‹ Imitation de Jésus-ChristChapitre 88 sur 312 · LIV. II, CHAP. IX. i · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. IX. i

est porté par le Tout- Puissant et conduit par le guide suprême?

2. Toujours nous cherchons quelque soulagement, et difficilement Fhomme se dépouille de lui-même.

Fidèle à son évéque , le saint martyr Laurent vaincpiit le siècle , parcequ il méprisa tout ce que le monde offre de séduisant, et qu'il souffrit en paix, pour Fatnour de Jésus- Christ, xl'être séparé du souverain prêtre de Dieu, de Sixte, qu'il aimoit avec une vive tendresse.

Par lamour du Créateur surmontant Famour de lliomme, aux consolations humaines il préféra le bon plaisir divin.

Et vous aussi, apprenez donc à quitter, pour 1 amour de Dieu , Fami le plus cher et le plus intime.

Et ne murmurez point s'il arrive que votre ami vous abandonne, sachant qu'après tout il fiiut bien un jou r se séparer ton s.

3. Ce n'est pas sans combattre beaucoup et long-temps en lui-même que Fhomme apprend à se vaincre pleinement, et à reporter en Dieu toutes ses afiections.

i34 l'imitation de jésus-christ.

Lorsqu'il 6 appuie sur lui-même, il se laisse aisément aller aux consolations humaines.

Mais celui qui a vraiment lamour de Jésus- Christ et le zélé de la vertu ne cède point à lattrait des consolations, et ne cherche point les douceurs sensibles ; il désire plutôt de fortes épreuves , et de souffrir de dui^ travaux pour Jésus^Christ.

4. Quand donc Dieu vous accorde quelque consolation spirituelle, recevez-la avec action de grâces ; mais reconnoissez-y le don de Dieu et non votre propre mérite.

Ne vous en élevez pas, n'en ayez point trop de joie, n'en concevez pas une vaine présomption. Que cette grâce, au contraire, vous rende plus humble, plus vigilant, plus timide dans toutes vos actions : car ce moment passera et sera suivi de la tentation.

Quand la consolation vous est ôtée, ne vous découragez pas aussitôt; mais attendez avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de nouveau ; car il est tout-^puissant pour vous consoler encore plus.

Gela n'est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l'expérience des voies de * Dieu : les

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grands saints et les anciens prophètes ont sou-? yent éprouvé ces vicissitudes.

5. Un d^eux , sentant la présence de la grâce, s'écrioit : Tai dit dans mon abondance : Je ne serai jamais ébranlé l Mais la grâce s'étant retirée , il ajoutoit : Vous avez détourné de moi votre Jace, etfai été rempli de trouble \

Dans ce trouble, cependant, il ne désespère point, mais il prie le Seigneur avec plus d'instance, disant: Seigneur, je crierai vers vous, et f implorerai mon Dieu '.

Enfin il recueille le fruit de sa prière, et il témoigne qu il a été exaucé : Le Seigneur m'a écouté, et il a eu pitié de moi; le Seigneur s'est fait mon appui ^.

Mais comment ? Vous avez , dit-il , changé mes gémissements en chants d'alégresse; et vous m'avez environné de joie *.

Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands saints, nous ne devons pas perdre courage, pauvres infirmes que nous sommes, si quelquefois nous éprouvons de la ferveur, et quelquefois du refroidissement * car lesprit de

' Ps. rxix, 7,9. — * IbicL lo. — ^ Ibid. i3. — 4 ibid. i4.

r36 l'imitation de Jésus-christ.

Dieu YÎeat et ne retire comme il lui jJatt. Ce qui faisoit dire au bienheureux Job : f^ous t/îsitez Vhotnme dès le matin , et aussitôt vous f éprouvez * .

6. En quoi donc espérer, et en quoi mettre ma confiance, si ce n est uniquement dans la grande miséricorde de mon Dieii et dans 1 at^ tente de la grâce céleste?

Car, soit que j aie près de moi des hommes yertueiix , des religieux fervents , des amis fidèles; soit que je lise de saints livres et d'éloquents traités; soit que j entende le doux chant des hymnes, tout cela aide peu et ne toudie guère, quand la grâce se retire et que je suis délaissé dans ma propre indigence.

Alors il nest point de meilleur remède qu une humble patience et labandon de so^* même à la volonté de Dieu.

7. Je n ai jamais rencontré dliomme si pieux et si f>arfait qui n ait éprouvé quelquefois cette privation de la grâce, et une diminution de

^erveur.

Nul saint na été ravi si haut ni si rempli de

< Job. VII, 18.

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