‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 5 sur 34 · LUSIGNAN · texte numérisé non relu

LUSIGNAN

villes de cette île, et cite peu de faits qui n'aient été, suivant lui , établis par des révélations et des miracles.

On trouve dans cet ouvrage, qui renferme les deux relations d'Ange Calepin, des documens du plus haut intérêt sur la prise de Nicosie et de Famagouste. On a en outre de Lusignan une Histoire générale des royaumes de Chypre et de Jérusalem } plusieurs opuscules sur l'histoire et les généalogies de diverses familles, entre autres sur la sienne, la plus complète et la plus exacte qu'on possède de cette grande race. Un auteur a dit de cet ouvrage qu'il était plein de blasphèmes historiques. C'est un jugement injuste. Peu d'écrivains poussèrent aussi loin qu'Etienne de Lusignan l'étendue du savoir et l'amour de la vérité. Et d'ailleurs qui mieux que le dernier descendant des rois de Chypre et de Jérusalem pouvait écrire l'histoire des Lusignan?

Le premier roi d'Arménie fut Léon Ier, couronné, en 1 197, par Henri Hiperbole , chancelier de Henri VI , empereur d'Occident, et marié à Sibylle fdle d'Amaury, second roi de Jérusalem et de Chypre. Ce prince laissa deux fdles, dont l'aînée, Marie, épousa un haut baron du pays, nommé Constant. D'Haiton leur fils et de Mariette de Lusignan sa femme, naquit Léon II , qui , préférant la solitude du cloître et les pratiques paisibles de la piété , aux pompes de la grandeur et aux pénibles devoirs de la royauté, céda le gouvernement à son frère Théodore V, et prit l'habit de moine dans le couvent de Saint-Basile. Le grand kan de Tartarie ayant massacré Léon III, fils et successeur de Théodore , ainsi que sa femme et ses trois enfans, la couronne passa à son cousin Hugues de Lusignan, seigneur de Tyr et de Sidon. Ce fut le premier roi latin d'Arménie. Il laissa le royaume à Jean son fils , prince de beaucoup de savoir et d'une grande piété, qui abdiqua, à l'exemple de Léon II, la couronne pour le cloître, en faveur de Léon IV son neveu , et ne reprit le casque et l'épée que pour marcher à

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Ja défense de l'Arménie envahie et saccagée par les Sarrazins ; mais il fut tué clans la bataille qu'il livra aux infidèles avec son frère et les principaux seigneurs du royaume.

Léon V essaya vainement de disputer ses états aux Sarrazins. Après des petits succès et de grands revers, il perdit l'Arménie et la couronne, se retira en Chypre, puis successivement à Rome, en Angleterre et en France, où il fut moult agréablement reçu de Charles VI , mais dont il ne put obtenir aucun secours.

Ce malheureux prince, jouet de la fortune, mourut à Paris, en 1592, de la maladie de l'exil, et fut inhumé, suivant ses dernières volontés, dans le chœur de l'église des Célestins.

On éleva sur le lieu de sa sépulture un magnifique tombeau en marbre noir. Sa figure, sculptée en marbre blanc, était représentée au côté droit du grand autel. Il portait un sceptre à la main et sur la tête une couronne d'or à hauts fleurons. Ses armes parties en trois, le premier d'Arménie, partie de Jérusalem , et tiercée de Lusignan de Châteauneuf , se voyaient au haut du cintre, et on lisait, autour du sépulcre , l'épitaphe suivante :

« Ci gist très noble et excellent prince Léon de Lusignan-Qnint , roi <• latin du royaume d'Arménie , qui rendit l'âme à Dieu , le vingt novem- « bre de l'an de grâce mil cinq cent nonante-trois. »

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