Prenez couragjs , et vous disposez à mieux souffrir
Tout n'est pas perdu pour vous, si vous vous trouvez souvent afiOiigé et tenté rudement. Vous êtes homme , et non pas Dieu ; vous êtes de chair , et non pas un Ange.
Comment pourriez^vous toujours demeurer en un même état de vertu , puisque cette fidélité a manqué à l'Ange danjs le Ciel, et au premier homme dans le Paradis.
C'est moi qui relève et qui sauve ceux qui gémissent, et je fais monter jusqu'à ma Divinité ceux qui connaissent leur faiblesse.
4* Le Ch. Seigneur, bénie soit voire parole , parole pius douce à ma bouche gue le miel et le plu$ pur rayon de tniel. (P. 18. 1 1. Ps* 1 18. io3. )
Que ferais-je parmi tant d'af&ictions et de peines , si vous ne me fortifiiez pas par vos saintes paroles ?
Que m'importe ce que je souffre , et > combien je souffre, pourvu que j'arrive j enfin au port du salut?
/^ Donnez-moi celte bonne fin, accordezmoi une heureuse, sortie de ce monde.
Souvenez-vous de moi , mon Dieu , et conduisez-moi par le droit chemin dans votre royaume. Ainsi soit-U.
j^ X. iJaiTATIUlM* DE J.-C.
PRATIQUE
Lorsqu'on s'ennuie de souffrir toujours étde soufliÎF beaucoup , il faut se souvenîf (|ue l'humble soumission aux peines est incomparablement plus itgrëable à Dieu que la douceur de ses consolations; et qu'ainsi 1» souveraine consolation pour une âme , c est d^étre privée de toute consolation , «t de ne laisser pas de lui être fidèle.
Lorsqu'on est tente et porté au pécbë , il faut s'eu dëtouruer , et résister à son mauvais penchant avec toute la force et tout le courage possible , et recourir aussitôt à notre Seigneur et à la sainte Vierge, pour en être secouru. Cependant le sentiment du mal ne doit point nous abattre et nous décourager, mais nous élever à Dieu avec une vraie confiance^ et une extrême horreur du péché; il faut, autant qu'on le peut, retirer notre esprit des mauvais objets qui le frappent, et notre cœur du plaisir criminel qui le porte à consentir au péché ; et , pour être fidèle dans tes contradictions, tacher de ne rien dire le cœur ému, et de sacrifier à Dieu les réfiexions chagi^ines , et les sensibilités animées par le ressentiment contre les personnes qui vous fout peine ; persuadé que tout ce que vous pensez, ce que vous voulez, et ce que vous dites contre eux, c'est à J.-G. que cela s'adresse.
jSouvenez-vous , dans vos peineis intérieures, que tout n'est pas perdu , pour vous voir affligé et tenté violemment. Mais résistez à la tentation , soumettezvous à l'humiliation; et croyez quç- pour être élevé jusqu'à l'union avec Dieu, il faut que vous vous abaissiez auparavant dans la profondeur de vos misères.
fai£BS.
Ne permettez pas, Seigneur, que mes peines soient inutiles à mon salut; et, si je ne les sounre pas avec
i'oie, faites qu'au moins je les endure avfec patience. 1 est bon que je sois humilié, afin que j'apprenne^^ à garder vos saintes ordonnances. Que je serai > malheureux , si je l'étais deux fois, si je Pétais en ce inonde et dans l'autre! J'espère, 6 mon Pieu! que vous ferez de mes peines le gage de mon .sahit. Ainsi soît-iK
Liivnc» JiJLi* A>nA.r» hty »ii»
CHAPiTaE tVIII.
Qr'iL VE FAtT POIKT SOlfDER XES HAUTS MYSTERES ET LEH SECRETS JUGEMEVS DE DIEU.
Mon fils, gardez-vous bien de disputer sur des matières relevées , et sur les secrets lugemens de Dieu : pourquoi il abandonne ainsi l'un , et qu'il élève l'autre à une si grande grâce ; pourquoi celui-ci est si fort dans l'affliction , et celui-^lâ est si comblé d'honneurs.
Ces choses passent la portée humaine :
nul raisonnement, nulle dispute, n'est capable d'approfondir les jugemens de Dieu.
Quand donc l'ennemi vous suggère ces pensées , ou que des hommes curieux vous questionnent, répondez*leur ces paroles du Prophète : Fous êtes jvste , Seignewr , et votre jugement est équvtable ; et ces autres : Les jugemens du Seignetur sont vrais , et se jtùsti fient par eux-mêmes, ( Ps. ii8* iZ'j. Ps. 18. 16. )
Il faut craindro mes jugemens , et non pas les sonder, parce qu'ils sont incompréhensibles â l'esprit humain.
2. Gardez- vous aussi de vous enquérir et de disputer du mérite des Saiuts ; quel
ùgo LIMITATION DE J.-C
d'eux est le plus saint ou le plus grand au Royaume des Cieux.
Ces sortes de questions engendrent souvent des débats et des contestations inutiles ; elles nourrissent aussi lorgueil et la vaine gloire : ce qui produit des jalousies et des dissensions, lorsque lun élève un saint , et que l'autre s efforce avec orgueil de lui en préférer un autre. D'ailleurs le désir de savoir et d ap-
f>rofondir ces choses ne rapporte aucun ruit, mais plutôt il déplaît aux Saints; parce que je ne suis pas un Dieu de dissension, mais de paix ( i Cor. i4* 33); et que cette paix consiste plus dans une véritable humilité que dans la propre élévation.
3. Il y en a qui, par un zèle de tendresse, se portent avec plus d'affection vers quelques Saints que vers les autres : mais ce zèle vient plutôt de l'homme que de Dieu«
C'est moi qui ai fait tous les Saints; c'est moi qui leur ai donné la grâce; c'est moi qui les ai établis dans la gloire. J'ai connu les mérites de chacu»
d'eux , et je les ai prévenus par 4es éé" nédictions de ma douceur. ( Psal. 20.4») J'ai connu mes bien-aimés , dans ma prescience , avant tous les siècles. Je ies ai choisis, et tirés du inondci (Joan.
i5. 19.) Ce ne sont pas eux qui m'ont chojsi les premiers.
C'est moi qui les ai appelés par ma grâce, qui lés ai attirés par ma miséricorde, et qui les ai fait passer par différentes tentations.
C est moi qui ai répandu en eux des consolations merveilleuses , qui les ai fait persévérer ^ qui ai couronné leur patience.
4. Je connais le premier et le dernier, et je les aime tous duu amour inestimable.
Cest moi qu'il faut louer dans tous mes Saints; cest moi qu'il faut bénir et honorer par -dessus toutes choses en chacun d'eux, les ayant élevés et prédes-* tinés à tant de gloire, sans qu'il y ait eu en eux aucun mérite propre qui ait précédé.
Celui donc qui méprise un des moindres des miens n'honore point le plus grand ,^ puisque j'ai fait le petit comme le grand. Et celui qui fait injure â quelqu'un des Saints me la fait à moi-même, et à tous les autres qui sont dans le Ciel.
Tous n'y font qu^un par le lien de la charité^ ils n'ont tous qu'un sentiment et une volonté, et ils s'aiment tous en un.
5. Mais ce qui est bien plus sublime, ils m'aiment plus qu'eux-mêmes » et que leurs propres mérites.
Car , transportés hors d'eux-mêmes , et tirés hors de leur amour-propre , ils s'abiment totalement dans l'amour qu'il»
me partent, et dans la îoutssance duquel ils trouvent leur repos.
Il n'est rien qui les puUsc détourner ou les rabaisser; parce qu'étant remplis de la vérité éternelle , ils brûlent du feu d'une charité qui ne peut s'éteindre.
Que les hommes charneb et anhnaux ne se mêlent donc point de discourir sur Tétat des Saints , eux qui ne savent aimer que leur satisfaction particulière.
Us ôtent ou ils ajoutent selon qu'il leur platt , et non comme il plaît a Téternelle vérité.
6. C est ignorance en plusieurs , principalement en ceux qui , étant peu éclaira, ne savent presque ce que c'est que d'aimer quel^ju'un d'un amour purement spirituel.
Une affection . naturelle , une amitié humaine , leur donnent encore un grand penchant vers les uns ou vers le^s autres ; et Us s'imaginent qu'il en est des choses du ciel comme de celles de la terre , où ils se trouvent. Mais la différence est infinie entre ce que pensent les imparfaits , et ce que les hommes éclairés connaissent par la révélation d'en haut*
7. Gardez -vous donc, mon fils, de traiter avec curiosité ces matières, qui passent votre savoir : mais plutôt mettez votre application et vos soins â pouvoir être même le dernier dans le Royaume de Dieu.
Car, quand quelqu'un saurait quel Saint est plus saint au .plus grand qu'un autre dans le Royaume des Cieux, quel avantage tirerait-il de cette connaissance, fii . elle ne lui servait pas à s'humilier devvant moi , et à rendre gloire à mou nom a;^ec plus d'ardeur?
, Celui qui pense à la grandeur de ses {léchés i à son peu de vertu , et combien il est éloigné de la perfection des Saints , fait uoe chose bien plus agréable à Dieu que n'en fait un autre qui dispute du j>lus> ou du nKiins de leur grandeur.
Il vaut mieux invoquer les Saints par des prières ferventes accompagnées de larmes,, et implorer leurs glorieux suffrages avec humUité de cœur ^ que d'examiiier par une vajne recherche les secrets de leur état. •
8. Ils sont parfaitement contens; et ils ie seraient des hommes, si les hommes savaieQt se contenter , et réprimer la licence de leurs vains discours.
|«os .Saints jae se glorifient point de leurs propres mérites, parce qu'ils ne jB attribuent aucun bien , mais qu'ils le xapportent tout à moi., comme leur ayant tout dpnné par ma charité infinie.
Us sont remplis d'un si grand amour pour ma Divinité^ et d'une telle surabondance 4e |oie, que rien ne manque et ne peut manquer à leur gloire et à leur fé* licite.
^oa JL iwrrA'rauiN usa j.-c»
Plus les Saints sont élevés en gloire , plus ils sont humbles en eux-mêmes; ce qui les approche de moi de plus près, et me les rend plus chers.
Ççst pourquoi vous voj'cz qu'il est écrit : Qu'Us jetaient (ev/rs couronnes devant Dieu , et tombaient sur iev/r face au<v pieds de i* Agneau , et qu*Us adoraient o<d qui vit dans les siècles des siècles. ( Apoc. 4* lo et 5. i4- )
9. Plusieurs demandent : Q'ù^ est le ptus grand dans le Royaume de Dieu, ( Matth. 18. 1 }, lesquels ignorent s'ils seront dignes d avoir place parmi ïes plus petits.
C'est quelque chose de. grand que d*étre le plus petit dans le Giél, où tous sont grands , parce que tous y seront appelés , et seront en effet*les enfaus de Dieu.
Le plus petit sera élevé sur mille , et le pécheur de cent ans mourra. { Is. 6a. 22 et 65. 20. )
Car mes disciples dmnandant qu^l était le plus grand dans ie Royaume des Cieuce, voici la réponse quils eurent : Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfans , vous n'entrerez point dans le Royaume du Ciel. Quiconque donc s'humiliera comme ce petit enfant sera le plus grand dans le Royawme des Ciev4x>.
(Mat. 18. 1.3 et 4.)