‹ Imitation de Jésus-Christ;Chapitre 62 sur 190 · DU CHEMIN BOY AI. DE LA SAINTE CROIX · texte numérisé non relu

DU CHEMIN BOY AI. DE LA SAINTE CROIX

Cette parole parait dure à bien des gens : Renonce^ à vous-même^ prenez votre Croia^j et suivez Jésiis. (Lxiq^ 9 23.)

Mais il sera bien plus dur d entendre ^ au dernier jour, cette parole : Allez, maudits , loin de moi, au feu éternel'.

(Mat 25.41. )

Car ceux qui maintenant écoutent et

suivent de bon cœur la parole de la Croi>( ,

^ ne craindront point alors d'entendre cet arrêt de la damnation éternelle.

Ce signe de la croix paraîtra dans le Ciel s lorsque le Seigneur viendra juger le monde. (Matth. 24. 5o. )

Alors tous les serviteurs de la croix , qui durant leur vie se seront rendus conformes au crucifié, s'approcheront de J.-C. leur Juge , avec une entière confiance.

2. Pourquoi donc craignez- vous de porter la croix qui vous ouvre le chemin du Ciel? Le salut est dans la croix, la vie est dans la croix. Dans la croix se trouve l'asile contre les ennemis, Tinfusion * des douceurs du Ciel, la force de l'âme , la joie de l'esprit , la perfection des vertus , et le comble de la sainteté.

Il n'y a poinl> de salut pour l'âme, ni d'espérance de la vie éternelle , si ce n'est dans la croix.

Prenez donc votre croix, suivez Jésus, et vous parviendrez à la vie éternelle.

Il a marché devant vous chargé de sa croix , et il est mort pour vous , afin que vous portiez votre croix , et que vous désiriez d'y mourir.

Car , si vous mourez avec iui , vous vivrez aussi avec lui ( Rom. 6. 5 ); et si vous prenez part à ses peines , vous aurez aussi part à sa gloire.

5. Ainsi tout consiste à porter la croix , et à y mourir ; et il n'y a point d'autre chemin qui mène à la vie et au véritable

repos du cœur , que celui de la croix et 4e la mortification coatinuelle.

Allez où vous voudrez , faites tant de recherches qu*il vous plaira , vous ne trouverez point de voie plus élevée ni plus sûre que le chemin de la sainte croix.

Disposez et réglez toutes choses selon vos désirs et vos vues , vous n'y rencontrerez qu un engagement à souffrir toujours quelques peines, soit que vous lé vouliez ou non; et ainsi vous trouveresî toujours la croix. Car , ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous aurez a soutenir des peines dans J'esprit.

4. Tantôt vous serez délaissé de Dieu , tantôt les hommes vous donneront dé l'exercice. Bien plus, vous serez souvent à charge à vous-même , sans pouvoir être délivré par aucun remède, ni soulagé par aucune consolation; et, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'y mettre fin , vous serez obligé de souffrir. Car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolation , afin que vous vous soumettiez à lui sans réserve , et que vous deveniez plus humble par le moyen des tribulations.

Nul n'a le cœur si sensiblement touché de la Passion de J.-C. , que celui à qui il est arrivé de souffrir quelque chose dé semblable. La croix est donc toujours dressée par vous, et elle vous attend partout.

Vous ne sauriez l'éviter en quelque lieu que vous fuyiez , parce que vous vous portez toujours vous-même , et que vous vous trouverez toujours , quelque part que vous alliez.

Regardez en haut ou en bas, sortez hors de vous-même, ou rentrez en vousmême , vous y trouverez partout des croix; et partout il sera nécessaire que vous preniez patience , si vous voulez jouir de h paix intérieure , et mériter la cou-^ ronne éternelle/

5. Si vous portez la croix de bon cœur , elle vous portera aussi, et vous conduira à ce terme désiré où vous trouverez la fin de ces peines qui ne finissent point ici-bas.

Si vous la portez à regret , vous vous imposez un nouveau fardeau , et vous vous accablez vous-même d'un plus grand poids; et cependant il faudra toujours que vous la portiez^

Si vous vous déchargez d*une croix, vous en trouverez infailliblement une autre qui peut-être sera plus fâcheuse.

6. Croyez- vous pouvoir fuir ce que nul des hommes n a pu éviter? Qui d'entre les Saints s'est vu dans ce monde sans aillictions et sans croix?

J.-C. notre Seigneur n a pas été une seule heure en sa vie sans souffrir de la douleur. H fcUiaitj dit-il, que J.-C. souf^ frit j et quU re9suscitât d'entre les

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morts ^ et qu* ainsi il entrât dans sa gloire. (Luc. â4-4^.)

Comment donc cherchez-vous uq autre chemin que le chemin royal , qui est celui do la sainte croix ?

7, Toute la vie de J.-C. n a été qu'une croix et un martyr continuel ; et vous cher* chez é vous reposer et à vous réjouir !

Vous vous trompez , vous vous trompez, si vous recherchez quelque autre chose que des souffrances : car toute cette vie mortelle est pleine de misère, et environnée de croix.

Et plus un homme aura fait de progrès dans la vie spirituelle, plus il trouvera quelquefois ses croix pesantes , parce qu ayant plus d amour , son exil lui cause une plus grande peine.

8. Cependant cet homme affligé en tant de manières, nest pas sans quelque consolation qui le soulage , parce qu'il sait bien qu'il profite.beaucoup en supportant ainsi sa croix. -

Car, lorsqu'il s'y soumet de bon cœur, tout le poids de son affliction se change en une douce confiance qu'il recevra bientôt des consolations divines.

Et plus son corps est abattu par la souffrance, plus son esprit se fortifie intérieurement par la grâce.

Quelquefois même Tamour qu'il a pour les afflictions et les traverses , par le désir de se rendre conforme à Jésus crucifia >

lui donne tant de force» qu'il ne voudrait pas être sans douleur et sans affliction ; parce qu'il se croit d autant plus agréable à Dieu , qu'il ne souffre pour son amour de plus grands maux , et en plus grand nombre.

Ceci n'est pas l'effet de la vertu de l'homme t mais de la grâce de J.-G. » laquelle peut et agit si puissamment sur cette chair fragile , qu'elle lui fait aimer et entreprendre, par la ferveur de l'esprit, les choses dont elle a naturellement de l'aversion et de l'horreur.

9. Porter et aimer la croix, châtier et asservir son corps, fuir les honneurs, endurer de bon cœur les injures , se mépriser soi-même , souhaiter d'être méprisé , souffrir les adversités et les perteâ , et ne désirer aucune prospérité en ce monde , sont des choses qui répugnent à la nature humaine.

Si vous considérez vos propres forces , de vous-même , vous ne pouvez rien de tout cela ; mais si vous vous confiez en Dieu , vous en recevrez la force d'en haut, qui fera que le monde et la chair vous seront soumis.

Vous ne craindrez pas même le démon , votre ennemi , si vous êtes armé de la foi et du signe de la croix de J.-G.

lo.^Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus , à porter

courageusement la croix de votre Maître , qui a bien voulu y être attaché par amour pour vous.

Préparez-vous à supporter beaucoup de traverses , et diverses incommodités dans cette malheureuse vie; car c'est là votre partage , en quelque endroit que vous soyez , et vous ne trouverez autre chose , quelque part où vous vous cachiez»

Il faut que cela soit ainsi , et vous n'avez point d'autre moyen pour sortir des afflictions , des maux et des douleurd,que de les supporter avec patience.

Buvez avec joie le califce du Seigneur , si vous voulez être son ami, et avoir part à sa gloire.

Remettez à Dieu toutes les consolations , afin qu'il en use selon son bon plaisir.

Pour vous , ne pensez qu'à supporter les adversités, et croyez qu'elles sont de très-grandes consolations. Car (es souffrances de cette vie y quand vous pourriez seul les souffrir toutes, n*ontaucu7ieprO' portion avec la gloire future qu elles nous font mériter. (Rom. 8. 18.)

11. Quand vous serez parvenu à ce peint, que de trouver les afflictions douces , et d'y prendre goût pour l'amour de J.-C, alors croyez- vous heureux, parce que vous avez rencontré le Paradis en ce monde.

Mais tant que les souffrances vous feront peine , et que vous cherc]|ierez à les éviter, vous serez malheureux, etlatribulation que vous fuyez vous suivra partout.

12. Si vous vous mettez en Tétat où vous devez être , c'est-à-dire , à souffrir et à mourir, vous serez bientôt soulagé, et vous trouverez la paix.

Quand vous auriez été ravi, comme S. Paul , jusqu'au troisième Ciel , vous ne seriez pas pour cela plus assuré de n'avoir plus d'adversités a souffrir* Je lui ferai connaître s dit Jésus, en parlant de l'apôtre , combien il faudra souffrir pour la gloire de mon nom. ( Act. g. 16. )

Votre partage est donc de souffrir, si vous voulez aimer Jésus, et vous attacher pour toujours à son service.

i3. Plût à Dieu, que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus ! Quelle gloire ce serait pour vous ! quelle joie pour tous les Saints ! quelle édification pour le prochain !

Car chacun recommande la patience, quoiqu'il y en ait peu qui veuillent souffrir.

Vous devriez bien souffrir de bon cœur quelques peines pour J.-C , voyant que tant d'autres en souffrent pour le monde de beaucoup plus fâcheuses.

i4- Soyez persuadé que votre vie doit être une mort continuelle; et plus un homme

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meurt à lui-même, plus il commence à vivre à Dieu.

Personne n est propre à comprendre les choses du Ciel , 8*il n'est disposé à endurer des adversités pour J.-C.

Rien en ce monde n'est plus agréable à Dieu, ni plus salutaire pour nous, que de souffrir de bon cœur pour J.-G.

Et s'il était à votre choix , vous devriez plutôt souhaiter de souffrir des traverses pour J.-C. , que d'êlre comblé de ses consolations, parce que vous de viendriez ainsi plus semblable à J.-C, et plus conforme à tous les Saints.

Car notre mérite et notre avancement dans la vertu ne consistent pas dans l'abondance des joies et des consolations spirituelles , mais â souffrir les plus rudes afflictions et les plus grandes peines.

i5. S'il y avait un moyen meilleur et plus avantageux pour le salut des hommes que celui de souffrir, J.-C. nous l'aurait sans doute appris par ses paroles let par son exemple.

Car il exhorte ouvertement ses disciples, et tous ceux qui veulent le suivre à porter la croix. Si quelqu'un , dit-il, veut venir après moi j quil renonce à soir-même, quil porte sa croix ^ et qu'il fne suive. ( Matth. 16. â4* )

Après donc avoir lu et examiné toutes choses, tirons-en cette conclusion, que

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