‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 14 sur 34 · X. X A X X X XX. A. X A A A A X A A X-X AAÀ AAA · texte numérisé non relu

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et de Sicile, et obtenir de cette princesse, en récompense de ses services , la terre de Beaulieu qui devint un des apanages de sa maison. Thibaut de Cossé est qualifié d'éeuyer dans un don d'usage que le roi Charles VII lui accorda en la forêt d'Orléans. L'époque de sa mort est inconnue. Il avait épousé Félice, fille de Huguenin, seigneur de Charno et de Bussy en Morvant, dont il eut Jean, seigneur de Cossé, chambellan du roi René, sénéchal de Provence et lieutenant-général en Sicile sous le duc Jean de Calabre, marié à Lyonne Dufour. René de Cossé, son fils, dit le Gros Brissac, devint grand fauconnier et grand pannetier à la cour du roi François Ier, de 1516 à 1521, puis gouverneur des enfants de France et lieutenant-général des pays d'Anjou et du Maine. Ce seigneur acquit du comte de Lavarenne, frère du marquis de Brézé, la terre de Brissac, et l'ajouta à ses possessions patrimoniales. On a conservé de René de Brissac une quittance de quatre-vingt-cinq livres, datée du 28 novembre 1506, pour une moitié de ses gages comme bailli des eaux et forêts, scellée d'un sceau en placard , avec les trois faces dentelées et une étoile en chef. Charlotte Gouffier, sa femme, fille de Guillaume Gouffier, seigneur de Boisy, et ||1 gouvernante des enfants de France, lui donna plusieurs en- | fants, dont l'un Charles qui suit, fut maréchal de France, et un autre, Philippe, dit le cardinal de Meudon, mort en novembre 1548, abbé du Mont Saint-Michel et de Saint-Jouin, évêque de Coulances et grand-aumônier de France.

Charles de Cossé, premier du nom, fut élevé en qualité d'enfant d'honneur auprès de François , dauphin de France X et duc de Bretagne. En 1528, il fit partie de l'expédition de \WÊ Lautrec contre Naples et y gagna ses éperons avec honneur, m Dans une attaque de l'armée napolitaine , au moment du dé- il

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barquement des galères, défié par un cavalier espagnol armé de toutes pièces, Brissac, bien qu'à pied, sans casque ni cuirasse, n'hésita pas à accepter le combat, et pressa son adversaire avec une telle vigueur qu'il le blessa dès l'abord , le désarçonna et finit par l'emmener prisonnier au camp français. Une action beaucoup plus remarquable fut sa défense des lignes françaises, au siège de Perpignan, en 1542. Cette ville , investie par le Dauphin , était défendue par le duc d'Albe. Profitant de la confiance de l'armée française en ses dispositions , le général espagnol s'approche en silence , à la faveur de la nuit , tombe sur elle à l'improviste et va l'emporter une victoire aussi facile que décisive , lorsque Brissac réunit à la hâte quelques soldats, soutient, lui quatorzième, le premier effort de l'ennemi, et par cette défense digne d'un Bomain, donne le temps à l'armée française de prendre les armes. Les historiens rapportent que le dauphin, émerveillé de cet exploit, ne put s'empêcher de s'écrier : « Si je n'étais le dauphin, je voudrais être le colonel Brissac!»

Chaque campagne nouvelle mettait en relief dans ce jeune capitaine des qualités qui d'ordinaire sont l'apanage des vieux généraux et des praticiens exercés. Quand ce n'étaient point des batailles gagnées , c'étaient des manœuvres savantes , des marches difficiles , des retraites presque aussi glorieuses que des victoires. En 1543, Gonzague de Mantoue met le siège devant Landrécies. Brissac y jette du secours, harcèle les derrières de l'armée impériale, lui enlève ses fourrages, lui coupe les vivres. Le général espagnol ordonne à quatorze mille hommes de ses vieilles bandes de l'envelopper et de le combattre. Trop faible pour disputer le terrain , Brissac ne compromettra point le sort de sa petite armée. Il

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se retire en bon ordre sur Châlons. Trois fois il est enveloppé et trois fois il parvient à se dégager. Enfin, après des dangers inouïs et de véritables prodiges d'habileté et de sangfroid , il débouche à la tête de ses braves près du village de Vitry où l'armée française est campée. François Ier était à table lorsque Brissac entra dans sa tente , les vêtements ensanglantés, couvert de poussière, et tout échauffé par le combat. Le roi-chevalier se leva , et après l'avoir embrassé étroitement , disent les chroniqueurs , il lui servit à boire dans sa propre coupe.

A la paix, Brissac obtint, avec la charge de grand-maître et de capitaine-général de l'artillerie , le bâton de maréchal de France et le gouvernement supérieur du Piémont. L'esprit d'indiscipline avait paralysé nos efforts en Italie, affaibli notre action morale, et plus d'une fois compromis notre gloire. Brissac s'appliqua à ramener dans cette armée démoralisée par l'abandon complet où l'avait laissé le gouvernement, l'habitude de la subordination, sans laquelle il n'y a point de domination durable. Convaincu que l'oisiveté énerve le soldat, corrompt l'officier, accroît les maux de la guerre, il fit exécuter dans les places, pendant les courts instants de trêve que lui laissait l'ennemi, de fréquents exercices, des gardes régulières, des engagements simulés. Le numéraire manquait; il songea à s'en procurer légalement, sollicita l'autorisation de lever un impôt sur le clergé, la noblesse et le peuple, et l'ayant obtenu, se porta le premier sur la liste pour une somme de dix mille écus, et présida lui-même à la répartition des fonds. La campagne recommença : l'armée française s'empara de Pomaro , força San Salvador à capituler, et rejeta loin de Canlina le trop fameux duc d'Albe, qui venait de remplacer le marquis de Gonzague. Tant de succès

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et de services fixèrent l'attention de Henri II. Il envoya au maréchal sa propre épée, avec une lettre qui se terminait par ces mots : « L'idée de votre mérite a passé jusque chez nos ennemis. Dernièrement l'empereur Charles Quint avouait ingénuement qu'il se ferait monarque du monde s'il avait un Brissac pour seconder ses desseins. »

Pendant le court et malheureux règne de François II (1559 à 1560), Brissac revint du Piémont où il avait soutenu pendant près de dix années la gloire de la nation, et les prétentions de la couronne. Le traité de Cateau Cambrésis l'avait forcé de retirer entièrement du Piémont ses troupes déjà errantes et délabrées. Lorsqu'il les réunit , et qu'il leur annonça qu'il fallait partir, des murmures éclatèrent dans tous les rangs : «Voilà donc, s'écrièrent les soldats, le fruit de tant de travaux, de sang, de périls! qu'allons-nous devenir? où trouverons-nous du pain?» «Chez moi!» répondit Brissac. Aussitôt il ordonna de vider ses fourgons, fit vendre tout ce qu'ils contenaient, contracta quelques emprunts et acquitta ainsi, à ses dépens, une dette de l'État.

Des marchands de Turin avaient fait, sur sa parole, à l'armée des avances considérables. Brissac se dépouille pour les payer; sa fortune ne peut suffire. Il les conduit à la cour et les présente aux Guises, comme des hommes généreux et zélés pour l'État, qui ont réparé, à leurs risques et périls, la négligence et l'oubli de Henri IL Mais ses réclamations sont écartées : le maréchal se voit dans la nécessité de contracter de nouveaux emprunts; il y ajoute la dot de sa fille, et réalise une somme de 100,000 fr. qu'il donne en compte aux parties intéressées, en leur fournissant des garanties pour le reste: «Madame, dit-il à la maréchale, en lui présentant les marchands, voici des gens qui ont risqué leur

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fortune sur mes promesses , le ministère refuse de les payer, c'est à nous de les dédommager de l'ingratitude du gouvernement. »

La maréchale était digne d'entendre ce langage; elle se résigna, sans se plaindre , à tous les sacrifices , et les marchands retournèrent à Turin , pénétrés d'admiration pour des vertus peu communes au delà des Alpes.

Les guerres de religion qui bouleversèrent le royaume sous les règnes de François II et de Charles IX, fournirent à Brissac l'occasion de rendre de nouveaux services à la monarchie. Il mourut à Paris le 31 décembre 1563. C'était un des plus beaux hommes de son temps. Les dames de la cour ne l'appelaient que le Beau Brissac.

On rapporte que dans sa première campagne , en Italie, un officier espagnol, étonné de la délicatesse de ses traits, de l'éclat de son teint , et de la recherche toute féminine de sa parure, lui demanda, en raillant, si sa maîtresse l'avait envoyé au camp pour défendre sa réputation de beauté? « Cela ne serait pas difficile, répondit Brissac, si tous vos cavaliers vous ressemblaient et se laissaient prendre sans rompre leurs lances. » A ces brillants avantages extérieurs le maréchal de Brissac joignait une douceur de caractère et une modestie de bon goût qui les relevaient encore : « Ses dépêches, dit un écrivain moderne, sont remplies de sens, écrites d'une manière noble et dégagée ; on ne trouve point de capitaine qui parle si modestement de lui : suivant ses dépèches, ce n'est pas à lui , mais aux officiers de l'armée qu'il faut attribuer ses triomphes. »

Artus de Cossé, comte de Secondigny et seigneur de Gonmor, chevalier des ordres du roi , se montra l'émule de Charles sur les champs de bataille, et mérita comme lui

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d'être honoré du bâton de maréchal de France. L'histoire a gravé en lettres d'or sur son écusson les noms de Lentz, Alpiari, Montcalm, Cantal, Saint-Valéry, Jarnac et Montcontour. Il eut, dit le Père Daniel, deux gouvernements qu'on ne pouvait confier qu'à un homme en qui la valeur fut jointe à la prudence, celui de Metz, et celui de Marien bourg; il avait le premier, lorsque Charles V vint l'attaquer à la tête de toutes ses forces. Sa conduite et celle de François de Guise qui se jeta dans Metz, obligèrent l'empereur à lever ce fameux siège, malgré ses serments, au commencement de l'année 1553. La place de Marienbourg ne demandait pas moins de vigilance; il sut s'y maintenir, quoique la ville fût à la portée de l'ennemi , et qu'il fût fort difficile de la secourir. La reinemère qui connaissait par expérience la sagesse de ses conseils, lui fit donner la surintendance des finances, où il ne fit pas mal ses affaires. « Aussi sa femme qui était de la maison de Puy Greffier en Poitou, malhabile pourtant, et n'étant ^ jamais venue à la cour, sinon lorsqu'il eut cette charge des

finances. Lorsqu'elle fil la révérence à la reine, elle remercia d'abord sa Majesté de l'intendance des finances qu'elle avait donnée à son mari; ma foi, dit-elle, nous étions ruinés sans cela, Madame; car nous devions cent mille écus; Dieu merci, depuis un an, nous nous en sommes acquittés, et nous avons gagné plus de cent mille écus pour acheter quelque belle terre. Qui rit là-dessus? Ce fut la reine , et tous ceux et celles qui étaient dans sa chambre , sans que son mari , qui , bien fâché, dit assez haut qu'on l'ouït; ah! parbleu, Madame, la Ipl folle, vous vuiderez d'ici, vous n'y reviendrez jamais, qu'au |||j diable soit-elle, me voilà bien accoutré ! La reine l'ouït, car jv^ il disait fort bien le mot qui en rit davantage; le lendemain É| il lui fit plier son paquet. » (Brantôme).

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Intrigues, rivalités, licence, rébellion, tel était le caractère de cette déplorable époque: aussi personne, quels que fussent son rang, son crédit et ses services, ne pouvait se flatter d'être longtemps à l'abri des réactions de la faveur. Accusé en 1574, sans la moindre apparence, d'avoir entretenu des intelligences avec les chefs de l'armée protestante , le maréchal de Brissac fut jeté à la Bastille en môme temps que le duc de Montmorency. Quelques historiens assurent que Charles IX, secrètement poussé par la politique sanglante de sa mère , donna l'ordre d'égorger les deux prisonniers , et que les illustres captifs ne durent la vie qu'aux temporisations de Gilles de Souvré. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'après dix-sept mois d incarcération , le maréchal de Brissac, reconnu par arrêt du parlement de Paris, non coupable sur tous les. chefs d'accusation , fut rendu à la liberté. Lorsque le roi lui fil la remise solennelle des lettres qui le déclaraient innocent : « Trouvez bon, sire, dit fièrement le maréchal, que je n'en veuille pas. Un Cossé doit penser que personne ne l'a cru coupable. »

Brissac n'avait jamais mené une vie bien exemplaire; ses excès de table l'avaient fait surnommer le Maréchal des bouteilles. Victime de son intempérance, la goutte l'attaqua de bonne heure, le tourmenta horriblement dans sa vieillesse et finit par l'emporter, le 15 janvier 1582, dans son château de Gonnor en Anjou. Il mourut comme il avait vécu, en philosophe , et laissa la réputation d'un général éminent et d'un homme aimable, causeur infatigable, esprit vif, original et plein de saillie, franc parfois jusqu'à l'impolitesse, courtisan à la manière de Jean Bart, aimant le plaisir avec passion , mais ne lui sacrifiant jamais son devoir. Nous lisons dans Brantôme que devisant un soir familièrement avec

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Monsieur , et lui lâchant par-ci par-là quelques petites vérités, il finit par lui dire : «Mort Dieu, vous autres rois et princes vous ne valez rien très-tous, si Dieu vous faisait raison, vous mériteriez detre tous pendus.» «Comment pendus? dit Monsieur. C'est à faire à des marauds vilains et bâlistres. » «Ah! par Dieu, répondit le maréchal, il y en a de meilleure maison cent fois que vous qui l'ont bien été.» «De meilleure maison que moi, répliqua Monsieur, il n'y en eut jamais?» «Ah si, par Dieu, répondit le maréchal, Jésus- Christ n'a-t-il pas été pendu et qui était de meilleure maison que vous ? »

De Charles de Brissac, premier du nom, dit le Beau Brissac , et de sa femme Charlotte d'Esquetot de Ricarville, étaient nés Timoléon de Cossé, comte de Brissac, et Charles de Cossé, onzième du nom, qui, doués tous deux des instincts guerriers , particuliers à leur race , avaient embrassé la profession militaire, où ils ne tardèrent pas à se faire une place à part parmi les jeunes gentilshommes qui se disputaient à cette époque l'attention du public et les sourires de la renommée.

L'éducation de Timoléon de Cossé fut confiée à Buchanan, poète écossais et célèbre professeur du collège de Sainte- Barbe ; en sortant des mains du savant docteur, il entra à la cour de Charles IX, en qualité d'enfant d'honneur. Sa prédilection marquée pour le duc de Guise , le fit remarquer de ce seigneur, sous lequel il fit ses premières armes. « Ce jeune homme, disait le duc , sera un jour gentil garçon, et homme de guerre.» Réalisant celte prédiction de celui qu'il avait pris pour modèle, et qu'il brûlait d'égaler, Timoléon devint un des officiers les plus brillants de l'armée catholique; mais tout en faisant admirer son courage, il fit maudire sa cruauté.

Sa figure apparaît environnée d'une sanglante auréole, et tandis que la gloire lui présente ses palmes, l'humanité se détourne en se voilant le front. Brave de cette bravoure souvent fatale, même pour ceux en faveur de qui elle s'exerce, ne calculant ni le péril , ni le nombre , ne faisant acception d'aucune des combinaisons ordinaires de la stratégie, incapable de prévoir la défaite et de s'y préparer, il se jetait en enfant perdu dans la mêlée, s'enivrait au bruit du canon, à l'odeur de la poudre, aux cris des mourants, aux roulements des tambours, au choc retentissant des bataillons. «11 aimait à plonger sa dague dans le sang , et ne l'en retirait que pour l'y replonger encore. » (Brantôme). L'amiral de Coligny le voyant si impétueux, disait : «Je le veux tel et ainsi courageux, car il ne durera guère, et bientôt nous le perdrons, et ne l'aurons plus sur nos gens qu'il vient à toute heure fatiguer. »

Timoléon brilla comme la foudre, et passa comme elle. Gentilhomme de la chambre, colonel de l'infanterie française, au delà des monts, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit et grand-fauconnier de France, il parut au siège de Rouen (1562), à l'armée du Lyonnais (1562), à la défense de Malte contre les Turcs (1562), à celle de Saint-Denis contre les troupes du prince de Condé (1567, culbuta 1 armée protestante à Sarry, à Confolens, se battit comme un diable à Jarnac, et fut tué le 28 avril 1569, en allant reconnaître la brèche et la profondeur du château de Mucidan, par un soldat périgourdin, renfermé dans cette ville, un des meilleurs et des plus justes arquebusiers qu'on eût su voir. L'auteur des étrennes de la noblesse, année MDCC, t. XXI, raconte «qu'après la prise de la ville, le roi voulut voir ce soldat, nommé Corbonnière, et pour avoir tué un si grand person-

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nage, il ordonna qu'il fût pendu. Le corps du comte de Brissac, apporté à Paris, fut enterré dans la chapelle d'Orléans de l'église des Célestins , où son épitaphe se voit encore.

«Charles de Cossé, deuxième du nom, bien que de trèspetite taille , ne laissa pas que de faire de grandes choses. » Issu d'un sang chez lequel la valeur était héréditaire, richement doué par la nature , nourri de fortes études , il parut , dès sa jeunesse , également propre au service de terre et de mer, et donna de bonne heure une haute idée de son mérite. En 1 582 , la reine Catherine de Médicis ayant fait équiper, sous le commandement de Strozzi, une flotte destinée à soutenir les droits de don Antoine, prieur de Crato, contre Philippe II, roi d'Espagne, et à tirer avantage des prétentions qu'elle avait elle-même sur la couronne de Portugal , Charles de Cossé s'embarqua sur cette flotte en qualité de lieutenant-général. La flotte espagnole, sous les ordres du Marquis de Sainte-Croix, parut à la hauteur des îles Açores, le 23 juillet. L'action fut sanglante et disputée. Blessé à mort sur son banc de quart, Strozzi légua le triste héritage et la pesante responsabilité d'une affaire aux trois quarts perdue à Charles de Cossé, son lieutenant-général. Presque aussitôt le vaisseau-amiral coula h fond. Cossé se jeta dans une chaloupe, gagna, sous le feu de l'ennemi, un autre navire, et fît pour rétablir le combat des efforts magnifiques , mais stériles. Il fallut, en frémissant, se résigner à la retraite. Elle . s'effectua en bon ordre avec un calme plein de dignité et une lenteur pleine d'audace. Les dix-huit vaisseaux que Brissac ramena en France, en les sauvant d'un désastre imminent, semblaient devoir lui ménager un accueil favorable à la cour; mais prévenu par l'envie, ou trompé par l'événement, Henri III le reçut avec un visage glacé et des paroles

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blessantes. Cossé se relira le cœur ulcéré, et par une faiblesse commune à bien des grands hommes, il quitta la cour, s'attacha aux Guises, et devint un des principaux acteurs durant les troubles que l'ambition de celte puissante maison fomentait dans l'État.

Dans la matinée du 12 mai 1587, Crucé, procureur au Châtelet, s'aperçut que des troupes pénétraient dans Paris. Il envoya aussitôt dans tous les quartiers , crier : « Alarme ! alarme ! » Ces cris déconcertèrent les projets des factieux , et les forcèrent de prendre les armes, avant le moment convenu. En même temps, les officiers Guisards se répandirent dans la ville pour diriger les mouvements de la bourgeoisie, organiser l'attaque, et prévenir la confusion. Brissac était posté dans l'Université. Une troupe d'écoliers étant venue crier : Vivent les Guises! sous ses fenêtres, il descendit dans la rue, et fit élever avec des pavés et des tonneaux, la première barricade, d'où vint le nom de journée des barricades, qu'on donna à celte émeute, prélude d'une révolulion.

«La lecture de l'histoire romaine, dit Sully, avait inspiré au comte de Brissac un projet singulier; il avait médité d'ériger la France en république, et de rendre Paris la capitale de ce nouvel État, sur le modèle de l'ancienne Borne.»

«Cossé fut longtemps sans pouvoir comprendre d'où provenait l'opposition générale, qu'il trouvait à son dessein de changer la monarchie en république; car il s'en était ouvert ^ à tous les principaux chefs de la ligue. Il craignit à la fin que, tandis qu'il travaillait à un projet que personne ne secondait, Henri IV ne l'anéantît, en s'emparant de Paris. Cette crainte le fit retomber de ses idées romaines à l'esprit français de ce temps-là. »

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En confiant a Brissac le gouvernement de Paris , Mayenne et les Seize l'avaient, en réalité, rendu maître du sort de la ligue. Dégoûté des brûlantes rivalités et des ambitions implacables qui fermentaient dans ce parti pour qui la gloire de la religion n'était déjà plus qu'un prétexte, et l'intérêt de la patrie qu'un mot, il lui porta un coup mortel en Hll rentrant dans son devoir, et en remettant la capitale à celui qui par droit de vertu et par droit de génie , était seul digne d'y commander. La justesse des mesures qu'il prit en celte occasion, sa dextérité à les cacher, et à tromper l'inquiète vigilance des Seize, prêts à le poignarder au moindre soupçon, enfin la reddition de Paris sans effusion de sang, doivent être considérés comme des chefs-d'œuvre d'habileté et de courage. «Le cardinal Légat, le duc de Féria et don Diego d'Ibara, avertis, rapporte l'Étoile, qu'il y avait une entreprise sur Paris, envoyèrent prier le comte de Brissac de vouloir bien venir leur parler ; il se rendit aussitôt chez le duc de Féria, et après avoir entendu le sujet de leurs craintes, il leur dit quil n'en croyait rien, néanmoins qu'il fallait y prendre garde, et que pour cet effet il allait faire sa ronde le long des remparts; ce qu'il fit avec trois capitaines et quelques soldats espagnols que le duc de Féria lui donna, et auxquels il avait dit ou ordonné en secret de tirer sur ledit comte de Brissac, au premier bruit qu'ils entendraient au dehors. La ronde ayant été faite, sans avoir entendu aucun bruit au dehors, et après avoir trouvé les gardes en état , ils se sont retirés sur les deux heures après minuit , et le comte de Brissac, ayant reconduit les officiers jusqu'au logis du duc de Féria, et donné des ordres secrets au corpsde-garde qui est auprès de la maison dudit duc, de tirer sur les mêmes Espagnols , en cas qu'ils sortissent de leur logis ;

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en même temps les Seize, qui avaient aussi fait leur ronde, se retirèrent chez eux. »

A quatre heures du matin, les troupes de Henri IV commencèrent à pénétrer dans Paris, et, en moins de trois heures, ajoute l'Étoile, dans cette grande ville qui avait fait pendant cinq ans la guerre à son roi, tout fut aussi tranquille que s'il n'y avait jamais eu de troubles.

Brissac, "accompagné de Jean Luillier, prévôt des marchands, des échevins et de plusieurs officiers de distinction, se rendit au devant du roi qui l'accueillit avec cette courtoisie chevaleresque qui lui gagnait tous les cœurs, ôla son écharpe, et la lui passa au cou. Le comte la reçut aux cris de vive le Roi! La reconnaissance de Henri IV ne se borna pas à cette faveur stérile. Peu de temps après, il éleva le |j|

comte de Brissac au rang de conseiller d'État et à la dignité de maréchal de France.

Devenu duc par l'érection en duché de son comté de Brissac au moyen de lettres patentes du mois d'avril 1611, le maréchal accompagna Louis XIII, en Poitou, au siège de la ville de Saint-Jean d'Angely, à la reddition de laquelle il contribua puissamment, et mourut en 1621 , à son château de Brissac. Il laissa de sa femme Judith d'Aeigné, fille unique de Jean, sire d'Aeigné de Fontenay de Mer, baron de Cœlmer, François de Cossé, duc de Brissac, pair de France, grand pannelier, lieutenant -général de Bretagne, gouverneur du port Louis, d'Hennebon, de Quimperlé, et chevalier des ordres du roi, lequel eut deux fils, Louis de Cossé, duc et pair, marié à Marguerite de Gondi, dame du duché de Bcaupréau, seconde fille d'Henri de Gondi, duc de Betz, et Timoléon, tige de la branche des comtes de Cossé, lieutenant-général d'artillerie et grand pannelier de France. Arlus-

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Timoléon-Louis de Cossé, son fils, lui succéda dans sa charge, et hérita, non sans contestation, des titres de duc et pair, à la mort de son cousin Henri-Albert, décédé sans postérité, et qui serait aujourd'hui complètement oublié, s'il n'avait trouvé dans le duc de Saint-Simon, son beau-frère, un juge aussi sévère qu'éloquent. Quoique fortement outré en mal et visiblement écrit sous l'impression d'un ressentiment de famille, le portrait que le chroniqueur-gentilhomme en a fait dans ses Mémoires , mérite d'être rapporté.

« Le duc de Brissac mourut à Brissac , le premier ou le second jour de l'année 1699. Il était frère unique de la maréchale de Villeroy, et mon beau-frère , sans enfants de ma sœur avec laquelle il avait toujours très-mal vécu. Il n'en eut point non plus de la sœur de Vertamont, premier président du grand conseil, qu'il épousa pour son grand bien, qu'il mangea si parfaitement, que n'y ayant pas même de douaire ni de reprise pour elle, elle continua à vivre comme elle faisait depuis longtemps, chez son frère qui lui donna jusqu'à des souliers et des chemises. Elle était bossue avec un visage assez agréable , et beaucoup d'esprit et fort orné , qui l'était encore plus de beaucoup de douceur et de vertu. M. de Brissac savait, et avait beaucoup d'esprit, et des plus lll agréables, avec une figure de plat apothicaire, grosse et basse et fort enluminée ; mais c'était un de ces hommes nés pour faire mépriser l'esprit et pour être le fléau de leur maison ; d'une vie obscure, honteuse, de la dernière, de la plus vilaine et de la plus sale débauche, à quoi il se ruina radicalement jusqu'à n'avoir point de pain, longtemps avant de mourir; sans table , sans équipages, sans rien jamais qui ait paru, sans cour, et sans jamais avoir vu homme ni femme qu'on pût nommer. »

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Le feu duc de Brissac avait trop étrangement vécu avec la sœur et avec le père du duc de Saint-Simon, pour qu'il pût prendre un bien vif intérêt à sa maison. Ce dernier, d'ailleurs, était depuis plusieurs années en procès avec Arthus-Timoléon-Louis de Brissac et ses créanciers pour la restitution de la dot de sa sœur; mais convaincu de l'intérêt capital qu'il y avait pour l'honneur de la dignité et pour l'intérêt des familles, à conserver, le plus longtemps possible, les duchés dans les maisons qui les possédaient , lorsqu'il s'agissait de successions de mâle en mâle et non d'extensions chimériques, le duc de Saint-Simon, malgré l'opposition acharnée du duc de Rohan et de plusieurs autres ducs influents , usa de tout son crédit et de tout son esprit, pour faire transmettre à Cossé les titres de son cousin. «L'intérêt général, dit-il , dans ses Mémoires, me détermina et me toucha assez pour me faire hasarder ma dette. Cossé qui sut l'obligation qu'il m'avait, accourut me remercier, et me mettre hors d'intérêt sur un procès que j'avais déjà gagné une fois, et que l'on m'avait renouvelé par des chicanes. Il m'en pressa même; mais je ne le voulus pas, parce que tous les créanciers de son cousin lui avaient pu faire la même loi sur cet exemple , comme beaucoup firent même sans cela. Il n'aurait pu y suffire, ni atteindre à la propriété de Brissac, par succession non par acquisition , et pour cela avoir la renonciation de la maréchale de Villeroy et de ses enfants qu'ils donnèrent aussitôt, et ce qui fut le plus long et le plus difficile, ce fut de s'accommoder avec un monde de créanciers du feu duc de Brissac , et à leur perte , parce que les biens ne suffisaient pas. Outre ces embarras domestiques que la chose en soi emportait avec elle, il n'était pas le vrai héritier, et il ne le devenait que par la renonciation de la mare-

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chale de Villeroy et de ses enfants. Il était donc, par cette raison, très-équivoque que le duché ne fût pas éteint, parce que la règle du grand fief est que le mort saisit le vif sans intervalle , et ce vif n'était point lui , mais la maréchale de Villeroy et ses enfants , après elle incapables , comme femelles , de recueillir, ni de transmettre cette dignité purement masculine, ce qui en opérait l'extinction. Par conséquent la renonciation de cette femelle pouvait très-bien n'avoir pas plus d'effet en faveur de Cossé que la succession qu'elle abandonnait n'en avait sur elle, c'est-à-dire la tradition de la terre sans la dignité, puisqu'elle ne pouvait donner ou abandonner autre chose que ce qu'en acceptant , elle recevait , qui était la terre non la dignité , dont son sexe la rendait incapable , et conséquemment éloignait en sa personne la succession, passant nécessairement par elle, soit qu'elle l'acceptât, soit qu'elle y renonçât. A ces raisons, on pouvait encore ajouter que ces successions de dignités en collatéral étaient de droit étroit, et qu'il ne pouvait dépendre d'une volonté de particuliers, de faire un homme duc ou de l'empêcher de l'être ; ce qui arrivait pourtant en ces cas par l'acceptation ou par la renonciation de la maréchale de Villeroy. On ne peut nier la force de ces arguments; mais la réponse se trouvait écrite dans les lettres d'érection de Brissac, et pour tous les hoirs sortis de son corps, et de degrés en degrés, en légitime mariage et successeurs mâles. Ainsi son second fils, père de Cossé , et la postérité masculine était appelée au défaut de la postérité masculine aînée. Le cas arrivait, et il était clair que l'intention du roi concesseur était que tout mâle , sorti par mâle du maréchal de Brissac , recueillit à son rang d'aînesse, la dignité de duc et de pair. Il est vrai que par successeur, la nécessité était imposée d'avoir la terre; mais puisqu'on ne

pouvait nier la volonté du roi concesseur être telle qu'elle vient d'être expliquée, la cause suit évidemment en faveur de la renonciation ; mais ce n'était pas là tout : l'érection appelait bien les collatéraux, mais l'enregistrement du parlement les avait exclus, et c'était au parlement qu'on avait affaire , non pas contentieusement avec des parties , mais pour recevoir Cossé en qualité de duc de Brissac et pair de France, après que les affaires liquidées avec les créanciers l'auraient mis en état de s'y présenter.... Je fus le conseil de Cossé, non sur les discussions des créanciers , mais sur ce qui regardait intrinsèquement la succession à la dignité. Il venait presque tous les jours chez moi , ou y envoyait, tant que l'affaire dura , qui ne fut pas sans épines fréquentes et fortes , et qui passa à la révolution de cette année. »

On ne voit pas que le fils aîné d'Artus-Timoléon-Louis , duc de Brissac, ait rien fait de digne d'être rappelé ; mais ses deux autres enfants, Emmanuel -Henri, aumônier du roi, profil évangélique tout illuminé de foi , de charité et de bonnes œuvres, et Jean-Paul -Timoléon, sont fort honorablement mentionnés par l'histoire. Jean -Paul- Timoléon fut reçu au berceau chevalier de Malte. Il entra au service, comme garde marine, en 1713, servit pendant trois années sur les galères de la religion, assista aux sièges de Modon et de Coron, fut pourvu en 1734, du commandement d'un régiment vacant par la promotion du comte de la Mothe-Houdancourt au grade de maréchal de camp, se trouva à la prise de Borgo- Forte et mérita d'être signalé à sa Majesté par le maréchal de Villeroy, comme une des promesses de l'armée française. A la bataille de Guastalla , avant de charger, Brissac se tourna vers les cavaliers de son régiment : «Soldats, leur dit-il, souvenez-vous de l'honneur que vous avez d'être Français,

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et de ce que vous devez à Dieu et au roi! » Et se jetant, l'épée à la main, sur les dragons de Wurtemberg, il les força de prendre la fuite. A Fontarabie, à Saint-Sébastien, à Kehl, à Parme , à Laufeld , au passage du Wesel ,, à l'affaire d'Hastembeck, à la conquête de l'Électorat de Hanovre et dans presque toutes les grandes batailles, où furent en jeu les armes et les intérêts de la France , on trouva l'épée de Brissac. Utile à sa patrie jusque dans ses loisirs, il profita du repos que la paix d'Aix-la-Chapelle donna à l'Europe, pour se perfectionner dans les différentes branches de l'art militaire ; il fit une étude approfondie de la tactique ancienne, compara les diverses méthodes, aida souvent le ministre de la guerre de son expérience et de ses conseils et laissa des notes précieuses que les hommes spéciaux ont recueillies.

Le duc de Brissac était grand-pannetier de France depuis 1732; le 20 novembre 1759, il obtint le gouvernement de Sarrelouis, les entrées de la chambre du roi, en août 1760; fut créé maréchal de France , le 1er janvier 1769 , et deux ans après, gouverneur de la ville, prévôté et vicomte de Paris, charge qu'il occupait encore à l'époque de sa mort , arrivée en 1780.

L'ancien esprit français éteint dans notre siècle , mais qui brillait alors de tout son éclat, et qui faisait les délices de l'Europe civilisée, n'eut pas de représentant plus accompli que le maréchal, duc de Brissac. Son caractère conservait une sorte d'empreinte chevaleresque qui se résumait dans une politesse exquise et des formes parfaites. Plein des traditions du grand siècle, il ne se sépara jamais du costume qu'il avait porté sous Louis XIV , et conserva jusqu'à sa mort l'écharpe et les deux queues. Quelques-unes de ses réparties sont devenues célèbres. Un jour, le duc de Cha-

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rolais le trouvant chez sa maîtresse, lui dit brusquement: «Sortez, Monsieur!» «Monseigneur, répondit Brissac, vos ancêtres auraient dit : « Sortons! »

Il avait épousé , le 10 juillet 1733 , Marie- Josephe Durey de Sauroy. De ce mariage naquirent trois enfants, Louis-Joseph- Timoléon de Brissac , colonel d'un régiment d'infanterie , tué à Rosbach , en 1757, Pierre-Emmanuel , né le 15 février 1741, et Louis-Hercule-Timoléon , le cadet par ordre de primogéniture et l'aîné par ordre de mérite.

Ce n'est pas sans attendrissement qu'on prononce ce nom infortuné et illustre. Attaché de toute la force de sa conviction , de toute l'ardeur de son dévouement à la monarchie que ses ancêtres avaient si loyalement servie et si vaillamment défendue, le duc de Brissac fut choisi au mois d'août 1792, par Louis XVI et par Marie - Antoinette , pour commander leur garde constitutionnelle. Il fallait plus que de la fermeté, plus que du talent, plus que du courage pour accepter pendant ces jours, gros de tempêtes, un emploi aussi périlleux, une mission aussi brûlante. Geôlier ou martyr, telle était l'alternative. Pourtant Brissac n'hésita pas. Heureux de faire à ses convictions et à ses attachements le sacrifice de sa vie , il regarda le péril en face et l'accepta avec toutes ses conséquences , et quand ses amis, s'effrayant pour lui d'une pareille résolution , cherchaient à le rappeler aux soins de sa sûreté : « Je ne fais, répondait -il , que ce que je dois à leurs ancêtres et aux miens. » Par l'heureuse influence de son zèle des jeunes gens restés étrangers à l'effervescence des idées nouvelles, d'anciens mousquetaires , d'anciens gardes du corps , des officiers de la ligne , éloignés du service par l'odieuse persécution du serment, furent inscrits sur les cadres de la légion constitutionnelle ; et la reine , au milieu de ces braves , restés

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