CHAPITRE VII
ÉTIOLOGIE GÉ[NÉRALE DE L'IMMUNITÉ SA DURÉE, SA TR A N SM I SS I B I L ITÉ
1 Immunités nahirelles. — Immunités d'espèces, de races, de variétés. : — Immunités individuelles. — Leur importance en expérimentation.
1 Immunité acquise, durable, passagère. — Jamais instantanée, reversions, rechutes. — Immunité conférée par une maladie infectieuse contre une affection différente : vaccine et variole.
Ummunité provoquée. — Vaccination par l'inoculation du microbe pathogène. — Intervention de la quantité de microbes, du siège de l'inoculation, de l'atténuation de la bactérie parles agents physiques, chimiques, ou le passage, chez des animaux très réceptifs. — — Vaccination par les produits bactériens. — Mode de préparation. — Vaccination par le sérum préventif.
ITemps nécessaire à l'établissement de l'immunité, variable suivant les afiections. — Action instantanée du sérum préventif.
I Durée de l'immunité. — Très variable, en proportion directe avec l'intensité de l'affection vaccinale. — Longue durée de la vaccination par les microbes eux-mêmes ; durée plus brève de l'immunisation par les produits solubles ; durée très courte de l'action du sérum préventif. — Indications différentes.
ITransmissibililé de l'hérédité. — Vaccination pendant la gestation, agissant directement sur le fœtus. — Hérédité de l'immunisation antérieure à la fconception. — Action probable du sérum. — Expériences d'Ehrlich sur la Iransmissibilité de l'immunité par la ■ lactation.
L'immunité d'un être quelconque contre l'action inocive d'un microbe peut avoir trois origines distinctes; <çlie peut être naturelle, acquise ou provoquée.
i28 MALADIES INFECTIEUSES.
Un animal est doué d'une immunité naturelle lorsque celte propriété est inhérente à son essence même, au développement normal de ses fonctions, indé|)end;immentde tout accident et de toute intervention.
Si l'on compare le petit nombre de micro-organismes susceptibles de produire des maladies à la quantité infinie d'espèces microbiennes existantes, on voit le rôle considérable joué pnr l'immunité naturelle, rôlfi un peu méconnu parce que l'on songe plutôt aux périls de tous les jours qu'aux dansiers plus éloignés.
Quels que soient l'origine intime de cette propriété et son mécanisme, que nous étudierons plus loin, on p^ut dire en général qu'un animal est naturellemt'Ut réfractaire parce que ce caractère est commun à tous les animaux qui lui sont semblables. Mais cette similitude peut être plus ou moins éloignée. On peut, par exemple, distinguer dos uTimunités de classes, de genres, d'espèces, de races, de variétés.
Nous en avons rapporté, au début de ce livre, des exemples très nets, en rappelant que rien autre que l'expérimentation ne peut établir si telle ou telle race» espèce, etc., est réceptive ou réfractaire à l'égard d'inie maladie inlectieuse. Des espèces très proches, des races, que quelques caractères extérieurs sulfisent à peine à dilTérencier, peuvent réagir d'une manière absolument ditîérente vis-à-vis d'un même microbe.
Si l'on songe en même temps à toute la série des immunités incomplètes et cà la quantité d'agents qui, comme nous le verrons, peuvent renforcer ou diminuer l'état réfractaire, on comprendra combien il est dilficile d'établir une séparation absolument nette entre les animaux naturellement réceptifs et naturellement réi'raclaires.
Lorsque l'une ou l'autre de ces qiialit-'s est très accen-' tuée, la distinction est facile. Mais dans ces éludes où
loul est relatif, il existe forcément au milieu de toutes ces transitions un point mort où les condilions extérieures prennent une influence prépondérante : aussi, dans les espèces douées d'une réceptivité moyenne pour un microbe, trouve-t-on des individus se montrant plus ou moins complètement réfractaires.
Cette immunité individuelle peut dépendre de causes connues, telles que l'âge, les animaux âgés étant en général plus réfractaires que les jeunes (exemple : les rats pour le charbon), le sexe, les femelles étant ordinairement plus réceptives cpie les mâles. Mais le plus souvent, elle résulte d'un ensemble de conditions nutritives, ayant pour résultat un accroissement de résistance que rien ne saurait faire prévoir d'une manière absolue.
Ces immunités individuelles présentent un grand intérêt pratique; mais elles sont aussi d'une grande importance au point de vue expérimental.
En eiïet, avant d'être en droit de généraliser les résultats obtenus sur des espèces ainsi placées sur les limites de la réceptivité et de l'immunité, les expériences ne sauraient être trop multipliées, et autant que possible variées dans leur technique propre et dans la provenance des animaux dont on se sert; bien des contradictions seraient ainsi évitées. Nous ne saurions prendre un meilleur exemple que l'immunité du rat blanc contre le charbon, tour à tour admise et contestée, suivant qu'il s'agissait des animaux de tel ou tel laboratoire. 1
Un devra donc, dans la détermination de la réceptivité ou de l'immunité d'une espèce pour tel ou tel microbe, chercher à se mettre à l'abri de la cause d'erreur dérivant de ces immunités individuelles.
L'immunité acquise est celle qui est conférée à un ani[nal naturellement réceptif par une maladie sponta-
iiéiTicnt. contractée et dont son organisme parvient à triompher.
Le plus souvent il s'agit d'une infection dont la première attaque rend l'organisme réfraclaire.
On sait qu'il en est ainsi d'un grand nombre de maladies infectieuses. Pour les unes, l'immunité est constante et presque parfaite. Il est, par exemple, assez exceptionnel de voir une fièvr(î éruptive comme la rougeole, la varicelle, la scarlatine, la variole, frapper plusieurs fois le même individu, pour que, dans bien des cas, on puisse supposer que les exceptions à cette règle reposent sur une erreur de diagnostic.
Pour d'autres, comme la fièvre typhoïde, les récidives sont relativement rares. Pour d'autres enfin, l'immunité conférée par une première atteinte est presque nulle et de peu d'importance; parfois même il semble résulter plutôt d'une première infection une tendance plus grande à contracter de nouveau la maladie, comme, par exemple, on peut l'observer pour l'érysipèle, la pneumonie, le rhumalisuie articulaire aigu. Dans ces derniers cas, il faut faire probablement la part de la persistance dans l'économie du germe infectieux, qui profite de la moindre défaillance de l'organisme pour y pulluler à nouveau.
La maladie une fois terminée, une chose à noter h ce propos dans l'histoire de l'immunité acquise est le temps nécessaire h l'organisme pour acquérir cette nouvelle propriété.
Il est à remarquer, en effet, que quelquefois, au déclin des maladies susceptibles de rendre complètement réfractaires comme la scarlatine, la rougeole et surtout la fièvre typhoïde, les phénomènes morbides qui semblaient toucher à leur fin ou môme être complètement | terminés, réapparaissent à nouveau et donnent lieu a ^
une nouvelle évolution de la maladie, habituellement plus bénigne, parfois néanmoins plus grave que la première.
Ces réinfections portent le nom de réversion si l'atteinte primitive n'était pas terminée, de rechute si les phénomènes morbides avaient complètement disparu; elles indiquent bien que l'immunité, conférée par la première attaque, n'est pas immédiatement acquise, mais nécessite pour s'établir un délai plus ou moins long.
Parfois même les réversions ou les rechutes sont multiples, et c'est seulement après trois ou quatre atteintes successives que la réceptivité semble épuisée. Au contraire, une fois la maladie infectieuse terminée depuis huit ou dix jours, l'immunité est acquise, et alors les récidives deviennent extrêmement rares.
En général, une première infection guéi'ie ne protège l'organisme que contre le microbe qui la cause. On peut néanmoins se demander si, dans certains cas, cette immunité acquise contre une maladie ne peut pas, en même temps, rendre l'animal réfractaire contre une autre affection. Cette idée a priori, qui a été le point de départ de bien des expériences et de bien des recherches infructueuses, repose pourtant sur un l'ait capital d'observation, qui a suffi à révolutionner la pathologie, à savoir l'immunité conférée contre la variole par la vaccine.
Eu elîet, si l'on admet, avec l'École de Lyon, la nonidentité entre |a vaccine et la variole atténuée par son passage chez les animaux, non-identité rendue incontestable [lar les nouveaux travaux de M. Chauveau, qui s'en est toujours fait le champion, on est bien obligé d'admettre qu'au point de vue. général, il ne faut pas repousser l'hypothèse d'une immunité conférée par une maladie contre une autre.
■102 MALADIES INFECTIEUSKS.
C'est de la conslalalion déjà ancienne de ces phénomènes de riminunilé .scquise qu'est découlée natuiellcment l'idée de ])rovoquer artincicllemenl une alleclion aussi bénigne (jue possible pour préserver contre une maladie plus grave. De là les essais de variolisalion et de syphilisation, de là surtout la merveilleuse découverte de Jenner.
L'étude de cette immunité provoquée est celle qui a le plus attiré l'attention depuis l'apparition de la bactériologie.
Les travaux de iM. l'asteur ont eu tant d'imitateurs que l'histoire des vaccinations qui portent le nom de leur illustre inventeur, est déjà trop longue pour pouvoir être retracée même en résumé dans le cadre d'un simple chapitre. Elle fera donc l'objet d'un travail spécial, et nous énumérerons simplement ici les procédés généraux d'immunisation, sans entrer dans aucun détail.
Pour préserver un animal contre une alïeclion virulente on peut se servir soit de la bactérie pathogène elle-même, soit de ses produits de culture ou d'autres agents chimiques, soit enfin du sang ou du sérum d'un autre animal.
Si l'on ajoute la possibilité dans quelques cas rares d'utiliser l'action d'un autre virus, on voit que toutes les vaccinations peuvent se rapporter à l'une de ces méthodes générales dont les trois premières sont les plus importantes au point de vue scientifique, la quatrième ne s'appliquant qu'à la vaccine jennérienne, dont le mécanisme est encore loin d'être élucidé et dont le principe ne semble pas se prêter aune grande généralisation.
i° Vaccination par l'inoculation du microbe pathogène.
Le procédé le plus fréquemment employé dans les vaccinations pastoriennes est l'inoculation de la bactérie
MALADIES IISFECTIEIISES.
palliogèno clle-mcmo; mais pour arriver à ne déterminer (|uo des accidents peu graves comparativement à ceux dont on veut préserver, on peut agir sur les pliénomènos morbides de plusieurs manières différentes en variant la dose, la voie d'introduction ou surtout la virulence du microbe inocule.
En effet on peut inoculer une quantité très faible de bactéries et produire ainsi une affection curable avec un microbe dont l'effet est mortel avec des doses plus fortes : eetle méthode, plus intéressante au point de vue théorique qu'au point de vue pratique, a été appliquée avec succès au- bacille du charbon (Chauvoau), du charbon symptomatique, du tétanos (Vaillard), du rouget du porc (Emmerich).
La voie d'introduction d'un microbe présente pariois une grande importance au point de vue de l'intensité des effets morbides. Telle bactérie très pathogène lorsqu'on l'introduit dans le sang, ne donne lieu qu'à des accidents sans gravité si on l'introduit dans le tissu cellulaire; il en est ainsi pour le bacille pyocyanique (d'après Charrin), alors que l'agent du charbon symptomatique se comporte d'une manière absolument opposée let produit des effets atténués lorsqu'on l'injecte direc- Itement dans le sang, mortel si on l'introduit directeiment dans les tissus.
Nous pourrions multiplier les exemples de ces vaccit nations obtenue^s en inoculant le microbe dans tel ou tel ttissu; il est curieux de savoir qu'on peut obtenir des effets analogues en l'introduisant dans des organes plus ou moins excentriques. En se servant par exemple de la queue des animaux comme porte d'entrée, on peut conférer l'iumumité aux ruminants contre le charbon symiptomatique et la péripneumonie.
Mais la méthode qui a donné de beaucoup les plus
134 MALADIES INFFXTIEUSES.
beaux résuUats, lorsque l'on veut se servir du microbe lui-même, est celle (|ui est basée sur son atténuation, c'est-à-dire sur une diminution plus ou moins durahle de virulence. Nous ne saurions insister longuement ici sur la difiërcnce capitale qu'il faut établir entre l'atténuation durable, transmissible, héréditaire, donnant des résultats fixes, sur lesquels on peut compter, et l'alténualion passagère qui est plutôt un affaiblissement général qu'une atténuation véritable, et dont la pratique doit être limitée par suite de l'inconstance des effets produits, suivant que le microbe est ou n'est pas encore susceptible d'un rajeunissement facile.
Les principaux procédés employés pour diminuer la virulence d'un microbe sont les agents physiques, et piincipalement la cbaleur, la lumière et la dessiccation; les agents chimiques comme l'oxygène, les antiseptiques ou les produits de culture d'autres microbes, que l'on peut faire agir soit sur le microbe en état d'inertie, soit sur le microbe en voie de développement.
De cette dernière mélhode on peut rapprocher l'atténuation par les cultures artificielles, soit que le résultat dépende du fait simple de végéter sur un bouillon inerte, soit qu'il tienne à la nature spéciale du milieu nutritif qu'on lui offre, soit enfin que l'on abandonne la culture à elle-même et que l'atténuation soit due à son vieillissement.
Enfin dans certains cas rares, ainsi que nous l'avons vu plus haut, on i)eut obtenir un microbe atténué en l'inoculant successivement à des animaux, non pas réfractaires comme on l'avait cru longtemps, mais au contraire plus réceptifs que l'espèce que l'on veut vacciner. Il semble que dans ce dernier cas la bactérie, ayant un moindre effort à surmonter, perde une partie de sa puissance pathogène devenue inutile.
2° Vaccination par inoculation des produits bactériens.
Pressentie par MM. Cliauveau et Toussaint, é])auchée par Wooldridge, Ferran, Salmon et Charrin, la vaccination par les produits de culture débarrassés de tout microbe vivant n'est devenue un fait incontesté, qu'avec les mémoires de MM. Roux et Charaberland sur l'action préventive des substances soUibles sécrétées par le vibrion seplique et le bacille du charbon symptoraatique. Prcï^que en même temps apparaissait le travail de MM. Chantemesse et Widal qui étaient arrivés au même résultat en expérimentant sur le bacille typhitjue, bientôt suivi d'un mémoire de M. Gamaléia sur la vaccination chimique par les produits de culture du vibrion avicide.
Depuis de nombreux travaux ont généralisé les conclusions des précédents auteurs à un grand nombre d'infections microbiennes, telles que le tétanos (Vaillard), l'érysipèle (Roger), etc., etc.
Nous n'entrerons pas ici dans l'étude détaillée des substances vaccinales élaborées par les micr o-organismes, et nous nous bornerons à énumérer leurs divers modes de préparation, le principe de la méthode restant le même.
Pour quelques affections, il suffit de débarrasser le bouillon de culture des mici'obes eux-mêmes pour obtenir un liquide pouvant prévenir l'organisme contre une inoculalion bactérienne.
Dans d'autres cas, en raison des propriétés toxiques de ce liquide, 'on est obligé d'employer la chaleur qui peut, tout en agissant sur ceitains poisons, laisser intactes les substances vaccinales; parfois même, comme pour le vibrion avicide, ces dernières peuvent être extraites pai- la distillation.
Enfin on peut en mélangeant les produits toxiques avec une substance chimique les modifiant plus ou moins
ir.G MALADIES INFECTIEUSES.
[Hofontlémont. obtenir des vaccins doués d'une grande puissance. L'action de l'iode sur la toxine tolaniijue est un des meilleurs exemples de celte dernière méthode.
5° Vaccination par le sang ou le sérum d'autres animaux.
Cette dernière méthode qui, bien que récente, a déjà donné des résultats merveilleux au point de vue théorique, date des expériences de MM. Richet et Iléricourl sur l'immunité conférée aux animaux sensibles à la tuberculose aviaire par les injections de sang de chien, espèce qui se montre réfractaire à celte affection.
Mais elle a surtout pris rang dans la science depuis la découverte du pouvoir antitoxique du sérum des animaux rendus réfractaires à certaines alîections toxiques.
C'est donc surtout à MM. Behring, Kitasato et Wasscrmann que revient l'honneur d'avoir montré tout ce que cette nouvelle voie semble réserver à l'avenir.
Bien que les injections de sang antitoxique n'aient pas donné en pratique tout ce que l'on avait pu en espérer, elles se sont montrées fécondes en résultats théoriques.
Elles ont en effet attiré l'attention sur les propriétés |)réventives du sang en général, et en dehors même des affections vraiment toxiques, comme la diphtérie et le tétanos, on a pu constater que le sérum d(!s animaux vaccinés contre une alfection pouvait par injection souscutanée préserver un autre animal contre le même microbe pathogène. Le fait a été démontré pour le vibrion avicide par M. Sanarelli, pour le vibrion cholérique par M. Metschnikolî, pour le bacille typhique par MM. Chantemesse et Widal, pour le pneumocoque par MM. Kleuqjcrer et M. Issaefï. Mais bien des obscurités régnent encore sur le mécanisme de celle propriété vaccinale; en effet, il semble résulter des recherches de
M. Metschnikofr sur le vibrion cholérique qu'il n'y a p;is un r.ipport nécessaire entre le pouvoir préventif d'un sérum et l'état réfractaire de celui qui le fournit, puisqu'il a trouvé cette propriété dans le sang d'individus lunlades ou même morts du choléra.
Telles sont à grands traits les conditions principales de l'immunité acquise sur lesquelles nous nous proposons de revenir dans un prochain travail sur les vaccinations.
Les facilités qu'elle offre à l'expérimentation lui ont donné une importance capitale au point de vue ihéorique, de même, qu'au point de vue pratique, elle occupe la [iremière place par les résultats prophylactiques et même curatifs que l'on peut obtenir et en espérer.
Nous avons vu à propos de l'immunité acquise que l'organisme ne devenait réfractaire à une affection qu'après un délai plus ou moins long après la première atteinte; il en est de même en général pour l'immunité provoquée; néanmoins le temps écoulé entre l'inoculation vaccinale et l'immunisation de l'animal est variable suivant la maladie que l'on peut prévenir et surtout la méthode de vaccination mise en œuvre.
Si l'on emploie soit le microbe lui-même, soit les produits soIuIdIbs, le travail organique qui aboutit à l'étal réfractaire, demande toujours plusieuis jours pour s'accomplir; on peut dire qu'une semaine est le terme moyen qui lui est nécessaire. Néanmoins il est variable; ainsi, par exemple, pour l'immunisation la mieux connue cliniquenlent, la vaccine, on sait que l'inmiunité n'est Mcquise que du 10" au H ^ jour après l'inoculation.
Si l'on emploie au contraire le sérum préventif extrait d'un autre animal, l'action est instantanée et l'immunité qui en résulte, immédiatement acquise. Le maximum d'efficacité de cette méthode d'immunisation semble même être obtenu, lorsque l'injection de sérum préventif
et rinoculalion du microbe pathogène ont lieu on même lemps cl au uicnic point. On voit par là la dilTérence considérable qui existe entre cette dernière niétliode et les précédentes.
La même variabilité peut cire constatée, si l'on recherche la durée de l'immunité acquise ou provoquée. Pour ce qui est de la première, de même que nous avons vu que les maladies infectieuses dilïëraient entre elles par leur tendance plus ou moins marquée à conférer l'immunité par une première atteinte, on observe les mêmes variations pour ce (|ui est de la durée de cet état réfiactairc.
Celles dont l'action est la plus constante, sont en même temps celles qui agissent de la manière la plus durable. Les fièvres éruptives, par exemple, laissent après elles une immunité qui persiste habituellement pendant tout le reste de la vie. A côté d'elles se trouvent des airections qui protègent contre une deuxième atteinte pendant un lem|)8 si court que la clinique avait méconnu leur pouvoir vaccinant et que ce dernier n'a été définitivement établi que par la seule expérimentation. L'érysipèle et la pneumonie sont deux exemples de ce fait et l'état réfractaire que ces affections confèrent, se chiffre par semaines au lieu de se compter par années.
Du reste il est difficile d'établir au juste pour chaque maladie la durée de l'immunité acquise par une première attaque. Outre les variations individuelles, on doit compter également avec la longueur et surtout l inlensité de la maladie.
Une atteinte légère ne donne souvent qu'un état réfractaire passager, et l'on peut dire qu'en général la période d'immunité est d'autant plus longue et son degré plus élevé, que la maladie première s'est montrée plus sévère dans ses symptômes.
MALADIES INFECTIEUSES. 159 Ic^ mémos réflexions sont applicables à l'immmiité ai-tiliciellc qui, au fond, ne difîère nullement dans son mécanisme de l'immunité acquise, le travail organique aboutissant n l'état réfractaire se faisant sous l'influence d'une infection spontanée dans un cas, provoquée dans l'autre. xVussi tout ce que nous avons dit de la fonne précédente peut s'appliquer à celle qui est le résultat de l'inoculation d'un micro-organisme.
Celui-ci en se développant, donne lieu, comme nous l'avons vu, à une affection locale ou générale suivant la virulence du microbe et les conditions dans lesquelles ost faite l'inoculation. Là aussi, plus était fort le virus employé et dont aura triomphé l'organisme, plus sera complète et longue l'immunité conférée par la maladie vaccinale. Aussi pour que la maladie due au vaccin ne soit pas assez grave pour constituer un danger, piéleret-on à une infection violente el unique, une série de vaccinalions par des doses progressives ou des microbes d'une virulence graduée, donnant lieu h plusieurs atteintes relativement inoffensives, mais dont la somme produit lemêmeefî'etvaccinantqu'uneseulemaladiegrave.
Néanmoins l'immunité conlérée, étudiée surtout sur des infections se rapprochant plutôt de la seconde des deux catégories signalées plus haut, s'épuise toujours après un temps plus ou moins long, temps qu'il est difficile de préciser exactement pour chaque alTection, étant donnée la grande variabilité de tous les facteurs mis en
jeu.
On sait que la vaccination jennérienne confère contre la variole une immunité d'une durée de dix ans environ. C'est là, croyons-nous, le seul chiffre bien fixé, la brièveté de la vie des animaux de laboratoire ne permettant pas en général d'aussi longues recherches.
En tout cas l'on peut dire que, toutes choses égales
^'50 MALADIRS INFKCTIEUSE.S.
d'aill(Mirs, il somhle que In vaccinalion par le microbe lui-même doué de toute sa virulence est celle qui est suivie d'un état rélraclaire de la plus longue durée; puis viennent les méthodes qui ont pour agents les bactéries atténuées d'une virulence progressive ; les vaccinations chimiques, malgré leur eCficacité, semblent conférer une immunité moins longue.
Mais de même que nous avons signalé une divergence considérable entre ces procédés et celui qui repose sur l'utilisation des propriétés préventives d'un sérum, tant au |)oint de vue de la rapidité avec laquelle le résultat est obtenu que par rapport à son mode d'action probable, les injections de sérum ne provo(|uant aucun phénomène morbide, ou constriteune différence considérable au point de vue delà durée de l'état réfractaire provoqué par ces difl'érentcs méthodes.
En effet, l'immunité conférée par le sérum est essentiellement passagère et se chiffre seulement par jours. Il semble qu'elle est liée à la présence même du produit et ne correspond en tout cas à aucune modification interne et durable de l'organisme. Ce fait est surtout intéressant au point de vue pratique. En elfet celte grande différence entre les effets de ces procédés de vaccination, lait que l'un ou l'autre sera indiqué suivant les résultats que l'on voudra obtenir : force et durée dans un cas, rapidité et innocuité dans l'autre.
Nous ne devons pas seulement rechercher ce que devient l'immunité dans l'économie de i'animal rendu réfractaire; mais encore devons-nous demander si la modilication de l'organisme qui y correspond est transmissible à sa descendance. Nous savons peu de chose sur l'hérédité de l'immunité du père, alors qu'au contraire, un grand nombre de faits ont établi la transmissibililé de l'état réfractaire maternel à sa descendance.
Mais quant au mécanisme clc la transmission, ces observations doivent être divisées en deux groupes : celles dans lesquelles Fimmunisation de la mère a eu lieu pendant la gestation, et celles où l'élat rofractaire était acquis avant la conception.
Dans le premier cas, le fœtus participe probablement d'une manière directe à l'immunisation de la mère, et il est possible qu'impressionne de même, son organisme subisse les mêmes modifications, aboutissant à la création de l'état réfractaire.
En effet, que, suivant les uns, il reçoive directement un petit nombre de microbes traversant la barrière placentaire et le vaccinant d'après la première méthode citée plus haut, ou que, suivant d'autres, les produits solubles de l'agent pathogène passant au niveau du placenta vienne lui conférer l'immunité, il s'agit toujours ici d'une véritable immuniîiation par les pr océdés cotmus.
Nous nous rangerons de préférence à la théorie qui fait jouer le rôle prépondérant au passage des toxines bactériennes, théorie créée par M. Chauveau, qui y a vu le premier exemple de vaccination chimique; cette explication a pour elle le peu de tendance qu'ont en général les vaccins figurés à se généraliser dans le sang et le passage exceptionnel des microbes à travers le placenta sans lésion grave de celui-ci.
Plus intéressante encore est l'immunité transmise par un animal rendu réfractaire avant la conception; car il faut voir là uà mdice de la modidcation profonde imprimée par l'immunisation à l'organisme maternel. Les deux explications citées plus haut ne peuvent s'y appliquer; il faut y voir un mécanisme analogue à celui de l'hérédité de l'immunité naturelle, l'acquisition d'une propriété nouvelle due au développement dans un milieu doué de cette propriété.
ii2 MALADIES INFECTIEUSES.
Que l'inlluencc porte sur le germe lui-même, ou qu'elle soil due aux écliaiiges au niveau du placenta avec un sérum doué de propriétés préventives, l'acquisition de celte immunité par transmission liérédilaire est un l'ait iuqiortant, en ce qu'il montre l'état rélraclaiie, non connue une qualité accessoire, mais comme une propriété inhérente aux fonctions intimes de l'organisme.
Ce rôle du sérum dans l'hérédité de l'immunité devient encore plus admissihle si on le rapproche du lait remarquahle rapporté par Ehrlich dans ses travaux sur les vaccinations contre les toxines végétales. Il a reconnu, en effet, que le lait des animaux rendus réfractaires pouvait à lui seul immuniser de jeunes animaux contre ces poisons. Pour cela, il fait nourrir des souris venant de naître d'une mère réce[)live par une souris vaccinée, et constate qu'elles contractent l'immunité par l'intermédiaire du lait, auquel il reconnaît un pouvoir anlitoxique sur ces toxines végétales.
La constatation d'une propriété analogue dans le lait des femelles immunisées contre le tétanos, peut faire supposer que la lactation peut également dans certaines conditions jouer un rôle dans la transmission de l'hérédité.
Des constatations de ce genre ont du reste étéfaitessur des animaux vaccinés contre le tétanos et le choléra.