‹ Immunité dans les maladies infectieusesChapitre 16 sur 49 · CAUSES PRODUISANT L'AFFAIBLISSEMENT DE L'IMMUNITÉ · texte numérisé non relu

CAUSES PRODUISANT L'AFFAIBLISSEMENT DE L'IMMUNITÉ

FRenlorcenient du microbe, ou diminution de résistance de l'organisme. — Causes agissant sur l'organisme entier. — Dyscrasies. Température. — Surmenage. — Inanition. — Mode d'alimentation. — Saignée. -- Ablation de certains organes. — Introduction dans l'économie de substances soit chimiques (narcotiques, glycose), soit d'origine microbienne, que ces dernières soient produites

, par des bactéries de même espèce ou d'espèce diflérenle. — Action des poudres inertes. — Influence considérable de la quantité des germes inoculés. — De la virulence. — Choix de la porte d'entrée : chambre antérieure de l'œil.

i.Causes agissant au niveau de la porte d'entrée. — Traumatisme. — Actions ciiimiques. — Poisons microbiens do même espèce ou d'espèce différente. — Associations microbiennes. — Influence du système nerveux.

Ainsi que nous venons de le voir, l'immunité acquise lou provoquée abandonnée à elle-iuême s'affaiblit peu à ipeu et finit par disparaître. Néanmoins pendant toute la [période pendant laquelle l'organisme se montre réfracitaire, il ne faut [ks oublier qne l'immunité n'est qu'une de ses propriétés contingentes. Nous avons assez insisté <sur ce caractère pour que l'on comprenne facilement que dans certaines conditions le microbe puisse triompber de l'état réfractnire, les moyens d'attaque se trou- \vant supérieurs à la défense de l'organisme.

Deux cas peuvent se produire pour aboutir à ce ré=

-Ui MALADIES INl'liCTIELSES.

suUat; ou bien il s'agit d'un renlbrcement, ou d'un aide apportoo au microbe, ou, au contraire, ce sont les forces de résistance de l'organisme qui sont directement atleinlcs.

De toutes manières, on peut diviser en deux grandes classes les dilTcrentes causes qui peuvent amener un alTaiblissementderimmunitc. Les unes, en el'iel, exercent leur action sur l'économie tout entière qu'elles metlent hors d'état de soulenir la lutte; les autres, au conlraire, y prennent une part plus directe, et ne s'altaqucnt |)as à la résistance générale, mais à la défense locale opposée par l'organisme au niveau de la porle d'entrée du microbe.

Parmi les premières il faut placer toutes les conditions susceptibles d'exercer une influence dépressive. On sait en effet le rôle considérable joué en pathologie par les causes prédisposantes, au nombre desquelles il faut mettre aux premiers rangs la misère physiologique, l'encombrement, le surmenage, les dyscrasies passagères ou durables, et parmi ces dernières les affections chroniques comme le diabète, le mal de Bright, etc.

Nous ne nous appesantirons pas sur ces notions connues de tous les médecins, et étudierons ici celles-là seules qui ont fait l'objet de recherches expérimentales.

L'une des causes le plus anciennement étudiées et qui correspond à une notion d'étiologie générale reconnue de tout temps, est certainement le refroidissement. Depuis les expériences de Pasteur sur les résultats positifs de l'inoculation du charbon à des poules refroidies en les lixant à une planchette, et en les plongeant dans l'eau froide, de nombreux auteurs ont obtenu des résultats analogues. M. Charrin a constaté que le refroidissement diminue la résistance du cobaye au bacille pyocyanique, et M. Plalania, expérimentant sur le pneumocoque intro-

(luit clans la trachée, a observé que les animaux placés dans une atmosphèi e froide, s'infectaient beaucoup plus lacileuicnt.

L'iniluence du froid n'est donc pas douteuse, mais comment faut-il la comprendre?

S'agit-il tout simplement de la disparition d'une condition défavorable au microbe, qui se trouve ainsi dans de meilleures conditions de température? Cette explication applicable aux expériences sur les poules et la bactéridiu charbonneuse, ne peut nullement être trouvée suffisante dans les autres cas, et mcrae on peut objecter à celles-là que M. Wagner a pu par d'autres moyens rendre charbonneuses des poules non refroidies. Ce dernier auteur conslate en même temps dans ses expériences que le refroidissement progressif est beaucoup moins actif que le changement brusque de température, d'accord en cela avec les observations cliniques.

Il s'agit donc bien plutôt d'une action du froid sur l'organisme, le rendant momentanément inapte à se servir des moyens de défense qui constituent son état réfractaire. On sait en effet, par les expériences de M. Bouchard, qu'en tuant des cobayes par des refroidissements successifs, on constate que leur milieu sanguin est envahi par des micro-organismes variés, non pathogènes dans les conditions normales.

Cette inlluence nuisible sur l'économie semble s'exercer bien plus sur la vie cellulaire que sur la composition chimique des humeurs, et, de fait, M. Wagner a constaté de visu que chez les poules refroidies la tJiapcdèse ne se faisait pas normalement, et que les leucocytes ne se |)ortaient qu'en très faible quantité au niveau de la porte d'entrée.

Le surmenage a produit entre les mains de MM. Charrin et Roger des résultats très comparables à ceux obtenus

par le refroidissement. Ils ont pu en effet triompher de l'immunité naturelle du rat pour le bacille du charbon symplomatique, en faisant tourner les animaux avant ou après l'inoculation dans un tambour dont la rotation olDliceait les animaux à des efforts musculaires continus.

Par la même méthode, ils ont pu amener à contracter le charbon bactéridien, des rats naturellement réfractaires à cette affection.

L'inanition, effleurée par M. Gibier dans ses expériences sur le développement du charbon chez les grenouilles a fait l'objet des recherches de MM. Canalis et Morpurgo. Ces auteurs se sont servis du charbon comme terrain d'études, et ont choisi comme animal d'expériences le pigeon, qui jouit vis-à-vis de cette affection d'une immunité assez marquée. Ils ont constaté que tous les animaux privés de nourriture un peu avant l'inoculation ou seulement à partir de ce moment succombaient au charbon, alors que chez les témoins la mortalité n'était que d'un sixième. L'influence du jeûne, pour être très marquée pendant sa durée, n'est pourtant pas très profonde : car môme après un jeûne de plusieurs jours le pigeon peut résister à la bactéridie si on lui rend sa nourriture aussitôt qu'il a été inoculé.

Le mode de nourriture semble exercer également une influence assez considérable, et d'après M. Feser les rats soumis à un régime végétal perdent leur immunité naturelle contre le charbon, alors qu'au contraire une alimentation carnée les rend plus résistants. Néanmoins les conclusions de Feser, reprises récemment parKurth, ont été contestées par M. Strauss.

D'autres influences débilitantes ont été expérimentées. La saignée par exemple agit comme cause prédisposante. M. Serafini, inoculant le pneumocoque au chien a constaté la facilité avec laquelle on produit l'infection

pnr la saignée. M. Arloing rapporte également dos expériences de M. Rodet sur le charbon, concluant dans le même sens.

La suppression de certains organes dont les fonctions ne sont pas encore complètement élucidées a semblé aussi dans certains cas faire disparaître l'immunité naturelle; M. Bardach, dans plusieurs mémoires sur le rôle de la rate dans les maladies infectieuses a établi la possibilité de rendre les chiens charbonneux après leur avoir fait subir l'ablation de cet organe. Un fait analogue a été observé par MM. Tizzoni et Cattani, qui ont constaté l'impossibilité de vacciner contre le tétanos les animaux dératés.

En dehors de ces moyens d'agir sur l'ensemble de l'organisme, il est également possible d'exercer sur lui une influence nocive en introduisant dans la circulation des corps susceptibles de l'impressionner d'une manière ou d'une autre.

C'est ainsi qu'agissent les substances narcotiques comme le chloral, employé par M. Platania pour conférer le charbon aux grenouilles, et par M. Wagner pour rendre les i)oules charbonneuses. Entre les mains du premier de ces dmx observateurs, l'alcool et le curare ont donné des résultats analogues.

On sait quelle influence néfaste exerce le diabète sur la marche des maladies infectieuses. Certains auteurs ont voulu reproduire expérimentalement cette condition défavorable. Budjwid a démontré que l'injection préalable de glycose dans le sang rendait beaucoup plus efficaces les inoculations du staphylocoque pyogène, et Léo a vu l'immunité des rats contre le charbon et celle des souris contre la morve ne pas résister à l'ingestion de phloridzine, substance qui a, comme on sait, la propriété de provoquer un diabète sucré temporaire.

Expérimentant sur des lapins, nous avons également pu provoquer des troubles très graves, terminés pai- la mort, à l'aide de streptocoques peu virulents pour les animaux témoins, en nous servant de cette substance on bien de nitrate d'urane.

Plus intéressant encore est l'effet de l'intoxication de l'économie par les produits microbiens, iniroduils dans l;i circulation générale. Si par exemple on injecte à un animal une petite quantité de bouillon de culture d'un microbe, il devient apte à contracter la maladie produite par cette bactérie.

Ce fait est des plus curieux, si on le compare au pbénomène rapporté plus haut de la vaccination par les produits soIuIdIos, avec lequel il semble en contradiction. Mais si l'on réflécliit, on voit que l'action n'est pas la même, que l'immunisation dans un cas succède à un travail de l'organisme puisqu'elle n'est point instantanée, tandis que la prédisposition est immédiatement consécutive à l'injection des substances microbiennes.

Du reste, nous avons vu toute la diiïerence qui existe entre les produits des micro-organismes; les substances vaccinantes ne sont pas probablement les mêmes que les substances prédisposantes qui doivent se rapprocher par 'leur action favorisante des sécrétions utiles à la vie des microbes, c'est-à-dire des diastases. Cette dissociation en substances favorisantes et substances vaccinales semble avoir été obtenue pour diverses bactéries, bacille pyocyanique (Charrin), érysipèle (Roger).

La contradiction n'est donc qu'apparente amsi que cela a lieu le plus souvent lorsqu'il s'agit défaits bien établis expérimentalement comme les suivants.

En injectant à un lapin le liquide des muscles œdémateux d'un animal mort du charbon symptomatique, on arrive, ainsi que Ta constaté M. Roger, à rendre

MALADIES INFECTIEUSES. l-W

réoeplif cà celle maladie cet animal, qui y est nsturellomenl relVactairc. M. Bouchard est arrivé à des résultats analogues en expérimentant sur le bacille pyocyanicjue. S'adressant cà un microbe d'une plus grande importance pratique, le bacille tuberculeux, M. Courmont a constaté (jue les produits sécrétés par lui, facilitent dans une large mesure une infection ultérieure par ce même microbe.

Nous étions arrivés aux mêmes résultats dans des expériences restées inédites en nous servant d'extrait glycériné de poumons tuberculeux, filtré sur porcelaine.

Enlin dans leurs études sur l'action du staphylocoque pyogène, M. Ilerman et M.VI. Ilodet cl Conrmont ont observé une prédisposition remarquable |iar l'injection de l'extrait des cultures. Dans les observations de ces derniers auteurs, l'action favorisante de ces produits a été assez durable pour pouvoir être encore conslatable au bout de trois mois.

Mais ce n'est pas seulement les produits de culture d'un microbe qui peuvent exercer une iniluence prédisposante à l'alfeclion qu'il engendre; on ])cul obtenir les mêmes résultats et parfois même des ellets plus remar- (|uables encore par l'introduction dans la circulation générale des produits sécrétés par une autre bactérie.

Par exemple, M. Roger, en injectant à des lapins des cultures debacillus prodiç/iosus lriom|)he de l'immunité de cet animal^ pour le microbe du charbon synq^lomatique; des résultats analogues ont été obtenus avec les produits du même bacille par M. Vaillard pour l'infection tétanique et MM. Massart et Bordel pour la maladie pyocyanique.

A l'aide des substances solubles sécrétées par ]e jJi'o- (eus vuUjaris, M. Roger avait également pu favoriser l'infection des microbes pyogènes, et M. Monti rendi\i

mortelle l'inoculation de streptocoques, staphylocoques et pneumocoques atténués.

Dans de nombreuses expériences, nous avons pu établir que les agents anaérobicsde la putréfaction, de même qu'un bacille spécial isolé d'un cas de rhumatisme cérébral, produisaient des substances très actives (|ui, introduites dans la circulation d'un animal, modifiaient immédiatement sa réceptivité. Inoculant par exemple à l'oreille d'un lapin un streptocoque peu virulent, produisant un abcès, nous avons pu transl'ormer sur place par les injections des cultures susdites la lésion légère en un érysipèle pouvant, sous l'action continue de ces substances, aboutir à une septicémie mortelle. Le microbe retrouvé dans le sang de l'animal après sa mort, a acquis par ce passage une virulence très exaltée et est susceptible de provoquer chez un autre lapin un érysipèle rapidement mortel.

Ces expériences qui prouvent la grande influence que peut exercer sur la marche de certaines afi'eclions la résorption de produits putrides, ont été reproduites par M. Vincent, qui a obtenu des résultats analogues en se servant des produits de culture du bacille typhique et du haclerium coli commune.

On peut du reste rapprocher ces résultats du fait clinique signalé par M. Bouchard. Pour cet observateur en effet la furonculose serait souvent due à la résorption des substances sécrétées par les microbes du tube digestif, et l'antisepsie de ce canal arrêterait la maladie.

De cette action des produits solubles, on peut rapprocher l'introduction de bactéries dans la circulation sanguine. Dans ces cas-là on peut encore mieux saisir le mécanisme de la prédisposition à l'infection par un autre micro-organisme.

En dehors en eff"et des cas, sur lesquels nous revien-

drons tout à l'heure, où les deux microbes agissent l'un sur l'autre en exaltant leur virulence, on peut comprendre que quelque inoffensive que se montre la première bactérie introduite, elle nécessite pour lui résister, l'immobilisation d'une partie des forces défensives de l'organisme, qui se trouve de cette manière en état d'infériorit»é pour lutter contre le second microbe.

Cette interprétation est si vraie qu'il suffit dans certains cas de l'injection de poudres inertes pour faire disparaître une immunité assez marquée, comme celle du chien pour le charbon. M. Bardacb a rapporté des observations établissant ce dernier fait.

Ce mode d'action des microbes et des corps étrangers forme une transition naturelle avec le deuxième ordre de causes dont nous avons à parler ici, et qui exercent une influence nuisible k l'organisme dans la lutte que celui-ci engage avec le microbe au niveau du point par lequel pénètre ce dernier.

Au premier rang des notions nouvelles, exerçant une action décisive sur l'issue du combat, on doit placer le nombre des agents infectieux que les premiers travaux sur les micro-organismes avaient laissés un peu trop au second plan.

Depuis les recherches de M. Chauvoau sur le rôle de la quantité des germes sur la production du charbon expérimental, de nombreux faits ont mis hors de doute cette notion capitale : tel organisme qui se montre réfraclaire à un petit nombre de microbes, peut, si l'on force la dose, contracter une affection mortelle. Ainsi que nous l'avons vu à propos des vaccinations par le microbe doué de toute sa virulence, on peut conférer l'immunité contre le charbon symplomatique, le virus rabique, par l'inoculation de petites quantités, alors que les doses moyennes produisent des effets mortels.

MALAUlliS LNKECTIEUSES.

On doit à M. Walson Clieyne des numérations très intéressantes qui donnent une idée plus concrète de cette influence considérable du nombre de germes inoculés. Cet auteur a établi qu'il suffit d'un seul microbe pour donner une maladie à des animaux très récejjtifs comme le cobaye vis-à-vis du charbon, la souris vis-à-vis de la septicémie décrite par Koch; le plus souvent au contraire, le chiffre nécessaire pour la production de l'infection est assez considérable. Par exemple le cobaye, complètement réfractaire à une inoculation de moins de 10 000 bacilles du choléra des poules, présente un petit abcès pour un nombre supérieur, et succombe à l'introduction massive de plus de 500 000 germes.

D'autres auteurs se sont livrés à des recherches analogues et sont arrivés à des conclusions intéressantes. Gebhardt, par exemple, dans des recherches sur le lait tuberculeux a vu qu'il était nécessaire d'un nombre de bacilles de Koch supérieur à 800 ou 900 pour tuberculiser un cobaye, une moins grande quantité restant sans effets. M. Rodet, introduisant dans les veines d'un lapin une culture ti'ès virulente de staphylocoque doré, a constaté que l'inoculation d'une ou deux gouttes amenait la production d'ostéites plus ou moins lentes ayant parfois des tendances à se réparer; un quart de centimètre cube engendrait des lésions aiguës aboutissant à la mort eu quelques jours; cette dernière survenait en quelques heures par l'injection d'un demi-centimètre cube.

On doit à M. Herman des observations très consciencieuses sur cette influence des doses microbiennes. Des expériences ont été faites avec le staphylococcus pyogenes albus. Les cultures dont il se servait contenaient 520 millions de microbes par centimètre cube. Il a constaté que pour le lapin il était nécessaire d'inoculer ce nombre énorme de bactéries pour amener la formation d'un

MALADIES INFECTIEUSES. 'i^^

;,al)cès. Chez le chien, dont le lissu cellulaire suppure iplus facilement, il sullisait d'un dixième de ccntimèlrc (Cuhe, c'est-à-dire environ 52 millions. Au-dessous de ces tdoses les injections restaient sans ell'ct.

Ces quelques exemples montrent de quelles précautions ,on doit s'entourer, lorsque l'on opère sur des animaux j|)lacés à la limite de la réceptivité et combien le facteur (quantité doit être soigneusement déterminé i)our obtenir (des résultats comparables.

Nous ne nous appesantirons pas ici sur l'importance ( de l'évaluation exacte de la virulence du microbe employé ; ainsi que nous l'avons vu, les microbes peuvent acquérir (OU dépouiller leur pouvoir pathogène dans des conditions (Connues dont un grand • nombre peuvent se produu'c ; spontanément. Il est donc bien naturel qu'un animal iprésentant une immunité moyenne pour un micro- I organisme pourra néanmoins être infecté par lui dans lies cas où ce dernier possède une virulence exceptionnelle.

Prenons par exem[)le le cobaye, complètement réfractaire le plus souvent aux inoculations du streptocoque, et qui succombe néanmoins en quelques heures à l'inoculation de ce microbe très virulent. Le passage sur les animaux de même espèce rend presipie toujours les bactéries plus aptes à triompher de l'immunité naturelle de celle espèce en exaltant sa virulence, par suite d'une sorte d'adaptation au milieu, ainsi que nous l'avons vu plus haut. 11 est'probable que ce mécanisme joue un très grand rôle dans la genèse des é|)idémies.

De même que le choix d'une porte d'entrée peut, dans certains cas, faciliter la résistance à l'invasion microbienne, au point de pouvoir, comme nous l'avons vu, servir de méthode de vaccination, inversement on peut dans certains cas triompher de l'immunité d'un animal

MALADIES INFECTIEUSKS.

en introduisant le virus par une porte d'entrée lui permettant un accès plus facile.

Co choix doit être variable suivant les diverses espèces microbiennes; tel organe ou tel tissu se montrant très l résistant contre telle bactérie et complètement désarmé contre une autre.

Nous pouvons par exemple opposer le bacille pyocyanique et l'agent microbien du charbon symptomalique. Le premier relativement inoffensif, lorsqu'on l'introduit dans le tissu cellulaire sous-culané du lapin, engendre une maladie mortelle lorsqu'il est injecté à même dose dans les veines. Le second, au contraire, donnant lieu à une affection des plus graves lorsqu'il est inoculé dans le tissu cellulaire et ne produit, par son introduction dans le sang, que quelques phénomènes morbides peu graves, aboutissant à la genèse d'un état réfractaire.

Des déterminations très exactes ont été faites par Herman sur le pouvoir pathogène du staphylocoque blanc introduit comparativement par divers points de l'organisme. Cet auteur, d'accord avec Grawitz et Sleinhaus, a constaté que le péritoine est fort peu sensible à des quantités même considérables de ce microbe, les doses qui produisaient la suppuration dans le tissu cellulaire restant sans effet sur cette séreuse. La plèvre et l'arachnoïde s'enflamment au contraire beaucoup plus facilement et présentent des suppurations mortelles. Introduit sous les veines en quantité trente fois moins grande, le même microbe donne lieu à des lésions rénales aboutissant à une terminaison fatale. Enfin, c'est surtout par l'introduction dans la chambre antérieure de l'œil que le microorganisme rencontre le moins de résistance de la part de l'organisme. Il suffit, en effet, pour arriver à produire une suppuration oculaire, d'une dose 8600 fois inférieure

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là celle qui est nécessaire à la production d'un abcès du Itissu cellulaire sous-culané.

Celte prédisposition remarquable qui résulte de l'nilitroductiou du micro-organisme par la cbambre antéirieure de l'œil, a été notée pour d'autres mioro-orgaiinismes. M. Roger l'a signalée comme un moyen de faire contracter au lapin le charbon symptomatique. M. Met- ^schnikoff a employé la même méthoile pour rendre les : pigeons sensibles au charbon bactéridien; nous l'avons également montrée capable de produire les derniers accidents pathogènes, produits par les streptocoques situés au plus bas de l'échelle de virulence. Il semble donc que [ipour la plupart des microbes, la chambre antérieure . est le point faible par lequel les microbes peuvent le jplus facilement envahir l'organisme, et de fait ainsi que mous l'avons vu plus haut, c'est là qu'ils se conservent Ile plus longtemps, alors même que l'organisme se iimontre complètement réfractaire.

On a diversement interprété ce phénomène, bien que Itous les auteurs soient d'accord à en attribuer l'origine à lia persistance et au développement du microbe, résultant ide l'absence de cellules à ce niveau. Nous verrons plus Iloin le parti qu'ont tiré de ce fait les partisans delà tthéorie de la phagocytose. Mais pour ce qui est de la [prédisposition générale créée par l'introduction du raitcrobe par l'œil, certains auteurs, MM. Massart et Bordet ipar exemple, attribuent cette influence favorisante à une (intoxication par les produits bactériens sécrétés à ce I niveau par le microbe, rapprochant ainsi cette condition (de l'action prédisposante des injections de produits miicrobiens, que nous avons signalée plus haut. Il y a peut- • être une part de vérité dans cette opinion, mais nous I croyons que l'on peut invoquer également ici l'adaptation au milieu, du micro-organisme, qui, pouvant subvenir

l'ncilemont à ses frais de premier établissement, suivanl l'expression de M. Duclaux. peut ensuite se montrer plu- Tii iilent, vis-à-vis de l'organisme qui le porte, comme il se monti'crait plus exalté, si on l'inoculait à un autre animal.

On peut de même favoriser l'infection générale de l'organisme en plaçant ce dernier en état d'infériorité, non pas par une influence s'exerçant sur l'économie tout entière, mais en rendant plus vulnérable le point d'introduction du micro-organisme.

C'est de cette manière que s'explique l'action du traumatisme sur l'éclosion des maladies infectieuses. La clinique avait depuis longtem[)s observé ce rapport étiologique ; nous n'en citerons qu'un exemple classique : la tuberculose pulmonaire des bateliers du Rbôiie, qui se servent d'un instrument prenant son point d'appui sur le sommet de la poitrine.

L'expérimentation a également établi la vérité du fait. MM. Nocard et Roux ont vu qu'en contondant les muscles de la cuisse d'un cobaye, et en injectant dans la masse musculaire meurtrie du virus cbarbonneux atténué qui resterait inollensif s'il était introduit dans la cuisse saine, l'animal succombe au cbarbon symptomalique.

Expérimentant sur le pneumocoque, M. Platania a démontré que l'on produisait une infection pulmonaire très intense cbcz le cobaye en provoquant au préalable une lésion aseptique de la plèvre ou du poumon.

Plus frappants encore sont les exemples que l'on peut tirer des travaux de M. Vaillard sur l'étiologie du tétanos. Des spores privées de toxine, qui resteraient sans eflet si elles étaient introduites dans un tissu sain, germent au contraire et donnent naissance au tétanos, si on les injecte dans du tissu musculaire légèrement meurtri. C'est de cette manière que l'on peut expliquer certains

■i'ails do tétanos spontané, consécutifs à un Iraumatisme -sans plaie extérieure. Les spores qui, comme nous l'avons \vu, se conservent longtemps dans les organes, la moelle osseuse en particulier, peuvent se développer si un traumatifUie, une iraclure par exemple, vient leur créer un milieu d'évolution convenable.

Les mêmes elTels sont obleims lorsque au traumatisme physique, on substitue une altération chimique des tissus. C'est ainsi que s'explique la prétendue exaltation du bacillus Chauvei, sous l'action de l'acide lactique, exaltation signalée par MM. Arloing, Cornevin et Thomas; ^MM. Nocard et Roux ont démontré que l'action de cet ; agent était toute locale et agissait en diminuant la résist tance des tissus. Ils ont montré que l'acide acétique, le llactate de potassium, l'alcool étendu, etc., produisaient ,des ellets analogues. M. Roger a obtenu les mêmes I résultats avec la trimélhylaminc. L'emploi de l'acide I lactique a été préconisé également par MM. Vaillard ot Vincent, comme favorisant l'action du bacille tétanique.

Il est intéressant de rapprocher les propriétés prédisposantes de ces corps et spécialement de l'acide lactique, de leur influence chimiotactique dont nous avons parlé phis haut. Nous avons insisté à dessein sur la chimiotaxie négative de celte substance : on comprend donc que son introduction en un point de l'organisme aura pour effet de repousser les leucocytes et de neutraliser ainsi l'attraction exercée sur eux par le corps même de la bactérie. La résu/1 tante de ces deux actions opposées sera une diminution dans la diapédèse, c'est-à-dire une défense locale moindre qui, dans les cas précités, peut devenir insuffisante et permettre aux bactéries de se répandre dans l'organisme,

A ces substances purement chimiques, nous devons joindre les produits microbiens qui, unis aux micro-orga-

•lo8 MALADIES INFECTIEUSES.

nismes au point d'inoculation, exercent une influence plus favorable encore que lorsque l'on produit une intoxication générale. Cet effet, constaté pour le staphylocoque pyogène par M. Christmas-Dirckinck-Uolrafeld et ])ar M. Ilerman, s'exerce surtout avec une grande évidence dans la pathogénie de l'infection tétanique.

MM. Yaillard et Vincent, par des expériences réitérées, ont en effet élabli que la toxine tétanique jouait un rôle des plus importants dans le résultat des inoculations ; car les spores débarrassées de la toxine par lavages ne germaient point lorsqu'elles étaient introduites seules dans l'organisme et qu'alors elles devenaient la proie des leucocytes, qui s'en emparaient et s'opposaient à leur développement.

Les expériences de MM. Vaillard et Vincent montrent bien que le rôle de la toxine tétanique consiste à éloigner les leucocytes et à les empocher d'ingérer les bacilles et les spores. Ce poison en effet semble agir de la même manière que l'acide lactique, grâce à ses propriétés chiraiotactiques négatives. Il résulte en effet des observations de ces auteurs, que si l'on place sous la peau de l'oreille du lapin des tubes capillaires contenant une culture chauffée à 65°, c'est-à-dire à une température où la toxine est détruite, on voit que, très rapidement, leur extrémité ouverte est encombrée de leucocytes. Si, au contraire, chez le même animal, on expérimente avec un tube contenant un bouillon de culture non chauffé, il ne se produit aucune attraction leucocytaire et le liquide reste limpide. Celte grande différence de résultats peut à bon droit être attribuée à l'action de la toxine, active dans le second cas, tuée dans le premier.

Du reste, on peut indirectement démontrer queTaction prédisposante de la toxine qui imbibe les spores tétaniques, est liée à la répulsion qu'elle exerce sur les leuco-

icytes, répulsion qui protège les germes et leur permet cdc se développer. Tel est le but de rexpérience suivante ,due à MM. Yaillard et Rouget, expérience qui consiste à [protéger momentanément contre les leucocytes les spores (dépouillées de toxine, jusqu'au moment où elles aient eu lie temps de se développer et de sécréter de nouveau poison. Les spores lavées sont mêlées à du sable bien sec ■stérilisé, et incluses dans de petits étuis de papier •Berzélius également stérile. Ces petits appareils sont introduits aseptiqucment dans le péritoine d'un cobaye, alors que l'on inocule un animal témoin avec une égale quantité des mêmes spores libres. Ce dernier ne présente ; aucun phénomène morbide, alors que l'animal inoculé .avec l'étui de papier contenant les spores meurt du I tétanos plus ou moins rapidement.

ce L'interprétation de cette expérience est simple. I L'étui, en raison de son épaisseur, relarde la migration 'des leucocytes et leur arrivée au centre de la masse. I Grâce à ce répit, les spores peuvent végéter et les bacilles issus de ces germes élaborer la toxine. Lorsque les cellules migratrices parviennent enfin au conlact du sable, le temps de la lutte efficace est passé, j)

L'effet de ces toxines ou des produits microbiens d'une autre espèce bactérienne, est donc d'éloigner les leucocytes du champ de bataille.

Si au lieu de produits solubles, on inocule en môme temps que le microbe pathogène un autre agent, parfois inoffensif à lui tout seul, dernier lui prête également un renfort des plus efficaces contre la résistance de l'organisme, ce qui fait qu'à eux deux, ils arrivent à triompher d'un état réfractaire que l'un ou l'autre aurait été impuissant à surmonter. L'importance de ces associations microbiennes donne la clef de bien des phénomènes pathologiques

51 A LA 1)1 ES IN l'ECTI EUSES.

C'est par celle nolion que nous avons pu donner une explicalion satisfaisante des cas d'érysipèle et d'inl'oclion puerpérale, en apparence spontanés. C'est par elle que MM. Vaillardct Vincent ont pu expliquer l'étiologie habituelle du tétanos. Ils ont montré, en effet, que la présence de certains autres micro-organisines comme le micro-bacillus prodigiosus, certai;is bacilles et coques qu'ils ont isolés dans dilïerents cas cliniques, est la cause prédisposante nécessaire au développement des spores tétaniques telles qu'on les trouve dans la nature, c'est-àdire ordinairement dépouillées de toxine. D'après ces auteurs l'action adjuvante du microbe surajouté consiste à absorber pour lui seul l'activilé des leucocytes, permettant aux spores tétaniques de germer et de sécréter la toxine mortelle.

Néanmoins dans certains cas l'efficacité de cette association semble tenir à une influence plus directe encore d'un micro-organisme sur l'autre. Par exemple, MM. Roux et Yersin ont démontré que l'on pouvait engendrer des accidents mortels sur les animaux en se servant d'un mélange de streptocoque moyennement virulent et de bacille diphtéritique assez atïaibli pour ne donner lieu qu'à des symptômes morbides peu accentués. De celle association, les deux microbes sortent plus virulents l'un et l'autre lorsque ensuite on les inocule seuls. Cette particularité expérimentale explique ainsi certaines formes cliniques, actes de symbiose se produisant assez souvent spontanément ainsi qu'il résulte des recherches de MM. Maurel, Martin, Barbier, etc.

Le streptocoque offre du reste de nombreux exemples de ces associations dans lesquelles il acquiert une plus grande puissance pathogène tout en exaltant la virulence (lu microbe auquel il est adjoint. Nous en avons rapporté jdusieurs exemples dans notre travail sur l'érysipèle, et

M. Viacont a attiré l'attention récemment sur la symbiose du microbe en cbaînettes et du bacille typhique, donnant lieu à des accidents très graves qu'il désigne sous le nom d'infection streptolyphique.

Il est donc probable que, en dehors de la diversion onérée par le microbe adjuvant, absorbant une partie de l'activité leucocytaire, il faut voir dans le triompbe facile des associations microbiennes sur des animaux relativement réfraclaires, une action vitale exercée par un des microbes sur l'autre. Nous avons réussi, en nous servant du microbe du muguet, à obtenir in vilro des résultats encore inédits, qui démontrent la vérité de cetle proposition.

Nous avons vu plus baut, h propos des moyens de défense de l'organisme, le rôle important que jouait le système nerveux dans la coordination de cette défense.

On comprendra donc que l'état de l'innervation de la partie du corps où se livre la bataille contre le parasite envahissant n'est pas indifférente à la manière dont elle se terminera. MM. Charrin et Ruffer ont démontré que la section du sciatique cbez le cobaye favorisait le développement du bacille pyocyanique. Dans les expériences de M. Roger, nous avons vu que, si la section du grand sympathique rendait plus rapide la guérison d'un érysipi'le expérimental, la section des nerfs sensitifs diminuait au contraire la réaction organique et rendait plus grave l'infection streptococcique.

M. llerman a varié ses expériences de la manière suivante : il résèque le sciatique d'un lapin et lui injecte des cultures de staphylocoque blanc dans la circulation générale. Les microbes se localisent presque exclusivement dans le membre soustrait à l'action nerveuse et y engendre des ostéoarlhrites et des abcès.

Ces différentes expériences semblent bien démontrer que les lésions du système nerveux prédispopcnt à l'in--

fection des parties alleintes; néanmoins celte influence est encore sujette à des contestations.

MM. Daclie et Malvoz ont en effet noté, au contraire, que la section du sciatique augmentait la réaction de la partie énervée et permettait à l'organisme de supporter par cette voie des doses et des races de microbes qui, introduits par une autre porte d'entrée, suffiraient à produire des accidents mortels. Cette apparente contradiction provient probablement de la complexité de la question lorsqu'on s'adresse à un nerf mixte, comme le sciatique, contenant des fibres sensitives, motrices et sympathiques.

Les effets de la section des nerfs sensilifs étant absolument contraires à ceux qu'on obtient par la suppression des fonctions vasomotrices, on comprend que la prédominance de telle ou telle action puisse, suivant les animaux, donner lieu à des résultats contradictoires.

La clinique, plus habile que la vivisection dans les dissociations de sensibilité, semble donner rai^on à ceux qui prétendent que la section des nerfs sensitifs prédispose à l'infection. Les suppurations oculaires par la compression du trijumeau, les infections pulmonaires par lésions du pneumogastrique sont en faveur de cette thèse.

M. Féré a également observé que chez les hémiplégiques les inoculations vaccinales donnaient souvent lieu à des boutons de fausse vaccine du côté paralysé. Mais de toutes les affections connues en clinique, celle qui réalise le mieux les conditions que nous recherchons, est certainement la maladie de Morvan ou panari analgésique, dans laquelle des suppurations microbiennes se produisent sans cause extérieure apparente sur des membres anesthésiés.

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