‹ Impressions d'un passant [microforme]Chapitre 23 sur 35 · PARENT · texte numérisé non relu

PARENT

le germe des penchants qui se font jour de temps en temps, aux Etats-Unis, en faveur de l'annexion du Canada. — J’avertis que c’est là une idée neuve, et que les auteurs ne l’ont pas encore scrutée.

Quittons Niagara sans rien dire de l’excursion classique, et partant bien connue de tous, que l’on fait au pied de la chute. On s’est affublé, vous savez ? de vêtements de caoutchouc, des pieds à la tête, sous lesquels chacun a l’air d’un bandit de première classe ; on descend bien bas... par un ascenscr — tout cela moyennant une danse proportionnelle des écus, naturellement — puis on arrive, à travers une pluie battante, semble-t-il, soit tout près du pied de la chute, soit, après avoir parcouru une galerie creusée dans le roc, en arrière de la masse d’eau qui tombe. C’est émouvant, et il faut avoir cela à raconter, quand on a été à Niagara. Mais ne disons rien de ces choses, que personne n'’ignore.

Niagara, petite ville canadienne, paraît ne consister qu’en jolies villas et parcs de grande beauté. — Un pont suspendu, grande œuvre de génie civil, nous conduit au Niagara américain, ville plus considérable, où il semble y avoir des affaires et de l’activité. — On y prend le chemin de fer ; et, en une heure à peine, on arrive au lac Erié et à Buffalo.

Buffalo ! La ‘ Pan-American ! ”

BurrALO.—Heureuse fortune des Québecquois.— Philosophie de 1x * Pan-American ”.—Comparaison détaillée entre l'Exposition de Paris et celle de

se trouvent les cités de Tolédo et de Détroit. é C’est encore l’une de ces villes édifiées sur terrain plat qui

n’ont pas de Caractère, où tout est de niveau, et où, pour avoir le

plaisir de monter un Peu — car le genre humain a toujours des

les maisons, les bêtes et les gens! C’est que, lorsqu’on pratique des ascensions de cette sorte, on savoure à l'avance le plaisir qu’il

Il est donc désormais entendu que l’on peut maintenant fonder des villes où l’on veut. Quel bonheur c’est d’avoir attendu à notre époque pour vivre !

Ayant ainsi parlé assez au long de... Buffalo, que j'ai d’ailleurs très peu visité, je n’ajouterai plus qu’un petit nombre de traits au <roquis qui. précède,

Comme il convient à une cité moderne, les rues de Buffalo, bien propres, sont toutes tirées au cordeau. Les édifices sont assez joliment bâtis. Beaucoup d’églises, de grandes écoles et d’institutions diverses. Des quantités de tramways, qui vous mènent où vous voulez. D’innombrables lignes de chemin de fer, qui viennent de partout ; et, sur le bord du lac, de longues jetées, au moyen desquelles on a créé un vaste port artificiel, où viennent aboutir soit les rivières Niagara et Buffalo, soit des canaux qui mènent à des docks destinés ar: transbordement du bois, du charbon, des minerais de fer. Il y a done beau à y faire de l’industrie, du commerce, de la navigation. Mais ce n’est toujours bien que de la navigation d’eau douce ! Et comme l’on ne communique pas avec la mer, on n’a pas, comme ailleurs, le plaisir très goûté d'y voir venir parfois quelque jeune baleine en rupture d’océan.

On dit que Buffalo a une population de 400,000 âmes. €C chiffre m'étonne bien un peu, vu les dimensions de la ville ; mais enfin, je n’ai pas compté les Âmes -\vil y a là, et je me décide à y croire.

Comme l'indique assez sa dénomination très vulgarisée de * pan-américaine,”” l'Exposition de Buffalo ne se proposait que de réunir les productions naturelles et les produits industriels et artistiques des deux Amériques. La plupart des nations indépendantes de ce continent et plusieurs des Etats de l’Union y ont pris part, construisant chacun des palais particuliers, destinés à donner autant que possible l’idée du pays dont ils portaient le nom.

Que si l’on demande pourquoi on a eu l’idée 1° de tenir cette Exposition, 2° cette année, 3° à Buffalo, je confesse ne pas le savoir beaucoup, ni même un peu. Ni je ne me rappelle avoir vu traiter de ces sujets nulle part. En l’absence de documents, il n’est pas interdit de penser qu'aucune circonstance spéciale n’exigeait absolument, dans l'intérêt de l'humanité, la fixation de cette foire américaine en 1901 plus qu’en 1890 ou en 1915, ni qu’elle eût lieu

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et celle de la tenue de l’ Xposition. En fin de compte, et pour tout résumer, disons que l’on se décide d’abord à tenir une exposition en vue de faire de l'argent, et que l’on s'efforce ensuite de trouver une raison ou un prétexte qui justifie plus ou moins l’idée et l’impose à l’attention universelle, — En l'espèce, à notre âge d’exposition, il n’était pas déraisonnable dé Composer un tableau de ce que sont, au commencement du vingtième siècle, les pays du Nouveau Monde. Et si la Compagnie, organisée pour mener à bien l’entreprise, a perdu dans l'aventure, à ce qu'on dit, deux ou trois petits millions de dollars, Buffalo et l'Etat de New-York ont fait de l'argent en cette affaire, et tout est bien, On n’a qu’à le dire, et me voilà, moi aussi, tout prêt à perdre trois millions de la main gauche, pour en Baÿner une centaine de la main droite, Ce n’est pes plus difficile que cela, au moins sur le papier,

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Ayant visité, l'an dernier, l'Exposition de Paris, je n'imaginais Pas trouver de l'intérêt à voir celle de Buffalo. Et je n’ai fait les frais d’y aller que Pour jouir du voyage lui-même. Eh bien, à la face de l’une et de l’autre Amérique, j'avoue que je me suis, en tout cela, laissé choir en une profonde erreur. L'Exposition de Buffalo

valait la peine d’être visitée, même après qu’on avait vu celle de Paris.

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naturellement : celle de Paris devant, sur ce point, son avantage au fait qu’elle était destinée à contenir les produits de toutes les nations de l'univers. Pour donner une idée de leur étendue relative, on peut dire, il me semble, que le terrain occupé par l'Exposition de Paris équivalait à peu près à l’espace rempli par la ville de Québec toute entière, tandis que l'Exposition de Buffalo aurait tenu dans les limites circonscrites par les murailles qui entourent la Haute-Ville.

Les terrains eux-mêmes, abstraction faite des palais et des pavillons, étaient bien mieux aménagés et décorés à Buffalo. Par exemple toutes les voies et avenues, dont quelques-unes avaient d'immenses proportions, étaient ici en asphalte. Il en résultait l'avantage de pouvoir circuler très facilement dans les temps pluvieux, et, lorsque le temps était beau, on n’y soulevait pas ces nuages de poussière qui étaient un ennui, l’an dernier, sur les bords de la Seine.

La disposition des édifices, tous groupés symétriquement de chaque côté d’une ‘immense avenue centrale, m’a semblé plus heureuse qu’à Paris, où il était certainement fâcheux de voir l'Exposition partagée en deux groupes distincts, ceux du Champde-Mars et du boulevard des Invalides, reliés ensemble, de chaque côté de la Seine, par une ligne étroite de palais. La Seine ellemême, qui passait ainsi au beau milieu de l'Exposition, traversée par une foule de ponts de belle allure et sillonnée en tous sens par des bateaux de tout genre, jouait sans doute là-bas un rôle très décoratif. Pourtant, en cette question aqueuse, je ne suis pas prêt à admettre que les Buffaloniens aient eu le dessous. D'abord, sur lun des côtés du vaste terrain de la Pan-American, il y avait au milieu des bocages deux lacs assez grands, contenant même de petites îles verdoyantes. Sur l’avenue centrale, au pied de la Tour électrique, était un grand bassin pourvu de jets d’eau de grande beauté ; un peu plus loin, venait la Cour des Fontaines, immense bassin à nombreuses fontaines jaillissantes du milieu des eaux ;

Plus loin encore c'était le lac Mirror, coupant l'avenue centrale à

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angle droit, et traversé par le vaste pont Triomphal. En outre, on avait creusé tout autour de l'Exposition, et À travers les palais, un long et joli canal artificiel, couvert d'innombrables ponts en asphalte, et venant aboutir aux deux extrémités du lac Mirror. Cela donnait une idée des canaux de Venise, d'autant mieux qu’en certain endroit on avait reproduit de chaque côté du canal une

Des fleurs partout.— Merveilleuse illumination.— Le Sas acétylène fait belle figure

.—Jugement autorisé sur l'architecture comparée des palais de 1900 et de 1901,

Les Américains, gens pratiques, ont reconnu que rien ne vaut les fleurs naturelles

# » à New-York et

ailleurs, de la culture et du commerce des graines et des plantes de jardin, avaient retenu çà et là des terrains particuliers, qu’elles

à gnson ou plantés de leurs plus belleg

fleurs : c'était 1à une réclame excellente Pour elles, et la Compagnie

t son avantage à tous tout fleuris, on avait eu l’idée . 1 Le

et c'était spectacle joli que de voir, la nuit venue, ces lumières si

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Malgré mon désir de donner à la France :

je dois pourtant avouer qu'elle s’est fait battre à Buffalo encore

sur un autre point :

n’approchait de la richesse de déco l'Electricité, à Paris ; les dessins multicolores que l’on avait effectués au fronton très étendu à volonté, étaient d’

tout près du sol, parmi les feuillages délicats

suite cette impression-là, j'aurais hésité à la faire connaître, si je n’avais Pas eu sur ce fait l’aveu de trois Parii visiter la Pan- ican et donnaient en cette

une splendeur inouïe

. Mais c’est comme

ensemble que l'illumination l'emportait, à Buffalo, Tous les édifices de l'Exposition illuminés à la lumière blanche, et dont joies les lignes architecturales se desinaient en caractères de feux à travers les ténèbres, c'était sans doute le plus brillant spectacle qui se soit jamais offert, ici-bas, à l'œil de l’homme. La Tour électrique, en particulier, avec ses quarante milliers de lampes disposées en dessins de tout genre, paraissait en état constant de combustion... artistique ; et, de loin, À travers la ville, on jouissait merveilleux.

Comme effet gracieux d’illumination, je mentionnerai la Cour des Fontaines, vaste pièce d’eau située sur l'esplanade centrale, parallélogramme liquide, de nombreux jets d’eau s’élevaient dans

les airs. Au pied de chacune de ces fontaines, et l'entourant comme d'une immense couronne de fleurs, des lampes électriques de cou.

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celles de Paris, en 1900, Prononcer que l’Europe n’a pas l'idée de ce que peuvent être des fontaines lumineuses ! A Buffalo, ces fontaines ou plutôt ces jets d’eau, dont l’on variait la coloration à l'infini, prenaient aussi les formes les plus diverses ; et, de quelque distance, l'on avait peine à se bien persuader que tous ces effst, extraordinaires se réalisaient simplement avec l’eau claire d’un

Pourtant, à Buffalo, sur le champ même de son triomphe, nous vimes l'électricité vaincue ! Nous vîmes l'éclat des cinq cent mille lampes à incandescence se changer en vulgaire couleur de rouille : L'acétylène, tel est le nom du vainqueur, Il s'était fait modeste dans la lutte, Pourtant, et n’illuminait qu'un seul petit palais mais sa victoire n’en a été q

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cette illumination était incomparable. Pour éclairer complètement Le do ren du lecieur qui n'aurai jam pr enent les deux genres d'éclairage, disons qu'il y a autant de différence, en fait de lumière brillante, entre le &as d’acétylène et les lampes Dee idees, qu'y où à entre one one à arc.

Une chose étonnante, c’est que, dans aucune des nombreuses

iées par les journaux sur l'Exposition de

Buffalo, Personne, je le crois, n'ait signalé ce brillant succès de

l'acétylène, Tous actionnaires de Compagnies électriques, évidem. ment, ces correspondants de journaux.

res end des Palais et des pavillons de 1e Pan American 1 J'avouerai en toute simplicité la remarquable incompétence qui est mon lot, dans toutes ces questions d'architecture, Par bonheur, et c’est consolant Pour moi, il n’y a pas beaucoup d'habitants de l'Amérique du Nord qui, depuis environ trois ans, n'ait vu sur son

des vignettes destinées, sans que nous nous en doutions, à de voyage en QU lon obnervern ci dang 008 mp à

L'aspect des grands palais, auxquels je caprice des architectes avait donné beaucoup de variété, était i

étrangères étaient de véritables monuments d'architecture, d’une très grande richesse de décoration,

et des citrouilles. — 11 me fait peine de finir aujourd'hui sur ce mot, que m'impose la rigueur deg exigences littéraires ; mais il faut bier

tout de même finir, pour permettre au lecteur intrépide de souffler enfin.

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