‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 23 sur 34 · W¥?¥?W1^1P??W?TT?^T · texte numérisé non relu

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voya ses deux fils, Henry et Ralph Percy, pour lui fermer le passage. La bataille se donna près d'Ollerburn, le 19 août 1388. Douglas y fît des miracles. Blessé mortellement pendant l'action, «Dieu soit loué, dit-il, je meurs comme ont péri mes ancêtres!» Puis se tournant vers Sainclair, un de ses plus. vaillants compagnons: «Il y a dans ma famille, ajouta-t-il, une prédiction qui promet à l'un de nous de vaincre après sa mort, et je m'assure que c'est cette nuit même que doit s'accomplir cette prophétie. Relevez ma ban- Y-M nière, poussez mon cri de guerre, mais que ni amis ni enne- jif§ mis ne sachent l'état où je suis, car mes ennemis se réjoui- || raient et mes amis ne se consoleraient pas! » Cet ordre fut |||| aussitôt exécuté. Sainclair releva la bannière de son illustre i|É frère d'armes, tout le camp retentit du cri de «Douglas! » et |||| l'ennemi mis en fuite, fut poursuivi jusqu'à cinq milles du

champ de bataille. Transporté dans sa tente , Douglas expira ||p quelques instants après, et cette mort changea la glorieuse fjÉË journée d'Otterburn en un jour de regrets et de deuil.

Jacques, comte de Douglas et de Marr, avait épousé Marguerite, fille aînée du roi Robert II; n'ayant eu d'elle qu'un fils mort en bas-âge , le comté de Marr revint à sa sœur lady Isabelle, et le comté de Douglas qui devait appartenir à Georges, comte d'Angus, fut transmis à Archibald Douglas, lord de Galloway, fils illégitime du bon sir Jacques, par une substitution particulière qui eut lieu probablement avant la naissance de Georges, plus jeune de trente ans que son frère.

Archibald , comte de Douglas , s'acquit de bonne heure une haute réputation de sagesse, de prudence et de «valeur; ses ! contemporains ne l'appelaient que the grim, l'austère. Dans m sa jeunesse il avait accompagné en France son cousin Guil- |jj| laume-, comte de Douglas. Fait prisonnier à la bataille de fp

Poitiers, il dut sa liberté à la présence d'esprit de sir Guillaume Ramsay de Coluthie, qui employa pour le sauver un adroit stratagème , raconté avec des détails charmants par Fordun.

En 1368 , le roi d'Ecosse David II, lui accorda à lui et à ses descendants la baronnie de Galloway. Lors de la défaite de Murgrave à Melrose, en 1378, Archibald, combattant sous les ordres de son cousin, déploya à ses côtés cette valeur héréditaire qui souvent décidait seule du sort d'une bataille. « Nul n'osait l'attaquer , rapporte Froissard , quand il dut approcher, mit pied à terre et mit au devant de son visage une longue épée qui avait d'alumelle deux aunes et à peine le pouvait un autre lever de terre ; mais elle ne lui coûtait rien à manier et en donnait des coups si gras que tout ce qu'il accousuivait il mettait par terre, et n'y avait si hardi de la part des Anglais qui ne refusât ses coups.» En 1384 il se rendit maître du château de Lochmaben. La même année, il fut nommé commissaire , avec mission d'obtenir l'accession de l'Ecosse dans le traité de paix entre l'Angleterre et la France. Nous le retrouvons en 1385 à la tête des forces écossaises et françaises qui envahirent l'Angleterre, prirent Wark, et ravagèrent le pays depuis Berwick jusqu'à Newcastle. Au mois d'août 1400, il défendit avec son gendre, le duc de Rothsay, le château d'Edimbourg. Il mourut l'année suivante.

Archibald l'Austère avait épousé Jeanne ou Johanna, fille et héritière de Thomas Moray, lord de Bothwell. Cette alliance, qui lui apportait la baronnie de Bothwell , lui fît ajouter trois étoiles en chef à ses armes. Il eut deux fils, Archibald et James, et deux filles, lady Marjory, mariée en février 1400 dans l'église de Bothwell, à David, duc de Rothsay, prince d'Ecosse , et lady Mary, qui épousa sir Alexandre Traser de Philorth.

Archibakl Douglas entra en possession de son titre de famille en 1401. Il battit les Anglais à Preston et fut battu par eux à Homildon et à Schrewsbury , où il eut l'honneur de faire vider les arçons au roi d'Angleterre. Blessé dangereusement et fait prisonnier par les Anglais, on rapporte qu'après l'action , lorsque chacun dans le camp énumérait ses blessures , Douglas se contenta de dire : « On est bien forcé de rester assis lorsqu'on a un trou à son haut de chausse. »

Douglas obtint sa liberté contre des otages et moyennant une rançon de mille marcs. Le roi de France , Charles VII , à qui il ne restait de tout son beau royaume qu'un petit coin de terre , voulut s'attacher un si hardi capitaine. Il lui fit offrir par le comte de Buchan, connétable de France, le duché de Touraine. Douglas signa à Glascow un acte par lequel il s'engageait à observer les anciennes alliances qui unissaient l'Ecosse et la France, et le 24 avril 1424, il fut investi du duché de Touraine et du litre de lieutenant-général. Mais il ne jouit pas longtemps de ces hautes dignités ; il périt dans le cours de. cette même année, à Verneuil, victime de la témérité du comte de Narbonne , qui accepta imprudemment la bataille présentée par le duc de Bedfort, celui-là même que Douglas avait surnommé Jean, l'épée de plomb. Pendant le combat, Archibald, frappant. d'estoc et de taille, ne cessait de crier : Jamais arrière! mots qui devinrent la devise de sa maison. Il fut enterré avec de grands honneurs dans l'église Saint-Gratien de Tours. C'est lui que Shakespeare fait parler Jj| si fièrement dans son drame de Henri IV :

Douglas. Aux armes, chevaliers, aux armes! car j'ai jeté jj|| un insultant défi au visage du roi d'Angleterre. i:

Blunt. Quel est ton nom pour oser te mesurer avec moi ? m

Douglas. Sache que mon nom est Douglas et que je te cherche dans la mêlée, parce qu'on m'a dit que tu es le roi.

Blunt. On t'a dit vrai.

Douglas. Le lord de Stafford vient de payer cher sa ressemblance avec toi ; car au lieu de toi , roi Henri , cette épée l'a exterminé, et tu auras bientôt subi le même sort, à moins que tu ne te rendes.

Blunt. Je ne suis pas né pour me rendre, orgueilleux Écossais, et tu as rencontré un roi qui vengera la mort de Stafford. (Ils se battent et Blunt est tué.)

Henri Percy. Ne sais-tu pas qu'il y en a plus d'un qui ont revêtu les habits du roi ?

Douglas. Eh bien , par mon épée, je passerai cette lame à travers tous ses habits, j'ensanglanterai toute sa garde-robe, pièce à pièce , jusqu'à ce que je rencontre le roi lui-même.

(Acte V, scène 3.)

Archibald , son fils , hérita du titre de duc de Touraine. Il se distingua à la bataille de Baugé et reçut de Charles VII , en récompense de ses services, le comté de Longueville. De retour dans sa patrie, il eut mission de traiter avec l'Angleterre de la rançon du roi d'Ecosse, Jacques Ier. Élu, à la mort de ce prince , membre du conseil de régence , il fut peu de temps après promu au titre de lieutenant -général du royaume. Il mourut en 1439 à Restalrig et fut enterré à Douglas. De sa seconde femme lady Euphémie Graham , arrièrepetite-fille du roi Robert II, il eut trois enfants, Guillaume, David et Marguerite , surnommée la belle fille du Gallçway.

La maison de Douglas , à cette époque , était parvenue à un point inouï de splendeur et de puissance. Les domaines de Douglas , de Galloway, d'Annandale en Ecosse ; en France

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le duché de Touraine et le comté de Longueville , donnaient à leurs possesseurs des revenus au moins égaux à ceux du roi d'Ecosse. Se croyant autorisé , par ses titres en France , à agir en prince étranger, le jeune Guillaume se considérait comme indépendant des lois de son pays. Il marchait escorté d'une suite de mille chevaux, déployait un faste royal, s'arrogeait le droit de créer des chevaliers et de tenir dans ses immenses domaines des cours plénières , à l'instar des parlements. Irrité du spectacle de cette puissance prodigieuse, le chancelier du royaume, Crichton, résolut d'y mettre un terme. Par de perfides protestations il attire le comte de Douglas et son jeune frère au château d'Edimbourg , et les présente à Jacques II ; mais à peine assis à la table royale , des hommes armés s'emparent de leurs personnes ; ils sont traduits devant un tribunal improvisé, soumis à un prétendu jugement et condamnés, on ne sait pour quel crime, à la peine de mort. La sentence prononcée , on les entraîne dans la cour du château et leurs têtes tombent à côté de celle de Malcom Fleming de Cumbernauld , l'ami de leur maison , qui n'a pas voulu les abandonner. Ce triple meurtre , que Walter Scott appelle un assassinat commis avec le glaive de la justice, eut lieu le 24 novembre 1440. Le duché de Touraine, aux termes de la concession , retourna au roi de France , et le comté de Douglas remonta à Jacques, grand -oncle de Guillaume.

Jacques , septième comte de Douglas , surnommé le gros comte , à cause de son obésité, fut nommé gardien des Marches. Il assista comme juré au jugement de Murdac, duc d'Albany, en 1425, et mourut en 1443, laissant Guillaume et Jacques , huitième et neuvième du nom. Guillaume sut , en peu d'années , conquérir la faveur du roi Jacques ; il fut ad-

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mis dans son conseil et profita de son influence pour faire confisquer les biens du meurtrier de son père. Nommé lieutenant-général du royaume, il défit en 1448 les Anglais, qui venaient de pénétrer dans le royaume avec des forces supérieures, et étendit ses représailles jusqu'à Newcastle.

Lors du mariage du roi d'Ecosse , sentant que son influence s'affaiblissait, il partit pour l'Italie avec une suite de six chevaliers, quatorze gentilshommes et quatre-vingts varlets; mais en son absence ses vassaux commirent de tels excès que le roi marcha contre eux en personne, s'empara du château de Lochmabane et rasa au niveau du sol celui de Douglas. Guillaume, furieux, revint précipitamment dans ses domaines. Il forma avec les comtes de Crawford et de Ross, les deux plus puissants seigneurs du nord et du centre de l'Ecosse, une ligue formidable et y fit entrer par persuasion ou palpeur un grand nombre de ses vassaux. Il alla ensuite assiéger dans son manoir Maclellan qui refusait de signer son adhésion à la ligue, l'emmena prisonnier dans le château de Thrieve, dans le Galloway, et montrant son cadavre à sir Patrich Gray, parent de ce seigneur, qui venait réclamer son élargissement au nom du roi Jacques : « Sir Patrich , lui dit-il avec une joie féroce, vous êtes arrivé un instant trop tard; voici bien le fils de votre sœur, mais il lui manque la tête! »

Peu de temps après , Douglas ayant obtenu un sauf-conduit pour accomplir un pèlerinage à Cantorbéry, eut l'inconcevable audace d'aller visiter dans son château de Stirling le roi d'Ecosse, dont sa rébellion et l'assassinat de Maclellan avaient porté l'indignation au comble. Jacques II le conduisit après souper dans une chambre où il ne se trouvait que quelques membres du conseil privé, et l'adjura de renoncer à la ligue formée entre sa maison et celle de Crawford ; mais Dou-

glas ayant répondu avec hauteur qu'il avait donné sa parole et que nul homme au monde ne l'y ferait manquer, « eh bien par le ciel, s'écria le roi en tirant un poignard, si vous ne voulez pas rompre celte ligue , voilà qui la rompra. » Et il le lui plongea dans le cœur. Patrich Gray l'acheva en le frappant de sa hache d'armes. A cette nouvelle, les quatre frères de Douglas, n'écoutant que leur ressentiment, proclamèrent aux portes mêmes du château de Stirling que le roi était parjure et traître à sa parole ; ils attachèrent le sauf-conduit à la queue d'un cheval , firent traîner ignominieusement par les chemins le sceau royal , et réunissant leurs forces , brûlèrent une partie de la ville.

Jacques Douglas était jumeau avec son frère Archibald, comte de Moray, et comme leur aînesse était douteuse , ils jurèrent, en 1447, sur l'Évangile, de s'en remettre à la décision commune de leur mère et du comte leur frère, qui se prononcèrent en faveur de Jacques.

La vie de ce seigneur est un tissu de combats , de triomphes, de revers et d'infortunes inouïes. Après avoir fait chanceler le roi d'Ecosse sur son trône, vaincu en plusieurs ren- Hll contres, trahi par ses alliés, abandonné par ses vassaux, |v|! assailli par sa propre famille, vieux et proscrit, il fut amené El I devant le roi Jacques; mais soit honte , soit mépris, il se déi§ tourna de la présence du fds de Jacques II , qui le condamna |p à la mort du cloître. En entendant cette sentence , Douglas aé§ se contenta de murmurer : « Celui qui ne peut être rien de mieux, doit être moine!» Enfermé à l'abbaye de Lindores, il y mourut le 15 avril 1488. — Peu d'années auparavant sa forfaiture , celle de sa mère et de ses enfants , avait été solennellement décrétée, et le titre de comte aboli dans sa famille.

Le roi n'avait pas de plus sûr moyen de s'attacher les seigneurs qui lui restaient fidèles que de leur distribuer les biens confisqués sur les barons atteints de forfaiture; c'est ainsi que la plus grande partie des terres immenses de la famille des Douglas passa aux comtes d'Angus, branche florissante de cette même famille. Cette branche était issue en ligne directe de Georges, fils de Guillaume Ier, comte de Douglas et de sa troisième femme Marguerite, comtesse d'Angus. Elle joua un très-grand rôle pendant les quinzième et seizième siècles. Jacques, comte d'Angus, épousa une des filles du roi Jacques Ier. Georges , quatrième comte de ce nom , obtint , lors de la rébellion du comte de Douglas , le Douglasdale pour prix de sa fidélité, ce qui confirma le dicton populaire «que Douglas-le-Noir avait été renversé par Douglas-le-Rouge. » Archibald, dit attache-grelot, fut un des plus hardis capitaines de l'armée de Jacques IV , et un des seigneurs les plus distingués de son temps. Il mourut au commencement du seizième siècle, au prieuré de Vhilhorn, dans le Galloway. Son petit-fils Archibald commanda à Pinkie l'avant-garde de l'armée écossaise. Il avait épousé, en 1514, Marguerite d'Angleterre, veuve de Jacques IV. De ce mariage naquit une fille, lady Margaret Douglas, mariée au comte de Lennox et mère de lord Darnley , qui épousa la reine Marie Stuart. Leur fils , Jacques VI , devint roi d'Angleterre à la mort d'Elisabeth , sous le nom de Jacques Ier. Ainsi la famille royale de la Grande- Bretagne tire son origine de la maison de Douglas. Guillaume, onzième comte d'Angus , gouverneur des frontières , fut créé marquis par Charles Ier, ainsi que ses descendants mâles; Jacques, deuxième marquis de Douglas, remplit, sous les règnes de Charles II et Jacques II, la charge de membre du conseil privé. Son fils Archibald , né en 1694, en considéra-

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lion de son grand nom et des services rendus par ses ancêtres , fut élevé à la dignité de duc de Douglas , marquis d'Angus et d'Abercuthy, vicomte de Sedburgh et lord de Boukill , Prestoun et Roberthoun , par lettres-patentes du 18 avril 1703, avec limitation aux héritiers mâles de sa personne ; mais étant mort sans enfants, le titre ducal s'éteignit avec lui. Le marquisat de Douglas revint au duc d'Hamilton, son héritier mâle, et les propriétés du duc furent transmises par droit de consanguinité, à son neveu Archibald Stewart, qui prit le nom et les armes de Douglas. Ce seigneur fut élu membre du parlement, par le comté de Forfar; puis créé pair d'Angleterre avec le titre de baron de Douglas et lord-lieutenant du Forfarshire. 11 mourut en 1827, laissant de sa première femme, lady Lucy Graham, fille unique de Guillaume, duc de Montrose :

1° Lord Archibald Douglas, baron de Douglas , le chef actuel de la grande famille dont nous venons d'esquisser l'histoire.

2° Charles de Douglas, son frère puîné et son héritier présomptif.

3° William Douglas , mort en bas-âge.

4° Jane-Marguerite, mariée à Henri James, lord Montagu de Boughton.

Tandis que la branche aînée des Douglas se développait en Ecosse, par cette succession non interrompue d'hommes, sinon tous grands, du moins tous remarquables, une branche cadette soutenait en France l'honneur de ce nom difficile à porter. Dans un procès-verbal, en date du 6 octobre 1604, dressé par Guillaume de Meaux Boisbourdon, chevalier de Malte, commandeur de Boncourt, et Charles de Bellotte, chevalier dudit ordre et commandeur de Caslillon , commis-

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saires nommés pour recevoir les preuves de Jean Douglas de Montréal , l'établissement et la succession de cette branche se trouvent longuement développés : « Pour montrer et faire apparoir de l'antiquité de noblesse de la maison de Douglas, nous avons vu une ancienne généalogie de la dite maison, peinte sur le parchemin et tirée par arbre de père en fils jusqu'à présent ; la dite généalogie a été tirée et extraite sur les annales d'Ecosse, faites par Buchanan, historien écossais , lequel livre nous a été montré , commençant la dite généalogie par ces mots : Guillaume Duglas, comme dit Buchanan , en la vie du roi Jean Baliolus , insigne , illustre en race et en gestes mémorables, lequel ayant refusé de prêter le serment à Edouard , roi d'Angleterre , qui avait conquis presque toute l'Ecosse , fut envoyé prisonnier en Angleterre où il mourut, l'an de notre Seigneur mil deux cent nonantecinq, et alias mort en 1303, Buchanan, page 244, et se voit l'arbre en cette sorte, que de Guillaume Duglas sortit Jacques Duglas et de Jacques sortit Archambault, comte de Duglas , duquel sortit aussi un autre Guillaume , comte Duglas, et de Guillaume, sortit aussi Jacques et de Jacques sortit aussi un autre Guillaume, comte d'Anthie, et un autre fils Archambaud, comte de Victonne, lequel frère l'Archambaud Duglas, vint en France avec Jean Stuart, comte de Bucan, son gendre, et amena deux siens fils, un nommé Jacques Duglas et un autre frère jeune , nommé Guillaume Duglas; ils amenèrent à Charles, septième roi de France, sept mille hommes, et peu après leur arrivée en France, les Français donnant une bataille aux Anglais près Baugé où les dits Anglais furent deffaits et le duc de Clarence, frère du roi d'Angleterre , tué ; l'honneur de la victoire étant demeuré aux Écossais, Jean Stuart, comte de Bucan, fut

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fait connétable de France; par après, le roi donna par usufruit à Archambault Duglas, comte de Victonne, le duché de Touraine, par lettres expédiées le dix-neufvième d'avril mil quatre cent vingt-deux, et deux ans après, le dit de Bucan connétable et l'Archambaud Duglas, duc de Touraine, et Jacques Duglas, son fils, furent tués en la bataille de Verneuil en l'an de notre Seigneur mil quatre cent vingtquatre , le tout assez remarqué par les chroniques et annales de France , et enterré le dit Duglas en l'église Sainte-Croix d'Orléans.

«L'autre fils d'Archambaud, nommé Guillaume Duglas, demeura en France , car un sien frère aîné était demeuré en Ecosse , et prit icelui Guillaume Duglas le parti du comte de Penthièvre qui lui donna la seigneurie de Chàteau-Neuf , sa vie durant, lequel Guillaume Duglas épousa demoiselle Marguerite de Prastelot , dame et héritière unique de la dite maison en Bretagne et en l'an de notre Seigneur mil quatre cent quarante, lequel changea ses armes par la convention et traité de mariage, et print icelles de Prastelot qui sont d'azur au château d'argent, et quitta les siennes qui étaient d'argent, au cœur de gueule timbré d'une couronne royale au chef d'azur chargé de trois étoiles d'argent.

« Du dit Guillaume Duglas sortit Yron Duglas, seigneur de Prastelot et de Craw qui prit femme en la maison de Crorbian.

« Du dit Yron sortit Alain Duglas qui prit femme en la maison de La Haye.

« Du dit Alain sortit Gilles Duglas qui prit femme en la maison de Coetqueveray, l'une des anciennes maisons de Bretagne.

« Le dit Gilles trisaïeul du dit Jean Duglas, eut quatre fils :

scavoir Guillaume Duglas aîné qui prit femme en la maison de Vielchatel, et encore Jean Duglas qui prit femme en la maison de Plessié Denizon , et encore un autre fils nommé Nicolas, qui fut prieur de l'Isle Suny, et le dernier fut Olivier Duglas qui quitta la maison paternelle et vint en France après le siège de Rosne, et épousa demoiselle Isabeau de Vignancourt, qui était damoiselle de madame la duchesse douarière de Guise.

« Dudit Olivier Duglas et de la dite Isabeau de Vignancourt sortit Louis Duglas aîné, qui fut chevalier de l'ordre du roi; un autre fds nommé Valentin Duglas qui fut évèque et duc de Liron , second pair de France et comte d'Anisy, un nommé Jean Duglas , gentilhomme de la chambre du roi , enseigne de cent hommes d'armes de la compagnie de Monseigneur le grand prieur de France, Henry d'Angoulême, gouverneur de Provence , et depuis eut le dit Jean Duglas cinquante hommes et fut gouverneur de Soissons et épousa dame Claude Dehaye, mère de Madame de Boisdauphin, maréchale de France , comme à plain se voit en certaine épitaphe posée en l'église du Temple de Paris à la chapelle Notre-Dame-de- Lorette.

« L'autre fils est Philippe Duglas , écuyer-seigneur d'Arancy, gentilhomme de la chambre du roi dernier mort, et par cydevant capitaine d'une galère du tems de feu Monsieur le marquis d'Elbeuf général des galères du roi , lequel a épousé en secondes noces damoiselle Marie de Coignet, dont entre autres enfants est sorti Jean Duglas. »

Louis Douglas , seigneur de Ployart et de Ham , recueillit l'héritage de Jean de Douglas, gouverneur de Soissons. Il entra en qualité d'homme d'armes dans la compagnie d'ordonnances de la Roche-du-Maine. Il fit ses preuves de courage

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à la bataille de Saint-Quentin et ses preuves de noblesse à l'assemblée des gentilshommes du Vermandois , le 4 février 1567. Chargé au nom de cette assemblée et sous le mandement du roi, conjointement avec Guillaume de Remiremont , d'une mission auprès du duc de Montmorency, il reçut le collier des ordres, à son retour, et mourut le 31 mars 1579. Un tombeau richement sculpté lui fut élevé dans l'église de Ployart. Au-dessus de deux écussons entourés du collier de l'ordre de Saint-Michel et gravés à ses armes, ce seigneur était représenté avec la cotte d'armes et l'épée, ayant à ses pieds le heaume et les gantelets, et à ses côtés Isabeau de Mandy, sa femme , en costume du temps.

Louis Douglas laissa d'Isabeau de Mandy, Louis Douglas, capitaine d'une compagnie de cent hommes de guerre, marié à Catherine d'Aumale, fille de Michel d'Aumale> seigneur de Hamptel. Le fils de ce dernier, Antoine Douglas, porta les armes avec distinction sous Louis XIII. Il commanda une compagnie dans le régiment de Fleury, et gouverna pour le roi le château de Montréal. Une lettre du prince de Condé , adressée à ce seigneur, se termine ainsi : «Je suis votre meilleur ami, Henry de Bourbon. » De son mariage avec Françoise Kubat naquirent Pierre Douglas, capitaine au régiment de Bourgogne , et Claude Douglas , officier au régiment d'Enghien , qui fut tué à la bataille de Norlingue, en Allemagne. Charles- Joseph Douglas, héritier de Pierre Douglas, lieutenant dans, un régiment d'infanterie écossaise, et son fils Charles Douglas , syndic du corps de la noblesse du Buzey, continuèrent la descendance. Charles- Joseph Douglas, comte de Montréal, chevalier de Saint-Louis et premier syndic de la noblesse , comme son père , servit en qualité de capitaine dans le régiment royal écossais. Attaché à la personne et à la fortune de

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Charles-Edouard , il fut un des seigneurs français qui accompagnèrent ce prince dans son expédition en Ecosse. On sait quel fut le sort de cette expédition. Commencée par les plus brillantes victoires , elle finit par les plus tristes défaites. La bataille de Culloden , perdue par les Écossais , fut le Waterloo de la cause des Stuarts. Le comte Douglas , qui y avait combattu avec le dernier acharnement et la plus grande valeur, y fut fait prisonnier. L'année suivante, il revint en France où il mourut sans postérité , laissant son héritage à François-Prosper, baron de Douglas, aide-major au régiment de Languedoc. Ce seigneur s'embarqua en 1755 pour le Canada, et prit, à la tête du second bataillon de ce régiment qu'il commandait, une part active à la pacification de cette colonie. Son nom se retrouve dans presque toutes les affaires qui eurentlieu de 1755 à 1758. Blessé à la défense de Cavillon, le 4 juillet de cette dernière année, il repassa en Europe peu de temps après, et reçut, en récompense de ses services, la décoration de l'ordre royal de Saint-Louis. Il mourut à Nantua, en Bugey, le 27 avril 1781 ; de son mariage avec Charlotte de la Corne de Chapt, était né Louis-Archambault, comte de Douglas, seigneur de Mépilliat, de l'Isle de Martigna, de Nercia et de Beauregard, co-seigneur de Bonne, en Canada, héritier de Joseph , comte de Montréal, son oncle paternel, marié, le 14 février 1783, à Marie -Victoire -Gabrielle d'Espinay de Laye ; il en eut :

1° Charles-IIippolyte Sholto, né en décembre 1783,

2° Louis-Archambault de Douglas, né en juin 1785.

Le comte Louis-Archambault de Douglas s'est éteint le

24 février 1842, dans sa quatre-vingt-septième année, au

château de Montréal. Il avait été dans le cours de sa longue

et honorable carrière, député, chevalier de Saint-Louis, de

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la Légion d'Honneur, de l'ordre de Saint -Maurice et de Lazare.

La maison de Douglas, de France, qui a perdu en lui son doyen et son chef, se trouve actuellement représentée par :

1° Le comte Charles-Hippolyte Sholto de Douglas;

2° Le vicomte Louis- Archambault de Douglas;

3° Charles Sholto de Douglas, fils du comte Charles-Hippolyte;

4° Et par Mademoiselle Marguerite de Douglas , sa sœur.

Les Douglas de Montréal portent : d'azur à un château à trois tours d'argent donjonnés de même, chargées d'un écusson d'argent à un cœur de gueules couronné d'or et un chef d'azur, chargé de trois étoiles du premier.

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Ues forêts sombres, des landes sauvages, des grèves solitaires de la Bretagne sont sortis une pépinière de héros , dont l'histoire de la chevalerie est remplie: les Duguesclin, les Beaumanoir, les Montauban , les Coetmen , les Montfort , etc. Partout où l'épée de l'Angleterre apparaît, celle de la Bretagne se lève. Cette lutte et cette haine, dont l'origine se perd dans la nuit des temps , se continuent à travers les siècles, sans jamais s'altérer, ni jamais s'éteindre, et le combat des Trente que nous avons décrit, n'en est le témoignage ni le moins saisissant, ni le moins glorieux. Les Kergorlay prennent une part active à ces sanglants démêlés; leur esprit belliqueux, leur valeur chevaleresque, leur dévouement à la cause nationale se résument par des actes éclatants , et l'histoire leur assigne, dans ses fastes, une place honorable à côté des noms illustres que nous venons de citer.

La fdiation régulière des Kergorlay ne commence qu'à Pierre de Kergorlay, au douzième siècle; mais dès l'année 1057, cette maison avait donné un banneret de Bretagne

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dans la personne du sire de Rergorlay, et un chevalier dans celle de David de Kergorlay ; elle avait aussi , quarante ans plus tard , fourni un membre à la croisade prôchée par Pierre l'Ermite, entreprise par Robert de Normandie et commandée par Godefroy de Bouillon. La chronique et la généalogie, qui ne sont pas toujours justes dans la répartition de la publicité qu'elles consacrent aux familles nobles, ont négligé de nous donner des détails sur la vie de Pierre de Kergorlay, premier du nom , marié à Marguerite , fille d'Etienne , comte de Penthièvre et de Lamballe , sur celles de Pierre II de Kergorlay et d'Hervé de Kergorlay; mais elles se sont montrées moins ingrates à l'égard de Pierre III, soit que ce seigneur ait vécu dans des temps meilleurs , soit qu'il ait marqué son passage de traces plus profondes. En 1267 eut lieu la sixième croisade, résolue pendant la maladie du roi. Une flotte de 60,000 hommes fut équipée , car notre«marine, presque aussitôt détruite que créée sous Philippe-Auguste, s'était relevée sous ses successeurs. Saint Louis confia le gouvernement de l'État à Simon de Clermont de Nesle et à Mathieu, abbé de Saint- Denis. Sourd aux avis, aux conseils, aux prières, entraîné par son zèle , il partit pour Tunis où l'attendait un ennemi bien autrement redoutable que les infidèles , et contre lequel devaient se briser sa valeur, sa prudence et son génie. La peste étendit ses ailes maudites sur les bataillons chrétiens, et l'enleva lui-même au commencement du siège. Pierre III de Kergorlay avait fait partie de cette croisade ; il s'était embarqué à la suite de Jean-le-Roux, duc de Bretagne, et avait déployé aux côtés de ce prince, dans l'estime et l'affection duquel il paraît avoir occupé une place distinguée, une valeur à laquelle les vieux chroniqueurs rendent hommage. Après la mort du roi et les désastres dont elle fut suivie, il

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revint en France avec Philippe -le -Hardi, Thibault, comte de Champagne et Alphonse, comte de Poitou. Son mariage avec Thomase de Lanvaux, fdle d'Olivier, baron de Lanvaux, date de cette époque.

De ce mariage naquit Jean, premier du nom, qualifié Monseigneur, dans un acte de la cour de Ploërmel et l'un des vingt-six hauts seigneurs bretons, auxquels le roi Philippele-Bel adressa, en 1304, des lettres personnelles pour les convoquer à la guerre de Flandres. Jean Ier de Kergorlay reçut plusieurs fiefs de sa femme N. d'Avaugour, alliée au sang de Cornouailles; il eut pour héritiers Pierre de Kergorlay, marié à Jeanne de Rohan, fille d'Alain, vicomte de Rohan, et Jean de Kergorlay, mort en 1340, et dont la succession passa , à l'exclusion de Henri , son frère puîné , à Jean III de Kergorlay, son petit neveu, représentant la branche aînée par la mort de Jean II, advenue en 1335. Les longs et sanglants démêlés auxquels donnèrent lieu, pendant le commencement de ce siècle, les prétentions rivales de Charles de Blois et de Jean de Montfort à la succession du duché de Bretagne , fournirent à Jean III l'occasion de se produire comme chevalier et comme capitaine , et d'acquérir , sous ces deux aspects, un renom mérité. Ami et compagnon de Jean de Beaumanoir, il se montra constamment à la hauteur de cette glorieuse fraternité d'armes. A la tête d'une compagnie de deux chevaliers, de cinq écuyers et de dix archers, il alla rejoindre, en 1352, avec le sire de Rieux, le vicomte de Rohan, le comte de la Marche et quelques autres seigneurs bretons, les troupes que le roi Jean envoyait en Bretagne, sous la conduite de Louis de Nesle , maréchal de France.

Dans un roman publié récemment , sous le titre de Jeanne de Montfort, l'auteur qui a pris pour sujet la célèbre lutte

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entre les Montfort et Charles de Blois, y a fait choix du nom de Kergorlay pour y substituer, comme le font souvent les romanciers, à la réalité des faits , les créations de l'imagination. Il a attribué, à cette époque du quatorzième siècle, ce nom à un Alain de Kergorlay qui n'a pas existé, et à sa veuve et à son fils qui n'ont pas existé davantage, et qu'il a représentés comme zélés partisans des Montfort; mais jamais aucun Kergorlay n'a paru comme membre de ce parti dans l'histoire. Tous les Kergorlay cités par elle comme ayant pris part à cette lutte, ont été, non les partisans des Montfort , mais leurs adversaires , et Y Armoriai de Bretagne (éditions de 1667 et 1681 ), nous apprend, d'accord avec tous les documents historiques, que le sire de Kergorlay d'alors « fut partisan de Charles de Blois en la plupart de ses exploits de guerre, et tellement attaché à ses intérêts, qu'il réputa à honneur de perdre la vie ensemble avec ce prince , près de sa personne, à la funeste journée de la bataille d'Auray, en 1 364. »

Jean III de Kergorlay avait épousé Marie de Léon, fille d'Hervé, vicomte de Léon et de Marguerite d'Avaugour, et sœur de Jeanne, vicomtesse de Rohan. Après sa mort, cette dame se remaria avec Jean Malet, sire de Gra ville, de Seez et de Bernay. De son premier mariage avec Jean de Kergorlay étaient nées Jeanne de Kergorlay, qui épousa Raoul, sire de Montfort, et Aliénor de Kergorlay, qui s'unit à Jean de Beaumanoir, fondant ainsi la branche aînée de la maison de Kergorlay dans celles de Montfort et de Beaumanoir.

Jeanne de Kergorlay laissa un fils, Jean de Montfort, qui épousa Anne de Montmorency-Laval, et prit le nom de Laval;

Leur fille, Jeanne de Montfort-Laval, s'unit à Louis de Bourbon- Vendôme ;

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Leur fils , Jean II de Bourbon-Vendôme , épousa Isabeau de Beauveau, et fut trisaïeul paternel de notre roi Henri IV.

De Jean II de Bourbon- Vendôme sont issus, soit de mâle en mâle, soit par les femmes, presque tous les rois de l'Europe.

La branche des Kergorlay, connue sous la dénomination de seigneurs, comtes et marquis de Cludon, devenue tige de la famille, par la mort, sans héritiers mâles, de Jean III de Kergorlay, obtint une célébrité incontestée. La plupart de ses membres se distinguèrent dans les armées. Les uns se lèvent bravement au quatorzième siècle pour s'opposer à l'invasion du pays; d'autres, pendant le règne de Charles VII, marchent contre les Anglais, sous la bannière du roi de France et conquièrent sur le champ de bataille les palmes dues au courage heureux ou les honneurs de la captivité, tous obtiennent des fonctions importantes, des missions difficiles, de glorieuses distinctions.

Jean IV, fils de Henri de Kergorlay de Lossulien, et par conséquent petit-fils de Jean Ier de Kergorlay, banneret de Bretagne, se distingua à un égal degré, par sa valeur et par sa piété, alliance fort commune à des époques où la religion possédait toute sa puissance, où les chevaliers faisaient bénir la croix de leurs épées, et fidèles à leurs croyances dans la mauvaise comme dans la bonne fortune , priaient Dieu après la défaite comme après la victoire. Jean IV consacra une partie de ses richesses à fonder des couvents, à doter des communautés, à enrichir des églises. Il laissa de grands biens à celle de Saint-François de Quimper, où l'on voit encore son tombeau et celui de sa femme, Alix Buzic, dame du Cludon, du Breil et de Keriavily, qui adjoignit cette terre aux domaines des Kergorlay.

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Ses fils, Thibauld , Rolland et Henri, se firent tous trois un nom dans les armes. Le second, Rolland, prêta, le 14 octobre 1371, serment de fidélité au duc de Bretagne, et combattit avec une rare constance et un généreux dévouement dans les rangs des seigneurs bretons réunis, en 1379, pour préserver l'intégrité de cette province. Deux ans après, il ratifiait le traité de Guérande et scellait cet acte de son sceau , timbré d'un casque avec deux femmes pour supports. Son frère Henry qui l'avait secondé dans la guerre, ratifia ce traité le même jour et y apposa un sceau tout semblable pour la disposition de l'écu, mais différent quant à la légende qui portait : S H de Guergorlé. Cependant ni Henri , ni Rolland n'acquirent un renom égal à celui de leur frère aîné, Thibauld de Kergorlay, qui fut qualifié très-redouté et très-puissant seigneur, titre qui n'était pas trop facile à acquérir dans un temps où le courage était la qualité la plus commune d'un gentilhomme , où chacun visait à un renom de prouesse et où la vie de chaque seigneur n'était qu'une longue histoire de guerre.

Thibauld avait épousé Isabeau de Tournemine dont il eut Jean V, marié à Aliette de Coëtquenan, d'une ancienne famille de l'évêché de Léon. C'est au sein des vastes agitations, des gigantesques malheurs produits par la folie de Charles VI, l'ambition du duc de Bourgogne , l'invasion anglaise , les divisions intestines, que parut ce seigneur. Il grandit au milieu de ces désastres, il vit la France foulée aux pieds, sa gloire éteinte , son nom prêt à disparaître ; son vieux sang breton s'indigna, et au lieu de demeurer prudemment renfermé, pendant ces jours de crise, dans son château, derrière ses ponts-levis, à l'ombre de ses tourelles, il marcha bravement contre l'Anglais , l'attaqua avec succès et le combattit à ou-

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trance ; Jean V de Kergorlay acquit beaucoup de gloire au siège de Pontorson; il fut fait prisonnier en 1427. L'époque de sa mort n'est pas connue. Il laissa une fille, Jeanne, qui épousa, en 1452, un gentilhomme distingué par sa naissance et par ses talents , Yvon de Rosserf , conseiller du duc de Bretagne , et un fils , Jean VI , marié en premières noces à Margot de Plusquellec , du sang des ducs de Bretagne , et en secondes noces à Marguerite de Begaignon, qui décéda en 1463, dans un âge peu avancé, léguant à ses enfants un renom de loyauté et de courage qu'ils recueillirent précieusement.

Jean VII, l'aîné de ses deux fils, fut, à la mort de son père, placé sous la tutelle de Jean de Tournemine , et comparut en 1481 , suivi d'un page et de deux archers, à la montre générale des nobles de l'évêché de Treguier. Le 28 août 1469, il s'unit à Marguerite de Boiseon, de l'antique maison de ce nom. L'histoire qui a négligé de nous donner des détails plus circonstanciés sur la vie de ce seigneur, garde le même silence à l'égard de son fils Roland qui prêta, en 1524, serment de fidélité au roi François Ier, administrateur du duché de Bretagne pour le Dauphin son fils, et s'allia le 26 août 1510, par contrat passé au château de Kerangouez, avec Jeanne Riou, dame douairière de Kerangouez. Amaury de Kergorlay sortit de cette union. Il épousa Dame Françoise de Kerguisiau , veuve de Jean de Rivoallen , seigneur de Meslan , et donna en 1540, le dénombrement des fiefs nobles qu'il possédait dans l'évêché de Léon, et pour lesquels il était tenu de rendre hommage au roi de France.

Outre Jean de Kergorlay, qui continua la branche de Cludon, éteinte de nos jours, Amaury laissa pour héritier Vincent de Kergorlay, l'auteur du rameau de MM. de Kergorlay

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actuels. Vincent de Kergorlay servit en qualité d'archer de la garde du roi dans la compagnie de messire Guy de Rieux, et se distingua autant par l'élévation de ses talents que par l'éclat de son courage. Il ne laissa qu'un enfant de Françoise le Chevoir, dame de Kerancriepel ; Jean VIII de Kergorlay qui épousa en premières noces, en 1619, Mauriette Simon, dame du Chastel et de Tromenec, et en secondes noces, Jeanne de Percevaux. Il succéda, en 1634, au seigneur de Tromenec, son beau-père, dans la capitainerie des gardes-côtes de l'évêché de Léon, et fut, par ce motif, exempté du service du ban et arrière-ban.

Du premier mariage vint Claude de Kergorlay, seigneur de Tromenec, dont la branche se termina dans la personne de Réné-François de Kergorlay, son petit-fils , né en 1633 et décédé sans enfants..

Du second mariage sortit Jean IX de Kergorlay, dont la branche est aujourd'hui la seule existante du nom de Kergorlay.

Ce seigneur fut, en 1671, maintenu dans sa noblesse d'ancienne extraction. Il mourut en 1701 et fut inhumé dans l'église principale de Rresl. Sa veuve, Marie de Kerlech, dame de la Villeneuve, prit en dégoût un monde que son mari avait quitté. Elle se retira au couvent des Ursulines de Lesneven, où elle s'éteignit en 1714, et où l'on voit encore son tombeau. Sept ans plus tard, le seul enfant qui fût sorti de cette union, Charles-Louis de Kergorlay, était enseveli en grande pompe à l'église de Saint-Mathieu à Morlaix, et laissait pour héritier Alain-Marie de Kergorlay, demeuré seul de son nom, alors âgé de six ans seulement. C'était un beau moment pour naître à la vie. Les grandes victoires, les revers mêmes de Louis XIV, tout ce prestige des arts, de la science,

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