FÎT
^^fl^i^^M^MMiiM^iiliiâ
mtëtttt
KO
dais; mais, comme sa bravoure était incontestée, sa réputa- ïïm tion n'en souffrit pas , et la bataille de Gnastalla , livrée le ly ||
septembre suivant , contre l'armée impériale que commandait §§1 le comte de Konigsegg , qui y perdit douze cents hommes, le II champ de bataille et la victoire, effaça jusqu'aux dernières ||| traces de cet échec. X
Aux talens du général et aux qualités de l'administrateur, le |p maréchal de Broglie joignait les connaissances plus rares et É| plus difficiles peut-être , de l'homme d'état. Chargé, en 1735 , Wm de représenter la France à Londres, il fit parler à cette nation fi affligée par de grands revers , mais toujours fière , toujours |g redoutable , toujours reine dans le monde par l'épée et par l'intelligence, un langage digne d'elle, dans la célèbre conférence II où fut signé le traité qui mit un terme aux malheurs de cette guerre désastreuse.
En i7/j3, le maréchal de Broglie, qui avait été créé duc |j|
l'année précédente par l'érection en duché de la baronie de M;
Ferrière , fut appelé au commandement de l'armée de Bavière. \wÈ
Dans l'état déplorable où de grandes fautes avaient placé l'ar- <$>
mée française , c'était là un poste à peine tenable : toutes les §y§
communications étaient interceptées; on manquait d'artille- !S^ rie, de fourrages, de vivres. Le nouveau général se vit con- Y
traint de se jeter, déguisé en courrier, dans la ville de Prague , a|
d'où il sortit bientôt par une de ces hardiesses que le succès l|||
seul peut justifier, pour sauver l'armée du maréchal de Maillebois , et forcer le prince Charles à lever le siège de Brannau.
Les ordres du gouvernement étaient positifs; il fallait attendre en Bavière , sur un sol dévasté, avec des troupes affaiblies , que l'ennemi, la famine et les maladies emportassent jusqu'à son dernier soldat. Le maréchal osa désobéir à ces ordres huit fois renouvelés; il eut le courage de conserver à son pays une armée vouée à une destruction inévitable. Il la ramena sur les frontières de France, et en remit le commandement au comte
ÏÏ
ïf.
h^m^mmw.
?»/fe
*mm$
mm
DE BROGUE. «7
de Saxe, depuis maréchal de France; mais on ne sut ap- '■•'iM précier ni la noblesse, ni le désintéressement de cette conduite ^ d'un général à bon droit célèbre, qui risquait sa faveur et sa ||vt réputation pour remplir ce qu'il regardait avec raison comme ||| un devoir de politique et d'humanité. Dans les balances du |||| jugement , on ne tint compte que de la désobéissance. La reli- i^£ gion du roi fut surprise. On devait à la conduite du maréchal <^Ê de Broglie une approbation entière; on lui donna l'exil : il y |$| mourut le 22 mai 1745.
Le maréchal duc de Broglie avait épousé, le 1 5 février 1716, Thérèse Jillette Laquet, fille du seigneur de Grandville.
De ce mariage naquirent :
1" Victor-François de Broglie, dont le nom suit ;
2" Charles-François, comte de Broglie, marié à mademoiselle de Montmorency, sœur de la duchesse de Boufflers ;
3° François, comte de Bével , marié à Anastasie-Jeanne- Thérèse Lavalette;
/|° Charles, abbé de Broglie.
François-Victor, connu d'abord sous le nom de comte de Broglie , montra de bonne heure des dispositions remarquables pour la profession des armes. Bien que simple capitaine de cavalerie, lors de la victoire de Parme, ce fut lui qu'on chargea d'en porter la nouvelle au roi. A Guastalla, à Prague , à Maës- §*p tricht, dans les armées deBavière, delaHaute-AlsaceetduBhin, ||$| sa jeune réputation s'éleva au niveau des plus vieilles renommées; à Baucoux, à Lanfeldt, il combatit en héros. Avare du sang de ses soldats, comme l'avait été Turenne , il obtenait comme lui les plus grands résultats par les moyens les plus minimes. Nous n'énumérerons pas ici tous ses succès ; une pareille nomenclature n'apprend rien ou presque rien. Nous dirons seulement qu'après la bataille de Sunderhausen, Louis XV, choisissant, par une flatteuse exception , quatre pièces de canon parmi celles que le duc avait enlevées à l'ennemi, les lui
ri-
envoya pour orner le vieux manoir normand de sa famille.
La bataille de Luckelberg , et surtout celle de Berghem , où , avec vingt-deux mille hommes , il défit quarante mille Prussiens ou Hessois, chassa le prince Ferdinand de la Franconie, lui tua six à sept mille hommes , et lui enleva pour jamais l'espérance de pénétrer dans le royaume, marquèrent d'une trace lumineuse cette guerre de sept ans si brillante à son origine , si fatale dans ses péripéties. L'empereur François et son immortelle compagne Marie-Thérèse récompensèrent les services du duc de Broglie en lui conférant le titre de prince de l'empire, pour être porté à perpétuité par lui et ses descendans mâles et femelles, en ligne directe, par ordre de primogéniture, et enjoignant au diplôme qui l' élevait à cette dignité le titre de commandant en chef de l'armée d'Allemagne. Deux mois après, en 1759, c'est-à-dire à l'âge de quarante-deux ans, le prince duc de Broglie recevait de Louis XV ce bâton de maréchal qui ne s'accorde d'ordinaire qu'aux gloires sexagénaires et aux têtes blanchies.
Tant qu'il demeure seul chargé de la conduite de cette guerre, l'honneur de nos armes se soutient. Il bat le prince héréditaire de Brunswick à Corbach; il défait les impériaux à Grunberg, leur enlève treize canons, dix-neuf drapeaux, deux mille prisonniers; mais on lui impose la coopération du prince deSoubise, et tout change. Plus d'ordre dans les plans, plus d'unité dans les opérations; deux volontés qui se croisent, deux amours propres qui se froissent, deux forces qui se paralysent ; de petits succès, de grands revers. Le prince de Broglie se plaint ; un gouvernement ingrat le punit, comme il avait puni son père , par l'exil. Il se retire en Normandie, auprès de ses enfans , dans son vieux château glorieusement décoré par les canons de Sunderhausen , se consolant des misérables intrigues des cours par les sublimes spectacles de la nature , et du mal que lui a fait l'envie, par la pratique de la
w<^mwtmttmmmmmimimwmmmmmmmmmmmmm
pJtP
DE BKOGLIK.
charité , cette vertu chrétienne aux pieds de laquelle expirent toutes les philosophies.
L'opinion publique ne resta pas muette devant cette grande injustice; elle vengea le maréchal de Broglie de la faiblesse de la couronne et de la haine de madame de Pompadour. Le lendemain de son exil , on jouait Tancrède à la Comédie- Française, mademoiselle Clairon remplissait le rôle d'Aménaïde ; quand elle fut arrivée à ces vers :
On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage....
C'est le sort d'un héros d'être persécuté
Tout son parti se tait , quel sera son appui ?... Sa gloire?...
elle donna à sa voix des inflexions si nobles, si fines, si insinuantes, que tous les spectateurs, pleins de l'événement du jour, sentirent l' à-propos. Le nom de Broglie vola de bouche en bouche, et dix salves d'applaudissemens couvrirent la voix de l'actrice.
L'abîme creusé sous la monarchie s'élargissait chaque jour; tout autour d'elle prenait un aspect sombre et menaçant. Dans ce moment de crise, Louis XVI se souvint du vainqueur de Berghem ; il l'appela près de lui , et le chargea du commandement d'une armée de réserve , établie entre Paris et Versailles, pour maintenir l'ordre pendant les états-généraux et en surveiller les opérations ; mais cette armée fut dissoute presqu' aussitôt que formée, et son chef passa à la direction du ministère de la guerre. Le duc de Broglie ne s'était point , à l'exemple de tant d'esprits superficiels, fait illusion sur la portée des évènemens qui s'accomplissaient. Là, où bien des gens ne voyaient qu'une émeute facile à réprimer, qu'une insurrection spontanée, sans consistance et sans durée, il vit une révolution arrivée à terme, longuement et laborieusement préparée; et trop franc pour dissimuler une vérité même
ma
inexorable, il déclara à Louis XVI que la continuation de la politique suivie par son gouvernement perdait l'état, et qu'on ne pourrait bientôt plus compter sur la fidélité des troupes; mais confiance aveugle ou bonté extrême, Louis XVI resta sourd aux conseils du dernier général de la monarchie; l'échafaud se dressa sur la place de la Révolution aux roulemens sinistres des tambours de Santerre; le fils de saint Louis monta au ciel , et tout ce qu'il y avait en France de noblesse l'y suivit !
Que pouvait l'épée du maréchal contre cette force nouvelle et irrésistible ? Plein de tristesse et de colère , il s'était résigné à rejoindre, à l'étranger, l'armée des princes, répondant à ceux qui l'engageaient à ne pas quitter la France : « J'aime mieux mourir à la tète d'une armée que d'être assassiné dans ma maison ! »
Heureux le narrateur qui rencontre sous sa plume des traits semblables à celui que nous allons citer ! Témoin de la douleur que la conduite de son frère, le prince Victor, l'aîné de la famille , rallié à la révolution , et celle des Lameth , ses cousins, avaient causées à son père, le prince de Rével, son second fils, se jeta dans ses bras pour consoler sa vieillesse. Il fit venir cinquante grenadiers, appartenant aux régimens de Royal-Allemand et à un régiment suisse, leur fit part de son projet d'émigration , et leur demanda s'il pouvait compter sur eux pour l'aider à conduire son père à la frontière. Tous ces braves gens ayant répondu qu'ils périraient avant qu'on touchât à un seul cheveu de la tète de leur général, on se mit en marche le iG juillet 1789 , et après avoir échappé comme par miracle, notamment à Verdun, où elle fut assaillie par le peuple , et à Longroy , W des périls sans cesse renaissans, la petite troupe dévouée aborda avec le précieux fardeau, confié à son honneur, sur les rivages de l'exil. Le maréchal de Bender vint y recevoir le duc-prince
la t
y^tà&^tïititiitfôîi&vï'ïit
m^mm^^^^.^^^^^^mmi^^^^^mm
DE RROGLIE.
de Broglie, le combla d'offres de services, au nom de l'empereur Joseph II , lui remit de sa part une lettre pleine de témoignages les plus flatteurs d'estime et de considération, honora la piété filiale du prince de Rével , et força les grenadiers de l'escorte à accepter des pensions sur la cassette impériale.
Le départ du maréchal avait donné lieu, en France, à mille calomnies. Le parti dominant le dénonça successivement comme conspirateur à l'Assemblée constituante et au Châtelet, mais le prince Victor de Broglie, auquel ses nouveaux principes politiques n'avaient point fait oublier ses devoirs de fils, conjura l'assemblée d'ordonner, en faveur de son père, un sursis à l'exécution de la loi qui frappait les émigrés, et après avoir présenté sous des couleurs inexactes, il est vrai, mais honorables dans leur infidélité même, les motifs qui avaient déterminé la fuite du maréchal, il demanda, les larmes aux yeux, si on oserait mettre en accusation le vainqueur de Berghem ? L'assemblée , touchée de son discours et appréciant sa position, repoussa l'accusation et maintint le maréchal dans son grade.
La conduite du prince de Broglie, en ces tristes circonstances, eut l'approbation de tout le monde. Son père seul , inflexible dans ses principes d'honneur et de loyauté, la désapprouva. Le vieux guerrier n'y vit qu'une lâche faiblesse. De Trêves, où il était réfugié, il protesta contre les assertions dont son fils s'était servi pour le défendre, et ne prit pas même la peine de dissimuler son profond mépris pour l'assemblée.
En flétrissant la démocratie devant son fils aîné, dans une de ces terribles scènes d'intérieur qui sont les révolutions de la famille , le maréchal lui avait prédit qu'il serait un jour dévoré par les théories dont il s'était fait l'apôtre , plus par un faux enthousiasme que par une conviction raisonnée; le prince
J<AX^ À'A A ■■■X: A A AÀ;À^A;A'*-À'
iXï
iAï
:-^&&-mmm>
Charles-Louis-Victor, en effet, n'avait pas compris le véritable esprit de la révolution. Il n'y avait vu qu'un mouvement éman- É| cipateur des droits de l'homme qui devait s'accomplir par des moyens humains, tandis que ses chefs n'en agitaient sur la nation les flammes sinistres, que pour cacher sous la terreur leur profonde nullité , s'enrichir aisément des dépouilles de ceux qu'ils venaient de tuer, et se hisser au pouvoir en éloignant les capacités, en proscrivant la vertu, en décapitant la gloire. Cette erreur ne pouvait durer. Il était clair que le prince de Broglie serait un jour victime de ce malentendu; il le fut. Ayant refusé de reconnaître les décrets du 10 août 1792, qui suspendaient le roi , et de souscrire à l'acte de soumission demandé aux officiers de l'armée, les commissaires de l'assemblée le destituèrent de ses fonctions de maréchal-de-camp à l'armée du Rhin. Il perdit la confiance de ses anciens amis et se retira à Bourbonne-les-Bains. Il en sortit dans le courant de février, 1 70,3 , pour servir comme volontaire dans la garde nationale parisienne. Le 1 1 mars suivant, il harangua la Convention nationale à la tête de la section des Invalides, mais il ne put effacer les soupçons que sa conduite, au 10 août, avaient fait naître sur son civisme. Il fut arrêté à Langres, en 1 70/1 , et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Le prince de Broglie monta sur l'échafaud avec un courage digne de son nom et de sa race, et livra sans pâlir sa tète à l'exécuteur. Il n'était âgé que de trente-neuf ans. Il laissa de son mariage, avec mademoiselle de Rosen , fille du maréchal de ce nom, quatre fils , dont le plus jeune , Achille-Charles-Léonce, le duc actuel , aujourd'hui pair et ancien ministre, a été appelé à jouer sur la scène politique un rôle si considérable.
Le maréchal de Broglie avait plus de quatre-vingts ans lorsqu'il se mita la tète d'un corps d'émigrés dans l'armée des princes, mais la vieille épée de Berghem ne devait plus sortir du fourreau. En acceptant ce commandement, M. de Broglie
? ; o : '.'■;<'. es a. '.s?
DE JiROGLIE.
avait moins calculé ses forces que son courage. Parce que le cœur était resté chaud , il crut que le bras était resté ferme ; il se trompait. La fatigue d'une vie active porta le dernier coup à sa constitution épuisée. Il mourut à Munster, en i8o4, au moment où le consul Lebrun lui écrivait au nom de Bonaparte : « Le vainqueur de Berghem ne doit pas hésiter à rentrer dans sa patrie, sous le gouvernement de l'homme qui a relevé les statues de Turenne et du grand Condé ! »
La mort de ses deux fils aînés, le prince Claude- Victor, mort sur l'échafaud, et le prince de Rével , emporté à Schwitman , en Westphalie, le 26 janvier 1793, par une maladie inflammatoire, après avoir rempli auprès de Monsieur une mission importante, ne furent pas les seules pertes qui vinrent affliger la vieillesse du maréchal. Quelques mois avant l'ébranlement révolutionnaire , il avait vu briser une affection bien étroite et bien chère en la personne de son frère, le comte de Broglie , marié à mademoiselle de Montmorency, et l'un des esprits les plus éminens de son temps.
Le comte de Broglie, né le 20 août 1709 , avait servi avec distinction. Ses talens en diplomatie l'appelèrent , en 1752, à l'ambassade de Pologne. La maison de Saxe, menacée d'une part par les troubles civils, de l'autre par les Russes, avait placé toutes ses espérances dans l'ambassadeur de France. Le comte de Broglie se montra digne de la confiance qu'elle avait mise en lui.
« D'une grande sévérité de principes, dit Rulhières, et avec des moeurs simples , il protégea constamment les gens de mérite , ne se trompa jamais dans le choix qu'il en fit, et observa dans toutes ses actions la plus exacte justice. »
Pendant les trois années de son séjour à Varsovie , les affaires s'améliorèrent sensiblement; on n'eut à réprimer ni les tentatives des factieux au-dedans, ni les entreprises de l'ennemi au dehors : enfin , la Pologne semblait sur le point
or
^MMÉ^^^MàM^&MsrêMSM^^^^^^
wÊ^iê*
ii^i^WUU^iHU^i^^i^î^HU^^-
ffi$ç$§g$4^&$$$$$$&Ê&$$$r$$$$$$$^
y@^^fô&Hi'£^
^'■S.-.-J-.'ij-y.-s:-. v ■j-,-''
d'avoir un gouvernement plus fort, des lois plus sages, une existence plus solide, lorsque de basses intrigues forcèrent le comte de Broglie à solliciter son rappel. Il déposa la plume du diplomate et ceignit répée du soldat. Également supérieur dans des carrières si différentes, il déploya en Allemagne, sous les ordres de son frère, du talent dans la disposition des plans et une valeur brillante ('ans l'exécution ; et la défense de Cassen , un des plus beaux faits d'armes de cette guerre, lui fit beaucoup d'honneur auprès des hommes spéciaux.
A la paix, Louis XV confia au comte de Broglie la direction du ministère secret qui avait pour but de poursuivre , sous le voile du mystère , auprès de la couronne, la politique traditionnelle de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV et du cardinal de Fleury, c'est-à-dire la suspection constante de l'Angleterre et l'abaissement de la maison d'Autriche. La France devait faire une guerre interminable à cette maison jusqu'à ce qu'elle fût rentrée dans les limites que l'épée de Charlemagne lui avait tracées , et ne jamais signer avec elle un traité qui ne lui enlevât une de ses provinces.
Pour le développement de ce système, Louis XV adjoignit au comte de Broglie, Tercier, premier commis des affaires étrangères, avec injonction de communiquer au comte les dépèches et les instructions du gouvernement; mais aperçu ou soupçonné par ses effets, et signalé par Marie-Thérèse au duc de Choiseul , que les de Broglie ne désignaient que sous le nom de Cromwell , le ministère secret devint l'objet des méfiances du ministère officiel. M. de Choiseul destitua Tercier, se saisit des archives de la correspondance secrète, et travailla à la ruine de son rival. Le comte de Broglie succomba; mais, fidèle à ses plans, il continua dans la retraite son opposition contre les idées administratives erronées de son temps. Il forma des disciples, s'attacha d'habiles diplomates, et resta long -temps
bJUP"
DE BROGLIE. !)3
redoutable au ministère même dans la défaveur où il semblait être tombé.
On rapporte que le duc de Choiseul, voyant passer le comte de Broglie qui se rendait à Ruffée , s'écria :
« Voilà le comte de Broglie qui retourne à Ruffée; c'est ce qui arrive à tous ceux qui veulent prendre par la queue le ministère en France.
— Si comme lui , répondit le comte de Broglie, j'avais pris le ministère par la queue , je le tiendrais encore ; mais , parce que je l'ai pris parle cœur, ce ministère palpite. »
Le comte de Broglie mourut presque oublié en 1781, à l'âge de soixante-deux ans, et laissa deux fils, dont le dernier, devenu chef de la branche par la mort de son frère (le comte Joseph , fusillé dans la Vendée , après la prise de Quiberon ) , émigra avec toute sa famille , servit dans l'armée de Condé avec grade de colonel, puis en Russie comme général-major, rentra en France avec les Bourbons , fut chargé sous la restauration du commandement des départemens de la Charente , du Lot et du Lot-et-Garonne, fut rayé des cadres de l'armée en i83o, et qui, depuis cette époque, vit fort retiré, livré à la culture des sciences, de la littérature, et à la pratique d'une piété éclairée.
Il ne reste plus aujourd'hui de la nombreuse postérité du vainqueur de Berghem que deux rejetons, le prince Gharles- Victor-Amédée-Marie de Broglie et le prince Charles , abbé de Broglie, l'aîné de la famille, qu'il ne faut pas confondre avec son frère l'aventureux abbé de Broglie qui fut prévôt de Posen en Pologne , aumônier de Napoléon , évèque de Gand , et qui mourut à Paris en 182 1 .
Le prince Charles-Victor-Amédée-Marie de Broglie, est né le 8 octobre 1772. Il suivit sa famille en Allemagne, et fit la campagne de 1792 , dans l'armée des princes, en qualité d'officier d'état-major. Promu au grade de colonel par Monsieur, frère
'■-:Yi
■■■-Yv.
ILLUSTRATIONS DE LA NORLIiSSE EUROPÉENNE.
du roi , il accompagna , en 1793, son père qui allait rejoindre ce prince, proclamé régent de France par l'armée de Condé.
En 1 799, lors du mariage du duc d'Angoulème, il fut nommé gentilhomme de ce prince, et resta deux ans attaché à sa personne. Il remplit, en 1801, pour Louis XVIII, une mission importante auprès du comte d'Artois. Ce fut à cette époque qu'il obtint la permission de rentrer en France; mais, malgré les avances des gouvernemens consulaire et impérial , le prince de Broglie, fidèle aux principes qu'il avait professés toute sa vie , ne voulut prendre aucune part aux affaires , et refusa, en 181 3, le commandement d'un régiment de gardes d'honneur.
Le prince de Broglie fut nommé maréchal-de-camp sous la restauration , et se trouva chargé du commandement du département de l'Orne. La haute considération dont il sut s'entourer dans ce poste détermina les électeurs de ce département à le choisir pour leur représentant à la Chambre des députés. Le prince de Broglie y a siégé jusqu'en i83o.
La carrière de piété du prince abbé de Broglie forme un contraste touchant avec la carrière éclatante de ses ancêtres et de son père.
Forcé de quitter son abbaye de Saint-Quentin , à une époque où le prêtre ne descendait de l'autel que pour monter à l'échafaud , il contribua à fonder à Londres une institution en faveur de la jeune noblesse française émigrée, destinée à préparer l'avenir des plus grandes familles nationales.
Le comte d'Artois , depuis Charles X , visitait souvent le prince Charles abbé de Broglie à K.ensington-House ; les élèves étaient présentés à Monsieur, qui avait souvent à s'attendrir en entendant ces noms qui lui rappelaient tant de récens dévoûmens et de loyaux sacrifices.
Hélas! qui eût dit à cette époque au prince de Broglie qu'un jour il recevrait encore sur la terre d'exil la maison de Bour-
te m m
feV-.
bon , après cette révolution de juillet qui brisa en trois jours une monarchie de quatorze siècles!
Le prince Charles de Broglie est aujourd'hui le chef de cette portion de fidèles qui refuse de reconnaître le concordat. Espérons que les obstacles qui s'opposent encore à un arrangement définitif entre le Saint-Siège et l'abbé de Broglie, ne tarderont pas à s'aplanir, et que nous verrons bientôt rentrer sans retour dans la grande famille le petit troupeau qui s'en était tenu trop long-temps séparé!
Nous ne passerons pas sous silence une des plus nobles figures de ce qui reste encore des nombreux descendans du vainqueur de Berghem, nous voulons parler d'Alphonse-Gabriel-Octave, prince de Broglie-Bevel, fils d' Auguste-Joseph de Broglie, et de Françoise-Louise-Angélique de la Brousse de Verteillac, entré au service le 9 décembre 1798 , créé maréchal-de-camp par le roi le 16 octobre 1816, chevalier de l'ordre royal militaire de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneur , commandant à Bourbon - Vendée en 1821 et à Lille en 1824, ensuite nommé commandant de l'école royale de Saint-Cyr, où il sut s'acquérir, à juste titre, la haute estime des nombreux élèves qu'il était appelé à diriger.
Nous devons ajouter encore Aglaé-Charlotte-Marie , princesse de Broglie, qui épousa Hugues-François-Casimir, marquis de Murât, et madame la marquise de Boisse, toutes deux sœurs des princes Amédée et Charles dont nous venons de parler, et filles du maréchal.
BONNEVAL
D'escars richesse,
De Bonneval noblesse .
disait un vieil adage vulgaire dès le quinzième siècle et rapporté dans les mémoires de Montluc.
En effet, la famille des Bonneval se distingue, si l'on peut s'exprimer ainsi, par une noblesse d'excellence. Palet, dans sa Nouvelle Histoire du Berry, la fait remonter à la plus haute antiquité : « Son ancienneté de nom et d'armes , dit-il, existait au temps des Romains, qui érigèrent la quatrième chàtellenie de la sénéchaussée de Limoges, selon l'ordre du sénat, en faveur du chevalier de Bonneval seu pro milite de Bona Walle , qui lui donna son nom après que les Welches eurent perdu les Gaules. »
On pourrait trouver une présomption favorable à cette version , non-seulement dans le grand nombre de dictons , de constructions et de dénominations répandus sur la terre de Bonneval, mais encore dans l'habitude où sont les membres
de cette famille de joindre à leurs armes un fanon romain avec les quatre lettres. S. P. Q. R.
D'IIozier, bien qu'il assigne à la maison de Bonneval une origine moins ambitieuse, ne laisse pas de la comprendre au nombre des plus anciennes de la monarchie. Suivant lui , elle aurait donné son nom au fort-château de Bonneval, dont la construction remonte au commencement du dixième siècle; mais il est plus facile d'en démontrer l'antique illustration que d'en justifier la transmission, à cause du désordre qu'apportèrent dans les chartriers la longue occupation du littoral par les Anglais, les guerres qui en résultèrent dès la fin du règne de Louis-le-Jeune, et l'usage adopté par les insulaires d'emporter ou de détruire les archives des contrées qu'ils étaient forcés de quitter.
On trouve , dans une charte latine du onzième siècle , que Géraud de Bonneval , chevalier, qui forma le premier degré connu, possédait, à cette époque, la châtellenie de la sénéchaussée de Limoges, au duché d'Aquitaine, dont le Berry faisait partie. On croit qu'il fut père de Roger, marié à Anne de Lestrange , du sang des Duras , dont naquit deux fils , Jean de Bonneval , chevalier, qui servit avec distinction en qualité de capitaine d'une compagnie de gens d'armes, dans la province du Limousin, sous le gouvernement d'Audebert, sire de Sassenage, et se signala à la bataille deTaillebourg, gagnée en 1 242, par saint Louis sur Henri III , roi d'Angleterre, et le comte de la Marche, coalisés. Ce seigneur avait épousé noble demoiselle Eude de Tranchelion , qui portait, dit Palet , « de gueules au lion d'argent , percé sur le dos d'une épée et poignée de même, mouvante du canton droit. » L'époque de sa mort est inconnue.
Le traité de Brétigny (8 mai i3Go), traité fatal que devait déchirer soixante-dix ans plus tard l'épée vengeresse de la Pucelle, livra à la domination anglaise le Poitou, laSaintonge,
-Ai
^■^^.i^.^^.^^.y^^.^ y v tyt-tv^^^wn-?^
BONNEVAL
roi , et Duguesclin en donna la jouissance à Pierre de Rocheronsse, son ami; mais, en i3o,3, l'Aquitaine étant rentrée sous la domination de Charles V, Aimeric de Bonneval recouvra les propriétés dont le connétable l'avait dépouillé, prêta foi et hommage an roi de France, et lui demeura fidèle jusqu'à la mort.
Jean de Bonneval, fils unique d' Aimeric de Bonneval, succéda à la terre de Bonneval , réunit en sa personne la terre de Blanchefort, au moyen de donations qui lui en furent faites, et accrut le nombre de ses châtellenies. Il conclut , le i 2 mars 1 4i 7, au nom du roi Charles VI, un traité de paix avec les Anglais , et élit , par testament du 9 novembre i43o , sa sépulture dans l'église paroissiale de Coussac, devant l'autel de saint Sorny, au tombeau de ses ancêtres. Jean de Bonneval mourut en 1 444* Sa droiture et sa loyauté furent souvent une sauve garde pour des voisins moins puissans. On lit dans les chroni-
le Limousin, le Périgord , l'Angoumois et la province d'Aquitaine , dont les possessions de la maison de Bonneval faisaient partie.
Devenus par le fait de ce traité vassaux de l'Angleterre, les trois fds de Jean de Bonneval , — Jean , chevalier, marié à Alix deBrenne, nommée de Brenno dans les titres latins; — Aimeric de Bonneval, marié à Sibylle de Comborn , petite-fille d'Archambault , vicomte de Limoges , et fille d' Assalit , chevalier, dont l'alliance présente des affinités avec ce que l'Europe eut de plus illustre ; — et Rodolphe de Bonneval , marié à Aude de la Marche , — servirent l'Angleterre, à titre de féaux, de i36o à i373. Duguesclin, le grand connétable, homme d'airain, taillé sur le patron des vieux chefs gaulois, qui fut Français jusqu'au fond du cœur, mais dont une justice impartiale ne saurait sanctionner tous les actes, punit les Bonneval du concours involontaire qu'ils prêtaient aux ennemis de la France. Leurs possessions furent confisquées au profit du ||p
.-Mi/
ffl
ffiSfi*
r^mrn
"iits do l'Aquitaine qu'un certain Rainon Froid , damoiseau, opprimé par des seigneurs considérables, pour se taire un allié capable de le protéger, fit don entre vifs, le i octobre 1 4^3 , de tous ses biens à noble et haut seigneur Jean de Bonneval, sei- (jneur de Bonneval et de Blanc lie fort , « à cause de sa bonne réputation , de sa probité et de sa liante noblesse. »
La postérité de ce seigneur fut très nombreuse; sa femme, Dauphine de Mont vert, lui donna quatre filles et huit garçons; l'aîné, Bernard, qui forme le septième degré de la brandie ainée, fut élevé sous la tutelle des comtes de Limoges. Jeune encore, Bernard de Bonneval avait déjà combattu dans plusieurs rencontres , lorsqu'en i4a3 , il fit partie de l'armée anglo-bourguignonne qui gagna la bataille de Crèvent sur l'armée française. Six ans plus tard , il défendait avec Jean de Luxembourg et le seigneur de l'Isle-Adam Paris pour les Anglais, et forçait l'armée de Charles VII à lever le siège. Par son testament, daté du 27 mars 1 479 ' Guillaume , duc de Bretagne, désigna Bernard de Bonneval pour tuteur de sa fille et héritière, Françoise de Bretagne, mère de Jean d'Albret , roi de Navarre , et bisaïeul d'Henri IV. On ne connaît ni l'époque de sa naissance , ni celle de sa mort.
Formé par lui au métier des armes, Antoine de Bonneval se fit remarquer par ses talens militaires. Il soutint la réputation de son père dans les emplois importans que lui confièrent les cours de France et de Navarre. Officier dans la cavalerie féodale créée par Charles VII , chambellan , conseiller et capitaine-général du Roussillon et de la Cerdagne sous Louis XI , gouverneur-sénéchal du Limousin sous Charles VIII, il ne dut ces grades et ces distinctions qu'à sa valeur personnelle. La grandeur de sa maison s'accrut encore par son mariage avec Marguerite de Foix, fille de Mathieu, gouverneur du Dauphine pour le roi de France, et oncle de Gaston de Foix , roi de Navarre; et depuis cette alliance, jusqu'à Henri IV, les
yr
^lî^^rHf§fy-£f£4WIIWf^^
çyj:\rvv'y vSY^\^y^,^^y;"'^'A^y^.y^
BONNEVAL
descendans d'Antoine de Bonneval furent toujours qualifiés de cousins par les rois de Navarre.
Le 6 juillet i4°,5, à la glorieuse bataille de Fornoue, livrée à l'armée confédérée du pape, de l'empereur Maximilien, du roi d'Aragon, de l'archiduc d'Autriche, de Ludovic Sforze et des Vénitiens , par Charles VIII en personne , des soldats italiens remarquèrent, dans les rangs des Français, un gentilhomme couvert des mêmes armes que le roi , et le prenant pour ce prince, ils dirigèrent contre lui des traits dont, par miracle, aucun ne l'atteignit. Ce jeune seigneur qui, avec six des meilleurs gentilshommes de France , avait revêtu le costume du roi , pour diminuer les dangers qui le menaçaient, n'était autre que Germain, fils aîné d'Antoine de Bonneval. D'abord enfant d'honneur, puis échanson de Charles VIII, il devint, en 1498, gouverneur et sénéchal du Limousin , et fut choisi pour accompagner François I" à Marignan , comme il l'avait été pour défendre Charles VIII à Fornoue. On conçoit dès-lors aisément le grand crédit dont il jouit à la cour de ces monarques, et l'on ne s'étonne plus de voir son nom figurer dans le dicton populaire :
Chastillon , Bourdillon , Galliol et Bonneval, Gouvernent le sang royal.
« Ces quatre seigneurs, dit Montluc dans ses mémoires, qui ont gouverné deux rois, n'acquirent jamais tous ensemble 10,000 livres de rentes. Je l'ai dit autrefois à M. le maréchal de Bourdillon , lequel respondit que tant s'en faut que son prédécesseur eust acquis 3, 000 livres de rente, et qu'il en avoit vendu i,5oo et les avoit laissez pauvres. Que l'on demande à M. l'Amiral qu'il monstre ce que son prédécesseur, qui gouvernoit tout a acquis, je gageroi qu'il n'en scauroit montrer 2,000 livres de rente. Quant à Galliot il vescu grand aage
fSËZi
mm@^
après les autres. Il a acquis par adventure 3 ou 4>ooo livres de rentes ou revenu. Quant à Bon ne val , M. de Bonneval qui est aujourd'hui , et M. de Biron en sont héritiers. Je crois qu'ils ne sçauroient pas monstrer grandes acquisitions. O bienheureux rois d'avoir eu de tels serviteurs! On peut bien juger qu'ils servoient leurs maistres pour l'amitié qu'ils lui portoientet non pour l'avarice. J'ai ouï dire qu'ils demandoient plus tost pour les serviteurs du roi que pour euxmesmes. Ils sont morts avec honneur et leurs serviteurs ne sont pas nécessiteux. »
Quelques historiens ont prétendu que Germain de Bonneval refusa la vice royauté deNaples; mais tous s'accordent à reconnaître qu'il rendit des services signalés à son cousin Henri d'Albret, roi de Navarre , et qu'il mourut glorieusement , le 25 février i52/j, sur le champ de bataille de Pavie, en couvrant le roi François 1er de son corps et de son épée. Sa femme, Jeanne de Beaumont, seule et unique héritière de la maison de ce nom, et daine d'honneur de René de France, fille de Louis XII , sa parente par Marguerite de Foix , lui donna deux filles, Renée et Anne de Bonneval. Cette dernière épousa Jean de Gontaut , baron de Biron , grand-père du maréchal de Biron décapité. Ce fut à cette occasion que Henri IV écrivit au parlement de Paris. « Messieurs, je vous recommande l'affaire qu'a devant vous mon cousin le maréchal de Biron, je vous le recommande avec d'autant plus d'instances qu'il est mon proche parent par la maison de Bonneval. »
Jean de Bonneval , seigneur du Theil , frère puîné de Germain , cité avec éloges par Nostradamus et Martin du Bellay, entra de bonne heure au service, et trouva moyen de s'y faire une place à part parmi cette pléiade de braves, que dominait la figure calme et sublime de Bayard. Il fut l'ami , le compagnon , le frère d'armes de ce célèbre capitaine , le der-
i^i^'A A A A'X Àyt'ÀAÀ
fzrfctrzirrt
BONNEVAL
nier type et le dernier mot de la chevalerie en France. Envoyé en Provence, en qualité de lieutenant-général , lors de l'irruption de Charles-Quint dans cette province (i .r>3o), il contribua efficacement à l'expulsion et à la ruine de l'armée impériale, dont plus des deux tiers périrent misérablement sous les murs de Marseille qu'il défendait.
Jean de î'onneval avait, à cette époque, quarante-cinq ans. Il avait été conseiller du roi, chambellan, gentilhomme de sa chambre, capitaine de ses ordonnances, et chevalier de ses ordres. Il s'était montré un héros a l'âge où l'on n'est pas encore un homme. Comme il n'avait rien demandé à la faveur et tout attendu de son seul mérite , après son heureuse et brillante campagne en Provence, il crut avoir acquis des droits suffisans au bâton de maréchal de France, mais on le donna à Montejan , et Bonneval irrité de cette injustice et navré de cette ingratitude, se retira dans ses terres, où il mourut en 1 547 •
Gabriel de Bonneval , capitaine de cinquante hommes d'ar mes, et gentilhomme ordinaire de la chambre comme son père , hérita de tous ses titres et biens avec charge de nouvelle substitution et d'entretien des anciennes. Plusieurs lettres écrites par François II, Charles IX, Henri III , Henri IV son parent et Jeanne d'Albret, sa cousine, témoignent surabondamment de la haute considération dont il jouissait à la cour et aux armées.
« Monsieur de Bonneval, lui écrit de Pau, le 18 décembre 1 566 la reine de Navarre, il a quelque temps quej'a\ois envoyée au sieur Germain une commission du roy telle ou semblable que j'ay fait expédier à Faucon , procureur en ma châtellenie d'Ajen, pensant qu'en vertu d'icelle il repurgeroit tous les pais de ces larrons, voleurs, brigands et menteurs qui tiranisent mes pauvres subjets et officiers du pais de Périgord et Limousin , mais ayant veu par expérience qu'il n'en a
io;;
srtfswM
Plllll^^
fait aucune diligence, je me suis advisée de faire expédier celle que vous communiquera ce porteur, fils de Faucon , et pour l'exécution de laquelle je vous prie, monsieur de Bonneval , mais c'est aussi affectueusement que je puis, mais sans exception ni faveur de personne , vous vous veuillez bien employer, faisant en sorte qu'en vertu de cette ditte commission justice exemplaire soit faite de ces voleurs et menteurs, même |Ë de ceux qui sont coutumiers de battre mes officiers quand ils j|§ veulent informer de leurs malfaits , et si aucun de ceux qui sont dénommés en ladite commission ( la vie desquels vous sera dépeinte), je vous renvoie les charges et informations faites par mes officiers de Séguo contre plusieurs gentilshommes qui s'en sont allés armés naguères et déguisés , garnis <Ç> d'arquebuses et de pistolets en notre lieu de Montesuy , les- il quels ne s' étant contenté d'avoir battu, frappé et outragé mes
pauvres subjets , leur ont volé tous leurs meubles et en-
levé leur bétail ; je vous ferois un plus long discours des inhu- ^ inanités qu'ils ont commises, n'étoit que je suis très assurée ^>r que vous en savez la vraye vérité. C'est ce qui m'a fait redou- |Jgj hier ma prière à ce que vous vouliez tout faire pour moi et mes pauvres subjets, que je puisse en avoir raison et justice , et que pour cet effet, vous teniez la main au vice-sénéchal de Brives qu'il en puisse faire telle et briève punition, que leurs j||| alliés, conplices et confédérés y puissent en prendre exemple; |1| j'écris le semblable au vice-sénéchal de Brives, afin que par une amitié réciproque , je puisse reconnoître le désir qu'on a de me faire plaisir, que par votre diligence, le pais soit nétoyé desdits voleurs et brigands; m' assurant qu'ainsi ferez. Je ne vous en prieray point davantage; ainsi je prieray le Seigneur qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.
« Votre cousine,
« Jeanne. »
Mmmmmmmm^ mm m mmsÊmmmÊm
BONNEVAL
Horace de Bonneval, fils de Gabriel , seigneur de Montaigut et de Salagnac, chambellan ordinaire et gentilhomme de la chambre de Monsieur , frère du roi , duc d'Alençon , de 1376 à i583, et lieutenant d'une compagnie de cinquante hommes d'armes, ayant été tué aux barricades à l'âge de vingt-trois ans, en 1587, Jean-François de Bonneval, petitfils de Gabriel , chevalier de Bonneval , fut institué héritier universel et subrogé aux substitutions, à l'exclusion de son père, Henri de Bonneval, par testament de son aïeul. Le 11 janvier 1670, il épousa Glande de Monceaux, fille de messire Pierre , seigneur du Bréan et grand-audiencier de France. Il laissa trois fils, dont le dernier, Glande- Alexandre, chevalier , puis comte de Bonneval , étonna l'Europe par les aventures les plus extraordinaires. La vie de ce seigneur est un véritable roman. Elle est semée de grandes fautes que rien n'excuse, mais elle est pleine de belles actions auxquelles on doit rendre hommage, et dominée partout par l'intérêt et la pitié qui s'attachent au mérite et au malheur, même dans leurs écarts les plus condamnables.
D'abord connu sous le nom de chevalier de Bonneval , Claude- Alexandre de Bonneval entra au service de la marine en 1691, en qualité d'enseigne de vaisseau, à l'âge de douze ans. Il déplova une valeur brillante au combat naval de Dieppe, à ceux de la Hogue et de Cadix , et passa, en 1G98 , dans le régiment des gardes-françaises. Au commencement de la guerre de la succession d'Espagne , il obtint le commandement d'un régiment, et servit à l'armée d'Italie, sous les ordres du maréchal Gatinat et du duc de Vendôme. Il se fit remarquer par son courage dans toutes les affaires qui eurent lieu de 1702 à 1706. Gatinat et Vendôme faisaient le plus grand cas de sa valeur et de ses talens militaires ; mais un passe-droit dont il eut à se plaindre lors de la promotion qui eut lieu à la fin de la campagne de 1 706 , lui suscita une affaire
d'une gravité telle, qu'il n'eut que le temps de fuir, pour échapper à l'exécution de l'arrêt de mort rendu contre lui, à l'instigation du ministre Chamillard. Il passa en Allemagne, et mit son épée française au service de l'empereur. Uni au prince Eugène, il contribua puissamment aux succès cpie remporta ce grand général dans les campagnes de i 7 1 o et 1 7 1 1 . A la paix d'Utrecht, l'empereur récompensa ses services par le grade de lieutenant-général et le titre de membre du conseil aulique. La bataille de Péterweradin lui fournit une nouvelle occasion de se distinguer. A la tête de deux cents hommes de son régiment , il soutint pendant plusieurs heures l'attaque d'un corps nombreux de janissaires. A chaque instant, les rangs s'éclaircissent; bientôt la petite phalange sera réduite à dix hommes. Entouré de mourans , renversé de son cheval, blessé d'un coup de lance , foulé aux pieds, le comte de Bonneval va voir terminer une vie plus remplie de gloire que d'années. Mais ses soldats l'honorent comme un héros et l'aiment comme un père; leur amour enfante des miracles , les janissaires reculent. Ses dix hommes ont triomphé de la force et du nombre; ils enlèvent leur général et le portent sur leurs bras sanglans à l'armée victorieuse.
Créé lieutenant feld- maréchal sur le champ de bataille, le comte de Bonneval accompagna le prince Eugène dans son gouvernement des Pays-Bas, mais là son caractère ardent, sa franchise chevaleresque, lui attirèrent de nouvelles disgrâces. Ayant repoussé avec éclat des propos indécens du marquis de Saint-Prié, gouverneur de Bruxelles, contre la jeune reine d'Espagne, et outre-passé en cette circonstance toutes les bornes de la subordination militaire, il perdit ses emplois, fut traduit devant un conseil de guerre, et aurait été infailliblement condamné à une peine capitale , si l'empereur, par un reste d'amitié pour lui, n'eût prévenu l'arrêt de ce conseil par celui d'un an de prison et d'un congé perpétuel; mais le comte
U&m&m$âm&&. <$> <m* ^M?&m&&&m&&.
7^¥bmmwAViﮥWMiïmm&
ra
BONNEVAL
de Bonneval parvint à s'échapper le sixième mois de sa captivité, envoya un cartel an prince Eugène qui avait soutenu contre lui le marquis de Saint-Prié, gagna Venise, et s'embarqua de là pour Constantinople. « Je n'ai fait nul tort à la noblesse, écrit-il à ce sujet à son frère César-Phœbus , en voulant me battre contre un des plus braves princes de mon temps; je n'ai ni assassiné ni volé sur les grands chemins , et cependant vous m'avez mis tous à quarantaine comme un pestiféré et comme si j'avais été de la famille deMelchisédec. »
Arrêté en Bosnie, gardé à vue pendant quatorze mois , traité comme un esclave, environné de périls, le comte de Bonneval finit par prêter l'oreille aux insinuations du pacha de Bosnie. Il embrassa l'islamisme, devint pacha à trois queues de Bomélie, puis topigi-bachi ou grand-maître de l'artillerie , favori du sultan , et , du jour où il mit le pied à Constantinople, le premier général , le premier administrateur , le premier homme de l'empire.
Issu comme il était d'une des plus anciennes maisons du royaume , qui avait compté parmi ses membres des barons , des vicomtes , des comtes, des marquis, des chambellans , des conseillers , des capitaines-généraux , des gouverneurs de province; qui avait l'honneur d'être alliée au sang royal de France par les maisons de Foix et d'Albret, et qui s'était toujours honorée autant par son attachement à la religion que par son dévoûment à la monarchie , le comte de Bonneval dut hésiter long-temps avant de prendre une résolution si contraire à la gloire de son nom , à ses devoirs de chrétien , à sa dignité de gentilhomme; mais l'abandon inqualifiable du marquis de Villeneuve, ambassadeur de France, qui refusa de le réclamer comme compatriote, et la certitude d'être, conformément aux capitulations de Passarowitz , livré à ses ennemis , qui , comme il le dit plaisamment, « l' auraient fait sans doute chrétiennemeyit écorcher vif à Vienne » , triomphèrent de
se
SB
ses légitimes scrupules. Les services qu'il rendit en cet état à sa nouvelle patrie furent immenses. Il l'initia aux sciences, aux arts, aux procédés, à la discipline militaire. Il organisa l'artillerie à la française, lui fit apprendre la manœuvre des pièces, et lui donna toute l'instruction à laquelle peut prétendre cette race d'hommes paresseuse, insouciante et indisciplinée. Prévoyant l'agrandissement continu de la puissance moscovite, il s'efforça de la circonscrire dans un cercle qu'elle ne pourrait plus dépasser; il voulut aussi maintenir à la Suède l'influence politique qu'on lui disputait, dans la pensée de conserver à la France une alliée utile et une sauve- garde efficace.
Une de ces misérables intrigues de sérail , si communes à Constantinople , priva le comte de Bonneval de la confiance et de la faveur du sultan , et lui ravit le prix de tant de fatigues et de services. Après avoir commencé en Orient le grand travail de réformation européenne que le sultan Mahmoud a continué de nos jours , il fut exilé dans un pachalick situé aux extrémités de la Mer Noire, sur les confins de la petite Barbarie, et y mourut à l'âge de soixante-treize ans, un jour de l'année ijl\5, désolé de l'inaction à laquelle on l'avait condamné, et peut-être aussi dévoré par un secret repentir.
Aujourd'hui le pacha de Bonneval , dont le fils, le comte de Latour, issu d'une mère musulmane, est mort topiyi-bachi , à Constantinople, sous le nom de Soliman-Aga, repose dans un obscur tombeau du cimetière de Pera , près de la mosquée des derviches tourneurs. Une colonne surmontée d'un turban de pacha, et sur laquelle on lit cette inscription turque : « Dieu est permanent '; que Dieu glorieux et grand donne la paix au défunt ylchmet-Pacha, chef des bombardiers. L'an de /' hégire i 1G0 (1747) » 1 est tout ce qui reste de cet aventurier à jamais célèbre par son courage, par son génie, par ses vertus, et certainement aussi par ses malheurs et par ses fautes.
gP
^^^^^^^^^ii^^ii^^^^^^^^^^^i^^aiiiiiiiiSiiiiMiiiiiiiiiiiig^
^IIÉi^M^ill^'^y 'yy'Yy'T'T'T'Ty'Ty'Y^yy^;^
BONNEVAL
Sa première femme, qui appartenait à la maison de Biron, mourut en 1774 > sans laisser de postérité.
Le comte de Bonneval alliait à des défauts remarquables de plus remarquables qualités. Sa vie fut un long mélodrame , à grand spectacle, plein de situations fortes , pompeuses, inattendues, mais dont le moraliste et le chrétien voudraient pouvoir supprimer quelques actes. La foi n'illumina pas cette vaste intelligence; il disait n'avoir, en renonçant aux croyances de ses pères , « qu'échangé son chapeau contre son bonnet de nuit »; et, fier de sa joyeuse résignation dans l'adversité, il s'écriait : « Heureux ceux qui ont la philosophie dans le sang ! » Il maniait d'ailleurs aussi bien la plume que Pépée , et écrivait une chanson de table et un vaudeville de la même main qui venait de signer un traité ou de gagner une bataille. « Je n'ai ni toux , ni goutte, ni gravelle, écrit-il quelque part à son frère ; je puis monter à cheval et aller à pied comme à l'âge de vingt-cinq ans. J'ai au-delà du nécessaire, quoique aussi mauvais ménager que vous m'avez connu; il n'y a point d'année que je ne fasse pour 6,000 écus de charité. Je suis sans dette , et mon appétit le dispute à celui du chevalier de Beaufremont; jugez après cela si, vivant dans un très bon climat, j'envie le sort de quelqu'un. J'ai, outre cela, près de deux cents volumes de livres bien choisis , avec lesquels je m'amuse comme j'ai toujours fait. Enfin, souvenez-vous qu'il n'y a que des bagatelles dans ce bas-monde , distinguées en gaillardes, martiales, politiques, sérieuses, ecclésiastiques et tristes, mais qu'il n'y a que les premières et de se tenir toujours le ventre libre, et de vivre joyeusement et long-temps. »
Cette philosophie était-elle bien sincère ? Nous ne le pensons pas. Le comte de Bonneval cherchait évidemment à se tromper lui-même; et, après avoir profondément étudié son caractère dans les phases si agitées et si diverses de son existence , il nous semble qu'on ne doit plus considérer ce mépris
Il '2
qu'il affectait pour toutes les nobles ambitions qui agitent le cœur des hommes, que comme l'étourdissement volontaire d'un esprit ardent, d'une volonté forte, qui s'efforçait, au sein d'une situation inexorable , d'en voiler la misère à ses propres yeux. Oui, l'histoire le laisse entrevoir, et les documens que nous avons recueillis le prouvent, cet homme, dont la plume souriait toujours , n'était pas heureux. Souvent le souvenir de la patrie absente venait mouiller ses paupières ; et, lors même que la fatalité de son étoile le portait à combattre pour la maison d'Autriche , ses vœux étaient pour la France , pour ce pays où il avait eu son berceau et où ses ancêtres avaient leur tombe!
César-Phœbus , marquis de Bonneval , frère aîné du précédent, brigadier des années du roi et commandeur de l'ordre de Saint-Louis, suivit comme lui la carrière des armes. Il fit les campagnes de 1O90 à i6<)3, sous les ordres du maréchal de Luxembourg, combattit à Fleuras, à Lenze, à Steinkerque, à Nerwinde ; se distingua à l'armée d'Italie , à la tète du régiment royal cuirassiers, en 1705, eut trois chevaux tués sous lui, à Turin , en 1706, et reçut trois blessures dans cette affaire , où il fut fait prisonnier, après avoir perdu toute sa vaisselle d'argent, valant plus de 4o,ooo livres.
Le marquis César-Phœbus de Bonneval avait épousé, le 12 mars 1700, Marie- Angélique de Hautefort , fille du marquis de Hautefort, comte de Montignac et lieutenant -général. Il rédigea, de concert avec elle, le 19 décembre 1730 , un testament dans lequel , prévoyant le cas où son fils César-Phœbus- François viendrait à décéder sans enfans, il se réservait le droit de substituer, à défaut d' enfans mâles de la branche aînée, les terres anciennes du nom aux seigneurs de Bonneval, seigneurs de Chastain. En effet, ce fils d'abord comte, puis marquis de Bonneval , brigadier des armées du roi et commandeur de Saint-Louis, étant mort sans postérité,
'■ Al '
BONNEVAL
jf'aii
pour satisfaire a l'obligation de substituer les anciennes terres du nom à la branche de Bonneval Chastain , mais en usant du droit qui lui donnait la faculté de faire un choix, il appela à jouir du bénéfice de cette substitution André, vicomte de Bonneval, colonel des grenadiers royaux, maréchal -de-camp et commandeur de l'ordre de Saint-Louis, qui se distingua dans la guerre de sept ans et fut gouverneur de Cassel. Il avait épousé mademoiselle Jobert deNantia, dont il eut deux filles, l'une mariée au comte d'Abezac et l'autre au marquis deColignon, et un fils, Louis, marquis de Bonneval, aide- |?| i de-camp du duc de Bourbon. Du mariage de ce dernier, avec III mademoiselle de Fournou , naquirent deux filles et un fils , Marie, Marthe et Antoine de Bonneval.
La branche de Chastain, aujourd'hui aînée , dont la véritable souche, établie par les titres, la chronologie, l'histoire, les mémoires de famille et la tradition , remontant à Geoffroy de Bonneval , deuxième fils d'Antoine de Bonneval et de Marguerite deFoix , s'était toujours montrée la digne émule de la branche aînée. Un François , un Jean , un Béné, un Armand , un Claude de Bonneval , avaient , chacun dans la mesure de ses forces, apporté une pierre à l'édifice de la renommée de la famille. Armand de Bonneval, héritier de ce passé glorieux, fit hommage, le 18 juin 1757 , au roi de France, du fief de Riau , dans la paroisse de Marcay. Lieutenant-colonel dans le régiment de Poitou, il se fit remarquer à la tète de ce corps célèbre. Son fils , Jacques-François , chevalier et marquis après son père , quitta la France au moment de l'irruption révolutionnaire , commanda une cohorte noble dans l'armée des princes, et mourut dans l'émigration , à Dusseldorf, le ïi juin 1793, laissant de sa femme Marie-Rose Bagon , fille du seigneur des Barres; — Gilbert-Théodore, écuyer, lieutenant au 6e de chasseurs à cheval, tué d'un coup de canon à la bataille de la Piave en Italie , après avoir reçu dix-sept coups
t'Ai.'
mmmtmm^^^m^^^^^m^û
de sabre ; — Armand-Àlexandre-Hippolyte , marquis de Jïonneval , possesseur actuel du château et de la terre de Bonueval ; — et Charles, comte de Bonneval, chef d'escadron des dragons de la garde , qui servit avec distinction dans la guerre d'Espagne en 1823.
Armand-Alexandre-Hippolyte de Bonneval est né le il\ février 178G. Il fut élevé à l'Ecole militaire de Fontainebleau. Un duel avec un de ses condisciples signala de bonne heure son aversion pour les crimes politiques. La fin tragique du duc d'Enghien , fusillé dans les fossés de Vincennes, était le sujet de la querelle. Son adversaire prétendait que cette exécution devait être acceptée comme un acte de nécessité gouvernementale, tandis que M. de Bonneval soutenait avec raison qu'elle devait être flétrie comme un assassinat bien caractérisé. On se battit à la baïonnette dans un des corridors de l'école ; les deux champions y furent blessés, et Jacqueminot, témoin de Bonneval, suça sa plaie.
Officier supérieur, aide-de-camp du maréchal Duroc tué à ses côtés d'un coup de canon, et commandeur de la Légion-d' Honneur sous l'empire , le marquis de Bonneval reçut deux blessures à Essling. Le 1" juillet 1814, il fut créé chevalier de Saint-Louis, et le 10 août 1816, chevalier de l'ordre Constantinien de Naples par le roi Charles- Albert. En juin 181G, il eut l'honneur d'accompagner S. A. B. Madame la duchesse de Berry de Marseille à Paris. Quelques années plus tard , il fut attaché à la personne de Charles X en qualité d'écuyer cavalcadour, et à la compagnie des gardes-du-corps de Noailles , avec grade de lieutenant-major et maréchal-de-camp.
Le u5 juillet i83o parurent les ordonnances sur la presse; de ces ordonnances surgirent les barricades , des barricades sortit la révolution. Le marquis de Bonneval n'avait pas paru au corps depuis long-temps; il s'y montre à l'heure du péril.
-^ <^ <> ^ <><►<► 4^^$:^:^ $MÊï$&& &éMï
<§rôS§)mfmfF
■ ; rr; : : rf: : :
Jêl
mM^mmm^^m^m^M^&ÊB'ÊM^^^^^^ss
BONNEVAL
llo
Le 27, il se rend à Saint-Cloud et se met à la disposition du roi. « Avant i83o, dit M. Théodore-Anne dans ses mémoires, j'avais peu vu M. le marquis de Bonneval. Il ne paraissait qu'une ou deux fois par an aux revues de l'intendant. Il était fort aimé de la compagnie et le méritait par ses manières affables. Lorsque les évènemens de juillet i83o éclatèrent, M. de Bonneval n'était pas à Saint-Cloud , mais il arriva le 27. Il nous prouva que ce ne sont pas ceux qui font le plus d'embarras en temps de paix qui arrivent les premiers en temps de guerre : car lui, qui ne dit jamais rien, se trouva à son poste au moment du danger. »
Le marquis de Bonneval couvrit de son épée jusqu'à Cherbourg cette royale famille qui s'acheminait, pour la seconde fois, vers l'exil, au milieu du silence des populations. Il y reçut des gardes-du-corps placés sous son commandement un de ces témoignages d'estime et d'affection qui ne s'oublient pas. Quoique l'argent fût aussi rare que précieux pour les royalistes en ce moment, ils se cotisèrent en secret, et lui firent hommage d'une magnifique épée d'honneur, sur la lame de laquelle on lisait d'un côté : « Commandement du 26 juillet au 4 août i83o »; de l'autre : « A monsieur de Bonneval, témoignage de reconnaissance . »
Le marquis de Bonneval a épousé, le 12 janvier i8i5, Marie-Séraphine Nouette d'Andrezel , veuve du comte Dorsenne, général en chef de l'armée française en Espagne, dont il n'a eu jusqu'à présent qu'une fille, Adèle-Amélie-Alexandrine , morte en bas âge.
Un des membres les plus honorables de la famille Bonneval , le comte Gabriel- André , représentant le premier rameau d'une des branches cadettes issues des Chastain , désignée sous le nom de Malmouchi en Auvergne , est mort en février 1 83g , à l'âge de soixante-dix ans. Élevé à l'école militaire d'Effiat, page de Louis XVI , puis sous - lieutenant au régiment de
\§§ffî$§§§§TttttfâT$Tiï§T^tt§Vfà nrTB*5*O^^TTTBT?TTT?fYÎ
3rr>.
$ f:± ^^m$ m Mm^mm^&mb » <f^
Berry , il commandait un détachement de ce corps, lorsqu'en 1791, les émeutiers de l'époque envahirent le domaine de Chantilly ; le jeune comte de Bonneval leur opposa la plus opiniâtre résistance , défendit pied à pied la propriété du prince de Condé , et l'eût probablement sauvé de la dévastation , si une décharge de mousqueterie , qui le perça de sept balles dont trois dans la poitrine, ne l'eût mis hors de combat et n'eût dispersé les débris mutilés de sa petite troupe.
Le comte de Bonneval n'avait, à cette époque, que vingtdeux ans , le roi Louis XVI lui envoya la croix de Saint-Louis , le ministre de la guerre loua son courage , et le corps de la noblesse fit frapper une médaille en son honneur.
« J'ai attendu, monsieur, lui écrivit de Worms le prince de Condé, que vous fussiez en état de me lire pour vous marquer toute ma reconnaissance, toute ma sensibilité, toute ma douleur. Je ne me consolerai jamais qu'un gentilhomme français ait été si grièvement blessé , uniquement pour défendre mes propriétés; je les abandonne au torrent destructeur qui les dévaste et les envahit, et je vous demande avec instance de ne plus vous exposer ni vous, ni vos braves cavaliers, pour tout ce qui me sera personnel; gardez tout votre sang, tout votre courage pour défendre votre roi, votre patrie contre les ennemis de l'état. Votre rétablissement, qui me paraît certain, me fait le plus grand plaisir; c'est un moment de bonheur pour moi, et j'en jouis d'autant mieux que je n'y suis pas accoutumé depuis deux ans; ne doutez jamais , monsieur, de la vive reconnaissance , du tendre intérêt , de la profonde estime que vous m'avez inspirés. »
A peine rétabli de sa blessure, l'épée du comte de Bonneval reparut sur les marches du troue le 20 juin et le 10 août. Il échappa aux massacres du château, mais poursuivi avec acharnement, il fut arrêté peu de temps après, et jeté dans la
'qî&^&^'&^&ï&^&^
l'.ONNEVAL.
prison du Luxembourg. Chose étrange! et que doit enregistrer soigneusement l'histoire, parce qu'elle prouve l'ascendant de la vertu sur les natures les plus dégradées; le cœur du geôlier s'attendrit devant cette haute infortune noblement supportée; il brisa les fers du prisonnier qui lui dut à-la-fois la vie et la liberté.
Le comte de Bonneval était un des plus habiles écuyers de l'ancienne école de M. d'Àlbrac. Lors de la formation des haras , en 1 806 , il fut recherché par Napoléon , et depuis cette époque jusqu'en i832 , il a commandé avec les titres de directeur et d'inspecteur-général adjoint à Tarbes, à Pompadour, puis au Pin. A la fin de l'année i832 , il sollicita ||p son remplacement et se retira dans son Auvergne chérie , à sa terre de Saint-Myon, où il vécut jusqu'en 1839, au milieu de sa famille , occupé du dépouillement de ses notes et dessins sur les haras , œuvre de la
plus grande partie de
sa vie.
iT>v
Le comte de Bonneval avait épousé mademoiselle de Laba- ||| die. De ce mariage naquit un fils qui s'unit à Marie de Brissac , fille du duc Henri de Brissac , pair de France.
Les trois autres branches, issues de Chastain, sont représentées par :
j" Armand, comte de Bonneval, pair de France, marié à Henriette de Doulé.
Son fils unique, Armand-Joseph, vicomte de Bonneval, marié à Anastasie de la Panouse et père de trois enfans, Marthe, Gaston et Fernand de Bonneval.
i" Joseph-Nicolas, vicomte de Bonneval, frère d'Armand, comte de Bonneval, pair de France, marié à Marguerite de Crécy , dont il n'a eu qu'une fille mariée au comte de Jouffroy.
3° Henri de Bonneval , fils de Gabriel-André , comte de Bonneval Malmouchi , et de mademoiselle de Labadie, marié à
in:
Marie de Brissac , fille du duc Henri de Brissac, pair de France .
Enfin, une autre branche de Bonneval est représentée par le comte André de Bonneval, marié à mademoiselle de Binerville, et ses deux fils, Gabriel et Henri.
Hi'frfrf'H'H'reTJHrre^ tmt^r^'i
ns
as»
V V Ty" X;::
D'AUBLSSOIS.
\/n voit encore de nos jours, dans la ville d'Aubusson si célèbre par ses tapisseries, deux grosses tours en ruines, derniers vestiges du château de ce nom. Ces ruines, dont la grandeur et la force étonnent l'œil du voyageur, indiquent suffisamment quelle fut à l'époque où le château d'Aubusson commandait la marche limitrophe de la province d'Auvergne, la puissance de ses seigneurs. La maison d'Aubusson est l'une des plus anciennes de la monarchie. Son origine se cache dans l'obscurité des premières races. Suivant le père Anselme, Eton, prince d'Aubusson, assista, en 726, à la mémorable bataille de Poitiers, où deux cent mille Sarrazins tombèrent sous le génie et la masse d'armes de Charles Martel. C'est en souvenir de la part qu'il prit à cette victoire que les princes-vicomtes d'Aubusson et de la Marche portent pour cimier, dans leurs armes, une tète de Maure au-dessus de leur couronne. Aimard de Chabannais rapporte qu'en 887 un seigneur d'Aubusson fut créé vicomte dans la province de Limoges par le roi Eudes, et pour rendre plus recommandable la naissance de Turpin , évèque de Limoges, le même
historien prétend qu'il était oncle de Robert, vicomte d'Anbusson. Mais quelque illustres qu'aient été les fondateurs de cette maison, elle tira son principal éclat, au moyen-âge, de ceux de ses membres, qui firent le voyage de la Terre-Sainte, et qui, aussi pieux que braves, y acquirent cette gloire pure et féconde que la valeur consacre et que l'humanité peut avouer.
Les actions des premiers d'Aubusson , comme celles de tous les seigneurs d'une origine aussi ancienne , sont peu connues. Sous peine de commettre de graves erreurs ou de non moins graves omissions, l'historien n'ose s'aventurer dans un récit où le fil de la narration et la raison des faits lui échappent à chaque instant. Bornons-nous donc à mentionner rapidement les d'Aubusson qui jusqu'à Pierre, grand-maître de Malte, travaillèrent à fonder et à accroître la renommée de la famille. C'est d'abord un N. d'Aubusson, au neuvième siècle; puis Ranulphe, premier du nom. son fils, créé vicomte par le roi Eudes en 887 ; Rainaud d'Aubusson , qualifié de vicomte dans une charte de 934; Ranulphe , deuxième du nom, surnommé Tête~de-Cheval, marié à Aymarde de Turenne , fille de Bernard, vicomte de Turenne; Ranulphe, troisième du nom, vicomte d'Aubusson après la mort de Rainaud II, son frère; Rainaud III, vicomte d'Aubusson; Guillaume, premier du nom 9 marié à Agnès , entrée religieuse à Montrevault , après sa mort, et morte prieure à Tusson ; Rainaud IV, fondateur du prieuré de Blessac en Limosin , marié à Hélis , fille d'Archambault le Barbu , vicomte de Comborn ; Rainaud V, surnommé le Lépreux, et Guy, vicomte d'Aubusson, son fils, célèbres dans les rangs des croisés ; Rainaud, sixième du nom , qui prit part à la croisade contre les Albigeois, esprit élevé , aimant les lettres et les cultivant avec succès; — Ranulphe IV, seigneur de la Borne, devenu, à la mort de son neveu, la souche unique de la maison d'Aubusson; Guillaume, deuxième
mWb&&&&W^&®£&$:& fofo&£^ <fr<fc ^ ^k&M
■^-§4&WW#Wf
£WffW$ffif