‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 29 sur 34 · SKI · texte numérisé non relu

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mourut en 1732 et fut inhumé dans le tombeau de ses ancêtres , sans aucune cérémonie , ainsi qu'il l'avait ordonné.

Il eut neuf enfants de son mariage avec Marie-Gabrielle- Thérèse de la Jugie-Faulcon.

1° Gabriel-Honoré , comte de Cosnac , né en 1693 , page de Louis XIV et capitaine au régiment de colonel général de dragons, marié à Marie-Antoinette-Gabrielle de Cosnac de La Marque , sa cousine , en qui s'éteignit la branche de La Marque.

De cette union naquit : Daniel- Joseph de Cosnac, baron de la Guesle et de Saint-Remy, institué par testament, en date du 10 novembre 1755, héritier universel de son père. Ce seigneur épousa, le 11 février 1751 , Anne de Lostanges, de Saint- Alvère qui lui donna :

a. Gabriel- Honoré-Elisabeth -Henri, comte de Cosnac, mort en exil , laissant de Marie-Agathe-Guillaume de Chavaudon, Alexandre, marquis de Cosnac, capitaine des chasseurs du Gard, officier de la Légion d'Honneur et chevalier de Saint-Louis, né au mois de novembre 1783.

b. Gabriel- Joseph , baron de Cosnac, né le 26 juillet 1755, premier page de Monsieur, capitaine de cavalerie et souslieutenant de la compagnie écossaise des gardes-du-corps, mort, comme son frère, dans l'émigration, en 1794.

c. Christophe, vicomte de Cosnac, né le 18 novembre 1762, capitaine de cavalerie, en 1786, chevalier de Saint- Louis.

d. Jean -Joseph -Marie -Victoire de Cosnac, d'abord chanoine de Paris, puis curé de Brives.- la -Gaillarde, nommé évêque de Noyon, en août 1817, et sacré évêque de Meaux, à Saint-Roch, en 1819.

Le cardinal Pacca raconte ainsi, dans ses mémoires, son

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entrevue avec M. de Cosnac , alors curé de Brives , lors de son exil à Usez, en 1814.

« Au sortir de Limoges , je continuai ma route jusqu'à un petit hameau, nommé Masseré, où je passai la nuit. Le 3, j'arrivai à Brives, petite ville du Limousin , et je m'y arrêtai , pour ne pas rencontrer, pendant la nuit , un corps de troupes françaises qui revenaient de l'Espagne. Trois ou quatre nuits auparavant, le page y avait couché, et l'on me conduisit aussitôt à la chambre, où le saint père avait été reçu, et que l'on appelait la chambre du pape. Je reçus bientôt la visite du curé qui était de la famille distinguée des Cosnac. Cette famille compte parmi ses ancêtres un cardinal et des évêques. »

« Après le premier bonjour que l'on a coutume de se dire en de semblables occasions, il me demanda mon nom, et aussitôt qu'il eut entendu le nom de Pacca , la joie se répandit sur son visage, et il me témoigna une grande confiance. Je me souviens qu'il me demanda avec le plus grand intérêt, si j'avais l'espoir de revoir sur le trône de France un prince de la maison de Bourbon ; mais il s'attrista lorsque je lui répondis que, jusqu'à ce moment, les puissances alliées n'avaient montré aucun dessein de rendre ce royaume aux Bourbons. Je dois faire remarquer ici que ce curé fut du petit nombre de ceux qui me firent connaître clairement le désir qu'ils avaient du retour de la famille royale. »

En 1830, l'évêque de Meaux fut élevé au siège archiépiscopal de Sens , sans l'être à la pairie que cette dignité emportait, mais dont la révolution de juillet le priva.

Depuis cette époque, Monseigneur de Sens administre son diocèse avec succès et tout le zèle d'un apôtre.

e. Louis Martial, chevalier de Cosnac, chef d'escadron, chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'Honneur.

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f. Louis de Cosnac, chevalier de Malte, capitaine de cavalerie et chevalier de Saint-Louis.

g. Françoise Henriette de Cosnac, mariée, le 27 décembre 1778, à Dominique de Lansade, seigneur d'Ardimalie, capitaine de cavalerie et chevalier de Saint-Louis.

h. Pauline de Cosnac.

t. Françoise Henriette de Cosnac , mariée à M. de Lavergne de Juillac.

j. Valérie de Cosnac , mariée à Mathieu de Cournil de la Vergne.

2° Gabriel -Joseph de Cosnac, né le 30 octobre 1700, embrassa l'état ecclésiastique. Successivement docteur en théologie, chanoine honoraire de la cathédrale de Die, député à l'assemblée de la province ecclésiastique de Vienne et aux assemblées générales du clergé de France, tenues en 1725, 1728 et 1730, syndic général du clergé de Provence, en 1727, chancelier de l'université d'Aix, en 1729, vicairegénéral de Paris, doyen de Saint- Germain -l'Auxerrois et maître de l'oratoire du roi, enfin évêque et comte de Die, en 1734; dans toutes ces hautes positions ecclésiastiques auxquelles rappelèrent un mérite reconnu , il déploya une modération et des lumières, dont le souvenir mérite d'être conservé.

3° Gabriel-Anne de Cosnac, né le 15 décembre 1701 , mort en bas âge.

4° Gabriel-Anne de Cosnac, né le 31 octobre 1705, qui suit:

5° Marie-Félicie de Cosnac, née le 11 juillet 1692, mariée le 13 février 1714 à messire Godefroi de Miremont, chevalier, seigneur de Chadebec et de la Goûte.

6° Françoise -Henriette de Cosnac, née le 9 avril 1696,

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religieuse au couvent de Sainte -Claire de Brives, ensuite abbesse de l'abbaye de la Règle à Limoges.

7° Marie-Anne de Cosnac, née le 8 juin 1698, mariée le 18 août 1718 à messire Mathieu de Chabrignac, chevalier, seigneur de Beynat, major de Saint-Omcr, morte le 12 avril

8° Marie-Suzanne de Cosnac, née le 20 avril 1703, mariée le 8 septembre 1722 à messire Antoine de La Vergne, seigneur de Juliac.

9° Marie -Angélique de Cosnac, née le 20 février 1707, mariée le 9 juin 1731 à messire François du Griflblet, seigneur du Griflblet et de Rofïi.

Gabriel- Anne de Cosnac , quatrième fils de Jean marquis de Cosnac, et de Marie-Gabrielle-Thérèse de la Jugie-Faulcon, officier dans les mousquetaires du roi , chevalier de Saint- Louis et de Saint-Lazare, fonda la branche de Beynat, par son mariage avec Anne-Louise de Geouffre de Chabrignac , dont il eut cinq enfants :

1° Joseph -Mathieu -Marie, vicomte de Cosnac, capitaine au régiment du roi-cavalerie , chevalier de Saint-Lazare , qui épousa, par contrat du 7 avril 1789, Marie-Marthe Duchamp, fille de Gabriel-Noël Duchamp, seigneur de Serulhac, Laborderie , etc.

2° N. de Cosnac, capitaine au régiment de La Fère.

3° Marie-Suzanne de Cosnac, non mariée.

4° Marie- Anne de Cosnac , non mariée.

5° Marie-Madeleine de Cosnac , religieuse à l'abbaye de La Règle, à Limoges.

Du mariage de Joseph-Mathieu-Marie, vicomte de Cosnac , avec Marie-Marthe Duchamp , sont issus :

1° Gabriel-Noël- Auguste , comte de Cosnac, né le 27sep-

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tembre 1791, marié le 6 novembre 1817 à Ernestine-Pauline- Sophie de Guillaumanches du Boscage, fille dfi lieutenantgénéral, marquis de Guillaumanches du Boscage, commandeur de la Légion d'Honneur, chevalier des ordres de Saint-Louis et de Malte, ancien aide-de-camp de Souvarow, dont il a écrit la vie, premier lieutenant des gardes-du-corps, compagnie d'Havre, et de dame Elisabeth- Vietoire-Armande ||| de Lostanges.

2° Christophe, vicomte de Cosnac, né en 1809.

Trois enfants sont nés du mariage du comte Gabriel-Noël- Auguste, ancien mousquetaire, avec Mademoiselle de Guillaumanches.

1° Gabriel-Jules de Cosnac, né le 13 avril 1819, licencié en droit.

2° Marie-Charlotte-Octavie de Cosnac, née le 20 novembre 1821 , mariée, par contrat du mois de mai 1842, à M. le vicomte d'Hugonneau du Chastenet, fils en premières noces de |3| Madame la marquise de Bonneval, née d'Andrezel.

3° Fernand- Louis- Daniel de Cosnac, né le 17 novembre 1830.

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CLEMONT-TONNERRE.

Jua province que nous appelons Dauphiné , a été le berceau de la maison de Clermont. Ancienne patrie des Allobroges , elle prit sous l'empire d'Honorius le titre de province Viennoise, et passa successivement du gouvernement des Romains à celui des rois de Bourgogne, d'Austrasie, de Neustrie et de France. Après différents morcellements, l'autorité des archevêques, des évêques, des princes et barons, y remplaça la domination des héritiers de la race Mérovingienne. Parmi les seigneurs laïcs qui exercèrent cette espèce de souveraineté , il n'y en eut pas de plus puissants , ni de plus célèbres que les Clermont. Dans tous les traités qu'ils signèrent jusqu'au quatorzième siècle avec les Dauphins du Viennois et les comtes de Savoie, ils stipulèrent toujours sur le pied de l'égalité. Le sujet ou vassal du baron de Clermont , possesseur de terres pour lesquelles il devait hommage au Dauphin , ne pouvait faire cet acte de soumission qu'avec la permission de son seigneur et en ajoutant cette formule exceptionnelle : « Sauf la fidélité due aux seigneurs de Clermont. »

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Ce qui sera l'éternel honneur de cette maison, ce qui forme, au milieu des grandes races du moyen âge, son trait dislinctif , son caractère essentiel , c'est son dévouement inaltérable aux intérêts de la Religion. Depuis Eynard, vivant au dixième siècle, le premier anneau connu de cette longue chaîne d'illustrations, jusqu'aux temps modernes, ce dévouement s'est produit par les actes les plus significatifs. Tout le monde sait que ce fut un Clermont, Eynard II, fils de Sibaud Ier et petit-fils d'Eynard Ier, qui chassa de Rome lanti-pape Bourdin et mit fin au schisme suscité par Henri V, Empereur d'Allemagne. Le Pape Pascal II, étant mort en 1117, le conclave élut Gélase II, mais l'Empereur se déclara contre cette élection et lui opposa celle de Bourdin, archevêque de Braga en Portugal, sous le nom de Grégoire VIII. Assiégé dans Rome et obligé de fuir, Gélase se réfugia en France, avec les cardinaux qui l'avaient élu, et mourut deux ans après, en 1119, à l'abbaye de Cluny. Les cardinaux de sa suite élevèrent à sa place Calixte II ; mais il fallait le porter à main armée sur le saint siège, et l'opposition du plus puissant monarque de la chrétienté semblait rendre bien problématique le succès d'une pareille entreprise. Sans s'effrayer des obstacles, Eynard appela à la guerre sainte, amis, serviteurs, vassaux, et joignant à cette armée levée à ses frais , celle du comte de Bourgogne , frère du nouveau Pape , il franchit les Alpes à sa tête , rencontra les troupes de l'Empereur, les mit en pleine déroute, et étant entré à Rome, au mois de mai 1 120 , il établit Calixte II sur son siège pontifical. Un si éclatant service méritait une éclatante récompense. Les biens de ce inonde parurent insuffisants au Pape. Ce fut, pour nous servir de l'expression d'un pieux chroniqueur, par des dons d'une nature toute céleste, qu'il voulut témoigner de la

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profonde reconnaissance de l'église purifiée pour son magnanime libérateur. Une bulle, en date du 3 juin 1120, accorda à tous les aînés des descendants d'Eynard II le privilège de toucher le corps des saints et toute autre chose sacrée, à l'exception des vases destinés aux sacrifices de la messe; elle il' lui concéda en outre le droit de porter pour armes deux clefs |p d'argent passées en sautoir sur un champ de gueules , et pour ||H cimier la thiare papale avec cette devise :•« Si omnes te negaverint ego te mmquam'negabo.» (Quand tous les autres vous renieraient, je ne vous renierai jamais). Jusqu'à celte époque, les Clermont avaient porté des armes symboliques de leur nom: une montagne d'argent surmontée d'un soleil d'or, en champ de gueules.

Les premiers seigneurs de "Clermont avaient fondé en Savoie l'abbaye d'Hautecombe. Sibaud II la dota , l'enrichit, et en mourant, la recommanda à Sibaud III , son fils , qui accrut ses dépendances de plusieurs terres et bâtiments importants. L'acte de donation, daté de 1170, porte le sceau de ses armes. Ce seigneur y est représenté en costume de guerre, tenant son écu chargé de deux clefs en sautoir.

Son frère Geoffroy, seigneur de Chates, épousa Gertrude |J| de la Tour, d'où descendent en droite ligne par des alliances Ws avec les maisons de la Chambre, de Sassenage, de Montchenu, de Brescieux, de Saint-Chamon, de Dachon, d'Escars, de Joyeuse , de Montmorin et de Delatour, les seigneurs de Chates , marquis de Chapey, branche qui s'est terminée à un grand-maître de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.

Guillaume de Clermont succéda à Sibaud III et soutint jusqu'en 1209 la guerre que ce dernier lui avait léguée contre 11 les archevêques de Vienne, prétendant à la suzeraineté des gÉl terres de Clermont et de Saint-Geoire. Un concordat, daté ||

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de la même année, mit un terme à ces différends. Guillaume abandonnait,- par ce traité, à l'archevêque de Vienne, la suzeraineté desdiles possessions, mais à la réserve expresse qu'elles ne reconnaîtraient jamais d'autre autorité et demeureraient la propriété inaliénable de sa famille. Il ratifia, quelques années plus tard , le partage de ses terres avec Amédéc de la Chates, son cousin, duquel est issu, en ligne directe, François, baron cte Mont-Saint- Jean en Savoie, commandant, au dix-huitième siècle, l'escadron de la noblesse de cet État. L'époque de la mort de Sibaud III n'est indiquée dans aucune chronique.

La descendance de la maison de Clermont se continua dans la personne de Sibaud , quatrième du nom , marié à*Béatrix , fille unique de Merlin, seigneur de Vivien; — dans celles d'Eynard III, marié à Alix, fille d'Humbert, seigneur souverain de Toire , — et de Geoffroy II , non moins connu par sa ligue offensive et défensive, avec Jean, Dauphin du Viennois, que par son union avec Béatrix, fille de Louis, frère d'Amédée IV, comte de Savoie. De ce mariage sortit Eynard, quatrième du nom. Plusieurs guerres malheureuses ayant mis ce seigneur dans l'impossibilité de maintenir son indépendance entre les comtes de Savoie et les Dauphins, il prit le parti de remettre, le 20 juin 1340, pour en éteindre la souveraineté, entre les mains du Dauphin du Viennois, qui les lui rendit à la charge de les tenir en foi et hommage , toutes ses terres, châteaux et forteresses. Aux termes de cette transaction, la dignité de Sénéchal et celle de connétable devenaient héréditaires dans sa maison. Le baron de Clermont commandait lavant-garde des troupes, occupait les premiers postes, dressait dans les campements sa tente auprès de celle du Dauphin, et portait l'épée en sa présence.

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Eynard IV mourut en 1349. Il laissa de sa femme Agathe de Poitiers, fille d'Aymar, comte de Valentinois et de Sibille d'Esbaux , Geoffroy III , héritier de tous ses titres , dignités et privilèges, marié à Isabelle de Mou toison, dame de Montmirail, dont il eut Antoine de Clermont, tige des seigneurs de Montoison et Eynard V, vicomte de Clermont et Sénéchal du Dauphiné, après son père. Sa première femme, Louise de Brescieux, ne lui ayant donné qu'un fils, mort en bas-âge, Eynard épousa en secondes noces , Alix de Seyssel. Antoine , deuxième du nom et onzième de la race , surnommé le Sage, fut le fruit de cette union. Chambellan à la cour de François Ier, l'histoire le compte au nombre des favoris de ce. monarque, qu'il suivit à la victoire et à la défaite, à Marignan et à Pavie. Il mourut , en 1530 , pendant le voyage d'Angoulême , et laissa de sa femme Françoise de Sassenage , plusieurs enfants , dont les plus remarquables furent Antoine , évêque de Vienne, et Bernardin de Clermont, officier de la plus haute distinction, marié à Anne de Husson, fille de Charles de Husson , comte de Tonnerre et de la Trémouille. La postérité de ce seigneur fut très-nombreuse. Il eut neuf enfants, qui, presque tous, allèrent chercher au fond du cloître, à l'ombre de l'autel, dans la pratique des vertus que le christianisme enseigne, le calme et le bonheur que le monde ne donne pas toujours. Deux de ses fils entrèrent dans les ordres , travaillèrent de concert à la propagation des vérités évangéliques, et parvinrent presqu'en même temps, l'un au siège épiscopal de Gap, l'autre à celui de Senez; cinq de ses filles prirent le voile et devinrent abbesses dans différents monastères. Laurent de Clermont seul, l'aîné de la famille, demanda à la carrière militaire un autre genre de renommée. Avide de gloire , il la poursuivit sur plusieurs champs de ba-

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taille; mais au moment de l'atteindre, il périt, jeune encore,à Cérisolles. Plus favorisé, son fils Antoine, troisième du nom, put se produire tout entier. Des services nombreux, éclatants, lui méritèrent les titres de lieutenant-général, de gouverneur du Dauphiné, de capitaine des cent hommes d'armes des ordonnances du roi, le collier des ordres et la qualité de grand-maître et général réformateur des eaux et forêts. En 1547, des lettres-patentes du roi Henri II, avaient érigé sa baronnie de Clermont en comté. Ce seigneur ne fut pas aussi heureux dans sa famille qu'il l'avait été dans toutes ses entreprises. Il vit disparaître, à la fleur de l'âge, les deux enfants issus de son mariage avec Françoise de Poitiers, Claude, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, mort à vingt-neuf ans, par suite des blessures qu'il reçut à la journée de Montcontour, et Henri, duc et pair, nommé des comtes de Clermont, gouverneur du Bourbonnais et capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du roi , qui n'échappa aux dangers qu'il avait courus à Jarnac et à Coutras que pour aller tomber sous les murs de La Rochelle , aux yeux des deux rois , frappés de son courage.

Cochard, dans un mémoire conservé à la bibliothèque royale, a consigné sur le duc Henri de Clermont une anecdote caractéristique, et qui, à ce titre, mérite d'être rapportée.

Les deux chefs de la seconde ligue , qui s'éleva contre Henri III , étant venus le visiter à Anecy pour tâcher de l'attirer dans leur parti, ilies reçut avec une extrême courtoisie, et les traita en princes, mais le lendemain au saut du lit, grande fut leur surprise d'apercevoir suspendu au mur de leur chambre à coucher, un tableau représentant le Roi , sous

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la figure du Sauveur, et Monsieur de Clermont à ses genoux, sous celle de saint Pierre, ayant auprès de lui un coq, avec l'ancienne devise de sa maison : « Quand tous les autres vous renieraient, je ne vous renierai jamais. » Nos deux ligueurs désappointés n'en demandèrent pas davantage ; ils firent seller leurs chevaux et décampèrent sur-le-champ.

Henri de Clermont avait épousé Diane de la Marck , fille de Henri Robert, duc de Bouillon. Il laissa de ce mariage Charles- Henri de Clermont, qui se trouva, par le testament de Louise, sa grande-tante — veuve de François de Bellay, prince d'Yvetot, et d'Antoine de Crussol, — institué héritier du comté de Tonnerre; toutefois, faisant acception des dettes considérables dont la succession était grevée , ce seigneur y renonça volontairement et acheta de ses propres deniers le comté de Tonnerre , dont adjudication lui fut faite par arrêt du Parlement de Paris, le 3 mars 1603.

Le comté de Tonnerre , dit en vieux gaulois Tourneure ou Torrodorum en latin , était un des plus anciens de France. Le premier comte de ce nom dont l'histoire fasse mention, est Saint-Guerry , mort l'an 708. Ces comtes et quelques-uns !j§ de leurs successeurs se qualifiaient de comtes de Tonnerre, par la grâce de Dieu tout -puissant. Ils avaient une cour nombreuse et exerçaient une grande puissance. Ils possédèrent longtemps les comtés de Bar-sur-Seine , de Nevers et d'Auxerre , et il est remarquable que le comté de Tonnerre a toujours passé de main en main , par une filiation non interrompue et une succession continue, aux héritiers de cette maison depuis le neuvième siècle.

Charles - Henri de Clermont fut l'ami , le confident , le compagnon d'armes de Henri IV. Il partagea sa fortune et déploya à ses côtés un esprit fécond en ressources et une

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bravoure pleine d'éclat. Sully, ce grand ministre, qui fut aussi un grand capitaine, en parle ainsi dans ses mémoires :

« Pendant que j'étais à Bontin, je ne m'attendais pas à faire « dans ce voyage aucunes fonctions militaires. Le comte de « Tonnerre m'engagea à seconder une entreprise qu'il faisait « sur Joigny. Il s'agissait de rompre avec le pétard une porte « qui ne s'ouvrait plus depuis longtemps et d'entrer dans la « ville. Tonnerre avait pour cela des arquebusiers qu'il avait «ramassés à la hâte. Ils le suivirent environ trois cents pas; « mais dans cet endroit leur conducteur ayant reçu un coup «d'arquebuse qui le jeta par terre, la peur commença à les « saisir. Ils se retirèrent par la poterne au plus vite , erame- « nant le blessé qu'ils avaient retiré. Leur péril ou seulement «leur peur redoublant, ils eurent la lâcheté de le laisser sur «le pavé, à trente pas de la poterne, où il allait être mis en «pièces par les bourgeois, si je ne fusse accouru prompte- «ment à son secours avec vingt hommes seulement; car «quelque chose que je pusse faire, il me fut impossible de « faire tourner la tête à ces méchants soldats. Je ne laissai «pas de dégager Tonnerre, qui prit le chemin de Gien, dont « il était gouverneur, et moi je repris le chemin de Bontin.»

Le comte de Tonnerre se fit également remarquer à cette fameuse journée de Fontaine- Française, où Henri IV, suivi seulement de quelques seigneurs et d'un petit nombre de cavaliers, par l'ascendant tout puissant de son génie, mil en fuite les dix -huit mille hommes de Ferdinand de Velasco et du duc de Mayenne. « Peu s'en faut que vous n'ayez été mon héritière,» écrivit le roi à sa sœur, après la bataille. Chacun des seigneurs qui l'entouraient aurait pu en écrire autant.

En 1615, le comte de Clermont assista à l'assemblée des

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États- généraux comme député de tous les ordres du Dauphiné. Il eut, peu de temps après, l'honneur de recevoir le roi Louis XIII dans son château de Tonnerre. Le titre de lieutenant-général en Bourgogne fut sa dernière dignité. Il mourut à Anecy-le-Franc , au mois d'octobre 1640. Plusieurs établissements religieux attestèrent sa piété, entre autres le couvent des Ursulines et celui des Minimes, à Tonnerre, où il s'était réservé, pour faire des retraites, un petit appartement, sur l'entrée duquel on voyait encore avant la révolution ses armes avec l'inscription : « Posui finem curis spes et fortema valele.»

Le comte de Tonnerre avait épousé, le 2 avril 1597, Catherine-Marie d'Escoubleau de Sourdis, sœur du cardinal de ce nom , morte en couches , «à Tonnerre , et inhumée à l'hôpital , qui la compte au nombre de ses bienfaitrices. De ce mariage, naquirent cinq fils :

1° François de Clermont, qui suit :

2° Roger de Clermont, marquis de Crusy ;

3° Charles de Clermont qui, par son union avec Charlotte de Luxembourg, devint duc de Luxembourg et prince de Piney;

4° Antoine de Clermont, comte de Dessenmoine et lieutenant-général des armées du roi ;

5° Henri de Clermont, chevalier de Malte, tué au siège de Jonvelle ;

Et trois filles :

1° Isabelle de Clermont, mariée à Jacques de Beauveau, marquis Durivan ;

2° Magdeleine de Clermont, coadjutrice de l'abbaye de Saint-Paul-les-Beauvais ;

3° Marie de Clermont , religieuse.

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François de Clermont, l'aîné des fils de Charles-Henri, fit ses premières armes à dix-neuf ans, au combat du Pont de Ce, sous les ordres du maréchal de Créqui, dont il attira l'attention et mérita les éloges. Chargé, dans l'âge où la valeur est plus commune que l'expérience, de commandements importants, de missions délicates, il les remplit avec la prudence et le sang -froid d'un vieux soldat. La Picardie, la Champagne, le Luxembourg, l'Allemagne, la Flandre, la Hollande, le Piémont, furent les différents théâtres où il se fortifia, par une pratique de tous les jours, dans l'art difficile de la guerre. En 1635, les Espagnols, après avoir envahi la Picardie, sous les ordres de Jean de Wert, jetèrent l'effroi dans Paris en franchissant la Somme. François de Clermont, alors mestre de camp du régiment de Piémont , ayant reçu l'ordre de défendre le passage , se posta avec son régiment dans un moulin , y soutint intrépidement plusieurs assauts furieux , et ne se retira que lorsque blessé à la joue d'un coup de feu, dont il conserva, toute sa vie, la glorieuse cicatrice, ayant perdu plus de trois cents hommes et quinze officiers, tués à ses côtés, la résistance fut devenue inutile et coupable. Depuis, il commanda en qualité de maréchal -de-camp, d'abord notre armée navale d'Espagne, ensuite l'armée du Roussillon qu'il conduisit au siège de Turin (1645), où la noblesse du Dauphiné le choisit à l'unanimité pour son chef. A son retour, il exerça, en l'absence du duc d'Épernon, la lieulenance générale de la province de Guienne, et en 1660, la lieutenance générale du gouvernement de Bourgogne. La même année, il reçut le collier des ordres.

L'honneur que Louis XIII avait fait à son grand-père en allant le visiter à Anecy, il le reçut d'un monarque dont les faveurs étaient encore plus précieuses et devenaient, en quel-

que sorte , des titres à la renommée. Louis XIV, s étant fait conduire au château du comte de Clermont, y passa plusieurs heures avant de se remettre en route pour Tonnerre. Jaloux de l'y précéder, Monsieur de Clermont prit à franc-étrier un autre chemin, le devança de quelques minutes, et s'étant mis à la tête des officiers municipaux, alla en grande pompe le recevoir à l'entrée de la ville et lui en présenter les clefs.

Charmé d'un zèle si empressé, le roi les lui rendit en disant « qu'elles ne pouvaient être en de meilleures mains. »

François de Clermont avait épousé Marie de Viguier, fille de Jacques Viguier, conseiller du roi et baron de Ricey dont il eut :

1° Charles-Henri, comte de Clermont, marié à Marie-Catherine d'Escoubleau de Sourdis , tué devant la Bassée, en 1 647.

2° Jacques , comte de Clermont.

3° François de Clermont, un des plus savants théologiens de son temps. — Destiné à l'état ecclésiastique , François de Clermont fit ses humanités au collège de Clermont , chez les Jésuites, et son co*urs de philosophie au collège de Montaigu. Il étudia trois ans en théologie , prêcha avec éclat en Sorbonne et au Louvre. Le Roi l'appela à l'évêché, comté de Noyon , et l'honora de la dignité de pair de France et du collier des ordres. François de Clermont administra trente-six ans son diocèse avec le plus grand zèle. Des brefs apostoliques de deux Papes le louent d'y avoir su maintenir, pendant tout ce temps, dans leur intégrité , la vérité de la doctrine , la pureté de la morale et l'autorité de la hiérarchie. Il publia plusieurs écrits théologiques , recommandables par la noblesse du style , la profondeur de l'érudition et l'élévation de la critique ; son traité mystique a pris place au rang des meilleurs ouvrages du même genre. Élu à l'académie en rem-

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placement de Monsieur d'Ancourt, il y fonda le prix de poésie qui subsiste encore.

4° Alexandre de Clennont, chevalier de Malte. — Fait prisonnier dans un combat naval , livré aux Turcs par les chevaliers de son ordre, il fut conduit à Tunis, et, remarqué du bey qui l'admit dans son intimité, lui confia les fonctions de secrétaire , le nomma contrôleur de sa maison , et désireux de se l'attacher plus étroitement par les liens d'une foi commune, lui offrit des sommes immenses et les premières dignités de l'État, pour prix d'une conversion; mais fidèle au noble sang dont il était issu et aux traditions de l'ordre auquel il appartenait, Alexandre de Clermont repoussa ces offres avec indignation et resta captif et chrétien.

De Jacques, comte de Clermont, et de Françoise- Virginie de Faléard, marquis de Pessins, naquit François de Clermont, marié en 1688, h Marie de Hannivel, dont sortirent Philippe Eynard, qui servit avec distinction, fut lieutenant-colonel du régiment d'Anjou , épousa Geneviève-Armande de Larochefoucauld de Roye, et mourut en 1751 , et Joseph de Clermont, mestre de camp, commissaire -général de la cavalerie, qui abandonna le monde pour le cloître et s'éteignit à l'abbaye de Clervaux dans la pratique des devoirs religieux.

Roger de Clermont , marquis de Cruzy et baron de Villon , était fils de Charles-Henri de Clermont et de Marie-Catherine d'Escoubleau de Sourdis. On rencontre son épée dans presque toutes les guerres , qui signalèrent le milieu du dixseptième siècle. Successivement capitaine d'une compagnie de chevau-légers et sergent de bataille, il remplit auprès du duc d'Orléans les fonctions d'aide-de-camp, pendant les campagnes de Flandres, en 1646. Chargé, la même année, du commandement du corps d'armée qui servait de commu-

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nication entre les deux quartiers établis devant Lérida, il attaqua l'ennemi à Ypres, le mit en pleine déroute et lui fit un grand nombre de prisonniers. Le grade de maréchal-decamp et le commandement de l'armée de Flandres, rassemblée à Reims, honorèrent sa vieillesse. Il laissa douze enfants, dont deux furent chevaliers de Malte.

Gaspard, marquis de (Hermont, était né le 10 août 1688. Les goûts de son adolescence l'appelant irrésistiblement vers la profession des» armes, il prit la cocarde dès qu'il fut en âge de la porter. Son premier grade fut celui de cornette dans le régiment du Chatelet; sa première bataille, la prise de Kehl. Capitaine en 1704, il se fit remarquer à l'attaque des lignes de Wissembourg, à la prise de 1 île Marquisat, sur les champs de bataille d'Oudenarde, de Malplaquet, d'Arleux, de Denain ; il eut sa part de gloire dans la prise de Spire , dans celles deWorms, de Kayserslautern , de Landau, à la déroute du corps d'armée du général Vaubonne, au siège de Fribourg. C'est par des services si éclatants qu'il gagna, en peu d'années, les grades de brigadier, de commissaire -général de la cavalerie, de commandeur de l'ordre de Saint-Louis, de chevalier des ordres du roi, de maréchal-de-camp, et enfin de lieutenant-général, le 23 juillet 1734. Il fit, en cette qualité, dans l'armée de Bohême, les guerres de 1741 et de 1742. Le château deFrawenberg, assiégé par l'ennemi, ayant épuisé toutes les ressources de la défense, allait succomber; le marquis de Clermont entreprit de le ravitailler, en traversant, l'épée à la main, les quartiers autrichiens. La fortune, qui aime les audacieux , protégea cette tentative téméraire. Mais notre intention n'est point de citer tous les faits d'armes par lesquels il parvint à la haute dignité, but suprême et dernier de l'ambition d'un soldat; l'énumération en serait trop

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308 ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUllOPÉENNE.

longue; nous nous bornerons à rappeler trois actions qui lui firent le plus grand honneur, tant sous le rapport de l'énergie personnelle, qu'au point de vue de la science stratégique.

En 1744, les Autrichiens ayant surpris un passage sur le Rhin, occupèrent les lignes de la Lauter; le marquis de Clermont qui avait reçu l'ordre de les en déloger, attaqua leur centre, le 5 juillet, avec la plus grande vigueur, le rompit et profitant des avantages que lui donnait ce mouvement de retraite , alla renforcer le détachement destiné à l'assaut des lignes de Sufïlenheim , qu'il emporta le 23 août suivant.

En 1745, à la bataille de Fontenoy, l'infanterie française, ayant été refoulée par une charge de cavalerie, il la rallia, se porta au centre de la ligne de bataille, et contint, sous le feu le plus meurtrier, l'ennemi jusqu'à l'arrivée de nos colonnes.

Enfin, l'année suivante, à Laufeldt, il soutint pendant quatre heures, à la tête de trente-deux escadrons, et en face de quarante pièces de canon, l'infanterie française, dans son attaque contre le village de ce nom. Il chargea ensuite la cavalerie ennemie, lui prit dix canons, lui fit beaucoup de prisonniers et la mit en déroute complète.

Le bâton de maréchal fut le prix de cette action. «Je savais bien, lui dit le roi, en le lui remettant, que vous sauriez le découvrir sous les lauriers de Laufeldt. »

La carrière militaire de Gaspard de Clermont finit ici. Depuis cette époque, on ne le voit plus employé que dans ses gouvernements, particulièrement dans celui de Belfort, qui lui avait été confié le 26 janvier 1739. Créé duc et pair et devenu doyen des maréchaux, il assiste en 1755 et 1761 aux lits de justice tenus par le Roi, et représente le connétable au

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sacre de l'infortuné Louis XVI. Le maréchal de Clermont- Tonnerre mourut le 12 mars 1781, plus que nonogénaire, après soixante-treize années de service militaire , dont quarante passées dans les camps, et fut inhumé dans l'église Saint-Nicolas du Chardonneret, sépulture de sa famille. Il avait épousé , en premières noces , Antoinette Potier de Novion, et en secondes noces, Marguerite de Guérande, veuve de Barthélémy Larochefoucauld, qui ne lui donna pas d'enfants. De son premier mariage sortirent :

1° Charles-Henri qui suit :

2Ô Jean- Louis -Aimard de Clermont - Tonnerre , né le 30 août 1724, et nommé, en 1762, à l'abbaye de Luxeuil, diocèse de Besançon.

3° François-Joseph, marquis de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général commandant en Dauphiné , né le 1 1 janvier 1726. — Ce seigneur gagna ses grades à la prise de Prague , en 1741, au combat de Dettingen, en 1743, aux sièges de Fribourg, en 1744, d'Anvers et de Namur, en 1746, aux batailles de Rocoux, de Laufeldt, en 1747, aux victoires de Crévelt et de Menden, en 1759. Tout annonçait qu'il fournirait une carrière non moins brillante , que l'avait été celle de son père, lorsque la mort le surprit à Paris, le 1er décembre 1771 , à l'âge de quarante-cinq ans, c'est-à-dire au moment où l'homme de guerre est près d'atteindre la maturité du talent. François-Joseph de Clermont-Tonnerre s'était marié deux fois, la première, avec Anne de Lentillac de Gunel, chanoinesse de Remiremont, dame de la croix étoilée, décédée au château de Champlatreux , le 29 septembre 1776; la seconde avec Marie-Louise-Antoinette Guilloteau de Montrenon.

Du premier mariage sortit Stanislas-Adélaïde de Clermont- Tonnerre qui fut tenu sur les fonts baptismaux par Stanis-

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las, roi de Pologne, duc de Lorraine, cl par sa lille la princesse Leckzinska, femme du roi Louis XV. Stanislas-Adélaïde était colonel en second du régiment royal Navarre, lorsque la révolution éclata. Nommé président des électeurs de la noblesse de Paris , il fut le premier député de son ordre aux états-généraux du royaume. Il apporta dans cette assemblée une âme droite, un esprit vaste, une éloquence entraînante. Uni de sentiments et de principes avec les partisans de la constitution anglaise , il rédigea le fameux projet de constitution, adopté plus tard par Louis XVIII, et tendant à établir une monarchie constitutionnelle, appuyée sur deux chambres législatives. Saisissant, pour agrandir la prérogative royale, l'occasion que lui offraient les troubles toujours plus graves des provinces , il demanda que Louis XVI fût investi d'un pouvoir suffisant pour les réprimer. Vers le même temps, il fonda avec Malouet, le club monarchique destiné à contrebalancer l'influence du club des Jacobins. La publication du journal des Impartiaux, qu'il dirigea, de concert avec Fontanes et plusieurs autres écrivains du premier mérite, acheva de le rendre impopulaire. Accusé d'avoir favorisé la fuite du roi, sa liberté et sa vie furent menacées; en vain un décret de l'assemblée le plaça sous la sauvegarde de l'honneur de la nation: après la journée du 10 août, il fut assailli par la populace et massacré , en rentrant à son hôtel. Un cuisinier qu'il avait chassé pour vol, lui porta, dit-on, le premier coup. Charles-Henri-Jules, comte, puis duc de Clermont-Tonnerre , le fils aîné du maréchal , embrassa comme lui la carrière militaire par vocation , en parcourut les phases avec éclat, se montra dans toutes les grandes affaires de cette époque, à Philipsbourg, à Prague, à Detlingen, à Raucoux, à Laufeldt, a Maëstricht, sous les maréchaux de Coigny et de

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Saxe, et pendant cette malheureuse guerre de sept ans, où tant de revers payèrent tant de fautes. Héritier de la grande expérience et de la grande énergie de son père , s'il ne parvint pas comme lui à la première place , il mérita de l'obtenir, et cela suffit à sa mémoire. Le 25 juillet 1762, il fut nommé lieutenant-général des armées du roi, et dans le courant de l'année 1765, commandant en chef de la province du Dauphiné. Le 13 mars 1782, il entra au Parlement comme pair de France, et fut créé chevalier des ordres, le 30 mai 1784. Il commençait à jouir du repos dû à tant de travaux, lorsqu'eut lieu l'ébranlement révolutionnaire. Ses cheveux blanchis au service de la patrie , semblaient devoir le garantir contre les excès démagogiques; mais la gloire, à cette époque, n'était un titre qu'à la persécution. Plus une tête dépassait la foule, plus elle paraissait coupable. Et d'ailleurs quelle pitié les bourreaux de Louis XVÏ devaient-ils au descendant d'une famille où les traditions de la fidélité au Roi s'étaient si religieusement conservées? Le duc de Clermont- Tonnerre fut condamné et devait l'être. Le 26 juillet 1794 il monta sur l'échafaud , et y porta ce fier courage , cette mâle résignation , seule protestation des grandes âmes. Il laissa de son mariage avec Marie-Anne-Julie Le Tonnelier de Breteuil, dame du Palais de la reine, fille de Victor Le Tonnelier de Breteuil, marquis de Pontenay Trésigny et ministre de la guerre , et de Marie-Anne-Angélique Charpentier d'Ennery :

1° Charles - Gaspard , marquis de Clermonl - Tonnerre , comte d'Épinac, maréchal-de-camp, gouverneur de Préfort, mort fusillé, au siège de Lyon, le 18 février 1794;

2° Anne -Antoine -Jules de Clermont- Tonnerre, duc et pair de France , archevêque de Toulouse et cardinal. Si nous pouvions nous occuper ici des actes privés du prêtre, s'il

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nous était permis de descendre dans sa vie intime, il nous serait facile d'en faire ressortir bien des traits propres à édifier nos lecteurs; nous aurions à y signaler l'exercice constant de ces rares et difficiles vertus que le divin maître recommandait particulièrement à ses disciples; mais puisque nous devons nous en tenir aux actes publics du prélat , nous rappellerons qu'après avoir reçu tous les éléments d'une forte éducation religieuse, l'abbé de Clermont-Tonnerre franchit rapidement les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, qui le conduisirent, en 1782, au siège épiscopalde Châlons. Député en cette qualité aux États-généraux de 89, il y signa toutes les protestations opposées aux innovations révolutionnaires; plus tard, lorsque la proscription universelle des nobles et des prêtres ne lui permit plus de rester en France, il renonça à ses dignités, émigra avec toute sa famille et porta à l'étranger le zèle évangélique dont il avait donné l'exemple dans son diocèse. Une grande partie de son patrimoine d'exilé fut consacrée au soulagement des misères, qui abondent, hélas! sur tous les points du globe. La restauration le ramena dans sa patrie , et juste appréciatrice de son mérite, lui confia l'archevêché de Toulouse. Le cardinalat, où il fut élu le 2 décembre 1822, couronna cette noble vie.

3° Gaspard -Paulin, vicomte de Tonnerre, marié à Anne de Boulainvilliers , décoré par le Pape Léon XII du titre de prince romain , avec hérédité pour les aînés de la branche cadette, commençant à son petit-fils Jules.

Charles-Gaspard, marquis de Clermont- Tonnerre, laissa Aynard, duc de Clermont -Tonnerre, chevalier des ordres du roi, pair de France, maréchal-de-camp, colonel du régiment des gardes d'honneur, major-général de la garde nationale de Paris, marié en premières noces a Marie- Char-

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lotte de Bruce, et en secondes noces à Mlle de Sellon, mort en 1834, à l'âge de soixante-sept ans, sans enfants.

De Gaspard-Paulin et d'Anne de Boulainvilliers naquit Anne- Marie-Gaspard , marquis de Clermont-Tonnerre, par lequel nous terminerons cette longue galerie d'hommes remarquables.

Le marquis de Clermont-Tonnerre entra, en 1799, à l'école polytechnique , où il acheva des études brillamment commencées. Il en sortit, en 1803, pour servir, avec le grade de sous-lieutenant dans le 5e régiment d'artillerie à cheval. Il fit, en cette qualité, les campagnes d'Italie et de Naples. Les vieux légionnaires de Napoléon, furent ses premiers maîtres. Il profita assez de leurs leçons pour s'attirer les regards de leur chef qui le nomma chef d'escadron en 1808.

Parvenu à l'apogée de sa puissance, Napoléon était en train de refaire, à coups de plume, au profit de sa famille , les dynasties qu'il avait défaites à coups de sabre, mais en donnant des couronnes à ses frères, il oubliait de leur donner le génie qui apprend à les conserver et le courage qui apprend à les défendre. Joseph Bonaparte venait de s'asseoir sur le trône d'Espagne ; assez embarrassé de l'aspect demi-plébéien , demisoldatesque de sa cour, dans un pays où l'hérédité a un si grand prestige et où la représentation joue un si grand rôle, le nouveau Roi sentait le besoin de s'entourer d'illustrations nobiliaires. Il offrit au marquis de Clermont-Tonnerre le grade de colonel et le titre d'aide-de-camp. M. de Clermont accepta l'un et l'autre, et en remplit les devoirs jusqu'en 181 1, époque à laquelle il renonça volontairement à la vie active. La restauration l'y rappela en 1814, en le nommant lieutenant dans les Mousquetaires gris de la maison militaire du Roi. Il accompagna Louis XVIII à Gand et mérita la recon-

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naissance de la famille royale. Le grade de maréchal-de-camp, qu'il obtint le 19 mars 1815 et le commandement supérieur de la brigade de grenadiers à cheval de la garde , organisée vers la même époque, en furent les témoignages. Le 17 août suivant , le marquis de Clermont-Tonnerre fut élevé à la dignité de pair de France.

Cette nomination marqua une nouvelle phase dans la vie de M. de Clermont-Tonnerre. Jusque-là on n'avait vu en lui qu'un officier brave, distingué, brillant. Le politique, l'homme d'État ne s'étaient pas laissés soupçonner. Ils se révélèrent tout à coup avec éclat à la tribune de la chambre des pairs. M. de Clermont-Tonnerre y prononça sur le projet de loi du recrutement du maréchal Gouvion-Saint-Cyr, sur celui du droit d'aubaine, sur la proposition de M. Barthélémy relative aux élections, des discours où se joignaient au mérite de la forme un grand sens pratique et une lucidité de vues remarquable. M. de Villèle , en l'écoutant , comprit toute la valeur de cet éminent esprit, et peu de temps après, ayant été appelé à la composition d'un cabinet dont il devait avoir la présidence, il confia (14 décembre 1821) le porte-feuille de la marine au marquis de Clermont-Tonnerre, qui fut promu, le mois suivant, au grade de lieutenant-général. Son excellente administration répondit à l'idée qu'on s'en était formée. Il fit de ses nouvelles fonctions une étude consciencieuse, visita les ports et les arsenaux, opéra d'utiles réformes, et perfectionna le matériel ; par ses soins, les fortifications des villes maritimes furent réparées et augmentées. «Sous son ministère , dit un biographe contemporain , le capitaine de vaisseau Bougainville reprenant les traces de son père, fit sur la frégate la Tlîétis un voyage de circumnavigation, et le capitaine Duperré (aujourd'hui amiral) sur la corvette la Coquille,

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fit un voyage d'exploration aux Carolines et découvrit plusieurs îles de la mer du Sud. »

Le portefeuille de la marine resta aux mains du marquis de Clermont-Tonnerre jusqu'en 1824. Un nouveau cabinet s'étant formé à cette époque, il échangea ce portefeuille contre celui de la guerre qu'il conserva jusqu'en 1828. Il porta dans ce nouveau département tout le zèle qu'il avait déployé dans le précédent, avec des connaissances plus spéciales. Son passage aux affaires y marqua une trace lumineuse. Le premier il fournit aux chambres des rapports détaillés sur les opérations de son ministère. Il organisa hiérarchiquement tous les services administratifs de l'armée, et fonda les camps annuels, si utiles à l'instruction des officiers de toutes armes ; le rétablissement de l'école de cavalerie de Saumur et la réorganisation du corps royal d'état-major, institué par le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, complétèrent la série de travaux et de réformes dus à son administration.

En 1827, lorsque fut résolu, dans le conseil, la dissolution de la garde nationale, M. de Clermont-Tonnerre se montra opposé à cette mesure fatale dont la révolution de juillet ne fut peut-être que le contre-coup , se bornant à demander le licenciement partiel des trois légions qui avaient le plus directement offensé la dignité royale. Il quitta le ministère à l'avènement du cabinet Martignac. M. de Clermont-Tonnerre était à Paris lors des événements de 1830. Lié par principes, par devoir , par reconnaissance à la branche aînée , il refusa de prêter le serment exigé par le nouveau gouvernement, pour siéger à la chambre des pairs et pour servir dans l'armée , et rentra dans la vie privée dont il n'est plus sorti.

Il avait épousé, en 1811, Charlotte de Carvoisin d'Achy, veuve de M. le comte de Carvoisin ; de ce mariage sont sortis :

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1° Le comte Aimé de Clermont-Tonnerre , né en 1812, marié en 1834 à Philiberte de Clermont-Monloison.

2° Le prince Jules de Clermont-Tonnerre, né en 1813, marié en 1840 à Léontine de Crillon.

3° Le vicomte Gaspard de Clermont-Tonnerre, né en 1817.

4° Aynard , né en 1 827.

Le duc de Clermont-Tonnerre est mort le 12 juillet 1842, au château de Glisolles (Eure).

La maison de Clermont a compté jusqu'à douze branches, établies en Angleterre, en Italie, en Espagne. Une haute illustration s'est attachée particulièrement à celle d'Italie , d'où sont sortis , indépendamment de plusieurs guerriers célébrés par l'Arioste dans son poëme , Mainfroi de Clermont qui posséda presque toute la Sicile, et dans les temps modernes S. S. le Pape Pie VII.

Cette maison s'honore aussi de compter onze saints parmi ses membres, dont deux issus de la souche de Clermont et neuf de celle de Tonnerre :

Saint Amédée Ier de Clermont, neveu de Guignes, Dauphin , comte d'Albon et parent de l'Empereur Conrad, lequel prit l'habit religieux avec dix-sept gentilshommes de ses vassaux au monastère de Bonnevaux, en 1140, et dont la vie nous a été en grande partie conservée par Manrique dans les Annales de Citeaux.

Saint Amédée II, son fils, évêque et prince de Lauzanne, tuteur du comte de Savoie et régent de ses États, en 1150, mort dans son diocèse de Lauzanne , qu'il gouverna quatorze ans et où il fut enterré, dit un chroniqueur, vis-à-vis le crucifix , entre trois pierres élevées hors de terre.

Saint Guerry, comte de Tonnerre, contemporain deChildebert, archevêque de Sens après saint Vulfran, mort en 708.

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