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DESSIN, GRAVURE

Gomme la peinture, le dessin et la gravure sont les échos de la vie et du rêve que colorent aussi le crayon et le burin; le procédé diffère, mais les résultats sont riches pareillement, également palpitants, ils continuent les luttes émotives.

(( L’aimant des jouissances brutales^ les préoccupations d’argent, les intérêts mesquins ont

collé sur la plupart des faces de nos contemporains un masque sinistre, où Tinstinct de la perversité dont parle Edgard Poë se lit en lettres majuscules ; tout cela me semble assez amusant et assez caractérisé pour que les artistes de bonne volonté tâchent de rendre la physionomie de leur temps. » Cette physionomie dont parle FÉLICIEN ROPS, il la rendit en termes impeccables comme en verve démoniaque, en gravures de hantise : l'Experte en dentelles., la Tentation de saint Antoine^ la Buveuse d'absinthe.^ le Médecin des fièvres^ qui ne peut en guérir son petit malade, les lui laisse, vous les laisse. Félicien Rops a surtout le plus profondément, le plus violemment dépeint la femme emblème des passions comme des aberrations ; ciseleur de joyaux que tuerait le frémissement de son génie terrible, si tempérament double, il ne savait lui donner trêve en cultivant des roses. Dans les plus petites choses, dans ses devises gravées, on retrouve Finventeur à la forme sans relâche émondée. Et il a fallu la plume vengeresse des Mirbeau, des

Huysmans et des Marx pour élever à rhonneur l’artiste incomparable !

Les gravures d’ODlLON REDON, inouïes suggestions d’hallucinantes apparitions, puisent leur origine dans les heurts de pensées en obsession de l’au-delà ; celui-là encore est un maître qui a le pouvoir d’éveiller et de graver presque l’inexprimable. Ces qualités, propre des forts, sont payées de l’offrande d’euxmêmes, car de semblables créations ne vont pas sans l’acuité d’une souffrance ni sans la jalousie malfaisante de l’ignorance envieuse.

TOLLOUSE-LAUTREG, IBELS, scrutateurs du peuple, de ses classes misérables, ne peuvent plus s’ignorer; sont grands WALTER CRANE, VALLOTTON, qui d’un coup de burin fait une entaille dans le bois, et celle-là suffît seule pour la vie de toute une tête : Portrait de Dostoiewski.

Les compositions de GRASSET, vivantes mythologies, ses cartons de vitraux concentrent les estimes artistes ; avec l’expérience et l’acquis moderne, il a des premiers verriers

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la naïveté et la sainteté. Soit simplement les douze mois, soit Teffigie d’un timbre^ la même noblesse préside à rarrangement, et ses estampes où le trait sertit les parties principales ont une dignité de tenue éducatrice.

Forain et Steinlen, sous l’apparence du caricaturiste ou de l’illustrateur, retirent de notre âge des scènes décisives, et leur critique acerbe grandit au niveau d’un enseignement moral. FORAIN emporte la pièce, son observation native aiguisée par l’étude conquiert à peu de frais la frappe du type, mordant acier de dessins cinglants et de légendes sifflantes ; mieux que de l’esprit, son œuvre contient un temps dont elle est le résumé touffu. Même audace chez STEINLEN, dont le cerne étreignant s’épaissit vigoureux pour cercler l’image, s’élimer ou disparaître selon un sens étonnant; son crayon a la félinité d’une caresse âpre et sauvage quand il enveloppe les formes féminines, filles de barrière ou de vie, hélas joyeuse; sous sa touche, les yeux se ferment ou se dilatent jusqu’à la folie, les gestes

RENAISSANCE

enserrent et câlinent. Le peuple, l’humble, le gars et la fille ont leur poète et Jeur historien.

GHERET a renouvelé l’affiche, alliance de surfaces franchement éclatantes dont l’ensemble s’allume en verrière.

Du peintre ou du graveur, la renaissance déborde, enthousiaste, dont les chefs hors d’atteinte défient la calomnie ; contempteurs des mesquines pratiques, pourvus quoiqu’on ait dit d’un métier remarquable, ils ont différemment atteint le but commun : limpression, V expression. Leur art a refoulé la banalité d’une exécution terne ou d’une sentimentalité doucereuse, il fait vibrer la lumière, il pénètre plus avant dans le secret de nos cœurs, il s’attaque à la vie de l’air, de la pierre comme de la chair.

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