‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 12 sur 34 · D'AUBUSSON · texte numérisé non relu

D'AUBUSSON

du nom, seigneur de la Borne, mort au commencement du quatorzième siècle ; Rainaud d'Aubusson , seigneur de la Borne , de Monteil-au-Vicomte et de Lafeuillade , mort en i353; Guy d'Aubusson , troisième du nom , bien connu des Anglais, qui l'attaquèrent dans son château de Monteil et le firent prisonnier avec sa femme Marguerite de Ventadour- Donzenac et ses enfans, après une défense magnifique et désespérée ; Jean d'Aubusson, premier du nom, seigneur de la Borne, marié à Guyenne de Monterac , petite-nièce du pape Innocent VI; Jean II, chambellan du roi Charles VII, continuateur de la branche de la Borne , qui s'éteignit dans la personne de Charles d'Aubusson, marié à Jeanne de Montai ; Rainaud , son frère, fondateur de la branche des seigneurs de Monteil, marié à Marguerite de Comborn, célèbre par l'honneur d'avoir donné naissance à ce glorieux Pierre d'Aubusson , grand-maître de l'ordre de Saint-Jeande-Jérusalem , moitié prêtre, moitié laïque, également grand comme guerrier et comme apôtre , le vainqueur des Turcs et le bouclier de la chrétienté.

Pierre d'Aubusson fit ses premières armes contre les Turcs, dans l'armée d'Albert, duc d'Autriche, gendre de l'empereur Sigismond. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de la Hongrie. D'Aubusson combattit au premier rang des chrétiens, rallia l'infanterie, la ramena au combat et décida la victoire. Dix-huit mille Turcs restèrent sur le champ de bataille. L'estime et la faveur de Sigismond furent le prix des services que d'Aubusson avait rendus à l'empire dans cette affaire mémorable. Reçu avec distinction à la cour de ce monarque, il s'appliqua à y compléter son éducation ; il apprit les langues, la géographie, l'histoire, les mathématiques, la science militaire et les belles-lettres; mais l'empereur Sigismond étant mort , et d'Aubusson ne trouvant dans Albert, son successeur, ni la même bienveillance , ni

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les mêmes vertus, quitta l'Allemagne et revint en France , où Jean II , seigneur de la Borne , son cousin , le présenta à Charles Vil. Il accompagna le dauphin à Montereau- faut- Yonne , et donna , pendant cette campagne, de nouvelles preuves de cette bravoure maîtresse d'elle-même et de cette sérénité inaltérable, le plus méritoire et le plus difficile des courages. « Je n'ai jamais vu, disait Charles VII , tant de feu uni à tant de sagesse. »

Louis XI, ce prince, moitié renard, moitié tigre, qui n'aimait guère les grands hommes , mais qui les connaissait et savait l'art de les exploiter, n'étant encore que dauphin, employa tous les moyens possibles pour gagner d'Aubusson à ses intérêts. Le jeune héros s'attacha à sa personne , et s'il ne réussit pas à éviter le scandale d'un fils révolté contre son père, du moins contribua-t-il , par ses sages conseils , à déterminer le prompt retour de ce prince.

En \[\l\\, sollicité par l'empereur de conduire une armée au secours de Zurich, son alliée, assiégée par les cantons confédérés; le dauphin donna à d'Aubusson un commandement dans cette armée, composée des débris de bandes de Gascons et d'Anglais, qui avaient désolé la France sous le règne précédent. Il rencontra les confédérés en avant du village de Prattelen , aux portes de Bâle. Enveloppés par des forces supérieures, les Suisses retranchés dans Je lazaret Saint - Jacques , y soutinrent, d'une manière héroïque, trois assauts réitérés et périrent tous sans vouloir accepter de quartier. Quatre-vingt-dix furent trouvés étouffés dans les souterrains de l'édifice. Ebloui de tant d'héroïsme, le dauphin ne voulut pas aller plus loin : il conclut, avec ces braves montagnards, un traité de paix signé le 28 octobre de la même année. « Par la Pâques Dieu, disait-il à d'Aubusson, je n'ai jamais vu de peuple plus brave que ces Suisses. Je me garderai bien de m'y frotter une seconde fois. »

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Ce fut à son retour en France, pendant les divertissemens auxquels avait donné lieu le mariage de Marguerite , fille du roi de Sicile, avec Henri, roi d'Angleterre, que Pierre d'Aubusson , entraîné par son zèle religieux, conçut l'idée de se rendre à Malte et de s'enrôler sous les bannières des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean-de- Jérusalem. Les réglemens du chapitre étaient formels. Aucun nouveau membre n'y devait être admis jusqu'à ce que les finances, épuisées par les dernières guerres contre les Turcs , fussent rétablies ; cependant le mérite personnel de Pierre d'Aubusson et la haute réputation de son oncle, Louis d'Aubusson, commandeur de Charroux, déterminèrent une exception en sa faveur. Il fut admis au nombre des chevaliers de l'ordre, en i/jSo, passa rapidement par tous les emplois intermédiaires , et devint successivement commandeur , surintendant des fortifications et grand-prieur d'Auvergne; enfin le 8 juin 1^76, Jean-Baptiste des Ursins étant mort d'une hydropisie , Pierre d'Aubusson fut porté à la grande maîtrise par les suffrages de tous les électeurs. « On peut dire qu'avant même son élection, il était déjà grand-maître par les voeux de tous les chevaliers et même du peuple qui , aux premières nouvelle^ qu'il en eut, fit éclater par des feux publics cette joie pure et sincère qui part du cœur, que la politique et la servitude n'ont jamais su contrefaire. Un si heureux choix rassura les plus timides , on ne craignit plus Mahomet quand on vit d'Aubusson chargé du gouvernement et à la tète des affaires. »

Le nouveau grand-maître ne pouvait être élu dans des circonstances plus difficiles. L'empire d'Orient avait cessé d'exister ; Constantinople était devenu la proie des infidèles. Mahomet II régnait à la place d'Amurat son père. C'était un de ces hommes extraordinaires qui semblent nés pour bouleverser le monde. Doué des plus grandes vertus et des plus grands

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vices; sage et emporté; vaillant et efféminé; maître et esclave de ses passions; élevé dans les principes du christianisme et haïssant les chrétiens ; professant la religion musulmane et se moquant du prophète; perpétuelle contradiction avec luimême et terrible énigme aux autres. Plus d'une fois, dans les profondeurs de son ambition , il avait caressé ce rêve chéri des conquérans, la domination universelle. Rhodes, dans ses vues, devait tomber la première. Ne pouvant ni endormir ni acheter ses défenseurs, il résolut de les combattre et de les vaincre. Par ses ordres on équipa ( i479 ) une noite ae cent soixante voiles, montée par cent mille combattans, sous le comman- %M\ dément du grand-visir Misach Paléologue , prince grec , vendu Éj|| au sultan et comme lui ennemi irréconciliable du nom chrétien; mais d'Aubusson qui, depuis long-temps, prévoyait cette agression s'était mis en mesure de la repousser; des forts bien armés avaient été construits aux abords de la ville; des batteries formidables protégeaient les rives susceptibles de débarquement, et le port était fermé par de fortes chaînes.

Leu3 mai i48o, la flotte ottomane parut à la hauteur de l'île, débarqua ses troupes , et envoya sommer la ville de se rendre ; mais ayant reçu une réponse fière et méprisante, le grandvisir ordonna l'attaque. Il faudrait des volumes pour décrire toutes les phases de ce siège, la valeur des chevaliers, l'ardeur sauvage de l'ennemi , la résignation chrétienne des assiégés , l'assurance héroïque du grand - maître. Général et soldat tout à-la-fois, d'Aubusson se montre sur tous les points menacés , et quand les chevaliers effrayés des périls auxquels ils s'expose, le supplient de laisser à ses religieux le soin de défendre la brèche : « C'est ici, répond-il, le poste d'honneur de votre grand-maître. » Ses armes sont faussées en plusieurs endroits; un éclat de pierre lui enlève son casque; son sang coule; sans changer de visage, il prend le chapeau du pre-

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mier soldat qui se trouve auprès de lui , et continue de combattre et de commander.

Quoique tous les assauts livrés à la place eussent été repoussés, Rhodes n'en paraissait pas moins à la veille de succomber. Toutes les fortifications avaient été détruites par l'artillerie ennemie. Il n'y avait plus ni tours, ni fossés, ni murailles pour arrêter la marche de ces cent mille Turcs qui l'environnaient de tous côtés; il n'y avait plus rien que la valeur surhumaine du grand-maître ! Quelques chevaliers Espagnols et Italiens, frappés de l'inutilité et des périls d'une plus longue résistance parlaient de sauver les habitans par une honorable capitulation. D'Aubusson les fait appeler. « Messieurs, leur dit-il, si quelqu'un de vous ne se trouve pas en sûreté dans la place , qu'il dépose ici son épée et qu'il parte ; le port n'est pas si étroitement bloqué que je ne trouve moyen de le faire sortir ; mais si vous voulez demeurer avec vos frères , — en disant ces mots sa figure prit un air terrible , et il posa la main sur la garde de son épée, — sachez que je tuerai , de ma propre main , le premier qui parlera de se rendre. »

Ces magnifiques paroles produisirent sur les chevaliers coupables un effet merveilleux. Toutes les têtes s'inclinèrent, tous les fronts rougirent, et tombant aux pieds du grand-maître, ils jurèrent de laver par leur mort cet instant de faiblesse. L'histoire nous apprend que tous tinrent parole.

Avant de tenter son dernier et suprême effort, le grandvisir envoya un émissaire turc à Pierre d'Aubusson pour le conjurer de prévenir le massacre général des habitans et des chevaliers, le déshonneur des femmes et toutes les horreurs d'une place prise l'épée à la main; mais le grand-maître répondit que ni chevaliers, ni habitans, ni femmes, ni vieillards, ni enfans ne craignaient la mort, et que tant qu'il y aurait à Rhodes une main capable de tenir un glaive, elle se lèverait pour barrer le passage à son armée.

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ILLUSTUATlONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE.

« Le pacha, dit l'abbé Vertot, à qui nous laisserons raconter la fin de ce siège, honteux et irrité d'avoir fait inutilement une pareille démarche, jura, dans le transport de sa colère, de faire passer tout au fil de l'épée. On aiguisa même par son ordre un grand nombre de pieux pour empaler les chevaliers et les habitans; il promit le pillage de la ville à ses soldats, et pour obliger les chevaliers à partager leurs forces , il fit porter en différens endroits des échelles et les machines nécessaires pour monter à l'assaut; mais la véritable attaque et le principal effort de ses armes devaient se faire au quartier des juifs qui était le plus, ruiné. Il ne restait plus de vestiges de murailles en cet endroit. Le fossé était comblé, et pour empêcher les chevaliers de se retrancher et même de paraître sur les brèches , plusieurs batteries de canon tirèrent pendant un jour et une nuit sans relâche et enlevaient tout ce qui paraissait, et enfin le lendemain, 27 juillet, peu après le soleil levé , les Turcs, en bon ordre et avec un grand silence, s'avancent, montent sans faire de bruit sur les remparts, et s'en rendent les maîtres sans trouver la moindre résistance. Les chrétiens , qui étaient de garde pour éviter la furie du canon qui battait cet endroit sans relâche, se tenaient au pied d'un talus que les débris de la muraille avaient fait de leur côté, et même la plupart, accablés de veilles et de fatigues, étaient alors malheureusement endormis. Les Turcs, fiers de ce premier succès, arborent leur drapeau et se fortifient. Le pacha surpris agréablement d'un si heureux commencement fait avancer de nouvelles troupes. Le rempart en fut bientôt couvert. C'était fait de Rhodes sans un prompt secours; mais le grand-maître, averti du péril que courait la place, fit déployer sur-le-champ le grand étendard de la religion, et se tournant vers des chevaliers qu'il avait retenus auprès de lui pour marcher aux endroits qui seraient les plus pressés : « Allons, mes frères , leur dit-il avec une noble audace , combattre pour la foi et la

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défense de Rhodes ou nous ensevelir sous ses ruines. » Il s'avance aussitôt à grands pas à la tète de ses chevaliers , et voit avec surprise deux mille cinq cents Turcs maîtres de la brèche du rempart, de tout le terre -plein qui le bordait. Comme les maisons et les rues étaient bien plus basses, on ne pouvait aller à eux et monter sur le haut du rempart que par deux escaliers qu'on y avait pratiqués autrefois , mais qui étaient alors couverts des débris de la muraille Le grandmaître prend une échelle, l'appuie lui-même contre ce tas de pierres, et sans s'étonner de celles que l'ennemi jetait sur lui, monte le premier, une demi-pique à la main. Les chevaliers, à son exemple , les uns avec des échelles et les autres en gravissant parmi ces décombres, tâchent de le suivre et de gagner le haut du rempart.

« On vit dans cette occasion, contre ce qui se pratique ordinairement dans les sièges , les assiégés eux-mêmes monter à l'assaut, les assaillans sur la défensive. Ces infidèles repoussent les chevaliers à coups de mousquets et de flèches, ou en roulant sur eux de grosses pierres. Toute la valeur de ces courageux chevaliers fut obligée de céder à une aussi vigoureuse résistance , et plusieurs demeurèrent écrasés sous le poids des pierres qu'on leur jetait. Le grand-maître lui-même fut renversé deux fois, mais malgré la mort dont il était menacé et qu'il voyait présente de tous côtés, sans faire attention à deux blessures qu'il venait de recevoir , il se relève, et, à travers le feu continuel de la mousqueterie, des flèches et des pierres, remonte courageusement suivi de ses braves chevaliers, et se jette enfin sur le terre -plein que les Turcs occupaient. Pour lors , le combat devint plus égal : les chevaliers fondent, l'épée à la main , sur les infidèles. Bientôt on se mêle de part et d'autre avec une fureur réciproque ; tout combat et tous veulent vaincre, les uns pour conserver leur premier avantage, les autres pour regagner un poste d'où dépendait le salut

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de Ja place. Le grand-maître se distingue encore plus par sa rare valeur que par sa dignité; il tue de sa main plusieurs officiers turcs , et il en précipite d'autres du haut des murailles.

« La victoire commence à se déclarer pour lui. Les Turcs plient, et leurs bataillons s'éclaircissent. Le pacha, qui s'en aperçut , fit avancer aussitôt pour les soutenir un corps de janissaires. Il était sur les ailes, le sabre à la main, soit pour les animer, soit pour tuer ceux qui reculeraient. Il eut bientôt reconnu le grandmaître , moins encore à ses armes dorées qu'aux grands coups qu'il donnait. N'ayant pu le faire périr parle poison , comme nous l'avons dit , il engagea plusieurs janissaires, par l'espoir de magnifiques récompenses, à venger par sa mort le sang de ses compagnons. Douze de ses soldats les plus déterminés, pour le faire périr, se dévouèrent pour ainsi dire à la mort. Ils se jettent aussitôt dans la mêlée , chargent rudement les chrétiens, les écartent, pénètrent jusqu'à d'Aubusson, et, malgré les chevaliers qui l'environnaient , lui portent plusieurs coups , et lui font à-la fois cinq grandes blessures. L'ardeur dont il était animé l'empêcha d'abord de les sentir; il combattit encore quelque temps avec sa valeur ordinaire. Les chevaliers s'étant aperçus du sang qu'il perdait par ses plaies le conjurèrent de se retirer ; mais ce grand homme, au lieu de déférer à leur tendre prière : « Mourons ici , mes chers frères, leur dit-il, plutôt que de reculer : pouvons-nous combattre plus glorieusement que pour la défense de la foi et de notre religion? »

« Ces sentimens héroïques, ces blessures, le sang qui en coulait, le désir de le venger, animaient tellement les chevaliers et les soldats chrétiens , que , furieux de leur douleur, et comme des gens qui ne voulaient plus survivre à leur chef, ils s'abandonnent au travers des plus épais bataillons des infidèles et en font un horrible carnage. Les Turcs épouvantés de leurs coups les prennent pour d'autres hommes ou pour quelque chose au dessus de l'homme même. Ils perdent avec le

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courage l'esprit et le jugement ; tous prennent la fuite , et , dans ce désordre et cette confusion , ils se tuent les uns les autres pour s'ouvrir un passage. Les chevaliers profitent de cette consternation; et, non contens d'avoir regagné la brèche, ils en sortent et poursuivent les Turcs. En vain le pacha tâche de les rassurer ; malgré ses promesses et ses menaces , tout fuit : ils l'entraînent lui-même dans cette déroute générale, et il fut trop heureux de trouver un asile dans son camp, d'où il regagna ensuite ses vaisseaux et ses galères , et se rembarqua avec autant de honte que de désespoir.

Cette miraculeuse défense retentit dans tout le monde chrétien; l'étonnement fut général, l'admiration universelle. Salué partout du surnom de Bouclier de l'Eglise , d'Aubusson reçut du pape Innocent VIII le chapeau de cardinal , le titre de légat-général du saint - siège en Asie , et le droit exclusif de pourvoir , sans la participation pontificale , aux bénéfices de l'Ordre et à la disposition des commanderies.

En apprenant la défaite de son armée et la fuite de son visir, Mahomet entra dans une terrible colère , et jura de ne pas laisser pierre sur pierre à cette île orgueilleuse qui se dressait comme une muraille entre son ambition et le reste de l'Europe.

Une armée de trois cent mille hommes fut rassemblée en toute hâte ; et le sultan , s'étant mis à sa tête , s'avançait à grandes journées dans la Natolie, lorsqu'une violente colique l'emporta, dans le bourg de Teggiar-Tzaïr, le 3 mai 1481 . Ses restes furent transportés à Constantinople , dans une mosquée qu'il avait bâtie , et, quoique ce prince eût conquis deux empires, douze royaumes et plus de trois cents villes, on se borna, suivant ses ordres, à graver en langue turque, sur sa tombe , ces simples paroles :

« Je me proposais de conquérir Rhodes et de subjuguer la superbe italie. »

Bajazet et Zizim, ses fils, se disputèrent son héritage. Les deux princes se rencontrèrent , à la tête de leurs partisans respectifs, sur le chemin de Burse, dans l'Asie. Zizim, malgré des prodiges de valeur, fut vaincu, poursuivi, et contraint d'aller demander asile au grand-maître de Rhodes. Pierre d'Aubusson reçut cet infortuné avec tous les égards dus au malheur, et , pour le soustraire au poignard des émissaires de Bajazet , il l'envoya en France dans un prieuré , mais cette précaution ne put lui sauver la vie. Alexandre VI, successeur d'Innocent VIII , l'ayant vendu aux Turcs , le tira des mains des chevaliers , et le fit empoisonner par le cardinal de Borgia , son fils, le héros de Machiavel , et le plus méchant homme qu'il y eût au monde, si son père n'eût pas existé.

Pénétré de douleur de se trouver compromis par la perfidie dont ce prince avait été victime, et de voir la croisade que Charles VIII et les princes chrétiens préparaient contre les Turcs , et dont il avait été nommé généralissime , n'aboutir qu'à de vaines menaces , Pierre d'Aubusson tomba dans une mélancolie profonde, qui devint bientôt une maladie incurable. Le 1 3 juillet i5o3, à l'âge de quatre-vingts ans, il mourut avec la réputation du premier capitaine et du plus grand homme de son temps. Son cercueil , porté sur les épaules des principaux grands-croix , fut déposé dans l'église de Saint- Jean, et inhumé dans la chapelle que lui-même avait fait bâtir.

Pierre d'Aubusson n'emporta point avec lui dans la tombe la gloire de sa famille. Guillaume d'Aubusson , tige des seigneurs de la Feuillade , troisième fils de Jean 1" et de Guyenne de Monterac ; Louis de la Feuillade , son fils aîné , gouverneur de Guise, en i483 , pour Jean d'Armagnac, duc de Nemours ; Jean Ier, seigneur de la Feuillade de Pelletanges ; Jean II ; François, chevalier des ordres du roi et chambellan du duc d'Anjou; Georges d'Aubusson, comte de la Feuillade, sénéchal de

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