‹ Illustrations de l'histoire d'AllemagneChapitre 6 sur 39 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Suite da r«gne de Henri IV. — Henri IV et l« pape Grégoira VII. — Origine et earaetère d*Hildebrand.-> Commencement de la querelle des investitures. — Le pape menace Tempereur de Peieommunication. — Henri IV prononce la déposition de Grégoire. — Anathème lancé par Grégoire contre Henri. — Effet de la sentence d'excommunication . — Assemblée de Tribur.

Entrevue de Henri IV et de Grégoire VU à Canosse. — Election de Rodolphe de ;3oaabe. — Eleciion d'un anii-pape. — Mon de Rodolphe. —Succès de Henri IV. — Mon de Grégoire VIL — Conrad-, fils de Ilenri IV, se révolte contre son père. — Il est mis au ban de l'empire, sa mort. — Révolte de Htnri , second Ois de Henri IV. — Mort de Henri IV. — Henri V empereur. — l»romesses trompeuses qu'il fait au pape. — Il se fait couronner par force. — II est excommunié. — Il crée un anli pape.— Paix de Worms. — Loihaire. — Commencement de la guerre des Welfs et des Gibelins. — ( 1074-1137 ).

klÉNRI ET LE PAFE GRÉGOIRE VU.

ÉGLISE de Rome avait profité de la longue minorité de Henri IV pour s'affranchir de la domination impénale , relativement à l'élection des papes. En 1059 , sous le règne de Nicolas II , le concile de Latran porta un décret en vertu duquel l'élection du sou^ verain pontife devait se faire désormais entre les cardinaux et les sept évêques du diocèse

de Rome , sous la réserve des égards et dë tobéùsanee dus à Henri //^, fuiur empereur ^ ainei qu*à ceux de see eueeeeeeure qui reee* vraient personnellement ce droit du siège apostolique^ Ce décret , mal accueilli en Allemagne , fut suivi d'un schisme , que soutenait Adalbert , mais que combattait Hannon. A la mort d' Adalbert, Hannon était parvenu à faire cesser le schisme , et TAUemagne reconnut Alexandre 11 , qui avait été nommé en vertu du décret de Nicolas II. Après la mort dAlexandre , les cardinaux élurent pour souverain pontife , Hiidebrand , qui avait exercé les fonctions de chancelier sous plusieurs papes , et qui depuis long- temps gouvernait l'église sous leur nom. C'était un ancien moine de Cluny, fils d'un charpentier de Saône, ville de Toscane. Son rare mérite , son érudition profonde , son éloquence , la régularité et la sévérité . de ses mœurs, l'avaient depuis long-temps tiré de l'obscurité du cloître , et lui avaient valu Testime des hommes les plus distingués de son temps. Henri III , à la cour duquel il avait été présenté, assura que jamais il n'avait entendu un meilleur prédicateur. Il dirigea les affaires de l'église sous cinq papes, Léon IX, Victor II, Etienne IX ^ Nicolas II et Alexandre II , d'abord comme sousdiacre » puis comme arcbi-diacre et chancelier de 1 église romaine. Il contribua plus que tous autres aux décrets des conciles tenus sous plusieurs de ces pontifes , «t tendant à réformer les abus qui s'étaient glissés dans le haut et bas clergé , surtout relativement à la vénalité des emplois

ecclésiastiques que Ton qualifiait de crime de simonie, Hildebrand n'avait pas montré moins de zèle pour Findépendanoe de YégÛse , et c'était encore lui qui , dit-on , avait provoqué le décret du concile de Latran » dont nous avons parlé , touchant le nouveau mode d'élection des papes.

Hijdebrand, que nous appellerons désormais Grégoire VII (nom qu'il prit après son élection) , poursuivit avec plus d'ardeur sur le trône pontifical, l accomplissement des desseins qu'U avait formés dans une position subalterne. Ainsi la réforme des abus , l'indépendance du saint-siége et même son élévation au-dessus de toutes les puissances de la terre , tel a été le but vers lequel a tendu toute sa vie; et si, pour y parvenir» il déploya quelquefois un zèle outré , il s'arma d'une sévérité excessive , si enfin , à travers des vues sages et légitimes, il montra des prétentions exagérées ou injustes , on doit convenir qu'il se conduisit toujours avec tant de sagesse et de fermeté , tant de force et de génie qu'il doit être rangé au nombre des hommes les plus extraordinaires de toute rhistoire de son temps.

, D'après ce que nous connaissons de Henri IV, et ce que nous venons de dire de Grégoire VU , il était difficile que l'harmonie pût régner longtemps entre ces deux hommes , dont le caractère formait un parfiEut contraste. Depuis long- temps de nombreuses plaintes étaient parv enues à la cour de Rome contre la tyrannie de Henri IV, qui, pour satisfaire à ses profusions, s'emparait des biens des églises » et faisait un trafic honteux

-Godes évêchés , des abbayes et des autres dignités ecclésiastiques. Déjà Alexandre II avait excommunié quelques-uns des conseillers et des favoris de ce prince , accusés de l'avoir excité à commettre * ces actes illicites , et Henri IV s'était vu forcé de les éloigner. Quand Grégoire VII fut élevé sur le trône pontifical , il renouvela avec une nouvelle forée la défense d'acheter ou de vendre les dignités ecclésiastiques , et pour prévenir le retour de cet abus » il déclara excommunié quiconque accepterait un évêché ou une abbaye de la main d'un laïque , ainsi que tout prince civil qui s'aviserait d'accorder Tinvestiture des dignités ecclésiastiques. Ce décret devait avoir les plus graves conséquences en Allemagne; car les évêques y avaient obtenu de la générosité des petits, et des . grands seigneurs, et surtout de celle des rois, des domaines immenses et de nombreusesseigneu- ^ ries. Suivant les principes du droit féodal , ils devaient en recevoir l'investiture de la main des donateurs , qui se réservaient ainsi un droit de suzeraineté. Il est vrai que là devait se borner le pouvoir du prince civil , c'est-à-dire à la transmission des biens temporels; mais un tel état de choses avait amené de nombreux abus, et les princes en étaient venus à croire que la nomination ecclésiastique leur appartenait , comme la concession des biens temporels.

La publication de ce décret de Grégoire , et de celui qui exigeait la stricte exécution des lois de l'église , sur le célibat des prêtres , excita de grands méconteotemens en. Allemagne, mais

parmi les hommes entachés de simonie ou dont les mœurs étaient relâchées ; car ceux qui étaient sincèrement attachés à la religion , et qui voulaient la réforme des abus , approuvèrent une mesure qui leur paraissait utile. Ainsi deux partis se formèrent » l'un partisan , Tautre . ennemi de Grégoire.

De longues négociations avaient eu lieu entre le pape et Henri au sujet de ceà investitures. Pendant ses guerres malheureuses contre les Saxons » ce prince s'était montré assez disposé de se rapprocher du pape; mais après la victoire de Hohenbourg , il crut n'avoir plus à ménager ni le pape ni les Saxons. Ainsi eu même temps qu'il accablait ces derniers du poids de sa vengeance , il continuait d'exercer son droit d'investiture , au mépris des derniers décrets , et il disposait des abbayes , et des évêchés de Milan , Bamberg , Fulda 9 Lorsch , etc., enfin il reprenait ses conseillers excommuniés. De tous côtés arrivaient à Rome des plaintes contre l'empereur, quand les Saxons, connmie nous Tavoiis dit plus haut, vinrent y joindre les leurs.

Grégoire se décida alors, à une démarche inouïe, et qui n'avait pas d'exemple dans les siècles précédents. Il écrivit a l'empereur une lettre renfermant des réprimandes sévères , et lui prescrivant de se soumettre aux lois de l'église s'il ne voulait éprouver le sort de Saûl février 1076).

Il le sommait ensuite de comparaître à Rome devant un concile , au carême prochain , pour se disculper des crimes dont on l'accusait; qu'autre-

ment il siérait rejeté du sein de Téglise par Tex- , commiinifation apostolique. Henri IV, indigné de cette menace, rassembla aussitôt les' évêques d'Allemagne à Worms , et fit prononcer la déposition de Grégoire. Ensuite il lui écrivit une lettre dont voici le contenu.

« Henri ^ roi , non par la violence, mais par la » sainte volonté de Dieu , à Hildebrand , je ne »» dirai pas pape, mais faux-moine. — Tu as » mérité ce salut par le désordre que tu as ap- *• porté dans toute Féglise. Tu as foulé aux » pieds les ministres de la sainte Eglise , comme >» des esclaves .qui ne savent pas ce que fait n leur maître , et c'est en les écrasant que tu as f gagné la faveur du bas peuple. Nous l'avons f souffert long-temps, parce qu'il était de notre n devoir de conserver I bonneur du Saint-Siège; » mais tu as pris notre retenue pour de la crainte , H et tu as poussé l'audace jusqu a t'élever au- . ** dessus de la dignité royale, que nous avons. n reçue de Dieu , et à nous menacer de nous " arracher notre autorité, comme si nDus la f* tenions de toi ; tes menées sont montées jus- >t qu'à la ruse et à la tromperie , et sont mauf* dites; tu as gagné la faveur par l'argent /la n force des armes par la faveur; et par cette » force la chaire de paix du haut de laquelle tu " as précipité la paix même ; puisque toi , créa- »» teur subalterne , tu t es élevé contre ce qui n était établi. Saint Pierre , le vrai pape , dit n lui-même : Craignez Dieu, honorez le roi!

n Mais toi , comme tu ne crains pas Dieu , tu

«t ne m'honores pas, moi, son délégué. Des- " cends donc excommunié , va sabir dans les •» prisons notre jugement et celui de tous les ** évêques I Descends de cette chaire des apôtres " que tu as usurpée; un autre que toi montera sur cette chaire de saint Pierre, et il ne » couvrira pas son orgueil de la parole de » Dieu, Moi, Henri, roi par la grâce de Dieu, n et tous nos évêques nous te disons : Descends , »' descends! (1) »»

Henri IV envoyia cette lettre au pape par des délégués qui la lui présentèrent en plein concile. Quoique vivement irrité , Grégoire retint néanmoins ceux qui voulaient venger son injure sur les . envoyés de Henri , et il j&t continuer les délibérations ; puis , après avoir pris Tavis de rassemblée , il se leva et prononça d'une voix tonnante la déposition et Texcommunication de HenrTIV, de ses conseillers et de tous ses partisans, et délia tous ses sujets du serment de fidélité (0*

Ce fut à Utrecht , pendant les fêtes de Pâques de l'année 1076 que Henri reçut la nouvelle de cette excommunication foudroyante. La publication de cette sentence produisit des impressions différentes , selon la diversité des intérêts et des préjugés. Personne n'en eut plus de joie que les Saxons , parce que • leur affaire devenant celle

1) Koblrausch, bisloire d'Allemagne.

Ci) Voir le lexle de ce décret, et loas les détui's de IVnirevue de Henri ci do pape à Cano&ie, dans nos iUu^lralions de Tbistoire d^talie.

de l'église , et Saint-Pierre devint dès lors leur cri de guerre. L*empire se divisa en deux partis , l'un pour le pape, l'autre pour le roi. En vain celui-ci fit-il lancer un anathème contre Grégoire, par le violent Guillaume évêque d'Utrecht, et par les évêques de Lombardie, ennemis du papie; en vain convoqua-t-il une assemblée des princes à Wors , puis à Mayence , personne ne répon-. dit à son appel. Son insolence après sa victoire sur les Saxons, avait augmenté le nombre des mécontens , que son changement de conduite avait un instant calmés. Si Henri eût été irréprochable, s'il avait su conserver l'afTection de ses sujets, il aurait su paralyser l'effet des foudres de l'église , mais elles offraient maintenant un point d'^pm formidable à l'explosion de la haine de ses ennemis. Une assemblée des ducs , des princes, et des évêques se réunit à Tribur, sous la présidence de deux légats du pape, et là il fut décidé que le pape serait invité de se rendre a Augsbourg en février de la prochaine année pour examiner à fond cette af&ire, et que si, avant cette époque, Henri refusait de se réconcilier avec le Saint-Siège apos^ . tolique , on prononcerait définitivement sa déposition j et on procéderait immédiatement à un iiouveau choix.

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