LIV. III, CHAP. XLII
tiire, alors venant à vous, je vous inonderois de ma grâce.
Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le Créateur.
Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui, et vous pourrez alors parvenir à le connoître.
Le plus petit objet désiré, aimé avec excès ,^ souille Ta me et la sépare du souverain bien.
RÉFLEXION
foi vu des morts pleurer des morts, disoit saint Bernard : c'étoient des hommes qui avoient mis toutes leurs joies et toutes leurs douleurs dans les attachements de la terre , hommes vivants, à la vérité, mais morts devant Dieu , qui n'étoit compté pour rien , ni dans ces joies, ni dans ces douleurs immodérées; honunes, ajoute le même père, dignes eux-mêmes détre pleures , à cause de leur aveuglement: bien aveagles sans doute, puisque la perte même de lobjet dans lequel ils avoient mis toutes leurs complaisances ne suffîsoit pas pour leur en montrer la vanité. Hélas! il est trop vrai, tout nous échappe, famille, honneurs, richesses, amitiés, projets, applaudissements du monde ; et le bruit que nous y
3â6 l'imitation de jésus-ghrist.
avons fait, quelque grand quil puisse être, vient se perdre à jamais dans le silence du tombeau, où se taisent aussi pour toujours et nos amis et nos flatteurs. Ah! si nous connaissions le don de Dieu\ ce don d'une paix éternelle qu'il réserve à ses élus, avec quelle ardeur, fuyant les eaux empoisonnées du siècle , nous irions puiser à ces sources vives ^ du pur amour, qui coulent sans cesse du ciel sur la terre, qui seules peuvent apaiser la soif insatiable de nos infinis désirs! Efforçons-nous donc de le connottre ce don que TApôtre appelle inénarrable^; et nous estimerons le monde ce qu'il vaut , y appelant à Dien tout ce qui nous environne, et n y aimant rien que pour Dieu.