CHAPITRE Xf
THÉORIES GÉNÉRALES DE L'IMMUNITÉ (Suile) THÉORIES HUMORALES
1° Théorie de la propriété bactéricide. — Expériences fondamentales de Nullal, Buchner, Behring et Nissen. — Non-concordance entre la propriété bactéricide d'un sang et l'immunité de l'animal qui le fournit. — Disparition du rôle de la quantité de microbes introduits. — Expériences contradictoires do Metschnikoff et Sanarelli. — Rôle de l'osmose dans la production de l'état bactéricide. — Critiques de Metschnikoff contre la possihililé de l'existence d'une matière antiseptique dans le sang. — Rôle de l'oxygène et de l'acide carbonique. — Non-concordance des phénomènes bactéricides observés in vitro avec les observations sur l'animal vivant.
2° Théorie de la propriété atténuante. — Expériences de Roger et Charrin. — Non-transmissibilité de rallénualion aux cultures secondaires. — Influence de la propriété préventive du sérum. — Critiques des expériences faites sur l'animal vivant. — Exaltation de la virulence des microbes dans les organismes réfractaires. — Théorie de la non-sécrétion des toxines; expériences contradictoires.
5° Théorie de la propriété anlitoxique . — Application seulement à quelques maladies. — Non-explication de l'immunité naturelle.
4° Théorie de la propriété préventive. — Non-concordance entre son existence et l'immunité. — Son apparition tardive après le triomphe de l'organisme.
Du moment qu'il est prouvé, que, dans le plus grand nombre des cas, le micro-organisme pathogène inoculé et livré à lui-même pourrait se développer facilement
sur le milieu organi(|uc et l'intoxiquer de ses produits, on a été amené naturellement à invoquer comme causes de l'immunité les dilïérents moyens de défense que nous avons développés plus haut.
Aussi, les théories précédentes ayant été presque unanimement rejelées en bloc, les observateurs se sont divisés en deux camps bien nettement tranchés : ceux qui attribuent aux humeurs le rôle capital, et ceux qui voient dans l'action phagocylaire l'unique agent dont l'action aboutisse à la production de l'état réfractaire.
C'est en vain qu'on a voulu faire disparaître celte dissidence en arguant de l'origine cellulaire des propriétés des humeurs. La question se pose d'une manière plus précise : Comment l'agent infectieux est-il arrêté dans son développement et disparaît-il de l'organisme? Est-ce par l'action des humeurs, quelle que soit leur origine, ou sous l'influence directe des cellules vivantes?
Nous examinerons d'abord les arguments et les faits apportés à l'appui de leur opinion, par les auteurs qui se sont ralliés à la première explication, qui néanmoins peut être comprise de différentes manières.
Nous avons vu plus haut qu'on avait attribué aux humeurs de l'organisme dillérentfs propriétés pouvant servir à sa défense : entre autres celle de tuer directement les microbes, celle de les atténuer et enfin celle de détruire les poisons sécrétés par eux dans l'économie.
Chacune de ces propriétés a été le point de départ d'une théorie de l'immunité qu'ont ensuite cherché à généraliser ceux qui s'en étaient faits les promoteurs.
Les partisans de la théorie bactéricide des humeurs, qui considèrent la mort et la disparition des bactéries comme le résultat de l'action des sérosités organiques en dehors de toute intervention cellulaire, ont un peu abandonné maintenant leur intransigeance des premiers
i jours. Ils sont néanmoins nombreux en Allemagne, où iVon compte parmi eux des noms comme ceux de Flugge, IKoch, Biichner, et de leurs élèves. Néanmoins il s'est I produit dans, leurs rangs quelques défections comme I celle de M. Behring, un des initiateurs les plus illustres ide cette théorie, qui l'a abandonnée par la suite pour la théorie antitoxique.
En Angleterre, la théorie bactéricide a été également : soutenue par nombre d'observateurs, parmi lesquels il ' faut citer au premier rang M. Hankin.
En France, elle a reçu surtout un accueil bienveillant de la part de l'école de M. Bouchard, qui ne l'a du reste adoptée qu'avec de nombreux tempéraments.
Nous nous sommes étendus plus haut sur les faits qui lui servent de base et que nous rappellerons brièvement ici. Vaguement entrevue par Chrislmas, qui avait vu la destruction de certains micro-organismes en dehors des cellules, la propriété bactéricide des humeurs a été formulée par Fodor, qui ne la faisait intervenir que dans certaines conditions d'alcalinité. Ce furent les expériences de Nuttal, Biichner. Behring, Nissen, qui mirent hors de doute le fait fondamental de la mort des micro-organismes ensemencés sur du sang récemment extrait de l'organisme.
Les principaux exemples qui ont été fournis de cette action destructive sont les suivants : le sang du lapin et et du rat ensemencé avec la bactéridie charbonneuse, non seulement ne pe,ut lui servir de milieu de culture, mais encore amène la mort de la semence, qui devient incadable de se développer dans un nouveau milieu. Le rôle de rimmunité apparaît encore mieux dans le fait intéressant rapporté par Behring et Nissen et qui a trait à l'action du sérum de cobaye vacciné contre le vibrion avicide. Alors que le sérum du cobaye sain permet le
IIALADIKS INFECTIEUSES.
développement abondant do celte hactcrie. celui de l'animal réfraclaire exerce une iniluence microbicide assez marquée pour (jue «les cultures sur plaques donnent des résultats complètement négatifs au bout de vingt heures de contact entre la bactérie et le sérum.
Quant à la détermination de l'agent exerçant cette propriété destructive, Behring l'attribue chez le rat à une base organique; M. Riichner, à ces matières albummoïdes spéciales nommées alexines, protéines de défense, et dont la formation serait due, d'après M. iïankm, aux cellules de la rate ou aux leucocytes éosinophiles. Nous ne citons ici que pour mémoire lesdiastases de MM. Ogata et Josuhara.
Tels sont les faits .lont nous venons discuter ici la valeur pour rechercher s'ils peuvent suffire à l'édification d'une théorie générale de l'immunité.
Et d'abord pour pouvoir établir un rapport de cause à effet entre l'état bactéricide des humeurs et l'état réfractairc de l'organisme, il faudrait qu'il y eût dans l'existence de ces deux propriétés de l'organisme une concordance parfaile. Or, prenons les exemples classiques.
D'abord en ce qui concerne l'immunité naturelle, la seule espèce chez laquelle on ait signalé la coexistence de la propriété microbicide du sérum pour une espèce microbiennne et l'immunité contre cette bactérie est le rat vis-à-vis de !a bactéridie charbonneuse. Il est hors de doute que le sérum de cet animal peut détruire in vitro une quantité considérable de bacilles charbonneux, et néanmoins il est moins réfraclaire à cette affection que l'intensité de celte action pourrait le faire supposer a priori. MM. Lœfller, Straus, Lubarsch, Motschnikoff et bien d'autres expérimentateurs ont fait périr des rats du charbon, et du reste, cette immunité ne semble pas appartenir aux animaux jeunes, dont le sang se montre pour-
MALADIES INFECTIEUSES. IS'J ttant très bactéricide et qui contractent néanmoins la 1 maladie très facilement.
Mais, en face de cette coïncidence, combien de contra- , dictions! En ce qui concerne le bacillus anthracis qui a eété le plus fréquemment employé dans ces expériences, nous voyons les humeurs du chien se montrer inefticaces et se prêter au développement facile de la bacténdie, alors que le àérum du lapin détruit de grandes quantités de cellules microbiennes. Or, l'on sait avec quelle facilité relative ce dernier animal succombe au charbon, i tandis que l'espèce canine se montre le plus souvent iréfractaire.
MM. Behring et Nissen, expérimentant sur des espèces ; animales réfractaires au peumocoque, n'ont constaté .dans aucun cas la présence d'un sérum microbicide. On ipeut donc dire avec M. Metschnikoff : « Ce n'est sculeiment que dans des cas exceptionnels que la propriété bactéricide des humeurs est en corrélation avec l'immunité. »
On ne peut non plus faire jouer un rôle quelconque à la quantité de microbes introduits, notion si importante, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Car, ainsi que l'a établi M. Lubarsch, quelques gouttes de sang de lapin extraites de l'organisme, sont capables de détruire une quantité beaucoup plus grande de bacilles charbon, neux que celle qui est nécessaire pour donner la maladie mortelle au lapin même qui a fourni le sang bactéricide.
Les mêmes contradictions existent lorsqu'on expérimente sur des animaux immunisés. Au fait positif signalé plus haut et ayant trait aux cobayes vaccinés contre le vibrion avicide, on peut opposer l'absence absolue de propriétés bactéricides aussi bien dans le sérum des moutons vaccinés contre le charbon que dans ceux des moutons neufs.
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De môme M. Metschnikofl' a obtenu des cultures aussi et même plus belles du coccohacillus suinum sur le sérum de lapins vaccinés contre le choléra hog en preprenant comme point de comparaison des cultures développées sur le sérum de lapins neufs. Bien plus, M. Stern a démontré que le sang humain, en général très bactéricide pour le bacille typhique, ne montre au contraire aucune trace de ce pouvoir chez les individus convalescents de la fièvre typhoïde et venant par cela môme d'acquérir l'immunité contre celle affection.
Du reste, le fait lui-même rapporté par MM. Behring et Nissen semble moins absolu qu'on n'aurait pu le croire tout d'abord. En inoculant un cobaye vacciné dans la chambre intérieure de l'œil, non seulement, comme nous y reviendrons plus loin, le vibrion introduit n'y est pas détruit; mais par une sorte d'adaptation, il peut ensuite se développer abondamment in vitro sur ce sérum, qui exerçait auparavant sur lui une action destructive si violente. On voit donc bien combien l'action de ce pouvoir est limitée, puisqu'il disparaît si facilement.
Les contre-expériences de M. Sanarelli ne sont pas moins concluantes. Cet auteur en effet reprend le dispositif expérimental des auteurs précités, mais, à leur encontre, il prolonge l'observation au delà de la vingtième heure, c'est-à-dire du moment où les cultures sur plaques deviennent négatives.
Or, il constate que le séium prétendu bactéricide offre à partir de cet instant un commencement de développement du microbe, et qu'au bout de trois jours à peine la culture sur le sérum des animaux vaccinés est aussi abondante que celles qui ont été obtenues sur les humeurs des cobayes neufs. Ce résultat des observalions de M. Sanarelli corrobore donc le fait rapporté par
MALADIES INFECTIEUSES. l'-'l
M. McLschnikorr et démontre la fragilité du pouvoir bactéricide des humeurs.
Ainsi ramenées à leur véritable dimension, les expériences de Nuttal, Biichner, Behring, etc., n'ont donc établi que l'existence d'un phénomène inconstant et passager: la destruclion de certains microbes sous l'action du sérum de quelques espèces animales. Quelle doit être la véritable signification de ce fait et son imi)ortance dans la production de l'immunité dans les cas où il a été observé? Voibà ce que nous devons nous demander, maintenant que nous avons élalili que la théorie bactéricide des Immeurs ne pouvait s'appliquer à la généralité des faits.
M. Metschnikoff, voyant à juste titre dans la propriété bactéricide des humeurs un argument contre la théorie de la phagocytose, qu'il peut réclamer comme son œuvre, a cherché à en restreindre le plus possible la portée eu ne voulant voir là que le résultat d'un changement de milieu, de phénomènes plasmolytiques analogues à ceux étudiés par les botanistes.
Cette opinion, que nous avons seulement signalée plus haut, repose sur des analogies de grande valeur, qui ont été habilement grou|)ées par M. Metschnikoff de manière à former un faisceau très solide. Les effets nuisibles du transport des bactéries d'un milieu sur un autre doué de propriétés osmoliques différentes, ont été établis par nombre d'auteurs.
M. llaflliine |i démontré que, do même que pour tuer des infusoires, il suffisait d'un changement très faible dans la composition de l'eau dans laquelle ils se développent, le transport sur le meilleur bouillon de culture d'un bacille typhiquc adapté au développement dans l'humeur aqueuse des lapins, amenait la mort d'un grand nombre d'individus bactériens.
M. Froudonreicli, en repiquant dos microbes variés sur le bouillon de chou, milieu très favorable à leur culture, est arrivé aux mêmes résultats, et M. Chrislmas a également observé la mort d'un grand nombre de bacilles charbonneux après le transport brusque d'une culture sur sérum dans un bouillon nutritif de qualité excellente.
JN'ous pouvons comparer ces résultats expérimentaux avec ceux obtenus par Wurtz à l'aide de l'albumine de l'œuf, ensemencée avec des cultures charbonneuse et dans laquelle on ne put retrouver un seul microbe vivant au bout de quelques minutes; par Cuit Braen qui a signale la mort de nombreuses bactéries transportées sur l'eau distillée.
Mais M. Metschnikoff va plus loin encore en prétendant que même dans certains cas, la qualité du milieu nutritif lui-même est négligeable et que les conditions différentes, dans lesquelles se trouvent les microbes suffisent à en amener la mort. « Il m'est arrivé maintes fois, dit cet auteur, de retirer l'exsudat charbonneux du corps des cobayes et, après l'avoir transporté en gouttes suspendues dans une étuve, de constater la mort de toutes ou de la plus grande quantité des bactéries contenues dans celte humeur. « Cet exsudât manifestait donc une propriété bactéricide dos plus actives, ce qui n'empêchait nullement le cobaye, fournisseur du liquide, de succomber au charbon le plus régulier. »
Enfin l'argumentation de M. Metschnikoff est surtout convaincante, lorsqu'il critique l'existence d'une substance agissant à la manière d'un antiseptique, dans les humeurs des animaux réfractaircs. Cette assertion est en effet en contradiction flagrante avec la possibilité, reconnue par M. Biichner, du développement des spores dans le sérum dont l'action suffit à détruire les bacilles développés sur un autre milieu.
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On sait en effet, depuis les recherches de M. de Langelsheim, qu'il faut, pour tuer les microbes d'une culture, introduire une quantité d'antiseptique double de celle qui est nécessaire pour s'opposer au développement de leurs germes. De pareils résultats résultent des études de MM. Roux et Chamberland sur l'action antiseptique des essences. Les humeurs ne se comportent donc pas vis-à-vis des microbes de la même manière que les autres antiseptiques, ce qui autorise à supposer qu'il faut chercher le mécanisme de leur action ailleurs que dans la présence d'une substance particulière, douée de propriétés bactéricides.
Si du reste les humeurs ne se montrent point bactéricides pour les bactéries ayant pris naissance dans leur intérieur, cela restreint singulièrement la portée du phénomène, et est bien d'accord avec l'adaptation facile des microbes à ce milieu, fait qui résulte, comme nous venons de le voir, des expériences de Metschnikolï et de Sanarelli.
En outre, l'application de ces faits de laboratoire à l'étude de l'état réfractaire de l'animal vivant aurait pour résultat inattendu de distinguer au point de vue de l'infection, entre les résultats de l'inoculation des spores, et de celle de la bactérie adulte, distinction en contradiction avec les fails d'observation.
Néanmoins, si les arguments de M. Metschnikoff nous amènent à repousser la conception de l'action bactéricide des humeurs tel^e que l'émettent les partisans de cette théorie de l'immunité, nous pensons néanmoins que ces changements de milieu ne peuvent donner du phénomène décrit plus haut, une explication complètement satisfaisante. Un peut se demander si, au point de vue osmotique, il existe une différence suffisante entre le sang de chien et le sang de lapin, pour expliquer leur différence d'ac-
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lion sur la bacléridic charbonneuse. Bien plus, comment admellrc que, si facilement surmontalile qu'elle soit, la propriété bactéricide du sang des cobayes vaccinés est due à une puissance plasmolylique très sensiblement dissemblable du celle du même animal non immunisé? Il est difficile de concevoir cette inlluence de la vaccination portant uniquement [sur les propriétés osmotiqucs du sérum sanguin.
Du reste, les expériences mêmes de M. Metschnikofl' et spécialement l'observation que nous avons rapportée plus haut, et ayant trait à la sérosité charbonneuse extraite de l'organisme du cobaye, semblent faire également très large la part des inlluences extérieures en dehors de la composition même du milieu. j
Parmi ces dernières, il est probable qu'il ne faut pas i négliger les variations dans la teneur du liquide en < oxy£>ène et en acide carbonique. M. Christmas a publié s d'intéressantes observations sur ce sujet sans cependant i vouloir foire jouer h cette composition gazeuse, un rôle | général dans l'explication du phénomène de l'action i bactéricide.
Quant à l'opinion de M. Emmerich qui attribue l'im- | munitc non pas à une véritable action antiseptique, mais li à une combinaison du corps même des bactéries avec n certaines substances sécrétées par l'organisme réfraclaire, , et auxquelles il donne le nom d'immunotoxoprotéines, c elle ne repose jusqu'ici sur aucune expérience précise et ,j ne rend aucune explication satisfaisante des faits. \
La question est donc complexe, et il est difficile de déterminer au juste, comme le reconnaît M. Metschnikoff, , à quel facteur on doit attribuer cette inûuence nocive |( exercée sur certaines bactéries par les humeurs de cer- (i tains animaux; mais il faut retenir que, même m vilro, ^ l'étude attentive des faits plaide contre l'existence dans j.
le sérum niicrobicide d'une substance spéciale douée d'une valeur antiseptique, d'action élective pour une espèce particulière de bactéries. Cette éleclivilé ellemême est un bon argument h opposer aux partisans de l'existence d'une pareille substance dans le sang.
Mais si nous voulons transporter la question sur son véritable terrain, c'est-n-diic appliquer les données expérimentales à l'étude de l'immunité de l'animal vivant, on voit que les résultats sont en comjjlet désaccord avec la théorie. D'abord, ainsi qu'il résulte des recherches de M. Metschnikolf, corroborées par celles de tous les auteurs qui ont voulu contrôler ses expériences, les microbes introduits dans l'organisme vacciné n'y meurent pas instantanément comme lorsqu'ils sont transportés dans le sang extrait des vaisseaux, mais au contraire présentent toujours un développement plus ou moins vile arrêté. Or, nous avons vu que les humeurs n'exerçaient in vitro aucune action sur les microbes développés dans leur intérieur; on ne peut donc pas attribuer à leur influence la mort ultérieure des bactéries infectantes.
La propriété bactéricide se manifeste surtout pendant les premières heures de contact entre les bactéries et les I humeurs; au contraire dans l'organisme vivani, ces preimières heures correspondent à un développement plus lou moins accentué des microbes, dont la destruction ne (commence souvent qu"au bout d'une période correspon- (danle à celle qui leur suffit pour triompher de l'influence Ihumorale in vihy.
C'est en vain qu'on objectera que dans l'organisme 'vivant les microbes ne sont pas en lapport direct avec Ile sang bactéricide, lorsqu'on les introduit dans le tissu i cellulaire sous-cutané, par exemple. D'abord la sérOsité (dans laquelle ce tissu est baigné serait amplement suffi ssante pour détruire les bactéries, si l'on songe à la petite
MALADIES LNKEGTIEL'SES.
quanlitij (riiuincur liacléricide nécessaire pour tuer hi vil.ro un grand nombre de bactéries. Mais l'argument tond)e de lui-même lorsijue les faits montrent que l'introduction directe dans les milieux prét(!ndus microbicides, n'exerce aucune influence dans les cas où la propriété des lium(!urs m vilro est le mieux établie.
Par exemple le lapin, dont le sérum peut détruire les bacilles du charbon et même leurs spores d'après M. Peckelharing*, peut l'acilement être infecté par l'inoculation dans le système vasculaire sanguin. Bien plus, nous avons vu que la voie par laquelle les micro-organismes éprouvaient le minimum de résistance à leur développeuicnt était la chambre antérieure de l'œil, c'està-dire le milieu le plus strictement humoral de l'économie.
La théorie de l'action bactéricide des humeurs ne peut donc pas être adoptée comme théorie générale de l'imjnunité. Basée uniquement sur des expériences in vilro, expériences dont les conclusions peuvent être interprétées de diverses manières, elle ne peut nullement s'appliquer aux phénomènes qui se passent dans les organismes vivants et n'a d'autre intérêt pratique que d'avoir été le point de départ d'études plus fécondes sur le rôle des humeurs dans les maladies infectieuses.
Nous avons donné un certain nombre de détails sur les divers faits sur lesquels on a édifié une théorie très voisine de la précédente, celle de la propriété atténuante des humeurs. C'est principalement aux élèves de M. Bouchard que l'on doit les nombreuses expéiiences qui ont été apportées à l'appui de cette manière de voir et qui, par les interprétations diverses que l'on en a données, ont été
1. Les propriétés sporicides du sérum du lapin, admises par M. Peckeltiaring, ont été contestées d'une manière absolue dans un récent travail de M. Sanarelli {Ann. de l'Inst. Pasteur, décembre 1893).
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le point lie départ de découvertes du plus haut intérêt. Nous rappellerons ici en quelques mots la théorie ellemême et les arguments qui ont été fournis pour et contre elle.
L'action hactéricide des humeurs se trouvant souvent en défaut dans l'explication de l'état réfractaire, ces ohservateurs ont recherché si, au lieu de modifier les propriétés vitales du microbe, les sérosités de l'animal réfractaire n'étaient pas capables de le dépouiller, momentanément du moins, de sa propriété la plus intéressante au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire de sa virulence. Cette influence atténuatrice aurait pour résultat de mettre hors de défense les micro-organismes contre les agents protecteurs cellulaires, dont le rôle serait ainsi refoulé au second rang.
Les expériences sur lesquelles est basée cette théorie sont de deux ordres; les unes ont trait à l'action in vitro du sérum des animaux réfractaires sur la bactérie, les autres ont été faites sur l'animal vivant.
Parmi les faits résultant de la culture artificielle des microbes sur les humeurs des animaux réfractaires, il faut citer par ordre chronologique les observations déjà anciennes de M. Mclschnikolf, qui, ensemençant du bacille charbonneux virulent sur le sang de moutons vaccinés, a reconnu que les cultures ainsi obtenues perdaient partiellement leur virulence et devenaient relativement inoffensives pour le lapin. Cette expérience est longtemps restée dans l'oi^ibre et en a été surtout tirée par les résultats analogues obtenus par M. Roger, qui s'est fait un des plus zélés défenseurs de la théorie de la propriété atténuante des humeurs.
Les observations de cet auteur ont porté principalement sur le streptocoque, le pneumocoque et le bacille pyocyanique. Ensemençant ces 'micro-organismes sur du
sérum d'animaux vaccinés contre l'alTection qu'ils provoquent, il a constaté que l'inoculation des cultures ainsi obtenues ne donnait lieu qu'à des accidents de peu d'importance, alors qu'ensemencés sur des humeurs provenant d'animaux neufs ils sont capables de produire par inoculation une maladie morlelle.
Néanmoins, du moins en ce qui concerne le pneumocoque et surtout le streptocoque, les cultures ne semblaient nullement influencées dans leurs propriétés végétatives et ne présentaient aucune forme involulive, pouvant faire supposer que la bactéridie ait souffert d'une manière quelconque dans son développement. L'action, en ce qui concerne principalement le streptocoque, aurait été purement atténuante et ne saurait être identifiée avec les résultats obtenus, par exemple, par MM. Gamaleia et Charrin avec le bacille charbonneux ensemencé sur le sérum d'animaux réfrnclaires, résultats qui doivent être plutôt rapprochés de l'action bactéricide des humeurs. Les cultures obtenues par ces derniers auteurs semblent, en effet, totalement dégénérées dans l'ensemble de leurs fonctions vitales et pathogènes.
Mais s'il s'agit d'une véritable atténuation, ne résultant pas d'un état morbide du micro-organisme et consistant dans l'absence de ses propriétés pathogènes seules, sa végétabilité étant respectée, comment peut-il se faire que cette atténuation ne se retrouve pas dans les cultures secondaires obtenues sur un milieu quelconque, en se servant comme semence des micro-organismes développés dans le sérum atténuant ? Les conclusions de M. Roger ne peuvent guère sortir du dilemme suivant.
Ou bien il ne s'agit pas d'une atténuation véritable, et alors l'état maladif, l'anaiblissemcnt du microbe se traduisent par une diminution de toutes ses propriétés et principalement de ses propriétés végétatives, c'est-à-dire
,1e l'abondance des chaînettes, de leur régularité, de leur longueur, diminution qui ne s'accorde pas avec les résultats de l'observation; ou bien il s'agit d'une atténuation véritable, et alors celte modification doit être héréditaire et se retrouver dans les cultures secondan-es, les milieux artificiels ne possédant en aucun cas, à notre connaissance, la propriété de rendre sa virulence à un streptocoque l'ayant perdue. Il est donc nécessaire de rechercher si, dans les expériences de M. Roger, il n a pu se glisser l'intervention d'un facteur pouvant amener une cause d'erreur.
Or, l'existence de ce facteur et sa nature sont bien mis en évidence par l'expérience suivante, qu'on doit à M. Metschnikoff: Si l'on prend une culture ainsi atténuée en apparence par l'action des humeurs d'un animal vacciné, et qu'on la soumette à la filtration sur une bougie de porcelaine, puis qu'on inocule comparativement la culture complète et les microbes seuls débarrassés du milieu dans lequel ils se sont développés, on constate que les résultats ne sont pas du tout identiques, et que les bactéries inoculées seules se montrent beaucoup plus virulentes que lorsqu'on injccle en même temps une quantité plus ou moins considérable du sérum atténuant. C'est donc à l'introduction dans l'organisme neuf des humeurs provenant d'un animal vacciné et non à l'action directe de ces dernières sur les bactéries, qu'il faut attribuer les eiïets atténués des cultures ainsi obtenues.
Les expériences de M. Metschnikoff ont porté sur le coccobacille du choléra hog, microbe plus maniable que le streptocoque, la fragilité de la virulence et même de la vitalité de ce dernier rendant bien diflicile la répétition d'expériences comparables. Ces résultats ont été corroborés par les travaux de Mosny sur le pneumocoque, de Sanarelli sur le vibrion avicide, et n'ont été com-
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battus que par l'opposition des conclusions aux(iuclles est arrivé Arkliaroll" dans une série d'expériences sur l'atténuation du pneumocoque dans les humeurs des lapins vaccinés. Mais M. Metsclinikofï', sous les yeux duquel a été lait ce dernier travail, en critique non pas l'interprétation, mais la technique elle-même qui. d'après lui, enlève toute valeur aux résultats obtenus par cet auteur.
Donc, si les recherches faites in vilro sur cette influence atténuante des humeurs des animaux réfractaires ont eu pour résultat la découverte d'un fait des |)lus importants, entrevu déjà par M. Houchard, c'est-à-dire l'action préventive de certaines sérosités, elles n'ont pu établir solidement la réalité de cette atténuation qui, de toutes manières, ne serait pas, comme nous l'avons vu plus haut, une attéruiation véritable, ce terme devant être réservé aux diminutions de virulence durables et transmissibles.
A propos de l'action sur les bactéries de l'organisme réfracta ire, nous avons déjà insisié sur les expériences ayant pour but de démontrer la diminution de virulence des microbes chez l'animal immun vivant. Nous lappellerons ici qu'elU's sont passibles du même reproche que les précédentes, étant donnée l'introduction des humeurs elles-mêmes, élément étranger ayant son action propre; en plus, il est probable que si, comme dans les expériences de MM. Roger et Charrin, on injecte une quantité égale de sang de l'animal neuf ot de l'animal réfractaire, on s'expose à faire intervenir le l'acteur quantité, la disparition des microbes du sang étant extrêmement rapide chez les animaux immuns, ainsi qu'il résulte des expériences de M. Werigo.
Or, cette notion est des plus importantes principalement lorsqu'on expérimente avec le bacille pyocyanique
MÂUDIES INFECTIEUSES.
comme l'ont l'ait les auteurs précites, étant donnée la grande quantité de culture nécessaire pour produire chez les animaux des accidents mortels. Aussi pour être certain que la tenejr en microbes des deux sangs est la même, il aurait fallu des numérations sur plaques, qui ne figurent pas dans le protocole des expéi'iences de ces auteurs. Nous ne voulons pas revenir plus longuement sur cette discussion, et renvoyons au chapitre qui en traite, pour l'appréciation des arguments en faveur de la réalité de l'exaltation et non de l'atténuation des microbes dans les organismes réfractaires.
Présentant d'une autre manière la même théorie, l'école de M. Bouchard a émis l'hypothèse que l'innocuité de l'inoculation d'un microbe pathogène à un organisme réfractaire était due à l'insuffisance des sécrétions microbiennes, lorsqu'il so cultive dans les humeurs de cet animal. Pour établir ce fait, M. Charrin se base sur ses expériences d'après lesquelles le bacille pyocyanique ayant séjourné pendant quarante minutes sous la peau de lapins vaccinés, est incapable de produire ensuite du pigment, lorsqu'on le repique sur gélose. M. Charrin pense qu'il en est ainsi des sécrétions toxiques, que pour le microbe en question, les poisons agissant sur les centres vaso-moteurs ne sont pas engendrés, et que, par cela même, leur absence permet une réaction vasculaire facile aboutissant à une diapédèse abondante.
Cette ingénieuse théorie est passible de bien des objections. D'abord/ l'expérience fondamentale est contestée par M. Metschnilvol'f qui, opérant dans des conditions sinon identiques, du moins fort analogues, a constaté que le bacille pyocyanique, même après avoir séjourné quarante-cinq à soixante heures dans l'organisme vacciné, est encore apte à donner des cultures abondantes et fortement colorées.
202 MAI-ADIES INFKCTIKUSES.
D'outre part, nous avons vu qu'on ne pouvait donner une portée j^éncrale au rôle attribué par MM. Cliarrin et Gley aux centres vaso-moteurs dans la genèse de la diapédèse.
Enfin, et surtout, des expériences directes ont démontré que les micro-organismes étaient parfaitement aptes à sécréter dans les humeurs des animaux immuns des toxines très puissantes en aussi grande quantité au moins que dans le sérum des animaux neufs. Des faits de ce genre, ayant trait au bacille tétani(|ue et rajtportés par M. Vaillard sont absolument concluants et ont été corroborés par des observations analogues de M. Sanarelli sur le vibrion avicide et de M. Issaelîsur le pneumocoque.
Le grand intérêt de la tbéorie atténuante des humeurs des animaux réfractaires est donc d'avoir mis en relief ce fait important de l'action préventive puissante que peut exercer l'inoculation simultanée du sérum d'un animal vacciné ; mais elle ne saurait prétendre, en présence de nombreux faits qui la contredisent formellement, à expliquer d'une manière générale les phénomènes de l'immunité.
Nous avons vu plus haut à propos des moyens de défense de l'organisme les curieux phénomènes observés par MM. Behring et Kitasato, et décrits par eux sous le nom de propriété antitoxique des humeurs.
Nous connaissons les faits : le sérum des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie a le pouvoir de détruire m vilro les toxines si puissantes sécrétées par ces microbes. De même chez l'animal vivant, l'injection du sérum antitoxique empêche l'éclosion des accidents produits par ces poisons, si elle est faite en même temps ou peu avant, ou même après l'inoculation de toxine.
Nous avons insisté sur l'analyse de ce phénomène et sur l'intérêt capital qui s'y attache; mais on a voulu
généraliser de ces affections nettement toxiques anx autres maladies infectieuses, où le rôle des produits microbiens est moins éclatant, et baser sur ces observations une théorie générale de l'immunité, qui serait due uniquement au pouvoir autitoxique des humeurs.
Pour cela on a invoqué les expériences d'Ehrlich sur la destruction dans l'organisme des poisons végétaux tels qucl'abrine, la ricine, etc., expériences de la plus haute portée, mais qui n'apportent à la théorie qu'un appui bien indirect, des faits ayant rapport aux poisons microbiens autres que ceux de la diphtérie et du tétanos faisant encore défaut'.
En effet, les observations de G. et F. Kiemperer sur l'action antitoxique du sang des animaux vaccinés contre le pneumocoque, ont été nettement contredites par Issaeff, et les conclusions de Bitter ayant trait à la toxine typhique, ont été contestées par M. Stern et MM. Chantemesse et Widal.
Le premier reproche qu'on peut faire à cette théorie de l'immunité, c'est de n'expliquer môme pour le tétanos et la diphtérie que l'immunité acquise et non l'état réfraclaire naturel. M. Behring avait espéré rencontrer cette propriété antitoxique chez les animaux naturellement immuns comme les rats contre la diphtérie, les poules contre le tétanos; mais les faits sont venus donner un démenti formel à cet essai de généralisation hâtive. Le pouvoir antitoxique n'existe pas dans le sérum de ces animaux ; mais/ ainsi que l'ont établi les recherches de M. Yaillard, il peut y apparaître si l'on injecte des toxines, qui persistent quelque temps dans le sang sans
1. Même reproche peut être fait aux déductions que l'on pourrait tirer des recherches si intéressantes, de MM. Caimelle, Phisalix et Bertrand, sur les propriétés antitoxiques du sang des animaux immunisés contre le venin des serpents.
MALADIKS INFECTIEUSES.
y être délruites. Nous voyons donc dans ces cas la propriélé antitoxiquc déchue du premier rôle qui hii était attribué et devenir un phénomène contingent, n'ayant rien à voir avec la cause intime de l'immunité naturelle de CCS animaux.
De irième pour l'immunité artificielle, la présence de l'antitoxine dans le sang ne semble pas être une condition sine qua non du l'acquisition de l'état rél'ractairc contre in diphtérie et le tétanos. Expérimentant sur le microbe qui engendre cette dernière affection, M. Vaillard a établi qu'en inoculant au lapin de petites quantités de bacille de Nicolaïer, uni à l'acide lactique, on peut arriver à le vacciner contre l'inlection tétanique, sans que son sérum acquière pour cela des propriétés antitoxiques, qui apparaissent seulement à la suite des inoculations ultérieures de microbes ou de toxine.
Inversement, il ne semble pas qu'il y ait une corrélation absolue entre l'immunité et le pouvoir antitoxiquc du sang, ce dernier pouvant exister en dehors de l'état réfraclaire. Par exemple, MM. Roux et Vaillard ont établi que l'homme et les animaux tétaniques, trailés avec le sérum, possèdent un sang antitoxique, ce (|ui ne leur donne cependant aucune immunité : car ils meurent régulièrement d'un tétanos typique. Il est vrai que les recherches de MM. Gourmont et Doyon enlèvent un peu de sa valeur à cette objection, le sang restant inactif contre le poison secondaire une l'ois formé sous l'action zymotique de la toxine primitive.
Nous avons du reste vu que les animaux vaccinés contre les maladies autres que le tétanos et la diphtérie se montraient d'une sensibililé plutôt exaltée vis-à-vis des poisons fabriqués par les microbes auxquels ils sont devenus réfractaires. Ce fait, avant la connaissance du pouvoir antitoxique, avait été établi par M. Gamaleia.
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MM. ChaiTin et Gamaleia, Selander, etc., en ce qui concerne le vibrion avicide, le bacille pyocyanique, le microbe du bog cboléra. Depuis la découverte de MM. Bebring et Kitasalo, leurs conclusions ont été confirmées par les recbercbes de MM. Metsclmikoff, Sanarelli, etc. Ainsi que nous l'avons dit, M. Issaefl", contrairement à MM. Klemperer, a pu établir que les propriétés préventives du sérum des animaux vaccinés contre le pneumocoque n'étaient pas dues à une aclion antitoxique.
La théorie du pouvoir antiloxique des bumeurs ne peut donc pas non plus prétendre à expliquer à elle seule les phénomènes de l'immunité. L'existence de celte propriété semble bien, dans certaines affections toxiques, être un appoint plus ou moins considérable dans la production de l'état rélractaire. Elle rend compte de certains laits, mais néglige par trop l'agent le plus souvent principal, c'est-à-dire le microbe lui-même, qu'on a souvent trop de tendance à perdre de vue, les phénomènes \itaux étant d'une essence moins facilement accessible que les actions chimiques. Aussi, sans dénier l'importance pratique de la découverte de MM. Behring et Kitasato, est-il convenable de la renfermer dans ses véritables limites et de n'en pas faire le facteur principal et unique de l'immunité.
Toutes ces différentes théories se résument donc définitivement en une seule conception : c'est aux bumeurs de l'économie qu'on est redevable de l'état réfractaire. Aussi doit-on ^ionsidérer comme un bon argument en faveur des théories humorales la propriété préventive que semble posséder dans bien des cas le sérum des animaux.
En expérimentant avec les bumeurs d'animaux vaccinés, nombre d'auteurs ont pu constater que l'injection d'une faible quantité de sérum à un animal sensible, faite en même temps que l'inoculation microbienne, lui procurait
une immunité plus ou moins marquée, mais en général passagère.
De là à admettre que celte propriété préventive était chez l'animal porteur de ce sérum le facteur prificipal deTImmunité, ctque, quelle quesoit la manière dont elles agissent, c'était dans les humeurs qu'il faut recliercher le mécanisme de l'état réfractaire, il n'y avait qu'un pas assez facile à franchir. Aussi, entre autres savants, iVI. Klemperer n'hésite-t-il pas à voir entre cette propriété préventive et l'immunité un rapport constant, l'une étant toujours fonction de l'autre, ce qui semblerait établir jusqu'à un certain point l'importance capitale de ce facteur et donnerait raison aux partisans de la théorie humorale.
Mais I a encore les faits viennent démentir dépareilles conclusions.
Daris certains cas en effet des organismes sensibles peuvent fournir un sérum préventif. Ce fait a d'abord été observé par MM. Metschnikofi' en ce qui concerne le sang des rats par rapport à la bactéridie. De même pour le choléra hog, M. Metschnikoff a vu un lapin vacciné fournir un sérum préventif et pourtant succomber à l'inoculation du microbe. MM. Chantemesse et Widal ont vu agir d'une manière efficace le sérum d'individus n'ayant jamais eu la fièvre typhoïde.
Enfin dans la dernière épidémie cholérique, M. Metschnikoff, expérimentant sur un grand nombre de cas, a pu constater que bien des personnes atteintes du choléra et y ayant ultérieurement succombé, possédaient néanmoins un sérum préventif. Inversement, le même auteur a constaté que, chez les personnes guéries du choléra, si l'on on rencontre dont le sérum soit doué de propriétés préventives aussi accentuées que dans les cas de MM. Lazarus, Klemperer et VVassermann, on en trouve
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d'autres dans la proportion de 42 pour 100 dont les humeurs restent inactives. Déplus, ainsi qu'il résulte des recherches de M. Wassermann, la propriété préventive ne se montre dans le sang qu'après un certain temps écoulé depuis la guérison ; il semble donc qu'elle ne soit pour rien dans le processus qui permet à l'organisme de triompher de la maladie.
Celte irrégularité enlève donc toute portée générale à la théorie qu'on pourrait baser sur le pouvoir préventif du sang. 11 s'agit là d'un fait du plus haut intérêt, d'un facteur "très actif probablement, mais qu'on ne peut considérer comme unique, ni même comme principal. Nous verrons plus loin comment les partisans de la théorie cellulaire de l'immunité interprètent ce phénomène, et montrent qu'il n'est nullement incompatible avec leurs conclusions.
Nous voyons donc qu'il y a beaucoup à prendre dans les différentes conceptions humorales de l'état réfractaire, mais qu'aucune d'entre elles ne peut satisfaire complètement l'esprit par l'efficacité ou la constance des phénomènes sur lesquels elles s'appuient, surtout si l'on veut les sortir des cas particuliers pour les élever au rang de théories générales.