‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 30 sur 34 · X ->:iiim · texte numérisé non relu

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Saint Ebbon, son neveu, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, puis archevêque de Sens, célèbre par la victoire qu'il remporta sur les Vandales, vers 731, à la tête des habitants de Sens. Chaque année, le 27 août, jour de son décès , l'Église de Sens célèbre son anniversaire avec la solennité d'une fête double.

Sainte Ingoare et sainte Lestacie , ses sœurs , toutes deux religieuses bénédictines à Saint -Pierre -le -Vif, monastère double , composé d'hommes et de femmes.

Saint Honobert, parent de saint Ebbon, religieux, puis abbé de Saint-Pierre-le-Vif et successeur de saint Ebbon au siège archiépiscopal de Sens , mort le 5 janvier 755 , après avoir donné l'habit de religieux à son père saint Honulfe, après lui archevêque de Sens, mort en 761.

Saint Thierry, au temps du roi Robert (1000), possesseur d'un château de son nom (Château-Thierry), sur les bords de la Marne, évêque d'Orléans et illustré par ses nombreuses conversions.

Saint Robert, comte de Tonnerre, né en 1017, fondateur de la célèbre abbaye de Citeaux, mort le 17 avril 1100 et canonisé en 1222, sous le Pontificat d'Honoré III.

Enfin saint Guillaume , chanoine de Paris et de Soissons , religieux de Pontigny, abbaye de Fontaine-Jean, près de Charlieu, et archevêque de Rourges, mort en 1209.

La chronique manuscrite de Gramont rapporte qu'Adhémar, prieur du monastère de Fleury, demanda publiquement dans le concile général , tenu à Rome en 1215, au Pape Innocent II la canonisation de saint Guillaume.

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BOIILLIER DU CHARIOL

I ja Maison de Bouille semble avoir pris l'engagement de ne devoir jamais ses dignités qua ses services, depuis qu'elle a choisi pour maxime et placé pour devise au milieu de ses armes , ces nobles mots : Tout pour labeur. (Berville et Barrière).

En effet, nous voyons que dès le temps des croisades, elle faisait partie de la classe de chevalerie , dans laquelle on n'entrait qu'après avoir fait ses preuves, non -seulement de noblesse, mais de courage; nous la voyons aussi, depuis cette époque jusqu'à nos jours, conquérir ses dignités et ses richesses, comme Henri IV gagna son royaume, à la pointe de l'épée.

Quoique originaire du Maine , où elle eut des possessions territoriales considérables et où elle contracta de brillantes alliances , cette maison prenait rang parmi la plus ancienne noblesse de la province d'Auvergne. Elle y posséda, à diverses

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époques, plus de trente terres seigneuriales, qu'elle perdit successivement, à défaut de substitutions. Dès le onzième siècle, on l'y trouve établie par le mariage d'un Hugues de Bouille, venu du Maine, avec une héritière de la maison du Chariol , dont il prit les armes (de gueules à la croix ancrée d'argent), ainsi que le nom, qui longtemps a été joint à celui de Bouille, et y fut même quelquefois entièrement substitué.

L'histoire, la chronique, les chartriers, les archives particulières, nous Ont laissé sur cette race, justement célèbre par son ancienneté, par ses alliances, par son esprit chevaleresque surtout , des documents fort nombreux ; toutefois la dispersion de ses membres dans les deux provinces du Maine et de l'Auvergne, a contribué à rendre sa filiation généalogique plus difficile à établir que celle de la plupart des autres grandes familles; aussi nous bornerons-nous à mentionner ceux de ses membres qui ont marqué le plus profondément leur passage, sans nous livrer à des suppositions peut-être erronées ou à des recherches peut-être inutiles.

Le cartulaire de l'abbaye de Sauxillanges1, en Auvergne, mentionne la donation faite en 1050 par Ildin Boulier, fils de Bernard, au monastère de Chauriat, dont il était paroissien, et aux religieux de Sauxillanges, de quelques-uns de ses revenus héréditaires, à la condition qu'un moine-prêtre serait envoyé au couvent/le Chauriat, près Billone, et y célébrerait perpétuellement l'office divin pour son âme et pour celle de ses parents.

Dans un traité relatif à un certain Thibaut, abbé de Montpeyroux, dans la même province, daté de l'année 1155, Pierre de Bouille , nobilis vir Petrus Boiiilhetz, est cité comme

1 Bibliothèque du Roi , manuscrits latins , n° 5454.

témoin avec Pierre de Chabannes , Hugues de la Bastisse et Guillaume de Montriannay.

Dans un autre acte, en date du mois de mars 1254, Guillaume de Bouille , premier du nom , chevalier, seigneur du Chariol , reconnaît tenir en fief toutes les dîmes des terres qu'il possédait dans la paroisse de l'abbaye de Montpeyroux.

En 1328, Pierre de Bouille, troisième du nom, seigneur du Chariol , figure parmi les grands seigneurs de la province qui plaidaient avec le clergé.

Dans un acte de foi et hommage rendu par Louis de Bouille , chevalier , seigneur du Chariol , à Louis de Listenoix, en 1397, le jeudi après la fête de sainte Foy, vierge, pour les biens qu'il tenait de lui dans la ville de Chateldon et la Chatellenie de Montaigu , il est dit expressément qu'il . les tenait, ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs, de toute ancienneté [et predecessores suos ab antiquo).

Enfin le procès-verbal de la coutume d'Auvergne nous apprend que l'ermite de la Faye, chevalier, chambellan du Roi de France et sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, qui vivait au commencement du quinzième siècle , sortait de la tige des Bouille; la maison connue sous le nom de Yarmite ou Yermite de la Faye, était une des branches de celle de Bouille , qui avait quitté le nom primitif pour prendre celui d'une de ses terres où se trouvait un ermitage.

Rien ne prouve mieux la grande considération dont jouissait la maison de Bouille, que l'extrême distinction de ses alliances.

Par contrat du 5 octobre 1365, une Bouille, Jeanne, fille de Jean, seigneur de la Morelière, épousa Olivier Duguesclin , seigneur de Veruzé , cousin germain du fameux connétable.

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Le 8 octobre 1534, Antoine de Bouille, chevalier, seigneur du Chariol et de Camploing, baron d'Oroze ou Orouze, qualifié de haut et puissant, fils de Gaspard de Bouille et d'Anne d'Urfé, nièce de Pierre d'Urfé, grand-écuyer de France, s'unit à Jeanne de Joyeuse, fdle de Charles, vicomte de Joyeuse, cousine germaine du maréchal de France de ce nom, et tante, à la mode de Bretagne, d'Anne de Joyeuse , pair et amiral de France.

Antoine de Bouille avait contracté un premier mariage avec Catherine d'Estaing, veuve de Jean de Cardaillac, baron de la Capelle, gouverneur de Bayonne et commandant de l'artillerie au voyage de Fontarabie , sous l'amiral Bonnivet.

Le 10 février 1548, Antoine de Bouille , troisième du nom, seigneur de Coulanges et du Vialard , épousa Catherine de Châlon, dont la maison possédait la principauté d'Orange, qu'elle porta par mariage dans celle de Nassau , aujourd'hui souveraine des Pays-Bas.

Indépendamment des alliances que nous venons de citer, les différentes branches de la tige de Bouille en contractèrent de directes avec les maisons de la Tour d'Auvergne , de la Roche-Aymon , de la Roche-Briam , de Lastic, de la Fayette, de Montrevel,de Chabannes-Curton, d'Estaing, de Langheac, de la Rochefoucauld , de Château neuf-Randon , de Pons de la Grange, d'Aureilhe, de Lignerac, de Rochefort d'AIly, de Clavières de Saint-Agrève , de la Roue, de Chauvigny de Blot, de Laval, de Longaunay, d'Alègre, de la Guiche Saint- Géran, de Daillon du Lude, de Dallet, du Prat, de Chavagnac, de Bourdeilles, de Guillaumanches , de Bosredont, etc.

La branche du Maine s'éteignit au dix-huitième siècle (1729 ou 1730) dans la personne de la marquise de Charnacé, cousine de Renée-Éléonore de Bouille, fdle unique de

René-Urbain, marquis de Bouille, comte de Créance, et femme de Henri de Daillon, duc du Lude, grand-maître de l'artillerie de France. On sait quelle fut l'influence de la duchesse du Lude à la cour de Louis XIV. Sa mâle passion pour la chasse et l'autorité presque despotique qu'elle exerçait dans sa province , ne sont guère moins connues. Mme de Sévigné lui a consacré plusieurs passages de ses lettres, et Lemontey a consigné sur elle plusieurs anecdotes dans ses notes sur les mémoires de Dangeau.

De la branche du Maine était sorti, à la fin du siècle précédent , un homme extrêmement remarquable sous le double point de vue de la valeur et de la capacité, René de Bouille, comte de Créance. Successivement capitaine de cinquante hommes d'armes, conseiller d'État, gouverneur de Cariât et de Périgueux, il fut, à la promotion de 1585, sous Henri III, décoré du collier de l'ordre du Saint-Esprit. Pendant son gouvernement d'Angers, il donna des preuves multipliées d'activité et de courage. Ce fut à sa coopération que l'armée royale fût redevable de la levée du siège de Cognac et de la prise de Monlaigu et de Tiffange. «Commandant en Bretagne, à l'époque de la Saint-Barthélémy, dit M. Daru (Histoire de Bretagne), il résista à des ordres barbares, et, «grâces à « sa sagesse , cette province eut le bonheur d'échapper aux « massacres. »

Henri IV faisait grand cas de son mérite , et il l'a prouvé par une lettre que rapporte Sainte -Foix, dans son Histoire de l'ordre du Saint-Esprit :

«Dagues Comnène, qui se disait issu des Empereurs « d'Orient, commandait dans la Ferté-Bernard , au nom de la « ligue. Bouille n'avait pas donné dans une embuscade qu'il lui « avait dressée , et l'avait au contraire obligé de rentrer bien

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« vite dans cette ville avec perte de la moitié de sa troupe. « Henri IV, en réponse à une lettre où le Prince de Conli lui « parlait de celte action, lui disait: Le Manceau a donc été plus « fin que le Grec; je l'ai toujours connu pour aussi avisé que « valeureux; je suis bien aise que vous l'aimiez et que vous le «reteniez avec vous; il peut bien conseiller et bien agir. Bouille « était un des plus considérables parmi la noblesse du Maine ; « les d'Angennes et lui , après bien des petits combats et des «prises et reprises de villes, chassèrent entièrement Guy de « Lanssac de cette province , malgré tous les renforts que lui « envoyait le duc de Mercœur. »

René de Bouille avait épousé Jacqueline de la maison d'Estouteville, issue des anciens rois de Hongrie, et comtesse de Créance en Normandie, dont il eut Madeleine de Bouille, mariée, le 14 octobre 1557, à Louis, vicomte de Rochechouart.

Les branches d'Auvergne fournirent à l'armée , à l'église et à l'administration des hommes du premier mérite. Parmi ceux-ci , nous citerons particulièrement Antoine de Bouille , premier du nom , dit du Chariol , seigneur de Coulanges et du Vialard, gouverneur, au quinzième siècle, du château d'Usson; Pierre de Bouille, quatrième du nom, son frère, conseiller et chambellan du Roi de France ; enfin , au dixseptième siècle , Alexandre de Bouille du Chariol , chevalier, seigneur de Coulanges , inspecteur et gouverneur de la Tarentaise.

Elles ont donné aussi des commandeurs à l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem. Christophe -Alexandre de Bouille du Chariol, le plus célèbre d'entre eux, commandeur de Salles, de Courteserre et de Limoges , se couvrit de gloire à la défaite de la flotte turque des Dardanelles en 1656. Il enleva à l'ennemi plusieurs étendards et drapeaux , suspendus depuis

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aux. voûtes des églises de ses commanderies. Élevé à la dignité de conservateur de l'ordre en 1668, il mourut chef d'escadre des armées navales et commandant des galères de Malte.

Les mêmes branches comptent parmi leurs membres , un général en chef d'armée, des lieutenants généraux, des maréchaux de camp, un pair de France, plusieurs chanoines, comtes de Brioude et de Lyon , entre autres : Alexandre de Bouille du Chariol, en 1598; Louis de Bouille du Chariol, de 1647 à 1664; Samson de Bouille de Colanges, en 1657; Jacques de Bouille, de 1663 à 1676; enfin, en 1713, Nicolas de Bouille de Saint- Géron, comte de Brioude et doyen des comtes de Lyon, un de ces caractères nobles et fermes dont les œuvres ne démentent jamais les enseignements.

Nicolas de Bouille n'était encore qu'abbé lorsqu'il fut nommé premier aumônier du Boi Louis XV. Cette charge importante, de tout temps fort enviée, semblait lui ouvrir la carrière des plus hautes dignités ecclésiastiques. On ne tarda pas, en effet, à lui offrir le siège archiépiscopal de Lyon , mais à la condition qu'il lèverait de son autorité de primat des Gaules, l'interdit prononcé par l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont , sur le couvent des dames de la Visitation , accusées de jansénisme. L'abbé comte de Bouille était le parent et l'ami de l'archevêque de Paris, dont il partageait les doctrines religieuses. Placé entre sa conscience et son ambition , il n'hésita pas, et son refus, en lui faisant des ennemis puissants, borna l'essor de son avenir. Ce refus toutefois ne l'empêcha pas d'être élevé au siège épiscopal fl'Autun, puis à la dignité de conseiller d'État d'honneur; mais ses talents et ses lumières lui assignaient une place plus haute encore , où il n'atteignit point. Il mourut à un âge avancé dans sa charge

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de premier aumônier du Roi , dont il concilia, jusqu'au dernier moment, les devoirs avec ceux imposés par ses fonctions d evêque.

L'évêque d'Autun était frère de Guillaume-Antoine , marquis de Bouille, mort en 1747, et oncle de François-Claude- Amour, marquis de Bouille, dont la gloire militaire a rempli les dernières années du règne de Louis XVI.

François de Bouille naquit au château du Cluzel , en Auvergne , le 19 novembre 1739. Il fit son apprentissage guerrier

H dès l'âge de quatorze ans, en qualité de cadet au régiment d'infanterie du Prince de Rohan Rochefort, dans le camp formé à Gray, en Franche-Comté, sous le commandement du duc de Randan. Il servit ensuite dix- huit mois dans la compagnie des mousquetaires noirs, commandés par le comte de Montboissier , son parent, et entra, en 1756, avec le grade de capitaine dans le régiment des dragons de Laféronnays. Jamais la France n'avait eu plus besoin de bons officiers, car jamais plus de défaites n'avaient terni l'éclat de nos armes. Bouille montra sur les champs de bataille de la guerre de sept ans tout ce qui dans l'officier annonce le général : va-

Hj leur, décision, prudence, sang-froid. Au combat de Griimberg, où il commandait notre avant -garde, une marche

rx hardie exécutée par ses ordres et sous sa responsabilité, décida du sort de la journée. Témoin de sa conduite, le maréchal de Broglie le chargea de porter à Versailles la nouvelle de la victoire. M. de Bouille s'acquitta de cette mission avec une modestie qui rehaussait encore son mérite. « Mes- « sieurs, dit Lo'uis XV à ses courtisans, il est le seul dont il «ne parle pas, et cependant il s'est fort distingué.»

C'est par de semblables actions que le jeune officier gagna le grade de colonel d'un régiment qui porta d'abord son nom, et

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prit à la paix celui de Véxin. En 1777, il fut nommé maréchal de camp. La révolution américaine ayant éclaté peu de temps après, le gouvernement français chargea M. de Bouille du commandement général des îles du Vent. Il y débuta par les plus brillants succès. Malgré les efforts des Anglais pour s'emparer des Antilles, en l'absence de l'armée navale, alors occupée (1781) à protéger le siège d'York en Virginie, il sut conserver à la France ces importantes possessions. « Partout , «dit M. de Beaulieu [Biographie universelle), où l'ennemi se «présenta, l'ennemi trouva Bouille, et Bouille valait à lui «seul une armée.» Après avoir débuté par la prise de la Dominique, le 7 septembre 1778, et avoir trompé par d'habiles manœuvres l'amiral anglais, il courut attaquer Saint- Eustache. «Parmi toutes les conquêtes des Anglais, il ne voyait que celle-là dont la réduction exigeât sa présence. Il était informé de la sécurité du gouverneur, et ne rassembla pour cette expédition que des forces proportionnées aux obstacles qu'il croyait rencontrer. Douze cents soldats , trois frégates , une corvette, quatre bateaux, composaient son armée de terre et de mer. Les généraux Rodney et Vaughan avaient déployé toutes leurs forces contre cette île , lorsqu'elle était presque sans défense ; et quand le marquis de Bouille y descendit, la garnison était composée de sept cents hommes, et les ingénieurs avaient ajouté aux anciennes fortifications les ouvrages les mieux combinés pour leur effet commun. Par une fatalité qui semblait devoir faire échouer l'entreprise, le marquis de Bouille, dans ce moment critique et décisif où il fallait vaincre ou se rendre , ne put disposer que d'un tiers de ses forces. Tout semble à la fois conjuré contre lui. Les pilotes se trompent sur le lieu du débarquement. Plusieurs barques sont brisées contre les rochers ; la sienne même est

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renversée. Les courants entraînent les frégates loin du rivage. M. de Bouille se trouve à terre avec quatre cents hommes séparés du reste de sa petite armée, sans espoir de secours , sans moyen de retraite : voilà le moment du général. Il ne balance pas à attaquer, dans une place fortifiée, des ennemis supérieurs de moitié par leur nombre et bien plus par leur situation. Tel est l'ordre qu'il donne: Le comte de Dillon marchera droit aux casernes et fera enlever le gouverneur; le chevalier de Fresne escaladera le fort, s'il ne peut s'emparer de la porte; le vicomte de Damas soutiendra son attaque. On fait une marche précipitée. Le comte de Dillon arrive le premier à la tête des Irlandais. Il voit une partie de la garnison qui fait l'exercice sur l'esplanade; trompée par la ressemblance de l'uniforme, elle croit que c'est un renfort qui vient se joindre à elle. Une décharge la désabuse et jette la confusion dans ses rangs. Le gouverneur sort pour présider aux évolutions de ses troupes; le chevalier O'Connor le fait prisonnier. Le chevalier de Fresne court vers le fort; le vicomte de Damas le suit; tout est prêt pour l'escalade. Les fuyards qui sont entrés en foule veulent lever le pont. Une décharge ordonnée par M. de la Motte leur fait abandonner les chaînes; les Français entrent, lèvent le pont, pénètrent dans la forteresse et les Anglais mettent bas les armes. Le même jour, toute l'île est soumise, tandis qu'à Londres on en donne le gouvernement militaire au colonel Filtz-Maurice, et le gouvernement civil à M. Chabert. » {L'honneur français.)

Tabago, Saint -Christophe, dont la forteresse, appelée le Gibraltar des Antilles , passait pour imprenable et ne fut réduite qu'après vingt -huit jours dé tranchée ouverte, Névis, Montserrat éprouvèrent le même sort ; mais ce qui , plus en-

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core que ces expéditions si hardiment conçues et si énergiquement conduites, consacra, sur cette terre redevenuc française par son courage, la gloire du marquis de Bouille, ce fut sa tendre pitié pour les vaincus et son admirable désintéressement. La tempête lui avait livré trente et un matelots anglais des équipages de Y Andromède et du Laurel, qu'il pouvait retenir prisonniers, conformément aux usages de la guerre; M. de Bouille les renvoya vêtus et libres.

Parmi les sommes saisies à Saint -Eustache lors de la prise de cette île, il s'en trouvait une de la valeur d'un million, appartenant aux négociants hollandais; il s'empressa de la leur restituer, et rendit de même au gouverneur de l'île 264,000 livres, qu'il réclamait comme sa propriété particulière.

Devenu lieutenant-général après la paix de Saint-Eustache et décoré du collier des ordres du Roi à son retour en France, M. de Bouille profita des moments de loisir que lui laissa la paix de 1783, pour visiter une partie des États de l'Europe. Partout, en Angleterre comme en Allemagne, à la ville aussi bien qu'à la cour, il reçut des marques de la plus haute considération, de l'admiration la plus sincère. La Reine d'Angleterre, lorsqu'il lui fut présenté, lui adressa ces paroles : «Monsieur, il faut avoir bien du mérite pour se faire « tant aimer de ceux dont on s'est tant fait craindre. »

Les sujets anglais intéressés dans les Indes Occidentales, profitèrent de la présence du marquis de Bouille à Londres pour lui offrir, comme un témoignage public de leur gratitude , une épée en acier du plus beau travail ; et la chambre de commerce de Glascow s'associa à cette manifestation, en lui faisant hommage d'une magnifique paire de pistolets, que ses enfants ont recueillis et qu'ils possèdent encore.

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Le marquis de Bouille fut nommé par le Roi membre des deux assemblées des notables qui précédèrent la révolution. Appelé, en 1789, au commandement en chef des provinces des trois Évêchés, de l'Alsace, de la Lorraine et de la Franche-Comté, il sut, au milieu de circonstances si difficiles, maintenir l'ordre et faire respecter la sûreté des personnes et des propriétés. Plus tard, lorsque la fédération de 1790 fut devenue pour la garnison de Metz le prétexte d'une violente insurrection, il réussit presque seul à la calmer. Il se jeta, l'épée à la main, devant la maison du colonel du régiment de Salm, où étaient déposés les drapeaux et la caisse militaire, et défendit ce poste pendant près de deux heures contre des hommes égarés, furieux, irrités de sa résistance et prêts à le percer de leurs baïonnettes! L'arrivée de la municipalité mit un terme à cette scène. Les soldats , sommés, au nom de la loi, de se retirer, obéirent, et tout rentra dans l'ordre. L'affaire de Nancy contre les rebelles, le 31 août 1790, fournit au marquis de Bouille une nouvelle occasion de payer de sa personne. Quarante officiers et quatre cents soldats périrent dans ce combat , mais l'insurrection fut comprimée. L'assemblée nationale vota des remercîments au marquis de Bouille , et Louis XVI lui écrivit qu'il avait acquis des droits éternels à son estime et à son amitié : «Vous avez sauvé la France le 31 août, lui dit-il, « et vous avez par là montré aux autres le chemin et comme « ils doivent se conduire.» A cette lettre si honorable , en était jointe une autre du comte de la Tour du Pin, alors ministre de la guerre, dans laquelle il prévenait le marquis de Bouille que l'intention de Sa Majesté était de l'élever à la dignité de maréchal de France. Tout en se montrant profondément touché de la bonté de son maître, M. de Bouille déclara ne

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pouvoir en profiter, ne voulant point, disait- il dans sa réponse , que les factieux pussent croire que son dévouement au Roi et ses services, fussent achetés par cette grâce, et ne devant point accepter une récompense pour un succès obtenu contre des Français.

Le marquis de Bouille fit un généreux effort pour sauver le Roi le 21 juin 1791 ; mais des circonstances vraiment fatales, et l'inexécution de plusieurs dispositions qu'il avait prescrites ayant causé l'arrestation de la famille royale à Varennes, il ne put arriver à temps pour la délivrer, et fut contraint de se réfugier à l'étranger, au milieu des coups de fusil qu'on tirait sur lui. Décrété d'accusation , il écrivit de Luxembourg à l'assemblée nationale une lettre fière et presque menaçante. On comprend qu'une pareille justification n'était guère propre à lui faire pardonner sa lutte contre la révolution, encore moins à lui rouvrir les portes de la patrie. M. de Bouille devait mourir dans l'exil et il y est mort. Après avoir, sur les instances de Gustave III, servi quelque temps dans l'armée suédoise, il se retira à Londres, lors de l'assassinat de ce Prince, et mourut le 14 novembre 1800, des suites d'une paralysie, à l'âge de soixante et un ans. Ses cendres furent déposées au cimetière de Saint-Pancrace dans un tombeau modeste que son fils aîné lui fit élever.

M. de Bouille a laissé des mémoires historiques, écrits avec la mâle simplicité d'un soldat et la chaleur de cœur d'un homme de bien, qui jettent un grand jour sur les faits de l'époque, et qu'on consulte avec fruit.

« Il avait, disent deux de ses biographes les plus distingués, (MM. Berville et Barrière), un esprit juste, un caractère ferme, une âme noble. Il était né pour les choses grandes et fortes. Personne plus que lui n'aimait , n'admirait les vertus que le

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malheur a depuis rendues si touchantes; mais pour raffermir un trône si violemment ébranlé , ce n'était point assez , selon lui, de la bonté de Louis XII, si l'on n'y joignait lepée de Henri IV. »

Trois enfants recueillirent son héritage : Louis-Joseph- Amour, marquis de Bouille; François -Guillaume -Antoine, comte de Bouille, colonel de cavalerie et chevalier de Malte; Cécile-Émilie-Céleste-Éléonorede Bouille, mariée, en 1791, à François-Jules-Gaspard , vicomte de Contades , petit-fils du maréchal de ce nom, morte en 1801.

Il subsite encore aujourd'hui trois branches de la maison de Bouille.

La première représentée par :

François -Marie -Michel de Bouille du Chariol, comte de Bouille, né le 13 janvier 1779, maréchal de camp, pair de France, ancien aide de camp de Charles X et ancien gouverneur de la Martinique, marié à Marie-Louise de Carrère, dont il a eu Jacques -Marie -Gaston de Bouille, né le 21 octobre 1808, ancien officier de cavalerie.

La seconde représentée par :

1° François -Gabriel de Bouille du Tronçay, baron de Bouille, colonel de cavalerie, etc.

2° François -Claude- Amour -Bené- Albert de Bouille du Chariol-d'Authezat, vicomte de Bouille, ancien maire de la ville de Nevers, né le 21 septembre 1787 et marié à Bosalie- Pierrette de Forestier, qui lui a donné trois filles et trois fils:

a. Charles, né le 30 août 1816.

b. Jean-Baptiste-Marie-Amour-Boger, né le 14 avril 1819.

c. Arthur-François-Marguerite-Henri, né le 3 mai 1824. 3° Arthur-Philippe-Guillaume-Parfait de Bouille du Chariold'Authezat, frère du précédent, ancien capitaine au corps

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royal d'état-major, né le 18 février 1790, et marié à Mlle de Bonchamps, fille du fameux général vendéen de ce nom , dont est sorti Fernand- Louis -Marie -Claude- Arthur -Hermené de Bouille, né le 8 mars 1821, et une fille, que le Roi Louis XVIII et Mme la duchesse d'Angoulême ont tenue sur les fonts baptismaux.

4° Jean -Baptiste de Bouille du Chariol -d' Au thezat, oncle des deux précédents, ancien chanoine, comte de Vienne, ancien aumônier de la Reine Marie- Antoinette et de S. A. R. Mme la duchesse d'Angoulême, évêque de Poitiers, né le 6 juin 1759, mort en janvier 1843.

La troisième représentée par :

1° Louis-Joseph-Amour de Bouille du Chariol, né le 1er mai 1769 , fils du célèbre marquis de Bouille dont nous avons parlé plus haut, lieutenant-général comme son père, ancien aide de camp du Roi de Suède Gustave III, ancien colonel, propriétaire des hullans britanniques, etc., marié à Marie- Robertine-Anne-Hélène- Joséphine Walsh de Serrant, duquel mariage est issu :

Amour-Louis-Charles-René de Bouille du Chariol , ex-lieutenant de cavalerie et ancien ministre plénipotentiaire de France près la cour de Bade, né le 26 mai 1802, et marié à Laure-Louise-Thérèse de Thiard , dont est venu Louis- Amour- Martial-Léonor de Bouille du Chariol, né le 4 mars 1827.

2° Jules -François -Amour de Bouille du Chariol, ancien capitaine de cavalerie, né le 16 mars 1800, fils unique du feu chevalier, puis comte François de Bouille, frère du précédent.

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JJepuis un siècle Mantoue se gouvernait en forme de république, Iorsqu'Otton II succéda au marquis Théobalde, aïeul de la comtesse Malhilde, qui en prit possession en 1114. Profitant, à la mort de cette princesse, des divisions du sacerdoce et de l'empire , Mantoue essaya de reconquérir sa liberté, mais elle ne fit que changer de maîtres. Les querelles, suscitées par l'ambition des principales familles , fournirent aux plus forts l'occasion de la subjuguer. Elle jouit de quelque tranquillité sous la magistrature du podestat Sordello Visconti, troubadour, chevalier errant et guerrier célèbre. Plus tard , Assinamonte Bonacolsi s étant fait élire capitaine , parvint à en chasser toutes les grandes familles, les unes par les autres, et resta seul maître de Mantoue. A sa mort, arrivée en 1239, il nomma pour héritier son fils Carpio. Jaloux de cette préférence , Bordellon , son frère , l'expulsa de Mantoue et régna à sa place ; mais ses vices et ses crimes le firent détester, et il fut chassé à son tour par son petit-fils Boticella. Paperin succéda à son père Boticella. Il se ligua avec divers

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i 336 ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE.

i seigneurs contre les Bolonais, et remporta sur eux une grande victoire. Il fut l'un des plus chauds partisans de Louis de Bavière, ce qui le rendit odieuwm pape Jean XXII qui le comprit parmi ceux contre lesquels il fit publier la croisade; les efforts de ce pontife ne l'empêchèrent pas, toutefois, de gouverner tranquillement ses États, mais l'imprudence de Francesco, son fils, le perdit. Non content d'avoir entretenu avec la femme de Philippin de Gonzague un commerce suspect, ce jeune téméraire offensa gravement l'époux irrité. Les Gonzague jurèrent de se venger. Philippin de Gonzague, Guido et Feltrino, ses frères, soulevèrent le peuple. Bonacolsi accourut pour apaiser le tumulte ; mais ayant été blessé à la tête , il fut emporté par son cheval et massacré par le peuple. Son fils, cause de ces malheurs, arrêté en sortant du lit, fut conduit à Castellano, où Nicolas de la Mirandole le fit périr dans les tourments les plus cruels, vengeant ainsi sur la postérité de Passerin le meurtre de François de la Mirandole , son père, que ce dernier avait fait mettre à mort.

Ce fut alors que la seigneurie de Mantoue passa dans la maison de Gonzague , aussi illustre par son ancienneté que par ses grands capitaines. Plusieurs généalogistes font remonter cette maison à Hugo, seigneur d'Italie, petit-fils du roi Lothaire et arrière petit-fils de l'empereur Lothaire, qui prit le nom de sa femme , issue de l'ancienne maison de Gonzague, en Lombardie. En 1009, Gérard de Gonzague reçut de l'empereur l'investiture de ses terres. De ce Gérard descend, au second degré, Louis ou Aloïse de Gonzague, seigneur de Mantoue et vicaire des États romains, qui sut cimenter à l'intérieur son autorité par la douceur et la justice, et l'affermir au dehors par des alliances et des traités. Bichilde Raimberti, sa femme, lui avait donné trois fils déjà majeurs, qui avaient

contribué à la révolution et qu'il associa au gouvernement. Ceux-ci se liguèrent avec les Vénitiens contre les Scaligers, dont l'attitude devenait menaçante pour la liberté de l'Italie. Deux d'entre eux, Philippin et Guido rencontrèrent sous Borgo-Forte les troupes milanaises de Bernarbo Visconti, marquis de Ferrare, allié des Scaligers, les mirent en déroute et dissipèrent la ligue; mais le marquis de Ferrare ayant déclaré la guerre à Louis de Gonzague , vint à son tour mettre le siège devant Mantoue; Hugolin de Gonzague, petit-fds de Louis, lui opposa les ressources d'un esprit sage et hardi. Pour éloigner de Mantoue le théâtre de l'action , il se porta sur Novarre dont il s'empara , investit Verceil et mit le Milanez à feu et à sang; cette diversion termina la guerre. Louis mourut le 18 janvier 1360, après un règne glorieux, dans sa quatre-vingt-treizième année. En 1354, l'empereur Charles IV avait confirmé pour lui et ses descendants, la souveraineté de Mantoue, de Reggio et de ses autres possessions. Il laissa de Maspina , sa première femme , deux fils , Feltrin , souche de la branche des Gonzague de Novellaza, éteinte, et Guy, son second fils et son successeur, dans la seigneurie de Mantoue. Guy avait trois fils, Hugolin, Louis et François. Irrités de ce que leur père s'était associé Hugolin, l'aîné, les deux derniers, pour régner seuls, l'assassinèrent et régnèrent à sa place. L'empereur Charles IV, étant à Bude, leur accorda des lettres de grâce. Guy mourut vers 1369, avant Beccaria, sa femme; le duché de Mantoue passa à Louis II, marié à OElda, fille d'Obizzo III, d'Esté, marquis de Ferrare. Lassé d'avoir pour collègue , dans le gouvernement, son frère François, ce prince se rendit coupable d'un nouveau fratricide, qu'il chercha vainement à faire oublier par la douceur de son administration, et l'éclat de ses hauts- faits en Palestine.

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Gazala, dans la chronique de Reggio, nous apprend qu'il mourut à Mantoue, au mois d'octobre 1382. Son fils François Ier est une des grandes figures guerrières de sa maison. Deux victoires éclatantes, l'une sur terre et l'autre sur le Pô, remportées sur son cousin Jean Galeas, signalèrent son courage et ses talents. Ses succès , dans la guerre des Carrares et des Vénitiens contribuèrent à mettre ces derniers en possession de Padoue, de Vérone et des autres domaines de cette race illustre. François de Gonzague bâtit plusieurs monastères, termina la construction du château de Mantoue, et mourut le 8 mars 1407. Il avait épousé en premières noces Agnès de Visconti, décapitée en 1391, pour cause d'adultère, et en secondes noces, Marguerite Malatesta, dont il eut Jean- François de Gonzague , marié à Paula Malatesta. Général des troupes de l'Église , pendant la querelle du pape Jean XXIII et de Ladislas, roi de Naples, Jean-François défendit vaillamment Bologne, s'empara des citadelles de Brascia et d'Asola, et revint triomphant à Mantoue. Il y reçut en grande pompe, dans le courant de l'année 1433, l'empereur Sigismond qui le confirma, ainsi que ses descendants, dans les litres et privilèges de prince-souverain-margrave de Mantoue et prince de l'empire romain , et lui permit, ainsi qu'à sa postérité , de cantonner la croix de gueule de la ville de Mantoue qui supportait son écu de quatre aigles de sable, membres et becqués de gueules.

Jean -François, mécontent de la république vénitienne, conclut un traité d'alliance avec le duc de Milan. Il battit en plusieurs rencontres les Florentins, les Vénitiens et les Génois, défendit le cours du Pô, s'empara de Lignagno, Montebello, Brandola , Monlelino, et infesta les environs de Vérone. La paix ayant été conclue par la médiation de Nicolas d'Esté,

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Jean-François jeta les fondements des couvents des Carmélites et des Chartreux. Il fit construire des forts et des palais, établit l'étiquette à sa cour et poussa la magnificence jusqu'à la prodigalité. Il s'éteignit le 23 septembre 1444, et la couronne passa à Louis III , surnommé le Turc, à cause de l'usage qu'il introduisit dans son armée de porter de longues moustaches. Quoique ce seigneur n'ait jamais fait la guerre pour son propre compte, il entretint constamment sur pied un corps de troupes réputées les plus belliqueuses de l'Europe, qu'il vendait à des princes voisins. Cette espèce de trafic dont il lirait des sommes considérables , lui fournissait Jes moyens de faire dans sa seigneurie de grandes et utiles entreprises , sans grever ses peuples. C'est à lui que la ville de Mantoue est redevable d'une partie de ses embellissements. Il mourut à Gaëte, le 12 juin 1478. De son mariage avec Barbe de Hohenzollern de la maison de Brandebourg sortirent , Frédéric, premier du nom qui suit; François, qui fut cardinal en 1441; Jean-François de Gonzague, né en 1443, marié à la fille de Pyrrhus , duc d'Andria , souche de la branche des ducs de Sabionetta et princes Bozzolo; Rodolphe, marié à Catherine, Pic de la Mirandole, dont est issue la branche des Marquis, puis princes de Castiglione, et Sulphérini, existante encore aujourd'hui.

Frédéric de Gonzague, né en 1440, était à Rovéro lorsqu'il apprit la mort de Louis , son père. Il quitta aussitôt cette résidence pour venir à Mantoue prendre les rênes du gouvernement. Le premier usage qu'il fit de son pouvoir fut de secourir Bonne, duchesse de Milan, et, dans le courant du mois de novembre suivant , de chasser les Suisses de la Lombardie. Il obtint plus tard le commandement des troupes des ducs de Ferrare et de Milan , coalisés contre le pape Sixte IV,

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qui, par faiblesse pour Jérôme Riario, son neveu, avait trempé dans la conjuration de Pazzi. Enfin en 1482, il entra dans la ligue du roi de Naples, du duc de Milan et des Florentins, se distingua en plusieurs circonstances et mourut le 14 juillet 1434 , après avoir pris possession d'Asola, qu'Alfonse , duc de Calabre, avait emportée en trois jours. Il laissa de sa femme Marguerite , fille d'Albert le Pieux , duc de Bavière, trois fils et trois filles, dont les plus connus furent Jean-François, qui suit; Sigismond, qui embrassa la carrière ecclésiastique, rendit des services importants à l'Empereur Sigismond et au Pape Jules II , et obtint le chapeau de cardinal, et Claire, mariée à Gilbert de Montpensier, dauphin d'Auvergne.

Jean - François II, né le 10 août 1466, commanda les troupes vénitiennes, lors de l'entrée de Charles VIII en Italie. A la bataille de Fornoue, il fit prisonnier le bâtard de Bourbon. Les Vénitiens, pour récompenser sa valeur, le nommèrent généralissime des forces de leur république ; il devint aussi capitaine-général de l'Empereur en Italie, et généralissime des troupes du duc de Milan. Lors de l'entrée de Louis XII à Milan, en 1499, ce prince, juste appréciateur du mérite, honora Jean-François du collier de Saint-Michel et le choisit pour aller en Sicile délivrer Gaèïe, assiégée par les Espagnols. Il marcha ensuite contre le Génois qu'il contraignit à rentrer dans l'obéissance et rendit des services signalés à Louis XII, en prenant Casalmaggiore et en défiant Bartholoméo d'Alviano. Le Roi de France, qu'il alla trouver à Casciano sur la rive de l'Adda, le reçut avec une haute distinction , mais après la bataille d'Agnadel , s'étant avancé sur le Mincio, ce monarque, dominé par son ressentiment contre Maximilien, oublia que Peschiera appartenait au mar-

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quis de Mantoue et s'empara de cette place qui couvrait d'une part ses conquêtes, et lui ouvrait de l'autre un passage sur les terres impériales. Plus offensé de l'ingratitude du Roi que de la perte de Peschiera , Jean-François refusa tous les dédommagements qui lui furent offerts. Il prit le commandement des troupes de Maximilien et alla camper dans l'île de la Scala. Il y commit la faute de diviser ses quartiers, et, surpris pendant la nuit , son armée fut mise en déroute , et lui-même fait prisonnier. L'intercession du Pape Jules II le rendit à la liberté. Ce Pontife 1 éleva même peu de temps après à la dignité de gonfalonnier de l'église ; mais les fatigues de la guerre avaient altéré sa santé. Le 29 mars 1519, il mourut à Milan des suites d'une fièvre lente. 11 avait épousé, en 1490, Elisabeth d'Est, fille du duc de Ferrare, décédé en 1539 , dont il eut Frédéric II qui suit, premier duc de Mantoue; Hercule Cardinal, Ferdinand, duc de Malfelte, prince d'Ariano et de Guastalla, Vice-Roi de Sicile, chevalier de la Toison-d'Or, gouverneur de Milan , marié à Isabelle de Capoue , et tige de la branche des princes de Guastalla.

Frédéric de Gonzague entra, en 1526, dans la coalition formée entre François Ier et les princes d'Italie contre l'Empereur Charles V, pour la délivrance du Pape Clément VII, mais plus tard , s étant rendu à Pologne, il reçut du monarque espagnol un accueil si empressé , qu'il n'hésita pas à signer la ligue que ce dernier venait de conclure avec les ducs de Savoie, de Milan et la république de Venise. Charles-Quint récompensa les services que Gonzague lui avait rendus à la bataille de Pavie, en le nommant capitaine -général de l'Italie. En 1530, il alla le visiter dans sa ville, où il fut reçu avec une magnificence extraordinaire; le 8 avril de la même année , il érigea , en sa faveur , le margraviat de Mantoue en

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duché souverain, et lui octroya l'investiture du marquisat de Montferrat , auquel il lui donnait droit depuis la mort du marquis Paléologue, décédé sans enfants de son mariage avec Marguerite, fille de Guillaume Paléologue, et nièce de Jean Paléologue. Frédéric mourut le 28 juin 1540, et sa veuve en 1565. Il laissa:

1° François de Gonzague, troisième du nom, duc de Mantoue et de Montferrat, marié à Catherine d'Autriche, fille de l'Empereur Ferdinand, dont il n'eut point d'enfants;

2° Guillaume de Gonzague, dont nous allons parler;

3° Louis de Gonzague , duc de Nevers et du Rhelelois ;

4° Frédéric Cardinal.

Guillaume de Gonzague, né le 14 avril 1526, succéda à son frère sous la tutelle de sa mère et du Cardinal Hercule , son oncle. La fermeté de son caractère commença à se déployer dans la répression des troubles suscités par les habitants de Cazal , sous prétexte que leur ville n'avait rien de commun avec le reste de la province du Montferrat. Guillaume y rétablit l'ordre et en confia le commandement à Vespasien de Gonzague, son neveu. En 1574, il reçut avec de grands honneurs le Roi Henri III , qui , fuyant la couronne de Pologne , traversait l'Italie pour aller recueillir en France la succession sanglante de son frère Charles IX. La même année, il fit. ériger par l'Empereur le Montferrat en duché. La mort le surprit à Bozzoli, le 13 août 1587. C'était, disent les chroniqueurs italiens, un bon militaire et un homme d'État distingué. Il laissa dans sa caisse d'épargne 1,200,000 écus. De son mariage avec Éléonore d'Autriche , fille puînée de l'Empereur Ferdinand Ier, naquirent Vincent de Gonzague, Anne-Catherine, mariée à Ferdinand d'Autriche, archiduc d'Inspruck, et Marguerite, mariée à Alphonse d'Esté II, duc de Ferrare.

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Vincent de Gonzague, premier du nom, duc de Mantoue et de Montferrat, hérita des grandes qualités de son père. Il dut à sa justice , à sa magnificence , à sa piété et à son amour pour les sciences, uue réputation éclatante. Ce fut lui qui institua, en 1608, l'ordre des chevaliers du Rédempteur, dit du Précieux Sang, en l'honneur des trois gouttes de sang de Jésus -Christ, trouvées dans cette ville, sous le pontificat du Pape Léon XI, en avril 1605. Il choisit le jour de la Pentecôte pour la cérémonie de l'institution de cet ordre. L'église et la |j|| cour y déployèrent toutes leurs pompes. Le duc, en grand |||| costume, alla prendre, dans la chapelle de son palais, l'habit et le collier du nouvel ordre , des mains du cardinal Ferdinand de Gonzague , son fils ; il se rendit ensuite processionnellement à l'église de Saint- André, où se trouvaient les seigneurs désignés pour recevoir cette précieuse distinction. Quoiqu'il eût obtenu du saint Père la permission de créer vingt chevaliers , le duc se contenta, dit Desmondi , dans cette première promotion, d'en nommer quatorze, au nombre desquels figurait François de Gonzague, son fils aîné.

Marguerite de Farnèse, sa première femme, étant demeurée stérile , Vincent de Gonzague s'en sépara et épousa Éléonore de Médicis, fille du grand-duc.de Florence, sœur aînée de Marie Médicis, Reine de France, dont il eut trois fils qui lui succédèrent l'un après l'autre, et deux filles, Marguerite, femme de Henri, duc de Lorraine, et Éléonore, mariée à l'Empereur Ferdinand II, et couronnée Reine de Bohême.

François, troisième du nom, ne survécut que dix mois au duc Vincent, son père. Il mourut le 22 décembre 1612, laissant de Marguerite, fille de Charles Emmanuel, duc de Savoie, une fille, mariée à Charles II de Gonzague, duc de Réthelort.

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Ferdinand était né le 24 mai 1587. Créé cardinal en 1605, il alla, avant d'être duc de Mantoue, rendre visite, en France, h Marie de Médicis, et montra, pendant son séjour, un grand zèle pour les Jésuites. Il les défendit contre l'avocat général Servin, qui voulait les faire expulser, écrivit contre lui un mémoire, et l'apostropha en présence même de la Reine, le traitant d'hérétique, ennemi du Roi et de la Régente. L'avocat général lui répliquant que sa charge l'obligeait de veiller sur ce qui concernait les intérêts du Roi, son maître, et le bien de l'État, Gonzague repartit, que le meilleur service que pût rendre Servin, était de ne jamais s'écarter de la foi catholique et de ne point brouiller le Pape avec le Roi , qu'on ne pouvait être bon serviteur du Roi et ennemi de l'Église.

La mort du duc François, qui agita toute l'Europe, arriva sur ces entrefaites. Les droits de Ferdinand à la succession du duché de Mantoue étaient évidents , mais le Montferrat n'étant pas un fief masculin , devait appartenir à la jeune princesse de Mantoue. Le duc de Savoie , Charles-Emmanuel , ne fut pas plutôt instruit de la mort du duc François, qu'il dépêcha vers sa fille deux de ses confidents, moins pour la consoler que pour la diriger au milieu de ces circonstances difficiles. Pour empêcher le cardinal de Gonzague d'entrer en possession des États du duc, son frère, on conseilla d'abord à cette princesse de simuler une grossesse. Marguerite, extrêmement attachée aux intérêts de sa maison et religieusement soumise à l'autorité paternelle, consentit à tout. Rientôt, sous le prétexte de rendre visite à une sœur affligée, Victor- Amédée, auquel le duc de Savoie avait secrètement donné l'ordre de la conduire dans le Montferrat, se rendit lui-même à Mantoue. «Il n'est pas à propos, disait Victor Amédée de Mantoue, <r qu'une veuve désolée demeure dans un endroit où elle trouve

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«sans cesse des objets capables de renouveler sa douleur. La « bienséance ne permet pas non plus qu'elle réside auprès de «M. le cardinal, son beau-frère, qui n'est pas beaucoup plus « âgé qu'elle. Il doit le souhaiter même pour sa propre répu- « tation. Ma sœur, ajouta -t- il, doit aussi emmener la jeune «princesse; elle ne peut être en de meilleures mains. »

Ferdinand comprit sans peine que le but des Savoyards était de s assurer du Montferrat. «Serait-il raisonnable, re- «pliqua-t-il, de laisser partir une princesse, qui doitpeut- « être nous donner bientôt un héritier capable de faire le bon- «heur de ce pays? Les princes de la maison de Gonzague « naissent ordinairement où ils doivent commander. Et n'est-il « pas plus à propos que ma nièce soit élevée dans un pays dont «nous tâcherons de la rendre un jour la souveraine, en la « mariant à l'héritier de la maison de Manloue. Si la vue du « palais de feu mon frère fait trop de peine à sa veuve , nous «avons d'autres maisons où elle peut se retirer en toute « liberté. »

Irrité de l'inutilité de cette démarche, Victor- Amédée se rendit auprès du duc de Milan, pour l'engager à réclamer sa sœur, au nom du Roi d'Espagne. D'abord surpris de la demande, le cardinal se remit bientôt, et répondit, que, comme nièce de l'Empereur et de la Reine de France , il n'en pouvait disposer sans le consentement de Leurs Majestés. Vaincu dans la voie des négociations, le duc de Savoie eut recours aux armes. Il rassembla ses troupes le plus secrètement possible, et le 22 avril 1613, il partit de Verceil, pour entrer à main armée dans le Montferrat. Ses succès furent rapides et brillants. En peu de jours, il se rendit maître de toute la province, à l'exception de Gazai, que la présence de Charles de Gonzague protégea et sauva. Au bruit de la marche

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du Savoyard, l'Italie tout entière se réveilla. Venise lui représenta qu'il allait exciter une guerre dont il serait la première victime. « Il y a des conquêtes , disaient ces prudents séna- « teurs, qui ne méritent pas d'être achetées au prix du repos « et de la tranquillité. Pensez à votre gloire et à vos intérêts. «La France, l'Espagne prendront parti; et il en faudra pas- « ser par ce qu'elles ordonneront. »

Au lieu d'écouter ces sages remorilrances, le duc de Savoie fit offrir ses lettres de congé à l'ambassadeur de Venise ; toutefois il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'était embarqué dans une affaire dont il ne se tirerait pas facilement. Ses intrigues n'eurent pour résultat que de bouleverser l'Italie, sans le rapprocher du but qu'il convoitait; enfin les traités de Madrid et de Pavie, en 1617, mirent un terme à une guerre qui durait depuis trop longtemps.

Ferdinand , qui avait renvoyé le chapeau de cardinal , prit tranquillement possession de son duché. Il fit casser le mariage secret qu'il avait contracté avec Réticine, et épousa Catherine de Médicis, fille de Ferdinand Ier, grand- duc de Toscane. Le 29 octobre 1727, il s'éteignit sans postérité. Ce prince honorait les lettres et aimait les poètes. Voulant donner à la mémoire du plus charmant d'entre eux, un témoignage de son admiration, il fit construire dans le village d'Andes, où Virgile était né, une jolie maison de plaisance, qu'il surnomma la Viryiliane.

Il eut pour successeur son frère, Vincent II, marié à Isabelle, mère du prince Bozzolo, prince d'une constitution trop frêle et d'une santé trop délabrée, pour lui survivre longtemps. Vincent, n'ayant point d'enfants, son héritage passait, à sa mort; à Charles de Gonzague, duc de Nevers, fils de Louis de Gonzague et petit-fils de Frédéric II, duc de Mantoue. On

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ne pouvait contester les droits de ce seigneur à la succession du duché ; mais il était à craindre que le Montferrat ne lui fût contesté par l'Empereur et le Roi d'Espagne , en faveur de la jeune princesse Marie, nièce de Vincent II. Le duc de Nevers n'avait qu'un seul moyen de prévenir cette opposition : c'était de marier son fils aîné, le duc de Réthel , à la princesse héritière du Montferrat, et de s'assurer la protection de la France contre la maison d'Autriche et le duc de Savoie. Malgré toutes les difficultés d'une pareille négociation, le duc de Nevers la termina à son honneur. Gagné par Saint-Chaumont, ambassadeur de France , Strigio , premier ministre de Vincent II, obtint de son maître, en dépit de toutes les protestations du duc de Savoie , un assentiment formel au mariage de sa nièce avec le duc de Réthel, et un acte solennel par lequel ce dernier était déclaré héritier légitime. La dispense du Pape étant arrivée sur ces entrefaites, la jeune princesse Marie fut tirée du couvent, où son oncle la faisait élever, et le 24 décembre 1627, dans la nuit, on célébra leur union, tandis que Vincent rendait le dernier soupir.

Le premier soin du duc de Réthel fut de proclamer son père, le duc de Nevers, régent de Mantoue ; lui-même prit le titre de prince de Mantoue, et l'administration des affaires, avec le titre de lieutenant-général.

Charles de Gonzague reçut cette nouvelle à Charleville. Aussitôt il engagea ses terres pour se procurer de l'argent, et ayant écrit au Roi de France, afin de se ménager sa protection, il partit pour Mantoue, où il arriva vers la fin de janvier 1628. C'était, au dire des historiens, un des plus grands hommes de son temps, aussi distingué par ses connaissances militaires que par ses talents diplomatiques, aussi capable de commander une armée que de diriger une négo-

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dation, ce qu'il avait prouvé en plusieurs occasions, notamment lors de sa fameuse ambassade à Rome.

Le Roi d'Espagne et le duc de Savoie, ayant fait engager l'Empereur Ferdinand II à lui refuser l'investiture du duché, sous prétexte de le tenir en séquestre pour le rendre à ceux à qui il appartiendrait, Louis XIII prit hautement la défense du duc de Mantoue. Il força le pas de Suze en 1629 et fit lever le siège de Cazal. L'année suivante , Collato , général de l'Empereur Ferdinand , investit Mantoue. La ville était gardée par le duc en personne et par le maréchal d Estrée. Malgré la peste qui décimait les habitants et emportait plus de deux cent cinquante personnes par jour, ils résolurent de la défendre et la défendirent en elfet avec un admirable courage, jusqu'à ce que les Impériaux ayant surpris Mantoue du côté du bourg et du pont Saint-Georges par une tranchée ouverte sur la rive du Lac, la résistance fut devenue impossible; la garnison réduite àmille hommes, capitula. Charles de Gonzague et le maréchal se retirèrent dans les États ecclésiastiques et y attendirent la signature du traité de Ralisbonne. Cette transaction, conclue entre les ministres de l'Empereur et ceux du Roi de France , rendit à Charles de Gonzague l'investiture du Mantouan et du Monlferrat.

La môme année le duc de Mantoue eut la douleur de voir s'éteindre, dans la force de l'âge, Charles II, duc de Rethel, et Ferdinand , duc de Mayenne. Il ne survécut que peu d'années à celte perte cruelle. Le 21 septembre 1637, il mourut à Mantoue, et fut enterré dans l'hermitage des pères réformés de Saint-François , situé aux portes mêmes de la ville. Charles de Gonzague s'était signalé par des fondations importantes. Il avait fait bâtir Charleville en Champagne , et avait agrandi les dépendances de son duché de Mantoue de la prin-

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cipauté de Corrégio qu'il avait conquise, en 1635 , sur les Siro, et dont il avait reçu de l'Empereur l'investiture. Il laissa de sa femme , Marie de Gonzague , Charles , troisième du nom , et Éléonore, troisième femme de l'Empereur Ferdinand III. Charles III succéda à Charles Ier, son aïeul, à l'âge de huit ans, sous la tutelle de sa mère. A la mort de l'Empereur Ferdinand III, il se porta prétendant au vicariat -général pendant l'interrègne, mais il fut vaincu dans la diète par son concurrent, le duc de Savoie. Il s'attacha d'abord au parti de la France, puis le quitta pour embrasser celui de l'Espagne ; mais les Français, commandés par le duc de Modène, étant venus prendre leurs quartiers d'hiver dans le Mantouan, l'obligèrent à renoncer à cette alliance. Après avoir vendu tous les biens qu'il possédait en France , au cardinal Mazarin , il mourut le 14 août 1665. De son mariage avec Isabelle d'Autriche, était né le 31 août 1652, Ferdinand-Charles IV. «La « guerre de la succession d'Espagne , dit un prince de sa maice son , où il n'avait aucun intérêt à démêler, l'entraîna dans « l'abîme. La politique exigeait qu'il restât tranquille specta- « teur de cette grande querelle, dont il prévoyait qu'il serait « la victime ; enfin déterminé par les menaces de Louis XIV, « il lui vendit Cazal. C'était lui donner la clef pour fermer ou « ouvrir les barrières d'Italie. Tant que l'armée française fut « triomphante , Charles eut à se féliciter de cette alliance ; « après la bataille de Turin, qui enleva la moitié de l'Italie à « Louis XIV, les États de Mantoue furent envahis par le vaince queur. Charles, souverain sans États, sans sujets, fut cherce cher un asile en France , où Louis XIV le consola par des « promesses , qu'une continuité de malheurs l'empêcha de « réaliser. L'Empereur, irrité de ce qu'un prince, son parent, « se fût déclaré son ennemi, le mit au ban de l'Empire,

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« et le condamna sans daigner l'entendre ; mais comme au- « cune des formalités prescrites par la loi ne fut observée, « cette infraction donna lieu à une juste réclamation. Charles, « dépouillé de ses États, erra dans différentes villes de l'Ita- « lie , où il traîna les restes de sa grandeur expirante. Ce prince « opprimé, sans avoir mérité de l'être, fit ses observations à « la diète de Ratisbonne , où il établit ses droits par des rai- « sons victorieuses. Il ne tint point le langage d'un suppliant : i Son éloquence fière avec noblesse , est celle d'un souverain « qui vient invoquer la justice dans une assemblée de Rois « ses égaux. Il réclama l'assistance des électeurs et des autres « princes germains , intéressés comme lui à restreindre le « pouvoir arbitraire du chef de l'Empire. Mais Joseph pouvait- « il être arrêté par des Princes qu'il avait rendus les artisans e de sa grandeur ? Après avoir dicté des lois à Louis XIV, ne « pouvaient-ils pas le regarder comme l'arbitre des destinées « de l'Europe? Tous les membres de la diète furent muets, et «le faible fut opprimé...»

Charles III avait été uni par les liens d'une étroite intimité avec le comte Torelli, des comtes de Montechiarugolo , ainsi que lui malheureux et dépouillé. En apprenant la fin tragique de son ami, empoisonné à Paris en 1707 , le duc s'écria : « Je ne lui survivrai pas longtemps, et peut-être me ferontils périr comme lui ! » La prédiction s'accomplit l'année suivante. Il mourut à Padoue, empoisonné, suivant les bruits qui coururent alors, par une dame qu'il aimait; il ne laissa point d'enfants de ses deux femmes, Isabelle de Gonzague et Henriette, fille de Charles III, duc de Lorraine. La succession fut contestée par les ducs de Guastale et de Lorraine et par le duc de Savoie, qui fit revivre ses prétentions sur le Montferrat. Mais l'Empereur Joseph Ier les mit d'accord en

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prenant possession du Mantouan , où il installa un gouverneur, et en donnant au duc de Savoie l'investiture du Montferrat.

Ainsi finit la dynastie des ducs de Mantoue , qui régnait depuis l'an 1328 et aurait dû intéresser presque tous les souverains de l'Europe, auxquels elle avait donné des mères. En moins d'un demi-siècle on vit disparaître les descendants nombreux de cette illustre maison. La branche des ducs de Sabionetta et des princes Bozzolo s'éteignit en 1703; celle des comtes de Novellaza en 1728; il ne reste que celle des marquis de Castiglione dont est descendu le prince Alexandre de Gonzaga, actuellement existant.

Alexandre de Gonzaga, chevalier de l'ordre de la Rédemption, prince de l'Empire, prince de Castiglione, duc de Solferino et marquis de Médole , fils de Louis de Gonzaga et d'Euphrosine - Madelaine , princesse d'Esterhazy, naquit à Dresde, le 12 novembre 1799. Il était à peine âgé de treize ans, lorsque jaloux de la gloire que ses frères, Matteo Luigi et Maximilien , s'étaient acquis au service de Napoléon , il vint demander à servir dans l'armée française. A la bataille de Berry, près Craon, sous les yeux de l'Empereur, il se signala par des prodiges de valeur, et fit prisonnier de guerre , le prince Gagarin, seigneur russe. Bonaparte, admirant ce jeune courage, lui demanda ce qu'il préférait de la croix de la Légion d'Honneur ou du grade de capitaine de cavalerie. «Sire, répondit vivement le prince, la croix! Je n'ai que quinze ans, et puis avoir de l'avancement en temps de paix , mais en temps de paix, je n'aurai pas de décoration! »

En 1816, Alexandre Gonzaga entra au service de Russie, et la manière dont il se distingua au siège de Braila , lui valut l'ordre de Sainte -Anne. Ami sincère et dévoué de Don

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Carlos, il le servit utilement en Espagne, où il parvint au grade de général. Il a épousé le 22 février 1841, Maria-Élisa, fille du colonel anglais Coke, et veuve de Don Juan d'Escudero , diplomate espagnol.

La maison de Gonzague qui a fourni tant de capitaines célèbres, d'hommes d'État distingués, et un saint dans la personne de Louis de Gonzague, fils de Ferdinand, prince du Saint-Empire et parent au troisième degré de Vincent Ier, duc de Mantoue , s'est montrée également féconde en femmes remarquables. Nous citerons particulièrement Cécile qui, après avoir brillé par son esprit dans le monde , au quinzième siècle, édifia par ses vertus le cloître où elle finit ses jours; — Éléonore Hippolyte, duchesse d'Urbin, modèle de chasteté et de charité, morte en 1570; — Hippolyte, duchesse de Mondragon , célébrée par tous les poètes de son temps , et que Bernard Tasso, dans son poëme d'Amadis, appelle La bella Gonzaga. — Ippolila d'Onor non d'Altro Yaga ; — Lucrèce qui, dans ses lettres, publiées en 1651, nous a laissé un monument de ses malheurs , de son courage et de sa piété; — Julie de Gonzague , un des ornements du dixième siècle; — enfin Marie-Louise, reine de Pologne, qui, au milieu des factions dont son royaume était rempli, soutint, par sa fermeté, Casimir V, son époux, et parvint, par son adresse, à rétablir la tranquillité dans ses États.

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vlniGiNAUiE d'Aragon, la maison de Gramont descend des Agramontes, qui tiraient leur nom des domaines qu'ils possédaient sur les bords de la rivière Agramonte ou Egra , et prenaient rang parmi les douze grands barons de ce royaume, dits Ricos hombres de Natara. Elle eut pour berceau le château d'Agramont, situé sur les frontières de l'Aragon et de la Catalogne , aux pieds des Pyrénées. Mêlée aux troubles et aux divisions intestines, cette famille se sépara en deux branches distinctes. L'aînée passa en Navarre, on elle avait acquis des biens considérables; la cadette occupa encore quelque temps le château d'Agramont; mais en butte aux persécutions, elle ne tarda pas à s'éteindre.

Les chefs de la maison de Gramont jouirent d'une grande autorité en Navarre; ils y possédèrent héréditairement les châteaux de Gramont, de Guiche, de Came, d'Aster, et la principauté de Bidache ou Barnache, à titre de souveraineté indépendante. Cette souveraineté, établie dans le temps où les vicomtes d'Acqs et de Béarri, et les ducs de Guyenne

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prirent et reprirent, les uns sur les autres, les pays de Mixe, d'Ostabat et la portion du territoire, située entre le Gave d'Oleron et la Bidouse, ne fut jamais interrompue jusqu'à la révolution de 1789. Elle est constatée par plusieurs actes officiels, entre autres par une lettre de Louis XIV, lors de l'envoi du maréchal de Gramont en Espagne, en qualité d'ambassadeur extraordinaire.

Les princes de Bidache exerçaient tous les droits de la souveraineté; celui de faire battre monnaie à leurs armes, justice indépendante de celle du Boi ; sauvegarde et asile en faveur des individus qui s'y réfugiaient; levée d'un impôt annuel pour les besoins d'utilité publique, et d'un régiment de milice , dont les officiers étaient brevetés par les Seigneurs de Gramont.

La révolution de 1789 a anéanti tous les titres originaux de la noblesse française, détruit leurs archives et brûlé leurs châteaux. La maison de Gramont a subi la loi commune. Ses titres, ses parchemins, ses papiers de famille, remontant aux temps les plus reculés et conservés dans la bibliothèque de Bidache, sont, en grande partie, devenus la proie des flammes. Pour réparer autant que possible cette perte irréparable, il a fallu recourir aux renseignements contenus dans les différents ouvrages où il est fait mention de cette maison, et ces recherches ont fourni des documents authentiques sur ses principaux membres, depuis le neuvième jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle son histoire commence à faire corps avec celle de France.

Arnaud de Gramont, vivant en 865, est le plus ancien seigneur de ce nom, qu'on trouve cité dans les chroniques de Navarre. Diego Ramires de Piscina , dans son histoire manuscrite , rapporte qu'il fut élu le premier parmi les douze

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ricombres (ricos hombres), entre les mains desquels les États de Navarre remirent, à la mort violente de Sanche-Garcia Ier, l'administration du royaume, en attendant qu'ils eussent procédé à l'élection d'un nouveau Roi.

A Arnaud succéda Bergon de Gramont, qui transmit son héritage à son fils aîné , Garcie-Bergon , l'un des pairs de la cour de Gaston IV, vicomte de Béarn , lequel , autant qu'on peut l'inférer de plusieurs actes du Cartulaire du monastère de Sordes, vivait encore en 1100. Raimond Brun, son frère, se rendit célèbre par la guerre qu'il soutint en 1168, en faveur du duc d'Angoulême et du vicomte de Limoges, contre Richard, comte de Poitiers et duc de Guyenne, fils de Henri II, roi d'Angleterre; viennent ensuite Raimond Brun de Gramont, marié à Agnès, Arnaud de Gramont, Alferes ou porte-étendart du royaume, charge considérable à cette époque, qui fut remplacée plus tard par celle de connétable ; et Arnaud Vivian II de Gramont, vers 1200.

Vivian II joua un rôle considérable sous le règne de Sanche VII dit le Fort. Le traité qu'il conclut avec ce prince au mois de décembre 1203 en fournit la preuve. Dans ce traité, signé en présence de vingt-sept gentilshommes et d'un grand nombre de personnages éminents, il prête serment de fidélité au Roi Sanche-le-Fort , pour lui et ses descendants, et le Roi s'engage, de son côté, à lui donner protection et appui en toute occasion.

Arnaud Guilhem Ier, son successeur, se distingua dans les guerres suscitées par les Gascons vers le milieu du treizième siècle, afin de secouer le joug anglais; il conclut une ligue offensive et défensive avec Gaston VII, vicomte de Béarn, le vendredi avant la Pentecôte 1253, et l'assista dans toutes ses expéditions. Si les historiens anglais l'ont traité sévèrement,

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JUj 356 ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE. ^

il ne faut point s'en étonner, puisqu'aucun de leurs ennemis J^j ne les incommoda davantage. Arnaud Guilhem fut fait pri sonnier par Simon de Montfort, comte de Leycester, lieulc- j^| nant -général du Roi d'Angleterre, et détenu au château de la ville de la Réole; mais la paix ayant été conclue, il fut rendu à la liberté sous la caution de Gaston et rentra en possession de son château , tombé pendant la guerre au pouvoir de l'ennemi.

En 1266, il rendit hommage à Thibaud- le -Jeune, Roi de Navarre, qui le créa ricombre du royaume et le fit inscrire ||i sur l'état pour dix cavaleries, dont le revenu fut assigné sur :lp| le péage et les droits royaux du bourg de Ronceveaux et de Hescoa. Les annales de Navarre comprennent parmi les principaux seigneurs qui accompagnèrent Thibaud en Palestine , los Senôres de Agramonles.

A Arnaud Guilhem Ier du nom succéda Arnaud Guilhem II, qui jouit durant toute sa vie de la dignité de ricombre. Il est parlé de ce Seigneur dans deux actes datés de 1290 et 1303. Une lettre-patente écrite au Roi Philippe-le-Rel et à la Reine Jeanne par les États de Navarre, et scellée de son sceau, existe au trésor des Chartes du Roi à Paris.

Arnaud Guilhem III , fils aîné de Raimond Brun , est le ipi premier Seigneur de son nom qu'on trouve revêtu du titre §||j de prince souverain de Bidache et Barnache, bien que celle dignité existât incontestablement longtemps avant lui dans sa famille.

En 1328, Arnaud Guilhem assista, dans la ville de Pampelune, au second couronnement de Philippe d'Évreux et de Jeanne, fille de Louis-le-Hutin, et fut un des grands du royaume de Navarre , entre les mains desquels les deux époux M prêtèrent serment. Durant les querelles dont la possession m

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de la Guyenne et de la Normandie, devint le mobile, entre Philippe de Valois et Edouard III , Roi d'Angleterre , il s'attacha au parti du Roi de France, le servit fort utilement et en fut récompensé par les charges les plus honorables.

Arnaud Guilhem III avait épousé Miramonde d'Aspremont, de la maison d'Orte, l'une des plus anciennes de Gascogne, qui lui donna une nombreuse postérité. Robert, l'aîné de ses fils, fut tué en trahison, pendant une trêve, avec trois de ses gentilshommes par le Seigneur d'Albret, tenant le parti du Roi d'Angleterre. Rrunet , appelé à succéder à ce dernier , céda pour une raison inconnue ses droits à Arnaud Raimond , son frère cadet, lequel épousa Marie de Gabaston, dont il eut Arnaud Raimond de Gramont. L'Histoire de Navarre, d'Ochogaray, imprimée à Anvers en 1572, fait mention d'un combat accordé par le Roi de Navarre à Arnaud Raimont de Gramont contre le Seigneur d'Asyain , qu'il avait traité de conspirateur et de traître; mais il paraît que les assistants, ayant séparé les deux champions, les forcèrent à s'en remettre à la décision du Roi Charles II , qui fit renfermer le Seigneur de Gramont à Saint- Jean -Pied -de -Port, et le Seigneur d'Asyain à Tafalla. Cette anecdote est racontée dans l'ouvrage de Garibay, et avec plus de détails dans celui du père Aleson.

Jean Ier de Gramont était fils unique d'Arnaud Raimond II et d'Anne de Came. Charles III, dit le Noble, l'éleva au rang de chambellan et le choisit pour tuteur de son petit-fils le prince Charles de Viane. Il prêta en cette qualité aux trois États de Navarre le serment de successeur présomptif de la couronne, au nom du jeune prince, et reçut celui des États; servit Don Juan d'Arragon, dans ses guerres avec le Roi de de Castille; fut chargé par ce prince à son avènement de

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l'ambassade de Rome, et mourut en 1430, laissant de sa femme Marie de Montant, fille de Raimond de Montant, Seigneur de Mussidan , Blaignac cl Blaye , François de Gramont encore en bas âge.

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|||j La maison de Gramont avait, à cette époque, atteint son |j| plus haut degré de richesse et d'influence. Suivant un acte |p d'hommage, rendu en 1439 à Jean, comte de Huntingdon, |j| lieutenant-général du Roi d'Angleterre , François de Gramont possédait en Guyenne la ville et forteresse de Blaye avec toutes ses dépendances , Mussidan et Aubeterre en Périgord , Repaire-Brune, Saint-Chartier, Saint-Privas, Saint-Lados en Bazadois, Saint-Béat et Saint-Louis au diocèse de Périgueux, le petit Monlignac, Gallot, la terre de Blaignac, etc.

En 1442, le Roi de France, Charles VII, ayant entrepris la conquête de cette province , sentit l'importance d'attirer à son parti le seigneur de Gramont. Le comte de Foix et les seigneurs de Navailles et de Viela , furent chargés de négocier un arrangement avec lui. Le traité conclu à la suite de ces conférences, à des conditions fort avantageuses pour la maison de Gramont , si elles eussent été fidèlement remplies jjp| parla couronne, contribua puissamment à la conquête de ||p il cette province par les Français.

François de Gramont était conseiller et chambellan de Il Charles Vil, lorsqu'éclata en Navarre la guerre civile entre Don Juan d'Aragon et son fils, Don Carlos de Viane. L'héritage de ce royaume appartenait incontestablement à ce dernier du chef de sa mère Blanche , morte en 1441 ; mais Don Juan d'Aragon, ayant contracté un second mariage arec Jeanne Henriquez, du sang royal de Castille, l'envoya en Navarre pour y partager avec son fils l'administration du gouvernement. Don Carlos refusa de céder une partie du

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pouvoir dont il était possesseur légitime , et pour maintenir l'intégrité de ses droits, il en appela au glaive. Liée à Don Juan d'Aragon par la reconnaissance , la famille de Gramont embrassa son parti, tandis que celle de Baumont, sa rivale, adoptait celle de Don Carlos. Les deux armées se rencontrèrent près de la ville d'Aybar. Inférieures en nombre, mais supérieures en discipline, les forces royales remportèrent une victoire complète et le parti du prince de Viane fut anéanti.

François Ier de Gramont ne laissa que des filles de sa femme lsabeau de Montferrant. L'aînée, Isabelle, épousa Bernard de Béarn, seigneur de Garderest et de Haget Aubin, sénéchal de Béarn. De ce mariage naquit Lénore de Béarn qui s'unit à Boger de Gramont, descendant de Bernard de Gramont, second fils d'Arnaud Baimond, seigneur de Gramont, et de Marie Gabaston , consolidant ainsi la ligne masculine des seigneurs de Gramont qui menaçaient de s'éteindre.

Bernard dit Berdot ou Verdot de Gramont, fondateur de la branche cadette, était fils d'Arnaud Baimond Ier. Il épousa Garsies,dame d'Aume et d'Othaily, dont il eut Gastian ou Gratien, ricombre de Navarre et maître d hôtel - major de Charles, prince de Vianes, et favori de Don Juan II et de la Beine Blanche.

Gastian se maria en premières noces avec Marguerite de Navarre et en secondes noces avec Anglèse de Navarre , tante de ladite Marguerite et issue comme elle du sang royal de Navarre. De sa troisième union avec Catherine, dame de Castelpugeon en Béarn, naquirent Boger de Gramont qui suit, quatre filles et un fils bâtard nommé Fortaner, Seigneur de Came.

Boger de Gramont fut une des illustrations de sa race. Il

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assista si puissamment Don Juan d'Aragon et la princesse §j| Éléonore, sa fille, François Phébuset la Reine Catherine, sa ^ sœur, durant les guerres qu'ils eurent à soutenir contre le |K comte de Lexin et le reste de la faction Baumontoise , que le ma parti des Rois de Navarre prit le nom de parti Gramontois. lp Plus tard, lorsque le Roi Ferdinand s'empara du royaume de \WÊ Navarre , par une usurpation manifeste , Roger de Gramont WÊ aima mieux perdre tous ses biens dans la Haute -Navarre et souffrir que ses châteaux et ses forteresses fussent rasés, m que de reconnaître l'autorité du tyran. ~&

Louis XI et Charles VIII l'employèrent aux plus grandes affaires, soit comme chambellan, soit comme grand-sénéchal de Guyenne et maire de Bayonne , fonction qui semble héréditaire dans la maison de Gramont; Louis XII, à son tour, le chargea de le représenter auprès du Saint-Siège.

Aux qualités du guerrier et du négociateur, Roger de Gramont joignait une piété profonde, une bienveillance inépuisable , une charité universelle ; il favorisait les établissements religieux, pensionnait les serviteurs et mariait à ses dépens les filles nécessiteuses de ses domaines. Ce fut lui qui fonda les six prébendes de l'église Saint-Jacques de Bidache, où fut érigée peu de temps après l'église collégiale composée d'un doyen et de six chanoines.

Il avait épousé Éléonore de Béarn , fille unique et héritière de Bernard de Béarn et d'Isabeau de Gramont, dont il eut cinq filles et dix fils. Les plus connus sont François II , mort pendant les guerres de Naples, Charles III, archevêque de Bordeaux et gouverneur de Guyenne, et Gabriel, son émule dans la carrière de l'épiscopat.

Destiné de bonne heure au ministère eccléciastique , Gabriel de Gramont y apporta les dispositions d'un apôtre et les j||

lumières d'un Père. Tour à tour évêque de Conservans , de Tarbes et de Poitiers , puis cardinal - évêque de Toulouse , il s'attira l'estime et l'amitié de François Ier. Ses ambassades à Rome , en Angleterre et en Espagne sont célèbres à cause de leurs résultats politiques. C'est à l'instigation du cardinal de Toulouse que furent signé le fameux traité de Madrid, qui rendit le Roi de France à la liberté, et conclue l'alliance avec l'Angleterre , si nécessaire aux intérêts des deux pays.

Jean II de Gramont était fils de François II et de Catherine d'Andouins. Il suivit en 1521 André de Foix de Lesparre en Navarre et se trouva à la fameuse bataille de Novaïm , près de j^v| Pampelune, où ce seigneur perdit la vue et la réputation ; il W assista en 1 525 au combat de Saint-Jean-de-Luz , secourut heu- '|^ reusement Bayonne, assiégée par l'armée de Charles-Quint, ||S| sous les ordres du connétable de Castille et du prince !||| d'Orange, soutint vingt jours le siège de son propre château |a| de Bidache contre des forces triples, et mourut à Naples, !|g| le 15 septembre 1524.

François de Gramont n'eut point d'enfants de sa femme Françoise de Polignac. Comme il était le seul fils de François II, son héritage passa à Claire, sa sœur, mariée par contrat du 23 novembre 1525 à Menaud d'Aure, vicomte \WÊ d'Aster, à la condition que ce dernier adopterait le nom et les [||| armes de Gramont. La maison de Gramont descend donc de |œ la maison d'Aure, issue elle-même d'Eudes-le-Grand, duc 11 d'Aquitaine et de Gascogne, du sang roval de France. '\m,

Menaud d'Aure prit une part active à toutes les guerres ||| d'Italie. Il mourut le 5 juin 1534 et fut enterré aux Jacobins de Bagnères , fondés par ses prédécesseurs , et où son épitaphe se voit encore.

Il eut pour héritier Antoine de Gramont, premier du nom,

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par substitution au nom d'Aure, prince souverain de Bidache ou Barnache , seigneur d'Aster, de Toulongeon , de Sainl-Chéron, etc. Ce seigneur accompagna le Roi à la prise de Calais et à la conquête du Boulonnais; en 1572 il fut nommé gouverneur et lieutenant-général du royaume de Navarre et du pays de Béarn et mourut en 1 576 , laissant de sa femme Hélène de Clermont, dame de Traves et de Toulongeon, fille unique de François de Clermont et d'Anne Gouffier, Philibert Ier, maire de Bordeaux et sénéchal de Béarn , marié le 16 août 1567, à Diane, vicomtesse de Louvigny et dame de Lescun. On sait quels services cette dame, si connue sous le nom de la belle Corisandre d'Andouins, rendit à Henri IV pendant les guerres de religion ; ses levées faites à ses dépens en faveur du Béarnais excédèrent souvent vingt mille hommes. Il est consigné dans le journal du règne de Henri III que la vicomtesse de Louvigny ayant eu de Henri IV un fils nommé Antonie ou Antonin, ce prince offrit plus tard de le reconnaître , mais le jeune homme refusa , en disant qu'il aimait mieux être gentilhomme que bâtard de Roi.

Du mariage de Philibert de Gramont avec Corisandre d'Andouins, naquit Antoine II de Gramont, qui joua un rôle considérable sous trois règnes. Après avoir payé de sa personne au siège de Laon en 1594 et au combat de Fontaine-Française en 1595, il servit utilement Louis XIII pendant ses démêlés avec les Huguenots, et força, en 1636, les Espagnols à lever le siège de Bayonne. Le 13 décembre 1643, le Roi Louis XIV l'honora de la dignité de duc et pair pour lui et ses descendants; mais ce seigneur étant mort au mois d'août de l'année suivante , l'érection de la terre et du comté de Gramont en duché et pairie fut, pour ce motif, retardée jusqu'en 1648, ainsi qu'il résulte des lettres- patentes délivrées à Paris en

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novembre de la même année et vérifiées le 16 décembre 1663.

Antoine de Gramont avait épousé, en premières noces, Louise de Roquelaure, fille d'Antoine de Roquelaure., maréchal de France. Ce mariage fut très-orageux et eut une péripétie sanglante. Mme de Gramont avait eu une intrigue galante ; les preuves de son infidélité tombèrent entre les mains de son mari. L'époux outragé fit poursuivre la coupable par son procureur -général, devant la cour de Bidache, qui la condamna à mort; pendant l'instruction du procès, Mme de Gramont parvint à instruire sa famille de la triste situation où elle se trouvait et à réclamer son appui. Ses parents se donnèrent de grands mouvements pour la sauver, et M. de Gourgues, maître des requêtes, fut dépêché par le Roi à Bidache, pour tâcher d'arrêter les poursuites. M. de Gramont alla l'attendre sur le pont de Garrewich, situé sous le château de Bidache et qui sépare son territoire de celui de Hasteings, et lui ayant demandé ce qui l'attirait , sur la réponse de M. de Gourgues qu'il venait voir Mme de Gramont , il lui déclara que si son intention était de déployer quelque autorité, il pouvait s'en retourner, qu'il n'en reconnaissait aucune à Bidache où il était souverain , mais que s'il se présentait comme ami de la famille, il pouvait entrer. M. de Gourgues s'étant borné à réclamer ce titre, vit Mme de Gramont; mais loin de la protéger, sa présence à Bidache sembla hâter la mort de cette dame encore plus infortunée que coupable.

Désespéré de la fin funeste de sa fille, le maréchal de Roquelaure porta contre le comte de Gramont des plaintes qui n'eurent aucun résultat, et le tribunal des maréchaux de France fut chargé d'en prévenir les suites.

L'acte de réconciliation ne contient guère que quelques excuses de la part du comte de Gramont, auquel il fut offert

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des lettres de grâce qu'il ne demandait pas. On les lui envoya ,§1 néanmoins comme vassal de la couronne pour ses autres \Ùk possessions. $£

Antoine II de Gramont avait eu deux fils de son mariage H avec Louise de Roquelaure ; le Roi ordonna qu'ils seraient iœ élevés à la cour, près de sa personne. L'un fut Antoine III, le premier de son nom qui fut élevé à la dignité de maréchal de France ; l'autre Roger , comte de Louvigny , tué en duel , le 1 8 mars 1 629 , en servant de second au comte de Villervas , contre le comte de Saint-Amour de Bourgogne et le sieur de Saint-Loup.

Antoine III de Gramont, prince souverain de Bidache et Barnache, comme tous les aînés de sa maison, seigneur de Guiche et de Louvigny, vicomte d'Aster et vice-roi de Navarre et de Béarn, naquit à Hagelmeau en 1604. Doué de dispositions qui le rendaient propre à tout, d'un esprit vif et élevé, d'une imagination brillante, d'un caractère entreprenant et d'une bravoure à toute épreuve , il fit un chemin rapide dans le monde et à l'armée. Son courage se montra dans tout son éclat en 1630, à la défense de Mantoue où il fut blessé, en 1635 aux combats d'Hautremont , de Vandrevange et de Laffons, en 1636 à la défense de Colmar, de Sélestat et de Haguenau, l'année suivante à celui de Landrecies, au combat du Pont-de-Vaux en 1637, au ravitaillement de Verceil en 1638, enfin au siège de Thivals en 1639. M. de Gramont était mestre-de-camp du régiment des gardes-françaises au siège d'Arras en 1 640 , et lieutenant-général à la prise d'Aire , de la Bassée et de Bapaume. Le 29 septembre de la même année , il reçut le bâton de maréchal de France. Chargé en 1642 de défendre la frontière des Pays-Bas, il fut défait par les Espagnols au combat d'Honnecourt , livré le 22 mai. Le mare-

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chai de Gramont avait été si constamment heureux dans ses entreprises militaires, que plusieurs écrivains crurent pouvoir attribuer cette défaite à une intrigue de cour , dont il aurait consenti à servir les intérêts ; mais outre que son passé s'élève hautement contre une pareille imputation, on ne doit pas oublier qu'il n'est donné à aucun capitaine d'attacher la victoire à tous ses actes. Quoi qu'il en soit, le maréchal de Gramont effaça complètement cet échec pendant les trois fameuses journées de Fribourg, livrées l'une le 3 , l'autre le 5 et la troisième le 9 août 1644.

Durant la nuit qui mit un intervalle entre la seconde et la troisième action , le marquis de Chouppes étant venu porter des nouvelles au duc d'Enghien et au maréchal de Gramont, les trouva dans une redoute, enveloppés de leurs manteaux et profondément endormis sur des tas de morts. Cette parti- \$k. cularité peint la trempe de ces deux âmes. \W

Le siège de Ravennes et la bataille de Nothingen , livrée en Mk 1 646, accrurent la réputation du maréchal de Gramont. Il paya f|§ de sa liberté la part qu'il prit à cette dernière victoire. On l'avait vu blessé et couvert de sang , parcourir tous les rangs , se jeter dans la mêlée, n'en sortir que pour rallier ses troupes, les ramener à la charge, passer à la tête des régiments de Fabert et du Wale , et percer les escadrons ennemis : on le perdit de vue alors; il fut entraîné dans leur fuite et forcé de se rendre. Un page de Mercy, qui venait de recevoir les derniers soupirs de son maître, étendu sur le champ de bataille, jure de venger son général sur le premier Français qui tombera entre ses mains. Il voit Gramont qu'on entraîne, et oubliant les lois de la guerre aussi bien que celles de l'honneur, il court à lui , le pistolet à la main , l'ajuste , tire et le manque. Les Allemands, indignés de cette lâcheté, s'apprêtent à l'en

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punir. Cent bras sont levés à la fois sur sa tête ; Gramont suspend leurs coups: «C'est un enfant, dit-il; si sa perfidie « prouve qu'il sait mal combattre ses ennemis , elle montre du «moins qu'il savait bien aimer son maître. Pardonnez - lui , « comme je lui pardonne.» Cette modération redoubla l'estime des Allemands pour un ennemi si généreux. Le peuple d'Ingolstadt le lui témoigna d'une manière qui tenait du délire. Mercy triomphant n'eût pas reçu plus d'honneur : on jetait des fleurs sur son passage , son nom était porté jusqu'aux nues , l'électeur de Bavière lui écrivit dans les termes les plus flatteurs ; et le jour où il fut conduit en prison fut le plus glorieux de sa vie. Sa captivité dura peu de temps ; il fut échangé avec le comte de Gleen.

A peine délivré, le maréchal de Gramont alla investir Lérida; à la bataille de Lens en 1648, il commanda l'aile gauche de l'armée, rompit la droite des ennemis, défit la première et la seconde ligne et tout ce qui s'opposa à son passage, ainsi que l'ennemi lui-même l'a publié, en lui attribuant la plus grande part dans cette victoire.

Le maréchal de Gramont remplit avec éclat plusieurs missions diplomatiques importantes. En 1637, il fut envoyé comme ambassadeur à la diète tenue à Francfort pour l'élection de l'Empereur, et deux mois après en Espagne avec la même qualité , pour demander au nom du Roi de France , la main de l'infante Maria-Thérésa. Ce fut pendant ce voyage qu'il reçut le titre de grand d'Espagne de première classe et le collier de la Toison-d'Or. A son retour, le Roi le créa chevalier de ses ordres, et duc et pair l'année suivante. En 1667, il accompagna comme colonel du régiment des gardes, Louis XIV à la campagne de Flandres et continua de rendre d'utiles services jusqu'à sa mort, arrivée le 12 juillet 1678.

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Le maréchal de Gramont avait alors soixante-quatorze ans. Transporté à Bidache, son corps fut inhumé dans l'église paroissiale de cette ville, auprès des tombeaux de sa famille. Les mots heureux du maréchal de Gramont remplissent les mémoires du temps et révèlent le plus charmant esprit. Lors de la défaite du maréchal de Créqui à Consorbrick, des courtisans, croyant faire leur cour à Louis XIV, ne cessaient de répéter qu'il rentrait à chaque instant à Metz et à Thionville des bataillons tout entiers; le Roi sentant la fadeur de ce discours , ne put s'empêcher de dire : « Eh , Messieurs , en voilà plus que je n'en avais! — Oui, Sire, répondit M. de Gramont, c'est qu'ils ont fait des petits. »

Un jour, Louis XIV jouant au trictrac, il y eut un coup incertain; on disputait; les courtisans gardaient le silence. M. de Gramont arrive: «Jugez-nous, lui dit le Roi. — Sire, c'est vous qui avez perdu, répondit le comte. — Et comment pouvez-vous me donner tort, avant de savoir ce dont il s'agit? — Sire, ne voyez-vous pas que si la chose eût été seulement douteuse , ces Messieurs vous auraient déjà donné raison. »

Le maréchal de Gramont savait presque toutes les langues de l'Europe. Il a laissé deux volumes de mémoires qui ont été publiés par son fils après sa mort.

De sa femme Françoise -Marguerite Duplessis de Chivré, il eut Armand de Gramont, comte de Guiche et de Toulongeon, lieutenant -général des armées du Roi, avec la survivance au gouvernement de Béarn, et mestre-de-camp du régiment des gardes françaises.

Le comte de Guiche fit ses premières armes au siège de Landrecies en 1656, et se signala au combat naval du Texel, livré aux Anglais par les Hollandais le 1 1 juin 1666. Le comte

de Guiche fut blessé dans cette action d'un éclat de canon au bras et à l'épaule. Chargé en juin 1642, au passage du Rhin, de reconnaître si la rivière était guéable, il prit sur lui d'assurer qu'elle l'était, s'élança le premier à la nage à la tête de la cavalerie, aborda l'ennemi le sabre à la main , l'enveloppa et le força de se rendre.

Le comte de Guiche obtint différents genres de célébrité. Ses relations touchantes avec Henriette d'Angleterre donnèrent lieu à l'anecdote suivante. Pendant une année entière , il eut la constance de simuler une maladie de poitrine et une extinction de voix , afin de pouvoir s'entretenir à voix basse avec cette princesse, en présence de Louis XIV. Monsieur, dont il avait été longtemps le favori , ayant découvert sa liaison, par suite d'une intrigue de cour, obtint son éloignement de la cour. Le comte de Guiche eut ordre d'aller prendre le commandement des troupes réunies à Nancy, ce qui n'était qu'un honnête exil, et fut de là envoyé en Pologne avec une mission spéciale. De retour en France , il se rendit au siège de Marsal, auprès du Roi qui le reçut favorablement; mais Monsieur qui était présent lui tourna le dos. Exilé pour la troisième fois , il alla en Hollande finir les aventures de ce roman. II. y mourut le 29 novembre 1673, âgé de trentesix ans, à Creutznach dans le Palatinat.

Le comte de Guiche avait épousé, en 1658, Marguerite- Louise Suzanne de Béthune, fille de Maximilien François, duc de Sully, dont il n'eut point d'enfants. Sa veuve se remaria en février 1681 à Henri de Daillon, duc de Lude, grand-maître de l'artillerie de France.

Antoine -Charles de Gramont, second fils du maréchal, hérita , à la mort du comte de Guiche , de son nom et de son titre, et à celle du maréchal en 1678, il devint chef de sa

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maison. N'étant encore que comte de Louvigny , il se distingua à la conquête de la Hollande en 1672, et au siège de Besançon en 1674, et fut nommé, en 1704, ambassadeur extraordinaire auprès du Roi d'Espagne et décoré par ce monarque de l'ordre de la Toison-d'Or.

De son mariage avec Marie - Charlotte de Castelnau , fille du maréchal de ce nom, naquit Antoine V de Gramont, prince souverain de Bidache et Barnache , le premier de sa famille qui porta , du vivant de son père , en qualité de fils aîné, le titre de duc de Guiche. Il épousa, en mars 1687, Marie-Christine de Noailles , fille du maréchal de ce nom , duc et pair de France, et de Marie-Françoise de Bournonville, tante du comte de Toulouse, grande-tante du duc de Penthièvre et arrière -grande -tante de la duchesse d'Orléans, mère de Louis-Philippe Ier, Roi des Français. Le duc de Guiche occupa une place importante dans l'histoire militaire de son temps. Ses succès dans la guerre lui méritèrent successivement les grades de meslre de camp général des dragons , de colonel général des gardes françaises, avec le privilège héréditaire d'entourer l'écusson de ses armes des drapeaux de ce corps, et enfin en 1713 le bâton de maréchal de France.

Il eut de sa femme, Marie-Christine de Noailles, deux fils qui marchèrent sur ses traces :

1° Louis-Armand-Antoine VI de Gramont, prince souverain de Bidache et Barnache , duc et pair , colonel des gardes françaises, gouverneur lieutenant-général de Navarre et de Béarn, ainsi que des ville, château et citadelle de Bayonne, mort à Paris le 16 mai 1741.

Louis de Gramont avait épousé, le 3 mars 1710, Louise- Françoise d'Aumont de Crevant d'Humières , fille de Louis- François d'Aumont, duc d'Humières, à cause de sa femme,

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