‹ Illustrations de la noblesse européenneChapitre 9 sur 34 · HM · texte numérisé non relu

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des ducs de Bourgogne, M. de Barante, rend compte en ces termes de la mort de cette infortunée princesse :

« La comtesse d'Armagnac fut conduite au château du

tourmens atroces que lui infligea Pierre de l'Huillier, gouverneur de cette forteresse.

« Charles VIII, petit homme de corps et peu étendu, dit Commines, estoit si bon qu'il n'estoit paspossihle devoir meilleure créature. » Il délivra le comte d'Armagnac, le rétablit

iîi ILLUSTRATIONS DE LA NOBLESSE EUROPÉENNE.

industrie } comme dit naïvement Brantôme, se fit un jeu toute sa vie de violer sa parole, il ne crut pas la sienne engagée par ce terrible serment ; et tandis que les partisans de Jean V ouvraient leurs portes aux troupes royales, des soldats conduits par Robert de Balzac pénétrèrent dans l'appartement du comte d'Armagnac et l' égorgèrent clans son lit. Giorgias, qui porta le premier coup, reçut de Louis XI une tasse d'argent remplie (Vécus.

Jean V mourut sans enfans. Sa femme Jeanne , fille de Gaston IV, comte de Foix, était enceinte lors de cet affreux événement. Elle reçut dans ses bras le corps sanglant de son 1^ mari , et mourut du saisissement qu'elle éprouva. D'autres ^ historiens assurent qu'elle fut conduite au château du Barget , lj§j et contrainte d'avaler un breuvage empoisonné. L'historien H

Barget, près de Toulouse. Quelque temps après son arrivée, \wÈ elle vit entrer dans sa chambre le sieur de Castelnau de Brete- |£ nous avec maître Le Macé Guervadan et Olivier le Roux , secrétaires du roi ; ils amenaient un apothicaire. Contrainte par menaces et par violences, elle prit un breuvage qui la fit avorter et dont elle mourut deux jours après. »

Charles, premier du nom, second fils de Jean IV, n'était pas destiné à rendre à la maison d'Armagnac l'influence politique qu'elle perdait progressivement. Renfermé à la Bastille pendant la rébellion de son frère, et appliqué à la torture , il y resta quatorze ans, et on ne peut lire sans indignation les

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ARMAGNAC

dans ses possessions et lui nomma des curateurs. Ce malheureux seigneur, dont les souffrances avaient altéré la raison, mourut peu de temps après, en j4Q7 j laissant, à défaut de lignée directe, le gouvernement de son comté à Charles, duc d'Alençon, son petit-neveu.

Le duc d'Alençon était petit-fils de Marie d'Armagnac , sœur de Charles I" et de Jean V. Conformément au testament de son oncle, il se porta héritier du comté d'Armagnac, mais on lui opposa la confiscation de i48i. Le roi, François F', pour terminer le différend lui donna la main de sa sœur Maranerite, et l'établit dans l'héritage de sa famille, à condition que ses domaines reviendraient à la couronne à défaut d'enfans issus de cette union. En effet, Charles II étant mort sans posté- ||1 rite, cette réunion s'opéra en i5a5.

Ainsi s'éteignit la souche légitime de cette puissante maison, mais vivante encore dans ses rameaux , elle engendra la noble lignée des vicomtes de Fézensaguet et la branche illustre des |^| ducs de Nemours. |||

Plusieurs enfans naturels, issus des Armagnac, contribuèrent à sa célébrité. De ce nombre furent Jean , fils naturel de Jean II , qui parvint aux premières dignités ecclésiastiques; Jean d'Armagnac , surnommé de Lescun , maréchal de France; amiral et ami particulier de Louis XI , et George , archevêque de Toulouse et d'Avignon, mort au couvent des Minimes, le 21 juillet 1 585.

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MONTGOMMERY

ilous voici arrivés à l'une des familles les plus rudement guerrières du moyen âge. La chevalerie née avec Roland , morte avec Bayard , n'a pas de représentais plus illustres. En Fiance, en Angleterre, en Palestine, partout où il se remue quelque chose de considérable , on retrouve un Montgommery. Quatre figures surtout dominent toute cette famille, un Roger et un Robert au onzième siècle , un Jacques et un Gabriel au seizième. Elles nous apparaissent dans le lointain des âges, comme ces vieux portraits historiques, enfouis au fond des cathédrales gothiques, et qui nous donnent une idée si extraordinaire de la force des générations passées.

La célèbre famille des Montgommery descend des comtes d'Exmes ou d'Hiesmes , dont étaient issus saint Godebrand, évêque de Séez, et sainte Opportune, sa soeur, au temps du Voi Pépin et de Charlemagne. C'était une des plus anciennes maisons de Normandie , et le comté de ce nom , une des terres de la province dont la mouvance avait le plus d'étendue. Il était situé au pays d'Auge, diocèse de Lisieux , et se composait de plusieurs baronies dont les fiefs et arrière-fiefs for-

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maient le bailliage d'Argentan et le vicomte de Trun. D'après un dénombrement conservé à la Bibliothèque royale, les terres de Lorges et de Messe-sur-Sarthe , faisaient aussi partie du comté de Montgommery.

Les seigneurs de cette maison commencent à prendre rang parmi la plus haute noblesse de la province, à dater du mariage de Hugues de Montgommery, vicomte d'Hiesmes , en 994 , avec Josseline de Pont-Audemer, nièce de Gomor, seconde femme de Richard -sans-Peur. C'est le premier comte de ce nom, dont l'histoire présente un caractère de certitude. Il florissait à la cour de Richard II, quatrième duc de Normandie. Il eut de sa femme Josseline le célèbre Roger II , seigneur illustre et puissant qui n'eût cédé, dit Ordéric Vital , en sagesse et en vertu aux sénateurs romains, en valeur et en magnanimité aux Scipion et aux Camille.

Roger de Montgommery, suivant quelques historiens, gouverna la Normandie, conjointement avec la femme de Guillaume-le-Bâtard , pendant la conquête de l'Angleterre; suivant le plus grand nombre , il accompagna ce prince dans son expédition, et commanda l'armée sous ses ordres. Cette dernière version nous paraît la mieux établie, bien qu' Ordéric Vital, moine historien presque contemporain de Guillaume, ait adopté la première.

L'armée du duc de Normandie réunie dans le port de Dives , rivière qui se jette dans l'Océan , entre la Seine et l'Orne, mit à la voile le 1 octobre 1066. Elle supporta à la hauteur de Saint-Valéry, près de Dieppe, une violente tempête qui dispersa la flotte, et fit échouer quelques vaisseaux; et le 1 3 du même mois , elle débarqua sur la terre qu'elle venait conquérir, à Pévensey, dans la province de Sussex.

En mettant le pied sur le rivage , Guillaume fit un faux pas , et tomba la face contre terre. Toute l'armée fut consternée. « Quel présage! » s'écrièrent plusieurs voix. Mais le duc se

MONTGOMMERY

relevant fièrement : « Qu'avez-vous? dit-il à ses soldats; quelle chose vous étonne ? J'ai saisi cette terre de mes mains , et par la splendeur de Dieu, aussi loin qu'elle puisse s'étendre, elle est à vous , elle est à moi ! »

Montgommery courut aussitôt à une cabane voisine, et arracha un peu de chaume qu'il présenta au duc, comme symbole de ses nouveaux droits sur l'Angleterre.

Ce fut le i4 octobre 1066 que se donna cette célèbre bataille d'Hastings, que les vieux écrivains saxons appellent un jour de deuil, un jour de mort, un jour souillé du sang des braves. La première aile de l'armée composée d'Angevins , de Bretons , de Manceaux et de Percherons était commandée par Roger de Montgommery, la seconde, composée de Poitevins, de Boulonnais et d'Allemands par Geoffroy Martel, et la troisième, où ne se trouvaient que des Normands, par le conquérant en personne. L'armée d'invasion s'ébranla en chantant l'hymne guerrier de Roland , les Saxons au bruit de leurs vieux lais nationaux. Le combat dura une journée entière , et décida du sort de l'Angleterre. Les Anglo-Saxons laissèrent sur le champ de bataille vingt mille des leurs, indépendamment de leur roi Harold, de ses deux frères et d'une multitude de chiefftains et de chevaliers de marque.

Après la victoire, Guillaume s'agenouilla devant toute l'armée , et fit vœu d'élever sur le lieu même où avait été planté et abattu l'étendard royal anglais, un couvent à saint Martin, patron des soldats de la Gaule (1 ).

Sacré roi à Westminster, le conquérant récompensa magnifiquement les services que le comte Roger lui avait rendus , en

(1) Ce vœu ne tarda pas à être accompli , et le grand- autel du nouveau monastère fut élevé au lieu même où l'étendard du roi Harold avait été abattu. Des moines du grand cou>ent de Noirmoutier , près de Tours, vinrent s'y établir , et prièrent pour les âmes de tous ceux qui étaient morts dans le combat.

le créant sénéchal d'Angleterre, et lui donnant en propre les comtés de Clhchester, d'Arnndel etdeShrewsbury. Il le maria ensuite à Mabile, fille et héritière de Guillaume Talevas , comte de Bellesme , de Séez et d'Alençon , que plusieurs chroniqueurs, notamment Danneville , ont mal-à-propos confondu avec la comtesse de Glocester. L'histoire s'accorde à représenter cette princesse sous les couleurs les plus sombres. Elle était, dit Dumoulin, douée de qualités qui ne démentaient en rien sa race, petite de corps, le courage haut et prompt à tout mal. Pleine d'une haine aveugle pour les moines, elle leur faisait une guerre couverte , occulte, mais tenace et incessante. On raconte de cette femme des traits qui font horreur. Guillaume avait confisqué les biens du comte de Hautereul et en avait conféré la jouissance à Mabile. Mais le comte ayant fait sa soumission, demanda sa réintégration dans ses domaines et l'obtint. La comtesse, frustrée dans son avarice, fit présenter au comte de Hautereul une coupe empoisonnée que ce dernier, averti de ses desseins , passa sans v avoir porté les lèvres , à Gillebert, frère de Montgommery, qui la vida et en mourut. Peu de temps après , Mabile gagna le valet de chambre du comte , qui l'empoisonna avec des viandes qu'elle avait préparées ; mais la main de Dieu s'appesantit à la fin sur cette marâtre. S' étant emparée sur un certain Hugues , seigneur normand, d'un château qu'il possédait sur la Motte d'Igé , celui-ci , dans son ressentiment , s'adjoignit trois de ses frères , se rendit pendant la nuit au manoir de la comtesse situé sur la Dives , pénétra dans sa chambre , la surprit au sortir du bain , et lui coupa la tète; puis il s'enfuit avec ses complices dans la Pouille, et de là à l'étranger. Le cadavre mutilé de Mabile fut inhumé au couvent de Troarn le jour des noues de décembre, et l'abbé Durand y fit graver une pompeuse épitaphe.

Peu de temps après la mort de Mabile, le comte Roger épousa

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en secondes noces Aclelise , fille d'Everarcl de Puiset , d'une famille très noble de France, princesse d'une piété exemplaire, d'une douceur angélique , qui honora le clergé, protégea les faibles, secourut les pauvres , aima le malheur, et donna à sa famille et à ses vassaux l'exemple des vertus les plus touchantes et les plus sublimes. Ce fut à l'instigation de cette sage princesse que Roger concéda à l'abbaye Douche la charte suivante , précieux document historique qui peint les coutumes du temps et donne une juste idée de la grandeur delà maison de Montgommery.

« Moi Roger, par la grâce de Dieu comte de Shrewsbury, je désire honorer le couvent du saint père Coroub , et lui concède à perpétuité pour mon salut et pour celui des miens, les objets suivans que je détache de mes biens. J'ordonne de donner tous les ans à l'entrée du carême, trente sous manceaux de mon revenu d'Alençon pour l'illumination à faire de jour et de nuit dans l'église Douche , devant le crucifix du Seigneur. J'accorde le péage d'Alençon et toutes les douanes qui existent sur toute ma terre pour faire partie des biens en propre du monastère; j'octroie à perpétuité dans toutes mes forets le pacage pour les porcs des moines ; je donne sur Echauffour une terre d'une charrue , et j'accorde irrévocablement la dîme du moulin et tous les revenus de cette place ; j'y ajoute de mon propre gré la dîme des marchés de planches. De ma propre volonté , et pour l'amour de Dieu , je concède l'église de Saint-Jouin et toute la dîme que le prêtre Renaud a donnée et qu'Odon a cédée, dans l'église de I>ailleul l'autel de saint Léonard , et une partie de la dîme de ce village avec la terre que Renaud de Bailleul et sa femme Aimérie , ma nièce , ont donnés au couvent. Je donne aussi en Angleterre deux manoirs Onna et Merston dans le Stafforoshire , la dîme de mes fromages et des laines de Pulton , et tout ce que je possède à Melleburnas en Granteburgeshire , et une liyde de terre à Grapham , en Sussex , sur la

terre de Vulfuni , orfèvre de Chichester. Je confirme en outre tout ce qui a été jusqu'à ce jour donné à Saint-Evroult tant en Angleterre qu'en Normandie par le vicomte Guérin , par Guillaume Pantol , par Hugues de Mondovi et par quelques autres de mes hommes. J'accorde ces choses en face de Dieu , du consentement de mes fils Robert de Bellesme , Hugues et Philippe , pour la rédemption de mon âme et de celles de Mabile et d'Adelise mes femmes , de mes prédécesseurs et de mes héritiers à venir. Je confirme ce testament du signe de la sainte croix, afin que quiconque diminuera , détruira ou enlèvera quelque chose de ces donations devienne anathème. »

Cette charte signée à Alençon par Roger de Montgonmiery fut souscrite par ses fils Robert de Bellesme, Hugues et Philippe dit le Grammairien.

Le comte Roger fit en outre de grands dons aux églises de ïroarn , deSéez, d'Almenèches , de Cluny, deCaën. Il bâtit sur la rivière de Mole un monastère consacré à saint Pierre , prince des apôtres , lui concéda tout le faubourg situé à la porte orientale de sa ville de Shrewsbury, et suivant la coutume , déposa sa donation sur l'autel en y laissant ses gants. Il mourut le 27 juillet iog3 , six ans après Guillaume-le-Conquérant, et fut inhumé entre les deux autels.

Il eut cinq fils :

Hugues héritier du comté de Shrewsbury, tué peu de temps après la mort de son père d'un coup de flèche par Magnus , frère du roi de Norwège , et inhumé au milieu du deuil général dans le cloître du couvent de Shrewsbury ;

Roger dit te Poitevin dont la fille Mathilde fut abbesse de l'abbaye de Notre-Dame;

Arnould marié à Lafracotte , fille du roi d'Irlande;

Ebrard très versé dans les lettres, et successivement chapelain royal de Guillaume II et de Henri I", rois d'Angleterre et de Normandie;

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Enfin Robert de Bellesme son fils aîné et son successeur dans tous ses biens de Normandie , dont la vie fut une des plus agitées, des plus guerroyantes et certainement des plus extraordinaires de cette époque.

A la valeur, au bien dire et aux autres perfections militaires, Robert joignait tous les défauts d'un ambitieux et d'un tyran. Son histoire est tellement remplie d'intrigues, de noirceurs, de trahisons, d'admirables prouesses et de confusion , qu'il est impossible de suivre un ordre précis en la racontant. Nous le voyons, en 1188, surprendre le comte d'Hélie qui venait pour le combattre, le faire prisonnier et le conduire à Rouen , au roi d'Angleterre , Guillaume-le-Roux , puis rendre pendant cette campagne d'éminens services à ce prince, qui l'en récompense par de riches présens et la confirmation de tous ses titres, charges et terres. Ambitieux et remuant, il se révolte quelques années plus tard contre Robert Courtes - Bottes , fils de Guillaume - le - Conquérant et duc de Normandie. Cité pour ce fait à la cour de Henri V , roi d'Angleterre, successeur de Guillaume - le - Roux , il réclame le privilège de se présenter au conseil avec les siens, sort après l'avoir obtenu, monte à cheval et s'enfuit dans ses châteaux. Le roi l'y suit à la tète d'une puissante armée , et l'investit dans Shrevvsbury. Pressé chaque jour de plus près, Robert de Bellesme renonce à une défense inutile , se rend au camp royal , et remet sa personne et sa ville entre les mains de Henri. Ce monarque lui permet de se retirer en Normandie , avec ses chevaux et ses armes; et cette victoire , disent les chroniqueurs du temps , lui donne tant de crédit parmi les populations, que partout sur son passage on entend retentir ces paroles : « Grand roi, réjouissez-vous , vous régnerez seul et sans crainte , maintenant que vous avez chassé Robert de Bellesme.

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volté contre lui. C'est alors qu'il déploie toutes les ressources d'un indomptable courage. Son génie fait face à tout. Il fond sur ses ennemis, leur prend les places d'Exmes et de Château- Gontier, bat Robert Courtes-Bottes , et entreprend tonte la conquête du duché. Mais le duc aime mieux traiter avec son vassal que de le combattre. Il signe avec lui un traité de paix à des conditions onéreuses, ajoutant à ses possessions l'évêclié de Séez, la place d'Argentan et la forêt de Gouffern.

En j i 12, nous retrouvons Robert de Bellesme allié au roi de France et à Foulques d'Anjou, contre Henri , roi d'Angleterre. Il est cité à Bonneville le i novembre de cette même année par ce monarque, et s'y présente comme ambassadeur de Louisle-Gros. On l'y accuse i" d'avoir trahi son seigneur; i" de ne pas s'être rendu à la cour, quoique mandé plusieurs fois en sa qualité d'officier royal ; 3° de n'avoir pas rendu compte des revenus du prince , concernant les vicomtes d'Argentan , d'Exmes et de Falaise. Condamné par le conseil , il est chargé de chaînes et jeté en prison, où il meurt misérablement, en 1124, de faim , de regret et de rage.

Guillaume de Montgonnnery, son fils et son héritier, cité dans l'histoire du Perche , de La Clergerie , comme possédant trente-quatre châteaux en Normandie, fit le voyage de la Terre-sainte à ses dépens , fonda les abbayes de Perseigne dans le Perche, de Saint-Fosse en Artois, de Valloire et Saint-André dans le Gouffey , et mourut en 1171. Il avait épousé Alix de Bourgogne de la maison de France, dont il eut Philippe, inhumé à Saint-Martin de Séez et Guy et Jean , qui se croisèrent.

De Guy sort la tige des comtes de Ponthieu , qui eut pour représentans à son origine, Jean de Montgommery et Guillaume son fils, marié à Alix de France, sœur de Philippe- Auguste.

On trouve un enfant, fruit de cette union, parmi les sei-

gneurs français tués à Bovines en I2i4- Une fille qui en sort également , épouse Mathieu de Montmorency, et en secondes noces Simon deDammartin. Elle meurt laissant une fille qui porte le Ponthieu en dot à Ferdinand III, roi de Castille. Plus tard ce comté passe entre les mains d'Edouard Ier, roi d'Angleterre, qui le transmet à ses descendans. Ces derniers en conservent la souveraineté jusqu'en i36o, époque à laquelle il redevient comté français, par la conquête de Charles V.

Jean, troisième fils de Guillaume, fonda la hranche d'Alençon , par son mariage avec Kéatrix d'Anjou , fille d'Elie d'Anjou , comte du Maine , et nièce de Geoffroy Plantagenet , père de Henri II , roi d'Angleterre. Le petit-fils de ce seigneur étant mort sans postérité , laissa tous ses biens à sa tante Héla, dame d'Almenèches , et à ses cousins-germains Robert Mallet et Émery, vicomte de Chatellerault. Cinquante ans plus tard , la petite-fille de cet Émery porta en dot le comté de Montgommery à Jean II, baron d'Harcourt, maréchal et amiral de France. Il passa ensuite à François d'Orléans, premier du nom, comte de Longueville, fils du grand comte de Dunois, et ne rentra dans la maison de Montgommery qu'en i 543-

Les Montgommery qui parurent en France à cette époque , étaient issus des différentes branches établies en Ecosse et en Angleterre, et qui y subsistent encore aujourd'hui. Elles avaient eu pour fondateur le fameux Roger de Mongommery. Arnould , comte de Pembroke , un des fils de ce héros , marié à La Fracotte , engendra dans sa postérité les branches d'Egland , de Staïr, d'Eglesham, de Lanishan et d'Eglington. Cette famille se trouva alliée par les femmes à la maison royale des Stuarts. Alexandre de Montgommery, lord d'Ardresan et d'Eglington , était cousin de Jacques 1er, roi d'Ecosse. De ce lord sortit Robert de Montgommery, père de Jacques, célèbre sous le nom du capitaine de Lorges. Ce dernier passa en France au commencement du règne de François Ier, s'attacha

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à ce prince, et devint capitaine de sa garde écossaise. Il se distingua d'une manière toute particulière à la cour de France, et fut très considéré et très aimé du roi, dont par une fatalité singulière et qui semble héréditaire dans sa famille, il mit les jours en danger. La cour de France* était à Romorantin. François 1", entouré d'une jeunesse turbulente et folle, ayant appris que le comte de Saint-Pol avait fait un roi de la fève, alla l'assiéger dans sa maison. Celui-ci se prêta de bonne grâce à la fantaisie de son maître , et soutint le siège avec des œufs , des pommes cuites et des boules de neige; mais peu-à-peu on s'échauffa, et dans la chaleur de l'action, Montgommery avant saisi un tison enflammé, le lança parmi les assiégeans. Le roi qui était au premier rang, fut atteint au visage , « de quoi il fut fort blessé, dit Martin du Bellay, de manière qu'il fut quelques jours que les chirurgiens ne pouvoient assurer de sa santé; mais le gentil prince ne voulut jamais « qu'on informast qui estoit celuy qui avoit jeté ledit tison , disant que s'il avoit faict la folie , il falloit qu'il en beust sa part. » La seule conséquence de cet accident fut l'adoption de la coutume, qui dura près de cent ans en France , de porter les barbes longues et les cheveux courts.

Le capitaine de Lorges commanda cinq cents lances à Marignan, en 162 1 . Il ravitailla Mézières assiégée par Charles-Quint et défendue par Bayard. C'était encore l'époque des combats singuliers, dernier legs de la chevalerie expirante. Le capitaine de Lorges fit porter sa lance ornée de ses couleurs et de ses armes en dehors de la ville , offrant le combat à pied et à la pique aux impériaux. Un seigneur de la maison de Vaudriel, surnommé le Beau, accepta le défi. Tous deux se battirent à la vue des deux armées, mais leurs bras se trouvèrent de même force et leurs épées de même longueur, et ils se séparèrent sans avoir obtenu réciproquement aucun avantage.

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Pour rentrer en possession de la terre de son nom , le capitaine de Lorges racheta , en i 543 , le comté de Montgommery de François II d'Orléans, marquis de Rothelin. Deux ans après il succéda à Jean Stuart, comte d'Aubigny, dans la charge de la capitainerie écossaise du roi, qu'il occupa jusqu'en i56o, où il se démit de toutes ses charges en faveur de Gabriel de Montgommery, son fils, illustre par ses victoires et plus illustre par ses malheurs.

Dès l'an 1 545, Gabriel de Montgommery avait commandé en Ecosse les secours que François Ier envoyait à Marie de Lor- \Wg raine, mère de l'infortunée Marie Stuart. De retour en France, en i55c), il fut chargé de plusieurs missions importantes, entre autres d'arrêter en plein parlement six conseillers connus pour professer ouvertement les doctrines réformées.

La même année, le roi Henri II donna des fêtes brillantes à l'occasion du mariage de sa sœur Elisabeth avec Philippe II, roi d'Espagne. Un grand tournoi eut lieu, rue Saint- Antoine , le 3o juin i 559. Le roi , le duc de Guise, le prince de Ferrare et le duc de Nemours étaient les tenans. Quoiqu'il eût depuis long-temps passé le temps de la première jeunesse , Henri se signala dans ces jeux. Il se retirait le troisième jour avec les honneurs du combat , quand il aperçut deux lances qui n'avaient pas été employées. Il en prit une et fit porter l'autre à Montgommery, son capitaine des gardes , qui avait , dit Daneville, la réputation de surpasser tous ses contemporains dans ces sortes de joutes, l'invitant à rompre encore celle-là en l'honneur des dames. Soit pressentiment secret de ce qui allait advenir, soit simple ressouvenir de la funeste aventure arrivée à son père sous le règne précédent, Montgommery récusa deux fois cet honneur dangereux; les reines, de leur coté, envoyèrent supplier le roi de se contenter de la gloire qu'il avait acquise dans les joutes précédentes : mais Henri fut inébranlable; il donna à Montgommery l'ordre for-

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mel de se défendre. Le choc des deux combattans fut terrible. La lance de Montgommery s'étant rompue , il oublia , par une imprudence qu'excuse la chaleur du combat, de jeter le tronçon brisé qu'il tenait à la main. Le roi en fut frappé avec une telle violence, dit d'Aubigné, que le morne décrocha de la haute pièce , et que la visière levée en haut, le contre-coup donna dans l'œil. Le roi fut porté sans connaissance au palais des Tournelles. Il y mourut dix jours après, en pardonnant à son meurtrier, et en défendant expressément de le poursuivre. Plusieurs auteurs prétendent, au contraire, et cette assertion semble mieux justifiée, qu'il ne retrouva pas un instant de connaissance jusqu'à sa mort, ce qui prouverait la fausseté des ordres qu'on lui fait donner pour la conservation de Montgommery, dont l'innocence était d'ailleurs si évidente que la mort du roi ne pouvait, sans iniquité, donner lieu à des poursuites contre lui. Ce seigneur, toutefois, se méfia des dispositions de Catherine de Médicis; il se retira dans ses terres de Normandie , puis successivement en Italie et en Angleterre.

La mort de Henri II plongea toute la France dans le deuil , et dégoûta pour jamais les Français de ces dangereux divertissemens, dont ils avaient été idolâtres pendant des siècles. On se rappelle à ce sujet le mot d'un sage étranger : « Si c'est tout de bon , ce n'est pas assez; si c'est un jeu , c'est de trop! »

Montgommery reparaît en France avec les guerres de religion , rapportant de son exil volontaire des opinions religieuses toutes différentes de celles qu'il avait professées jusqu'alors. On le voit, en effet, embrasser avec ardeur la cause protestante, et devenir un des chefs les plus considérables de ce parti. Sitôt la guerre déclarée, il enrôle dans Alençon huit cents Manceaux fugitifs, réduit Matignon , s'empare sans coup férir de Saint-Lô et de Vire; puis, s'embarquant avec une merveilleuse célérité sur deux galères , il va débarquer à Rouen , avec

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MONTGOMMERY

ses troupes, en \56i. La garnison ne se composait que de quinze cents soldats de vieilles bandes, de cinq cents hommes de milice bourgeoise et d'un assez grand nombre de femmes, qui, s'étant mêlées aux assiégés, donnaient l'exemple du courage. « Montgommery , dit le chroniqueur de Normandie, s'y défendit si vaillamment, que jamais on n'avait vu pareille chose. » La reine mère qui assistait en personne aux opérations du siège, dirigées par le célèbre duc de (luise, l'envoya plusieurs fois sommer de se rendre; mais il répondit toujours qu'il était fidèle sujet du roi, mais qu'il ne voulait point se soumettre aux Guise.

La défense se prolongea long-temps avec succès; mais enfin la ville fut prise d'assaut le 26 octobre 062. Les troupes royales y entrèrent par la brèche , l'épée nue, et y égorgèrent, pendant trois jours, tout ce qui leur tomba sous la main. Plusieurs notables furent pendus, entre autres le président Mandreville, le sieur de Cros, qui avait livré le Havre-de- Grâce aux Anglais, et le ministre Marlorat. Montgommery échappa par miracle. Il s'embarqua avec sa famille, quelques officiers de la garnison et ce qui restait d'Anglais dans la ville, sur deux galères frétées à l'avance, descendit la Seine et arriva sans accident au Havre-de-Grâce.

Nous retrouvons Montgommery , en 1 569 , pendant la troisième guerre civile, dans le Béarn, que les troupes royales, sous le commandement de Terrides, avaient presque entièrement conquis sur Jeanne d'Albret, reine de Navarre. A la tête d'une petite armée , il attaque ce général, le défait complètement, le poursuit jusque dans Orthez, met le siège devant cette ville qu'il prend d'assaut, et fait prisonnier Terrides et ses principaux officiers. Il reconquiert ainsi tout le Béarn en courant, dans une campagne admirée des deux partis et digne de Turenne.

Biaise de Montluc, lieutenant de roi dans le Béarn, étant

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l'ennemi personnel de Montgommerry, son jugement ici fait autorité. Voici comment il apprécie cette expédition aventureuse dans ses mémoires : « Quant à moi, j'ai toujours pensé cpie c'étoitun vrai jugement de Dieu; car lever un siège contre forces esgalles, vaincre et forcer une ville, prendre le lieutenant du roi dans une bonne place en trois jours, conquérir tout le pays, cela semble estre un songe. Il faut confesser que de toutes nos guerres il ne s'est faict un plus beau trait de guerre que celui-ci. »

La même année (1569) , le Parlement de Paris décerna contre le comte de Montgommery un arrêt de mort, et le fit exécuter en effigie sur la place de Grève.

Le traité de pacification de Saint-Germain le ramena à Paris. Il s'y trouvait encore lors de l'exécrable journée de la Saint-Barthélémy. Le comte logeait dans un hôtel du faubourg Saint- Germain; des ordres particuliers avaient été donnés pour s'emparer de sa personne. Averti du massacre avant qu'il ne fût commencé dans son quartier, il se joint à quelques seigneurs huguenots de ses amis, monte à cheval, et part en diligence; mais il est reconnu et poursuivi par Guise et sa troupe jusqu'au-delà de Montfort-i'Amaury. Charles IX, témoin de sa fuite, d'une des fenêtres du Louvre, tira sur lui plusieurs coups d'arquebuse; et, dans sa rage de ne pouvoir l'atteindre, il criait de toutes ses forces : Tuez! tuez! Plusieurs de ses compagnons tombèrent en chemin au pouvoir des catholiques, et lui-même ne dut son salut qu'à la vitesse de la jument qu'il montait, sur laquelle, dit un manuscrit du temps, il fil trente lieues tout d'une erre.

Echappé à ce danger, Montgommery se réfugia dans l'île de Jersey, et peu de temps après en Angleterre, où l'astucieuse Elisabeth, tout en affectant ostensiblement de le traiter en ennemi, lui fournit en secret des vaisseaux, des armes, de l'argent, et lui permit d'équiper, sur son crédit et

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MONTGOMMERY

celui des Rochelois, une flotte considérable qu'il conduisit au secours des calvinistes; mais, par un motif qu'on n'a pu pénétrer, il se contenta de prendre Rellisle sur son chemin , puis, ayant désarmé sa flotte, il se retira sans combattre chez Henri I'r, vice-amiral des côtes de Cornouailles.

Au renouvellement des hostilités, vers le commencement de 1 574 , le comte de Montgommery repassa de nouveau en Normandie , où il avait conservé des intelligences, suivi du comte de Lorges, son fils, et du seigneur de Galardon , son gendre; il reprit Carenton et Yalognes ; puis , après avoir mis tout le pa\ s à contribution , pressé par des forces supérieures, il finit par se renfermer dans Saint-Lô. Le maréchal de Matignon vint l'y assiéger; mais Montgommery fit une sortie en pleine nuit avec soixante chevaux , força la garde du faubourg , et parvint à se sauver sans perdre un seul homme, au milieu d'une grêle d' arquebusad.es. 11 laissa le commandement de la place au célèbre Colombières (François de Briqneville), et se retira à Domfront, avec quatre-vingts hommes de pied et ses soixante chevaux. Le maréchal, qui avait des ordres formels de préférer sa prise à toute autre expédition, l'y suivit en toute hâte. Montgommery s'y défendit d'une manière magnifique , fit plusieurs sorties brillantes, se jeta sur le canon des ennemis, et essaya de l'enclouer.

C'est dans une de ces sorties que périt le tendre chevalier de Bons, dont on doit conserverie souvenir. Blessé mortellement aux cotés du comte de Montgommery, ce jeune guerrier, ayant perdu la parole sur le coup, demanda par signe à son écuyer une plume et du papier, s'assit au bord du rempart, et écrivit avec son sang à la belle Bodebange, sa maîtresse, un adieu touchant et chevaleresque.

Cependant la petite garnison , réduite de moitié par le feu des ennemis et la désertion, résolut de capituler. Sourde aux prières, aux reproches , aux menaces de Montgommery, elle

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ouvrit, le 9.6 mai 1674? ses portes à l'armée royale. Le chef calviniste, forcé de se rendre, remit son épée au maréchal , qui lui promit la vie sauve. Il écrivit à la reine à cet effet, et en attendant sa réponse, mena son prisonnier devant Saint-Lô, dans l'espoir qu'il déterminerait facilement Colombières à suivre son exemple. Montgommery fut conduit au bord du fossé, et Colombières s' étant présenté, il l'invita à se rendre; mais ce brave gouverneur indigné tourna le dos à son ancien frère d'armes, en disant qu'il était trop vieux pour se déshonorer. En effet, l'assaut ayant été donné quelques jours après, il se fit tuer sur la brèche.

La reine-mère éprouva une extrême joie en apprenant l'arrestation de Montgommery; elle voulut la faire partager à son fils.

Renfermé dans un des appartemens les plus sombres de son palais, Charles IX se mourait d'une maladie contre laquelle viennent se briser les forces de la jeunesse et les ressources de la science, qui n'épargne ni les humbles, ni les superbes, ni les sujets, ni les rois; maladie qui naquit le jour où Cain frappa Abel !

« Encore du sang ! dit le roi moribond avec un sourire douloureux. Vous devez être contente, ma mère! Réjouissez-vous; mais épargnez -moi vos confidences. Que m'importe d'être délivré d'un de mes ennemis, quand moi-même je vais paraître devant Dieu? Qu'on fasse ce qu'on voudra. Est-ce que je règne encore, et comment ai -je régné? »

Catherine de Médicis désavoua toutes les conditions de la capitulation, et ordonna au maréchal de Matignon d'envoyer sous bonne escorte le comte à Paris, le rendant solidaire sur sa tête de son prisonnier. Matignon reçut cette lettre avec douleur, et obéit en versant des larmes. Dès son arrivée à Paris, Montgommery fut conduit à la Conciergerie, et renfermé dans la tour qui porte encore son nom. Cet intrépide capitaine, qui

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MONTGOMMERY. 73

avait affronté sans se troubler des armées entières et des remparts en feu, fut saisi d'un tremblement d'horreur à la vue de ses juges. On le condamna à être traîné dans un tombereau à la Grève, et à y avoir la tête tranchée, comme complice de la conjuration de Coligny, bien qu'il n'y eût plus personne en Europe qui crût à cette conjuration. Ses enfans furent déclarés vilains et intest ables. Quand on lui lut son arrêt infamant, il se tourna vers les spectateurs , et répondit fièrement : « S'ils n'ont pas la vertu des nobles pour s'en relever, je consens à la dégradation. »

Tout brisé de la question extraordinaire qu'il venait de subir, Montgommery fut conduit, le il\ juin 1674, sur la place de Grève, en habits de deuil. D'Aubigné, qui assista à son exécution en croupe derrière Fervaques, dit qu'il parut sur l'échafaud avec une contenance ferme et assurée. Il fit un long discours, qu'il adressa d'abord à la partie du peuple placée du côté de la rivière , et qu'il répéta ensuite à ceux qui garnissaient le côté opposé; puis il vint s'agenouiller au pied de l'échafaud, en priant le bourreau de ne pas lui bander les yeux, fit un signe d'adieu à Fervaques qu'il reconnut dans la foule, et posa sa tète sur le billot —

Après l'exécution, son corps fut mis en quatre quartiers. Catherine de Médicis se fit un cruel plaisir d'assister à cet horrible drame, et d'en savourer une à une les sanglantes péripéties.

On a toujours regardé Montgommery comme une victime immolée à la vengeance de cette implacable reine. En effet , il ne pouvait être puni pour le meurtre involontaire de Henri II. La guerre civile était donc le seul grief sérieux qu'on pût articuler contre lui ; mais il était commun à tous les autres chefs protestans , et les traités de pacification semblaient le mettre à l'abri de toutes poursuites à cet égard. La fin de Montgommery fut celle d'un martyr. Sa mort a répandu sur sa mémoire

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autant d'éclat que la plus belle victoire, carie malheur a parmi les hommes le même privilège que la gloire.

Nature franchement guerrière, figure éminemment chevaleresque, dépassant les hommes de son parti de toute la tète, à l'exception de Coligny et de Coudé, — « le plus nonchalant on sa charge et le moins loueux qu'il était possible, dit Brantôme; mais lorsqu'il avait une fois le cul sur la selle, le plus vaillant et soigneux capitaine qu'on eust pu voir » ; — aussi prompt à concevoir qu'habile à exécuter; — joignant au coup-d'œil sûr du général, l'ardeur entreprenante du soldat; — ne tournant jamais un obstacle, aimant le péril , se jouant de la mort, tentant l'impossible et y réussissant; — le premier de ses contemporains pour sortir avec éclat d'une position désespérée; — inflexible comme une barre de fer; — cruel quelquefois, magnanime souvent , juste toujours; — le caractère le plus ferme et le cœur le plus haut qui ait jamais battu dans une poitrine de gentilhomme ; — né pour être un des appuis du trône , poussé fatalement par une politique italienne et cauteleuse dans la voie de la rébellion , et mort victime , sans avoir dit son dernier mot ni comme chef de parti , ni comme général, ni comme chrétien ; — tel fut ce célèbre comte de Montgommery , dont la gloire aurait égalé celle des plus grands noms de l'histoire, s'il n'avait porté les armes pour une cause que la tolérance elle-même est forcée de flétrir.

On n'est pas d'accord sur le nombre des enfans laissés par Gabriel de Montgommery. Lacretelle le fixe à onze. Quoi qu'il en soit, l'aîné, nommé Jacques , marié à Pernelle de Champagne , ne laissa qu'une fille , qui épousa le duc de Duras. En 161 1 , le cadet, Gabriel II , racheta de ce seigneur le château de Montgommery. Il eut un fils, nommé Gabriel III, marié à Aimée de Chàtenay de Lorraine, qui continua la lignée des comtes de ce nom. Nicolas-François, fils de Jacques, fut le dernier Montgommery de France; il mourut sans postérité, en

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MONTGOMMEKY.

1 712 1 , et laissa son comté à la marquise de Thiboutet, sa nièce, dont il accrut considérablement l'apanage. Néanmoins le nom deMontgommery ne s'éteignit pas en Europe. La branche de cette famille subsistante en Angleterre se signala toujours par ce caractère d'entreprise , de courtoisie et de brillante valeur particulier à toute sa race; et de nos jours même, nous avons vu un d'Églington , descendant des Montgommery par Àrnould , comte de Pembroke et fils du célèbre Roger, ressusciter, au milieu de nos préoccupations prosaïques et de notre matérialisme outré, les mœurs, les usages et la physionomie poétique des siècles de la chevalerie.

DE BROGLIE

Il est des noms qu'il suffit de prononcer pour éveiller les plus vives sympathies; c'est que ces noms rappellent tout ce qu'il y eut de plus grand et de plus pur dans les siècles passés, et qu'ils forment à ceux qui les portent une espèce d'auréole, dont chaque génération prend soin d'entretenir et d'augmenter l'éclat.

Parmi ces noms d'élite , il en est peu de comparables à ceux des de Broglie. Le Piémont, il est vrai, revendique l'honneur d'avoir été leur berceau, mais établis en France depuis trois cents ans, et naturalisés par la gloire autant que par les lettres-patentes de nos rois , nous les comptons avec orgueil au nombre de nos compatriotes.

L'origine de cette famille paraît remonter au commencement du neuvième siècle. Il est parlé dans les vieilles chroniques du Piémont, d'une noble dame, nommée Douce, veuve de Guillaume Broglia, qui fonda, vers l'année ia56, avec Mathilde Guialard, dans la ville deQuiers, un couvent de filles sous l'invocation de Sainte-Marie-de-la-Maison-Dieu; mais la première figure qui apparaisse distinctement dans les lointains

horizons de l'histoire, est celle du capitaine Broglia, au quatorzième siècle, esprit entreprenant et guerroyeur, toujours en selle et l'épée nue.

On lit dans un vieux manuscrit , // Rubieone , que le capitaine Broglia quitta Turin pour aller s'établir dans la ville de Rimini. Il équipa, de concert avec ses amis et frères d'armes, Cotignola, Tartaglia et Laurent Sforze , une compagnie de lances, à la tête de laquelle il courut les aventures et se signala par des prouesses chevaleresques que Paul Jove et Louis Corio ont célébrées.

L'armée du duc de Milan s'étant emparée, en i/joo, de Pérouse , Nocera et Spolète, vint mettre le siège devant la ville d'Assise; Broglia, qui tenait pour les Florentins, la défendit vigoureusement , fit plusieurs sorties heureuses, et contraignit l'armée milanaise à une retraite honteuse et précipitée.

L'époque précise de la mort du capitaine Broglia est incertaine. Tartaglia, son fils adoptif , brave soldat, instruit à son école et digne de lui succéder, hérita de sa fortune, c'est-àdire de son épée, de son cheval et de sa lance, véritable richesse des preux de ce temps-là.

Les documens concernant les descendans immédiats du capitaine Broglia sont trop vagues et trop confus pour qu'il soit possible d'en former un corps d'histoire sérieux; mais ils sont suffisans pour établir que, depuis Simon Broglia de Gribaudenges , qui vivait au commencement du quatorzième siècle, et Jean Broglia existant au commencement du quinzième, jusqu'à Bernardin Broglia Gribaudenges, onzième du nom, gentilhomme de la chambre du duc de Savoie Emmanuel-Philibert, capitaine des milices de Quiers, surnommé le capitaine Bernardin, et Amédée Broglia, comte de Cortandon , qui florissaient à la fin du seizième, il n'est pas un Broglia, soldat, prêtre ou négociateur, qui n'ait rendu à son pays des services signalés, et honoré sa race par des vertus

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DE KROGLTE.

remarquables. On chercherait vainement dans cette famille la trace d'un de ces grands crimes qui ternissent la pureté de tant d'illustres blasons , et aucune , avec plus de raison , n'a pu prendre pour devise ces naïves et fières paroles : « A nul

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François-Marie deBroglia, comte deRével, en Piémont , et marquis de Sénoches en France , fils puîné d'Amédée Broglia , comte de Cortandon et d'Angélique Tana , et chef de la branche aînée qui s'établit en France, vers le milieu du dix-septième siècle, avait fait son éducation militaire auprès du prince Maurice de Savoie. Long-temps attaché à la personne de ce prince en qualité de page, de gentilhomme de la chambre et de capitaine des arquebusiers à cheval , il déploya aux prises de Chevas et d'Yvrée, aux sièges du château de Massino et de Villeneuve, aux expéditions de Saluées et de Fornasso, et à la défense de Coni contre l'armée française, tant de valeur, de capacité et de sang-froid, que le cardinal Mazarin se montra jaloux de gagner une aussi bonne épée à la France. Il l'engagea au service du roi , en i644> lui confia le commandement du régiment de Champagne et de deux régimens de cavalerie et d'infanterie. Ce fut le premier Broglia naturalisé Français. Ses lettres de grande naturalisation sont datées de i645.

François-Marie fit avec distinction la campagne de Catalogne ( 1 645). Chargé de la direction de la cavalerie au passage de la Paillarède, il franchit le premier cette rivière à la nage , attaque l'ennemi avec vigueur et le repousse au-delà du point qu'il devait défendre. Le comte de Revel fut nommé sergent de bataille, le 8 avril 1646, et maréchal-de-camp, le 16 août suivant. Il donna de nouvelles preuves de son intrépidité et de ses talens militaires aux deux sièges de Lérida , à la retraite de la Cerda, où il sauva l'armée du comte d'Harcourt , et au blocus par terre et par mer de Tarragone. Ses services peu-

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dant la guerre dite des Frondeurs el des Màzarins lui méritèrent le gouvernement de Constantin et le titre de lieutenantgénéral .

On n'avait point encore vu un général pourvu d'un commandement important , et chargé en quelque sorte de la responsabilité de la victoire, monter à la brèche comme un soldat, le premier, à la vue de toute l'armée; le comte de Broglie donna ce magnifique exemple en escaladant les murailles à l'attaque de Charenton. Il fut blessé grièvement à la prise des lignes d'Arras (i64o). Louis XIV lui avait écrit qu'il regrettait de n'avoir pas un bâton de maréchal à lui offrir, mais que le premier qui viendrait à vaquer lui était destiné : malheureusement, le comte de Broglie ne vécut pas assez long-temps pour jouir du bénéfice de cette promesse. Le 27 juillet i65o, il périt de la mort deTurenne, dans la tranchée de Valence sur le Pô , assiégée par le duc de Modène ; il n'était âgé que de cinquante-six ans. On déposa son cœur dans une riche chapelle de l'église Saint-Charles des Augustins-des-Chaussées de Turin , à l'édification de laquelle il avait consacré plus de 4o,ooo livres pendant sa vie, et son corps inhumé à Quiers , dans le caveau de ses ancêtres. Un célèbre prédicateur de ce temps, Pompée Salvio, jeta sur sa tombe les fleurs d'une éloquence grave et pénétrée; et le roi, s' associant aux regrets de ses enfans, leur permit, par brevet du io janvier 1657, de décorer son cénotaphe des insignes de l'ordre du Saint-Esprit.

Charles de Broglia , comte de Cortandon, frère puîné de François-Marie, ne déploya au service de France ni moins de talent, ni moins de bravoure. Les lettres qui lui confèrent la qualité de Français, ainsi qu'à ses neveux Pierre-Jérôme et Victor Broglia , datées du mois de février 1 656, furent enregistrées en la chambre des comptes , le 12 juin 1657, et en la chambre du trésor, au Palais , le 12 mai 1681.

Le comte de Cortandon était entré au service du roi en 1 645.

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DE BROGLIE

Il fut successivement capitaine de cavalerie, lieutenant-colonel, maréchal-de-camp, lieutenant-général des armées du roi en Italie, en Catalogne, en Alsace et en Flandre, gouverneur de Bedfort en Alsace, de la Bassée en Flandre , d'Avesnes en Hainaut , et se fit remarquer dans toutes les affaires importantes qui eurent lieu jusqu'à la conclusion de la paix.

En 1660, il acheta d'Armand, prince de Conti , la belle terre de Dormans, située entre Épernay et Château-Thierry, sur les bords de la Marne; et Louis XIV, joignant, en 1 771 , à cette terre celles de Savigny, Vassieux, Vassy, les fiefs de Ranefroy, de la Rue Franche de Soilly, érigea la seigneurie de Dormans en marquisat. Charles de Broglie prit le titre de comte de Santena et marquis de Dormans , qui se perpétua dans la descendance de la marquise de Mouy, sa fille, par codicille à son testament, en date du 20 février 1698. Il mourut en 1702, doyen des lieutenans-généraux. Sa veuve, Anne- Élisabeth d'Aumont , fille du maréchal de ce nom , ne lui survécut que quelques années ; elle fut enterrée, le 18 janvier 1 706 , dans le marquisat de Dormans.

C'est une chose extrêmement remarquable que trois seigneurs du même nom aient été sans interruption , et pendant près d'un siècle et demi , appelés à la plus haute dignité de la profession militaire.

Sous le règne de Louis-le-Grand , en 1667, nous trouvons Victor-Maurice, comte de Broglie, fils de François-Marie, comte de Revel , à la campagne de Flandre, où il se signale sous les yeux d'un monarque qui savait si bien honorer le courage et inspirer le génie.

La campagne de la Franche-Comté suit de près celle de Flandre. Arrachée à la domination espagnole, cette province est réunie à la France. L'œuvre d'unité, cette grande pensée de Louis XIV, se poursuit par la victoire. Nouveau théâtre de gloire pour le colonel de Broglie : à Gray, à Dole, comme à

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Lille et à Douai, dans la plaine de Seneff et à la tranchée de Limbourg, comme à Fribourg et au siège de Luxembourg , il se place sans transition , de prime abord , par droit de mérite, parmi les plus braves et les plus habiles officiers d'une armée où la valeur est chose vulgaire, et qui a pour général le grand Coudé !

Le comte de Broglie était lieutenant-général lorsqu'il fut appelé au commandement delà province du Languedoc, foyer du protestantisme. Dans ce poste, bien autrement difficile qu'une division active, au milieu du contact brûlant de deux croyances armées l'une contre l'autre, il sut, pendant toute la durée de sa mission , par un esprit droit et une volonté ferme , maintenir l'ordre dans cette province, sans manquer une seule fois aux lois immuables de la tolérance, de la justice et de l'humanité.

Les maréchaux de Villars et de Marcin , qui soutenaient en Allemagne l'honneur des armes françaises contre le prince de Bade , tandis que le maréchal de Villeroy le compromettait si gravement en Flandre contre Marlborough, avaient reçu l'ordre de chasser les impériaux de leur camp retranché sous Haguenau ( 1707 ). Le Rhin était débordé, et pourtant il fallait le franchir, car de la rapidité de la traversée dépendait la réussite de la manœuvre. Le maréchal de Marcin, craignant d'exposer l'armée du roi à se noyer, n'ose prendre sur lui d'ordonner le passage ; il demande un conseil de guerre.

« Les conseils de guerre, répond Villars, ne sont bons que pour excuser l'inaction d'un général qui refuse de se battre. Marchez , comte de Broglie , Marcin nous suivra , et , en débarquant, le feu de la bataille nous réchauffera. »

Le comte de Broglie n'hésite pas; il se jette résolument dans le fleuve, et, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, donne ses ordres , dirige le mouvement de ses troupes , dispose ses plans .

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DE BROGLIE

avec autant de calme et de sang-froid qu'il aurait pu le faire dans le conseil ou sous la tente.

Les lignes de Stoloffen , défendues par 4o?ooo impériaux , étaient réputées imprenables, à cause des écluses qui pouvaient, en un instant, inonder les ouvrages. Le comte de Broglie dirige sur elle ses premiers efforts. Par une manœuvre aussi savante que hardie, il s'empare, pour protéger le passage de cette partie du Rhin , de l'île de Neubourg, et commande l'attaque au pas de course, lui premier, comme toujours, la baïonnette au bout du fusil. Épouvantés de cette attaque imprévue , de cette marche pleine d'audace, Jes impériaux s'ébranlent et reculent ; ils abandonnent leurs ouvrages et le chemin de l'Allemagne est ouvert devant l'armée française.

La prise des lignes de Stoloffen, préparée avec une intelligence stratégique si élevée, conduite avec une hardiesse si remarquable et couronnée par un succès si complet, valait un bâton de maréchal : c'était justice, mais déjà on ne savait plus la faire. Courbé sous le poids de sa gloire et de ses revers, fatigué de la grandeur, dégoûté de la vie, anéanti devant Dieu , le grand roi n'était plus là pour apprécier les droits , stimuler les courages, dispenser les faveurs, encourager les talens. Les intrigues de cour faisaient ou défaisaient les généraux. De tant d'habiles manœuvres, d'expéditions heureuses, le comte de Broglie ne retira auprès des hommes spéciaux que la réputation d'être le premier lieutenant-général de son siècle. Il se vengea comme se vengent ses pareils , en accumulant les services, en forçant ses ennemis à rougir de leur ingratitude; et si quelques succès honorables vinrent consoler la France des désastres de cette époque, après Yillars, ce fut surtout au comte de Broglie qu'on en fut redevable. Cinq cents caissons, cinq cents chevaux et cinq cents fantassins tombés en son pouvoir à Denain , témoignèrent de la part qu'il prit à cette victoire inespérée et décisive pour la monarchie, qu'elle sauva de

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