CONGRÈS DE LA PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE TENU A LIÈGE
Souhaits au nom de la Société Nationale des Beaux-Arts, à V ouverture du Congrès ^
Chargé par la Société Nationale des Beaux- Arts de présenter ses vœux et ceux de son Président, M. Roll, à M. le ministre, et à MM. les
2. Compte rendu du Congrès. Propriété littéraire et artistique, 1906.
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membres du Congrès, je ne saurais mieux faire que rappeler la citation par laquelle un de vos grands littérateurs, généreusement épris de Tart français, débutait dans un compte rendu de notre Salon annuel. C’était à propos d’un impressionnant tableau du Président actuel de notre Nationale : « Du Nord nous vient la lumière », écrivait, en répétant l’adage, M. Camille Lemonnier, qu’avait ému la toile du Calvaire de M. Roll, où dans une harmonie rappelant nos gris septentrionaux^ un travailleur succombait sur la route, symbolisant la victime du travail et de la vie.
Reprenant pour mon compte la citation, je la fais mienne et je répète : « Du Nord nous vient la lumière » ; elle nous vient de votre pays, celui de la brume blonde et de la poésie mystérieuse à laquelle sont venus, à travers rhistoire, s’attendrir les grands artistes du Midi, pèlerins de vos béguinages recueillis ; telle était la pensée de Lemonnier, telle est la nôtre. L’art belge est un art de pénétrante et personnelle saveur; fils méditatifs et zélés d’un
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sol généreux sous une atmosphère argentée et mobile, captivante quoique parfois rude, vous avez donné au monde d’inoubliables enseignements.
Pour l’artiste, le problème sans cesse se pose, angoissant, devant l’éternelle beauté de la Nature; la regarder, s’en laisser pénétrer, n’estil pas préférable à tenter œuvre vaine et vouloir en fixer une parcelle ! Pour qui veut, en effet, nous livrer le fruit de sa pensée, la gestation de l’œuvre ne comporte-t-elle pas, avec l’enivrement, la douleur ! Ainsi que tous les autres, les vôtres ont dû s’interroger, désireux peut-être aussi de s’asseoir en chemin, spectateurs attendris, sans gagner l’horizon. Et, cependant, ils ont continué la marche en avant, le don du charme est en eux, mais ils aiment conseiller et pratiquer la volonté ; c'est encore un des vôtres qui définit notre devoir : Maurice Maeterlinck. Si l’abeille, obstinée butineuse, est mue par l’instinct de la continuation et de l’amélioration de l’espèce, ainsi riiomme est averti par le sourd besoin de savoir et de
s’instruire, et quand son effort aboutirait pour lui-même à savoir qu’il ne sait rien encore, il aura cependant accompli un pas utile vers la vérité, et maille dans rhurnanité, préparé les travaux futurs en accomplissant le devoir intérieur. Artistes, produisons sous l’égide des intelligences réunies pour défendre nos droits et pour nous protéger.
Un de vos fils les plus grands achève la leçon. Son génie, je puis, pour lui, parler de génie puisque l’homme vient de disparaître, a ouvert nos esprits à une entente meilleure, vers l’accomplissement d’une fraternité dans le travail dont il nous a laissé les gestes magnifiés. Généralisateur élevé, il a, résumant les vertus d’émotion et d’énergie du sol natal, démontré la nécessité et la noblesse de Faction, de toute action, car il n’est pas de petite vie. La figure de Constantin Meunier domine ; faisant trêve aux regrets de la Société Nationale qui s’honorait de le compter parmi ses membres, et à ceux de l’ami qui l’aimait de profonde affection, nous ne saurions mieux faire, au seuil
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d’un Congrès ouvert en ce pays pour faciliter la tâche des créateurs, que d’acclamer la Belgique hospitalière dans le nom de Meunier, immortel, orgueil pour sa patrie.
Allocution à Anvers, en clôture du Congrès, en réponse à M. le Bourgmestre, pour saluer la Belgique et lart flamand au nom de V art international ,
Le Congrès a bien voulu me confier la tâche, à mes yeux précieuse, de saluer au nom de l’art international la ville d’Anvers, berceau de l’art flamand, en la personne de son premier magistrat.
Ce n’est point sans un frémissement de tout l’être intérieur que je prends la parole ; certes le devoir est doux à remplir, mais l’audace est grande d’évoquer au sein même de la maison commune, le génie de la race. L’excuse de celui qui s'adrese à vous sera, monsieur le
I . Compte rendu du Congrès . Propriété littéraire et artistique, 1906.
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Bourgmestre, d’invoquer pour les nôtres une origine commune avec les vôtres : Flamand de la Flandre française, je revendique d’abord pour mes aînés de la Société Nationale de France, délégués au Congrès, puis pour moimême, cette origine ou des liens semblables; elle nous servira de lettre de créance pour vous saluer au nom de tous nos frères en art des contrées représentées.
Avant-coureurs de fraternité, nous venons de parcourir le royaume de Belgique, nous avons admiré sa richesse : Gharleroi avec la silhouette étrange de ses terris et les pylônes de ses cheminées fumantes ; puis vint Liège où nous fûmes bien petits dans la splendeur austère du palais provincial, et où nous fut offert le magique spectacle des trésors amoncelés, témoins de votre histoire ; puis ce furent Bruxelles et sa place dorée, le monument au travail; Bruges la cité intacte. Nous voici à Anvers, à la tête de Flandre, la ville aux mille navires, où l’Escaut devient mer, escortant jusqu’au large les nefs qui disparaissent, des
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senteurs de la Flandre; la cité opulente, départ et point d’appel d’uii commerce mondial ; nous voici sur un sol historique d’où s’élève de toutes parts, comme partout en Belgique, la prière du travail, surgit sa glorification.
Artistes, nous savons lire la grandeur du travail et l’aimer, il est dans le creuset l’élément nécessaire pour créer le génie, le débardeur d’Anvers a trouvé son Constantin Meunier.
Or, c’est en se reportant à votre histoire illustre que notre cœur, touché de vos attentions, croit justement répondre à l’accueil fraternel. Au sein de la cité, ouvrons pieusement la porte de son sancluaire : telle à nos regards s’imposait il y a peu de jours, à Aix-la-Chapelle, la châsse de Charlemagne, tel vient sourdre aujourd’hui le souvenir fastueux de ceux qui furent, comme le premier, éducateurs des peuples ; saluons en vous la patrie de Metzys, de Rubens, de Yan Dyck, de Jordaens.
C’est le divin Metzys, forgeron de dentelles « que l’amour conjugal, — l’inscription est vôtre, — convertit en Apelle. » La vue seule
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de ses femmes suaves et mystiques semble rendre à nos âmes l’ingénuité et la fraîcheur premières ; leurs images sont les fleurs au parfum desquelles un instant s’apaisent nos douleurs, comme au renouveau qui pare de bouquets les pommiers de la Flandre.
Ce sont Rubens, Van Dyck, les peintres somptueux qui déploient pour nous la profusion des soies, des brocarts tramés d’or ; pour célébrer ceux-là, il faut être Verhaeren, le marteleur de vers. Tous deux apparaissent superbes et prodigieux, d’imagination créatrice et de vie. Les portraits de Van Dyck sont les témoins de tumultes intérieurs, les femmes nues de Rubens, aux flancs nacrés, célèbrent l’amour vrai, source des maternités saintes.
Aujourd’hui, c’est la fête de Jordaens, et nul, plus que celui-là, n’incarna son pays, qui comprit sainement sa gaieté philosophique et son côté mystique immortalisés par sa brosse généreuse. A la source nous venons nous instruire, nous demeurons émerveillés.
Point n’est le temps d’énumérer la théorie de