutzeh, et lui livra la funeste bataille du 16 novembre

1632. Gustave- Adolphe fut tué dès le commencement du combat ; sa mort répandit la consternation parmi les Suédois; déjà ils parlaient de battre en retraite , mais le duc Bernard de Weimar sut les ramener au combat et leur inspirer le désir de venger leur roi et de retirer son corp^ resté au pouvoir des ennemis. Us revinrent à la charge avec la fureur du désespoir » se battirent m déterminés , jusqu'à la nuit , et remportèrent 1^ victoire. Les impériaux accablés profitèrent des ténèbres pour se retirer , abandonnant aux vainqueurs leurs bagages et leur artillerie; Waldstem évacua, la Saxe et gagna la Bohême.

On aurait pu croire que la mort de Gustave allait amener la fin de cette guerre si longue et si

désastreuse*, mais la malheureuse Allemagne n'é*-

tiiit pas encore au lerme de ses calamités. Le* chancelier de Suède Oxenstiem , chargé par les États de Suède de la direction des affaires de la couronne en Allemagne , ramena la confiance des protestants allemands , renouvella l'alliance avec la France , et sut se montrer aussi habile à conduire des intérêts politiques que l'avait été Gustave à commander des armées. La guerre continua donc avec des succès variés ; les détails seraient trop longs ; nous ne ferons qu'en indiquer les principaux événemens.

L'Autriche s'était vue de nouveau menacée par les Suédois , mais Waldstein avait.su faire face partout et repousser leurs attaques. Cependant la haine des ennemis nombreux que lui faisait son éaractëre impérieux* et tyrannique le menaçait d'une nouvelle disgrâce. Il voulut la prévenir en conspirant. On prétend qu'il aspirait à la couronne de Bohême. Sa trahison fut découverte ; Ferdmand ordonna de l'arrêter. Deux colonels, Gordon et Butler , chargés de l'exécution de cet ordre , outre-passèrent leur commission et l'égorgèrent. Après sa mort, ses biens furent confisqués et servirent à récompenser ses ennemis et ses assassins mômes , ce qui prouverait que leur action , si elle n'avait pas été commandée , fut du moins approuvée.

L'empereur » après la mort de Waldstein , nomma pour généralissime son fils aîné Ferdinand , roi de Hongrie , en lui adjoignant quatre habiles généraux : Picoloueini , Leganès , Galles et Jean

de Werth qui commandaient sous ses ordres. Le

jeune prince débuta par un brillant succès. Après avoir chassé les Suédois de la Bavière , il les atteignit à Nordling, en Franconie , et leur fit éprouver une horrible défaite. Vingt mille Suédois forent tués ou &its prisonniers , et parmi ces derniers le feld-maréchal Horu , un de leurs meilleurs généraux ; Bernard de Weimar , se retira sur le Rhin avec le reste de son armée.

La victoire de Nordiingue ranima les espérances de la maison d' Autri<:'he ; les protestans abattus songeaient à traiter avec l'empereur » dans le dessein de prévenir sa vengeance ; l'électeur de Saxe le premier se détacha de la ligue et conclut , le 10 mai 1635 , sa paix particulière avec Ferdinand. Ce traité , connu sous le nom de paix de Prague , souleva d abord des mécontentemens , mais tout le monde était las de la guerre ; l'abattement , le découragement était général. Les malheureux pays de l'Allemagne , sur lesquels s'étaient précipités tous les guerriers de l'Europe , étaient effroyablement dévastés , il n'y avait presque plus d'hommes ; les terres étaient pour la plupart en friche , et celles qui avaient été cultivées étaient loulées aux pieds , les villes étaient désertes , et des endroits jadis florissans n'offraient que des l'uines et des décombres. La famine , la misère , la maladie détruisaient ce qui n'avait pas péri par le glaive ; le désert et la barbarie menaçaient d'envahir ces contrées naguère si riches et si peuplées. Dans cette détresse générale, tous les protestans finirent par accéder Tun après l'autre au

traité de Prague , excepté le landgrave de Hesse- Cassel qui demeura toujours fidèle aux engage-^ mens pris avec la France et la Suède.

Cependant Ox^stiem ne s'était point laissé abattre par la défaite de Nordlingue, ni par la défection des princes qui en avait été la suiteJl renouvela son alliance avec* la France , qui, cette fois, ne se contenta pas de l'aider comme auparavant avec des subsides , mais l'assista avec des troupes. Ainsi les deux partis rentraient en hce avec des forces nouvelles , et la lutte , devenue plus égale , allait recommencer avec des efforts plus longs et plus meurtriers. Ferdinand li mourut sur ces entre-^ faîtes , après avoir eu la satisfaction de voir son fils , reconnu roi des Romains , à la diète de Ratisbonne. Ferdinand II , était âgé de 59 ans , et il en avait régné dix-neuf, tous remplis par la guerre,

FERDINAND Ht. ( 1637-165t). — ^IN DB LA GUERRE DE TRENTE ANS. — PAIX DE WESTPHALIE.

Ferdinand III soutint encore pendant dix ans la guerre terrible commencée sous son père. Dès la première année de son règne , il vit les géné^ raux Suédois reprendre l'ascendant qu*ils avaient perdu après la bataille de Nordlingue. Le duc Bernard de Weimar , Bannier , Torstenson , Wrangel, qui tour-à-tour commandèrent l'armée Suédoise , se montrèrent les dignes lieutenans de Gustave- Adolphe.

Après plusieurs tentatives inutiles pour amener la paix entre toutes les parties belligérantes , des

envoyés des différens partis se rassemblèrent à

Munster et à Osnabruck , en 1643. Mais ces négociations durèrent près de cinq ans , et pendant ce temps-là , la guerre n*en continuait pas avee moins de fureur. Cependant cette guerre avait changé tout-à-fait d objet , comme il arrive toujours dans les longues querelles ; on ne se battait plus pour les intérêts de Télecteur palatin , depuis long-temps oubliés de tout le monde, quoiqu'il eût été le premier motif de la guerre. L'objet aetuel de la querelle était la rivalité de la maison d'Autriche et de la maison de Bourbon. Richelieu, reprenant les projets de Henri IV , voulait à toute Ibrce abattre la puissance Autrichienne, et les conditions de paix qu'il proposait ne pouvaient être acceptées par l'empereur. La mort de ce ministre , suivie de près de celle de Louis XIll, Ht espérer à Ferdinand de pouvoir rejeter sur la ^ France les mnux que la guerre faisait à rAUemagne. Mais la bataille de Rocroi , gagnée sur Tar^ ince autrichienne par le grand Cundé , cinq jours après la mort de Louis XIII , la marche du prince français sur le Rhin, où, dans quatre jours, il remporta trois victoires sur Mercy» le meilleur des généraux de Tempereur , et s'empara de tout le pays depuis Landau jusqu'à Mayeuce, firent bientôt évanouir les illusions de Ferdinand. Il ne tarda pas aussi à s'apercevoir que* Mazarin , le successeur de Richelieu , suivait en tout ses projets à l'égard de l'Autriche , et qu'il ne devait pas compter sm* un changement de politique de la part de la France , malgré la minorité d'un roi

à peine figé de cinq ans , et la régence d'une pi*in«> cesse autrichienne. La victoire seule pouvait lui faire obtenir une paix favorable , et tandis que les plénipotentiaires discutaient les conditions du traité , Ferdinand essayait encore de les dicter par la force des armes. Mais le génie des Turenne , des Condé , des Torstenson , des Wrangel , l'emporta sur celui des généraux de l*empereur. Les électeurs de Saxe et de Bavière, restés jusqu'alors sesralljés , se virent forcés de faire des traités particuliers ; les autres électeurs catholiques suivirent cet exemple. Ferdinand voulut encore soutenir la guerre ; mais Prague tomba au pouvoir des Suédois , tandis que les Français s'emparaient de la Bavière. Enfin l'empereur se vit forcé de signer , le 14 octobre 1648 , ce traité si célèbre sous le nom de paix de fVestphalie, La France et la Suède , dit M. de Las-Cases , devinrent conjointement , par cette paix fameuse, les arbitres et les législateurs de l'Allemagne. Ils arrachèrent à la maison d'Autriche , T Alsace, les deux Lusaces , et rinfluence monarchique qu elle exerçait depuis long-temps sur tout l'empire. Us fixèrent les droits des princes et la liberté des états. Alors l'empire germanique , par cette constitution nouvelle , se trouva pour toujours, en vertu des lois , ce qu'il avait été momentanément durant les anarchies de la faiblesse des empereurs, une ligue ou confédération aristocratique , dont le chef n'a qu'un vain titre sans pouvoir. »

Voici les principales, dispositions de ce traité : La France obtint la souveraineté des trois évê-

ehés , Metz , T«)iil et Verdun , et de la ville de

Pignerol ; Brisach et ses dépendances ; le Sundgaw, les Landgraviat de la haute et basse Alsace, avec le. droit de tenir garnison dans Philisbourg.

La Stï^de obtint Taï^hevêché de Bremen , et

Icveché de Verden , sécularisé, la Poméranie antérieure , Stetin , Tiie de Rugen » Wismar dans le Mecklembourg , avec trois voix à la diète.

L'électeur de Brandebourg et les ducs de Mecklembourg , furent indemnisés des cessions faites à la Suède. L'électeur palatin recouvra son territoire avec quelque diminution , et on créa un cinquième électoral séculier en sa faveur.

La république suisse fut reconnue libre et indépendante.

Tous' les princes et états de l'empire recouvrèrent les états dont la guerre les avait privés , et tels qu'ils les possédaient avant 1619.

La paix de religion , fondée sur la transaction de Passau , en 1552, et le recès d'Augsbourg de 1556 , sont confirmés et maintenus; Tous les avantages accordés aux luthériens, doivent s'étendre désormais aux calvinistes^.

La chambre impériale sera composée, ainsi que les députations de l'empire , de membres des deux religions.

Tous les princes et états jouiront d'un sulfrage iibre et décisif, relativement à toutes les affaires de l'empire.

Tous les princes et états furent con^rmés da]>s le droit de faire des alliances entre eux, ou avec

les puissances étrangères, pourvu -qu'elles ne lussent pas dirigées contre l'empereur et l'empire.

L'empereur Ferdinand III vécut encore neuf ans aprte la paix de Westphalie , et gouverna avec douceur et sagesse. Jusqu'à sa mort , la paix de l'Allemagne ne fut plus troublée. Il avait fait élire roi des Romains » son fils Ferdinand ; mais ce jeune prince mourut avant son père. L'empereur, ai&igé , se hâta de créer roi de Hongrie et de Bohême, son second fils, Léopold, qu'il voulait encore élever au trône «de l'empire ; mais la mort le surprit lui-même en 1657 , avant qu'il eut pu exécuter ce projet.

CHAPlTKi. IX.

Lropold lor.— Guerre contre la France.— Siège de \ i»:nuc par 1* 5 Turcs. — Sobieski délivre celle ville. — Pâiide Carlowilt. ^

Paix do Riswick. — Guerre pour la succession d'Espagne.— MorI <lo Léopold 1er. — Joseph 1er empcieur. — Suile de la guerre de sui cession. — Mort de Joseph 1er. — Charles VI empereur.

— Fin delà guerrede Boceession.-— PaiK d*IJlrech(. — Paix de Baden. — Pragmatique sanction ou (esiamenl de Charles VI. — (iuerre pour l;i succession de Pologne. — Trailé «le Vienne. — liuerre malheureuse contre les Turcs. — Mon de Cliarles VI. — Guerre pour la succession de Cbarles VI. — Marie-Thérèse. — Charles VII. — Marie-Thérèse en Hongrie rréd(^ric II, roi de Prusse. — Mort de Charles VII. — Eleciioii de François 1er.

— Paix d'Aix-la-Chapelle. — Administration de Marie-Thérèsf.

— Goerre de sept ans. — Paix de Huberlsbourg. — Mort de François 1er. — Jozeph II empereur. — Partage delà Pologne

— Mort de Marie-Thérèse. — Réforme de Joseph II — Sa n.ort.

— Léopold 11. — François il. — Guerre contre la France. — Congrès de Raslsdl. — Paix de Lanéville. — Campaene d'Austerlilz. — Paix de Presbourg. — Confédération du Ebin — Fin de l'empire d'Allemagne. — Campagne de Prusse, — Bataill»» de Wagram. — Guerre de Russie.— Campagne de 1812 et de 1814. ^ Cbote de Nanoléon. ~ Congrèt de Tienne. —Gontédéral ion germanique. — Ordres drsétats Taisant partie de U confédération.

— Changemens survenus dans les principales familles réguauie» en Allemagne , depuis I81.i ^ jusqu'à f8i.'i. 1058-1^^3).

MAISON D AUTKICHE. — LÉOPOLD l«^ ( 1658-1705).

ÉOPOLD ne monta pas sans difficulté

sur le trône impérial , laissé vacant ^ par la mort de son père. Plosiemis concurrens se présentèrent : Louis XIV même se mit sur les rangs . et peu s'en fallut qu'il ne l'emportât sur es rivaux. £nfin le choix des électeurs arrêta définitivement sur Léopold , qui reçut la couronne impériale , le 18 juin 1658 » à

Francfort.

Depuis la paix de Westphalie, on continuait, en Allemagne , de regarder le roi de France comme le protecteur de l'empire , quoique sa puissance , qui devenait de jour en jour plus formidable » dût inspirer plus de crainte que celle de l'empereur. En vertu de l'article qui permettait aux princes de lempire de contracter des alliances avec les puissances étrangères , plusieurs d'entre eux s'allièrent à Louis XIY , pour leur défense commune, et le maintien inviolable du traité de Westphalie. Ces alliances , plusieurs fois renouvelées jusqu'en 1666, donnèrent à Louis, une si grande influence dans l'empire , que son autorité y surpassa souvent celle de Léopold. Peut-être avec de la modération et de la sagesse , Louis pouvait s*assurer à jamais cette autorité précieuse; mais il la perdit par son ambition et son orgueil.

L'empire s'était peu inquiété, quand il avait vu Louis XIV s emparer des Pays-Bas et de la Franche- Comté; mais quand il voulut faire la conquête de la Hollande , l'empereur , presque toute l'Allemagne , le Danemark et l'Espagne se liguèrent contre lui. Nous n'entrerons pas dans les détails de cette guerre , détails qui appartien nent plus à l'histoire de France qu'à cdle d'Allemagne. L'avantage resta toujours à Louis XIV, qui dicta la loi à ses adversaires, dans le trSité de Nimègue(1679).

Cette paix fut de courte durée. Louis XIV, enivré par la prospérité , voulut réunir à la couronne des domaines , possédés en Alsace et dans les trois évêchés , par difTérens princes d'Allema-

gne; comme ces princes résistèrent, il fit prononcer la confiscation des domaines en litige ; Tannée suivante , il s'empara de Strasbourg (1681). Tant de violences en pleine paix causèrent les plus vives inquiétudes. Léopold , jaloux du triomphe d^ la France , et le roi de Suède , mécontent du traité de Nimègue, qui lui avait enlevé une partie de ses possessions d'Allemagne, assurées par le traité de Westphalie, essayèrent de soulever l'empire. Dans une diète tenue à Katisbonne, une ligue fut conclue entre l'empereur, prince de Tempire , et le roi de Suède , contre les envahissemens de la France. Mais un événement d'une importance l)ien plus grande vint suspendre les progrès de la ligue ; et forcer Léopold d'abandonner ses desseins contre la France , pour sauver ses états envahit^ par une formidable armée de Turcs.

8IÉ6B DB VIENNE PAR LES TUfiCB.

Depuis long- temps la Hongrie était agitée par des troubles sérieux , auxquels Léopold avait cru mettre fin , en sévissant avec une rigueur extrême contre les chefs des mécontens. 11 était allé jusqu'à r(?tirer aux Hongrois leurs privilèges, et à déclarci' leur couronne liéréditaire dans sa maison , sans qu'il fût besoin , comme cela s'était pratiqué (k puis long-temps , que l'élection du nouveau souverain fut approuvée dans une réunion des <'îats. Il institua un conseil de gouvernement, dont il se réserva la nomination , et la Hongrie fut livrée au despotisme militaire. Tant de maux poussèrent à bout un peuple courageux. 11 trouva

un chef habile dans Emerie, comte de Tékéli.

qui se mit sous la protection de la Porte Ottomane, ennemie jurée de la maison d* Autriche. Soutenue par les pacha<5 de Bude et de Waradin, Tékéli s empara de diverses places , et au commencement de Tannée suivante ( 1683) , le sultan Mahomet IV leva une armée formidable , et l'envoya dans les provinces héréditaires de l'Autriche , sous les ordres du grand- visir Cara-:Mustapha. Celui-ci s*avança à la tête de deux cent mille hommes jusqu'à Pesth. où il fit sa jonction avec les insurgents. L'Allemagne fut effrayée en apprenant ce mouvement. L'empereur obtint des secours de la diète, et conclut un traité d'alliance avec les électeurs de Bavière et de Saxe , et un autre traité avec Jean Sobieski , roi de Pologne. Il avait en outre un général habile, dans le duc Charles de Lorraine, son beau-frère. Mais avant que les préparatifs fussent achevés, les Turcs s'avançaient sur Vienne à marches forcées. L'empereur et . toute sa cour , à l'approche de l'ennemi , étaient sortis de cette capitale , au milieu des cris d'un peuple indigné. Le duc de Lorraine , de concert avec l'intrépide gouverneur Rudiger, mit la place en état de défense; il laissa douze ipiUe hommes de garnison dans la ville , et se. retira avec sa petite troupe pour troubler les opérations du siège et attendre des renforts.

L'armée du grand-visir parut devant Vienne , le 14 juillet ; en quelques jours , l'investissement fut achevé , et l'attaque commença. Tous les hommes en état de porter Içs armes , s'enrôlèrent

pour prêter secours à la garnison. La grosse artillerie des Turcs battit bientôt en brèches les murailles de la ville. Malgré l'héroïque défense des assiégés , Tennemi gagnait peu à peu du terrain ; à la fin d'août , les Turcs s'étaient logés dans les fossés; au 10 septembre, la mine avait ouvert une large brèche dans le bastion nommé le Bourg. Le danger était extrême , la garnison était épuisée par les maladies , les travaux et les combats de tous les jours ; les vivres allaient manquer ; enfin le 11 septembre , quand toute la ville était dans la stupeur et dans Tattente d'un dernier assaut , qu'il ne serait peut-être pas possible de repousser , on aperçut un mouvement extraordinaire dans le camp enneiïii. C'était Sobieski qui arrivait au secours des assiégés. A cinq heures du soir , l'armée chrétienne déploya ses étendards sur la montagne de Kalen , et annonça présence par une salve d'artillerie. Le lendemain, eUe

descendit de la montagne, et attaqua l'ennemi. Après quelques escarmouches, où l'avantage resta aux Chrétiens, Sobieski réunit les chefs de l'armée en conseil , pour déhbérer si on livrerait la bataille le jour même, ou si l'on attendrait au lendemain, pour laisser aux troupes le temps de se reposer, quand on vint annoncer aux généraux assemblés que l'ennemi était en pleine fuite. On ne pouvait d'abord croire à cette nouvelle , mais elle se confirma bientôt. Une terreur panique s'était emparée des Turcs ; ils fuyaient dans le plus grand désordre , abandonnant leur camp et leurs bagages. Voici quelques fragmens de la

lettre que Sobieski écrivit à sa femme ; ou pourra se faire une idée exacte de cet événement.

M Tout le camp ennemi avec toute son artillerie

tf et toutes ses énormes richesses est tombé dans n nos mains. Nous chassons devant nous une arf* mée de chameatix*, de mulets et de Turcs prî- » sonniers ; je suis devenu l'héritier du grand- » visir. L'étendard de Mahomet, dont le sultan '» avait honoré cette campagne , les tentes , les n chariots , les bagages , dans tout j'ai ma part.

w J'étais ce matin dans la ville et j'ai trouvé «t qu'elle n'aurait pu tenir cinq jours de plus.... " J'ai eu longtemps à combattre avec le visir » jusqu'à ce que l'aile gauche vienne à mon se- " cours... Mais après le combat, je me suis vu 1 entouré de l'électeur de Bavière » du prince de t» Waldeck et de beaucoup d'autres princes qui N m'embrassaient et me baisaient. Les généraux H me portaient par les mains et par les pieds , et n les colonels, à la tête de leurs régimens, me sait luaient en criant : Vive notre brave roi !.. .

*• Aujourd'hui l'électeur de Saxe, le duc de n Lorraine , le commandant de Vienne , le comte » Rodiger et une quantité de peuple de toute » classe sont venus au- devant de moi ; chacun me M serrait sur son cœur, me baisait, m'appelait son » sauveur , et au milieu de la4iie s'est élevé un " houra de vive le roi ! Après dîner , lorsque je >» rentrais à cheval au camp , je fus accompagné f jusqu'aux portes par tout le peuple qui levait

les mams au ciel. Gloire honneur et reconnais-

»» sauce au Très-Haut qui nous a envoyé une si n belle victoire! (l) »•

Toute l'Europe prit un grand intérêt à la délivrance de Vienne et exalta la gloire de Sobieski , ' qui avait rendu à la chrétienté' un service aussi signalé qu'autrefois Charles-Martel dans les plai- ' nés de Tours et de Foitiers. Le prestige de la puissance ottomane s'évanouit des lors, et pendant quinze ans TAutriche leur fit une guerre qui finit heureusement pour les armes impériales. Le duc Charles de Lorraine et le prince Eugène de Savoie y acquirent une gloire immortelle. La victoire eut pour résultat de ramener la Hongrie sous la puissance de la maison d'Autriche. Léopold acheva d anéantir les privilèges des Hongrois et de rendre cette counmne héréditaire dans sa famille. La guerre de Turquie fut terminée par la paix de Carlowitz , après la grande victoire du prince Eugène à Zeutha , (1697).

La même année fiit signée la paix de Riswick ,

à la suite d'une guerre que presque toutes les puissances de l'Europe avaient faite à la France. C est dans cette guerre que se signala le maréchal duc de Luxembourg, digno élève du grand Condé. Vainqueur du prince de Waldeck à Fleurus en 1690, à Leuse en 1691 , il mit le comble à sa gloire par les sanglantes batailles de Steinkerque et de Nerwinde où il défit Guillaume d'Orange et le duc de Bavière, La France triomphait de la

Hisloire trAllemognc , de Kotilraasch, traducifon 4'A. (>oi iverolle*

foule d'ennemis qui avaient conjuré sa perte ; mais

' ses triomphes mêmes Tépuisaient , et Louis XIV se vit forcé de consentir à la paix à des conditions telles , qu'on eût pu croire qu'il avait été vaincu. Sans parler des autres concessions faites aux autrès puissances , Louis rendait à Tempire Kehl et Phiiisbourg » àLéopold Frisbourg et Brisacb , aux princes allemands les réunions faites hors de l'Alsace; il rétablissait daiis ses états le duc de Lorraine Léopold , fils de Charles Y , moyennant que Longwi et Sarrelouis resteraient enproprii lé à la France , etc.

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