‹ Immunité dans les maladies infectieusesChapitre 14 sur 49 · SON ACTION SUR LES MICROBES ET LEURS PRODUITS · texte numérisé non relu

SON ACTION SUR LES MICROBES ET LEURS PRODUITS

Sort (les micro-organismes entre le moment de leur iniroduction et de leur destruction dans l'économie. — Persistance plus ou moins longue. — Procédé de la culture dans la chambre antérieure de l'œil. — Élude de leur virulence. — Atténuation admise par quelques auteurs ; que faut-il entendre par atténuation ? — Expériences sur le charbon des oiseaux, la clavelée, la mnrve. — Expériences de Cbarrin et Roger sur le bacille pyocjMnique; critique de ces expériences. — Intervention du facteur quantité. — Rôle du sérum préventif. — Exaltation résultant des expériences de Chamberland, Strauss, Moux, Metschnikofl", Malm, etc. — Interprétation de cette exaltation : a'iaption à l'organisme par séledion (Bordet), par culture sur les humeurs (MetschnikoO'. Mosny, etc.).

Action de l'organisme sur les toxines. — Poisons de la première catégorie éliminés par les émonctoires ou détruits par le foie. — Poisons de la deuxième catégorie détruits par les antitoxines. — Influence de la toxine sur la sécrétion de l'antitoxine chez les animaux naturellement réfractaires.

Lorsqu'un microbe est impuissant à se développer sur un animal de manière à donner lieu à une affection mortelle, nous avons vu qu'il était détruit dans l'organisme de ce dernier et que les leucocytes, ou plutôt les phagocytes en général, jouaient un grand rôle dans cette

ili MALADIES INFECTIEUSES.

disparition, quel que soit l'état des bactéries au moment 011 ils les ingèrent. Nous aurons en effet à discuter plus tard, si ces dernières sont mortes ou atténuées au moment de leur englobement par la cellule, ou si au contraire elles jouissent de toutes leurs propriétés.

De toutes manières, entre le moment où les bactéries disparaissent complètement et celui où elles ont été introduites dans l'organisme, il s'écoule un temps plus ou moins long.

Si l'animal en expérience est parfaitement rcfractairc, comme lorsqu'il s'agit de l'immunité naturelle pour un grand nombre de microbes non pathogènes pour aucune espèce, il arrive que, quelques minutes après l'inoculation, il est impossible de les déceler par le microscope ou les cultures.

Mais il n'en est pas ainsi dans le cas d'immunité imparfaite, qu'il s'agisse d'un état réfractaire naturel ou du résultat d'une immunisation. Dans ces cas-là, on peut retrouver l'agent pathogène longtemps après son introduction, soit dans la lésion locale qu'il provoque, œdème ou abcès, soit en dehors de ces accidents, au point même d'inoculation si celle-ci a été faite en certains points du corps où l action destructive de l'organisme s'exerce moins rapidement.

Le lieu d'élection dans ce dernier cas est la chambre antérieure de l'œil. Il résulte en effet des travaux de M. MetschnikofV que les microbes introduits ainsi dans l'humeur aqueuse y prolifèrent presque toujours un peu, même chez les animaux doués d'aucune réceptivité visà-vis de l'espèce bactérienne en expérience.

Par l'un ou l'autre procédé, on peut obtenir des microorcranismes ayant séjourné plus ou moins longtemps dans l'organisme réfractaire. Dans certains cas, alors même qu'il s'agissait d'espèces ne donnant aucunement

lieu à des spores, on a pu retirer de l'humeur aqueuse ou du pus, des microbes vivants après plus d'une semaine de contact. Il est intéressant d'étudier quelle a été l'action de ce milieu sur les propriétés pathogènes de la bactérie et de savoir si ce séjour dans un être vivant et réfracfaire, lui a imprimé des modifications durables, analogues à celles que l'on peut produire expérimentalement à l'aide de conditions vitales physiques ou chimiques.

De nombreuses expériences ont été instituées pour élucider cette question et ont conduit leurs auteurs à des résultats diamétralement opposés. Pour les uns, en elTet, les microbes sortent de l'organisme atténués, c'est-àdire doués de propriétés pathogènes moindres que celles de la semence ; pour les autres, au contraire, elles y puisent un renforcement de virulence. Nous allons pénétrer dans cette discussion et rechercher les causes de ces contradictions.

Et d'abord il faut bien s'entendre sur -le sens que l'on veut donner au mot atténuation d'un microbe. Si l'on veut simplement parler d'un affaiblissement de toutes ses propriétés, exclusivement personnel et non transmissible, disparaissant complètement par le transport de la bactérie atténuée sur un milieu propice, où elle puisse se rajeunir, suivant l'expression de M. Duclaux, il est bien certain (ju'à un moment donné, on- peut observer cette atténuation de chaque cellule microbienne.

En effet ainsi com|)rendre le mot atténuation, c'est le rendre synonyme de maladie, et comme le microbe, itîlroduit dans un organisme rél'ractaire, y meurt et disparait, on est bien obligé d'admettre qu'entre sa vie parfaite et la mort, il y a un instant quelque court qu'il soit, entre ces deux états, oir\ la bactérie est simplement

malade. Mais il s'agit là d'un phénomène sans intérêt théorique ou pratique, d'observation naïve.

Tout autre serait la constatation d'une atténuation, portant |)rincipalemcnt sur la virulence et rcs|)ectant plus ou moins complètement les autres propriétés de la cellule bactérienne, entre autres et au premier rang, la vcgélabilité.

Dans ces conditions, l alténuation, propriété héréditaire, abouliià la création d'une race nouvelle, cultivable pouvant servir dans cei tains cas à provoquer chfz un animal une maladie peu grave, engendrant l'immuni'.é pour le virus fort. Le type de cette atténuation est celui que fait subir au bacille charbonneux la température de 40 à 41 degrés. Sa culture à cette température donne naissance, comme on sait, aux vaccins utilisés en pratique pour préserver les troupeaux contre cette redoutable affection.

L'hérédité est donc le caractère indispensable de cette forme d'atténuation, et c'esl à elle que M. Pasteur réserve le vocable dont la signilication nous occupe.

L'idée que les microbes devaient s'atténuer dans le corps des animaux reiractaires, est bien ancienne, et l'on a voulu chercher dans cctie propriété, admise a priori, un mode de préparation des microbes allénués, devant être employés comme vaccins. Mais pratiquement, un résultat positif n'a été obtenu que dans un cas, et encore ce fait se rapporte-t-il à un virus, qui semble toujours faire une exception et dont la nature intime, encore inconnue, n'a pas encore (ini d'intriguer les bactériolotristes; nous voulons parler du virus rabique. M. Pasteur en effLt a réussi à att.'uuer d'une manière durable le principe morbigène de celte alfeclion en le faisant passer par le singe, qui se montre relativement réfractarrc à la

rage.

Toutes les autres expériences, ayant pour but la préparation commode d'un vaccin par le passage par un animal rél'ractaire, sont arrivées à des résultats négatifs.

Bien plus, on est arrivé dans cet ordre d'idées à un résultHt opposé, à savoir que l'on pouvait obtenir un microbe atténué, dans le sens que nous avons donné plus baut, en le faisant passer |)ar un organisme moins réfraclaire que celui que l'on veut vacciner. Par exemple le bacille ilu rouget des porcs après plusieurs passages sur le lapin, animal doué pour lui d'une grande réceptivité, peut servir h immuniser les porcs contre cette affection.

Examinons donc les faits positifs d'observation et d'expérimentation qui avaient fait prendre pied dans la science, à cette idée de l'atténuation par un organisme réfraclaire, au point d'avoir été élevée en doctrine générale par M. Flùgge.

Ayant pour point de départ des expériences d'Œmler sur la virulence du bacille cbarbonneux inoculé à des oiseaux, expérience dont la technique n'est pas à l'abri de tout reproche, l'auteur s'étant le plus souvent servi de cultures impures, celte théorie a été nettement formulée par Kilt malgré l'inconstance de ses résultats, puis soutenue par Frank, Lubarsch, Pélruschky, Sadowsky, qui se sont servis du bacille du charbon et d'animaux réfractaires comme le pigeon, le rat, la grenouille, le chien.

MM. Emmprich et Mattei ont tiré les mêmes conclusions d'observations faites sur l'action de l'organisme du lapin vacciné sur le bacille du rouget du porc. Néanmoins leur déduction semble un peu hardie, car ils n'ont point inoculé les cultures qu'ils ont obtenues, difficilement il est vrai, après le passage sur l'animal.

Quelques expériences de M. Pourquier sur la clavelée et de MM. Finger et Galtier sur le bacille de la morve.

sont également invoqués par les auteurs qui se rangent

à celte lliL'orie.

Mais tic beaucoup les plus intéressantes et les plus concluantes en apparence sont celles de MM. Cliarrin et Roger sur le bacille pyocyanique. Ces auteurs injectent de grandes quantités de culture dans les veines de lapins normaux et de lapins vaccinés, puis ils retirent du sang à ces animaux et l'injectent à des lapins neufs. Les animaux infectés avec le sang de l'animal non vacciné meurent rapidement en présentant les symptômes babituels de l'infection pyocyanique; au contraire ceux qui ont reçu le sang du lapin immunisé présentent, ou bien une survie considérable, ou bien quelques accidents sans importance : Quelques-uns même ne deviennent pas malades. Les auteurs concluent de là que l'organisme réfraclaire a imprime une atténuation marquée au bacille pendant son court passage.

Or si on admet jiour acquis, les résultats des expériences de tous les auteurs précités, l'on peut bien faire deux objections.

La première, c'est d'opérer un peu à l'aveuglette; en elîet puisque l'on admet que les bactéries sont détruites dans l'organisme réfractaire cl que celte destruction, assez rapide surtout dans le sang, s'opère principalement dans les capillaires des organes où sont retenus leucocytes et microbes, ainsi que l'a démontré M.Werigo;en injectant un volume de sang égal d'un animal neuf et d'un anuual vacciné, on a des chances d'inoculer dans le second cas un nombre de bactéries de beaucoup inférieur à celui que l'on introduit avec le sang de l'animal normal dans lequel le microbe a pu se multiplier. On fait mtervenir alors la notion de quantité qui est loin d'être négligeable, lorsqu'il s'agit de comparer les degrés de virulence de deux microbes voisins.

MALADIES INFECTIEUSES. llQ

La seconde objection à faire aux résultats de ces expériences résulte de l'introduction d'un élément nouveau, dont les travaux récents ont démontré toute l'importance. En ellet tous les auteurs cités plus haut ne pouvant employer de cultures dans lesquelles comme nous allons le voir, la prétendue atténuation disparaît, sont obligés de se servir d'un véhicule emprunté à l'animal réfractaire lui-même, sang, fiagment de tissus, sérosité, etc.

Or cette introduction simultanée du microbe et d'une sérosité quelconque emprunté à un organisme immun, suffit à fausser les résultais de l'expérience. Comme nous l'avons vu, en etïet, le sérum sanguin est doué de propriétés préventives, principalement lorsqu'il est inoculé au même point et en même temps que la bactérie pathogène. Si le mélange se monlre plus ou moins complètement inoflensir, ce n'est donc pas i'orcément l'atténuation du microbe qu'il faut invoquer, mais plutôt l'immunité acquise par l'animal sous l'iniluence de l'action préservatrice du véhicule injecté.

En dehors de ces objections faites aux expériences sur lesquelles elle s'appuie, on peut encore opposer à la théorie de l'atténuation par l'organisme réfractaire, les faits contraires recueillis par les auteurs ; on sait en effet que c'est par le passage sur des animaux rélVactaires que MM. Chamberland et Kuux ont réussi à ramener les vaccins charbonneux a leur virulence primitive.

MM. Strauss et l'erroncilo ont cité des exemples tendant à démon'trcr que la bacLéridie charbonneuse ne pei d nullement sa virulence en passant par l'organisme de l'homme ou de la poule, qui lui sont pourtant plus ou moins complètement réfractaires.

M, Roux rapporte également un cas dans lequel le bacille du choléra des poules semblant avoir exalté sa virulence en passant par l'organisme d'un coq vacciné,

no MALADIES INFECTIEUSES.

qui néanmoins avait contracté la maladie, mais sous une forme moins aiguë puisque la mort n'était survenue qu'au bout d'un mois.

Mais ce furent surtout les travaux de M. Metschnikoff et de M. Malm qui établirent que non seulement les microorganismes ne s'atténuaient pas en passant par un organisme réfractaire, mais acquièrent au contraire une virulence plus grande.

Le premier de ces auteurs a surtout étudié à ce point de vue le charbon des pigeons, le second, le charbon du chien et du lapin immunisé. Leurs résultats ont été corroborés par ceux de Mlle Tsiklinski expérimentant sur l'influence exaltante du passage du premier vaccin charbonneux dans l'iirganismc de la souris ou du rat, de M. Bordet étudiant l'action surlcvibrio Metschnikovii de son séjour dans l'organisme viicciné. Dans ses expériences, ce dernier auteur a constaté une augmentaiion notable de la toxicité des cultures et une diminution des propriétés chimiotacliques positives des microbes.

Seulement nous devons noter pour expliquer les contradictions des conclusions de ces derniers expérimentateurs avec celles des auteurs cités plus h;iut, qu'au lieu d'injecter directement le sang ou la sérosité des animaux réfractaires, ils la mettent en culture et inoculent les microbes résultant de cet ensemencement, t-e mettant à l'abri des deux reproches que nous pouvions adresser aux expériences précédentes.

Aux leurs, on [)ourrait reprocher d'avoir pu méconnaître une attérmation temporaire des bactéries, qui rajeunissent dans le nouveau milieu, si leurs cultures se montraient d'une virulence seulement égale à celles des microbes ayant servi à l'inoculation.

Mais du moment que l'on se trouve en présence d'une virulence supérieure à celle du microbe ayant servi de

point de départ, on ne saurait dire qu'il ne s'agit que d'un rajounisseuient ; car ce dernier aurait plutôt pour résultat (inal une atténuation qu'une exaltation du virus. Il faut donc admettre qu'il s'agit bien là véritablement de l'influence de l'organisuie réfraclaire dont l'action aboutit à une augmentation durable de virulence; car cette propriété se conserve un certain lemps dans les cultures successives.

Cette exaltation du microbe par son séjour dans l'organisme rél'ractaire une fois établie, on a chercbé à en fournir une explicalion ; et la plus rationnelle est d'y voir avec M. Bordet une adaptation du virus à l'organisme réfractnire.

Mais l'éternelle question de l'action des humeurs et des cellules se pose encore à propos de la genèse de cette adaptation.

Pour M. Bordet, il s'agit d'une véritable sélection naturelle, d'après laquelle les micro-organismes les moins aptes à résister aux phagocytes succomberaient les premiers, tandis que les plus virulents pourraient proliférer encore quelque temps et donneraient lieu h la culture nouvelle. Cette interprétation ingénieuse est contestée par Mlle Tsiklinski, laquelle, se basant sur l'égale virulence des (lifterentes colonies d'une . culture sur plaque faite avec la semence dentelle s'est servie, admet qu'il ne s'agit pas là d'une sélection, mais d'un véritable renforcement.

Au reste, l'explication de l'exaltation en masse de la virulence est'plus facile si l'on admet que ce phénomène résulte de la culture dans les humeurs de l'animal rél'ractaire. Déjà M. Metscbnikoff avait démontré, à propos ilu vibrion avicitle, que, cultivé quelque temps dans la chambre antérieure d'un animal réfractaire, ce microbe se développait facilement dans le sérum prétendu bactéricide des cobayes vaccinés.

MALADIES INKIXTIEUSKS.

L'adaptation an milieu pouvait donc se faire par l'action seule des liiimcurs.

Cette adaptation et l'exallalion qui en résulte, ont été démontrées parMosnyen ce qui concerne le pneumocoque. Cet auteur a démontré en elïet que le coccus de la pneumonie, ensemencé sur le sérum des lapins vaccinés contre celte infection, donnait des cultures plus virulentes que la semence elle-même. Cette conclusion, sur laquelle nous aurons à revenir à propos des théories générales de l'immunité, a été vérifiée par Isaefl' pour le même microbe, par Sanarelli pour le vibrion avicide. Il est donc probable qu'il faut attribuer l'exaltation du virus à la facilité avec laquelle il végète dans les humeurs de l'animal réfractaire après en avoir contracté l'habitude.

Il résulte de celle étude que les microbes introduits dans l'organisme réfractaire luttent avec lui, et, une fois vaincus, disparaissent après un temps vai'iable. Mais néanmoins dans cette lutle les deux partis augmentent leur puissance nocive l'un pour l'autre, et si l'organisme y acquiert, comme nous le verrons, une immunité plus solide, le microbe également devient plus résistant aux moyens de défenses employés conti-e lui.

On sait que l'un des éléments les plus importants de la lutte est la production par les bactéries d'agents chimiques, exerçant une intluence toxique sur l'organisme. Nous devons donc rechercher comment ce dernier peut arriver à se débarrasser de ces toxines ou à neutraliser leurs effets, soit lorsque le microbe continue à se développer (|uelque temps dans l'économie, soit lorsque les poisons ont été introduits en même temps que lui, ou même injectés seuls.

Dans le chapitre précédent, nous avons vu qu'il fallait faire une distinction capitale parmi les toxines bactériennes; que les unes, assimilables aux diastases, n'exer-

(Ccnt pas d'action sur les organismes réfractaires, qui se [montrent au contraire d'une exquise sensibilité vis-à-vis (des secondes.

C'est que ces derniers, corps chimiques de composition ipeu connue, mais à action directement toxique, semblent ipeu attaquables par les moyens de défense de l'orgainisme.

On les retrouve en effet dans l'urine, présentant des ( propriétés très analogues à celles que l'on constate dans Iles bouillons de culture, ce qui prouve qu'ils ont pu tra- • verser l'organisme sans y être altérés. L'élimination sem- 1 ble en effet être le moyen le plus efficace de protection I contre eux, et son efficacité est en raison inverse de la .quantité de poison introduite, et est subordonnée à l'initégrité des émonctoires.

Le foie exerce probablement aussi une action d'arrêt I et même de destruction sur ces poisons, comme il le fait vis-à-vis des aulres corps toxiques introduits par les voies digestives, conformément aux expériences de M. Roger. Mais on ne peut préciser encore quel est le rôle joué par la fonction hépatique dans ces intoxications microbiennes.

Parmi ces produits, nous savons qu'il faut ranger les corps qui prennent naissance à la suite des fermentations organiques provoquées par les enzymes microbiens, et l'on ne saurait méconnaîtra la capitale importance de ce fait en pratique.

En effet, urie fois formé, le poison agit fatalement sur l'économie, désarmée contre lui, à moins qu'il ne s'agisse de sa part d'une indil'fcrence que nous avons comparée à celle de l'espèce caprine pour les sels de morphine. Si donc la toxine primitive introduite dans le corps d'un animal rélractaire s'y montre, ainsi que nous l'avons vu, inoifensive, c'est que, de même que le microbe lui-même,

elle ne trouvera pas à exercer son influence nocive et est condamnée à disparaître.

Nous avons vu, à propos des moyens de défense de l'organisme, que la protection contre les toxines de cet ordre s'exerçait à l'aide d'une certaine action des humeurs de l'animal réfractaire, ayant pour résultat la destruction complète du poison microbien. Ce pouvoir antitoxique a été attribué à la mise en action d'un agent formé par l'organisme, et auquel on a donné le nom d'antitoxine.

Nous ne reviendrons pas ici sur les détails sur lesquels nous nous sommes étendus plus haut, ayant trait à l'origine, la nature et le mode d'action des antitoxines. Comme on le sait, le mélange de l'antitoxine et de la toxine effectué soit in viLro, soit dans un organisme vivant, dans des proportions convenables, variables suivant la leneuren toxine et en antitoxine des deux liquides mis en présence, a pour résultat immédiat la neulralisation, peut-être même la destruction complète du poison microbien, sur la nature diastasique duquel nous nous sommes suffisamment étendus.

Mais nous devons nous demander ici si cette destruction, inconlestabledans certaines conditions, est constante dans tous les organismes immuiis.

Ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, les animaux naturellement réfractaires sont insensibles à la toxine, qui peut sans inconvénient être plus ou moins longtemps charriée par le sang sansprovoquer d'accidents. Elle y demeure néanmoins encore active pendant un certain temps, puisque ce sang, injecté à des animaux sensibles, produit sur eux des effets toxiques.

jV^ais cependant, au bout de quelques jours, sans que l'on, ait pu supposer qu'il se soit agi d'une élimination, on lïe peut plus déceler aucune trace de toxine dans le corps de l'animal inoculé. Le poison a été détruit, et

(■cola par le procédé de l'antitoxine; car, à partir de ce imoment, le sérum de l'animal acquiert des propriétés ;iantitoxiques dont il était complètement dépourvu avant U'injection des produits microbiens.

Il se produit donc ce fait curieux : l'injection d'une rdiastasc toxique à un animal ri^fractaire à l'alTection icausée par le microbe susceptible de la sécréter, ne prowoque aucun symptôme morbide, mais y sollicite une i réaction contre la présence de la toxine, réaction ayant I pour résultat la foimation d'un agent antitoxique qui •amène sa disparition complète de l'économie et persiste laprès lui dans le sang.

On voit donc là encore une double action : celle di) la t toxine sur l'organisme aboutissant à la production de ll'antiloxine, et celle de l'organisme sur la toxine, ayant ipour résultat la destruction de celle-:!

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