‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 15 sur 34 · LL · texte numérisé non relu

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COSSÉ BRISSAC. 157

fidèles parmi tant d'apostasies, put se convaincre, en versant des larmes et en serrant la main de leur vénérable chef, que tous les cœurs ne lui étaient pas fermés.

Si son titre de gentilhomme avait déjà rendu le duc de Brissac suspect à la révolution , son attitude respectueuse envers la famille royale acheva de le perdre. En effet, l'organisation de la légion n'était pas complétée , que les Jacobins la firent licencier, sous prétexte de son peu d'attachement à la constitution. En même temps Chabot, Bazire et quelques autres décrétèrent Brissac d'accusation. Tout baigné des pleurs de Louis XVI on le transféra à Orléans ; il fut ensuite ramené à Paris , puis conduit le 9 septembre suivant à Versailles , où le peuple le massacra au moment où les voitures qui transportaient les prisonniers arrivaient dans la cour de l'orangerie. Brissac était vigoureux et plein d'énergie. Il opposa à ses bourreaux une résistance désespérée , et ne cessa de disputer sa vie que lorsque, blessé mortellement d'un coup de sabre qui lui abattit la mâchoire et lui ouvrit la gorge, il n'offrit plus , même aux yeux de ces cannibales , qu'un objet d'horreur et de pitié !

On n'a point assez parlé dans les relations contemporaines de la mort du duc de Brissac ; heureusement la poésie a réparé cet oubli de l'histoire , et l'abbé Delille a chanté en fort beaux vers , dans le troisième chant du poëme de la Pitié, son dévouement , ses vertus , son héroïsme et sa fin funeste.

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D'ESTOHMEL.

J^iA branche aînée de la maison d'Eslourmel dont l'origine remonte au onzième siècle, a porté jusqu'au dix-septième le nom de Creton auquel elle avait réuni celui de la terre d'Eslourmel, en Cambrésis. Cette maison est l'une de celles où se sont le plus soigneusement conservées les traditions de l'honneur et de la loyauté antiques. Alliée aux Croy, aux Créqui, aux d'Hautefort, aux Choiseul, aux Mailly, aux de Fiennes, aux Tanneguy- le -Veneur, comtes de ïillières, et par ces derniers aux maisons de Salm et de Lorraine, aujourd'hui régnante en Autriche , et en dernier lieu avec les familles de Castellane, de Rohan-Chabot et de Saint-Simon, elle est justement fière d'une tradition toujours honorable, d'un écusson toujours pur, d'une épée toujours loyale. Sa première illustration se rattache au siège d'Antioche et à la prise de Jérusalem. Au siège d'Antioche, nous trouvons Reimbold Creton, sire d'Estourmel, combattant avec l'étalde et escaladant la muraille en poussant son cri de guerre. Les chroniqueurs de cette croisade font mention de ce

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chevalier parmi ceux qui pénétrèrent les premiers dans la ville sainte. Ordéric Vital, le savant moine du moyen âge, va plus loin. Il lui attribue l'honneur d'avoir devancé tons les autres « Reimboldus Creton qui primus in expiignatione hierusalem ingressus est, » et cette version se trouve confirmée par la distinction spéciale que le héros de la croisade, Godefroy de Bouillon , roi de Jérusalem , lui accorda après la prise de cette ville. Le chanoine Lamorlière, l'historien consciencieux des maisons illustres de Picardie, au seizième siècle, dit à ce sujet : « Ce n'est point un petit lustre de la maison d'Estourmel que l'on recognoit en l'origine de ces armes qu'elle tient dès le premier voyage que firent les chrétiens pour le recouvrement de la Terre-Sainte, en 1096, de la main propre de Godefroi de Bouillon , roi de Jérusalem , qui , pour honorer la valeur de Gilles dit Beimbold Creton , sire d'Estourmel, lequel il avait vu s'être porté tout vaillamment à la prise dassault de cette ville , lui fit présent d'une croix d'argent dentelée ou plutôt crételée à cause du nom de Creton , dans laquelle est enchâssé un éclat de la sainte et vraie croix. » Beaucoup de nos anciennes races se sont trouvées , par le malheur des temps ou par les guerres étrangères et civiles, transplantées loin de leur berceau ; la famille d'Estourmel a l'avantage d'avoir vieilli sur le sol qui l'a vu naître. «Les seigneurs de cette maison illustre, rapporte dom Grenier, étaient, de père en fils, échansons et bouteillers du Cambrésis et avaient droit de porter bannières. » Le goût des entreprises aventureuses , l'amour de la vie militante , l'esprit chevaleresque qui marqua d'une empreinte ineffaçable ces vieux siècles du moyen âge , si naïvement grands et si rudement poétiques, fut de tout temps héréditaire dans la maison d'Estourmel. En 1328, un d'Estourmel accompagna Jean de liai-

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DESTOURMEL. 16i

naut dans sa tentative pour replacer sur le trône d'Angleterre Isabelle de France , que les mauvais traitements de son époux, Edouard H, avaient forcée de chercher un asile en France. Cette expédition , « la plus téméraire qui oncques fut jamais,» obtint un succès aussi complet qu'inespéré, «et ainsi, ajoute Froissard, reconquit la dite royne le royaume d'Angleterre pour son ainsné fds sous le consort et conduit de Monseigneur Jean de Hainaut et de sa compagnie; par quoi il et ses compagnons qui , en ce voyage , furent avec lui , furent tenus pour preux , pour raison de la haute entreprise que faite avaient, car ils ne furent tous comptés quand ils entrèrent en mer à Dordrecht, si, comme vous avez ouï, que trois cents armures de fer qui firent si hardie entreprise pour l'amour de la dite royne , comme d'entrer en nef et passer la mer à si peu de gens pour conquérir tel royaume comme est Angleterre, malgré le propre roi et tous ses aidants. »

Après avoir pris sa part des travaux et des périls de celte expédition , Reimbold Creton d'Estourmel s'attacha au parti du roi de France, et défendit, en 1339, pour ce prince, le chastel de Honnecourt contre ce même Jean de Hainaut et messire Henri de Flandres. Il figura aussi l'année suivante au siège de Valenciennes , dirigé par le duc Jean de Normandie , en compagnie des seigneurs de Montmorency , de Fiennes , du maréchal de Boucicaut et d'un grand nombre de barons et chevaliers.

Plus d'un siècle avant, une branche de la maison d'Estourmel , établie dans les Pays-Bas , avait joint à son nom celui de Venduile, « marque de grandeur, suivant Lamorlière, que cette branche séparée de sa tige, il y a près de quatre cents ans , porte encore même nom et armes , et recognoisse pour aînés d'Estourmel de France. »

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Les alliances de cette branche d'Estourmel -Venduile font juger de la considération dont elle jouissait parmi la noblesse. A la fin du quatorzième siècle, Martine d'Estourmel épousa Robert de Maillé. Eustache de Croy , chevalier delà Toison-d'Or, eut pour mère Anne d'Estourmel , dont la sœur épousa Charles de Schoutesse, grand bailli de Courtrai. Vers 1550, Jean d'Estourmel de Venduile et Robert de Montmorency, seigneur de Nivelles, bailli de Saint -Omer, se marièrent aux deux sœurs Anne et Jeanne de Railleul , petite-fille du grand bailli de Gand et maréchal héréditaire de Flandres, titre qu'il transmit à son gendre, Jean d'Estourmel, qui fut gouverneur de Gravelines, et concourut, en 1536, à la défense d'Hesdin que le roi de France assiégeait en personne. Du Reliai, qui y servait comme capitaine, dit dans ses Mémoires : « Souvent alors, sur ces frontières de notre ancienne France, on voyait la même famille fournir des combattants aux rangs opposés. Une des branches de la maison d'Estourmel suivait la bannière des lis, tandis qu'une autre combattait sous l'aigle impériale ! »

M. de la Chesnaye des Rois, dans la généalogie de la famille d'Estourmel, parle d'un Crelon d'Estourmel qui vivait vers la fin du quatorzième siècle. Il laissa deux fils : Raimbaud , chevalier, qui se croisa en 1423 , et mourut sur les champs de bataille de la Palestine, et Simon, seigneur d'Estourmel, marié à Jeanne de Razincourt, dame de Hardecourt, dont il eut: Gilles Raimbaud de Creton, seigneur d'Estourmel, marié, en 1453, à Hélène de Noyelle, et en secondes noces à Marie de Hangest. La descendance de cette maison se continua dans la personne de Jean, qui le premier quitta le nom de Creton pour ne conserver que celui d'Estourmel. Ce seigneur rendit de signalés services à son pays pendant nos longues

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