PRÉFACE
On ne connott point Fauteur d^ rCmilation. Les uns l'attribuem à Thomas A-Kempis» les autres à labbé Gersen; et cette diversité d^opinions a été la source de longues controverses, selon nous, assez inutiles. Mais il n'est point d'objet frivpje pour la curiosité hiifnaine. On a fait des recherches immenses pour découvrir le nom d'un pauvre solitaire du treizième siècle. Qu'est-il résulté de tant de travaux? Le solitaire est demenré inconnu; et rheureuse obscurité où s'écoula sa vie a protégé sqa humilité, contre notre vaine science.
Au rest^,.fii Ton se divise sur Fauteur, tout le moi|de est d'accord sur l'ouvrage, le plus beau y dit Fontenelle, qui soit parti de la main des hommes ^ puisque F Évangile nen vient pas. Il y a en effet, quelque chose de céleste dans la simplicité de. ce livre prodigieux. On croiroit presque qu'un lie ces purs esprits qui voient Dieu face à face, soit venu nous expliquer sa parole, et pous révéler ses secrets. On est ému profondément à Faspect de cette douce lumière, qui nourrit Famé, et la fortifie,. ^ Féchauffe sans I%|(4|ubler. C'est ainsi qu'après avoir ent«ndu Jésus-Christ lui-même les dîscqf)les d'Emmaiis se disoieçt Fun à l'autre : Notfe cœur nétoit-il pas tout
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mirables conseils pour toutes les circonstances de la vie. En quelque position qu*on se trouve , on ne la lit jamais sans fruit. M. de La Harpe en est un exemple frappant ; écoutons-le parler lui-même,
« J^étois dans ma prison, seul, dans une petite cham- «bre, et profondément triste. Depuis quelques jours K jWois lu les Psaumes, TÉvangile, et quelques bons «livres. Leur effet avoît été rapide, quoique gradué. Il Déjà j'étois rendu à la foi : je voyois une lumière nou- « Telle, mais elle m'épouvantoit et me consternoit, en «me montrant un abyme, celui de quarante années « d^égarement. Je voyois tout le mal et aucun remède. « Rien autour de moi qui m'offrît les secours de la re- « ligion. D'un autre câté, ma vie étoit devant mes yeux « telle que je la voyois au flambeau de la vérité céleste; « et de lautre , la mort, la mort que j'attendois tous les «jours, telle quon la recevoit alors. Le prêtre ne pa* « roissoit plus sur Téchafaud pour consoler celui qui « alloit mourir; il n'y montoit plus que pour mourir lui* « même. Plein de ces désolantes idées, mon cœur étoit « abattu, et s'adressoit tout bas à Dieu que je venois de « retrouver, et qu'à peine connotssois-je encore. Je lui « dtsois : Que dois-je faire? Que^ais-je devenir? J'avois « sur une table rimitatîon; et Ton m'avoit dit que, dans « cet excellent livra, je tiouverois souvent la réponse à «mes pensées. Ja. l'ouvre au basard, et je tombe, en « l'ouvrant, sur ces paroles : Me voici ^ mon fils : je viens « à vous parceque vous Wiavez invoqué. Je n'en lus pas « davantage ; l'impression subite que j'éprouvai est au*
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«dessus de toute expression, et il ne m'est pas plus « possible delà rendre que de Toublîer. Je tombai la face « contre terre , baigné de larmes , éfouffé de sapglots , je- « tant des cris et des paroles entrecoupés. Je sentois mon «oœur soulagé et dilaté, mais en mén^jp temps comme « prêt à se ftndre. Assailli d'une foule d'idées et de « sentiments, je pleurai assez long-temps } 8ans qu'il me «reste d'ailleurs d'auUre souveniif de cette situation, si '«ce n'est que c'^st, sans aucune comparaison, ce que « mon cœur a jamais senti de plus violent et de plus dé- «licieux; et que ces iftots : Me voici ^ mon fils! ne ces* « soient de retentir dans mon ame , et d'en ébranler « puissamment toutes les facultés. »
Que de grâces cachées renferme un livre dont un seul passage, aussi court que simple, a 'pu toucher de la sorte une ame long-temps endurcie par l'orgueil philosophique ! Qu'on ne s'y trompe pais cepend^t : pour produire ces vives et soudaines impressions, et même un effet vraiment salutaire, l'Imitation demande un cœur préparé. On peut, jusqu'à un certain point, en sentir le charme, on peU^ l'adiiûrer, sans qu'il résulte de cette stérile admiration aucun changement dans la volonté ni dans la conduite. Rien n'est utile pour le sa* lut que ce qui repose sur l'humilité. Si vous n'êtes pas humble, ou si, au moins, vous ne destfet pas le deve* nir, la paroJe de Dieu tombera sur votre ame comme la rosée sur un sable aride. Ne croire que soi et n'aimer que soi, est le caractère de l'oi^ueil. Or, pri^é de foi et d'amour, de quel bien Fhofune est-il capable? A qm^ ^