‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 37 sur 39 · MAISON D AUTRICHE. — LORRAINE. — FRANÇOIS F · texte numérisé non relu

MAISON D AUTRICHE. — LORRAINE. — FRANÇOIS F

Le trône impérial était vacant: Marie-Thérèse sut triompher des obstacles que lui opposaient ses ennemis, et elle parvint à faire proclamer empereur le grand duc de Toscane , son époux ,

qui prit le nom de François I^"". Il fut reconnu par le roi de Prusse lui-même , qui fit de nou- \em sa paix à des conditions plus avantageuses encore que la première. La France seule continua la guerre avec de brillans euccfes, tant dans les Pays-Bas qu'en Italie. Enfin après htdt ans d'une gumre sanglante , la paix fat signée à Aix-la-Chapelle, le J8 octobre 1748. Marie-Thérèse , pour qui on avait craint un momait la perte de tous ses états , les affermit pour toujours dans sa famille, au prix de la Silésie qui demeura au roi de Prusse , d'une partie du Milanais qui fut donnée au duc de Savoie « et des duchés de Parme , Plaisance et Guastalla , cédés à don Philippe , troisième fils de Philippe Y , mais avec clause de réversibilité à la maison d'Autriche , dans le cas où ce prince mourrait sans enfans ou viendrait à monter sur le trône des Deux-Siciles.

Enfin Marie-Thérèse et son époux , qu'elle associa aux soins de son administration » pouvaient jouir en paix du fruit de tant de travaux et d*un calme si chèrement acheté. Les deux époux mirent tous leurs soins à effacer , dans leurs états , les traces de la guerre , à ranimer l'agriculture , à faire fleurir le commerce et les arts. Les ports (le Trieste , de Fiume furent ouverts à toutes les nations; Ostende reçut des navires chargés des productions de la Hongrie. Des canaux ouverts dans les Pays-Bas apportèrent jusque dans le sein des villes les richesses des deux Indes. Les grandes routes y disputèrent de beauté à celles de France. Vienne fut agrandie et embellie ; des ma-

imfaclures de draps , de porcelaines , de glaces, d'étoffes de soie s'établirent dans ses fiEuibourgs. Des universités , des collèges furent fondés ; la reconnaissance donna à l'un d'eux , qui n'est point déchu de sa célébrité , le nom de la souveraine (Collegium There$ianumJ . On ouvrit des écoles spéciales de dessin, de peinture, d'architecture ; à Prague , à Inspruck on établit des bibliothèques -publiques. On éleva des observatoires à Vienne , à Gratz » à Tirnau ; Van Swietem fut appelé pour régénérer l'étude de la roédedne et de la chirurgie ; Métastase transporta les muses italiennes sur les bords du Danube. Les attentions bienfaisantes de la souveraine se portèrent sur toutes les classes de ses sujets. De vastes hôpitaux furent construits pour recevoir les soldats blessés et infirmes livrés jusque-là à une sorte d'abandon. Jamais , en un mot , la monarchie autrichienne n'avait vu luire d'aussi beaux jours (1).

Gl}£RR£ DE S£PT ANS.

Cependant Marie-Thérèse, au sein de la paix, ne

])ouvait oublier la perte de laSilésie, et le recouvrement de cette belle province faisait i objet de tous ses soins. Ses troupes étaient nombreuse^ et sans cesse exercées aux nouvelles manœuvres. Elle était parvenue , en 1766 , à contracter une alliance avec la France , cette ancienne et constante rivale de la maison d'Autriche : elle fit entrer aussi dans ses projets la Russie , la Suède et la Saxe. Elle

(1) De Saveliiige , uolice sur Maric-Thércsc.

mt alors le moment arrivé de se venger de la .

Prusse ; mais Frédéric II n'était .pas un prince si facile à dompter. Il avait aussi profité de dix ans de paix , qui venaient de s'écouler , pour travailler avec zèle à la prospérité de ses états. Il fit fleurir ragriculture , le commerce , les arts et les lettres ; Berlin , sa capitale , était devenue une des plus belles villes de VEurope , et il en avait fait le rendez-vous des savans , des artistes et des poëtes% Lui-même faisait de la poésie et de la littérature ses délassemens favoris. Mais l'amour des lettres et les soins de ladministration ne firent jamais perdre de vue à Frédéric les objets militaires. Déjà il était regardé comme le plus grand capitainn de son temps ; et , sous la direction d*un tel maître, l'armée prussienne était devenue la plus disciplinée et la meilleure manœuvrière de l'Europe. Chaque année il augmentait le nombre de ses troupes ; son infanterie était depuis longtemps considérée comme le modèle de toutes les autres , et sa cavalerie , portée à trente mille hommes , avait réussi , par sa constance et l'assiduité de ses exercices égaler la perfection de son infanterie.

Frédéric , voyant l'orage qui se formait contre lui , résolut de le prévenir , et » sans déclaration , il commença lui-même la guerre par l'invasion de la Saxe. L'empereur François saisit ce prétexte pour faire mettre le roi de Prusse au ban dè l'empire , ejt armer contre lui tout le corps germanique.

Oo ^ it alors en Allemagne un spéctacle étran-

gè ; un prince » qui avait été jusque-là regardé comme une puissance trës-subalteme , se trouva menacé par toute l'Europe continentale. Loin de s'effrayer « Frédéric fait face à tous ses ennemis , et, dans une lutte de sept ans, souvent vainqueur, se relevant toujours plus terrible après ses défaites , il a acquis une gloire immortelle , et mérité le nom de Grand que lui donnèrent ses contemporains et que lui a conservé la postérité. Nous regrettons que l'espace nous manque pour raconter en détail les faits mémorables de cette guerre de sept ans j nous allons les indiquer sommairement.

1756* — Bataille de Pirna , où 17,000 Saxons mettent bas les armes devant Frédéric.

1767, Bataille de Prague , où Frédéric détruit 20,000 hommes du prince Charles. — De Kolin , gagnée par le général autrichien Daun contre Frédéric , qui perdit 25,000 hommes.

C'est en souvenir de cette victoire que l'impératrice institua Tordre militaire de Marie-Thérèse.— De Jiosbach , gagnée par Frédéric contre le maréchal de Soubise. Les Prussiens n'y perdirent, que 500 hommes , et les alliés 10,000 , tous les fruits de la bataille de Koliu et un pays immense. — De Leuthen , la victoire la plus éclatante de Frédéric , obtenue à force de génie et de tactique ; ses ennemis , de plus du double plus forts , perdirent 30,QP0 hommes et 117 canons. La prise de Breslau, avec 18,000 hommes de garnison , en l'ut la suite. •

1758. — Bataille de Zarfidarf, où Frédéric

— 268 — ' perd 10,000 hommes , mais en détruit 22,000 aux

Russes et prend 104 canons. — De Ilochkircke , gagnée par Daun contre Frédéric , qui y perdit 8,000 hommes , 100 canons et tous ses bagages. . 17Ô9. — Bataille terrible de Franefari , où 20^000 hommes périrent de chaque côté. — De Maxen , où 18,000 Prussiens mettent bas les armes devant Daun.

1760. — Bataille de Landshut , où Fouquet est battu par Landon. —De lAgnitz, chef-<l*œuvre de Frédéric , qui , entouré par quatre armées supérieures qui vont Tattaqueràla fois, en bat une et se dégage. — De Torgau , où Daun perd 20,000 hommes, cest la deruière bataille où Frédéric commanda.

1761. — Cette année se passa sans combat.

Frédéric commençait à négocier avec quelquesuns des alliés.

1762. — Bataille de Freyberg , gagnée par le prince Henri de Prusse* Cette victoire eut les suites les plus avantageuses pour Frédéric. L'impératrice de Russie , Catherine , refusa de se réunir a ses ennemis; la France, par suite de son traité de paiiC avec T Angleterre , renonça à envoyer des armées en Allemagne. Désespérant alors de pouvoir soutenir seule une pareille lutte , Marie-Thérèse se décida enfin à demander la paix par l'entremise de la Saxe , qui la désirait plus vivement encore. Cette paix , si long-temps attendue , fut signée à Hupertsboiirg , le 15 février 1763. Pour la troisième fois T Autriche consentit à la cession de la Silésie. La seule concession que

fit le roi de Prusse ftit de promettre sa voix à Tar-

chiduc Joseph pour la couronne impériale. Ainsi» après tant de sang versé , tant de trésors prodigués , l'Allemagne revit les choses absolument dans rétat où elles étaient auparavant , sauf tuu* tefois l'état déplorable où se trouvaient les contrées qui avaient été plus particulièrement le tbéatre de la guerre. On peut s'en faire une idée par ce qu'en dit le roi de Prusse lui-même dans ses mémoires. « On ne peut se représenter cet état >• que sous l'image d'un homme criblé de blessu- *• res » affaibli par la perte de son sang , et près n de succomber sous le poids de ses souflrances. » La noblesse était dans un état d'épuisement ,

le petit peuple ruiné , nombre de villages brun lés , beaucoup de villes détruites. Une anarchie • complète avait bouleversé tout l'ordre de la'po- ** lice et du gouvernement. En un mot , la déso* •» lation était générale. » ( Mémoires depuis la paix de Hupertsbourg » collection des œuvres du grand Frédéric, tome 9).

En 1764 , Joseph fut élu roi des Romains , et , Tannée suivante, il fut appelé à monter sur le trône injpérial par la mort de son père François I*';

MAISON d'aUTRICHK LORRAINE. — JOSEPH U. — (1765.1790). —FRÉDÉRIC II.

La paix régna dès lorsentretous les souverains

de l'Allemagne , et chacun s'occupa de faire disparaître les traces de la démiëre guerre. Frédéric,

renonçant à la guerre , mit tous ses soins à en éviter jusqu'aux moindres prétextes. Il conclut

un.e alliance étroite avec la Russie vers la fin de 1763 , et il se rapprocha de plus en plus de l'Autriche. Deux entrevues qu'il eut avec le jeune empereur Joseph II , contribuèreat beaucoup à ce rapprochement. Joseph était enthousiaste de la gloire de Frédéric , il voulait le prendre pour modèle ; mais imitateur maladroit , au lieu d opérer des améliorations, il tenta des réformes, dont quelques-unes étaient sages, * mais dont le plus grand nombre , empreintes de l'esprit philosophique d alors , n*eurent d autres résultats que le trou* ble et la confusion. Frédéric II a consigné , dans ses mémoires, un jugement remarquable qu'il porta sur le monarque autrichien , à la suite de leur première entrevue. « Ce jeune^prince ^ dit-il *, •* affectait une franchise qui lui semblait naturelle;

son caractère aimable marquait de la gaîté jointe >t à beaucoup de vivacité; mais a^e te dénr » Rapprendre , il n avait pas la patience de *• iinêtruire. «• Presque tout le règne de Joseph se trouve expliqué par cette dernière remarque.

£n 1770 , la maison d'Autriche .contracta une Nouvelle alliance avec la maison de Bourbon , par le mariage de l'archiduchesse Marie-Antoinette, fille de Marie-Thérèse , avec le dauphin de France , qui depuis fut Ip roi Louis XVI. Jamais union ne parut mieux assortie , et l'on était bien loin de prévoir alors quelle en serait la funeste issue.

Tant que vécut Marie-Thérèse , Joseph II ne se mêla que fort peu de l'administration de l'Autncbe et des états héréditaires ; cependant on prétend qu'il ne fut pas étranger à la négociation

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