‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 36 sur 39 · MARIE- THÉRÈSE ET CHARLES VII · texte numérisé non relu

MARIE- THÉRÈSE ET CHARLES VII

La mort de Charles VI ouvrit un champ libre à de nombreuses prétentions ^ qui n'attendaient que ce moment pour se montrer à découvert. La pragmatique-sanction tant de fois ratifiée depuis vingt-sept ans , fut tout-à-coup considérée comme non-avenue. L'électeur de Bavière , Charles- Al-

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bert , rélecteur de Saxe , le roi d'Espagne Philippe V, et le roi de Sardaigne , revendiquaient quelques portions de l'héritage de Marie-Thérèse» en s'appuyant sur les droits des princesses Autrichiennes I leurs femmes ou leurs mères. Louis XV pouvait aussi se mettre sur les rangs , puisqu'il descendait par la femme de Louis XIII et par celle de Louis XIV, de la branche aînée d'Autriche. Mais s'il ne fit pas valoir ses droits pour lui-même , il ne fut pas celui qui fit le moins de mal à rhéritière de Charles Vl. Toutes ces têtes couronnées ^publiaient leurs prétentions par des manifestes et des mémoires , guerre de plume qui précédait celle du canon.

Cependant Marie-Thérèse, sans se laisser intimider par l'orage qui se formait autour d'elle, travaillait à se mettre en possession de tous ses états héréditaires. Elle reçut sans opposition rhommage de l'Autriche , de la Hongrie , de la Bohême et de la Lombardie. Son premier soin fut d'assuré le partage -de toutes ses couronnes à son époux , déjà reconnu grand duc de Toscane par des traités antérieurs. Tout-à-coup un ennemi nouveau , qu'elle ne connaissait pas , le plus dangereux de tous» se montra le premier dans l'arène. C'était Frédéric II , roi de Prusse , qui venait de succéder , à l'âge de 28 ans , à son père Frédéric-Guillaume» qui lui avait laissé un immense trésor et une armée nombreuse , bien disciplinée. Sans attendre , comme les autres prétendans, l'efTet de ces manifestes, il réclama quatre duchés en Silésie , et entra immédiate-

ment dans cette province^. à la tête d une armée de^trente mille hommes. Tout plia devant lui , et en quelques mois il se vit maître de la plus grande partie de la SUésie. En même temps il faisait proposer un accommodement à Marie-Thérèse, lui offrant son alliance , des secours en argent et en troupes pour faire couronner empereur le grand* duc , son époux , à condition qu'elle lui céderait la Basse-Silésie. La jeune reine regarda cette offre de Frédéric , comme une injure , et la repoussa avec indignation. ^

Bientôt une ligue formidable menaça de Taccabler. La cour de France , d'abord indécise , puis entraînée par les intrigues du maréchal de Belle- Ile , crut devoir profiter de cette occasion pour abaisser l'Autriche, son ancienne rivale. Elle s'allia avec l'électeur de Bavière » cet allié fidèle de la France pendant la guerre de la succession d'Espagne , et prit avec ce prince l'engagement de mettre sur sa tête la couronne impériale. Les rois d'Espagne , des Deux-Siciles , de Sardaigne, de Prusse et de Pologne « accédèrent à cette ligue. Rien ne semblait pouvoir désormais s'opposer au démembrem^t de la monarchie autrichianne ; déjà même le partage en était fait d'avance entre les puissances coalisées.

Une armée française de quarante mille hommes, sous les ordres du maréchal de Belle^-Iie , passa le Rhin au mois d'août 1741 , et fit sa jonction avec les troupes Bavaroises. L'électeur de Bavière, à la tête de deux armées réunies , s'avança en Au* triche , s'empara de Lintz , et menaça Vienne. Il

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se fit couronner à Lintz , archiduc d'Autriche ; de là il se rendit en Bohême , s'en fit couronner roi à Prague , et bientôt après il fut élu et couronné empereur d'Allemagne à Francfort , sous le nom de Charles VU.

Marie-Thérèse , attaquée de toutes parts , acca» blée par le nombre , semblait perdue : en appre^nant chaque jour les progrès de ses ennemis , elle écrivait à la duchesse de Lorraine sa belle-mère : « J'ignore encore s'il me restera ime ville pour y faire mes couches. » Mais au milieu de ce danger imminent, elle déploya un courage et une grandeur d ame au-dessus de son âge et de son sexe. Obligée de quitter Vienne, menacée d'un siège , elle courut en Hongrie. Elle fit assembler les quatre ordres de Tétat à Presbourg, et tenant dans ses bras son fils à peine âgé de quelques mois ( qui fut depuis l'empereur Joseph II ) , elle leur adressa en latin ces paroles touchantes : <« Abandonnée de mes amis , persécutée par mes » ennemis , par mes plus proches parens , je n'ai

de ressource que dans votre fîdéUté , dans votre » courage et d^ ma constance. Je remets en » vos mains la fille et le fils de vos rois , qui at- >* tendent de vous leur salut. » A peine lui donnat-on le temps d'achever ce discours énergique. Les Hongrois , qui depuis deux cents ans n'avaient cessé de repousser le joug de la maison d'Autriche , oublient leur ressentiment , et font éclater les transports du plus vif enthousiasme et du dévouement le plus sincère. Ils tirent leurs sabres qu'ils agitent en l'air, et s'écrient d'une voix una-

f lime : «• MoriamurproregenostroMariâ-Theresiâ!

Mourons pour notre roi, Marie 'Thérèse !

AusBitôt trois mille gentilshommes Hongrois montent à cheval , ét leur exemple entraîne toute la noblesse. La Croatie fournit douze mille hommes et promet de lever de nouveaux régi mens. La reine accorde la liberté à tous les serfs qui prendront les armes' pour sa défense , un nombre infini accourt se r^inger sous ses drapeaux. C'est à qui témoignera plus de zèle pour cette princesse ^ qu'ils appellent leur roi. Le clergé fournit des sommes considérables. Son nom déjà célèbre , et l'histoire de ses malheurs portés jusqu'au fond de rEsclavonie , et sur les bords de la Drave et de la Save, enflamment les habitans de ces sauva-* ges contrées de l'enthousiasme martial qui anime les fidèles Hongrois. Il sort de ces déserts des peuples inconnus jusqu'alors , dont le costume singulier et Tair farouche répandaient partout l'effroi , c'étaient ces peuplades si connues depuis sous le nom de Pandoures , de ïalpaches et d'Uls^ lans , et qui gravèrent pour long-temps dans lamémoire des ennemis de leur reine, le sou venir de leur étrange figure et de leur courage féroce (1). Le comte de Kevenhuller, à leur tête, recouvra TAutriche envahie , et bientôt même il se rendit maître de la capitale de la Bavière. A dater de ce moment commencent le rétablissement de la fortune de Marie/Thérèse et les malheurs de Charles VIL

(i; Annales do règne de Marie-TbérèM.

En 1742 , elle détacha le roi de Prusse de la coalition , et fit avec lui une paix séparée , à Breslau. L exemple du roi de Prusse fut bientôt suivi par les rois de Pologne et de Sardaigne.

Le roi d'Angleterre , Georges II , emmena à son secoure une armée nombreuse. Tout prit alors une face nouvelle; les désastres du nouvel empereur furent aussi rapides que lavaient été ses succès. Mais Louis XV, loin de l'abandonner, résolut de redoubler d'efforts, en sa faveur. Jusque-là il n'avait combattu que comme auxiliaire de l'empereur Charles VIII et sans déclaration de guerre, cette fois il-dédara la guerre à la reine de Hongrie et au roi d'Angleterre , et il entra bientôt en Allemagne à la tête d'une arn)ee de cent mille hommes. En même temps le roi de Prusse , qui venait de renouveler son alliance avec la France, entrait dans la Bohême et s'emparait de Prague. Charles VII , aidé du secours de ses alliés , était rentré dans Munich* Mais ce. prince I accablé de maladie, de chagrin et de revers, mourut quelque temps après, le 20 janvier 1745. Son fils s'empressa défaire sa paix avec la reine , renonçant à toute prétention sur la succession de Marie-Thérèse.

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