D ESTOURMEL
et sanglantes guerres avec l'Espagne. La ville de Péronne, assiégée par l'armée de Charles-Quint, était dépourvue d'approvisionnements; sa garnison était faible, découragée; le peuple murmurait et parlait de se rendre. D'Estourmel comprit que la prise de Péronne ouvrait à l'armée impériale le chemin de Paris. N'écoutant que son patriotisme , il se jette dans la place avec sa femme et ses enfants , y fait conduire à ses dépens tout le blé récolté sur ses terres et sur celles de ses voisins , ainsi que tout le numéraire dont il dispose , solde l'arriéré aux troupes, préside les distributions au peuple, apaise les mécontentements , dirige la défense et sauve la ville.
Le glorieux vaincu de Pavie récompensa dignement ce service. Il admit le sire d'Estourmel dans son intimité, et, plein de confiance en ses talents, l'envoya, en qualité de procureur royal, en Ecosse, pour y représenter la France au mariage de Jacques V avec Madeleine de Bourbon. Il le nomma ensuite son. premier maître d'hôtel et son trésorier général pour les provinces de Picardie, Champagne et Brie.
Marguerite d'Estourmel, sœur de Jean Ier, fut revêtue de la dignité de princesse du saint-empire et abbesse du chapitre très-noble de sainte-Gertrude de Nivelle , le plus considérable des Pays-Bas.
Jean d'Estourmel avait épousé Madeleine d'Aumale, fdle de Jean d'Aumale , vicomte de Mont-Notre-Dame , et de Jeanne de Basse. Plusieurs enfants naquirent de cette union.
Jean, deuxième du nom, gouverneur de Saint-Quentin et chevalier de Saint-Michel , au moment de la plus grande splendeur de cet ordre.
Antoine, chevalier de Saint-Michel comme son frère, et gouverneur d'Amiens, fondateur de la branche des seigneurs de Froulloy.
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Pierre, chevalier de Malte, tué par les Turcs en 1543.
Un rôle politique important était destiné au seigneur d'Estourmel, fils de Jean II, et de Marie de Ilabar, nièce d'Antoine de Bourbon, pendant les troubles civils qui désolèrent la France sous Henri III. Ce seigneur signa, en 1576, à Péronne le fameux traité de la ligue. Il acquit une si grande influence dans sa Province qu'en 1579, à la mort de M. d'Humières, il fut chargé du gouvernement général de Péronne, Montdidier et Roye, et élevé à la dignité de conseiller d'État. Il avait épousé une sœur de d'Épinay de Saint-Luc, grand maître de l'artillerie, et, en secondes noces, Françoise de Pellevé, nièce du cardinal de ce nom, un des plus fougueux chefs de la ligue. Malade dans son lit à Sens, ce prélat mourut de douleur en apprenant que Henri IV était entré sans opposition dans sa capitale. Michel d'Estourmel, soustrait à 1 influence de son oncle, parut disposé à se rapprocher d'un prince, qui après avoir payé chaque clou de son trône par une bataille et chaque diamant de sa couronne par une victoire, n'aspirait plus qu'à pardonner a ceux qu'il avait vaincus. Mézerai raconte ainsi sa soumission : « Michel d'Estourmel , par l'entremise de d Épinay de Saint-Luc dont il avait épousé la sœur, était demeuré d'accord pour les villes de Péronne, Montdidier et Roye; mais il avait toujours temporisé, à la prière du duc de Mayenne. Voyant Laon hors d'espérance de secours , il exécuta son traité. » Les quatre premiers articles de ce traité portaient qu'aucune autre religion que la catholique ne pourrait être exercée dans l'étendue du gouvernement, que le seigneur d Estourmel, lieutenant-général pour sa majesté, demeurerait paisible dans celui-ci, aux grades, autorité et honneurs; que le sieur de Surville, son fils, serait reconnu audit gouvernement pour en jouir après
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le décès de son père, et que, dès la signature , il serait établi son lieutenant-général.
Mais Surville ne profita pas de ces dispositions. De son vivant et avec son agrément, son père vendit le gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye au comte de Chaulnes, qui depuis longtemps aspirait à la lieutenance-générale de la Picardie. Surville se contenta de celle de Chaulnes et de Castelet. Il brilla peu et mourut jeune, sans laisser de postérité. Son cousin d'Eslourmel-Plainville fut membre du conseil d'État et gouverneur de Corbie. Le roi le nomma capitaine de la première compagnie de ses gardes-du-corps (compagnie écossaise) , charge qui, comme le remarque Saint-Simon dans ses Mémoires, menait à être duc et pair. C'est en cette qualité qu'il procéda, par ordre de la reine régente, à l'arrestation du duc de Vendôme. On le vit aussi figurer aux états-généraux de 1614, comme député des villes de Péronne, Montdidier et Roye.
A cette époque fleurissait la branche du Frétoy. Louis d'Estourmel du Frétoy, marié à Françoise de Rlanchefort, s'était signalé sous les murs de Senlis. Antoine du Frétoy son fils, marquis d'Estourmel, dont il est beaucoup question dans les Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, sous les noms de Le Fréton, Le Frétoire et de Frétoire, obtint la charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur. Il fut ensuite capitaine-lieutenant de ses chevau-légers, puis premier écuyer de Madame et chevalier de l'ordre du Saint- Esprit, le 10 mai 1646. Il avait épousé en 1632 Françoise de Choiseul, de la branche aînée de cette célèbre maison.
Vers la fin du dix-septième siècle s'éteignirent les branches de la famille d'Estourmel, qui avaient porté les noms de Venduile, Plainville, du Frétoy et Suryille. L'héritière de cette
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dernière branche épousa en 1650 un d'IIautefort, de la maison de Gontaut, frère de la belle Marie d'IIautefort, depuis duchesse de Schomberg, dont Louis XIII fut si discrètement amoureux.
Marthe d'Estourmel eut quinze enfants. Une de ses filles, dame de Hautefort , épousa Louis d'Estourmel , son cousin , de la branche de Fouilloy, devenue branche aînée, et elle rapporta dans la maison d'Estourmel les terres qui en étaient sorties par le mariage de sa mère. Des enfants issus de cette union, l'un fut officier-général et mourut à l'armée du marécnal de Maillebois, en 1741 ; un autre chevalier de Malte fut grand-bailli de la Morée et chef d'escadre; son neveu, le commandeur d'Estourmel , était procureur-général de l'ordre en France, à l'époque de la révolution. C'est lui qui est si honorablement cité dans les Mémoires de M. Hue : «De quoi nous ont servi, dit la reine Marie-Antoi nette , en se promenant avec lui dans le jardin de la prison du Temple , les fortes sommes que nos amis ont distribuées à Pétion , à Lacroix et d'autres? Ils ont reçu de l'argent et nous ont trahis. » Ces fortes sommes étaient dues en grande partie au procureur-général de l'ordre de Malte, bailli d'Estourmel, au duc du Châtelet, à M. Bertrand de Malleville et à d'autres sujets fidèles. Il mourut en 1814. Son frère, le marquis d'Estourmel, marié à Philiberte-Rénée-Gallard deBéarn, fille du comte de Béarn- Brassac, premier écuyer de Madame Victoire de France, et d'Olympe de Caumont La Force , arrière petite-fille du maréchal de La Force, et petite-fille du maréchal de Tourville, devint, dans les dernières années du règne de Louis XVI, lieutenant-général, commandeur de Saint-Lazare, grandbailli d'épée du Cambrésis et député de la noblesse aux étatsgénéraux. Il a longtemps fait partie du corps législatif et de
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la chambre des députés , ainsi qu'un de ses fils , élu cinq fois à cette dernière chambre, ancien militaire et ministre plénipotentiaire, marié à Mademoiselle de Rohan- Chabot; un autre a été gentilhomme de la chambre du roi, conseiller d'État et a administré plusieurs préfectures. Le marquis d'Estourmel, l'aîné de la famille, a épousé en premier mariage Eulalie de Grammont, fille du duc de Caderousse, et en secondes noces, Mademoiselle Célestine de Castellane. L'espérance de cette ancienne maison repose actuellement sur Henri d'Estourmel, marié a Mademoiselle de Saint-Simon, fille du marquis de Saint-Simon, de la branche aînée des ducs de ce nom, pair de France, officier-général et ancien ambassadeur.
On a vu au commencement de cette notice que Godefroy de Bouillon, voulant, en 1096, récompenser la valeur éclatante de Reimbold Creton d'Estourmel, lui avait fait présent d'une croix d'argent dans laquelle se trouvait enchâssé un morceau de la vraie croix. Michaud rapporte que ce reliquaire fut depuis lors substitué de mâle en mâle aux aînés de cette maison. Sous le règne de Louis XIII, le marquis d'Hautefort ayant épousé la fille unique d'Antoine d'Estourmel, cordon bleu, premier écuyer de Mme la duchesse d'Orléans, prétendit que le morceau de la vraie croix faisait partie de la succession. Cette discussion fut soumise à l'arbitrage de M. le premier président de Mesmes qui décida que la croix devait revenir à la branche de la maison d'Estourmel, qui la possède encore aujourd hui comme un précieux héritage de gloire et un symbole vivant de cet esprit à la fois religieux et guerrier qui a toujours caractérisé la noblesse française.
SI
AV
EGLIMTON.
±jn esquissant dans la première livraison de cet ouvrage la physionomie mâle et chevaleresque des premiers Montgommery, nous nous sommes particulièrement appliqué à faire ressortir l'individualité puissante de Roger de Montgommery, l'ami, le compagnon, le frère d'armes du conquérant, qu'il suivit en Angleterre, et sous la bannière duquel il acquit si haut renom et si grande fortune. On voit, en effet, par les chartes du temps , que Roger de Montgommery possédait en Angleterre les comtés de Chichester, d'Arundel, de Shrewsbury, l'apanage de Ryer, trois seigneuries dans le Wilskire , quatre dans le Surrey, huit dans le Middlesex , neuf dans le Hampshire, onze dans le comté de Cambridge, onze dans le Warwickshire, trente dans le Strafford et soixante-dixsept dans le Sussex, sans compter en Normandie d'immenses possessions territoriales, et, dans le pays de Galles, le château de Balowine , qu'il avait pris d'assaut et auquel il avait donné son nom qu'il conserve encore.
Roger de Montgommery mourut en 1093, suivant quelques