I. Voici venir le M>ir, au manteau ronge
Il arrive iraîn< sur le char aux roue» pleines ae i ombre. Drapé de pourpre, plie, de cendres et d'or, il marche Mr b mer, comme une ardente pensée s'avance sur l'eau d'un regard uonblc.
II. La terre tremble dans la molle buée, ainsi qu'une promesse.
Là bas, \i bas, les grands hêtres, palais de verdure deniilée, s'effacent. Vous aussi, vous obscurcissez vous, doux frênes ?
Et les promontoires ne sont plus que des femmes es prière*, confondues i genoux dans l'encens, et qui baissent la téie.
III. Le soleil meurt sur la mer, comme la joie du sourire vtt les lèvres de la jeunesse.
Là bas, là bas, les amans scellent le désir de la vie mu la bouche des amantes.
Les enfans jouent sur le pré, comme les mouches himineases.
Et les femmes, passant leurs beaux bras autour du col des hommes, les invitent aux baisen, — tandis que les jeunes filles vont puiser l'eau du soir k la fontaine, et. attendant que le vase soit plein, lèvcit In jeux et soupirent, tel s'élance Piris de l'amphore on il baigne.
Là bas, U bas, la brise du soir berce la cime des arbret.
Et les feuillages noirs frangent le ciel, tels que les cib d« la profondeur bleue.
Et maintenant, sous l'allée rojale des hêtres, ce«a qui s'aimcai, se contemplant, marchent silencieux.
IV. Le seigneur de la solitude, plus près de U haute mer, qac dt la terre où frémit Time verte des arbres.
Sur la lerratte en chitcaa, dont le ung du couchioi ëcUbousM let Titre», le» lailUni en topazei et en rubit,
Restait assis, un voile noir sur la tète, et si près de la mer, qa« le flot montant lui venait aux chevilles.
Quand les ténèbres furent plus voisines, et que le soleil fni enseveli, le seigneur solitaire, sous son voile, vit mouiller, le long de l'esplanade, k une endblure de sa chaise, un croiseur noir, immobile comme l'ombre, et soudain comme le rêve.
Sur l'avant ni sur l'arrière, on ne distinguait point de matelots.
Un seul feu brillait fixement à tribord, ceil sanglant du crépuscule, au ras de l'eau miroitante ;
Et son reflet rouge glissait sur la vague polie, comme un vin brûlant qui coule de la cuve.
V. Puis, du lillac une voix se fit entendre. Et quoiqu'elle fàl trèi sourde, elle semblait venir de si loin, qu'on l'eût jurée capable de traverser tous les espaces de la nuit. .
— Es tu U? dit-elle.
Que fais tu sous ce voile noir, qui le pèse ?
Et pourquoi restes lu, comme un cadavre roidi, quand la terre est si heureuse, le ciel si rêveur et la mer si belle ?
Lk bas, Ik bas, sur la rive, k l'ombre des vieux arbres,
Ceux qui s'aiment, aspirent la chaude vie aux lèvres l'un de l'autre, —
Et tandis qu'ils se serrent, fermant les yeux,
Entre les plus hautes feuilles, dormeuses qui sourient.
S'allument les premières étoiles. .
Réponds, fils taciturne,
Que fais tu?
VI. — N'est ce point toi, 6 invisible, le dieu grave et caché, qui guides la Paralienne,
El la ramènes de Délos lumineuse,
Pour la mouiller, un soir, au port^
Va, je t'ai reconnu. .
Nul ne le voit, qui ne touche k l'heure d'avoir tout m;
— Il I —
Cett u Toix qui la tonne 1 l'horloge majeore, et tcul il peat ('entendre, celui pour qui elle tombe.
O sablier de l'ombre,
H6te trèi sâr, qui ne murraoret Ion invite,
Que pour rire en lilence de la voir refuser. .
Ainsi donc, ainsi donc, c'est pour moi.
Qu'âpre avoir croisé sur les rivages splendides de la vie,
Tu jettes l'ancre?
Toi, dont le pavillon signale : « N'espire plus. »
Tu ne peux rien n'apprendre, belle hirondelle de la nuit :
Tu m'attendras toujours bien moins, que je ne t'ai attendue.
Je savais avant toi. noire courrière, la nouvelle que ta ne portes,
Avant toi j'ai quitté les euales riantes de la joie.
Et le royal vojage ne m'a laissé que fureur, et que désir défo.
Sur les bords de la mer d'Irlande,
J'ai fui Cjrthère et Salamine,
Et les Cyclades, déesses aux seins d'ivoire ans, coockéet tous le soleil, dans un anneau de saphir et d'or.
Et je suis, ici, venu tendre mes épaules k la brume.
Et prendre mesure de la couche somptueuse de l'oubli, —
Entre la mer verte, le ciel plie et tes lacs, où j'étais dans «ne île posée sur un miroir.
VII. — Quelle erreur est la tienne!.. Par horreur et dégoAt de l'Ennemie, tu ne veux plus voir la vie, — que tant ta aines:
Et tu te détournes.
Cependant, elle t'enpiit ; et ton Ine en est terriblenrai lourde, comme d'une ivresse d'or.
Tu baisses le voile de ton front sur tes jeux, pour ne plus les ouvrir sur la beauté des choses. . que tant tu aimr>;
Mais lu j baignes.
Et ton coeur se torture de ne pas cueillir la pèche nirc sur l'espalier du temps, de ne pu sucer le Irait délicieux des beores.
Vois là bas si ta distingues les tmaiis soas les hêtres, et sar Im hêtres, les feuilles ? Les feuilles, que tant ta aines.
Voii la bciulé de It vie :
Dam toaie son harmonie, elle e«t autti calme que le ciel.
— Comme tu et un Dieu, doucement tu me railles ; Tu et cruel, parce que tu et puissant,
Et c'est k me Taire sentir ta cruauté, que tu sens ta puisunce, 6 divin, 6 méchant.
Immortelle douceur, faite de nos amertumes,
Grandeur, que notre chélivité mesure, et qui se mesure à la
misère de notre infirmité.
Mais il j a dans l'homme des dieux d'une heure, et qui ne M
laissent pas tenter.
Mon Ime, murmurait il,
^lon Ime, tu es la plus intense des douleurs.
Et c'est pourquoi il a fallu que je te retire.
Volupté triste, c'est Ion nom. Et celui ci : Ardente profondeur ; et cet autre : Bel abîme.
Tu est née, 6 ma Volupté, sur les flots; et lu as bu le lait de la mer verte, dont le sourire est si plie,
Qu'elle semble une reine dont on ne voit que les lèvres, tandis qu'en son tendre corps voilé, là dessous, on la torture et la tenaille.
La joie et la douleur sont pareilles, 6 ma Volupté : elles donnent l'octave terrible de nos passions, cette eau dormante au marécage des hommes.
Je meurs, je meurs, i cause de tant de joie et de tant de dou* leur qui se confondent.
Je meurs k toute heure : Pourquoi veux lu que je croie vivre ?. .
— siî —
LOPD SPLEEN A KERMOR
O, qne n'ai je vécu au bord de la mer verte,
Sur la pointe du roc, i l'ombre de» vient ormet et de» piu.
Dans le sombre manoir que ceint la solitude.
Les prés noin au crépuscule, et le ciel noir oè cowe la
tempête,
Lorsque la noire voile, fujant l'orage, mouille dans l'anse, an
pied des dunes, et que le long de la grive déserte revient, silencicose. la
jeune paysanne qui ramène mes vaches i l'étable!
II. Que n'ai je auis ma vie, qne n'ai je concbé mon Ime Sur le sommet solitaire, on ta place était marqué* D'un unique palais, demeure héréditaire.
Aux vastes salles, plus hautes que la nef des cathédrale». Dont les verrières s'ouvrent sur la forêt muette qui toajoars rêve, — »ur la dune perfide où la trace des pas s'efface an vent. — ci s«r l'Océan sombre, ce désert gris où l'infini désert du ciel se mire*
III. J'aurais laissé venir le vent du large dans mes salle» !■•*■»**..
J'aurais touché mes orgues et chanté ma partie
Au Choral de l'Océan, de la Solitude sans borves et de l'Euisi.
J'aurais rêvé, loin de tout, loin des homme*, et loia pcat étr* de la vie,
Harmonieux, les yeux errans sut la vague étemelle, qui tovjomr» »e gonfle et toujours tombe, — ou, par les soirs d'hiver, le regard p«fd« sur la braise, sur les cendres de Titre en abside, — j'aurais rivé un tttis, sans souvenir cl uns limite, à l'autel de mes passions.
rV. Que ae tui» je aé, pour D'en jimtii tortir, dtai le pattit bicultre,
Le manoir de graail, que bleuit le crépuscule el qu'enlacent le» fougères
Quand le toir vient caretter iiDguiuamroenl, de $c» mollet et louplet main»,
Les sculptures du porche, — et creusant les orbite* des statues
Fait couler l'ombre de ses doigts jusque^ au fond des yeux? — Et quand souffle, par les caves du Sud et les couloirs de l'Ouett, le Suroît si rapide, qu'il éparpille en poussière la pluie obli>|ue, tandis que l'horizoïi semble un mort qui se redresse, pour vêtir son linceul bis?
V. O, que n'ai je vécu toute une vie, dans chaque heure dn silence?
Que n'ai je dépouillé de mes lèvres une déesse nue,
Dans la chambre haute comme une nef. où les braises de sang blondissent.
Et que n'ai je tremblé de voir, dans la tristesse puissante du désir, —
L'ombre de la volupté silencieuse errer, et se courber et fuir comme la vague même, parmi les formes effacées, à travers les bois d'automne et les figures d'or bleui, — des illuuies tentures venues de Flandre, et tapissant, forêt mystérieuse qui dort sous un prisme d'eau, les murailles antiques ?
jib -