‹ Impressions d'art contemporainChapitre 20 sur 41 · M. Roger Marx. Ch. Delagrave, éditeur. Paris, 190T · texte numérisé non relu

M. Roger Marx. Ch. Delagrave, éditeur. Paris, 190T

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Jammes nous conte dans un livre récent \ avec une limpidité cristalline, dont je trouve seulement l’analogue dans l’argent clair des livres de Maeterlinck, les murmures que chante à ses oreilles la vie des choses, bruits perceptibles pour ceux qui les aiment et qu’elles aiment. Délicieuse et touchante entre autres est l’histoire d’un petit fauteuil d’enfant ayant bercé le jeune âge du père du poète, poète quand même qu’il écrive ses vers ou la prose « des choses ». A un demi-siècle de distance, le petit fauteuil délaissé se trouve une seconde fois à portée d’un enfant, enfant de sept ans comme le premier, et la sympathie s’établit soudaine entre la chose heureuse de revivre un présent identique au passé et l’enfant attiré vers elle, berceuse de sa vie neuve. « N’eutil point raison, écrit encore Francis Jammes, ce modeleur qui se fît enterrer avec, dans sa main, un bloc de la même argile qui avait obéi à son rêve ? N’eut-elle pas le dévouement d’une

T. M. Francis Jammes, Clara d’Eïléhease. Société du Mercure de France, 189g.

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servante fidèle ?... N’est-eile point sublime et rayonnante, la chose qui agit envers l’homme de même que l’homme se comporte envers Dieu ? »

Vision de poète, panthéisme douteux î Je n’ai point ici de théorie à défendre, je constate seulement : il est entre la créature et le milieu un mystérieux, mais naturel accord, tout ce qui nous entoure participe à notre existence, à nos plaisirs, à nos peines ; l’objet qui s’offre à notre vue est le témoin quotidien et le consolateur, il raconte les histoires des anciens, s’il est vieux, et donne la sensation de Funion avec eux; proches de nos mains sont celles des disparus puisque nous avons touché les mêmes choses, proches de nos pensées et partie de nous-mêmes renaissent leurs pensées suscitées par l’objet commun. Que l’existence lui soit propre ou soit une illusion de l’esprit amoureux de création sous toutes manifestations, il y a là une force, un lien indéniable avec la matière.

Si la ma tière aimée parce que semblant a ni-

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mée de pensée s’ennoblit d’une forme par la personnalité de l’artisan, son union avec rhomme deviendra plus étroite en raison de la beauté ; si celle-ci entoure l’homme, extériorisée dans les moindres objets, le commerce plus familier avec les choses belles enrichira sa vue en les lui faisant davantage apprécier. Plus croîtront la perfection, la signification des formes extérieures, meilleure sera l’existence au milieu de leur harmonie consolatrice.

Cette idée n’eut jamais meilleur champion que M. Roger Marx et si, dans la pensée du poète, l’image du sculpteur est unie à la motte de glaise docile, je me figure volontiers l’image de l’écrivain inséparable de celle d’un beau vase, symbole de la perfection de forme et de couleur que ses efforts ont tendu à propager pour le bonheur de la vie, non pas en exceptionnels spécimens — richesse trop souvent asservie à la spéculation d’un amateur jaloux — mais en aspects multipliés, destinés à embellir la maison du peuple, son intérieur, et tout ce qui touche à son usage.

L’amour du foyer, ie culte de i’iiabitatiou^ le soiu du mobilier ont de tout temps existé dans Famé populaire comme dans celle du raffiné ; se consacrer à rendre ces attraits plus puissants, faire passer dans les choses l’harmonie, et la propager par Fart universel, employer une finesse native et une science véritable à diriger le sens d’une époque vers la culture du beau et du vrai, vulgariser les efforts de génies actifs dans le progrès, — n’est-ce pas la œuvre de fécondité et de fraternité sociale? Ce but a été atteint par M. Roger Marx.

Son rôle, je voudrais le résumer, et l’aliment de ma démonstration, je le trouve dans le nouveau livre que vient de faire paraître le critique : la Décoration et les industries d'art à r Exposition universelle de iOOO, publication complément logique d’une première ; la Décoration et l'art industriel à l' Exposition universelle de 1889. Il y eut dans la décade qui vient de s’écouler une accentuation de mouvement, une orientation et une ascension si marquées, qu’il sera particulièrement inté-

ressant de rapprocher les deux écrits pour constater le progrès accompli par les industries d’art durant cette période. Le résultat en est, pour ainsi dire, savamment codifié dans le livre dernier paru, répertoire unique, écrit par un penseur, par un poète aussi. Ce n’est pas sans intention que prélude à notre étude le souvenir de Francis Jammes, car il s’agit, en ces lignes, d’un fervent de la nature dont la parole indépendante et persuasive a su, pour le bien de l’humanité, en répandre le culte afin de mieux nous réunir sous sa sauvegarde, et de trouver dans son sein l’unité de l’effort. L’office de l’analyste du livre de 1900 ne sera donc pas celui d’un commentateur sec ; il conviendra plutôt, pour formuler l’appréciation juste, d’examiner la route parcourue depuis 1889, de cheminer ces dix dernières années aux côtés de M. Marx, appréciant en toutes voies sa tendance, sa direction; seulement alors, on pourra se rendre compte de la valeur de son résumé récent et, du même coup d’œil, juger de l’influence rationnelle et bienfaisante

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de son action et de ses écrits sur l’esthétique à la naissance du xx® siècle.

Et, d’abord, l’homme et sa marche : écrivain depuis plus de vingt ans, styliste français, il a su de bonne heure élever sa conception ; appréciateur érudit du passé, il a aimé l’art de la France dans ses manifestations les plus différentes ; philosophe, il se rendit tôt un compte juste de la direction que devait suivre le mouvement pour être vrai ; considérant le passé comme un avertissement qui ne doit pas étouffer la personnalité, partout il la dégage ; cette idée générale domine sa vie et son action : rindwidualité .

Pour lui, l’art est partout, et non pas le propre seulement du peintre et du statuaire qui, dans la majeure partie du xix® siècle, s’obstinèrent à vouloir être les seuls représentants des traditions artistiques. Tous deux ont leurs mérites, immenses, prisés hier encore par l’organisateur de l’exposition centennale, quand ils nous ouvrent la porte sur l’air et l’infini, aucun effort du peintre ni du modeleur n’a

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réellement trouvé, ni à Tavenir ne trouvera de scrutateur plus passionné; mais ces aspects du talent ne sont point, à son avis, exclusifs ; il ne doit plus régner de dissension entre le soi-disant grand art et d’autres arts auparavant mineurs, de démarcation entre l’artiste et l’artisan. L’art est universel, une division restrictive équivaudrait au sacrilège d’un reniement. L’intérieur, comme le dehors de nos maisons, a besoin de son bienfaisant effluve qui vient effleurer jusqu’aux menus objets, compagnons de notre existence ; le bois, les étoiles se prêtent aux manifestations de l’esprit auxquelles la terre et ses minéraux fournissent, à un titre égal, lamatière première. Autant furent vaines les distinctions entre les genres d’expression par la peinture, autant sont dérisoires les barrières qui, récemment encore, séparaient les catégories d’animateurs de la matière ; galbes de vases précieux, émaux joyeux ou pâles, trames harmonieuses des tapisseries, sarments de vignes étais de meubles symboliques, ferronneries ajourées, légères

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comme la feuille dans l’air, autant de manifestations qui toutes exigent le savoir, la culture, le talent, le génie du créateur, autant d’œuvres quand elles ont pour origine non le pastiche, mais l’individualité. Tous les droits des travailleurs à la publicité sont égaux, {( car eux aussi s’efforcent à nous faire des jours plus doux, meilleurs, en répandant autour de nous les occasions de jouissance admirative, en ne proposant rien à notre regard et à notre usage que le talent n’ait relevé du prestige de la beauté ...

)) Ayons moins d’artistes médiocres et plus d’artisans utiles, ce n’est pas par l’unique renom des peintres, des sculpteurs, mais du génie de tous les créateurs de forme, de tous les animateurs de la matière qu’est faite la gloire artistique de la France ’ ».

La subordination d’un ensemble à la direction une, dans la parure de nos villes, de nos édifices comme des demeures plus modestes,

1 . M. Roger Marx, le Salon et les industries d'art {le Rapide, ai novembre 1893).

Tappropriation de toutes choses à leur destination dans le caractère du pays, Tégal souci d’originalité au point de départ comme à l’arrivée, — voilà la bataille voulue et journellement livrée par un idéalisme prévoyant et pratique en même temps comme il sied, voulant le bel exemplaire et aussi la vulgarisation de la belle forme pour la joie de tous, du riche comme du déshérité. Le luxueux hôtel comme le petit cottage ne peuvent-ils se présenter également sous un aspect de beauté vraie, et le meuble, fût-il de bois blanc, ne peut-il apporter la gaieté de sa couleur avec un intelligent assemblage ? La richesse de l’esprit peut se manifester partout, se mettre à la portée de tous, celle-là seule ne trompe pas. (( La beauté d’un bâtiment, quel qu’ilsoit, réside avant tout dans ses proportions, dans la disposition et la forme de ses ouvertures. » Ces paroles de Rodin, devant une bâtisse nue, restent la vérité; depuis les Assyriens, depuis les Grecs, à travers les âges, les lois sont éternelles dont l’application est constante : Tunité, la simplicité renouvelées par le

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mérite de l’appropriation et de l’invention, la relation des volumes.

Tel est résumé l’ensemble des vues de M. Marx et ces idées sont répétées sans lassitude dans ses ouvrages nombreux, dans ses articles, ses discours, ses commentaires sur toutes les branches de l’industrie que peut ennoblir la pensée ; le choix de l’expression sert chez lui l’originalité et la fermeté du jugement ; elle est riche, alerte, et souple. S’agit-il d’un édifice ? il sait avec bonheur en commenter la fin ; sa description suit le modèle du meuble et nous offre la vision directe du dressoir de Gallé où le cep vigoureux, base de la crédence, aboutit au fronton, épanouissement de la feuille et de la grappe, — du flammé où la pourpre s’irise, — du cristal où les méandres des eaux et les fumées des ciels parcourent la gamme de toutes les tenr dresses.

Je m’en voudrais d’user présentement de vocables rares que l’on va retrouver en leur intégrité dans le commentaire original des

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biens artistiques dus à la productivité contemporaine.

Si nous abordons l’ouvrage de la décoration et les industries d'art à V Exposition universelle de 1900y en le confrontant, selon notre proposition, aux écrits du critique dans les deux derniers lustres pour saisir son rôle complet, une classification dont lui-même trace le diagramme dans le livre dont s’agit nous permet de l’accompagner dans les différentes branches qu’il développe ; examinons dans chacune les tentatives et les résultats et simultanément se dégageront la vision de la tâche de l’auteur pendant les aimées écoulées, l’importance de ses écrits antérieurs et celle de son livre nouveau. En même temps s’imposera la comparaison de ce qui a été à ce qu’il fit, à ce qui est, et sera appréciée la sûreté de cette intelligence qui prévoit, persuade, impose et restaure tant d’arts ignorés ou méconnus, qui fait émerger, pour la plus grande gloire de l’industrie française, tant de beaux artistes délaissés, selon le sort des novateurs.

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Observons donc Tordre logique de la publication qui comporte trois divisions facilement distinctes : la décoration extérieure, la décoration intérieure et enfin les industries d’art. Pour chacun de ces chefs, voyons quelle fut la lutte, de quelle plume elle fut soutenue, voyons le résultat, surtout pendant la dernière décade.

La décoration extérieure et intérieure.

— La Décoration et F art industriel à V Exposition universelle de 1889 signale la suprématie du fer qui par les soins de M. Formigé emprunte Téclat du bleu de Perse pour encadrer les tons chair de la terre cuite, modèles de M. Roty, les céramiques de 3dM. Loebnitz et Muller et s’élever en pilastres, en arceaux audacieux aux palais des Beaux-Arts et des Arts Libéraux ; la galerie des machines, étonnante fille issue du cerveau du Douaisien Dutert, consacre en sa gigantesque élégance Temploi du fer dans la décoration. Dès cette époque se propage Tusage de la terre cuite et du métal

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habillés de tons clairs; ingénieusement appliqué aujourd’hui dans quelques établissements commerciaux, des halles, auparavant d’aspect utilitaire mais laid. Cet art utilitaire que l’écrivain réclame pour la décoration de nos villes avec tous matériaux trouve auprès d’hommes d’Etat et d’édiles de la Ville de Paris des encouragements dont on perçoit l’application souvent heureuse, parfois défaillante, — et cette défaillance est un des côtés inévitables de l’innovation — dans l’Exposition de

Les bas-reliefs de MM. Guillot et Allar ornent les soubassements et les frises de la porte monumentale, dont la réalité seule a fourni les motifs d’ordonnance. M. Binet, l'architecte, « a lu l’admirable philosophie de la paléontologie de M. Gaudry ; il a épié les lois de transformisme et noté comment, chez les êtres inférieurs, les règnes naturels se rejoignent et se confondent ; enfin et surtout, il s’est rencontré avec Hœckel pour découvrir quels trésors insondables de formes et de décors présente

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Forganisme des infiniment petits * », Étonnés nous apprenons que l’emploi ouvragé du fer, de la terre, du staff, est ici par la vertu de Farclîitecte philosophe une application de la micrographie et que cette porte que l’on croirait volontiers « imaginée par quelque conteur des Mille et une Nuits a trouve son origine dans les plus infimes certitudes terrestres.

Au sein de l’admirable fête du travail ayant pour termes, ici les deux palais neufs reliés à For des Invalides par For dhm pont nouveau, là le Trocadéro uni à la galerie des machines par les ajourements du Palais de l’Électricité, la Seine ondoie légère, retenant en sa mobilité des flocons du ciel d’Ile-de- France mêlés aux éclats polychromes de la rue des Nations, les vapeurs blondes des nuages confondues avec les moires blanches des serres de la Ville de Paris, Grâce à M. Marx, instruit de l’histoire des pays les plus lointains, qui put en maints endroits

I. M. Roger Marx, la Décoration et les industries d’art à r Exposition universelle de 1900.

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constater la réalisation des doctrines par lui préconisées en France, les choses nous parlent leur leçon dont le thème est : l’originalité. Ainsi, se renouent à des traditions certaines, en puisant à la faune, à la flore, un regain de nouveauté, les pavillons de Scandinavie, de Russie, de Danemark, de Finlande a hommage à la patrie, de M. Saarinen )), aux frises inattendues, aux arcatures romanes hérissées de têtes d’ours. Depuis le monument ofliciel jusqu’à la baraque foraine s’éclaircit le principe du bien dans le pavillon des forêts où règne l’unité avec le concours de MM. Gardet, Auburtin, Baflier, dans le pavillon bleu par Tunion des modèles de M. Dulong et des arceaux cintrés de M. Serrurier, dans la rue de Paris, où s’assemblent pour la parer des noms prônés depuis longtemps et dont le critique et le fonctionnaire veulent, en un même organe, pour le bien de chacun et de l’état, voir les talents employés à rornementation de nos édifices et à la joie de nos rues. MM. Guillaume, Ibels, Jourdain, Villon, M. de Feure

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dans les admirables panneaux de la maison Bing, n’ont pas craint de donner à la foule 1(3 spectacle qui transformera son esthétique, et grâce à de persistantes campagnes, nous voyons la voie publique devenir par l’affiche musée d'éducation populaire. Partout où il la rencontre, M. Marx nous signale sans trêve l’individualité.

Ces réflexions ne sont pas, je le répète, le résumé d’un livre que je ne veux pas spécial ; elles désirent seulement coordonner en un plan les positions conquises après les engagements auxquels a pris part l’expert qui ne craint pas, dans sa franchise, de formuler sa critique des nouveaux palais tarés par l’accumulation de sculptures étrangères à l’ensemble, et qui ne néglige rien, même le simple décor au pochoir en ciment rose sur gris, convoitant « pour le regard las du labeur et pour les maisons du peuple, l’assistance de la beauté^ )).

Dans la décoration intérieure, l’acquis est

I. M. Roger Marx, k Voltaire, a3 août 1892. L'art décoratif et les symbolistes.

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notable ; la campagne infatigable, qui sut également ici intéresser à sa cause la presse et quelques hommes de gouvernement a favorisé Féclosion de partiels résultats. « Sans contredit, l’heure n’est pas venue de célébrer l’avènement d’un style nouveau, mais il est déjà loisible d’en prévoir les éléments rien qu’à suivre les variations et les préférences du goût. )) La citation déjà ancienne reste d’actualité, néanmoins, de l’avis de Fauteur, l’architecte a compris depuis, qu’il n’a pas plus le droit de se désintéresser du dedans que du dehors et que le souci de l’aménagement doit compter pour lui à l’égal de l’ordonnance extérieure. Tandis que l’Amérique et l’Angleterre offrent aux regards la monotonie de leur sécheresse pratique, la Norvège et la Suisse ont, Fan dernier, modernisé leurs traditions nationales; dans le fouillis des rubans, des entrelacs, des spirales, la Hongrie allie avec succès les éclats du cuivre poli aux teintes réséda de ses bois ouvragés ; les Pays-Bas, l’Allemagne et surtout l’Autriche ont leur part de rénovation. En

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France où les leçons de Paul Sédille ont été mises à profit, l’usage du bois poli, l’emploi judicieux de son grain et de sa teinte se manifeste en applications appréciées. MM. Sorel et Benouville, aidés du décorateur Aubert, dont la jeune influence se retrouve un peu partout, ont dans les installations de la papeterie et de la pharmacie fait preuve d’un goût dont la recherche fut collaboratrice, de l’art du siècle. Dans les salons limitéspar d’élégantes cloisons, les affiches, les peintures aux gammes tranquilles s’assortissent aux tonalités des bois choisis : l’acajou, le tulipier, le sycomore com~ binés avec autant de diversité que de sûreté en vue de leur destination. MM, Arfvidson et Plumet utilisent également dans l’aménagement de la bijouterie le bois et le métal, tantôt l’un des deux seul, tantôt les deux unis — et ce sont d’attrayantes combinaisons, essais s’in^ géniant, que les symphonies ascendantes du soufre à l’orange, de M. Frantz Jourdain dans la parfumerie.

Voici la conclusion : « Notre architecture

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moderne végète parce qu’ elle se refuse à tenir compte de l’évolution des sociétés et des besoins nouveaux, parce qu’elle viole à plaisir la loi de la destination ; elle se prétend art de luxe et une aveuglante présomption la conduit aux anachronismes, aux non-sens tandis qu’il faut la tenir au rebours pour un art d’utilité. Ne convenait-il pas de témoigner quelque gré à ceux qui ne furent pas les dupes de mensongères illusions et auxquels il appartint de rappeler que pour l’architecture la vraie mesure du succès est l’aptitude à remplir un programme strictement déterminé * ? »

Condamnation sans appel de la routine et de l’illogisme, reconnaissance des droits de l'esthétique et de la raison.

A la décoration intérieure, naturellement, se rattache l’action engagée pour donner aux réels peintres décorateurs l’occasion de prouver des dons méconnus trop souvent chez les plus idoines. Presque toujours les peintures n’ont

I. M. Roger Marx, la Décoration et les industries d’art à 'Exposition universelle de i 900.

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cure de la destination, de la disposition, ni de la teinte de l’architecture, leur cadre ; chacun refuse d’être le complément et ne voit que prétexte à réclame personnelle, bien à tort : les Puvis, les Carrière, les Besnard, les Gazin, les Chéret, que de gravité ou de ris s’agisse, ont montré leur respect pour la tenue de l’ensemble ; loin de les desservir, cette soumission leur est propice. A nouveau, M. Marx est ici précurseur et il convient de rendre justice à celui qui voulut que justice fût rendue à autrui : en profond connaisseur, parce qu’éprouvant lui-même, jamais il ne s’est trompé sur ceux mis en avant par sa loyauté, sans attendre comme tant de pseudo-critiques que le jugement des autres ou que la renommée lui fissent prendre parti ; ses qualités foncières donnèrent l’audace à l’homme sûr de lui-même de pousser au contraire au renom les noms de jeunes hommes trop audacieux eux-mêmes pour s’imposer dès l’abord au public moutonnier. Il a soutenu Puvis, Carrière, Besnard, et la génération de décorateurs émus que sont

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Henri Martin, Le Sidaner, Ernest Laurent, Aman-Jean ; il a défendu Gottet, Lebourg; encore Maurice Denis, Vallotton que ne sauraient atteindre les décisions éphémères d’un jury, Roussel, Vuillard, Bonnard, tant d’autres, fleurons à notre couronne .

Les industries d’art. — « Savoir exprimer est la condition nécessaire de toute profession artistique ; au lieu de nous réjouir, les seule» perfections de métier ne savent que nous troubler, parce qu’elles sont un signe infaillible de décadence et que nous n’avons jamais plus besoin de nous défendre qu’en cet instant où l’étranger livre de tous côtés assaut à notre vieille prééminence L »

Dénoncer le péril, indiquer le remède, rien ne le saurait mieux que ce passage d’une allocution prononcée en 1894 par M. Marx à la Chambre syndicale des graveurs, lors d’une distribution de récompenses au concours annuel

I, M. Roger Marx, Art et décoration^ juillet i8g4. M. René Lalique,

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d’apprentis. Honte au procédé qui recouvre un néant, à la platitude vide de reproductions lourdes et malfaisantes, la seule perfection de métier amène la décadence. Tous les arts sont égaux ; au lieu de pulluler exclusivement confinés dans la confection du tableau ou de la statue de convention, pourquoi ne suivraient pasFexemple des plus forts, quantité d’artistes auxquels cette volonté de se borner au seul <( grand art )) a barré la route de l’imagination ? Leurs capacités ne s’emploieraient-elles pas de façon préférable dans des directions plus diverses où elles recouvreraient souvent une liberté d’initiative et trouveraient une saine application ? Plus d’exclusivisme, le décorateur vaut le peintre dans l’embellissement de nos maisons. L’ancienne Union des Arts décoratifs n’établissait pas un contact suffisant entre le producteur et l’amateur ; il fallait la suppression de fallacieuses distinctions, il fallait que tous, sous toutes réalisations, fussent admis à exposer leurs œuvres au même titre, ce qui fut invoqué lors de la restitution du Salon en 1792.

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Toutes ces thèses touffues sont, dès avant 1889, soutenues et discutées parM. Marx avec passion et compétence. La résultante en fut, après maintes lances rompues et maints refus, après les demi-mesures, plutôt dilatoires, prises par la Société des artistes français, la fondation définitive d'une section d’objets d’art au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts en 1891. L’évidence parle et la victoire est, nous savons quels chefs ont su la remporter, libérateurs des contraintes, proclamant les noms de créateurs antérieurement inconnus au profit de firmes commerciales. Qui croirait aujourd’hui que Lalique ne pouvait, à l'Exposition universelle de 1889, signer ses bijoux ! et de nous écrier que le fait nous parait insensé, cela dit l’importance de la révolution .

Combien ils se pressent, les beaux noms rénovateurs de nos industries d’art ! Le fer et l’or, la pierre et le bois, la terre et les tissus ont leurs artisans inoubliables : Gallé, Dampt, Lalique, préparés à manier tous éléments de travail, par la culture de l’éducation et la récep-

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tivité. La ferronnerie de Dampt indique « le souci d’intellectualité constante, c’est un praticien versé dans toutes les techniques, excellant à tirer la pensée et la vie du marbre, du bois, de l’ivoire, de l’acier ou du fer... Au commandement de la main toute-puissante, sous le marteau du forgeron, le métal rebelle a dû céder, ondoyer, suivre les sinuosités de l’arabesque, s’effiler, s’éparpiller en insectes çà et là voletants )) *. N’est-il pas nécessaire de citer le texte même de l’auteur et que mieux sera compris l’accomplissement de sa mission en lisant, à propos du labeur de chacun, la description qu’il sut faire attrayante, imagée des travaux et de l’inspiration ; l’on comprendra en même temps la fertilité du penser de celui qui, pour ainsi défendre et dire l’objet créé, assume un rôle égal à celui des créateurs eux-mêmes.

Les essais de métal ouvragé à l’Exposition de 1900 sont une méritoire remise en valeur de ses applications, exemples les lustres de

I. M. Roger Marx, Revue encyclopédique, février i8y4. Beaux-Arts,

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M. Riemerschmed en Allemagne, ceux de M. Dampt en France dont les fleurs de violettes sont l’aboutissement rationnel de l’emmêlement des tiges finement stylisées, les étains de M. Brateaii, les orfèvreries de M. Vever trouant « fenêtres sur la campagne » ; MM. Desbois, Pierre Roche, Alexandre Charpentier s’inspirent de l’exubérance universelle, école délaissée par l’orfèvrerie religieuse, qui reste décadente malgré de notables exceptions. « En ces matières il faut considérer l’archéologie non comme une inspiration, mais comme une science féconde en avertissements. » Un style ne se crée pas de toutes pièces, il est la résultante des travaux d’une époque préparés par la science des âges antérieurs qui peut être le guide, non le maître absolu ; à le parfaire contribuent les recherches de MM. Roty, Vernon, Levillain, qui ne dédaignent point de ciseler des modèles de couverts, de gobelets, de cendriers, modestie suivie avec profit par de hautes personnalités d’outre-Rhin.

Peut-être un jour, grâce à cette activité, '

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serons-nous délivrés de la vue lamentable des boutiques d’orfèvre où les objets d’usage s’alignent vêtus d’un uniforme obstinément répété, où les bijoux ressemblent à de sages figurants, unis par la même parenté dégénérée, ne différant que par Fimportance du poids ou par le prix de la pierre. Le spectacle, je sais bien, s’améliore, mais il en faut le changement, M. Lalique y a préludé. Orfèvre, il eût pu être peintre, architecte ou tailleur de marbre, « car le secret de sa maîtrise réside dans le parallélisme et l’équilibre des dons du coloriste, du plasticien et de l’architecte. Le sens inné de la structure ne se vérifie- t-ii pas à souhait par la logique avec laquelle s’ordonnance l’ensembie de toute parure ? La gravité imposante résulte de la direction des lignes et de la franche répartition des masses ; elles saisissent de loin avant même que l’analyse minutieuse permette de discerner et de goûter le charme du détail. L’ébauchoir à la main, ce statuaire du bijou donne à la glyptique les fiers accents de la grande sculpture; telle figurine mignonne,

tel médaillon, tel profil, tel bas-relief offrent dans leur minusculité la souplesse du modèle le plus libre, le plus vivant, le plus délicat; une branche de roses qui agrémente un collier à six rangées de perles garde tout le gras, toute la ductilité de la cire amoureusement pétrie ^ ».

Termes libres et magistraux pour indiquer que M. Lalique sut appliquer au bijou les deux principes, secret de la science du grand Corot: la forme et la valeur ; « quand seront différenciées les valeurs, différenciez les couleurs », répétait volontiers le bon maître. En joyaux égaux, ceux de Torfèvre sont reproduits par une écriture riche, équivalent de la perle pure amoureusement choisie, ou de la svelte figure qui enchâssera la pierre désormais prétexte.

Hymnes à la terre commune, tributs à Fart du pays de Lorraine sont les hommages maintes fois rendus par son compatriote nancéen à celui dont l’influence est prépondérante en tête de la

I. M. Roger Marx, Arl et décoration, juillet 1894. M. René Laliqae.

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renaissance des arts industriels. Homo triplex architecte, sculpteur, verrier, c’est bien la qualification propre à celui qui, pour ses élaborations géniales, s’instruisit à l’ordre des choses, au lettré qui connaît nos vieux poètes français et sait orner de légendes chacune de ses trouvailles, meuble ou vase symbolisant un passage de la vie. Sûrement Gallé est un des sages qui ont approfondi les causes ; sûrement, il s’est, aux jours émouvants du printemps, agenouillé sur la terre pour démêler jusque dans rinfiniment petit les vertus naturelles de tout ce qui croît, et découvrir que dans un carré de mousse est contenue l’essence universelle. S’il a connu les transports de la vie, il a dû subir les épreuves de la douleur dont la cruelle étreinte fait clamer à l’artiste ses plus hauts cris de vérité, car les flancs de ses vases renferment entre les couches successives de cristaux, le deuil violet et les blessures saignantes de pourpre. Grande figure d’ému, insoucieux de la gloire, poursuivant sa tâche sans trouble ! Le portrait de Gallé peut porter en exergue la

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devise par lui donnée à la coupe mordorée : <( Je récolte en secret des fleurs mystérieuses. »

O Le crépuscule est venu et avec lui les tons d’ardoise et de nuit, les visions. La fumée d'une flamme tremble et s’élève ; le fond, pareil à une sombre voûte céleste, s’illumine d’étoiles et sur les rameaux d’une vigne idéale fleurissent les astres \ » C'est une mosaïque de Gallé ainsi recréée ; ailleurs l'écrivain parle de vases « aux nuances troublantes à l’égal d'une caresse alanguie... Sans arrêt le regard de l’un à l’autre flotte, tout à la volupté de ces teintes de vapeur et de ténèbres, de rouille et de givre, de turquoise verdie, de bleu paon éclaboussé d’or, de rose défaillant en pâleurs verdacées ». Plus tard, aux yeux repus, bien plus tard, se révéleront la psychologie de ces nuances, (( les sentiments, les sensations, les pensées par elles mis en éveil et formulés en

I. M. Roger Marx, les Arts décoratifs {Revue encyclopédique, février 1894).

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un thème ciselé amoureusement dans la masse du cristal ^ )) .

La communion est complète du maître descripteur avec le maître inventeur. Une allégresse nous remplit de sentir l’art si bien compris par un de ceux qui sont appelés à le juger, dignes, à discerner le bon grain de l’ivraie et cela nous repose des critiques improvisées par une littérature impuissante. Si doux est le bien-être né de cette sensation qu’il est un réconfort, que sous son influence se sont consolidés maints groupements, et l’on saisit quel a pu être, dans l’action pour le triomphe du beau, l’apport spirituel de M. Marx, aimant ceux qu’il incitait et encourageait à le créer, en retour aimé par eux.

Trêve de citations cependant, car il faudrait redire comment sont dépeints les émaux de M. Thesmar, sur paillons sertis dans des cloisons d’or et ses restaurations de l’émail translucide, les flambés sur porcelaine de M. Ghaplet « aux

I . M, Roger Marx, Arts décoratifs et industriels {Revue encyclopédique^ septembre 1891).

gammes tantôt gaies, chaudes, puissantes, tantôt apaisées, rompues, mourantes », qui défient le plagiat par leur inimitable distinction, les grès de M. Bigot et leur rôle nouveau dans la céramique architecturale, les Dalpayrat, les Delaherche, de galbe régulier, de couverte onctueuse ; leur entrée ne date pas de la veille dans la lice où les retrouve le livre de 1900. Garriès a disparu, mais l’analyse de ses travaux fait, à trop juste escient, partie de cette renaissance pour qu’il n’ait point eu en M. Marx un panégyriste convaincu, et pour que son souvenir soit omis. Il renouvela a la légende Palissy se dépensant corps et âme dans des besognes surhumaines )), écrivant sur les faces de grès a les schémas de la joie et de la douleur, de la rêverie et de la colère, du mépris et de la haine, de l’indifférence et de la passion ‘ ». Extrait que je ne puis m’empêcher de citer encore, trop bref, mais expressif hommage au mort.

I. M. Roger Marx, Revue encyclopédique, octobre 1892. Beaux-Arts .

l’art social

Dans la fabrication du verre et du cristal, les opalescences de M. Tilîany et les sveltesses de M.Kœppingreprésentent en 1900 l’Amérique et l’Allemagne, et si Tétude faite par le scrupuleux écrivain exalte volontiers le goût français, ellene craint pas de prouver également le mouvement analogue desnations étrangères quand il est motif d’émulation ; pages souvent éloquentes comme celles consacrées à la Manufacture de porcelaines de Copenhague emprisonnant, dans le lait de ses décors, d’instantanés tableaux : arbres sous l’ouragan, défilé des cerfs et des biches par la forêt sombre, vol éperdu de mouettes, lent effort des chevaux dehalage. En lutte, cependant, avec le souvenir des fabriques de Copenhague, de Berlin, de Dresde s’exposent les productions de notre Manufacture nationale de Sèvres qui a écouté les avertissements, mise en méfiance contre la stagnation, et dont le surtout en biscuit d’après le ravissant modèle de Joseph Chéret souligne le rajeunissement.

La manufacture des Gobelins, à son tour, fait

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revivre Tère de la tapisserie avec les noms de Gustave Moreau, de Jules Ghéret ; n’y fut point surperflue, la patience de dévouements pour réagir contre les redites et aviser aux conditions de son existence, à son avenir ; les Gobeiins, Aubusson demandent des cartons à M. René Binet, àM. Félix Aubert, inventeur de papiers peints, de tissus, de tapis, de broderies,, disputant la palme aux productions de l’Angleterre. Parallèlement à la Société danoise du Livre, la France voit, en fin du siècle, ses relieurs, il y a peu de temps honnis, honorés dans les noms de MM. Prouvé, Martin, Pierre Roche, Auriol et Auguste Lepère, le graveur émérite qui ne dédaigne pas d’inciser le cuir de sa grille originale.

L’ouvrage de M. Marx sur l’Exposition universelle de 1900 est le récit condensé de tous ces efforts, et on doit l’ajouter hautement, de !?;es propres efforts, et c’est avec raison que dans notre exposé nous n’avons pas voulu séparer la force de son commentaire actuel de ses antérieures et inlassables revendications

l’akt social

datant de loin. Ceci aboutit à cela rationnellement, et l’équité comme le droit commandent de rendre à chacun le cuique suum, le tribut de son mérite. Ce livre, par sa conviction, par sa grâce littéraire, et par la densité de ses renseignements assure à l’auteur sa place plus définitive encore parmi nos directeurs ; il a fait pour la France ce que les Walter Crâne et les William Morris ont fait pour l’outre-mer, et son nom, comme il m’est échu de le dire, s’incorpore à notre histoire de Fart.

Avec lui, concluons : « A Fheure présente, la convoitise de beauté est devenue un besoin social, chacun espère d’elle le souverain réconfortqui élève l’ânie, la distrait et la console... L’idéal moderne bien particulier ne saurait s’accommoder ni de formules épuisées ni d’anachronismes. Que la routine continue à s’insurger contre le progrès, à bafouer le génie des inventeurs, tout est selon la norme. N’en ayons cure ou plutôt sourions d’infinie pitié. L’humanité en marche, la société en incessant travail révèlent leur activité par des

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témoignages distincts, variés, imprévus. Tant qu’une civilisation vit et évolue, le principe du renouvellement nécessaire est assuré de s’imposer et de triompher avec la force d’une fatalité heureuse, inéluctable h »

En attendant qu’on les découvre, ces vérités sont revêtues d’une garde qui les affirme, composition du dessinateur Auriol, inspirée des meilleures traditions japonaises auxquelles s’ajoute le mérite du décorateur français. Encadrant les titres de bleu gris, ses groupes fleuris d’impressions ton sur ton sur fond chaud, sont des armes parlantes : A l’étude de nos devanciers doit s’ajouter par notre individualité l’amour du progès.

Pour consigner complètement l’action de M. Roger Marx sur l’expansion sociale de l’art, achevons de le suivre succinctementdans les ramifications dérivées de sa tâche, qui sont elles aussi grosses de conséquences et des plus

1. M. Roger Marx, la Décoration et les indashies d'art à r Exposition universelle de 1 900.

L A HT SOCIAL

concordantes avec le principe de direction. Différemment de Ruskin surtout prêtre d’une religion, il a voulu non seulement la belle œuvre, mais la dilîusion de la beauté — • nous l’avons développé et à dessein répété — chez le pauvre et chez le riche, l’école et dans la rue, pour l’esprit et pour la vue de tous. A cet égard toute fin l’intéresse et sa plume proteste encore contre réternelle routine qui fait de la décoration de nos rues dans les fêtes, le rappel de réjouissances banales. Quelle ne serait en effet la pitié de nos ancêtres, sous la direction d’un Lebrun, savants ordonnateurs de somptueux galas, a constater la médiocrité des fêtes du centenaire et des fêtes franco-russes où la décoration aurait, pour la gaieté et l’éducation populaires, exigé le concours de talents adéquats et d’artistes dont l’initiative, pour l’avenir, ne ferait certes pas défaut, si l’on voulait seulement ne pas négliger d’y recourir ! Ce serait le remède au mal dont l’origine est une conception fausse qui semble faire de la parure de Paris

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U une entreprise aisément réglée entre les administrations publiques et les fournisseurs accrédités * )), modérons nos plaintes quand le mal ne croît pas jusqu’au vandalisme.

M. Roger Marx a pour une bonne part contribué à la mise en circulation d’une nouvelle monnaie par lui instamment demandée ; il a souhaité, désir réalisé, voir confier les modèles de cette monnaie future à MM. Roty, Ghaplain, Dupuis. Les vieilles allégories ont fait leur temps, imprime le Voltaire^àës 1892,1a troisième République doit avoir sa monnaie ; à la suite de penseurs comme David d’Angers, l’apologiste de la médaille au xix*^ siècle obtient la médaille pour tous et le geste répété de la semeuse de Roty, insensiblement, mène les plus rebelles au besoin de beauté dans tous les actes de la vie.

La réforme du timbre maintenant introduite était comme celle de la monnaie réclamée par l’instigation qui en hâta le décret; les termes de la réclamation méritent qu’on s’y réfère: <( Le

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