‹ Imitation de Jésus-Christ;Chapitre 41 sur 190 · LIVRE 1. CHAP. XXÏT. IID · texte numérisé non relu

LIVRE 1. CHAP. XXÏT. IID

Mais malheur à ceux qui ne connaissent pas leur misère ! et malheur encore plus à ceux qui aiment cette vie misérable et corruptible !

Car il s'en trouve dont l'attachement est si grand pour cette vie, que, bien qu'ils aient à peine le nécessaire par le moyen de leur travail ou des aumônes, s'ils pouvaient toujours vivre en ce monde, ils ne &e mettraient point en peine du royaume de Dieu.

4. O hommes insensés et infîdèled de cœur, dont l'âme est tellement ensevelie dans les choses de la terre , qu'ils n'ont de goût que pour ce qui est charnel !

Mais, hélas! ils reconnaîtront enfin , à leur malheur, la bassesse et le néant des choses qu'ils ont aimées.

Les Saints et les fidèles amis de J.-G. ne se sont point arrêtés à ce qui plaisait aux sens , ni à ce qui était florissant dans le monde ; mais toute leur espérance et tous leurs soupirs tendaient vers les biens éternels. Us portaient tous leurs désirs en haut, vers les biens durables et invisibles, de peur que l'amour des biens visibles ne les entraînât vers la terre.

Ne perdez point, naon frère, l'espérance de vous avancer dans la vie spirituelle ; vous avez encore le temps , et voici le moment d'y travailler.

5. Pourquoi diflerez-vous à exécuter vos bons propos? Levez-vous, commen-

I lO L IMITATION DE J.-C.

cez dès ce moment, et dites : Voici le temps d'agir, Yoici le temps de combattre, voici le temps propre pour se corriger.

Quand tous avez des afflictions et des disgrâces , c*est alors le temps de mériter.

H faut que vous passiez par ie feu et par Veau, avant que d* entrer dans le rafraîchissement. (Ps. 65. la.)

Si vous ne vous faites violence , vous ne pourra surmonter vos vices.

> Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne saurions être sans péché, ni vivre sans ennui et sans douleur.

Nous voudrions biect être délivrés de toutes nos misères; mais , parce que nous avons perdu l'innocence par notre péché , nous avons aussi perdu la véritable félicité»

Il faut donc que nous ayons patience, et que nous attendions la miséricorde de Dieu, jusqu'à ce que cette iniquité passe, et que ce qu'il y a de mortel en nous soit com^me absorbé par la vie. ( Ps. 56. IL Cor. 5. 40

6. O combien est grande la fragilité humaine, qui a toujours du penchant au vice !

Vous confessez aujourd'hui vos péchés, et demain vous commettrez de nouveau ceux dont vous vous étiez confessé. Vous vous proposez dans le moment d'être sur vos gardes, et une heure après vous agis-

sez comme si tous ne vous étiez rien proposé.

Nous avons donc bien raison de nous humilier, et de n avoir jamais une bonne opinion de n8us-mémes, puisque nous sommes si fragiles et si inconstans.

Nous pouvons même, par notre négligence, perdre en peu de temps ce que nous avons eu ppine à acquérir par un long travail, avec le secours de la grâce. Que sera-ce de nous à la fin , si èp. commençant nous sommes si lâches et si langulssans ?

Malheur à nous si nous cherchons déjà â nous reposer, comme si nous étions en paix et en assurance, dans le temps qu il ne parait encore dans notre conduite aucune trace d'une véritable sainteté !

Nous aurions grand besoin qu^on nous instruisît de nouveau, et qu'on nous formât aux bonnes mœurs , comme de simples novices, s'il y avait lieu d'espérer de nous quelque amendement , et quelque progrès notable dans la piété.

PRATIQUE

Quel bonheur et quel nërîte de chercher et de trouver le cœur d'un DjCu de mîsëricorde, pour y porter et comme y perdre toutes ses misères ! O qu'on est heureux de comprendre et de goûter que le vrai bonheur, et comme le Paradis de la terre , est de souf&ir pour Dieu, et de souffrir dé toutes les peines celle qui nous répugne et qui nous humilie dayan-

1 lU luliari'A'A'lUJX DE J,-C.

tage ! car il n'y a que Tamour de Dieu qui puisse nous engager à la porter. Qu!on est misérable aignorer ou aaimer les misères de cette vie , et de ne pas soupirer incessamment après le vrai bonheur de la vie future ! et que S. Grégoire avait raison de dire, que c'est aimer sa faim et son malheur, et ne pas aimer son rassasiement et sa félicité ! Peut-on éprouver à toute heure, comme on fait, Tinconstance et la fragilité de son cœur, qui oublie à toute occa-

fit Judith, de nous fortifier et de nous rendre ûdèles?.

PAIÈRE.

Nous vous supplions , 6 le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ! de nous soutenir dans les combats perpétuels que nous sommes obligés de livrer à nos passions, a notre amour-propre, et à ce nous-mêmes qui vous est si opposé. Car,^ hélas! Seigneur, que pouvons-nous faire, que de tomber dans le péché, vous déplaire, vous irriter, et nous perdre ? Ne nous abandonnez donc pas à nousmêmes: mais, nous fortifiant dans l'homme intérieur, comme parle votre Apôtre, faites que nous renoncions en tout et à tous momens à nos inclinations mauvaises, qui tâchent incessamment de nous déro» ber notre cœur. Assurez votre conquête, et faites que nous soyons tout à vous et toujours à vous. Ainsi soit-il.

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