CHAPITRE XXX
4^9\l faut demander à DIEU SON SECOURS , ET AV01« CONFIANCE DE RECOUVRER SA GRACE.
Mon fils, je $uis ie Seigneur qui far- Ufie aujowr de V affliction, (Nah. i. 7.) Venez à moi lorsque vous âerez ddns la peine.
Ce qui arrête le plus les consolatîans du Ciel , c'est que vous recourez trop tard à la prière : car, avant de voUjS adresser à moi tout de bon, vous ne laissez pas que de dhercher au dehors des consola* tioBS el du plaisir.
Et de là tient que toutes choses vous servent de peu , jusqu'à ce que vous re-
connaissiez que c'est moi qui délivre ceiuv qui espèrent en moi ( Psal, i6. 7 )^ et que hors de moi il n'y a point de secours suffisant, de conseil utile, ni de remède durable.
Mats, ayant repris cœur après rdrage, rappelez vos forces à la vue de mes misé^ ricordes : car je suis près de vous, dit le Seigneur, pour rétablir toutes choses , non-seulement avec mesure , mais avec abondance et en comblant la m^ure.
2. Y a^i-dl rien qud me soit difficHe ( Jer. 32. 27).^ ou ressemblerai^je à ceux qui disent, et qui ne font point?
Où est votre foi ? soutenez-^vous avec fermeté et persévérance. Soyez patient et courageux, la consolation viendra pour tous en son temps. Âttendez*moi , attendez : je viendrai 3 et je vous guéri/rai, ( Matth. 8. 7, )
L'agitation op vous êtes est une tentation , et votre saisissement est Teffet d*ane vaine frayeur.
A quoi sert votre mquiétude wiaat de»
choses à venir, sinon â vous donner tris^ tesse sur tristesse ? Â ciiaqusjour suffit
son mal. ( Ib. 6» 34- )
C'est une chose vaine et inutile que de s attrister ou de se réjouir par avance de ce qui n'arrivera peut-être jamais.
3. Mais c'est le faible de l'homme que de se laisser séduire par ces sortes d'ima«> giaatioQS , et c'est la marque d'un esprit
encore faible de se rendre si aisément aux persuasions de 1 ennemi.
Ce.r il est indifférent à cet esprit malin de se servir du vrai et du faux pour vous séduire et vous tromper, et de vous abattre par lamour des choses présentes, ou par 1 appréhension des futures.
Q%^ votre cœv/r donc ne se trouble et ne craigne point. Croyez en moi ( Joan.< i4- !• et 27 ), et ayez confiance en mes miséricordes.
Quand vous pensez être éloigné de moi, c'est alors souvent que )e suis plus près de vous. Quand vous croyez que tout est presque perdu , c'est alors que vous êtes souvent sur le point d'acquérir plus de mérites.
Non , tout n*est pas perdu , lorsqu'il vous arrive quelque chose contre votre attente.
Vous ne devez pas juger selon la présente disposition , ni prendre à cœur Taffliction, de quelque côté qu elle vienne, comme s*il ny avait plus pour vous d'espérance d en sortir.
4* ^N6 yon^ regardez pas comme entièrement abandonné, encore, que je vous envoie pour un temps quelque traverse , où que je retire dé vous la consolation que vous désirez; car c'est par -là quil faut passer pour aller au royaume du Ciel. Et il est sans doute plus expédient pour vous et pour mes autres serviteurs , que
vous soyez ainsi exercé par des adversités, que si vous aviez toutes choses à souhait. Je connais les pensées les plus secrètes; )e sais qu'il est très-avantageux pour votre salut que vous demeuriez quelquefois sans aucun goût, de peur que le bon succès ne \ous élève, et qu'une complaisance en vous-même ne vous porte à vous croire autre que vous n êtes. Je puis ôter ce que ) ai donné , et le rendre quand il me platt.
5. Ce que )e donne est mon bien : quand je le retire, je ne prends rien du vôtre, parce que tout bien et tout don parfait m'appartiennent.
Si je permets qu'il vous arrive quelque peine ou quelque contradiction, nen murmurez point , et ne perdez pas courage : je puis vous soulager en un moment , et changer en joie le poids de vos afflictions.
Certainement je suis juste , et vous devez me savoir beaucoup de gré quand j'en agb ainsi avec vous.
6. Si vous jugez sainement des choses, et selon la vérité, vous ne devez jamais vous attrister avec tant d'abattement dans les adversités, mais plutôt vous en réjouir, et m'en rendre grâces, et même compter pour unique sujet de joie, que vous affli-géant de douleurs , je ne vous épargne pas. (Job. 6. lo.)
J'ai dit à mes disciples bien-aimés :
Je vous aime comme mon Père tn'tù aimé. (Joan. i5. 9.)
Aussi les aî-je envoyés, non pour jotiîr des joies temporelles, mais pour soutenir de grands combats ; non pour possé^ der des honneurs, maïs pour souffrir des mépris; non pour l'oisiveté, mais pour le travail; non pour goûter du repos, mais pour porter de» frwiîs aéondans dans ta patience. (Luc^.8. i5» Joan. i5. i6«) Souvenez^ vous» mon fiU; de ces paroles.
PRATIQUE
péril ceux qui espèrent en moi. Que ces paroi sont capables de consoler, de soutenir et de Tas5airer une âme dans les tentations et dans les adversités y
Êourvu qu'elle demeure ^dèle .et constante à ce que î eu veut d'elle ! et c'est ce qçte TËcriture appelle^ attendre et soutenir le Seîgneuç.:
Croyez en moi, dit le Sauvei»', et que votre cœur ne se trouble et ne craigne point. Ainsi , dans les occasions de peines intérieures ou extérieures, il faut, 1. recourir a Dieu avec confiance f 2. se résigner à sa sainte volonté^ 3. ne rien négliger de ses exercices;, 4. se vaincre , se retenir et se renoncer en tout , pour agir de concert avec Dieu; 5. faire son bonheur et son mérite, d'être peiné , tourmenté , et comme anéanti , pour honorer la grandeur de Dieu ; enfin , être content de porter un cœur ci*ucifié, souôrant et pénétré d'amertume et de douleur, qui est l'état du cœur de Jésus sur la Croix.
PRI£RE
Non, Seigneur, je ne croirai pas tout perdu quand l'aurai perdu le sentiment et le goûtde votre 'présence ; mais^ au contraire, je croirai tout gagné quand mon
àoie, Aëtrie d'amertume, et comme accablée d'emiut, sera soumise à votre bon plaisir ; et qu'elle ne subsistera qu'en vous, en vous disant avec le Prophète : Je TOUS remets toute ma force, parce que mon âme est enti'e vos mains, et que votre miséiicorde soutient et anime mon cœur à profiter du sentiment de mes misères. Ne m'abandonnez pas, 6 mon Dieu ! au dërégleneot de mes passions; soyez-en le maître par votre grâce , et me conservez toujours dans la possession de votre cœur. Ainsi soit-il.
..CHAPITRE XXXL
BO MEPHIS DE TOUTES LES CREATURES 9 POUR TROnOVEA
LE GRÉiTESR.
LE CHRÉTIEN
SEfGHBoa, i*ai encore bien besoin d'une grâce plus forte , s'il faut que j'arrive à ôe point que nul homme et nulle créa** ture ne soient copables de me causée^ d*embârraâ. Car, tant que je sui^ retenu par quelque chose, je n*ai point la liberté qu'il me faut pour voler à vous.
Celui-là «ouhaitait ce vol libre, qui disait : Qui ést-ee qui me donnera des ailes de colofnbe , et je prend/rai mon w>i, et je trouverai le repos? (Psal.
Quy a^t-il de plus paisible que VtzU sùnpie (MaUh. 6. 22 )? et quoi de phui Ubre que celui qui ne désire rien sur la terre?
II faut donc s'élever au^dessiis de tout
ce qui est créé, se quitter parfaitement soi-même, et dans cet état d'élévation comprendre que vous, qui êtes le créa-^ teur de toutes choses , n'êtes en rien sem^ blable aux créatures. Et si Ton n'est parfaitement dégagé de toutes les choses créées, on ne pourra s'appliquer librement aux choses divines.
C'est pour cela qu'il s'en trouve si peu qui s'adonnent à la contempfation, parce qu'il y en a peu qui sachent se détacher entièrement des créatures et des choses périssables.'
â . Pour en venir là , il faut une grande grâce qui élève l'âme, et qui la transpoRte au-dessuG d'elle-même. Et si un homme n'est élevé en esprit, s'il n'est dégagé de toutes les créatures, et uni tout à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il ^ est peu considérable.
Celui-là sera long-temps petit et rempant, qui estime comme grand quelque chose , hors le seul et unique bien , ie bien immense et éternel; et tout ce qui n'est point Dieu nest rien, et ne doit être compté pour rien!
La différence est grande entre la sagesse d'un homme éclairé et dévot» et le" savoir d'un homme d'étude et de lettres.
Cette science, qui vient d'en haut par l'influence de la grâce, est biea plus noble que celle qui s'acquiert par le travail de l'esprit humain..
3. Il 3*en trouve plusieurs qui youdraien^t s'appliquer à la contemplatioD; mais ils ne s'appliquent pas à pratiquer ce qu'il faut pour y parvenir. Un grand obstacle à cela, c'est ^u on s'arrête à des pratiques extérieures et à des choses sensibles , et qu'on s'adonne peu à une parfaite mortification.
Je ne sais ce que c'est, quel esprit nous conduit, et ce que nous prétendons, nous qui passons pour spirituels, de prendre tant de peines et de soins pour des choses viles et passagères, et de penser si peu à régler notre intérieur , et a tenir nos sens dans un parfait recueillement.
4* Chose déplorable ! après une légère récollection , nous nous répandons aussitôt au dehors , sans peser nos actions par un examen sévère.
Nous ne prenons, point garde à la bassesse de nos affections , et nous ne déplo-^ rons point la corruption totale de notre âme. Car toute chair avait corrompu sa voie ^ et le déluge universel s^en ensuivit. (Gen.6. 12.)
Nos affections intérieures étant donc fort corrompues, il faut nécessairement que les actions qui en procèdent soient corrompues : ce qui marque que nous avons perdu la vigueur Intérieure. La pureté du cœur produit les fruits de la bonne vie.