‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 26 sur 34 · TYS · texte numérisé non relu

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tournois, équivalant à la somme de 813 livres, deux sous, six deniers de rente.

Arrivons maintenant au plus beau fleuron de la couronne des Béthune. Parlons de celui qui sut être plus grand que tous les autres. Pour s'élever à une renommée qui ne fut pas éclipsée par celle du bon Henri , de combien de vertus , ne fallait-il pas être doué! On devine déjà qu'il s'agit de Maximilien de Béthune , duc de Sully, pair et maréchal de France, Prince-souverain de Henrichemont et de Boisbelle, marquis de Bosny et de Nogent le Béthune , comte de Muret et de Villebon , vicomte de Meaux et de Champrond , baron de Comty, de Caussade, Montricoux, Montigny, Bréteuil, Francastel, seigneur de la Falaise, de Las, de Vitray, de Lallenbellony et autres lieux. Maximilien fut présenté à douze ans au prince de Béarn dont il était parent. La jeunesse est toujours éclairée d'un reflet de la lumière que répandra l'homme fait. Sully en fut un exemple; la Saint-Barthélémy, cette triste journée que nous voudrions pouvoir rayer dans l'histoire de l'humanité , montra tout ce que pourrait un jour le cœur et l'imagination de Sully. Béveillé par les cris que proféraient les assassins , parcourant les rues , et frappant au nom d'un Dieu de paix, Sully comprit que sa vie était en danger: il se leva, et prenant un livre d'heure sous le bras, il traversa courageusement des haies d egorgeurs et des ruisseaux de sang; il arriva ainsi, après avoir affronté cent fois la mort, au collège de Bourgogne, où l'hospitalité lui fut accordée.

Le jour des représailles ne se fît pas attendre. Le calvinisme alluma les torches de la guerre civile dans les provinces. Sully, qu'une humeur belliqueuse poussait vers le danger , reçut le baptême de feu dans les plaines de

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Tours , où il combattit comme simple volontaire. En voyant les prodiges qu'accomplit le soldat, on demeure confondu en présence de la sagesse et de la profondeur de l'homme d'État.

Au siège de Villefranche , la première épée qui vint s'émousser sur le rempart fut celle de Sully qui, frappé d'un ' coup de pique , tomba dans le fossé où une mort horrible jdi lui était réservée , si un fidèle serviteur n'était accouru le tirer ' de la boue , où il était enfoncé jusqu'à mi-corps. A peine relevé , Sully s'élança dans la ville ; son courage s'emportait si loin que le roi de Navarre l'apostropha de ces paroles : « Ce n'est point ainsi que je veux être servi , conservez votre vie pour de meilleures occasions. »

Un des faits les plus merveilleux que l'histoire ait enregistrés dans ses annales est la témérité que Sully et le roi de Navarre déployèrent au siège d'Écouse. Après avoir surpris et forcé la sentinelle, ils pénétrèrent dans la ville, suivis seulement de seize cavaliers. Le pont s'abattit derrière eux, et le tocsin sonna aussitôt. Ils eurent à lutter contre les attaques de la population entière. Us opposèrent une résistance si |9| ferme , que l'armée eut le temps d'enfoncer les portes et de venir à leur secours.

La prise de Cahors fut une nouvelle occasion pour Sully, I de montrer son courage; blessé de plusieurs coups de pique, !8 il ne quitta pas la mêlée et entra des premiers dans la ville. §1 Épuisés de fatigue, tous les officiers conjuraient le roi de se jgg retirer; Sully l'engagea à n'en rien faire. Le roi répondit à ceux qui insistaient pour la retraite : «Ce qui doit m'arriver est écrit là-haut; souvenez-vous que ma retraite, sans avoir assuré cette ville au parti, sera la retraite de ma vie hors de mon corps; il y va de mon honneur ! ainsi qu'on ne me parle plus que

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de combattre , vaincre ou mourir. » Cette fermeté amena un plein succès.

Sully, qui était venu à Paris pour surveiller la cour de France , manda au prince de Béarn de marcher sur la capitale où tous les partis le désiraient. Voyant que le prince de Matignon l'arrêtait avec des troupes bien supérieures en nombre, il marcha à sa rencontre. Il joignit ce général et le força, à son tour, d'abandonner plusieurs places. Mais il fut arrêté lui-même par le duc de Mayenne , qui fondit sur lui avec une armée considérable. Le roi de Navarre , traqué de tous côtés, n'eut d'autre ressource que dans son courage, supérieur à l'adversité. Il repoussa les conseils de ceux qui lui représentaient la nécessité de passer en Angleterre. Sully, consulté en cette occasion, lui répondit : «Sire , tous lieux et tous pays me sont égaux ; partout où vous hasardez votre fortune et votre vie, je dois tenir à honneur de suivre votre destinée; j'ai , grâces à Dieu, de l'argent pour vous suivre par tout le monde. A l'égard de ce que vous devez faire, garnissez vos places de bons gouverneurs; laissez un bon lieutenant, qu'il soit surtout de grande qualité, et retirez-vous à la Rochelle. »

Le conseil fut suivi , et Sully accompagna le roi dans son voyage hérissé de périls. Henri III s'étant lassé de répandre le sang de ses sujets, appela Sully à lui pour négocier la paix avec le prince de Béarn ; l'ambassadeur alla à Saint-Maur, où il trouva Henri III l'épée au côté, une cape sur les épaules, un loquet sur la tête et un panier pendu au cou, dans lequel étaient trois petits chiens.

La prise de Talmont, la bataille de Courtras, le siège de Dreux , fournirent à Sully de nouvelles occasions de déployer les ressources d'une intelligence militaire supérieure; l'artillerie lui dut les plus grands progrès ; ce fut lui qui apprit à

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construire des tranchées, à placer les batteries à une distance convenable, à donner aux canons l'inclinaison nécessaire pour augmenter leur portée ou la rapidité de leur effet. Cette artillerie qui décida le succès de la bataille de Courlras ne consistait qu'en deux canons et une couleuvrine.

De nouvelles négociations furent entamées entre le roi Henri III et le prince de Béarn, à l'occasion de la chute des ligueurs. Après l'entrevue des deux princes, le roi Henri III se trouvant à Tours, fut assiégé par le duc de Mayenne; Sully prit sa défense, et après s'être battu comme un simple soldat dans les faubourgs, il rentra dans la ville où il déploya la tactique la plus brillante d'un général. Le roi de Navarre survint et ne laissa au duc de Mayenne que la fuite comme moyen de salut.

Les deux rois ayant associé leurs forces pensèrent pouvoir venir mettre le siège devant Paris , dont l'exemple entraînait les principales villes du royaume dans l'insurrection. Henri III secoua celte apathie où il était tombé. La vie austère et courageuse du roi de Navarre réveilla son vieux courage et l'on reconnut le vainqueur de Jarnac et de Moncontour. Tout à coup Henri III tomba sous le fer d'un fanatique. A la nouvelle de ce crime, Sully accourut avec le prince de Navarre, qui fut reconnu comme roi de France.

Henri IV, abandonné de quelques-uns de ses capitaines, retenus, ceux-ci par la crainte, ceux-là par le désir de se faire chèrement acheter , se vit forcé de lever le siège et de se réfugier en Normandie. Le duc de Mayenne poursuivit l'armée royale jusque sous les murs d'Arqués. Sully soutint avec deux cents chevaux l'attaque de neuf cents ennemis, qu'il contraignit de battre en retraite. A la bataille d'Ivry, deux chevaux furent tués sous Sully, qui reçut lui-même sept

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blessures. Il se réveilla au milieu des morts, qui couvraient le champ de bataille. Il croyait la bataille perdue, lorsqu'il vit s'avancer Lachataigneraye , Sigogne, Chanteloux et d'Anfreville , qui le prièrent de les recevoir comme prisonniers , n'ayant voulu se rendre qu'à lui seul. On le transporta à Rosny, couché sur un brancard , avec toute la pompe d'un triomphateur; ses domestiques l'entouraient, les uns portaient des tronçons d'épées, les autres des débris de pistolets, et marchaient, suivis des prisonniers. Quelques-uns tenaient les drapeaux pris sur l'ennemi.

Henri IV alla à Rosny pour le voir et l'embrassa en présence de tout le monde.

Les murs de Rouen furent aussi teints du sang de Sully ; tandis que Henri IV bloquait cette ville , il résolut de marcher à la rencontre des Espagnols, qui venaient au secours des assiégés; arrivés à Folleville, ils se trouvèrent en leur présence. Henri n'avait que cent chevaux avec lui , ses capitaines murmurèrent contre une semblable imprudence; Sully partagea l'opinion générale.

— « Je n'eusse jamais cru que vous aviez peur! » dit Henri.

— «Sire, répondit Sully, il est vrai, nous avons peur, mais seulement pour votre personne; s'il vous plaît vous retirer, et nous commander d'aller mourir, pour votre service, dans celle forêt de piques, vous connaîtrez que nous n'avons point peur pour notre vie, mais pour la vôtre. »

Les négociations à entamer et les traités à conclure, qui se présentaient à chaque instant, firent sentir la nécessité à Henri IV d'employer Sully comme homme d'État , persuadé que les services qu'il lui rendrait en cette qualité, seraient encore plus importants que ceux qu'il lui avait rendus l'épée à la main. Admis dans le conseil de la guerre et des finances,

Sully parcourut toutes les provinces pour connaître les productions du sol et les ressources de l'industrie ; il détruisit les abus introduits par les exacteurs, il étudia les produits des manufactures, la nature des impositions, le nombre de la population, la facilité et les obstacles d'ouvrir des communications à l'aide d'une navigation circulaire pour débarrasser une province de son superflu.

Sully frondait les erreurs d'Henri IV avec une franchise inconnue chez un homme de cour : le roi s'étant laissé surprendre, dans un moment de faiblesse, une promesse de mariage envers Mlle d'Entragues, il consulta son ministre. Sully déchira le contrat. — « Vous êtes fou , » dit le roi. — «Plût à Dieu que je fusse le seul en France,» répondit Sully. Au lieu d'encourir une disgrâce pour cette saillie, il fut fait grand-maître de l'artillerie. Pour justifier ce titre, il fit fondre cent pièces de canons; deux millions de poudres furent déposés dans l'arsenal avec deux cent mille boulets; et l'on fabriqua des armes pour équiper vingt mille soldats.

Peu d'hommes d État reçurent des offres aussi considérables que celles qui furent faites à Sully par des gens qui voulaient le corrompre ; il sut toujours repousser ces propositions comme de violentes injures à sa fidélité.

Le duc de Savoie , venu en France pour fomenter des troubles à la cour, tenta de le corrompre; n'y ayant pas réussi, il chercha à le perdre par des libelles. Le roi indigné , porta la guerre dans ses États , et Sully détruisit de fond en comble Montmellion, qui passait pour imprenable. Quand la paix fut tout à fait rendue à la France , Sully ne s'occupa que de cicatriser les plaies que la guerre lui avait faites; il sut diminuer des dépenses inutiles et alléger le cultivateur de cinq

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millions d'impôts. Il fit construire des citadelles pour fortifier les frontières , et arma des places de guerre. Il fit élever un hôpital pour les vieux soldats; il forma le plan d'une école militaire où la jeune noblesse aurait reçu des leçons d'héroïsme, et aurait appris à obéir avant de parvenir à l'honneur de commander. La France était sans marine, Sully remplit ses ports de vaisseaux et de galères; le Pont- Neuf fut son ouvrage.

Henri IV tomba aussi sous le fer d'un assassin. La régente , poussée par les ennemis de Sully, ne tarda pas à lui susciter mille ennuis auxquels il ne put demeurer insensible. Après s'être démis de toutes ses fonctions, il vécut paisiblement pendant quarante années dans son château de Villebon. Il ne quitta cette retraite que pour obéir aux ordres du roi, qui le rappela, ayant besoin de ses conseils. Sully arriva à la cour où son maintien sévère et son costume antique excitèrent les sourires des jeunes seigneurs.

— « Sire, dit Sully, quand le roi votre père , de glorieuse mémoire, me faisait l'honneur de m' appeler et de me consulter sur de grandes et importantes affaires, au préalable il faisait sortir tous les bouffons et baladins de la cour. »

Après avoir donné au jeune roi les conseils qu'il souhaitait , Sully retourna dans son château de Villebon où il mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il avait épousé en premières noces, Anne de Courtenay, fille puînée de François de Courtenay, seigneur de Boutin, morte en 1589; en secondes noces, Rachel de Couchelit.

Philippe de Béthune, sixième fils de François de Rosny, comte de Selles de Charost de Mors , lieutenant-général pour le roi, en Bretagne, gouverneur de la ville de Rennes et chevalier des ordres, était frère puîné du duc de Sully. Il servit

avec distinction pendant les guerres de la ligue , fut envoyé en qualité d'ambassadeur extraordinaire auprès de Jacques, roi d'Ecosse, et à son retour, chargé par Louis XIII, qui voulait apaiser les différends survenus entre le duc de Savoie et le duc de Mantoue, de l'ambassade de Turin, où il lutta avec une dignité, une énergie et une persévérance dignes des plus grands éloges, contre des difficultés presque insurmontables.

Béthune fut chargé de porter à la reine-mère, qui s'était retirée de la cour, la réponse à la première lettre qu'elle avait écrite au roi ; il devait sonder premièrement les intentions de Marie de Médicis, s'assurer que le roi désirait la contenter, et qu'il écouterait volontiers Ses bons avis, et qu'elle aurait la liberté dans une autre ville que Blois. On défendit à Béthune de voir le duc d'Épernon et de recevoir ses visites. Il avait ordre de presser la reine-mère de se séparer du duc et de lui offrir les conditions les plus avantageuses si elle consentait à abandonner le duc au ressentiment du roi. Le marquis jugea, dès le premier entretien, qu'il serait inutile de proposer ces conditions à la reine; elle disculpa le duc et prit sur elle tous les torts. Béthune, chargé à regret de cette affaire, écrivit au roi de cesser tous les pré paratifs de guerre. «Cela donne, disait-il, de trop grands ombrages a la reine-mère ; je crains qu'elle ne prenne la résolution de publier un manifeste; cet écrit ne produirait pas un bon effet, ni au dedans ni au dehors.»

Il fonda dans la ville de Selles une congrégation de Feuillans et une maison d'Ursulines, qu'il fit venir du couvent de Blois, accorda de grandes libéralités à plusieurs églises sur la fin de ses jours, et se retira en son château de Selles, en Berri, où il mourut en 1649, âgé de quatre-vingt-huit ans.

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Il avait épousé, en 1600, Catherine le Bouteiller, de Senlis, fille de Philippe, seigneur de Mouy; en secondes, en 1608, Marie d'Aligre, qui ne lui donna point d'enfants. Il eut du premier lit cinq enfants dont Henri, archevêque de Bordeaux, né à Rome, en 1604, pendant que son père y était ambassadeur. Louis XIII le nomma à 1 evêché de Bayonne, en 1626, ensuite à celui de La Rochelle, en 1629. Louis XIV lui donna l'archevêché de Bordeaux, en 1646; il avait été auparavant aumônier de Gaston de France.

Hippolyte de Béthune, second fils de Philippe, comte de Selles , marquis de Chabris , surnommé le comte de Béthune , chevalier des ordres du roi, naquit à Rome en 1603, durant la première ambassade de son père, et fut tenu sur les fonts, au nom du pape, par le cardinal Sancesareo, qui le nomma Hippolyte, du nom que Sa Sainteté portait avant son pontificat. Le roi lui donna, à l'âge de huit ans la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre de Gaston, duc d'Orléans , son frère , et à peine en avait-il vingt-deux , que Sa Majesté l'envoya à Rome vers le pape Urbain VIII, à l'occasion du mariage de Henriette de France avec Charles II , roi d'Angleterre.

Il suivit le roi Louis XIII dans toutes ses expéditions importantes , et le servit avec distinction au siège de La Rochelle, de Corbie, etc. Il fut choisi pour être gouverneur du dauphin; mais ses infirmités continuelles forcèrent de lui substituer le duc de Monlausier. Hippolyte de Béthune s'acquit une si grande réputation de prudence et de probité qu'il devint l'arbitre des plus grandes affaires parmi les personnes de qualité de la ville et de la cour.

Louis XIV lui fit l'honneur de le visiter pendant sa dernière maladie et de consoler sa famille. Ce fut en cette circonstance

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]ue le comte de Béthune supplia le roi d'accepter une bibliothèque de 2,500 volumes manuscrits , rassemblés par les soins de son père et les siens, ainsi que des tableaux originaux des premiers peintres d'Italie, des statues, bustes antiques, etc. Il mourut le 24 septembre 1005, âgé de soixantedeux ans. Il avait épousé Anne-Marie de Beauvilliers, dame d'atours de la reine Marie-Thérèse d'Autriche.

Son fils Armand de Béthune, chevalier d'honneur de Mlle de Montpensier, avait une compagnie d'infanterie. Un soir que M"e de Montpensier était à Saint-Fargeau , la princesse de Tarente et madame de la Trimouille vinrent lui faire visite : elles lui parlèrent de certains portraits qu'elles avaient vus en Hollande et sur lesquels elles avaient fait les leurs : la princesse demanda à les voir et eut l'idée d'écrire le sien et celui de quelques-unes des personnes de sa suite. Elle composa donc celui du chevalier de Béthune qui avait jusquelà refusé d'imiter les autres; le voici :

«Après avoir tant différé à faire mon portrait, j'aurais pu m'en passer; puisque je me sens par cette raison plus obligé à le mieux faire que les autres, ayant pu remarquer leurs défauts et me corriger des miens. Ces raisons sont bonnes, mais après avoir vu mon portrait on trouvera que j'en ai plus, pour m'excuser de mon peu d'application, que je n'en aurais de me trop appliquer; enfin chacun se connaît, chacun sait ses affaires, et souvent celles des autres; si je suis de ce nombre , ce sera une de mes bonnes raisons pour excuser les défauts de mon portrait.

«J'ai lame d'un grand seigneur, et la fortune d'un cadet; vous pouvez juger par là combien j'aime les plaisirs, la magnificence et le grand équipage, combien je suis libéral , enfin combien j'aime toutes les choses que doivent aimer les grands

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seigneurs , dont lame n'est pas souvent , comme à moi , proportionnée à la fortune. Pour venir à la mienne, je suis cadet de bonne maison; ainsi, peu pernicieux, mais j'ai bonne mine, j'ai l'air noble, je suis assez agréable, j'ai de l'esprit et du joli , je sais les histoires , je sais les poètes et je le suis quelquefois; enfin, à me voir et à m'entendre, je suis persuadé que je plairai plus qu'un homme de cent mille livres de rente , que ceux qui ne me connaîtront guère , croiront que je les ai , et que ceux qui me connaîtront beaucoup , me les souhaiteront.

« Je n'ai nul vice , je suis naturellement sobre et ennemi de toute débauche , je ne mange que des confitures , ce qui fait qu'un de mes plaisirs est de faire collation avec les dames; j'ai été, jusqu'à cette heure, léger, ou pour mieux dire, changeant, car mon attachement a souvent changé d'objets, mais je crois que c'est moins ma faute que celle des personnes qui me les causaient; je suis brave et j'aimerais la guerre avec passion, sans les fatigues, car j'aime mes aises; toutefois je surmonte en cela mon inclination par l'affection que j'ai pour mon devoir; je suis le meilleur ami du monde, et pour servir ceux de qui je le suis, j'irais d'un bout du monde à l'autre en poste, ce qui est une fatigue, et que je n'aime pas; je suis sincère et cordial, autant qu'homme du monde, et j'ose dire que j'ai beaucoup de probité, et que je passe fort pour cela, et assurément ceux qui me connaîtront seront persuadés de cette vérité, et plus que nul autre, les personnes qui m'ont ordonné de faire mon portrait. »

Ce portrait fut écrit et pensé en moins d'un quart-d'heure. Mademoiselle de Montpensier le montra au chevalier, qui convint qu'il ne pouvait y rien ajouter.

Louis de Béthune, quatrième fils de Philippe, servit d'abord

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en qualité de capitaine de vaisseau, puis de chef d'escadre.

Les habitants de Messine avaient tenté de s'affranchir du I joug espagnol ; la France favorisait celte révolte. L'Espagne et la Hollande réunirent leurs forces maritimes pour prévenir ses desseins sur cette île. Ruiter couvrit la mer de Sicile d'un nombre considérable de vaisseaux qui marchaient de victoire en victoire. La flotte française , commandée par Duquesne , rentra dans le port d'Agouste*. Béthune qui fermait l'arrièregarde, mit trop de lenteur à effectuer sa retraite. N'ayant pu pénétrer dans le port, il se rangea sous le canon de la place. Il ne tarda pas à être attaqué par toute la flotte hollandaise ; mais il montra une contenance si ferme, employa son artillerie avec tant d'habileté, exécuta des manœuvres si promptes, qu'après un combat opiniâtre, le terrible Ruiter fut contraint de lâcher sa proie. Peu de jours après, la flotte sortit du port et livra la fameuse bataille d'Agouste. Ce fut là que Duquesne disputa l'empire des mers à ses maîtres. Ruiter y périt et avec lui la prépondérance de la Hollande.

Le 10 mars 1734, Béthune, déjà commandeur de l'ordre de Saint-Louis., fut promu au grade de lieutenant-général des armées navales. Il mourut à Rochefort à l'âge de soixantequinze ans.

François Gaston de Béthune, quatrième fds d'Hippolyte de Béthune et d'Anne de Beauvilliers , marquis de Chabris, né le 13 mai 1688, lieutenant-général des armées du roi, après avoir servi, à la tête d'un régiment de cavalerie, à la campagne de Flandres, fut envoyé en qualité d'ambassadeur extraordinaire , en 1671 , pour le mariage de Monsieur Philippe, duc d'Orléans , frère du roi , avec Madame Elisabeth-Charlotte de Bavière, comtesse palatine du Rhin, et signa le contrat de leur mariage au nom de son Altesse royale, en 1672.

Il suivit dans sa campagne de Hollande le roi qui le fit gouverneur de Clèves et commandant en chef des troupes que Sa Majesté laissa dans le pays. Il y fut fait prisonnier de guerre , en allant reconnaître les quartiers. Le prince Sobieski ayant été élevé sur le trône de Pologne, en 1674, Louis XIV envoya le marquis de Béthune le complimenter sur son avènement à la couronne , et au retour, il fut créé chevalier des ordres du roi, le 22 décembre 1675, et chargé d'en porter le collier au roi de Pologne, qu'il lui remit dans léglise de Koskieu, le 30 novembre 1676. Il eut la même année la qualité d'ambassadeur extraordinaire auprès de ce prince, et le servit utilement par ses négociations. Il s'acquit une si grande réputation en Pologne que Jean Sobieski le proposa aux Hongrois., lorsqu'ils vinrent lui demander un roi dans sa famille, offrant de le soutenir de ses forces; mais ce projet manqua par les intrigues de la cour de Vienne. En l'année 1686, le roi le nomma encore son ambassadeur en Pologne, où le comte de Thun étant venu de la part de l'empereur avec le même caractère, et ayant eu la hardiesse de publier des écrits injurieux à la France et même à la personne sacrée du roi, le marquis de Béthune l'appela en duel pour venger sur lui-même l'insulte qu'il faisait au roi, son maître; mais des amis communs détournèrent l'action, et le comte de Thun fut rappelé peu après.

Le marquis de Béthune continua ses fonctions d'ambassadeur en Pologne, avec toute la prudence possible, et en soutint le caractère jusqu'en 1691, qu'il fut envoyé par Sa Majesté comme ambassadeur en Suède, où il mourut le 4 octobre 1692. Il avait épousé, le 11 décembre 1668, Marie-Louise Delagrange d'Arquien, fille de Henri Delagrange, marquis d'Arquien, chevalier des ordres du roi, depuis cardinal,

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