‹ Imitation de Jésus-Christ;Chapitre 42 sur 190 · DI LA MEDITATION DE LA MOET · texte numérisé non relu

DI LA MEDITATION DE LA MOET

Ce sera bientôt fait de vous ici-bas, voyez en quelle disposition vous êtes.

L'homme qui vit aujourd'hui ne parait plus demain , et quand il a disparu â nos yeux, il s'efface bientôt de notre pensée.

O dureté et stupidité du cœur humain, de ne penser qu aiPprésent , et de ne pas prévoir lavenir! Vous devriez vous comporter dans Ipytes vos actions et dans toutes vos pensées, comme si vous deviez mourir aujourd'hui;

Si votre conscience était pure, vous n'appréhenderiez pas beaucoup de mourir; et il vaudrait bien mieux éviter le péché que de fuir la mort.

Si vous netes pas aujourd'hui prêta mourrr, comment le serez-vous demain ?

Ce dcniain est incertain; et que savèz-vous s'il y en a un pour vous?

2. Que nous en revient-il de vivre long* temps, puisque nous nous corrigeons si peu?

Hélas! une longue vie ne sert pas toujours â nous amender; elle ne fait souvent qu'augmenter nos fautes.

Plût à Dieu que nous eussions bien vécu en ce monde, seulement pendant un jour !

Plusieurs comptent des années depuis leur conversion; mais souvent ce temps leur a peu servi pour se corriger.

Si la mort est à craindre, il est peutêtre plus dangereux de vivre longtemps.

Heureux qui a toujours devant les yeux l'heure de sa mort, et qui se prépare à mourir!

Si vous avez vu quelquefois un homme mourant, songez que vous passerez par le même chemin. *

3. Quand vous êtes au matin, pensez que vous n'irez peu»-être pas jusquati soir; et quand vous êtes au soir, ne vous flattez pas de voir le matin. Soyez donc toujours prêt, et vivez dételle sotte, que la mort ne puisse pas vous surprendre au dépourvu.

Plusieurs meurent d'une mort subite et imprévue : car le FUs de V homme vlencfra à Vhev/re que i*dn n*y pense pas. (Luc. la. 4^.)

Quand cette dernière heure sera ve*nue , vous commencerez à juger bien au-^ trement de toute votre vie passée , et vous aurez un grand regret d avoir été si négligent et si lâche.

4. Que celui-là est heureux et sage, qui tâche de devenir présentement ce qu*il veut être à l'heure de la* mort!

En effet, ce qui donnera â un homme une grande confiance qu'il fera une heureuse .fin , c est le mépris parfait qu'il a du monde, l'ardent désir de s'avancer dans la vertu, l'amour de la régularité, le travail de la pénitence, la promptitude â obéir, l'abnégation de soi-même, et la patience à souffrir toutes les adversités pour l'amour de J.-C.

Vous pouvez faire beaucoup de bien pendant que vous êtes en santé; maia quand vous serez malade, je ne sais de quoi vous serez capable. Peu de gens s'a* mendent par les maladies; de même que

ceux qui font beaucoup de pèlerinage» , rarement en deviennent plus saints.

5. Ne mettez donc point votre cop.fiance dans vos amis, ni dans vos proches; et De différez point à un autre temps laffaire de votre salut; car les hommes vous oublieront plus tôt que vous ne pensez.

Il vaut mieux , maintenant qu'il est de saison , pourvoir à votre salut, et envoyer devant vous au Ciel quelques bonnes œuvres, que de vous attendre au secours des autres.

Si maintenant vous ne vous mettez pas en peine pour vous-même^ qui est-ce qui en prendra soin quand vous n'y serez plus?

Voici le temps le plus précieux ; voici desjov/rs de saiAit; voici le temps fa/voraiHe. (II. Cor. 6. 2.)

Mais quel malheur de ne pas mieux employer ce temps, qui vous peut servir à mériter de vivre éternellement! Un temps viendra que vous demanderez seulement un jour, ou même une heure pour votre amendement, et je ne sais si vous l'obtiendrez.

6. Ah! mon cher frère, de quel danger el de quelle frayeur ne vous^ préserverez- VOU8 pas , si à présent vous vivez toujours dans la crainte des jugemens de Dieu , et des surprises de la mort !

Tâchez de vivre maintenant de telle

I ^!2 L IMITATIOTT l»'J;'-<:.

sorte, qu'à l'heure de la mort vous ayez plus de sujet de vous réjouir que de craindre.

Apprenez maintenant à mourir au monde ^ afin qu'alors vous commenciez à vivre avec J.-C.

Apprenez maintenant à tout mépriser, afin qu'alors vous soyez libre pour aller âJ.-C.

Châtiez maintenant votre corps par la pénitence, afin qu'alors vous puissiez avoir une confiance certaine.

7. Insensé que vous êtes! pourquoi vous promettez-vous une longue vie^ vous qui navez pas un seul jour d'assuré?

Combien de personnes ont été trompées , et ont été arrachées de cette vîe , lorsqu'dles y pensaient le moins?

Combien de fois avez-vous puï dire :

un tel a été lue d'un coup d'épée, un autre s'est noyé, un autre, en tombant d'en haut, s'est brisé la tête; celui-ci est mort i table, cet autre en jouant; l'un a péri par le feu, l'autre par le fer^ un autre par la peste, un autre par la main des voleurs. Ainsi la mort est la fin de tous les hommes , et leur vie passe en un 'moment comme V ombre. ( Job. 14. 10.

Psal. 143.4.)

8. Qui se souviendra de vou's après vôtre mort ? qui priera pour vous ?

Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce qu'il vous> est possible de

faire, parce que vous ne savez ni le moment ni les suites de votre morti Pendant que vous en ayez le temps, amassez-vous des richesses immortelles. Ne pensez .qu'à votre salut, et n'ayez de soin que pour les choses de Dieu.

Faites-vous maintenant des amis- au/' pr^s de Dieu, en honorant ses Saints et en imitant leurs vertus, afin qu'après que vous serez sorti de . cette vie , Us voVfS reçoivent dans les Tabernacles étemels. (Luc. i6. 9.)

9. Comportez- vous sur la terre comme un voyageur et un étranger qui na point d'intérêt aux affaires du mqnde.

Conservez votre cœur libre, et élevez-le vers Dieu, parce que vous navez point îci-has de demeure stable.

C'est au Ciel qu'il faut tous les jours adresser vos prières, vos gémissemcns et vos larmes, afin qu'après cette vie, votre esprit puisse passer heureusement au Seigneur.

PRATIQUE

Craindbe la mort, sans éviter le pëchë, qui peut seul nous la rendre funeste, c'est la craindre inutilement pour son salut : car, pour la craindre en Chrétien, il faut faire de la crainte de la mort la règle et le motif d'une bonne \ic. Le grand secret et la pratique excellente pour bien mourir, est de vivre toujours dans l'état oii L'on voudrait être à l'heure de la mort, et oii l'on souhaiterait que Dieu vouMt lui-même nous trouver. Il faut donc faire tout le bien, et pratiquer toutes les vertus , comme nous voudrions l'avoir fait à la mort. Tâchez de mourir tous les jours à quel-

Si' une des cboses ^ue vous devez quitter à la mort, eureux un Chrétien dont le cœur meurt avant U corps ! sa mort sera Mainte et précieuse devant le Seigneur. •

Etant <îer tain , comme je le suis, que je mourrai un jour, mais ne sachant l'heure ni l^tat oii je dois mourir, je vous prie, ô mon Sauveur ! par es mérites de votre sainte mort, de me disposer vous-même à ' -bien mourir, par une exacte fidélité à mes devoirs, à vçs grâces, a la prière, au bon et au fréquent usage aes Sacremens, aux bonnes œuvres, et aux vertus propres de mon état; car voilà ce qui fera ma consolation et mon assurance à la mort. Faites que je me conserve toujours dans votre grâce , que je n'agisse en tout que. pour vous plaire, que je neres«

?ire que votr^ amour : car , en vivant ainsi , mon ésus, de vous, pour vous et comme vous, ii me sera toujours plus avantageux de mourir pour ne vous offenser jamais, et pour vous voir, vous aimer et vous posséder toujours. Ainsi soit-il.

CHAPrrRE XXIV.

DV JVCEMBHT BB DIEU, ST BBS PEIBB8 BBS piCHBVBS.

Considérez dans chaque chose quelle en sera la fin, et comment vous tomparaitrez devant ce Juge sévère , à qui rien n'est caché, que l'on n apaise point par des présens, et qui ne reçoit point d'excuse , mais qui jugera dans la rigueur d% sa justice.

O pécheur misérable et insensé! que répondrez-vous à Dieu, qui sait tous vos crimes , vous qui tremblez quelquefois à }a vue d'un homme en colère?

llYXVJBi 1* KjEM.JKrm A.A.l.y • «^«J

Que ne mettez-vous ordre à vos affaires pour te )our du jugement, auquel per^ sonne ne pourra plus être excusé ni dé^' fendu par un autre, mais où chacun se. trouvera assez chargé de soi-même !

Maintenant vous pouvez travailler avee fruit , faire agréer vos larmes , faire exau«cer vos gémissemens, et par votre dou-' leur satisfaire pour vos péchés, et purifier votre âme.

s. Un homme patient a de quoi faire en ce monde bien avantageusement son Purgatoire, lorsque, recevant des injures des autres, il est plus affligé de la malice d au* trui que du tort qu'on lui fait; lorsqu'il prie volontiers pour ceux qui lui causent des traverses , et qu'il leur pardonne de bon cœur; lorsqu'il ne diffère point à de« mander pardon aux autres; lorsqu'il cherche plus à faire miséricorde, qu'à se mettre en colère; lorsqu'il se fait souvent violence à lui-même, et qu'il tâche d'àssujétir entièrement la chair à l'esprit.

Il vaut bien mieux se purifier maintenant de ses péchés , et retrancher ses vices, que de les réserver pour être expiés en l'autre monde. En vérité, c'est bien nous tromper nous-mêmes, que d'avoir un amour aussi déréglé pour notre chair.

3. Quelle autre chose ce feu dévorant aura-t-il à consumer que vos péchés?

Plus vous vous épargnez maintenant

vous-même en suivant les désordres de votre chair, plus vous en serez châtié sévèrement dans la suite , et plus vous amas- 8e2 de matière pour ce feu.

C'est dans les choses mêmes ou l'homme a péché, qu'il sera plus rigoureusement, puni.

Là les paresseux seront piqùés^ par des aiguillons ardens, et les gourmands seront tourmentés par une faim et une soif cruelle».

Là les impudiques et les voluptueux

. seront plongés dans la poix ardente et

dans la puanteur du soufre; et les envieux,

par l'excès de leur douleur, y hurleront

comme des chiens enragés.

4- I^^ îl ^*y si^ra point de péché qui n'^it son tourment particulier.

C'est laïque les superbes seront remplis de toute sorte de confusion, et que les avares seront réduits à la dernière pauvreté.

Là une heure dans les peines sera plus insupportable qu'ici cent années de la plus rigoureuse pénitence.

Il n'y a là aucun repos ni aucune consolation pour les damnés, au lieu qu'ici nos travaux ont quelque relâche, et que nous y pouvons jouir de la consolation de 1^ nos amis.

Ayez donc maintenant de l'inquiétude et de la douleur de vos péchés, afin d'être en assurance avec les Bienheureux au jour du Jugement.

Car alors les Justes s * élèveront avec une grande confiance contre çeucc qui les auront tenus dans l'oppression et' dans le mépris. (Sap. 5. i.) ^

Tel qui maintenant se soumet ayec humilité au jugement des hommes, s'élèvera alors pour être leur juge.

Pendant que le superbe sera saisi de frayeur de toutes parts, Thumbleet le pauvre seront dans une grande confiance.

5. Alors on reconnaîtra qu'en ce monde celui-là était sage» qui avait appris à être insensé et méprisable pour l'amour de Jésus-Christ

Alors toute afiliction supportée avec patience donnera de la joie» et toute iniquité fermera la bouche aux méchans.

(Ps. 106.4a.)

. Tous les vrais dévots se réjouiront alon, et tous les libertins seront dans la tristesse.

Une chair mortifiée sera alors plus glorieuse que si elle avait toujours . été nourrie délicatement. Un vêtement grossier brillera alors, et les étoffes fines seront dans l'obscurité. Une pauvre chaumière sera alors plus estimée que les palais dorés.

Une patience qui aura été fermé et stable , sévira plus alors que toute la puissance du monde.

Une obéissance simple sera alors plus élevée que toute la finesse du siècle.

6. Ge sera alors qu€ la pureté d'une bonne conscience donnera plus de joie que la philosophie la .plus éclairée.

Le mépris qu'on aura fait des richesses sera alors d'un plus grand poids que tous les trésors de la terre.

Alors TOUS aurez plus de consolation d'avoir fait une dévote prière, que d'avoir fait le repas le plus délicat.

Vous aurez plus de joie alors d'avoir g^k^é le silence , que d avoir eu de longs entretiens. ^

Alors les bonnes œuvres vaudront mieux que les plus belles paroles.

Alors une vie aùslèré etune rude pénitence vous seront plus agréables que tous lès jplaisirs de la terre. ^

Apprenez maintenant à souffrir de petites peines » pour eh éviter alors de bien plus grandes.

Faites ici l'essai de ce que vous pourrez endurer à l'avenir.

Si vous n'avez pas maintenant la force de supporter de si petites choses, comment pourrez-vous -souffrir les tourmens étemels ?

Si la inoindre incommodité vous impatiente maintenant si fort, que sera-ce des peines dé FEnfer?

Soyez certain que vous ne pouvez pas avoir ces deux avantages, d'être dans la joie en ee monde, et de régner easuite avec J.-G.

-A^t Quand jusqu'à cette heure vous au-? nKlPUJours vécu dans les honneurs et dans^la volupté, que vous servirait tout cela , s'il vous fallait mourir dans ce moment.

Tout n'est donc que vanité, hors aimer Dieu et le servir seul.

Car celui qui aime Dieu de tout son cœur né craint ni la mort, ni les sup^ plices, ni le Jugement^ niFËnfer, parce qu'un pariait amour nous donne un sûr accès auprès de Dieu.

Mais il ne faut pas s'étonner que celui qui se plaît encore au péché, craigne la mort et le Jugement.

Il eat bon toutefois que, si l'amour de Dieu n'est pas encore assez fort en vous pour vous retirer du mal, la crainte des peines au moins vous en détourne.

Car celui qui néglige la crainte de Dieu, ne pourra persévérer long-temps dans le bien; mais il tombera bientôt dans les pièges du dénion.

PRATIQUE

Que la vue et la crainte 'des jugemens de Dieu ci d'une éternité malheureuse, est capable de servir de frein à nos passions, d'arrêter les saillies de notre humeur , et de nous obliger à nous éloigner du plai-^ sir et des charmes du péché ! A c[uoi ( devons-nous diredans Toccasion) aboutira le plaisir criminel de cette vengeance, de cette impureté^ de cet emportement , ; de cette injustice et de cette médisance ? A me con« tenter flh moment; et si je meurs après m*y être abaudomié, sans Sacremens ou sans conversion ^

lÛO LIMITATION DE J.-C^

comme cela peut arriver, et comme cela arrive à ui iiiûnité de gens^à quoi se terminera cette Sa]'"*" tion de péclié ? A une éternité malheureuse. ^^^ ment de plaisir, une douleur ëternelle. Non, je SSrPex* poserai point à être malheureux à jamais pour ua moment de plaisir. Ah î qu'il «st vrai ce que dit le Sage, que pour ne point pécher, du moins par habitude , il n'y a qu'à bien pénétrer les fins dernières de l'homme. Car, si l'on pense souvent et vivemeat qu'il faudra rendre compte un jour de l'état de notre conscience, de la conduite de notre vie, et de tous nos péchés , à un Juge qui connaît tout et qui n'eu- . biie rien , qui est-ce qui , effrayé de ce Jugement et de ce compte terrible, ne veillera pas sur lui-même, et ne se corrigera pas de ses défauts? persuadés, comme nous devons l'être, que le vrai moyen pour n'être pas condamnés dans l'autre vie, c'est de nous condamner et de nous punir en celle-ci.

PRIERE

O Juge souverain des vivans.et des morts ! qui devez , au moment de notre mort, décider de notre éternité , souvenez-vous que vous êtes aussi bien no* tre Sauveur que notre Juge, et qu'autant que nos péchés ont irrité votre justice, vos plaies ont fléchi votre miséricorde. Regardez-les donc, ces plaies que vous avez souffertes, et ee sang que vous avez versé pour effacer nos péchés j et nous' vous conjurons, par ces gages précieux de notre salut, de nous pardonner nos péchés, et de nous engager. à ne nous les pardonner jamais. Ainsi soit-il.

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