‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 35 sur 39 · CHARLES VI. — (1711-1740). — PAIX D UTRECHT · texte numérisé non relu

CHARLES VI. — (1711-1740). — PAIX D UTRECHT

Mais Charles , que les puissances coalisées portaient à la succession d'Espagne , aurail réuni sur sa tête , en montant sur le trône d'Allemagne , toutes les couronnos qu'avaient jadis possédées Charles- Quint; ainsi l'équilibre européen se serait trouvé rompu en faveur de la maison d'Autriche y et les puissances qui avaient pris les armes pour maintenir cet équilibre, en empêchant la France et l'Espagne d'être réunies sous un même sceptre , n'étaient nullement disposées à donner à la maison d'Autriche, ce qu'elles avaient refusé à la maison de Bourbon. Du reste Charles ne possédait plus rien en Espagne. Battu plusieurs fois par le duc de Vendôme , il avait été chassé peu à peu de tout le terrain qu'il occupait; de sorte que Philippe V avait reconquis tout son royaume.

L'Angleterre se détacha la première de l'aU liance et fit un traité secret avec la France. Enfin toutes les puissances intéressées ouvrirent un congrès à Utrecht au mois de janvier 1712. Mais les Hollandais et l'empereur voulurent continuer la guerre. Déjà Eugène s'était emparé du Quesnoi » . assiégeait Landrecy et répandait la consternation dans la France , lorsque la victoire de Denain , gagnée par le maréchal de Villars , sauva la patrie , rendit la supériorité aux armes françaises et accéléra la conclusion de la paix« Elle fut signée le

11 avril 1713. Nous allons en parcourir les principaux articles. .

La France garantissait l'ordre de succession , établi en Angleterre , en faveur de la maison de Hanovre. Elle cédait à l'Angleterre la baie d*Hudson , les lies de Saint- Christophe et de Terre- Neuve , avec TAcadie. Elle s'engageait à démolir les fortifications et à combler le port de Dunkerque.

L Espagne abandonnait aux Anglais Gibraltar et l'île de Minorque.

Les Pays-Bas étaient cédés en toute souve^'aineté à la maison d'Autriche.

Le duc de Savoie était reconnu roi de Sicile.

Outre les Pays-Bas , on accordait à la maison d'Autriche le royaume de Napies et le Milanais. Louis XIV abandonnait à l'empire Landau , Kehl et Brisach. L'électeur de Brandebourg était reconnu roi de Prusse. Enfin , toutes les puissances contractantes reconnurent Philippe V pour roi d'Espagne.

Charles VI ne voulut pas accéder au tiailé général. Abandonné de ses alliés , il fut forcé de continuer seul la guerre , comptant sur le prince Eugène pour en assurer les succès ; mais il oubliait que le vainqueur de Denain était un digne adversaire du prince de Savoie; Malgré les elïorts d'Eugène , Villards prit Landau , passa le Rhin , et emporta Fribourg. L'empereur constenjé , demanda la paix. Elle fut signée à Rasdtat et à Badcn en 1714. Charles VI, eut de la succesion d'Espagne ce qu'on lui en avait accordé à Utrecht,

les électeurs de Bavière et de Cologne , furent rayés du ban de Fempire , et rétablis dans leurs états , droits et prérogatives ; Landau resta à la France. Ainsi, lopiniâtreté de la cour de Vienne lui coûta les frais , la honte d une campagne et le sacrifice de Landau. Cependant Charles s'obstina encore à ne pas reconnc^re Philippe Y, et ce ne fut que plus de dix ans après , en 1725 , après plusieurs guerres dont nous ne parlerons pas, parce qu elles sont étrangères à TAllemagae , ;iprès plusieurs congrès , que . le célèbre Riperda ^ intrigant hollandais , qui devint duc et grand il Espagne Y obtint par Thabileté de ses négociations , un traité par lequel Charles VI renonçait à l'Espagne et aux Indes , de même que Philippe renonçait aii reste de la succession de (Jharles IL

Un des grands projets qui occupa le plus la vie

de Charles VI, ce fut le soin d'assurer la succession de tous ses états à sa fille Marie-Thérèse. Comme il n'avait point d'enfans mâles, il prévoyait qu'une foule de prétendans voudraient faire valoir des droits plus ou moins fondés, sur son héritage. En conséquence , voulant prévenir ces difficultés , il publia, de son vivant , un acte appelé pragmatique-sanction , qui réglait cet objet , et déclarait sa fille Miarie-Thérèse héritière de toutes ses possessions. Après beaucoup de difficultés , la pragmatique lut successivement reçue par les' états héréditaires, par la diète, et adoptée par toutes les puissances de l'Europe.

GUERRE FOUR lA SUCCESSION DE POLOGNE.

En 1733 , Auguste , électeur de Saxe , roi de Pologne t vint à mourir ; les Polonais lui nommèrent pour successeur , Stanislas Leckzinski, qui, ayant déjà disputé la couronne au dernier roi par le secours du fameux Charles XII , son protecteur, se trouvait alors , tout à la fois , par une suite de sa destinée bizarre , proscrit , exilé , et beau-père du roi de France , Louis XV. La Russie et TAutriche , ennemies de Stanislas , s'opposèrent à sa réélection , et forcèrent les Polonais à se donner un autre souverain. Louis XV , pour venger son beau-père , déclara la guerre à l'empereur, et fut secondé , d'un autre côté par l'Espagne , qui ne pouvait se consoler du démembrement de ses états , et de l'autre , par le duc de Savoie , devenu roi de Sardaigne. Peu de guerres sont aussi courtes et aussi décisives; en deux campagnes , l'empereur avait perdu tous ses états d'Italie , et le vainqueur s'apprêtait à marcher sur ses possessions Allemandes. Accablé de tant de pertes accumulées, Charles VI demanda la paix , %à laquelle heureusement le ministère de France -était disposé. Les négociations s'ouvrirent, et le traité se conclut à Vienne aux conditions suivantes : l'empereur cédait à don Carlos le royau- • me des Deux-Siciles , en échange des duchés de Parme, de Plaisance et de Toscane. Stanislas renonça à la couronne de Pologne , en conservant le titre de roi ; on lui donna les duchés de Lorraine et de Bar , pour être réunis, après sa mort ,

en toute souveraineté, à la couronne de France.

La Toscane fut donnée en échange à François , duc de Lorraine , qui obtint la même année , la main de Marie-Thérèse , fille de l'empereur. Le traité lut signé par la France en 1738 » avec un article par lequel cette puissance s'engageait à garantir le pragmatique*sanction«

Une gfuerre malheureuse contre les Turcs , vint allliger les dernières années de Charles VI, En trois campagnes les Turcs reprirent presque toutes les conquêtes du prince Eugène , et par le traité du 22 septembre 1739, ils obligèrent l'empereur à leur céder la Valachie , la Servie . et lés villes de Balgrade et de Zabach. Charles ne survécut pas long-temps à ces pertes. Au moment où il s'occupait à réparer ses finances , que tant de guerres avaient réduites à 1 état le plus déplorable, au moment où il voulait mettre la dernière main à la pragmatique^sanction , en laissant élire roi des Romains, son gendre le grand . duc de Toscane , li mourut à Vienne , le 20 octobre 1740 , laissant pour sa succession , plus d'embarras encore et plus d'incertitude qu'il n'en avait rencontré à son avènement.

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