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UN MARIAGE PRINCIER

L'évocation des Mille et une nuits. — Comment la fête devrait être.

— L'imagination européenne. — liO rôle de la fable en Orient. — Le respect dos traditions. — Comment la fcte est. — Le palais du khédive.

— Les jardins de Koubbeh. — Lampions, tentes et chanteurs arabes. — Les mœurs d'Orient. — La séparation des sexes. — Réception des hommes.

— Réception des femmes. — Les appartements nuptiaux. — Le cortège féminin. — La chasse aux sequins. — Les soupers en plein air. — La reconstitution des couples. — Le départ. — Mélancolie. — Une fantaisie de khalife.

a Par ordre de Son Altesse la Khédivah mère, le grand-maître des cérémonies du khédive a l'honneur de prier M. M... de vouloir bien assister à la soirée qui sera donnée au palais de Koubbeh, mercredi 8 janvier 1896, à dix heures du soir, à l'occasion du mariage de S. A. la princesse Nimat Allah Hanem, sœur de S. A. le Khédive, avec S. A. le prince Mohamed Gamil pacha Toussoun. »

J'imagine cette fête par l'une de ces soirées délicieuses du printemps égyptien qfi la chaleur torride n'a pas encore fait fuir cette douceur d'atmosphère qui fait le

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charme des pays toujours ensoleillrs, où, dans un ciel soinl>re, mais ])ur malgré sa noirceur, les étoiles, plus grandes et plus brillantes que nos malheureuses petites étoiles d'Europe, évoquent des souvenirs miraculeux, remémorent les légcjndes anciennes où il est tant parlé d'elles, où l'air très doux, encore tiède de son contact avec les sables surchauffés du désert, n'a pas besoin des parfums de plantes rares ou des soupirs d'oiseaux endormis pour répandre une exquise griserie dans les âmes ; j'imagine un peu plus de modernité se mêlant à ces curieuses traditions des cérémonies arîibes, une plus grande pénétration de notre esprit civilisé ennemi des séparations entre les sexes, qui peuvent porter un certain cachet d'originalité, mais qui entraînent une mélancolie instinctive, créatrice de l'ennui, amoindrissant l'effet du spectacle charmeur qu'offrent ces fêtes khédiviahîs...

J'imagine tout cela et je dis que, dans ce cadre mer-, veilleux d'un jardin royal, avec ses bosquets côtoyant des allées, droites ou tortueuses, indéfiniment illuminées par des milliers de petits laminons bleus, blancs, verts, rouges, qui scintillent dans l'ombre comme des astres terrestres, avec ses pelouses vertes d'où s'entendent des mélopées étranges échappées d(;s lèvres de chanteurs arabes cachés sous des tentes bariolées, qu'accompagnent fébrilement des cislres, des guitares et des tambourins, on ne pourrait rien rêver de plus féeriquement enchanteur que cette fête nuptiale, unissant un prince avec une princesse, dont le récit évoquerait alors un récit mystérieux de conteur oriental, dont la description rappellerait une de ces descriptions éparses au livre des Mille et une nuits.,.

L'imagination européenne surexcitée par le souve-»

de tout ce qu'a su produire l'imagination orientale éprouve malheureusement une désillusion, . Elle doit descendre des hauteurs du rêve qu'elle avait formé et s'abîmer dans la triste réalité d'une fête qui, donnée sur les rives du Nil, n'est pas encore semblable à celles qui se déroulent sur les bords de la Seine ou de la Tamise, mais n'est plus pareille à celles dont les paroles des vieux conteurs nous ont transmis les splendeurs à travers les siècles. L'amour de la fantaisie, du décor, du luxe, de l'irréel et du fabuleux qui régna longtemps sur ces terres d'Orient paraît avoir disparu, sinon complètement, du moins dans la partie qui avait toujours eu le don de frapper nos esprits, celle de l'enchantement des yeux et des âmes.

Le regret est d'autant plus cuisant que l'on a la sensation très nette que ces récits d'autrefois ne sont pas une fable vaine due à l'imagination d'un artiste, que ce qui fut jadis pourrait être aujourd'hui à cause de l'immuabilité des choses de la nature qui furent toujours l'auxiliaire le plus précieux de ces fantaisies de khalife.

Ceux qui ont la garde du passé et des antiques traditions, qui assument la charge de les faire revivre si une renaissance paraît devoir séduire quelques esprits, peuvent se dire que l'effort à faire est très faible, qu'une impulsion légère est seule nécessaire.

La part de l'homme, dans cette résurrection d'une époque charmeuse, n'est pas considérable.

Ce seul fait que, l'an dernier, dans le même palais et à un même mariage. Son Altesse le khédive s'était abstenue de paraître officiellement, préférant se mêh^r -dans les jardins à la foule des invités comme un simple curieux et se rendant compte, sous le couvert de lin-

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cognito, de l'allure générale de la fêle, avait suffi pour éveiller Timagination endormie de quelques fervents d'un autre âge, avait ajouté une saveur particulière aux attractions de la soirée, avait évoqué pour quelquesuns ces nuits mystérieuses où un grand khalife déguisé parcourait avec son grand vizir les rues de sa capitale ou les jardins de ses sujets.

La fable jouera toujours un grand rôle dans ces pays, parce que le ciel est un ciel fabuleux, pîirce que toutes les choses prennent à certaines heures des proportions fabuleuses. La conservation des cérémonies, des usages et des coutumes qui furent en honneur chez les ancêtres est aussi intéressante et aussi respectable que celle des vieux monuments historiques.

L'Egypte garde religieusement ceux-là ; qu'elle pense un peu aux autres !

La célébration d'un mariage princier, faite avec la vision des légendes arabes, ])lairait à tcms ceux qui ont le goût de tout ce qui fut, l'amour de ce qui a pu être, la religion de vv. qui entraîne à la rêverie qui berce.

J'ai dit ce qu'une telle fêle pourrait être. Il me reste à dire ce qu'elle a été.

Le palais de Koubbeh, où résident le khédive, la khédivah-mère et la jeune khédivah, est dans la campagne à quelques kilomètres du Caire. C'est une grande bâtisse présentant comme tous les palais égyptiens un aspect extérieur plutôt laid et désagréable, mais réservant aux visiteurs la surprise de salons somptueux, de couloirs décorés avec luxe, d'appartements riches par la profusion des tapis et des grandes plantes aux larges

feuilles dentelées qui, dans des coins moelleux, malgré les tentures et les bibelots, donnent l'impression d'un refuge de verdure égaré dans la maison.

Le palais en lui-même n'est rien.

Les jardins qui l'entourent, l'horizon qui les borne. Je ciel qui les domine sont tout.

La végétation n'est pas luxuriante. Sur cette terre brûlée par le soleil, les arbres n'ont pas ce feuillage épais de nos arbres d'Europe, les branches ne sont pas garnies, les feuilles n'ont ni la fraîcheur ni l'humidité qui leur donnent cette teinte verte aimée des peintres. Les sycomores et les acacias s'allongent indéfiniment vers le ciel avec leurs grands troncs tordus et noueux, leurs branchages nus, leurs rares feuilles sèches et poussiéreuses.

L'herbe est inconnue. Les pelouses n'existent pas. Les arbustes, les plantes et les fleurs ont l'air de sortir d'une terre qui ignore la douceur de la mousse, du gazon, de l'herbe folle, de la fleur des champs. L'aridité se fait jour incessamment à côté de la verdure.

Néanmoins, les fleurs sont belles, leurs parfums embaument l'atmosphère, les plantes plaisent par leur étrangeté, les arbres n'ont rien qui soit désagréable à la vue, les bosquets ont un charme original, toute cette végétation qui pousse près du sable et sous la poussière est une végétation qui apparaît comme superbe, parce qu'elle s'harmonise avec les choses qui sont autour d'elle, parce qu'elle est la végétation nécessaire de ce soleil ardent, de ce ciel très haut et très pur, de ce sol brûlé, de cet horizon de feu, de ces étendues de désert vues au loin.

Les jardins de Koubbeh, merveilleusement entretenus, sont dans la plaine qui s'étend sur la rive droite

du grand fleuve égyptien, non loin du lieu où, se séparant en deux branches, il coule vers la mer en formant le Delta. Les collines de sable des chaînes libyque et arabique bornent l'horizon. Les pyramides de Gizeh se profilent à l'ouest, grandies par la distance, bien campées sur la lisière du désert. La ville du Caire, adossée contre le Mokattam, apparaît dans le lointain avec sa citadelle et sa grande mosquée de Méhémet-Ali aux minarets dressés comme de longues aigrettes.

Quel décor pour une fête que ce cercle de sable doucement éclairé par une lune très pâle, avec ces étranges monuments de pierre aux aspects fantastiques dès qu'une lumière nocturne les fait vaguement se dessiner dans l'obscurité d'une nuit d'Orient I

Une fête arabe comporte essentiellement une multitude de lampions de toutes couleurs disséminés dans les arbres, dans les bosquets ou sur des échafaudages spéciaux, un certain nombre de tentes larges et spacieuses faites à l'aide de grandes toiles aux dessins variés et multicolores formés par des losanges, des carrés ou des cercles d'andrinople cousus les uns au milieu des autres, des groupes de chanteurs assis en rond au fond de ces tentes, n'interrompant jamais la suite interminable de leurs étranges mélopées.

Sans chanteurs, sans tentes et sans lampions, la fête perdrait son cachet d'originalité orientale.

Les jardins de Koubbeh sont donc brillamment illuminés. Des points les plus obscurs jaillissent des lumières vertes, jaunes, rouges, blanches, qui paraissent autant de vers luisants perdus dans la nuit sombrez- Les allées se dessinent dans l'obscurité à l'aide de ces faibles lueurs multicolores;

Parfois une grande clarté surgit, des gémissements se font entendre comme venant de très loin. C'est, au milieu d'un groupe de palmiers, une de ces tentes aux dessins bizarres où, paresseusement étendus sur des coussins, des conteurs aux yeux hagards, à la mine inspirée, au corps soumis à un machinal balancement, psalmodient une légende ou des versets du Koran sur un rythme plaintif et lent.

L'étranger qui pénètre dans ces jardins par la grande avenue, subit d'abord le charme de l'impression première due à la nouveauté du spectacle, aux souvenirs qu'il évoque en lui, à l'attrait des merveilles pressenties. Le charme s'attiédit singulièrement quand il s'aperçoit que la fête entrevue dans une lueur soudaine d'imagination n'est qu'un rêve, que celle qui va être la réalité ne diffère que très peu d'une fête moderne européenne.

Les invités arrivent soit en voiture, soit par un train spécial mis à leur disposition à la gare du Caire.

Devant le grand escalier du palais s'effectue la séparation des sexes. Les mœurs d'Orient ne permettent pas aux hommes d'aller plus loin.

Les dames seules gravissent les marches qui conduisent aux salons de la vice-reine, la khédivahmère, veuve du khédive Tewfik, qui reçoit là les invitées, assistée de la jeune khédivah et de la nouvelle épousée. La présentation delà jeune princesse, la visite des appartements nuptiaux, l'exposition des cadeaux, la distribution par poignées des sequins d'or, les quelques coutumes anciennes conservées, tout ce qui cons-

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tilue la parti(î inlérrssanlt; de la soirée est réservée aux dames. La porte des harems ne se referme que sur les toilettes éblouissantes. Aucun œil masculin ne pourra errer sur les détails de la cérémonie.

Ce qui se passe au sommet de ce grand escalier resterait même un mystère pour ceux qu'une inflexible loi tient à dislance, s'il n'y avait pas quelques-unes des aimables privilégiées fort heureuses de conter le lendemain ce qui ne fut vu que d'un petit nombre.

Les hommes sont reçus dans une autre aile du palais par le prince Méhémet-Ali, frère du khédive, et le fiancé.

Ce qu'ils voient, rien. Ce qu'ils font, pas grand'chose.

Ils causent entre eux, fument ou restent assis mélancoliquement dans des fauteuils moelleux. Cinq ou six salons s'alignent devant eux en enfilade. Ils ont la faculté de se promener, de former des groupes, de voir un certain nombre de visages connus ou inconnus, de passer d'un salon dans un autre, d'un divan sur un canapé, d'un canapé sur des coussins. Les uns bavardent, les autres révent. C'est un va-et-vient incessant d'habits noirs rendus plus noirs et plus tristes par l'absence de robes claires, de visages souriants.

L'uniformité du sexe n'a rien d'attrayant.

La fumée bleuâtre des cigarettes égyptiennes monte en spirales autour des lustres. Ceux que la politique ou les événements du jour n'entraînent pas dans une discussion laissent leur pensée errer comme elle et se porter par instants vers les salons de la khédivah où le froufrou des mousselines et des soies se mêle au chuchotement des lèvres.

Là, l'aspect est plus riant, plus gai.

Les toilettes jettent une note joyeuse dans le resplendissement des lumières. Les conversations s'en-

gagent comme du côté masculin, mais sont heureusement interrompues par une promenade cérémonieuse à travers les appartements khédiviaux et ceux des jeunes époux.

Précédées d'esclaves et d'eunuques portant des candélabres et des lampadaires, la khédivah et ses invitées font le tour des salons, pénètrent dans les chambres privées, dans celle du nouveau couple, contemplent les cadeaux qui ont été offerts, les toilettes qui seront portées par l'épouse, le linge fin même qui servira à l'époux. Tout, jusqu'à la couche nuptiale, est visité avec soin par le cortège féminin.

Au retour, dans le salon de réception, la khédivah, selon une ancienne coutume, puisant à pleines mains dans un sac tenu par une esclave, jette au loin autour d'elle par poignées dans l'assistance des petites pièces d'or frappées à l'effigie du sultan. La .course aux sequins est le moment joyeux de la soirée. Dames et jeunes filles, ministresses ou plus humbles mortelles, se précipitent sur le tapis, mettant le pied ou la main sur la pièce qui tombe, courant après le sequin qui roule, bousculant la voisine plus agile ou plus âpre à la lutte, car ce sera plus tard comme un litre de gloire que d'avoir en sa possession plus de pièces d'or que n'en eurent les amies.

Ces sequins deviennent des fétiches. Ces fétiches deviennent des breloques de montre ou de bracelet. Longtemps après, la piécette d'or nuptiale rappellera aux invitées le mariage de la princesse.

Le dernier acte de la fête se passe, pour elles comme pour nous, dans les jardins du palais. Des tables de soupers sont dressées dans les grandes tentes aux dessins multiples.

Mais là encore, l'inflexible loi de la séparation des sexes s'accomplit. Ici les uns, là-bas les autres. Les maîtres de cérémonies et les esclaves de la vice-reine conduisent les invités sous bîs palmiers et les sycomores, les dames d'un c(^té du palais, les hommes du côté opposé. Le spectacle magique du grand ciel étoile et de l'horizon de sable doucement éclairé est seul commun aux couples séparés par une coutume religieusement maintenue.

L'époque était malheureusement mauvaise.

Les nuits de janvier sont fraîches au Caire. Le ciel peut être d'une pureté merveilleuse, l'air peut être relativement doux, grâce à la chaleur du jour quelque peu conservée ; il n'en est pas moins impossible d'errer à l'aventure dans les allées d'un parc. Des frissons surviendraient rapidement. Puis, à quoi bon rêver près des grands arbres sous les étoiles lointaines, quand aucune forme féminine ne se glisse à travers les feuilles et les sentiers, quand aucune inconnue ne trouble et ne charme le cœur pendant ces heures de nuits !...

Ces soupers sont identiques à tous les soupers de fêtes ou de bals.

Ceux que des vêtements chauds rendent capables d'affronter une rêverie en plein air se promènent mélancoliquement, écoutant quelque orchestre jouant au loin ou quelque sérénade de chanteurs arabes. Leur curiosité va jusqu'à pénétrer dans quelque tente écartée où s'agitent des tambourins et des cistres. L'ennui et la fraîcheur les ramènent bien vite dans les grandes tentes où, autour des boissons chaudes, s'empressent les hommes tristement délaissés.

A minuit le départ a lieu par voitures ou par train spécial.

Là commencent alors des scènes curieuses, celles de la reconstitution des couples. L'anxiété des époux attendant leurs épouses et fouillant avec des yeux inquiets dans le flot des visages enfouis sous des fourrures ou des dentelles qui apparaissent sur les marches du grand (escalier est la chose la plus originale de la soirée.

Les reconnaissances sont plus difficiles que les séparations. Il y a de tout, dans ces attentes parfois longues, même des méprises. Il y a surtout des impatiences. Hommes et femmes se cherchent dans ce tourbillon de gens qui retournent vers la ville déjà endormie.

Peu à peu, les couples se retrouvent, les familles se complètent.' Le train siffle, les chevaux sont fouettés. Les invités disparaissent, les unes agitant joyeusement une poignée de sequins d'or, les autres songeant au bonheur du retour. Les petits lampions bleus, blancs, verts, s'éteignent un à un. Koubbeh rentre dans l'obscurité, dans le grand silence de la campagne calme...

Moi, je rêvais ce soir-là à ce qui eût pu être fait, à ce qui serait si la nuit écoulée était une nuit d'avril, si la légende renaissait sur cette terre non encore trop modernisée, si le souverain avait un jour une fantaisie de khalife.

Je vois les jardins de Koubbeh plus illuminés encore, resplendissant dans une nuit sereine par des milliers de lampions répandus à profusion jusque sur les moindres branches, avec cependant de nombreux coins obscurs d'oii sortiraient, comme par magie, les sons les plus doux ou les plus étranges d'instruments maniés par des conteurs célèbres. Je vois le palais déversant toute

la nuit dans les allées parfumées par les fleurs et les plantes des flots d'êtres humains disparaissant par groupes au hasard du chemin rencontré, se glissant le long des bosquets au milieu des pâles lumières.

Je vois des esclaves noirs debout sur des marches, puisant dans des vases des poignées de pièces d'or, leH lançant sans arrêt sur cette foule qui va, vient, passe et disparaît. Je vois les costumes les plus variés se mêler dans ce tourbillon, habits noirs, stamboulines, robes d'ulémas ou de cheiks, manteaux de derviches, tarbouchs rouges, tarbouchs noirs, turbans verts, blancs... toilettes roses, bleues, jaunes, encadrant des visages joyeusement découverts ou pieusement voilés d'une gaze légère.

Je vois, après la femme européenne, passer près des lumières, dans son charme d'être mystérieux et destiné à rester inconnu, la femme musulmane ou copte, aux yeux seuls visibles, fuyant comme un fantôme voilé, comme une ombre insaisissable, mais cependant entrevue. Je vois ces jardins envahis par des rêveurs, par des gens grisés à celte résurrection d'un autre âge. J'entends les musiques berceuses et les chants langoureux qui pourraient s'échapper à travers l'air divinement doux.

Je songe aux délices d'une soirée pareille s'écoulant dans l'enchantement du passé remémoré, dans l'émerveillement subi au spectacle de tout ce que la nature ou la main de l'homme a créé aux environs de ce palais. J'envie les heures qui pourraient être vécues... J^ les envie, hélas ! sans espérance de les vivre.

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